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    Plan détaillé Texte intégral PHASE DE FORMATION PHASE DE COHÉSION PHASE D’INSTITUTIONNALISATION PHASE DE DISSOLUTION CONCLUSION Notes de bas de page Auteurs

    La dynamique des groupes littéraires

    Ce livre est recensé par

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    Table des matières

    La temporalité institutionnelle des cénacles

    Anthony Glinoer et Vincent Laisney

    p. 19-39

    Texte intégral PHASE DE FORMATION PHASE DE COHÉSION PHASE D’INSTITUTIONNALISATION L’épreuve de la dénomination L’épreuve de la médiatisation L’épreuve de la mobilisation L’épreuve de la hiérarchisation PHASE DE DISSOLUTION CONCLUSION Notes de bas de page Auteurs

    Texte intégral

    1Romantisme, Parnasse, symbolisme, naturalisme : cette liste bien ordonnée de mouvements littéraires structure, encore aujourd’hui, la section « XIXe siècle » de bon nombre de manuels littéraires1. Sans parler des approximations auxquelles nous condamnent ces dénominations en –isme, cette organisation par vagues successives, s’enchaînant comme des gouvernements, induit une confusion, voire un amalgame, entre le contenu doctrinal de ces mouvements et le fonctionnement social du ou des groupes censés le promouvoir. Or le groupe social n’est pas nécessairement superposable au corps de doctrine qu’il promeut et représente. Dans certains cas, il y a même disjonction entre les deux phénomènes, soit parce que des dénominations (synthétisme, intégralisme, visionarisme, sincérisme) sont nées sans base groupale par le seul geste performatif d’un manifeste individuel, soit parce qu’inversement des groupes d’écrivains unis par des convictions esthétiques et éthiques communes n’ont donné naissance à aucun courant d’idées (la Secte des Méditateurs, le groupe des Buveurs d’eau). Si l’articulation entre la formation des mouvements et celle des groupes artistico-littéraires est problématique, la plupart des mouvements naissent de l’adhésion partielle ou totale par plusieurs groupes restreints et solidaires à un corpus doctrinal. Dans ces cas-là, de profondes régularités structurales se font jour. Au XIXe siècle, c’est dans et autour des cénacles que ce phénomène s’est généralement produit.

    2Récurrent tout au long du XIXe siècle — des Dimanches de Nodier aux Dimanches de Goncourt en passant par les Mercredis de Vigny, les Samedis de Leconte de Lisle et les Mardis de Mallarmé —, le cénacle est l’imbrication de quatre ordres de réalité : il s’agit, premièrement, d’une forme de sociabilité, en l’occurrence, la réunion fréquente d’un nombre restreint d’écrivains et d’artistes triés sur le volet dans un espace privé, à tout le moins cloisonné, le plus souvent au domicile de l’un d’entre eux. Il s’agit, deuxièmement, d’une forme de socialisation induite par le type de réunion susdit : la régularité des rencontres et la promiscuité créant des liens affectifs, le groupe devient rapidement cohésif, cohésion groupale renforcée positivement par la conscience d’appartenir à une corporation d’élus obéissant aux mêmes principes esthétiques, négativement par une opposition radicale à tout ce qui lui est étranger, que ce soient les institutions officielles ou le marché de la littérature. Les cénacles et aussi une institution littéraire, à savoir une configuration associée à un ensemble de valeurs éthiques et esthétiques — souvent ramenées à une dénomination collective en -isme et générant des stratégies de légitimation individuelle et collective. Le cénacle est enfin un objet imaginaire, dont les contours sont discernables, en creux, à travers les productions du cercle (préfaces, manifestes, articles de presse, « poèmes cénaculaires », épigraphes, dédicaces, lettres, préfaces, entretiens), en plein, dans des textes qui le scénographient (romans à clés, mémoires, souvenirs littéraires, historiographies, pamphlets), soit pour le sublimer soit au contraire pour le dénigrer.

    3C’est sur la troisième facette du cénacle que nous nous pencherons dans les pages qui suivent avec pour objectif principal d’en modéliser la temporalité institutionnelle2. D’autres historiens et sociologues, avant nous, ont réfléchi sur la naissance, l’essor et le devenir des groupes littéraires mais, tantôt ils n’ont considéré qu’un mouvement particulier3, tantôt ils ont laissé de côté le rôle institutionnel des groupements littéraires4. Il ressort de ces travaux sur les structures groupales littéraires et artistiques du XIXe siècle, premièrement, que le groupe cénaculaire passe au minimum par quatre phases : une phase de mise en relation (formation), une phase fusionnelle de cohésion, une phase rationnelle d’institutionnalisation et une phase fissionnelle de dissolution ; deuxièmement que ce groupe est, tout au long de son histoire, travaillé par des forces visant soit à sa conservation soit à sa progression, de sorte qu’il peut à tout moment se rétracter ou se dilater. Nous en tirerons profit pour traiter des régularités du fonctionnement institutionnel des cénacles tout au long du XIXe siècle mais nous tirerons aussi les conséquences de la double nature, matérielle (groupe humain ayant adopté une forme spécifique de sociabilité) et immatérielle (habitacle d’un mouvement esthétique) du cénacle : celui-ci a en effet une temporalité complexe où se superposent et s’entremêlent le tempo régulier de l’agenda sociabilitaire (périodicité hebdomadaire ou quotidienne des réunions), la durée longue du mouvement impulsé par le cénacle et destiné à lui survivre et le rythme saccadé du champ artistico-littéraire, imposé par le fonctionnement de la presse, des maisons d’édition et des expositions.

    PHASE DE FORMATION

    4La relation cénaculaire est fortement conditionnée par les origines et les situations de chacun des membres : sans le sentiment collectivement partagé d’évoluer entre soi, physiquement et socialement, le groupe peine à prendre forme. La fortune du cénacle — son existence et sa survivance — suppose une certaine homogénéité : homogénéité des dispositions sociales ; homogénéité des positions dans l’espace relationnel du champ artistico-littéraire ; homogénéité des prises de position dont la principale est l’adhésion à une vision globalement commune et hétérodoxe du monde et de l’art. D’une manière générale, le cénacle rejette hors de son enceinte tous les gens qui ne sont pas du métier — hommes politiques, professeurs, scientifiques, ecclésiastiques, femmes du monde — ainsi que les personnalités n’exerçant pas des activités artistiques légitimées : reporters, éditeurs, libraires, acteurs, chanteurs, danseurs, graveurs. N’y sont donc admis, sauf exception, que des écrivains et des artistes, surtout des artistes peintres, profession bénéficiant au XIXe siècle d’un prestige égal à celui des homme de lettres. Au-delà du seul statut professionnel le cénacle tend à réunir des individus à l’habitus compatible ; tel pourra ainsi être écarté s’il ne sait pas faire taire ses instincts sociaux (tics mondains), sexuels (homosexualité affichée), culturels (postures provinciales), religieux (bigoterie) voire ethniques.

    5Cela étant, on céderait à une vision par trop positiviste en posant comme principe que l’agglomération cénaculaire dépend prioritairement de l’homogénéité dispositionnelle ou positionnelle de ses membres. Tous ces paramètres que sont le milieu d’origine, le niveau d’études, le capital relationnel, le positionnement idéologique, la position occupée dans le monde sociale, agissent comme des conditions nécessaires mais pas suffisantes à l’intégration dans le cénacle. D’autres leviers, échappant aux causalités objectives, interviennent. L’impact des relations concrètes, subjectives, qui lient les individus entre eux, relations trop souvent occultées par la sociologie qui se focalise sur les relations abstraites et objectives, ne doit pas être sous-estimé. À la base du cénacle, on trouve ainsi presque toujours un petit noyau amical et/ou familial qui constitue sa cellule-souche. Un réseau se forme, par capillarité, qui met quelquefois plusieurs mois voire plusieurs années à se former. Le cénacle de Zola en fournit un bel exemple : Paul Alexis, déjà lié à Hennique par la revue de La République des lettres, connaissait Zola depuis 1869 ; sept ans plus tard, Henry Céard se présente de lui-même chez Zola pour lui signifier son admiration ; au bout de quelques semaines, Céard revient, mais cette fois accompagné de son ami Huysmans ; Alexis ramène Hennique, et Maupassant, habitué des Dimanches de Flaubert, se joint à eux. « Dès lors, nous fûmes cinq, écrira Alexis. Notre petit groupe se trouva constitué5. »

    PHASE DE COHÉSION

    6Pour que l’addition de plusieurs je individuels, fussent-ils homogènes socialement et intellectuellement, se mue en nous collectif, il faut quelque chose de plus. Sitôt qu’ils se réunissent régulièrement dans un cadre propice, un lien indéfinissable les unit : Émile Deschamps se souvient des « sympathies instinctives » et du « lien magique » qu’il voyait à l’œuvre chez les romantiques6. Entre les poètes, Victor Hugo voit pour sa part « d’intimes rapports et des communications pour ainsi dire électriques7 ». Les liens qui se tissent dans cette première phase d’existence concrète du groupe sont forts et reposent, comme l’a montré Jacques Dubois8, autant sur des adhésions partagées que sur des aversions communes. Le cénacle, à l’état naissant, est une micro-société sélective dont le but reste vague mais l’activité intense et la solidarité sans faille.

