Jean Philopon : Contre Aristote
p. 253-334
Note de l’auteur
J’ai regroupé trois chapitres en un, afin de donner ensemble le texte, la traduction et le commentaire des fragments. Pour cette raison, j’ai dû abandonner de reproduire la pagination originale. Par ce changement, j’espère avoir facilité la consultation, en ajoutant aussi entre parenthèses la correspondance avec la numérotation retenue par Wildberg, quand elle existait. Dans celle-ci, l’astérisque (*) indique que cet éditeur ne considère pas le fragment comme littéral. Le lecteur trouvera un tableau synoptique pp. 333-334.
Texte intégral
Notes préliminaires
Sur le texte
1Les fragments sont édités dans un ordre qui tend à reproduire celui de l’œuvre originale. Cependant, avant les fragments du livre I, j’ai groupé quelques témoignages qu’il était difficile ou impossible de localiser, soit que Simplicius n’en fournisse pas les moyens, soit qu’ils concernent des opinions ou des procédés fréquemment répétés au cours du Contre Aristote. On sera peut-être surpris de trouver ces Testimonia incertae sedis au début de la collection et non à la fin. Mais la plupart d’entre eux donnent des indications qui sont ainsi mieux à leur place : but du Contre Aristote et appréciations sur le Stagirite. Dans tous les cas, mon commentaire justifie l’ordonnance adoptée.
2Le texte des Commentaires de Simplicius est la source de tous nos fragments. Il a été soigneusement étudié par Heiberg et par Diels. Un recours aux manuscrits était donc superflu. Mais, sur la foi des indications fournies par les apparats critiques, j’ai parfois choisi des leçons que les éditeurs des Commentaria in Aristotelem graeca avaient rejetées. Dans l’édition des fragments comme dans l’apparat critique, les abréviations In De c. et In Phys. désignent respectivement les Commentaires au De caelo et à la Physique de Simplicius. La brièveté y gagne et la clarté n’en souffre pas. [La | marque la linéation dans l’édition originale. La || marque le début d’une nouvelle page.]
3L’apparat critique compte trois étages. Le premier, désigné par le sigle L, donne les références des passages d’auteurs auxquels Jean Philopon fait allusion dans les fragments.
4Le second a pour sigle un T. On y trouve l’indication des témoins du texte. La référence du fragment principal1, qui se trouve en tête de fragment, n’est pas reprise. Mais c’est ici que j’ai réuni celles des fragments secondaires. Pour ceux qui sont littéraux, l’apparat critique indique la référence du passage qu’ils reproduisent, puis, après le signe de l’égalité, leur référence et, entre parenthèses, le sigle qui les désigne dans l’apparat critique (Sa, Sb,…). Les fragments secondaires non littéraux ne sont mentionnés que par un souci de complète exactitude. Sauf dans quelques cas exceptionnels, ils ne concourent pas à l’établissement du texte. Aucun sigle spécial ne doit donc les désigner. Comme ils ne sont pas littéraux, la référence du passage qu’ils reprennent est précédée, non pas du signe de l’égalité, mais de l’abréviation cf. Un exemple éclairera utilement ces règles : l’indication 10-11 = In De c., 119, 25-26 (Sb) s’interprète de la manière suivante : les lignes 10 et 11 du fragment sont littéralement reprises à Simplicius, In De caelo, 119, 25 et 26, et cette reprise est désignée par Sb dans l’apparat critique. L’indication 8-9 cf. In De c., 119, 24-25 signifie que les lignes 8 et 9 du fragment sont reprises, mais non pas littéralement, dans Simplicius, In De caelo, 119, 24-25.
5Le troisième étage de l’apparat critique contient les variantes et est marqué d’un V. Les leçons provenant du fragment principal sont simplement désignées par les règles des manuscrits. Quant aux fragments secondaires littéraux, en cas d’accord des manuscrits, les leçons sont suivies du sigle du fragment. En cas de désaccord, j’ai noté, dans l’une des parties de l’unité critique, le sigle du fragment avec, entre parenthèses, le sigle des manuscrits où l’on trouve la leçon visée. Dans l’autre partie, je ne note que le sigle du fragment. Il convient de l’interpréter par soustraction. Un exemple fera mieux comprendre ces règles. Soit l’unité critique que voici « οὕτως γενητός ». ὁ τῷ γ D : οὕτω γενητός D1 (en corr.) Sc (D) : οὕτως ἀγένητος AB. Pour le fragment principal, les manuscrits donnent οὕτως γενητός, sauf D qui porte ὁ τῷ γ., corrigé en οὕτω γενητός, et les manuscrits A et B qui ont οὕτως ἀγένητος. Dans le fragment secondaire désigné par le sigle Sc, tous les manuscrits ont οὕτως ἀγένητος, sauf D qui a οὕτως γενητός.
6Dans le texte, j’ai [utilisé une p o l i c e e s p a c é e] pour les parties que je considère comme des citations littérales. On trouvera dans mon commentaire les motifs qui justifient cette appréciation.
7Enfin, quand plusieurs fragments ou témoignages paraissent provenir d’un même développement, je me suis efforcé, par une disposition en colonnes, de faire comprendre la manière dont ils se complètent.
Conspectus codicum

Sur la traduction
8La traduction qu’on va lire vise avant tout à l’exactitude et à la rigueur. J’ai tenté de rendre avec précision les formes de l’argumentation et, pour éviter toute ambiguïté, j’ai adopté une traduction uniforme pour les termes et les expressions qui me paraissaient avoir une valeur technique.
9Quant au style, la phrase de Philopon est volontiers sinueuse et complexe. Cela ne va pas sans une lourdeur et une maladresse qu’accentuerait encore une traduction trop servilement calquée sur le texte grec. Je n’ai donc pas hésité à remplacer souvent des accumulations de subordonnées par des coordinations. Pourtant, j’ai veillé à ne pas généraliser excessivement ce procédé : ce serait une faute que de donner à la traduction une clarté que l’original ne possède pas.
10Assez souvent, les fragments du Contre Aristote et les témoignages qui le concernent sont imbriqués dans la critique de Simplicius. Particulièrement fréquentes sont les formules du type : puisqu’il [sc. Philopon] prétend que […] il faut examiner cette thèse. Seule la protase des phrases de ce genre mérite de figurer dans la collection des fragments. Dans l’édition du texte, j’ai maintenu la conjonction de subordination qui en marque le début. Mais dans la traduction, j’ai cru pouvoir l’omettre sans dommage.
11Certains passages ne deviennent intelligibles que si l’on rétablit des mots ou des expressions que Philopon sous-entend. Dans la traduction, ces sous-entendus apparaissent entre parenthèses.
12Enfin, dans la traduction, les passages en italiques sont ceux dont on a bonne raison de croire qu’ils sont des citations littérales.
Sur le commentaire
13Mon commentaire des fragments du Contre Aristote se propose des tâches multiples. La première concerne l’établissement du texte. Je ne l’ai justifié que dans les cas où je me sépare des éditeurs des Commentaria in Aristotelem Graeca.
14Ensuite, il convient de déterminer le degré d’exactitude des fragments. Sauf dans quelques cas exceptionnels, il m’a suffi d’appliquer les règles établies dans le deuxième chapitre de l’introduction2.
15Pour l’ordonnance des fragments, l’introduction a fourni des indications générales et des règles d’appréciation3. Le commentaire s’efforce de les préciser pour chaque cas particulier.
16La bonne compréhension du texte exigeait ensuite quelques éclaircissements relatifs à la langue, des précisions sur le sens et l’emploi de certains mots, des indications sur les doctrines auxquelles se réfère Jean Philopon, des remarques sur les articulations et la valeur des raisonnements qu’il énonce.
17Si le Contre Aristote doit nous aider à mieux connaître son auteur, il est indispensable de déterminer la place qu’occupent, dans la pensée philoponienne, les doctrines qui y sont exposées. J’ai donc recherché, dans les autres œuvres de Jean Philopon, les passages où il étudie les mêmes problèmes. Une comparaison de textes, guidée par les repères chronologiques énumérés au début de l’introduction4, permet alors de découvrir le sens d’une évolution ou la continuité d’un attachement à certaines thèses5.
18Enfin, Philopon vient au terme d’une longue histoire. Ses prédécesseurs ont marqué son esprit6. C’est d’autant plus inévitable que le milieu alexandrin, auquel il appartenait, tenait beaucoup à la culture et à l’érudition7. D’autre part, les problèmes qu’il se pose préoccupent aussi plusieurs de ses contemporains8. Chaque fois que j’y ai vu de l’utilité, j’ai relevé les similitudes entre le Contre Aristote d’une part, les prédécesseurs et les contemporains de Jean Philopon d’autre part, et j’ai tenté de découvrir les raisons de ces analogies. Cette partie de ma tâche était la moins bien définie. Je n’ai pas la prétention d’avoir trouvé tous les passages parallèles aux fragments du Contre Aristote. Je serais seulement heureux si je n’en avais omis aucun important et si j’étais arrivé à situer assez exactement Jean Philopon dans l’évolution historique.
19Grâce aux indications de Simplicius, on entrevoit l’ordonnance générale du Contre Aristote. On peut même parfois rétablir un mouvement de pensée dont aucune trace explicite n’a été conservée, ou conjecturer l’existence et l’objet de développement dont nous ne possédons pourtant plus aucune citation. Ce serait donc une erreur d’étudier chaque fragment à part. Il convient de les englober dans les ensembles les plus vastes auxquels on peut légitimement les rapporter.
20Cette observation commande l’ordonnance de mon commentaire. Pour chaque livre, je commence par un sommaire qui paraphrase largement les fragments et comble éventuellement des lacunes décelables. Dans ce sommaire, je vise avant tout à mettre en évidence la ligne de l’argumentation. En revanche, j’y néglige délibérément toute discussion et toute note relevant de l’érudition.
21Dans le commentaire proprement dit, je suis les subdivisions du livre, commençant par les plus larges pour arriver progressivement jusqu’aux fragments. Plutôt que de m’astreindre à des règles trop strictes, j’ai placé chaque indication à l’endroit qui me paraissait le plus convenable. Un parallélisme avec une autre œuvre de Jean Philopon, par exemple, peut intéresser un livre entier, un épichérème, un groupe de quelques fragments ou un fragment isolé. On le trouvera donc, selon les cas, dans le commentaire relatif à l’une ou l’autre de ces unités. Pour corriger le désordre apparent qui en résulte, j’ai noté en marge, à propos de chaque explication, le numéro d’ordre des fragments intéressés.
Titre
| 1 | Ἰωάννου Γραμματικοῦ Ἀλεξανδρέως πρὸς Ἀριστοτέλην περὶ ἀιδιότητος τοῦ κόσμου |
| Jean le Grammairien d’Alexandrie, Contre Aristote, De l’éternité du monde. |
22Le titre du Contre Aristote peut se reconstituer par diverses indications et par des inductions analogiques.
23Le nom Ἰωάννου devait se prononcer dans le titre du Contre Aristote comme dans celui des autres œuvres de Jean Philopon.
24La présence de la mention γραμματικοῦ dans le titre est assurée par Simplicius9. La comparaison avec les autres œuvres le confirme10.
25Peut-être le titre contenait-il aussi l’indication ἀλεξανδρέως, comme cela se trouve pour plusieurs autres œuvres11. En revanche ; le surnom de Philopon est mal attesté dans les titres conservés par la tradition manuscrite12. Il serait aventuré de le rétablir ici.
26Les mots πρὸς Ἀριστοτέλην se tirent de Simplicius13 et de Jean Philopon lui-même14. Ces mêmes mots et le reste du titre sont fournis par Jean Philopon encore, dans un passage du Contre Proclus15.
27Le titre du Contre Proclus serait un modèle intéressant pour notre restitution. Mais il est perdu, avec tout le début de l’ouvrage16. Celui que le meilleur manuscrit a en marge est récent. Rien ne permet d’affirmer qu’il reproduise le titre authentique17.
Témoignages de localisation incertaine
Sur Aristote
| 2 | In De c., 26, 24-27 (= Prol. W) |
| οὐκ αἰδουμένῳ περὶ Ἀριστοτέλους γράφειν | […] καὶ ὅτι « δεινὸς συσκιάσαι | τῇ ἀχλύι τῶν παραλογισμῶν τὴν ἀλήθειαν », καὶ ὅτι « τῷ ποικίλῷ της συ|μπλοκῆς ὁ δεινὸς Ἀριστοτέλης συνεσκίασε τὴν ἀλήθειαν ». | |
| T | 27 δεινὸς : cf. In De c., 170, 11-12 |
| V | 27 ποικίλῳ] παραλογίσμῳ DE |
| … sans être honteux d’écrire à propos d’Aristote […] qu’« il est habile à dissimuler la vérité sous les ténèbres de ses paralogismes » et que, « Par la complexité de la complexité de son argumentation, l’habile Aristote a obscurci la vérité ». |
28Introduites par γράφειν ὅτι, les deux expressions reprises dans ce fragment sont vraisemblablement des expressions littérales18.
29Jean Philopon use habituellement d’un langage modéré quand il critique Aristote ou d’autres philosophes. La remarque vaut autant pour les traités théologico-philosophiques que pour les commentaires aristotéliciens19.
30On peut cependant faire confiance à Simplicius et admettre l’authenticité des deux expressions qu’il met ici au compte de Jean Philopon. En effet, on en trouve d’analogues dans le Commentaire à la Physique et dans le Commentaire aux Météorologiques. Dans le premier, Jean Philopon accuse Aristote de voiler la faiblesse d’un argument sous l’obscurité de son langage20. Dans le second, il note malicieusement qu’Aristote se laisse prendre à ses propres filets sans même s’en apercevoir21. De tels sarcasmes, encore qu’ils soient rares, garantissent le témoignage de Simplicius.
31Les deux textes que je viens de mentionner accompagnent chacun la critique d’une thèse aristotélicienne. De ce fait, ils se trouvent à l’intérieur des Commentaires. Peut-être en allait-il de même pour le Contre Aristote. Dans ce cas, Simplicius a dû chercher les deux expressions qu’il rapporte et les réunir artificiellement au début de sa première dissertation. Si cette hypothèse est exacte, il a sans doute cédé au désir de créer d’emblée un préjugé défavorable contre l’adversaire qu’il s’apprêtait à critiquer. Mais peut-être aussi le Contre Aristote contenait-il, dans ses premiers chapitres, une critique générale d’Aristote. Alors, Simplicius, en suivant l’ordre du texte, devait commencer par les deux citations qui nous occupent pour l’instant. Rien ne permet de décider entre les deux hypothèses.
| 3 | In De c., 26, 27-28 (= Prol. W) |
| πολλαχοῦ δὲ καὶ | ὡς σοφώτερος αὐτοῦ καὶ τῶν ἐξηγητῶν αὐτοῦ βρεντύεται | |
| V | 28 ὡς] ὁ A |
| Souvent aussi, il se rengorge comme plus savant qu’Aristote et que ses exégètes. |
32Ceci n’est pas une citation littérale, ni même une paraphrase. C’est seulement une appréciation que Simplicius fonde sur divers passages du Contre Aristote (πολλαχοῦ). Rien, en effet, n’autorise à croire que Jean Philopon se soit dit ouvertement plus savant qu’Aristote. Mais il se permettait de le critiquer et, aux yeux de Simplicius, cela impliquait une affirmation de supériorité.
33D’ailleurs, Philopon ne devait pas trouver son attitude impertinente ni exceptionnelle, puisqu’il savait que d’autres exégètes en avaient fait autant avant lui22.
34Quant aux Commentaires d’Aristote, il n’est pas évident qu’il les ait critiqués dans le Contre Aristote (nous en verrons des exemples), puisqu’il les critiquait dans ses Commentaires23.
35On s’étonne d’ailleurs que Simplicius s’offusque d’un procédé qui devait être courant. Nous savons par Jean Philopon que Proclus et Ammonius critiquaient parfois Alexandre24, et Simplicius nous apprend qu’Asclépiodote et Damascius rejetaient en partie l’enseignement de Proclus25. Simplicius lui-même, en dépit de son habituel respect de la tradition, exprime parfois ses objections, par exemple à propos d’Alexandre d’Aphrodise26.
Sur le but du Contre Aristote
| 4 | In De c., 25, 25-26 (= Prol. W) |
| κατήγορος ἀνέδυ τοῦ Ἀριστοτέλους « σκοπὸν μὲν τὸν ὅλον ἐνστησάμενος, ὥς | φησι, φθαρτὸν ἀποδεῖξαι τὸν κόσμον ». | |
| Il s’est dressé en accusateur d’Aristote, « s’assignant comme but général, comme il le dit, de démontrer que l’univers est corruptible ». |
36L’incise ὥς φησι indique sans doute que Simplicius reproduit littéralement une brève expression27. Je ne crois pas sortir de la vraisemblance en supposant que tout le membre de la phrase depuis σκοπὸν jusqu’à κόσμον, est textuellement repris à Jean Philopon. C’est probablement dans l’un des premiers chapitres que notre auteur énonçait ainsi le but de son œuvre. Ce qu’on lit ici est conforme à ce que nous savons de ses idées sur l’origine du monde et à ce que fait prévoir le titre de l’ouvrage. Au cours de ses dissertations critiques, Simplicius rappelle fréquemment le but de Jean Philopon28.
Livres I-V (indications générales)
| 5 | In Phys., 1117, 19 – 1118, 2 (= Prol. W) |
| 1 | πρός τε || τὰ ἐν τῇ Περὶ οὐρανοῦ δεδειγμένα περὶ ἀιδιοτήτος αὐτοῦ πέντε γέγραφε | πολύστιχα βιβλία |
| V | 1 ἐν τῇ om. M. post οὐρανοῦ add. οὐ M. αὐτοῦ] αὑτοῦ Diels |
| Contre les thèses démontrées dans le De caelo concernant l’éternité du ciel, il a écrit cinq gros livres. |
37Sur la portée de ce texte, voir l’introduction, p. 231.
| 6 | In De c., 25, 28-29 |
| τοῖς ἐνταῦθα λεγομένοις | ὑπὸ τοῦ Ἀριστοτέλους ἀντιλέγειν προτίθεται | |
| L | 29 ἐνταῦθα] De eo uerbo, uide commentarium |
| V | 29 om. B |
| Il se propose de réfuter ce qu’Aristote affirme ici. |
38Ce n’est pas là un fragment, mais un témoignage de Simplicius sur les intentions de Jean Philopon.
39Il se trouve sous un lemme qui reproduit De caelo, I, 2, 269a9-18. On pourrait croire que l’adverbe ἐνταῦθα désigne ce passage. En fait, il faut préférer une interprétation plus large et admettre que Simplicius pense aussi à De caelo, I, 2, 268b26-269a9 : c’est à ce texte que se rapportent les premières objections philoponiennes. Peut-être même, [ἐνταῦθα], désigne-t-il tout le début du De caelo. L’examen critique de ce texte, où Aristote prouve par le mouvement l’existence de la cinquième essence, est annoncé par Jean Philopon dans son Commentaire aux Météorologiques29.
Livre premier
Sommaire
40Le premier livre du Contre Aristote réfute le second chapitre du De caelo (fr. 5-6). Jean Philopon divise ce texte en quatre épichérèmes30.
41Le premier est une preuve de l’existence de la cinquième essence. En voici le schéma. La nature étant principe de mouvement, il y a correspondance entre les mouvements simples et les corps simples. Comme le mouvement circulaire est simple, il doit appartenir à un corps simple distinct des quatre éléments. Ceux-ci, en effet, possèdent naturellement l’un des quatre mouvements rectilignes simples et il est impossible qu’un corps simple possède naturellement le mouvement d’un autre corps simple, puisque à chaque mouvement simple correspond un corps simple distinct31.
42La réfutation de Jean Philopon suppose l’identification de la cinquième essence au ciel et celle du mouvement circulaire au mouvement céleste. C’était la chose courante au vie siècle32. Notre philosophe admet la définition aristotélicienne de la nature (fr. 7). Mais il ne peut croire à une correspondance rigoureuse entre les espèces de mouvement et les espèces de corps simple. Cette correspondance obligerait à identifier des corps aussi évidemment distincts que la terre et l’eau, puisque toutes deux possèdent le mouvement de chute (fr. 8). Dès lors, le ciel et les éléments, malgré la différence de leur mouvement, pourraient être de même nature (fr. 9). Pour compléter sa preuve, Jean Philopon établit que, tout en ayant le mouvement circulaire, le ciel peut posséder le froid et le chaud, qualité caractéristique des éléments (fr. 10).
43Au reste, Aristote a tort de croire à l’existence d’un mouvement circulaire simple. En réalité, il y a de la diversité dans les mouvements des corps célestes comme dans ceux des éléments sublunaires (fr. 11-12).
44Le mouvement circulaire fût-il même simple, Aristote n’aurait pas dû en déduire l’existence d’un corps simple distinct des éléments. Le mouvement rectiligne, en effet, ne caractérise ceux-ci que dans leurs parties séparées du tout et se dirigeant vers leur lieu naturel (fr. 13). Mais, quand on les prend en totalité et dans leur lieu naturel, certains éléments, tels le feu et l’air, possèdent naturellement le mouvement circulaire (fr. 14).
45Enfin, Aristote se trompe, à la fin de son épichérème, quand il prétend qu’un mouvement ne peut appartenir par nature à plus d’une essence. Pour le montrer, Jean Philopon allègue à nouveau l’exemple de l’eau et de la terre (fr. 15).
46Dans son second épichérème, Aristote complète et renforce l’argumentation précédente. Il fait appel au principe qui dit que les contraires s’opposent un à un. En effet, les deux mouvements rectilignes sont contraires l’un par rapport à l’autre, et le mouvement contre nature s’oppose comme un contraire au mouvement naturel. Or, pour chacun des éléments, l’un des mouvements rectilignes est naturel et l’autre est contre nature. Le mouvement circulaire ne peut donc leur appartenir en aucune manière et l’existence de la cinquième essence est indispensable33.
47Dans sa réfutation, Jean Philopon, partant du fait que la masse du feu possède le mouvement circulaire, prouve que ce mouvement ne peut être contre nature et qu’il doit donc être naturel (fr. 16). Quant au mouvement d’ascension, il n’appartient qu’aux particules de feu écartées de leur lieu naturel (fr. 17). À vrai dire, Alexandre prônait une autre solution du problème. Pour lui, la masse du feu a un mouvement mixte. Jean Philopon cite le texte qui développe cette théorie (fr. 18), puis il la réfute. Le mouvement circulaire, dit-il, peut fort bien rester simple alors même que certaines parties du feu ont des mouvements d’ascension ou de chute (fr. 19-20) et que d’autres se contractent ou se dilatent (fr. 21-22). D’ailleurs, la preuve sur laquelle Alexandre fonde sa théorie est sans valeur : le feu, étant contigu à la surface concave du ciel, ne peut avoir de mouvement d’ascension ; d’autre part, sa nature lui interdit un mouvement de chute. L’un des éléments du mixte n’a donc qu’une existence illusoire (fr. 23). Il faut encore noter que Jean Philopon, à propos de cet épichérème, répète plusieurs fois qu’une situation contre nature est incapable de durer. Si donc le mouvement circulaire du feu était contre nature, il y a longtemps qu’il aurait cessé (fr. 24).
48Le troisième épichérème d’Aristote démontre non plus l’existence mais la supériorité du corps de mouvement circulaire. La raison invoquée est que le parfait vient avant l’imparfait. Or, le cercle est parfait, tandis que la droite ne peut l’être. Une droite infinie, en effet, manque de terme, et une droite finie peut s’accroître. Ni l’une ni l’autre n’est donc parfaite. S’il doit y avoir correspondance entre la hiérarchie des mouvements et celle des mobiles, le mouvement circulaire doit donc appartenir à un corps supérieur aux éléments34.
49La réfutation philoponienne de cet épichérème est assez complexe. Elle accorde d’abord la supériorité du mobile de mouvement circulaire, mais constate que ce mobile peut être l’un des éléments, à condition de le prendre en masse et dans son lieu naturel (fr. 25).
50Jean Philopon conteste ensuite la supériorité du mouvement circulaire sur le mouvement rectiligne. Ce dernier, s’il a pour trajectoire une droite finie, a un commencement, un milieu et une fin (fr. 26), alors que le mouvement circulaire en est dépourvu, puisqu’il est éternel (fr.27). D’autre part, aucun mouvement rectiligne ne s’accomplit selon une droite infinie, puisqu’il n’existe pas de telle droite en acte (fr. 28). En revanche, l’indéfectibilité du mouvement circulaire ne peut s’accorder avec sa perfection (fr. 29). Au reste, Aristote commet un cercle vicieux : il prouve la perfection du mouvement circulaire par celle du cercle que constitue le ciel, mais il démontre aussi celle du ciel par celle du mouvement circulaire (fr. 30).
51Passons des mouvements aux trajectoires et aux formes géométriques. Le ciel est-il parfait en raison de sa sphéricité ? Les masses élémentaires le sont aussi (fr. 31). Si, d’autre part, on considère un cercle plan, il n’a pas de centre en acte, sous peine de perdre sa continuité : il n’a donc pas de commencement (fr. 32). Un cercle linéaire, lui, n’a ni commencement ni milieu (fr. 33).
52Comme indice d’imperfection, Aristote indique la possibilité d’accroissement. Cette possibilité, le diamètre de l’univers en est dépourvu (fr. 34), mais la sphère la possède (fr. 35 et 36).
53Quant à la définition même du parfait, elle est critiquable, car elle ne saurait s’appliquer à un certain nombre de réalités parfaites (fr. 37-38). D’ailleurs, s’il voulait prouver la perfection du cercle linéaire, Aristote aurait dû choisir une définition mieux adaptée à ce dessein (fr. 39). On peut donc légitimement se demander si l’erreur d’Aristote n’est pas d’avoir mal compris la notion de parfait (fr. 40).
54Dans son quatrième épichérème, Aristote revient à l’opposition des mouvements naturels et contre nature. Pour les éléments, et spécialement le feu, le mouvement circulaire est contre nature. Il doit donc être naturel pour un autre corps simple35.
55La réfutation de Jean Philopon insiste surtout sur la contradiction entre cet épichérème et ce que disait le deuxième (fr. 41). L’hypothèse ici acceptée par Aristote a pour conséquence inévitable que, dans le domaine des mouvements simples, les contraires s’opposent un à un (fr. 42). On peut d’ailleurs renverser les termes et dire que les deux mouvements rectilignes sont contre nature pour le ciel (fr. 43). De toute manière, le mouvement circulaire apparaît soumis à la contrariété, contrairement à ce qu’Aristote prétendait au chapitre suivant (fr. 44). En guise de conclusion, Jean Philopon énumère les philosophes qui, avant lui, ont attaqué la cinquième essence (fr. 45).
Premier épichérème
56Au début de ce développement, Jean Philopon citait sans doute le texte d’Aristote qu’il se disposait à critiquer36. L’argument aristotélicien a été analysé plus haut37. Il présente des anomalies sur lesquelles il est inutile d’insister ici, puisque Jean Philopon ne semble pas en avoir conscience38.
57La réfutation philoponienne, d’après ce que les fragments en laissent deviner, porte sur quatre points : la théorie des éléments ; la nomenclature des mouvements simples ; le mouvement circulaire du feu ; la correspondance des mouvements et des essences. Ces quatre points correspondent aux éléments successifs de l’argumentation aristotélicienne.
1. La théorie des éléments
58Aristote expose à trois reprises sa théorie des éléments. Il le fait chaque fois à un point de vue différent. Les trois doctrines, on l’a souvent noté, paraissent indépendantes l’une de l’autre39.
59Au début du De caelo, Aristote part d’une interprétation stricte de la définition de la nature. Si chaque nature particulière est principe de mouvement, il doit y avoir une corrélation entre les mouvements et les essences. À chaque mouvement simple correspond une essence distincte : les deux mouvements rectilignes simples appartiennent aux éléments sublunaires ; le mouvement circulaire caractérise le corps céleste40. Dans tout ce passage, Aristote évite de donner le nombre des éléments41. Interprétée rigoureusement, son argumentation conduirait à n’en admettre que trois42.
60Le quatrième livre du De caelo contient une étude plus détaillée des éléments sublunaires. Elle se fonde sur les notions de lourd et de léger, ainsi que sur celle de lieu naturel. Les éléments sont au nombre de quatre : le lourd et le léger absolus, le lourd et le léger relatifs. Chacun d’entre eux, en atteignant son lieu naturel, obtient la perfection de sa forme43. Ici encore, c’est le mouvement ou plutôt le terme du mouvement qui permet de distinguer les éléments, mais pour retrouver le nombre traditionnel de quatre, Aristote fait intervenir les notions de relatif et d’absolu.
61Enfin, le De generatione et corruptione distingue les éléments par leur qualité. D’après ce traité, les quatre qualités élémentaires sont le chaud et le froid, le sec et l’humide. Les quatre combinaisons possibles de ces qualités définissent les quatre éléments44.
62Il est possible, à partir de quelques indications aristotéliciennes, de concilier les théories locale et qualitative des éléments. À plusieurs reprises, Aristote affirme que les corps chauds sont légers45. Bien mieux, il soutient, dans la Physique, que le poids et le froid proviennent de la condensation, tandis que le léger et le chaud sont causés par la dilatation46. Mais, à aucun endroit, il ne se sert de ses affirmations pour concilier explicitement les deux théories des éléments. D’autre part, il n’y a aucun moyen d’accorder le nombre des éléments avec la théorie des trois mouvements simples. C’est là-dessus que Jean Philopon construit sa réfutation. Elle nous est connue par quatre fragments.
| 7 | In De c., 28, 13-14 |
| εἰ ἡ φύσις ἀρχὴ κινήσεώς ἐστι τῆς κατὰ τόπον, ὡς καὶ οὗτος | ὁμολογεῖ. | |
| Si la nature est principe du mouvement local, comme il l’accorde lui aussi. |
63Ce fragment hors-rang47 est introduit par ὁμολογεῖ. Il n’est donc pas littéral48. La démonstration contenue dans le premier épichérème se fonde sur la définition de la nature. Elle commence d’ailleurs par la rappeler indirectement49. Il est vraisemblable que Jean Philopon commençait par y marquer son adhésion, avant d’exposer en quel sens l’argumentation aristotélicienne lui paraissait inacceptable. C’est pourquoi j’ai placé ici ce fragment.