    7La révolte contre l’autorité (personne, instance ou idée) favorise le rapprochement d’individus socialement dominés. À ce stade, il ne s’agit pas encore de stratégie concertée : la rébellion n’est pas formalisée (manifeste, déclaration commune, préface), elle ressortit plus à une prise de conscience diffuse d’une cible partagée. Cette cible n’en suffit pas moins à créer des liens puissants de connivence. Plus sur la défensive que sur l’offensive lorsqu’il fait ses premiers pas, le cénacle use de ce combustible aussi souvent que possible pour resserrer les liens. S’unir « contre » présente l’avantage de laisser dans le vague les motifs exacts du rejet, de ne pas entrer dans le fond des choses, facteur de division… Raison pour laquelle presque tous les cénacles ont leur tête de Turc (Latouche chez Hugo, Coppée chez les zutistes). Plus adhésive encore est l’affirmation collective contre une norme : le dégoût pour les mignardises du XVIIIe siècle est à l’origine de la fondation du cénacle de La Muse française ; le rejet du romantisme larmoyant est à la base du cénacle de Leconte de Lisle. Mais il ne suffit pas de s’opposer collectivement pour fonder un être-ensemble. La cohésion négative, pour déboucher sur une union durable, doit être relayée par une cohésion affective, économique ou charismatique. Plus que le partage des haines, c’est la compatibilité des tempéraments qui fait qu’on se lie sur le long terme. L’amitié constitue le cœur inoxydable du cénacle mais elle n’explique pas à elle seule sa cristallisation. Les cénacles, même s’ils se nourrissent de cette illusion, ne parviennent jamais, comme le jardin d’Épicure, à vivre caché. Loin de former une communauté cénobitique, les amitiés nées et cultivées en cénacle occupent une place croissante dans la « Cité des intellectuels » — selon le titre d’un ouvrage de Firmin Maillard paru en 1905. D’où cette question délicate : comment composer une communauté d’intérêts fondée sur l’amitié dans un univers qui, s’il pousse au désintéressement, se fonde sur un principe de concurrence généralisée ?

    8Au point où nous le saisissons, le capital symbolique accumulé dans et par le cénacle, cette « fédération de sentiments et d’intérêts9 » comme le qualifie très justement Balzac, n’est pas tel qu’il crée de fortes tensions entre les membres. La relation égalitaire qui lie entre eux les cénacliers favorise un système de transactions mutuelles qui ne lèse personne. Cette égalité de traitement entre les membres du cénacle est bien entendu une vue de l’esprit — ils occupent déjà des positions différenciées dans le champ littéraire — mais cette croyance est suffisamment ancrée en chacun pour permettre durablement des échanges marqués du sceau de la gratuité. En attendant d’être comptabilisés, les dons et contre-dons s’effectuent donc en toute innocence, donnant le sentiment, sans doute illusoire, d’échapper à la lutte sans merci des intérêts particuliers et des calculs tactiques. La palette de ces échanges qui profitent à tous est large. Dans les moments difficiles, on se serre les coudes, et on n’hésite pas, le cas échéant, à payer de sa personne pour se soutenir (subsides, comités de soutien, souscriptions). D’ordinaire cependant, le secours est plus symbolique qu’économique : lettres de recommandation, ou d’encouragement, ouvrages dédicacés, comptes rendus, épigraphes, dédicaces, poèmes d’hommage, etc. La plupart de ces petits marchandages ont lieu en vase clos ou dans une sphère de diffusion confidentielle, à l’abri des regards indiscrets et des plumes malveillantes. Cette solidarité dans la reconnaissance mutuelle atteint son paroxysme dans les séances de congratulations collectives, à l’issue de récitations ou de conférences.

    9Avant que ne surviennent les premières fêlures, les réunions en cénacle baignent dans la franche cordialité. La réitération des contacts et la promiscuité des corps — ce que Mallarmé appelle « l’affectueux encombrement10 » de la pièce de réception — engendrent des attitudes complices. On est prié de laisser son auréole au vestiaire, de se dépouiller de ses attributs sociaux. La familiarité qui dominait dans les cénacles de 1830 a d’ailleurs étonné plus d’un provincial, qui s’attendait à plus d’affectation de la part des romantiques : « C’est une chose singulière, note Turquety qui vient d’être introduit rue Notre-Dame-des-Champs, que la manière dont on fraternise ensemble dans cette école romantique : au bout de quelques minutes, je causais avec Vigny comme si je l’avais connu depuis longtemps11. » L’abandon de la bienséance ne signifie par pour autant que la société cénaculaire soit dépourvue de codes. Au contraire, elle en invente de nouveaux, qui tendent à rapprocher les membres les uns des autres. La fréquentation intensive crée des habitudes comportementales et discursives qui deviennent autant de signes de connivence et de marques d’appartenance au groupe. Le renoncement aux titres, aux formules de politesse, voire aux noms de famille et au vouvoiement fait partie de ces codes spéciaux, qui assurent à ceux qui en usent qu’ils en sont. Cette complicité s’élargit à l’usage d’un langage propre à la communauté. La recherche d’une langue adaptée, ajustée à la singularité du cercle, constitue un des signes les plus probants du désir fusionnel du groupe et l’un des instruments d’exclusion les plus efficaces, pour qui ne fait pas partie du groupe des initiés ; la très classique Mme Ancelot en fait les frais à l’Arsenal : « Je me trouvais là, dit-elle, comme une étrangère12. »

    10Des signes de connivence aux rites communautaires, il n’y a qu’un pas que franchissent à des degrés divers presque tous les cénacles. Le cénacle a été le théâtre d’un culte de l’art et de la littérature, actualisé dans l’installation concertée ou spontanée d’un complexe rituel aux vagues relents mystiques. Ces rites couvrent l’éventail de l’activité cénaculaire. Rites de cooptation d’abord : l’homme qui se présente au seuil d’un cénacle sans avoir été présenté ou accrédité par un membre n’a aucune chance de pénétrer dans le sanctuaire. Une lettre de recommandation, un livre dédicacé, une œuvre d’hommage sont un sésame obligatoire. Rites d’intégration ensuite : la récitation d’un poème chez Hugo, l’appréciation d’un vers chez Leconte de Lisle, l’écoute silencieuse chez Mallarmé font partie des rites de passage. Rites de communion enfin : ces derniers revêtent des aspects très divers, mais visent tous à associer, c’est-à-dire à faire fusionner des individus à travers des exercices collectifs (au sens de Loyola). Il est rare que les réunions cénaculaires n’introduisent pas dans leur scénographie une pratique spéciale aux connotations plus ou moins religieuses. La ritualisation a pour but de relier les membres du cercle. La consommation de tabac et de thé, dans ces assemblées méditatives, est investie d’une signification qui excède de beaucoup celle, banalisée, des salons et des cafés. Qu’on boive, qu’on fume, ou qu’on mange, il s’agit bien de nourritures spirituelles — l’enjeu n’étant pas de consommer mais de communier. Le cénacle est le théâtre d’une transsubstantiation qui fait de chaque geste banal un acte symbolique renvoyant au magistère poétique. L’expérience commune aboutit en somme à inscrire le cénacle dans le corps même de ses membres, à le fondre en eux.

    11Dans sa période d’état de grâce, le cénacle se passe de codification : pas de règlement intérieur, pas de Table de la Loi. Le collectif privilégie la communication immédiate : la parole y a un rôle central que soutient l’écrit (lettres, albums, vers de circonstances). Les buts que se fixe la communauté restent flous. Ils sont prudemment différés. La hiérarchie est balbutiante. Certaines personnalités sortent du lot mais les rôles ne sont pas encore distribués. Les membres opèrent à l’unisson. L’initiative individuelle n’est pas perçue comme une menace pour le groupe mais comme une contribution bénéfique à la communauté : la solidarité va de soi, parce qu’on est pairs, amis et frères tout à la fois. Tout semble donc bien en place pour durer.

    12Et pourtant, plusieurs périls guettent déjà le cénacle. Le premier d’entre eux découle paradoxalement de son succès : le recrutement de nouvelles figures, aimantées par le cercle, en menace à la fois l’équilibre affectif et le système de transaction. Chaque adhérent nouveau entraînant mécaniquement une reconfiguration de l’ensemble, la cohésion du cénacle en est atteinte. Le deuxième péril est lié à la réussite accidentelle d’un membre du groupe ou à l’ascendant irrésistible pris par l’un d’entre eux, qui bouscule le rapport de force, trouble l’équilibre fragile des relations interindividuelles. La troisième menace, la plus sérieuse de toutes, est celle qui pousse de façon inéluctable le cénacle à monnayer en espèces sonnantes et consacrantes le capital symbolique accumulé en interne, autrement dit, à sortir de sa réserve pour rallier les suffrages du public. Menace paradoxale puisque cette ouverture du cénacle sur l’extérieur se solde à la fois par son renforcement comme vecteur d’une pensée nouvelle et par son affaiblissement en tant que groupe cohésif.

    PHASE D’INSTITUTIONNALISATION

    13À ce point de son évolution, le cénacle vit en vase clos. L’émulation et l’exaltation internes ont cependant allumé l’espoir d’aller plus loin. Le cénacle, peu à peu, est gagné par la nécessité structurale de signaler son existence au monde extérieur, de quitter la « conspiration à huis clos13 » pour s’organiser en un projet concret et historique. Mais comment sortir du cercle sans le rompre ? Comment retourner l’énergie cénaculaire vers l’extérieur ? Tel est l’enjeu de la troisième phase que traverse le cénacle. Il doit alors, pour reprendre les termes de Sainte-Beuve, faire « l’épreuve du public » et, pour ce faire, agir comme force instituante. Quatre défis l’attendent : la dénomination (baptême du mouvement), la médiatisation (lancement du mouvement), la mobilisation (intervention collective) et la hiérarchisation (élection d’un chef).