64Caractère. La première partie de ce témoignage (εἰ αἱ διάφοροι – πρὸς τὸ ἄνω φερόμενα) me paraît une citation littérale. Elle n’est pas introduite par une formule typique. Mais elle est au style direct et une partie en est reprise littéralement dans une citation secondaire. De plus, elle contient l’adjectif ἀποκληρωτικός, que Jean Philopon emploie volontiers alors que Simplicius ne l’utilise jamais pour son propre compte50. La seconde partie (ὥστε – καὶ εἴδους) est sans doute une simple paraphrase de la première. Elle se borne à la mettre en forme syllogistique. C’est là un traitement que Simplicius impose volontiers aux textes qu’il étudie51. Quant à la troisième (ὅπερ – ὕγρον), elle pourrait être littérale, mais son introduction — φησί régissant une proposition infinitive — ne permet pas de l’affirmer absolument52. Le mot ἄτοπον devait en tout cas se trouver dans le texte original : on le retrouve dans une citation secondaire.
65Place. L’objection de Jean Philopon s’élève contre la thèse d’après laquelle la diversité des mouvements implique celle des essences. Ni le De caelo, ni aucun autre traité aristotélicien n’énonce explicitement une telle proposition. Il y a là un problème, Simplicius va nous aider à le résoudre. À l’en croire, l’objection philoponienne part d’un contresens : ce qu’affirme Aristote, c’est la corrélation, non de la diversité, mais bien de l’identité des mouvements et des essences. Cette affirmation, c’est dans le début du premier épichérème qu’il pense la trouver53. C’est donc à ce passage que Jean Philopon rattachait son objection. Le contresens que lui reproche Simplicius — si c’en est vraiment un — s’explique sans peine. S’il est vrai, comme le dit Aristote, que « le mouvement du corps simple est simple et que le mouvement simple appartient à un corps simple54 », on peut en déduire que, s’il y a diversité de mouvement, il y a diversité de nature.
66Le passage visé par Jean Philopon se trouvant au début du premier épichérème, l’objection que nous étudions ici devait se trouver au début du livre I. D’ailleurs, Simplicius, en la citant, la donne pour la première de toutes. Peut-être ce numérotage concerne-t-il seulement l’ordre des développements dans les dissertations critiques du Commentaire au De caelo. Mais ceux-ci, du moins pour les fragments principaux, respectent la disposition du Contre Aristote55. Comme, par ailleurs, Jean Philopon aimait à numéroter ses arguments56, le πρώτην de Simplicius pourrait remonter au texte primitif.
67Explication de détail. 26, 34 : ἀποκληρωτικόν. Cet adjectif souligne la réduction à l’absurde en quoi consiste le raisonnement. Comme Jean Philopon l’emploie avec prédilection, il n’est pas inutile d’en étudier la diffusion. Dès le iie siècle de notre ère, le substantif ἀποκλήρωσις apparaît avec le sens d’absurdité57. L’adjectif, en revanche, ne prend le sens d’absurde que plus tard. On le trouve chez Ammonius fils d’Hermias58 et chez son disciple Asclépius59, dont le Commentaire à la Métaphysique n’est d’ailleurs que la rédaction d’un cours d’Ammonius60. Chez ces deux auteurs, le contexte oblige chaque fois à donner à l’adjectif le sens absurde. Dans un seul cas, il se trouve avec une signification affaiblie : Asclépius le glose par ἐριστικός61, qui, à cet endroit, ne peut signifier que contestable62. Jean Philopon fait du mot un usage plus abondant que son maître et que son contemporain. Même sans tenir compte du Contre Aristote, on en trouve facilement une quinzaine d’emplois63. À plusieurs reprises, il en précise explicitement le sens. Il le donne pour un synonyme de ἄλογος64. Ailleurs, il le glose par ἀτοπία65 ou par μυθῶδες66. Il s’en sert pour paraphraser l’expression οὐκ ἔστιν εἰπεῖν67. On peut en conclure que pour lui, ἀποκληρωτικός est un synonyme plus expressif de ἄτοπος et de ἄλογος68. Si Jean Philopon en fait un usage abondant, Simplicius, lui, ne l’emploie jamais pour son propre compte. Sans doute le trouve-t-on dans ses Commentaires — le lexique de Liddell-Scott en allègue deux exemples — mais c’est toujours dans des citations du Contre Aristote69. Le mot ne paraît donc pas faire partie de son vocabulaire. Les fragments qui le contiennent ont une grande chance d’être des citations littérales70. Après Jean Philopon, le mot se rencontre encore chez Olympiodore71 et chez Elias72.
6826, 35 : ἐπεὶ οὗν γῆ καὶ ὕδωρ. Sur la difficulté de concilier la doctrine des quatre éléments avec celle des mouvements simples, voir haut, p. 265. Dans le début du De caelo, Aristote ne cite que la terre et le feu. Il évite de mentionner les éléments intermédiaires, l’eau et l’air73.
6927, 4 : τὸ μέν ξηρόν ἐστι, τὸ δὲ ὕγρον. Sur la doctrine des qualités élémentaires, voir plus haut p. 264. Jean Philopon y fait appel plutôt qu’à celle des lieux naturels, parce que cette dernière pourrait apparaître comme une précision apportée à celle des mouvements simples et que la contradiction serait alors moins évidente.
70Source. D’après Simplicius74, Jean Philopon emprunte cette objection à Xénarque, mais en la déformant. Peut-être pense-t-il à l’objection qu’il a rapportée antérieurement en ces termes :
En effet, nous n’avons pas adopté comme principe que chaque corps possède naturellement un seul mouvement, il n’est même pas possible d’adopter un tel principe, car c’est une erreur évidente. En effet, chacun des deux éléments intermédiaires a deux mouvements naturels…75.
71Xénarque comme Philopon rejette la correspondance stricte entre les mouvements et les essences. Mais le premier se fonde sur le fait que certains éléments ont deux mouvements naturels, tandis que le second fait observer qu’un même mouvement peut appartenir à des éléments distincts. C’est peut-être cette différence que Simplicius tient pour une déformation.

72Texte. À la l. 8, Heiberg adopte la leçon διάφορα. Je préfère διάφορον, donné par un manuscrit ancien et de bonne qualité. L’influence de l’article explique la faute. D’autre part, quand il parle de plusieurs réalités ayant chacune un mouvement distinct, Simplicius emploie le singulier. Le pluriel prête donc à un contresens.
73Caractère. Introduit par ἐπάγει, ce fragment est littéral76.
74Place. Dans son Commentaire, Simplicius fait précéder ce fragment d’un résumé du fr. 877. Il veut ainsi marquer la continuité du raisonnement. En outre, il donne ce texte comme la deuxième objection de Jean Philopon. Sur ce numérotage, voir les observations faites à propos de πρώτην, pour le fr. 878.
75Explications particulières. 28, 6 : εἰ τὰ διάφορου… Cette proposition fait exactement suite à la fin du fr. 8. C’est d’autant plus évident que Jean Philopon reprend le même exemple : la terre et l’eau.
7628, 7 : σὺν ἀντιθέσει ἀντιστρέφων. Aristote ne connaît pas l’expression technique désignant la conversion par contraposition79. Mais il connaît le procédé et le décrit sommairement dans les Topiques. Ses commentateurs, Alexandre d’Aphrodise en tête, le mentionnent souvent80. Il consiste à convertir une proposition en changeant l’ordre et la qualité des deux termes81. D’après Simplicius, Jean Philopon donnait aussi à ce procédé le nom de συνημμένον82. Le sens de cette expression apparaît clairement grâce à un petit traité Sur les syllogismes hypothétiques qui nous a été conservé sous le nom d’Ammonius83. On y voit que les deux premières espèces de syllogismes hypothétiques portent en commun le nom de συνημμένον. La seconde est décrite en ces termes :
La seconde est celle qui, par un lien de conséquence, nie l’antécédent en niant le conséquent : Si c’est un homme, c’est un vivant. Mais ce n’est pas un vivant. Donc ce n’est pas un homme. Si ce n’est pas un vivant, ce n’est pas un homme. Ce procédé s’appelle aussi conversion par contraposition84.
77Notons encore que ce type de raisonnement coïncide avec le second λόγος ἀναπόδεικτος des stoïciens85. Cette remarque éclairera plus loin certains détails de terminologie. Il est inutile d’étudier plus longuement ici les caractères et l’histoire de ce procédé. Ce que j’en ai dit éclaire assez notre texte.
7828, 9 : οὐρανός. Dans le texte qu’attaque Jean Philopon, il est simplement question du corps de mouvement circulaire. Mais son identification avec le ciel est évidente86. Au reste, on a vu que Simplicius et Jean Philopon la font formellement depuis le début du De caelo87.
7928, 9 : τὰ δὲ ὑπὸ σελήνην. Aristote ignore cette expression. Il désigne le monde sublunaire par les mots κάτω σελήνης, opposés à ἄνω καὶ μέχρι σελήνης ou simplement par ἐκεῖ ou ἐνταῦθα88. Je n’ai trouvé l’expression ni chez Alexandre d’Aphrodise89, ni chez Thémistius. En revanche, Proclus la connaît90. Des recherches plus systématiques seraient nécessaires pour en préciser l’histoire.