    L’épreuve de la dénomination

    14Si la dénomination revêt un caractère d’épreuve14 dans le processus d’institutionnalisation du cénacle, c’est que ce geste revient à donner une existence concrète et publique à une chose abstraite et secrète. Adopter une dénomination c’est exposer à la face du monde la naissance — même putative — d’un mouvement littéraire nécessairement concurrent de ses homologues. Se nommer, c’est aussi décider, au terme d’un processus concerté ou de manière performative, d’une identité collective à laquelle les membres du groupe devront, bon gré mal gré, se plier, sauf à faire sécession. En consentant à étiqueter, ou laisser étiqueter la pensée qui y a été engendrée, le cénacle restreint le champ enivrant — quoique illusoire — des possibles.

    15Dans l’ensemble, les cénacles ont opposé une résistance passive à la dénomination, retardant le plus longtemps possible ce moment fatidique, laissant aux circonstances le soin de trancher à leur place. Encore doit-on préciser ce qu’on entend par dénomination, et ne pas confondre les noms adoptés par les cénacliers pour baptiser leur groupe et ceux qu’ils se sont choisis pour baptiser leur pensée. Or, si le premier cas a rarement posé problème, le second a provoqué beaucoup plus de résistances. Conformément à une tradition ancienne depuis des lustres, on a souvent donné à la soirée le nom du jour où elle avait lieu : les réunions de Mallarmé sont ainsi devenues les Mardis ; celles de Leconte de Lisle les Samedis, etc. Dans d’autres cas, c’est le nom du lieu de réunion qui s’est substitué, selon un procédé métonymique identique, à la réunion elle-même : celui du village (Carnetin, Champrosay), de la rue (Doyenné, Rome, Balzac), du bâtiment (Arsenal, Abbaye de Créteil), du tenancier de l’établissement (Guerbois, Magny), de la pièce elle-même (grenier de Delécluze, entresol de Lemerre). Le recours aux jours de la semaine ou au lieu-dit de leur rassemblement marque la volonté de contenir, sémantiquement, l’activité du cénacle dans le cadre d’une stricte sociabilité. Le groupe s’enferme ainsi dans une prudente tautologie, destinée à rappeler qu’il est un groupe, et rien qu’un groupe15.

    16Puis s’amorce une tendance qui va le pousser à franchir un cap supplémentaire en s’adjugeant un nom qui le désigne explicitement comme une force contestataire, concurrente et conquérante du champ artistico-littéraire. L’épreuve est décisive, ce qui explique que face à la dénomination doctrinale, la plupart des cénacles adoptent une posture ambiguë d’acceptation-dénégation. Ainsi, la génération des poètes de 1860 esquivent dans un premier temps le qualificatif d’impassibles, pour s’accorder dans un second sur le terme plus neutre de « Parnasse ». Preuve que le problème taraudait le groupe, Verlaine demande à Ricard quelques mois avant la parution du Parnasse contemporain : « Avez-vous enfin trouvé un nom d’école16 ? ». Mallarmé, quant à lui, refuse catégoriquement d’être associé au décadentisme et au symbolisme mais finit, dans l’enquête de Jules Huret, par accepter, plus pour ses disciples que pour lui, les termes de « symbolisme » et de « mouvement symbolique17 ». Les impressionnistes, pareillement, se saisissent, à reculons, d’une dénomination collective qui leur a été imposée de l’extérieur.

    17D’autres groupes ont davantage cru à la valeur performative de la dénomination. Zola ouvre ainsi une brèche décisive dans la préface de la deuxième édition de Thérèse Raquin, en révélant publiquement l’existence d’un « groupe d’écrivains naturalistes auquel [il a] l’honneur d’appartenir18 » – même si un tel groupe n’existe pas encore. Les écoles de la fin du siècle (instrumentisme, vers-librisme, dramatisme, unanimisme, etc.), tout aussi dépourvues d’assise groupale, se sont alignées sur ce mode d’affirmation péremptoire sans prendre le soin de le remplir au préalable d’un « sujet » par l’exercice collectif d’une réflexion continue19.

    L’épreuve de la médiatisation

    18Cette question de la dénomination induit celle du lancement sur la place publique de textes ou d’actions collectives destinés à révéler aux non initiés la naissance du mouvement littéraire. À ce titre, plusieurs options se présentent : la première consiste à publier un manifeste, ou plus exactement — parce que le genre du manifeste au sens strict n’est effectif qu’à partir de la fin du siècle20 — des textes à valeur manifestaire. Les supports de ces proto manifestes sont variés : article critique, compte rendu, préface, art poétique, lettre publique, libelle ou plaquette. La plupart des cénacles ont cherché à formaliser leurs idées et à les publier sous l’une de ces formes au moins. Ces textes ne portent pas la signature du collectif cénaculaire, mais ils ont été approuvés au préalable, sinon éprouvés, par ses membres. Les préfaces ont particulièrement la faveur des cénacles : on les trouve à l’époque romantique (préface de Cromwell de Hugo, préface des Études françaises et étrangères de Deschamps), parnassienne (préface des Poèmes antiques de Leconte de Lisle), naturaliste (préface de la 2e édition de Thérèse Raquin de Zola) et symboliste (« Avant-Dire » du Traité du Verbe de René Ghil par Mallarmé). Les articles publiés en revue sont, eux aussi, un mode d’intervention courant car commode. Les essais sont plus rares (on peut citer Racine et Shakespeare de Stendhal et Le Roman expérimental de Zola21). En somme, le cénacle use, pour répandre ses idées, d’une multiplicité de canaux et de supports. Bon nombre de cénacles, en revanche, n’ont pas pris la peine d’exposer leur doctrine, soit qu’ils aient restreint leur discours à une éthique de la solidarité sans s’avancer sur le contenu d’une esthétique (c’est le cas des Buveurs d’eau), soit qu’ils n’aient pas voulu concentrer et formaliser leur pensée, faute de discipline interne (c’est le cas du Petit Cénacle), soit enfin que, nourris de convictions esthétiques solides, ils aient mis un point d’honneur à ne pas fixer leurs idées, à ne les communiquer qu’aux intimes et aux amis, excluant toute diffusion à grande échelle de leur « doctrine » (c’est le cas de Flaubert).

    19Les textes manifestaires n’engageant au fond que leur auteur, on peut se demander comment les cénacles s’y sont pris pour s’affirmer collectivement en tant que concrétisation d’un mouvement. La voie la plus suivie au XIXe siècle a consisté en la fondation d’un journal ou d’une revue. Les tentatives de ce genre ne manquent pas, bien qu’elles aient souvent tourné court ou débouché sur une impasse : à l’époque romantique, la Tribune littéraire, autour de laquelle Nodier, Hugo, Soumet, Guiraud, Vigny et d’autres se réunissent à quelques reprises en 1823, reste à l’état de projet ; de même La Comédie Humaine, hebdomadaire que Céard et Huysmans rêvent de fonder en 1880 dans la foulée de la publication des Soirées de Médan, est victime d’un « décès intra-utérin22 ». Les revues combatives qui parviennent à sortir des limbes s’avèrent quant à elles précaires : trois numéros pour La Tribune romantique en 1830, six pour Le Réalisme en 1856-1857, quatre pour Le Symboliste en 1886. Pourquoi si peu de revues labellisées parviennent-elles à s’imposer à une époque où de nouveaux journaux littéraires apparaissent — et disparaissent — chaque semaine et où la grande majorité des écrivains a l’expérience du journalisme ? Les difficultés financières inhérentes aux publications périodiques n’expliquent pas tout : à partir du moment où la revue devient une arme de guerre puissante et un moyen efficace de se faire connaître, elle entraîne aussi de lourdes et dangereuses transformations morphologiques. Publier périodiquement au nom de tous implique de dénicher des souscripteurs, de gérer des comptes, d’attribuer à chacun des fonctions précises, de faire entrer de nouveaux rédacteurs dans l’équipe, bref de sacrifier la spécificité institutionnelle du cénacle en le faisant passer, en quelque sorte, de l’ordre du prophétique à l’ordre du clérical23.

    20Les recueils collectifs, troisième vecteur de médiatisation, ne sont guère plus usités : Les Contes sous la tente en 1818, Les Contes du Bouzingo, par une Camaraderie en 1832 et tant d’autres n’aboutiront pas. Le contraste est frappant avec la masse de recueils généralistes auxquels les écrivains collaborent (des Annales romantiques aux Français peints par eux-mêmes). Répondre à l’appel d’un éditeur est une chose, se lancer dans une expérience collective, aux conséquences institutionnelles imprévisibles, en est une autre. Le Parnasse contemporain représente, de ce point de vue, une sorte d’exception. La publication qui a donné son nom au mouvement réuni dans l’entresol de la librairie Lemerre, connaît dix-huit livraisons hebdomadaires en 1866, puis paraît en volume à la fin de l’année. Il est relancé en 1869-1871, puis, sur décision d’un jury secret (Banville, Coppée, Anatole France), pour un nouveau volume en 1876. L’ouverture y est de mise et le sera toujours davantage dans les reprises : les nouveaux venus y croisent les forces vives du cénacle de Leconte de Lisle (Heredia, Coppée, Dierx, Sully Prudhomme, Valade) et quelques grands aînés (Gautier, Baudelaire, Banville). L’autre contre-exemple qui a marqué durablement les esprits en raison de son retentissement considérable dans la grande presse est la publication des Soirées de Médan (1880) où figurent des nouvelles de Zola, Alexis, Céard, Hennique, Huysmans et Maupassant. Ce recueil est typiquement ce que l’on appelle aujourd’hui un « coup médiatique », coup d’autant plus fort que sa parution coïncide avec celle du Roman expérimental. L’effet de reconnaissance du groupe est immédiat et rompt avec toutes les pratiques en cours jusque-là au XIXe siècle : exploitation sans complexe des possibilités éditoriales et promotionnelles, affirmation du collectif restreint et mise en exergue de son chef. Ici encore, le naturalisme renouvelle en profondeur les modes d’institutionnalisation du mouvement littéraire. Nombreux sont ceux qui appliqueront cette recette au siècle suivant…

    L’épreuve de la mobilisation

    21L’affirmation des cénacles dans l’espace public passe logiquement par le texte, mais n’exclut pas d’autres modes d’intervention. Quand ils le jugent nécessaires, les cénacliers n’hésitent pas à sortir de leur retraite pour se confronter physiquement au public. On est certes très loin de l’interventionnisme des avant-gardes du XXe siècle mais ces sorties, aussi exceptionnelles soient-elles, ne sont pas négligeables pour autant. Première au théâtre, vernissage d’exposition, lecture publique, conférence, les occasions sont diverses. À la faveur de ces événements, des groupes sortent de l’ombre pour se montrer en pleine lumière. Courbet, par exemple, joue de ce ressort en exposant ses toiles dans un Pavillon indépendant : son geste, scandaleux, révèle l’existence du Réalisme au grand public. Le siècle avançant, les occasions de se manifester de manière spectaculaire se multiplient — le reporter n’étant jamais très loin. On prépare des lectures publiques, on organise des « banquets poétiques », on programme des cycles de conférences, on accepte des interviews, etc.

    22Pour se faire connaître d’un public élargi, les romantiques ont usé très tôt d’une arme efficace : les lectures devant un parterre de personnalités choisies (une centaine de personnes au maximum), convoquées sur invitation, réglées selon un protocole strict (heure de début précise, préparatifs abondants). Les années 1827-1829 ont été particulièrement denses à cet égard avec les lectures de Cromwell, d’Un Duel sous Richelieu et d’Hernani de Hugo ou encore de la traduction d’Othello par Vigny. La lecture d’Un duel sous Richelieu est, à n’en pas douter, celle qui a le plus marqué les esprits. Les applaudissements à tout rompre, le soutien inconditionnel de troupes galvanisées ont fait prendre conscience aux écrivains-journalistes qu’un moment important de l’histoire littéraire se jouait là, cependant que les fidèles de la première heure y voyaient au contraire la fin d’un âge d’or du cénacle intime.

    23C’est toutefois sur scène, ou plutôt dans la salle, que le cénacle s’est mobilisé le plus efficacement. À l’époque d’Hernani, les auteurs s’en remettaient d’ordinaire à la claque pour faire réussir leur pièce ou faire chuter celles des autres. Les romantiques eurent cette idée révolutionnaire de profiter des places accordées aux auteurs par les salles pour constituer des « bataillons » de supporters. En 1830, le recrutement s’effectue tous azimuts, en province, dans les ateliers d’artistes et dans les écoles. Vigny inaugure cette tactique pour la première du More de Venise, Hugo suivra son exemple pour Hernani en multipliant les lettres, les réunions de « conjurés » et en distribuant des cartons marqués du mot : hierro. Parce qu’elle vit le triomphe de l’avant-garde sur l’arrière-garde, la date du 25 février 1830 marqua un cri de ralliement pour tous les cénacles ultérieurs désireux de faire mouvement. Chacun d’eux, même les moins portés sur le théâtre, voudra sa bataille d’Hernani. Ainsi François Coppée avec Le Passant (1869) et Zola avec les adaptations de L’Assommoir (1878) et de Nana (1881). Les Surréalistes, au XXe siècle, se souviendront à leur tour de l’efficacité de ces mises en spectacle aussi importantes sur la scène que dans la salle.

    L’épreuve de la hiérarchisation

    24Si les cénacles passent à contrecœur les épreuves de la dénomination, de la médiatisation et de la mobilisation, ils traversent en revanche avec un relatif bonheur celle de la hiérarchisation. La plupart d’entre eux ont eu un chef respecté, voire adoré de ceux qui l’entouraient. Il faut se garder pourtant de naturaliser un processus qui, contrairement à ce que laisse croire la tradition historiographique, est complexe. Si, à l’état naissant, l’idée de hiérarchie est étrangère, sinon odieuse, au groupe parce qu’elle contredit le principe d’une élite indifférenciée, évoluant d’un seul bloc, le cénacle a déjà tendance à « concentrer » son énergie affective dans une figure dominante. Cette figure n’est pas à proprement parler un chef, c’est plutôt un coryphée, qui fait régner, non pas l’ordre, mais l’harmonie dans le cénacle. On s’en remet à lui pour introduire un novice, écarter un gêneur, apaiser un conflit, organiser les débats. Il est le garant de l’unité groupale. La phase d’institutionnalisation met fin à ce rapport d’horizontalité en introduisant des écarts hiérarchiques plus ou moins affirmés. Le modèle égalitaire pluricentré cède le pas à un modèle plaçant au centre une « individualité pivotale, autour de laquelle les autres s’implantent et gravitent comme un système de planètes autour de leur astre24 ». Qui sont ces individualités dominantes ? Il va de soi que le visité a un avantage. En recevant chez lui, l’hôte oblige celui qu’il reçoit ; en traversant tout Paris pour se rendre chez celui qui reçoit, le visiteur fait, symboliquement, acte d’allégeance. Cette condition est adjuvante mais non suffisante. Qu’un « maître de maison » ne se mue pas automatiquement en « maître de cénacle » se vérifie par le fait que certains cénacles ont échappé à l’autorité de leur tenancier, et sont passés sous le contrôle d’un invité. C’est le cas par exemple d’Étienne Delécluze qui doit laisser le premier rôle dans les années 1820 à Stendhal. Il ne suffit pas, pour devenir un leader, de disposer des moyens matériels pour recevoir ses confrères ; il faut encore exercer sur ces derniers une autorité. L’ancienneté force naturellement le respect. Nodier, Leconte de Lisle, Flaubert, Mallarmé, Heredia ont vingt ans de plus que leurs hôtes. Il peut cependant arriver qu’un « jeune », doté de dispositions particulières, subjugue ses confrères, et prenne le dessus sur ses aînés. Tel sont les cas de Hugo et Zola, qui, quoique jeunes, font preuve d’une maturité exceptionnelle. Le discrédit croissant des officines littéraires traditionnelles ouvre la voie à un autre moyen d’accumuler du prestige : la rébellion contre l’ordre établi. Si Leconte de Lisle exerce en 1862 un tel attrait sur la jeunesse poétique, c’est pour avoir osé s’attaquer à l’école du Bon Sens, au lyrisme romantique et au néo-romantisme des héritiers du mouvement de 1830. En 1852, sa préface polémique l’exclut des circuits déjà frayés de la consécration. Mais, dix ans plus tard, cette ruade devient sa meilleure arme, et en fait le maître naturel des jeunes poètes.

    25Le prestige découlant des positions et des prises de position d’un homme ne constitue pas non plus un atout suffisant pour aimanter les fidèles. Il faut y ajouter un je-ne-sais-quoi pour que s’exerce à plein la fascination : le charisme. Dans l’acception qu’en donne la sociologie des groupes religieux de Max Weber25, le charisme est défini comme une « qualité extraordinaire » validée par la seule reconnaissance de ses fidèles. Il s’agit donc avant tout d’une relation entre les fidèles et le personnage charismatique. Plusieurs cénacliers ont témoigné de l’emprise physique exercée par leur maître : le « front vraiment monumental26 » de Victor Hugo a sidéré ses compagnons comme Pétrus Borel a impressionné les siens par sa barbe. Mallarmé bat le record de charisme : sa présence a laissé, chez tous ceux qui l’ont vu et entendu, une trace profonde.

    26Pour capter durablement l’attention des auditeurs, le charisme physique doit être relayé par un discours « nourrissant ». Un Mendès ou un Flaubert ne semblent pas avoir réussi à retenir leurs admirateurs, faute de leur avoir tenu un discours prescriptif ou de leur avoir indiqué des orientations. Mallarmé, Hugo ou Leconte de Lisle ont vu au contraire leur autorité se renforcer par leur capacité exceptionnelle à détruire les idées reçues, élaborer une vision originale, proposer un système de valeurs cohérent, bref, inaugurer une nouvelle approche du monde et de l’art. Les grands leaders cénaculaires sont tous des intellectuels visionnaires, des hommes qui ne pensent pas comme tout le monde, et qui, pour cette raison, ont une influence énorme sur leurs disciples.

    27Enfin, à partir du moment où le cénacle entreprend de s’exposer au grand jour, d’exporter sa pensée, se trouvent corollairement mobilisées des facultés d’un tout autre ordre, consistant à formaliser la vision du groupe (préface, manifeste), à trouver une dénomination collective, à créer des moyens de diffusion (presse, revue, collectif), à organiser des événements mobilisateurs (lecture publique, première de théâtre, vernissage d’exposition) et à élargir le réseau à de nouvelles recrues (provinciaux, artistes, journalistes). L’entrée du cénacle dans sa phase médiatique et militante, si elle se produit, fait évoluer le rôle du chef vers l’action : on attend de lui qu’il pose des bases stables au mouvement et dirige l’assaut contre les places-fortes de la consécration littéraire.

    28Or cet esprit de conquête, qui permet au cénacle de pénétrer dans la sphère publique, n’est pas donné à tout le monde. Si Hugo, Leconte de Lisle, Zola et Maurice Denis y excellent, maints chefs de cénacle, plus timorés (Nodier, Vigny ou Deschamps) rechignent à endosser l’habit de chef d’école. L’irrésolution des leaders porte un coup dur, mais pas forcément fatal, à leur cénacle. Moins par lâcheté morale que par choix éthique, Mallarmé a décliné la direction du mouvement symboliste, laissant ses disciples combattre à sa place. Sa stratégie est, de ce point de vue, diamétralement opposée à celle d’un Zola qui monte seul au créneau, déléguant de mauvaise grâce son pouvoir et ne réservant à ses bras droits que des tâches subalternes.