80Caractère. La première partie, introduite par συγχωρήσας, n’est pas littérale91. Elle n’est peut-être que la reprise de la fin du fr. 9. La seconde partie n’est pas non plus littérale, comme l’indique l’expression πειρᾶται δεικνύναι, qui l’introduit92. La troisième partie est un discours direct introduit par γράφειν. Elle est donc littérale93. Ainsi s’explique l’excuse que se donne Simplicius au moment de la commencer : « Il faut bien que moi aussi je bavarde. »
81Place. La première phrase reprend la fin du fr. 9. En effet, Jean Philopon y admet (κἄν) le mouvement circulaire du feu. Ici, il concède (συγχωρήσας) que le ciel n’a ni poids ni légèreté. Les deux expressions sont équivalentes, comme le prouve une phrase du début du De caelo94. Ainsi se confirme l’exactitude de l’adverbe ἐφεξῆς, par lequel Simplicius annonce notre fragment.
82Explications particulières. 30, 27 : μήτε βάρος μήτε κουφότητα. Pour l’idée, voir les indications données à propos de la place du fragment. Pour l’identification du corps de mouvement circulaire avec le ciel, voir plus haut, p. 235.
8330, 28 : θερμότητα καὶ ψύξιν. À la fin du fragment précédent, Jean Philopon avait établi que le ciel peut être de même nature que les éléments. Il fallait donc prouver qu’il peut posséder, lui aussi, les qualités caractéristiques du monde sublunaire, en montrant que celles-ci ne sont pas liées aux mouvements rectilignes. Pour Aristote, les deux couples froid/chaud, sec/humide caractérisent les quatre éléments. Il ne dit pas explicitement que la cinquième essence n’y a pas de part. Mais il la considère comme immuable95. Or, les qualités élémentaires forment deux couples de contraires96 et c’est entre les contraires que s’accomplissent les changements97. D’autre part, j’ai rappelé déjà les textes où Aristote semble établir un rapport nécessaire entre les mouvements rectilignes et les qualités élémentaires98.
8430, 29-30 : εἰ τὰ κοῦφα – καὶ θερμὰ τυγχάνει. Jean Philopon reproduit ici la thèse énoncée par Aristote dans les Météorologiques99. Il se contente de remplacer ἄνω πέφυκε φέρεσθαι par κοῦφα τυγχάνει, les deux expressions étant strictement équivalentes100.
8530, 32 : ἡ ἐκ τοῦ ἡγουμένου ἀντιστροφή. La conversion que Jean Philopon critique ici consiste à changer la qualité des termes mais non leur ordre. Alexandre s’étendait déjà longuement sur cette faute dans son Commentaire aux Topiques101. Notons toutefois, avec Simplicius, que ce type de conversion serait correct si les deux termes avaient même extension102. Or, les textes cités plus haut semblent indiquer que tel était le cas aux yeux d’Aristote103.
*
86Les trois premiers fragments forment une unité qui cherche à résoudre le problème que voici. Si l’on admet avec Aristote qu’il n’existe que trois mouvements simples et que les deux mouvements rectilignes appartiennent aux corps sublunaires et le mouvement circulaire au ciel, comment peut-on prouver l’homogénéité du ciel et des éléments ? Le moyen qu’il utilise consiste à rejeter toute correspondance entre les mouvements et les essences. Pour y arriver, il commence par exploiter une certaine discordance entre les diverses théories aristotéliciennes des éléments, puis il se sert d’un artifice logique.
87Le style des critiques philoponiennes nous est ainsi révélé dès le premier abord ; il est purement formel. La manière dont j’ai énoncé la question que Philopon veut résoudre fait ressortir le caractère dialectique de son argumentation. Or, je me suis contenté de suivre rigoureusement les données des fragments. Au reste, l’importance de la méthode dialectique dans le Contre Aristote a été mise en évidence dans l’introduction. D’autre part, la recherche d’une contradiction chez l’adversaire et l’emploi de procédés purement logiques sont eux aussi caractéristiques du formalisme des critiques énoncées par Jean Philopon.
2. La théorie des mouvements simples
88Les deux fragments qui suivent traitent du mouvement circulaire. Comme on sait par ailleurs qu’ils concernent le premier épichérème, on peut les rapporter plus spécialement aux mots φέρεσθαι τὴν κύκλῳ κίνησιν, qui, dans le texte d’Aristote, viennent après le passage visé par les fr. 8-10104.