    29La prise de pouvoir du chef entraîne également des changements dans l’organigramme cénaculaire. En s’institutionnalisant, le cénacle étage ses responsabilités, donne naissance à une « pyramide des emplois27 » hiérarchisée selon des critères mouvants, parmi lesquels l’ancienneté dans le groupe, la proximité avec le chef de file, le capital symbolique et le capital social accumulé en dehors du groupe, le degré de charisme jouent un rôle prépondérant. Juste en dessous du maître à penser se tient le premier cercle des fidèles où se recrutent les candidats recalés à la direction du mouvement. Leur est confiée la gestion du cénacle et du mouvement, en particulier l’animation des revues ou des recueils en projet, quand le chef de file est occupé ailleurs, ou préfère se tenir en retrait. Ce sont eux aussi qui se chargent du recrutement, tels Émile Deschamps accueillant le jeune Édouard Turquety dans le cénacle de Hugo : « nous sommes très fiers et très empressés de vous compter dans nos rangs. Il faut bien que l’école se recrute [sic] de jeunes colonels comme vous28. »

    30À la base de cette pyramide, la piétaille des poètes débutants tente de rejoindre le premier cercle des adeptes. La masse des caudataires forme un ensemble à part, que Max Weber a baptisé « communauté émotionnelle » : il s’agit d’un groupe d’adeptes peu dotés en légitimité, qui ne peuvent donc prétendre à partager la parole prophétique avec le leader mais qui offrent à celui-ci un soutien dévoué et se montrent souvent plus combatifs que les anciens pour défendre la cause29. La constitution de ce second cercle a des répercussions immédiates sur la morphologie du cénacle puisque, à la différence des groupes d’avant-garde du XXe siècle, les cénacles ne connaissent ni l’exclusion ni l’excommunication. Le cercle de la rue Notre-Dame-des-Champs, à l’époque d’Hernani, en fournit un exemple probant. En 1831, Sainte-Beuve n’aura plus qu’à se désoler au nom des « hommes de poésie discrète et d’intimité [de] voir le plus entouré de [leurs] amis [leur] échapper dans le bruit et la poussière des théâtres30 ». Les priorités ne sont plus littéraires mais militaires. On forme à la hâte des « bataillons » d’hugolâtres et des « escouades » d’hernanistes, on désigne des « lieutenants » chargés de battre le rappel, sans distinction de grade ou de qualité. La translation de l’activité cénaculaire opérée par Hugo de l’appartement privé vers la place publique fait imploser son cénacle, sacrifié sur l’autel du romantisme triomphant. Réuni à l’enseigne d’une bannière qui excède le petit cercle des fondateurs, le cénacle atteint son objectif mais perd sa raison d’être : il n’accumule plus le capital symbolique, il le transfère à son représentant placé à l’avant-plan.

    31Cette structure pyramidale ne concerne pas que les cénacles les plus militants. Leconte de Lisle ne prenait pas de gants, si l’on en croit Barrès, pour marquer à chacun sa place : « Le lieu exerçait en nous le sentiment de la hiérarchie. J’ai vu les jeunes poètes s’incliner devant Heredia, qui s’inclinait devant Leconte de Lisle, qui s’inclinait devant Hugo31 ». Sélectif dans la discussion, le cénacle l’est encore plus dans l’action : les ordonnateurs du Parnasse contemporain de 1866, via l’ordre du sommaire, désignent au grand public lesquels des poètes, dans cette pléiade, sont aux commandes, lesquels sont à la solde de l’équipe dirigeante.

    32Cela étant posé, il ne faut pas oublier que le cénacle ne fonctionne jamais de façon totalement autonome. Produit d’un état du champ littéraire, il n’échappe pas à ses lois. S’il attire à lui tant de jeunes recrues, c’est que la captation du capital symbolique s’y effectue en interne mais surtout en externe par l’accès aux journaux, aux revues, aux académies et aux éditeurs. Certains individus occupent donc une place privilégiée dans le groupe non pas tant par leur action en son sein que par l’étendue de leur capital social. Cette dernière notion permet de mieux mesurer la nature du pouvoir d’un acteur dans un réseau d’écrivains qui ne répond jamais à des logiques strictement hiérarchiques ou égalitaires. Ainsi se trouve heureusement relativisée l’idée d’un leader unique : on peut même évaluer d’autres formes de centralité, basées sur le nombre de connexions d’un individu, sur le degré de proximité d’un acteur vis-à-vis des autres acteurs ou encore sur les fonctions d’intermédiaire qu’occupe un individu entre les autres acteurs d’un réseau32. Nul doute qu’à cette lumière les positions d’un Nodier, d’un Mendès, d’un Heredia pourraient être complètement réévaluées sans rien retirer au pouvoir charismatique et mobilisateur accordé au leader.

    PHASE DE DISSOLUTION

    33On doit se demander enfin comment les cénacles finissent. Car tous ont une fin, à plus ou moins brève échéance, quel qu’ait été leur degré de réussite. Pierre Bourdieu a formulé sur cette question une loi éclairante, quoique paradoxale : « les groupes dominés tendent à entrer en crise lorsqu’ils accèdent à la reconnaissance33 » du fait de « la participation inégale aux profits du capital symbolique ». On quitterait le cénacle lorsque les profits symboliques engrangés ne sont pas à la hauteur des attentes. Quoique valide, cette explication (reprise avec des nuances par Rémy Ponton, Jacques Dubois et Joseph Jurt dans les articles déjà cités) n’épuise pas toutes les possibilités.

    34Le cénacle n’étant pas, à la différence d’autres institutions, appuyé sur une constitution écrite lui permettant de faire face aux aléas pour se perpétuer, le dénouement de certaines aventures cénaculaires trouve une explication mécanique dans la disparition inopinée du leader. La mort soudaine de Maurice Quaï provoque l’extinction immédiate de la Secte des Méditateurs au tout début du siècle. Celle tout aussi inattendue de Mallarmé met fin à la longue carrière des Mardis et les Jeudis de Bellechasse déclarent forfait en 1896 en raison du décès de Daudet. Un déménagement intempestif peut pareillement signer l’arrêt de mort d’un cénacle. En quittant son appartement de la rue Notre-Dame-des-Champs, où il avait pour voisins Sainte-Beuve et les Devéria, Hugo rompt une habitude installée depuis trois ans. Son cénacle n’y survit pas. La stabilité du lieu de réunion joue un rôle non négligeable : Mendès et Vigny déménagent trop souvent pour fidéliser leurs visiteurs ; avec ses allers et retours permanents de Croisset à Paris, Flaubert empêche qu’un rite de visite autre que saisonnier s’installe. Qu’une mésaventure s’ajoute à ces déménagements, et le cénacle coule à pic : la révélation de la pension impériale reçue par Leconte de Lisle salit sa réputation d’homme intègre, et, par ricochet, affaiblit considérablement son cercle. Rares enfin sont les cénacles à se remettre d’un bouleversement historique qui en interrompt la routine et en dérange les enjeux : la révolution de Juillet n’est pas étrangère à la dispersion du cénacle hugolien ; la guerre de 1870 et la Commune de Paris ont également un effet délétère sur les réunions de Leconte de Lisle. Le cénacle, structure précaire, encaisse mal les interruptions et les dérangements.

    35Hors des facteurs conjoncturels, quelles trajectoires dégénératives se dessinent ? La première est celle de l’avortement, soit que les adhérents ont été attirés ailleurs, soit que l’absence de combat commun a amené le groupe à se déliter (Cercle zutique, groupe du Doyenné). D’autres scénarios se dégagent, dont la variable principale est le degré plus ou moins avancé d’engagement sur le front littéraire. Comme le montre le cas exemplaire de Hugo, l’institutionnalisation à marche forcée du cénacle se paye de l’éclatement du groupe. Quelques mois après le succès d’Hernani, les amitiés se défont et les dissensions éclatent. Il en ira de même chez Zola après 1880 : dans la correspondance, la « prose de combat » des années 1875-1880, pleine d’effervescence, cède la place aux médisances et aux rancœurs, suscitées par le spectacle du triomphe d’Émile Zola : « les jeunes des Soirées de Médan » écrira Alexis à Zola, se sont « suicidés en tant que groupe34 ».

    36Balzac l’avait bien vu : « disciplinés pendant le combat, les Pégases se battent au râtelier de la gloire35. » Encore la raison de ce délitement tient-elle moins, comme on l’a longtemps cru, à des jalousies individuelles et à des vanités blessées qu’à la débâcle d’un collectif victime de son succès : sur le plan des idées, la propagation et la vulgarisation des principes du cénacle lui font perdre le caractère minoritaire, oppositionnel et élitiste sur lequel se fondait en partie sa cohésion. Sur le plan des positions dans le champ littéraire, il s’avère aussi que les bénéfices symboliques de l’événement profitent inégalement au personnel cénaculaire. C’est pourquoi, au sein de la « communauté émotionnelle » qui n’a pu recevoir les bénéfices liés au triomphe des aînés, apparaissent des tendances radicales et déviantes, qui exigent à leur tour de participer à la « course en commun à la gloire36 ». Les seules issues, dans ce cas-là, sont soit de s’engager dans une voie personnelle (Dumas, Gautier, Sainte-Beuve, Coppée, Mallarmé, Huysmans, Maupassant), soit d’intégrer un autre groupe (Nerval et Gautier chez Borel ; Huysmans et Hennique chez Goncourt), soit encore de se rabattre sur des dyades amicales (Bonnard et Vuillard, Verlaine et Rimbaud, Laforgue et Kahn).