89Caractère. L’introducteur ἐπάγει annonce un fragment littéral105.
90Place. L’expression αἱ περὶ τῶν ἁπλῶν κινήσεων λόγων dont Simplicius se sert pour désigner l’argument visé par Jean Philopon, convient au premier épichérème. D’autre part, notre fragment est un fragment principal. À l’endroit où le cite Simplicius, il s’accorde avec les fragments entre lesquels il se trouve. De plus, on vient de voir que son contenu se rapporte à une expression située à l’intérieur du texte d’Aristote. Cette place lui convient donc bien.
91Explications particulières. 31, 8 : εἰ καὶ τῷ γένει μία… Aristote, dans les nombreux passages où il dénombre les mouvements simples, distingue d’abord deux mouvements : le mouvement circulaire et le mouvement rectiligne. Puis il divise le mouvement rectiligne en mouvement d’ascension et mouvement de chute106. L’indication de Jean Philopon est donc conforme à la théorie d’Aristote.
9231, 11 : ἡ ἀπὸ ἀνατολῶν κίνησις. Le système des sphères homocentriques, qu’Aristote adoptait en y apportant des compléments, admettait l’existence de mouvements d’est en ouest et d’ouest en est107. Il n’en est pas question dans le De caelo, mais Aristote l’indique dans la Métaphysique108. Jean Philopon fait allusion à cette diversité dans d’autres œuvres, mais sans en tirer l’argument qu’il développe ici109.
9331, 12 : αἱ πλανώμεναι. Jean Philopon désigne par là les sphères des planètes. Dans le système des sphères homocentriques, elles ont des vitesses différentes110. Jean Philopon en parle ailleurs encore111.
9431, 14 : διὰ τὸ θᾶττον καὶ βραδύτερον. La différence entre la terre et l’eau ne réside pas dans une plus ou moins grande vitesse, mais dans le fait que la gravité qui caractérise ces deux éléments est absolue pour un et relative pour l’autre. Cette différence est en relation avec celle des lieux naturels propres à chaque élément112. Par ailleurs, Aristote estime que les différences de rapidité ne permettent pas de distinguer les espèces de mouvements113.
95Source. Xénarque, dans une de ses objections, soutient que le mouvement circulaire ne peut appartenir à un corps simple parce que, dans un cercle, la partie intérieure a un mouvement plus lent que la partie extérieure114. Peut-être est-ce de là que Jean Philopon a tiré l’idée de son argumentation. Mais tandis que Xénarque reste sur le plan théorique, il se fonde sur des réalités concrètes. De plus, Xénarque veut prouver que le mouvement circulaire ne peut appartenir à un corps simple, tandis que Jean Philopon cherche à établir l’existence de plusieurs mouvements circulaires simples.

96Caractère. Ce fragment est un discours direct annoncé par φησίν. Il est littéral115.
97Place. Notons pour commencer que ce fragment appartient au Contre Aristote et qu’il n’a pas Xénarque comme auteur, contrairement à ce que croit Duhem116. La place de ce fragment a été étudiée plus haut117.
98Explications particulières. 32, 3 : τὴν περὶ τὸ τοῦ παντὸς γινομένην κέντρον. Bien qu’Aristote ne le dise pas explicitement, sa théorie des trois mouvements simples ne se comprend que par référence au centre de l’Univers118. Telle était bien l’interprétation d’Alexandre, comme le dit Jean Philopon. Sans doute ne trouvons-nous cette thèse dans aucune des œuvres conservées de cet exégète, mais Simplicius, dans son commentaire proprement dit, confirme ici le témoignage de Jean Philopon119.
9932, 6-7 : οὐκ ὄντες ὁμόκεντροι τῷ παντί. Pour améliorer le système homocentrique, les astronomes postérieurs à Aristote avaient imaginé le système des sphères excentriques. Au lieu de se confondre avec le centre de la Terre, les centres des sphères célestes en sont légèrement écartés. Cet artifice permet d’expliquer plusieurs phénomènes injustifiables dans l’hypothèses des sphères homocentriques120.
10032, 7 : ἐπίκυκλοι. Jean Philopon fait ici allusion à un second système qui fut imaginé pour la même raison que celui des excentriques. De manière à rendre compte de certaines anomalies, des astronomes expliquèrent le mouvement des astres de la manière suivante. Chaque astre est placé sur un cercle dont le centre est un point d’un autre cercle tournant autour du centre de l’Univers. Le système des excentriques et celui des épicycles se combinèrent ensuite en une seule synthèse121.
10132, 9-10 : ἐπὶ τὸ ἄνω. Les deux systèmes rappelés dans les notes précédentes admettent que les astres s’approchent et s’éloignent du centre de l’Univers. Mais d’après la cosmologie aristotélicienne, de tels mouvements sont rectilignes.
10232, 11 : περίγειοι καὶ ἀπόγειοι. C’est précisément pour expliquer le périgée et l’apogée des astres que les astronomes ont constitué le système des excentriques et celui des épicycles122.
*
103Le sens des deux fragments qu’on vient de lire est clair. Aristote croit à l’existence d’un mouvement circulaire simple, qui est le mouvement céleste. Jean Philopon réfute cette opinion en montrant qu’il y a une multiplicité de mouvements célestes et que ces mouvements ne sont pas simples au sens où l’entend Aristote. Les deux objections philoponiennes sont très différentes, par leur caractère, de celles que contenaient les fr. 8-10. Loin d’être formelles, Elles se fondent sur des théories scientifiques. Mais la première reconnaît un principe aristotélicien, tandis que la seconde critique Aristote en fonction de théories que ce dernier n’a pas connues et n’aurait donc pas pu prendre en considération.
3. Le mouvement circulaire du feu
104Aristote, arrivé presque à la fin du premier épichérème, proclame l’existence d’un corps possédant le mouvement circulaire en raison de sa propre nature123. Jean Philopon, continuant ses attaques contre la cinquième essence, va montrer que certains éléments répondent à cette question.