    37D’autres cénacles ont abandonné tout projet de conquête. Arrêtons-nous sur le cas de Vigny. Emporté en 1828 par la ferveur combative générale, l’auteur d’Othello croit à ses chances (il tient la corde avec Hugo) et transforme son cénacle en machine de guerre. Les Mercredis semblent alors engagés dans un processus irréversible d’institutionnalisation (lectures de drames et recrutement de supporters). Les premiers échecs mettent un coup d’arrêt à cette instrumentalisation du cénacle ; Vigny amorce alors un repli — moins par choix sans doute que par nécessité. Cette option sauve néanmoins son cercle, mais au prix d’une sanctuarisation qui en affaiblit la force vitale. Le cénacle comble les aspirations d’une population laissée pour compte par le militantisme romantique. Encouragés par l’hôte en ce sens, les habitués des Mercredis se drapent dans leur dignité, revendiquent haut et fort l’exercice d’une poésie pure, aux antipodes de celle que Hugo cherche à faire adorer sur la place publique. Privés d’un bras armé, ils trouvent en Vigny un bras protecteur.

    38Il n’est pas certain que l’on puisse produire la même analyse à propos des autres cénacles qui ont décroché à un moment de leur parcours. À la différence de ce qui se produit chez Vigny, on observe dans de nombreux cénacles (l’Arsenal, le Grenier de Delécluze, les Samedis de Heredia) une inclination à figer la formule novatrice et à y convertir des débutants que l’avant-garde effraie. Ce phénomène s’observe dans le cénacle de Leconte de Lisle qui, après avoir tenu des discours incendiaires sur la poésie de l’ancienne école, prône le respect strict des codes qu’il a fixés, fustigeant les innovations des dissidents (Verlaine et Mallarmé). Ce phénomène de « routinisation », analysé par Rémy Ponton, affecte la plupart des cénacles qui ont désactivé leur fonction révolutionnaire pour adopter une position modérée. Mais la fixation de la doctrine a des effets pervers. D’un côté elle rassure et encourage des écrivains timorés, de l’autre elle décourage et détourne les écrivains doués ou frondeurs. Tel est le destin des cénacles qui se coupent, après avoir accompli leur révolution, des mouvements de rénovation : pour survivre, c’est-à-dire soutenir leur niveau de fréquentation, ils doivent faire des concessions : arrêter une vision de la littérature, ni trop rétrograde ni trop moderne, et tolérer la présence de personnalités falotes dans le cercle.

    39La dissolution des cénacles prend souvent la forme d’une agonie. Jadis fréquentés par l’élite de la poésie, l’Arsenal de Nodier et les réunions de Heredia ne sont plus visités dans leurs dernières années que par des écrivains de deuxième ou de troisième ordre : les principaux animateurs du mouvement n’y font que passer. D’anciens invités, distancés ou méprisés par les chefs, y reviennent ; le « monde », lui, y entre en force. Chez Leconte de Lisle, après 1870, « l’élément féminin » (l’expression est de Goncourt) devient prédominant. Avec ce changement d’atmosphère et d’auditoire, le cénacle change de sens et de fonction : il devient une « structure d’accueil ayant pour objet de transmettre, sans heurts, le prestige de l’aîné à des admirateurs37 ». Le cénacle se meurt non parce qu’il est déserté, mais parce qu’il est contaminé : vidé de sa substance intellectuelle, déconnecté des enjeux littéraires et artistiques du moment, préoccupé d’affaires mondaines, il perd sa raison d’être première.

    40Restent le cas des Mardis de Mallarmé et celui des Dimanche de Goncourt. En dépit d’un certain fléchissement, l’aspect général des Mardis ne change guère de 1880 à1898. Le Grenier ne décline pas non plus dans ses dernières années si l’on en croit son fondateur, qui inscrit dans son Journal, quelques mois avant sa mort, qu’il n’y a jamais eu autant de monde à ses Dimanches. En fait, les deux cénacles, quoique très différents l’un de l’autre, s’expliquent l’un par l’autre : Mallarmé réalise de son vivant avec ses Mardis ce que Goncourt a souhaité faire de son Grenier après sa mort : une académie. Entendons par là une institution censément capable d’identifier à coup sûr le talent d’un artiste et de l’intégrer dans son sein pour en accroître le prestige. Tandis que Hugo, Leconte de Lisle et Zola se sont lancés dans une conquête éperdue des institutions pour les transformer de l’intérieur (Comédie française, Académie française), Mallarmé et Goncourt ont suivi une voie, en un sens, plus radicale. Renonçant à s’attaquer à ces illustres bastions, ils ont patiemment œuvré au remplacement des institutions dominantes par des institutions dominées. Mallarmé avec ses Mardis, Goncourt avec ses Dimanches, font de l’institution cénaculaire, cette passerelle ordinaire vers la consécration médiatique et académique, une académie supérieure, lieu suprême de la consécration poétique.

    41L’Académie Goncourt, telle que l’avait imaginée son créateur, prend effectivement forme après sa mort, pour devenir, au siècle suivant, la rivale de l’Académie française. Mallarmé n’a certes jamais formulé un tel projet, mais son cénacle acquiert de facto au cours des années la dimension d’une académie. Vers 1890, les Mardis de la rue de Rome ont une valeur légitimante égale, sinon supérieure, à celle de la demeure du Quai Conti. Sa réputation, qui a transpiré dans la grande presse, est immense. Pas un poète qui ne rêve un jour d’être accueilli chez Mallarmé. Car en être, c’est être Poète. Fait sans précédent en cette fin de siècle, un contingent d’hommes de lettres est prêt à renoncer aux honneurs, aux récompenses, aux gratifications, au succès, voire aux modes de médiatisation et de diffusion ordinaires, pour respecter les principes et les valeurs sacrés de l’Académie Mallarmé : pureté, exigence, indépendance. À quoi tient la force d’une telle institution ? Pour l’essentiel, à la foi que ses membres ont dans ses pouvoirs consacrants. Cette foi, les Mardistes se la transmirent de génération en génération, perpétuant eux-mêmes une institution créée de toute pièce. En quinze ans, trois « classes38 » se succèdent sur les bancs de cette académie, assurant ainsi, cycliquement et sans interruption, sa continuité institutionnelle. En cette fin de siècle, chacun à leur manière, Mallarmé et Goncourt réinventent l’académie et éternisent ainsi le cénacle.

    CONCLUSION

    42Au cours du XIXe siècle, les voies de la consécration littéraire se diversifient : les hommes de lettres continuent de fréquenter les salons à la recherche d’appui ou de protection, l’explosion de la presse et la multiplication des revues donnent aux critiques un pouvoir de sanction croissant, le développement de l’édition à bas prix, conjugué à l’extension du lectorat, apporte la renommée aux romanciers, l’Académie française, quoique décriée, continue de séduire les écrivains, qui courent après ses prix et multiplient les démarches pour y siéger. À ces différentes voies s’en ajoute une nouvelle qui bien souvent les surpasse : la voie cénaculaire. Les cénacles constituent un phénomène sans précédent dans l’histoire des institutions littéraires. En dépit de sa temporalité accidentée, en dépit de sa précarité intrinsèque, en dépit de ses effets pervers39, cette nouvelle « institution » s’impose, in fine, comme l’un des instruments de consécration les plus efficaces. Ainsi s’explique qu’une fraction importante des écrivains et des peintres d’avant-garde y aient recouru tout au long du siècle. S’il n’a pas survécu à la fin de ce siècle, c’est qu’il n’est plus alors en phase avec l’accélération et la spectacularisation des phénomènes de consécration que rythment désormais les manifestes, les coups médiatiques et les prix littéraires. Si le cénacle a l’avantage d’offrir une reconnaissance rapide à des poètes débutants, il a l’inconvénient de ne leur offrir la consécration littéraire ou artistique qu’à très long terme, qui plus est, au prix d’une liquidation douloureuse de l’instrument — le cénacle — qui a rendu cette consécration possible.

    Notes de bas de page

    1 La présente contribution condense les principaux éléments de la troisième partie de notre livre L’âge des cénacles. Confraternités littéraires et artistiques au XIXe siècle, Paris, Fayard, 2013. Le lecteur se reportera à ce livre pour de plus amples développements et de plus nombreux exemples.

    2 Précisons au préalable que la notion d’institution sera comprise ici dans le sens de l’analyse institutionnelle comme « processus dialectique » résultant de la tension entre l’« instituant » et l’« institué ». Le cénacle, en l’occurrence, intervient autant dans le processus (la force instituante) que dans l’effet (le forme instituée) : lui-même est une création institutionnelle destinée à donner forme à un ensemble d’affinités interpersonnelles et à un ensemble d’idées esthétiques et éthiques encore insuffisamment définies (René Lourau, L’analyse institutionnelle, Paris, Éditions de Minuit, coll. « Arguments », 1970).

    3 Maria Rogers, » The Batignolles Group : Creators of Impressionism », dans Milton C. Albrecht, James H. Barnett et Mason Griff (dir.), The Sociology of Art and Literature, New York, Praeger Publishers, 1970, p. 194-220 ; Rémy Ponton, « Programme esthétique et accumulation de capital symbolique. L’exemple du Parnasse », Revue française de sociologie, t. 14, n° 3, 1973, p. 202-220 ; Jacques Dubois, « Émergence et position du groupe naturaliste dans l’institution littéraire », dans Pierre Cogny (dir.), Le Naturalisme. Colloque de Cerisy, Paris, Union Générale d’Éditions, 1978, p. 75-91 ; Christophe Charle, La Crise littéraire à l’époque du naturalisme, Essai d’histoire sociale des groupes et des genres littéraires, Paris, Presses de l’École Normale Supérieure, 1979 ; Joseph Jurt, « Les mécanismes de constitution de groupes littéraires : l’exemple du symbolisme », Neophilologus, n° 70, 1986, p. 20-33.

    4 Michael P. Farrell, Collaborative Circles. Friendship Dynamics and Creative Work, Chicago, Chicago University Press, 2001.

    5 Paul Alexis et Émile Zola, Émile Zola, Notes d’un ami. Avec des vers inédits d’Émile Zola, préface de René-Pierre Colin, Paris, Maisonneuve & Larose, 2001 (1882), p. 183.

    6 Lettre à A. de Latour du 21 juin 1867, dans Émile Deschamps, Œuvres complètes, Paris, Lemerre, 1873, t. III, p. 301.

    7 Victor-M. Hugo, « Sur Georges Gordon. Lord Byron », La Muse française, 12e livraison, juin 1824, éd. J. Marsan, Paris, Cornély, 1909, t. II, p. 298-299.

    8 Jacques Dubois, L’Institution de la littérature. Introduction à une sociologie, Bruxelles, Labor/Nathan, coll. « Dossiers Média », 1986 (1978), p. 90.

    9 Honoré de Balzac, Illusions perdues, dans La Comédie humaine, éd. Pierre-Georges Castex (dir.), Paris, Gallimard, coll. « Bibliothèque de la Pléiade », 1977, t. V, p. 320.

    10 Lettre de Stéphane Mallarmé à Paul Valéry du 29 mars 1897, dans Correspondance, éd. Henri Mondor et Lloyd James Austin, Paris, Gallimard, 1959-1985, t. IX, p. 119.

    11 Lettre à sa mère du 9 juillet 1829, citée par Frédéric Saulnier, La Vie d’un poète. Édouard Turquety (1807-1867), Paris/Nantes, Jules Gervais/Émile Grimaud, 1885, p. 72.

    12 Virginie Ancelot, « Le Salon de Charles Nodier à l’Arsenal », dans Les Salons de Paris. Foyers éteints, Paris, Jules Tardieu, 1858, p. 137.

    13 Sainte-Beuve, « M. Étienne-Jean Delécluze », repris dans Nouveaux Lundis, Paris, Calmann-Lévy, 1884, t. IV, p. 114.

    14 Sur cette notion, voir Luc Boltanski et Laurent Thévenot, De la justification. Les économies de la grandeur, Paris, Gallimard, coll. « NRF essais », 1991.

    15 Cette désignation tautologique trouve son expression ultime dans le choix du mot « cénacle », qui, avant qu’on ne le soupçonne de dire autre chose que ce qu’il dit littéralement, renvoie à l’idée de réunion.

    16 Lettre de Paul Verlaine à Catulle Mendès du 31 août 1865, dans Correspondance générale, éd. Michael Pakenham, Paris, Fayard, 2005, t. I, p. 90.

    17 Jules Huret, Enquête sur l’évolution littéraire (1891), éd. Daniel Grojnowski, Vanves, Thot, 1982, p. 73-80.

    18 « Préface » de la deuxième édition de Thérèse Raquin (1868), dans Œuvres complètes, éd. Colette Becker et Jean-Louis Cabanès, Paris, Nouveau Monde Éditions, 2003, t. III, p. 31.

    19 Reste une troisième logique, tout à fait marginale, qui consiste à adopter une dénomination parodique (zutisme, je-m’en-foutisme) ou imperméable à toute doctrine et tournée vers la posture collective (Hydropathes, Hirsutes, Buveurs d’eau).

    20 À noter que le mot « manifeste » n’est à aucun moment employé par Moréas dans ce que l’histoire littéraire a retenu comme le « Manifeste du symbolisme » (Le Figaro. Supplément littéraire, 18 septembre 1886).

    21 Mallarmé laisse la sienne se répandre par la plume de trois disciples : Morice, Gide et Mauclair respectivement dans La Littérature de tout à l’heure (1889), le Traité du Narcisse (1891) et Eleusis (1894).

    22 Lettre du début octobre 1880, dans Edmond de Goncourt et Henry Céard, Correspondance inédite, éd. Colin Burns, Nizet, 1965, p. 68.

    23 Jean-Marie Domenach, « Entre le prophétique et le clérical », La Revue des revues, n° 1, 1986, p. 21-30.

    24 Théophile Gautier, Histoire du Romantisme, éd. Adrien Goetz, Paris, Gallimard, coll. « Folio/Classique », 2011 (1873), p. 73.

    25 Max Weber, « La domination charismatique », dans Économie et société, Paris, Pocket, coll. « Agora », 1995, t. I, p. 320-325.

    26 Théophile Gautier, Histoire du Romantisme, op. cit., p. 67.

    27 José-Luis Diaz, « Quand le maître devient chef d’école… », Romantisme, n° 4, 2003, p. 9.

    28 Lettre d’Émile Deschamps à Édouard Turquety du 15 septembre 1829, dans Frédéric Saulnier, La Vie d’un poète, op. cit., p. 87.

    29 Max Weber, Économie et société, op. cit., t. II, p. 204. Rémy Ponton a été le premier à importer cette notion aux études littéraires mais sans faire la part entre le premier et le second cercle d’adeptes (Rémy Ponton, « Programme esthétique et accumulation du capital symbolique. L’exemple du Parnasse », art. cit.).

    30 Sainte-Beuve, « Poètes modernes : Victor Hugo », Revue des deux Mondes, 1er août 1831.

    31 Maurice Barrès, Séance de l’Académie française du 18 février 1909. Réponse de M. Maurice Barrès, directeur de l’Académie, au discours de réception de M. Jean Richepin, Paris, Félix Juven, 1909, p. 18.

    32 Voir Alain Degenne et Michel Forsé, Les Réseaux sociaux. Une approche structurale en sociologie, Paris, Armand Colin, coll. « U », 1994. Voir aussi la notion de « capital relationnel », (Björn-Olav Dozo, Mesures de l’écrivain. Profil socio-littéraire et capital relationnel dans l’entre-deux-guerres en Belgique francophone, Liège, Presses Universitaires de Liège, coll. « Situations », 2011).

    33 Pierre Bourdieu, Les Règles de l’art. Genèse et structure du champ littéraire (1992), Paris, Seuil, coll. « Points Essais », 1998, p. 440.

    34 Lettre de Paul Alexis à Émile Zola du 30 décembre 1881, dans Henri Mitterand, Zola. L’Homme de Germinal (1871-1893), Paris, Fayard, 2001, p. 622.

    35 Honoré de Balzac, « Préface » d’Un Grand homme de province à Paris, dans La Comédie humaine, op. cit., t. V, p. 113.

    36 Sainte-Beuve, « À Madame Tastu », dans Poésies complètes (Pensées d’août), Paris, Charpentier, 1890 (1837), p. 328.

    37 Rémy Ponton, « Programme esthétique et accumulation de capital symbolique. L’exemple du Parnasse », art. cit., p. 215.

    38 Entre eux, pour rire, note Henri Mondor, les assidus, quand ils se rencontraient ailleurs, s’interrogeaient : « Tu es en deuxième ou en troisième année, rue de Rome ? » (Vie de Mallarmé, Paris, Gallimard, 1941, p. 678).

    39 Effets pervers repérés pour la première fois par Latouche dans son fameux article sur la « Camaraderie littéraire » paru dans la Revue de Paris en octobre 1829. Sur ce point, voir Anthony Glinoer, La Querelle de la camaraderie littéraire, Genève, Droz, 2008.

    Auteurs

    • Anthony Glinoer

      Titulaire de la Chaire de recherche du Canada sur l’histoire de l’édition et la sociologie du littéraire et professeur à l’Université de Sherbrooke. Ses travaux ont porté principalement sur l’histoire de l’édition (Naissance de l’Éditeur. L’édition à l’âge romantique, Les Impressions nouvelles, 2005, avec Pascal Durand), sur l’étude des représentations dans la littérature de la vie littéraire (co-direction du numéro de Discours social consacré aux « Fictions du champ littéraire » 2010, d’Imaginaires de la vie littéraire, PUR, 2012 et de Romans à clés, PULg, « Situations », 2014) et sur les groupes d’écrivains et d’artistes (L’âge des cénacles, Fayard, 2013, avec Vincent Laisney). Responsable du GREMLIN (Groupe de recherche sur les médiations littéraires et les institutions), Anthony Glinoer a aussi lancé le projet Socius, lequel se décline en rééditions de classiques de la théorie sociale du littéraire, en bibliographies rééditées ou originales et en un lexique de concepts établi par une équipe internationale (voir le site en accès libre ressources-socius. info).

    • Vincent Laisney

      Agrégé de lettres modernes, docteur ès lettres (Sorbonne Nouvelle), est Maître de conférences à l’université de Paris-Ouest. Spécialiste du romantisme français et des sociabilités littéraires du XIXe siècle, il a notamment publié L’Arsenal romantique. Le salon de Charles Nodier (1824-1834) (Honoré Champion, 2002), Le Miroir et le chemin (Presses de la Sorbonne Nouvelle, 2006), L’Âge des cénacles (Fayard, 2013, avec Anthony Glinoer) et Sept génies (Impressions nouvelles, 2014).

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    Anthony Glinoer et Michel Lacroix

    Les illusios perdues, ou les romans cénaculaires

    Anthony Glinoer et Vincent Laisney

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    Anthony Glinoer

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    Les illusios perdues, ou les romans cénaculaires

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    1 La présente contribution condense les principaux éléments de la troisième partie de notre livre L’âge des cénacles. Confraternités littéraires et artistiques au XIXe siècle, Paris, Fayard, 2013. Le lecteur se reportera à ce livre pour de plus amples développements et de plus nombreux exemples.

    2 Précisons au préalable que la notion d’institution sera comprise ici dans le sens de l’analyse institutionnelle comme « processus dialectique » résultant de la tension entre l’« instituant » et l’« institué ». Le cénacle, en l’occurrence, intervient autant dans le processus (la force instituante) que dans l’effet (le forme instituée) : lui-même est une création institutionnelle destinée à donner forme à un ensemble d’affinités interpersonnelles et à un ensemble d’idées esthétiques et éthiques encore insuffisamment définies (René Lourau, L’analyse institutionnelle, Paris, Éditions de Minuit, coll. « Arguments », 1970).