105Texte. À la l. 18, il faut préférer καὶ τοῦ οὐρανοῦ à καὶ τὴν τοῦ οὐρανοῦ, leçon adoptée par Heiberg. Le texte que j’adopte est donné par une des deux familles de manuscrits, représentée surtout par A et B.
106Caractère. Discours direct annoncé par φησί, ce fragment est littéral124.
107Place. C’est un fragment principal. De plus, la place qu’il occupe chez Simplicius permet de l’intégrer sans peine dans le Contre Aristote.
108Explication particulière. 33, 19 : οἰκείων τόπων ἐκστάν. Aristote, lorsqu’il expose sa théorie du lourd et du léger, affirme que les mouvements rectilignes doivent conduire les éléments à leur lieu naturel, ce qui suppose qu’ils n’y sont pas et que, dès qu’ils y sont, ils cessent de se mouvoir en ligne droite125.
109Source. Xénarque, au dire de Simplicius, soutenait que le mouvement rectiligne ne saurait appartenir aux éléments en leur lieu naturel126. Cette opinion était aussi celle de Ptolémée127 et de Plotin128.

110Caractère. La première partie, introduite par σπουδάζει δεικνύναι, est une simple transition. La seconde partie — discours direct annoncé par φησί — est littérale129.
111Place. À la place où Simplicius le cite, ce fragment est éclairé par le voisinage du fr. 13. Rien ne permet donc de croire qu’il ait été déplacé.
112Explications particulières. 34, 8 : τὸ ὑπέκκαυμα. Le mouvement circulaire du feu et d’une partie de l’air fait l’objet d’une difficulté chez Aristote : tantôt il le leur accorde, mais contre nature ; tantôt il le leur refuse absolument. Xénarque, suivi par Plotin, par Ptolémée, par Proclus, soutenait que le feu en son lieu naturel possède le mouvement circulaire et que le mouvement d’ascension n’appartient à cet élément qu’en dehors de son lieu. Alexandre, de son côté, prétendait que le mouvement circulaire du feu est, en réalité, un mouvement mixte. Enfin, on voit apparaître au vie siècle la doctrine du mouvement surnaturel. On la trouve chez Damascius, chez Simplicius, chez Olympiodore. Jean Philopon l’adopte au début de sa carrière. Il l’accepte encore à l’époque où il écrit le Contre Proclus. Mais avant le Commentaire aux Météorologiques, il s’est rallié à la thèse du mouvement naturel. Il ne l’abandonnera désormais plus130.
11334, 10 : κάλλιον δέ. En deux passages de son Commentaire aux Météorologiques, Jean Philopon exprime une idée analogue, mais non exactement semblable : si le mouvement circulaire du feu est forcé, il ne pourrait durer et une réalité ne peut rester toujours dans une situation contre nature131.
114Source. La doctrine énoncée dans ce fragment pourrait avoir été inspirée par Xénarque, par Ptolémée, par Plotin ou par Proclus. Elle lui était déjà familière au moment où il écrivit le Contre Aristote.
*
115Les fragments 13 et 14 se complètent. Comme Aristote réserve le mouvement circulaire au ciel, Jean Philopon lui reproche de ne pas tenir compte des masses élémentaires en leur lieu naturel, et il note que, le feu, placé dans de telles conditions, possède lui aussi le mouvement circulaire.
4. Correspondance des mouvements et des essences
| 15 | In De c., 34, 21-24 (= 10* W) |
| ἔτι δὲ καὶ πρὸς τοῦτον | ἐνίσταται τὸν λόγον, ὡς « β ί ᾳ μ ὲ ν τ ὴ ν ἄ λ λ ο υ κίνησιν ἐνδέχεται καὶ ἑτέρου | εἶναι, κατὰ φύσιν δὲ ἀ δ ύ ν α τ ο ν ». τῇ γὰρ γῇ καὶ τῷ ὕδατι κατὰ φύσιν | ἐστὶν ἡ ἐπὶ τὸ μέσον τοῦ παντὸς κίνησις. | |
| L | 22-23 βίᾳ – ἀδύνατον] Ar., De c., I, 2, 269a7-8 |
| T | 23-24 τῇ γὰρ – κίνησις = In De c., 34, 30-32 (Sb) |
| V | 23 τῇ γὰρ – ὕδατι] ἑκατέρῳ Sb 24 ἐστίν om. Sb(B) |
| Il s’élève aussi contre le passage qui dit : « Il se peut que le mouvement d’un autre corps, d’un corps différent, soit forcé, mais il est impossible qu’il soit naturel. » Car la terre et l’eau ont naturellement un mouvement centripète. |
116Caractère. Ce fragment n’est pas littéral132.
117Place. Le fragment se rapporte à la dernière phrase du premier épichérème. Sa place est parfaitement appropriée à cette particularité. L’idée qu’il exprime se trouve déjà dans le fr. 8. Mais ce n’est pas une raison suffisante pour l’en rapprocher. À chacun de deux endroits, l’argument est en situation convenable, et nous savons que Jean Philopon ne craint pas les répétitions.
118Explication particulière. Voir fr. 8.
*
Deuxième épichérème
119Au début de ce développement, Jean Philopon citait le texte du deuxième épichérème d’Aristote. Dans sa réfutation, il ne parle que du feu et, dans une moindre mesure, de l’air qui y est contigu. Reprenant la thèse exposée à propos de la troisième partie du premier épichérème, il soutient à nouveau que le mouvement circulaire du feu est naturel. Ce qu’il y ajoute, c’est la réfutation du passage dans lequel Alexandre d’Aphrodise prétend que ce mouvement est mixte.
1. Réfutation d’Aristote

120Texte. J’ai exposé dans l’introduction le motif qui me fait préférer πρόθεις à πρόσθεις133.
121Caractère. Les deux premières parties, introduites respectivement par δεικνύναι πειρᾶται et par δείκνυσιν, ne sont pas littérales134. La troisième, qui n’a pas d’introduction, pourrait l’être, mais aucun indice ne permet de trancher la question.
122Place. Ce fragment commence par la citation du second épichérème. Il se trouvait donc au début du développement qui en contient la réfutation.
123Explications particulières. 35, 5 : προσχρώμενος. Ce mot recouvre une interprétation malveillante de la part de Simplicius. Sans doute Jean Philopon reprend-t-il l’argument d’Aristote. Mais pour ce dernier, la conclusion du premier épichérème reste valable, et le feu ne saurait avoir de mouvement circulaire naturel. Pour Jean Philopon, au contraire, le mouvement circulaire du feu est un fait dont il faut trouver une interprétation. S’il ne peut être contre nature, il faut nécessairement qu’il soit naturel. Cette thèse elle-même n’est acceptable que moyennant une interprétation que donne la fin du fragment.
12435, 8 : ἐν τῷ οἰκείῳ τόπῳ. Voir plus haut, à propos du fr. 14.