    3 Maria Rogers, » The Batignolles Group : Creators of Impressionism », dans Milton C. Albrecht, James H. Barnett et Mason Griff (dir.), The Sociology of Art and Literature, New York, Praeger Publishers, 1970, p. 194-220 ; Rémy Ponton, « Programme esthétique et accumulation de capital symbolique. L’exemple du Parnasse », Revue française de sociologie, t. 14, n° 3, 1973, p. 202-220 ; Jacques Dubois, « Émergence et position du groupe naturaliste dans l’institution littéraire », dans Pierre Cogny (dir.), Le Naturalisme. Colloque de Cerisy, Paris, Union Générale d’Éditions, 1978, p. 75-91 ; Christophe Charle, La Crise littéraire à l’époque du naturalisme, Essai d’histoire sociale des groupes et des genres littéraires, Paris, Presses de l’École Normale Supérieure, 1979 ; Joseph Jurt, « Les mécanismes de constitution de groupes littéraires : l’exemple du symbolisme », Neophilologus, n° 70, 1986, p. 20-33.

    4 Michael P. Farrell, Collaborative Circles. Friendship Dynamics and Creative Work, Chicago, Chicago University Press, 2001.

    5 Paul Alexis et Émile Zola, Émile Zola, Notes d’un ami. Avec des vers inédits d’Émile Zola, préface de René-Pierre Colin, Paris, Maisonneuve & Larose, 2001 (1882), p. 183.

    6 Lettre à A. de Latour du 21 juin 1867, dans Émile Deschamps, Œuvres complètes, Paris, Lemerre, 1873, t. III, p. 301.

    7 Victor-M. Hugo, « Sur Georges Gordon. Lord Byron », La Muse française, 12e livraison, juin 1824, éd. J. Marsan, Paris, Cornély, 1909, t. II, p. 298-299.

    8 Jacques Dubois, L’Institution de la littérature. Introduction à une sociologie, Bruxelles, Labor/Nathan, coll. « Dossiers Média », 1986 (1978), p. 90.

    9 Honoré de Balzac, Illusions perdues, dans La Comédie humaine, éd. Pierre-Georges Castex (dir.), Paris, Gallimard, coll. « Bibliothèque de la Pléiade », 1977, t. V, p. 320.

    10 Lettre de Stéphane Mallarmé à Paul Valéry du 29 mars 1897, dans Correspondance, éd. Henri Mondor et Lloyd James Austin, Paris, Gallimard, 1959-1985, t. IX, p. 119.

    11 Lettre à sa mère du 9 juillet 1829, citée par Frédéric Saulnier, La Vie d’un poète. Édouard Turquety (1807-1867), Paris/Nantes, Jules Gervais/Émile Grimaud, 1885, p. 72.

    12 Virginie Ancelot, « Le Salon de Charles Nodier à l’Arsenal », dans Les Salons de Paris. Foyers éteints, Paris, Jules Tardieu, 1858, p. 137.

    13 Sainte-Beuve, « M. Étienne-Jean Delécluze », repris dans Nouveaux Lundis, Paris, Calmann-Lévy, 1884, t. IV, p. 114.

    14 Sur cette notion, voir Luc Boltanski et Laurent Thévenot, De la justification. Les économies de la grandeur, Paris, Gallimard, coll. « NRF essais », 1991.

    15 Cette désignation tautologique trouve son expression ultime dans le choix du mot « cénacle », qui, avant qu’on ne le soupçonne de dire autre chose que ce qu’il dit littéralement, renvoie à l’idée de réunion.

    16 Lettre de Paul Verlaine à Catulle Mendès du 31 août 1865, dans Correspondance générale, éd. Michael Pakenham, Paris, Fayard, 2005, t. I, p. 90.

    17 Jules Huret, Enquête sur l’évolution littéraire (1891), éd. Daniel Grojnowski, Vanves, Thot, 1982, p. 73-80.

    18 « Préface » de la deuxième édition de Thérèse Raquin (1868), dans Œuvres complètes, éd. Colette Becker et Jean-Louis Cabanès, Paris, Nouveau Monde Éditions, 2003, t. III, p. 31.

    19 Reste une troisième logique, tout à fait marginale, qui consiste à adopter une dénomination parodique (zutisme, je-m’en-foutisme) ou imperméable à toute doctrine et tournée vers la posture collective (Hydropathes, Hirsutes, Buveurs d’eau).

    20 À noter que le mot « manifeste » n’est à aucun moment employé par Moréas dans ce que l’histoire littéraire a retenu comme le « Manifeste du symbolisme » (Le Figaro. Supplément littéraire, 18 septembre 1886).

    21 Mallarmé laisse la sienne se répandre par la plume de trois disciples : Morice, Gide et Mauclair respectivement dans La Littérature de tout à l’heure (1889), le Traité du Narcisse (1891) et Eleusis (1894).

    22 Lettre du début octobre 1880, dans Edmond de Goncourt et Henry Céard, Correspondance inédite, éd. Colin Burns, Nizet, 1965, p. 68.

    23 Jean-Marie Domenach, « Entre le prophétique et le clérical », La Revue des revues, n° 1, 1986, p. 21-30.

    24 Théophile Gautier, Histoire du Romantisme, éd. Adrien Goetz, Paris, Gallimard, coll. « Folio/Classique », 2011 (1873), p. 73.

    25 Max Weber, « La domination charismatique », dans Économie et société, Paris, Pocket, coll. « Agora », 1995, t. I, p. 320-325.

    26 Théophile Gautier, Histoire du Romantisme, op. cit., p. 67.

    27 José-Luis Diaz, « Quand le maître devient chef d’école… », Romantisme, n° 4, 2003, p. 9.

    28 Lettre d’Émile Deschamps à Édouard Turquety du 15 septembre 1829, dans Frédéric Saulnier, La Vie d’un poète, op. cit., p. 87.

    29 Max Weber, Économie et société, op. cit., t. II, p. 204. Rémy Ponton a été le premier à importer cette notion aux études littéraires mais sans faire la part entre le premier et le second cercle d’adeptes (Rémy Ponton, « Programme esthétique et accumulation du capital symbolique. L’exemple du Parnasse », art. cit.).

    30 Sainte-Beuve, « Poètes modernes : Victor Hugo », Revue des deux Mondes, 1er août 1831.

    31 Maurice Barrès, Séance de l’Académie française du 18 février 1909. Réponse de M. Maurice Barrès, directeur de l’Académie, au discours de réception de M. Jean Richepin, Paris, Félix Juven, 1909, p. 18.

    32 Voir Alain Degenne et Michel Forsé, Les Réseaux sociaux. Une approche structurale en sociologie, Paris, Armand Colin, coll. « U », 1994. Voir aussi la notion de « capital relationnel », (Björn-Olav Dozo, Mesures de l’écrivain. Profil socio-littéraire et capital relationnel dans l’entre-deux-guerres en Belgique francophone, Liège, Presses Universitaires de Liège, coll. « Situations », 2011).

    33 Pierre Bourdieu, Les Règles de l’art. Genèse et structure du champ littéraire (1992), Paris, Seuil, coll. « Points Essais », 1998, p. 440.

    34 Lettre de Paul Alexis à Émile Zola du 30 décembre 1881, dans Henri Mitterand, Zola. L’Homme de Germinal (1871-1893), Paris, Fayard, 2001, p. 622.

    35 Honoré de Balzac, « Préface » d’Un Grand homme de province à Paris, dans La Comédie humaine, op. cit., t. V, p. 113.

    36 Sainte-Beuve, « À Madame Tastu », dans Poésies complètes (Pensées d’août), Paris, Charpentier, 1890 (1837), p. 328.

    37 Rémy Ponton, « Programme esthétique et accumulation de capital symbolique. L’exemple du Parnasse », art. cit., p. 215.

    38 Entre eux, pour rire, note Henri Mondor, les assidus, quand ils se rencontraient ailleurs, s’interrogeaient : « Tu es en deuxième ou en troisième année, rue de Rome ? » (Vie de Mallarmé, Paris, Gallimard, 1941, p. 678).

    39 Effets pervers repérés pour la première fois par Latouche dans son fameux article sur la « Camaraderie littéraire » paru dans la Revue de Paris en octobre 1829. Sur ce point, voir Anthony Glinoer, La Querelle de la camaraderie littéraire, Genève, Droz, 2008.

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    Glinoer, A., & Laisney, V. (2016). La temporalité institutionnelle des cénacles. In D. Saint-Amand (éd.), La dynamique des groupes littéraires. Liège: Presses universitaires de Liège. https://doi.org/10.4000/books.pulg.2515
    Glinoer, Anthony, et Vincent Laisney. « La temporalité institutionnelle des cénacles ». In La dynamique des groupes littéraires, édité par Denis Saint-Amand. Liège: Presses universitaires de Liège, 2016. doi:10.4000/books.pulg.2515.
    Glinoer, Anthony, et Vincent Laisney. « La temporalité institutionnelle des cénacles ». La dynamique des groupes littéraires, édité par Denis Saint-Amand, Presses universitaires de Liège, 2016, https://doi.org/10.4000/books.pulg.2515.

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    Saint-Amand, D. (éd.). (2016). La dynamique des groupes littéraires. Liège: Presses universitaires de Liège. https://doi.org/10.4000/books.pulg.2511
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    Saint-Amand, Denis, éditeur. La dynamique des groupes littéraires. Presses universitaires de Liège, 2016, https://doi.org/10.4000/books.pulg.2511.
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