125Caractère. Ce fragment est un discours indirect dépendant de λέγειν. Il n’est pas littéral135.
126Place. Le texte se trouve au cours d’une réfutation. Il ne constitue pas un fragment principal. Il semble être une paraphrase du passage auquel appartient la fin du fragment précédent.
127Explications particulières. 35, 15 : ὁλότητος. La thèse des deux mouvements naturels du feu n’est explicitement exposée dans aucun des fragments précédents. Mais elle est impliquée par le fr. 13.
12835, 17-18 : οὐδὲ παρὰ φύσιν αὐτῷ ἔσται ἡ κίνησις. L’idée est la suivante : si même le ciel est igné, son mouvement circulaire est naturel.
129Source. Xénarque soutenait déjà la théorie du double mouvement naturel du
130feu136.
2. Réfutation d’Alexandre
| 18 | In De c., 37, 20-24 (= 17* W) |
| ὡς δηλοῖ ἡ ὑπ’ αὐτοῦ πρότερον ἐκτεθεῖσα | τοῦ Ἀλεξάνδρου ῥῆσις· « ο ὔ τ ε γὰρ ἁπλῶς, φησί, κινεῖται κύκλῳ τήνδε | τὴν κίνησιν τό τε πῦρ καὶ ὁ ἀήρ οὔτε ἐπ’ εὐθείας, ἀλλὰ μικτήν· καὶ | γὰρ εἰς ὕψος τινὰ αὐτῶν πρόεισιν καὶ ταπεινότερα γίνεται ἐν τῇ τοιᾷδε | περιαγωγῇ, ἔτι τε μανοῦται καὶ πυκνοῦται ». | |
| L | 21 Ἀλεξάνδρου] cf. Alex. Aphr., In Meteor, 35, 20-23 |
| V | 23 πρόεισιν BDE |
| … Comme le montre la citation d’Alexandre qu’il a faite antérieurement : « Car, dit-il [sc. Alexandre], le mouvement du feu et de l’air n’est ni simplement circulaire, ni rectiligne : c’est un mouvement mixte. Et en effet certaines de leurs parties s’élèvent et s’abaissent au cours d’une telle révolution. En outre, elles se contractent et se dilatent. » |
131Texte. Ce discours direct introduit par φησίν est une citation littérale137.
132Place. La théorie exposée dans cette citation d’Alexandre est réfutée par les fragments 19-22. On connaît l’habitude que Philopon a de citer les textes de ses adversaires au début des développements qu’il leur consacre138. C’est donc ici que doit se placer la citation d’Alexandre. Pour ce faire, nous devons déranger l’ordre dans lequel Simplicius cite les fragments. Mais il nous y invite lui-même, en présentant ce texte comme « le passage d’Alexandre qu’il a précédemment cité ».
133Explications particulières. 37, 21-24 : τήνδε τὴν κίνησιν, de même que ἐν τῇ τοιᾷδε περὶ ἀγωγῇ, désigne le mouvement circulaire du feu et de l’air entraînés par le ciel.
13437, 23 : εἰς ὕψος et ταπεινότερα. Ces deux expressions désignent les mouvements d’ascension et de chute. Des particules d’air et de feu, hors de leur lieu naturel, ont de tels mouvements pendant que la masse est entraînée par la révolution céleste.
13537, 24 : μανοῦται καὶ πυκνοῦται. Ces phénomènes sont en relation avec les mouvements locaux, comme on l’a vu plus haut139.
136Source. C’est probablement le Commentaire au De caelo d’Alexandre d’Aphrodise qui contenait le texte cité par Jean Philopon. Dans le Commentaire aux Météorologiques du même auteur, on en trouve un qui est moins explicite, mais expose la même théorie140.
137Fr. 19-22. Caractère. Ces fragments sont littéraux, à l’exception du dernier141.
138Place. Le début du fr. 19 énonce la thèse que Jean Philopon va opposer à Alexandre. La fin de ce fragment et le fr. 20 donnent des arguments relatifs au mouvement local. Les fr. 21-22 en donnent qui se rapportent aux condensations et dilatations. Ainsi, les citations, dans l’ordre même où Simplicius les a rangées, forment un ensemble qui réfute pas à pas le texte d’Alexandre.

139Explications particulières. 36, 12-14 : κἄν τὰ μὲν – βραδύτερον. Jean Philopon reprend les éléments du texte d’Alexandre. Il y ajoute la vitesse et la lenteur, qu’on ne retrouvera d’ailleurs pas dans le détail de la réfutation. Il n’y a pas de contradiction entre ce passage et le fragment dans lequel Jean Philopon a déjà utilisé les notions de vitesse et de lenteur : là, il voulait opposer deux éléments ; ici, il cherche à distinguer les parties et la totalité d’un seul élément.
14036, 15 : ἐνδέχεται γάρ. Pour prouver sa thèse, Jean Philopon utilise à partir d’ici des arguments analogiques.
14136, 17 : ἐξακοντίζεθαι. Jean Philopon emploie ce verbe pour désigner un mouvement brusque et imposé de l’extérieur142.

142Explication particulière. 36, 21-22 : τῆς τοῦ ἑωσφόρου. Ce petit fragment fait allusion à la théorie des épicycles143.

143Explication particulière. 37, 5 : ἀλλοιώσεις. Jean Philopon se fonde sur le fait que chaque espèce de changement est indépendante des autres. Mais, Aristote, dans plusieurs passages, lie les condensations et dilatations au mouvement rectiligne144.
| 22 | In De c., 37, 10-12 (= 16 W) |
| ἀλλ’ οὐδὲ τὸ ὕδωρ, | ὅταν καταφερόμενον γένηται κρύσταλλος, ἁπλῆν ἴσχει τὴν ἐπὶ τὸ κάτω | φοράν, ὡς οἴεται οὗτος· | |
| V | 11 γίνηται D |
| Mais, quoi qu’il en pense, l’eau non plus, lorsqu’elle est portée vers le bas et devient de la glace, n’a un mouvement simple vers le bas. |
144Explication particulière. 37, 11 : κρύσταλλος. La production de glace résulte d’une condensation.

145Caractère. La citation d’Alexandre est littérale. Le reste du fragment ne l’est pas145.
146Place. Le mot πάλιν indique qu’il s’agit d’une seconde citation d’Alexandre. Elle n’est guère possible qu’après l’examen critique de la première.
147Explication particulière. 37, 13-15 : ἅμα γάρ – καὶ τῆς κύκλῳ. Cette citation ne se retrouve dans aucune œuvre conservée. Elle provient probablement du Commentaire au De caelo. Le Commentaire aux Météorologiques contient, on l’a vu, un texte analogue. Le mot ἐπιφερόμενον fait allusion au fait que les deux éléments supérieurs sont entraînés par la rotation du ciel146.
| 24 | In De c., 37, 26-29 (= 17* W) |
| ἐπειδὴ | δὲ πολλαχοῦ παράγει τό, εἰ μὴ κατὰ φύσιν ἐστὶν ἡ κυκλοφορία τῷ ὑπεκ|καύματι καὶ τῷ ἀέρι, παρὰ φύσιν οὖσαν μὴ ἂν ἐπὶ πολὺ διαμένειν· καὶ | γὰρ τὸν Ἀριστοτέλην λέγειν, ὅτι τάχιστα φθείρεται τὰ παρὰ φύσιν… | |
| L | 29 Ἀριστοτέλην] Ar., De c., I, 2, 269b9-10 |
| V | 27 παράγει DEb : περιάγει AB 29 Ἀριστοτέλη D |
| Il rappelle souvent le fait que si le mouvement circulaire n’appartient pas naturellement à la sphère ignée et à l’air, il est contre nature et ne peut durer longtemps. Aristote, en effet, dit que ce qui est contre nature disparaît très rapidement. |
148Caractère. Ce fragment, substantivé par l’article, pourrait être littéral. Mais l’adverbe πολλαχοῦ rend cette interprétation improbable147.
149Place. D’après Simplicius, Jean Philopon répète souvent l’idée ici exprimée. Mais on admettra volontiers qu’il l’énonçait à la fin de l’épichérème spécialement consacré au mouvement circulaire du feu.
150Explications particulières. 37, 27 : εἰ μὴ κατὰ φύσιν. Ici comme antérieurement, Jean Philopon part du fait que le ciel possède le mouvement circulaire.
15137, 29 : τάχιστα φθείρεται. C’est au début du De caelo que Jean Philopon emprunte cette thèse148. Il a déjà exprimé la même idée que dans le fr. 14.
*
152La structure du développement que Jean Philopon consacre au deuxième épichérème est claire. Contre Aristote, il prouve que le feu, possédant le mouvement circulaire, ne peut le posséder contre nature et doit donc nécessairement l’avoir par nature.
153On pourrait objecter qu’il y a une troisième possibilité, énoncée par Alexandre, celle d’un mouvement mixte. Mais Jean Philopon la réfute. Il montre que, si le mouvement rectiligne appartient aux parties, il ne peut intervenir dans la qualification du mouvement du tout, et que, par ailleurs il ne peut appartenir au tout. D’autre part, les condensations et les dilatations, parce qu’elles appartiennent à une autre catégorie de changement, ne peuvent être prises en considération à propos du mouvement local du feu.
154Enfin, Jean Philopon revient encore à l’hypothèse du mouvement contre nature pour dire qu’un tel mouvement ne peut durer.
Troisième épichérème
155La réfutation de cet épichérème est entièrement dominée par la notion de parfait. Pour la comprendre, il faut avoir présent à l’esprit la parenté de τέλειος parfait avec τέλος fin, terme. Jean Philopon commence par concéder la thèse aristotélicienne. Puis il étudie la perfection des mouvements. Il passe ensuite à celle des figures géométriques, puis à la possibilité d’accroissement considérée comme un indice d’imperfection. Enfin, il critique la définition même du parfait.
1. La perfection des éléments

156Caractère. Ce discours direct est littéral149.
157Place. Le mot πρώτην incline à laisser ce fragment à la place où Simplicius l’a cité. Sa forme même confirme cette place : Jean Philopon commence par concéder la thèse d’Aristote.
158Explication particulière. 42, 20-21 : πρῶτον τὸ κύκλῳ κινούμενον. C’est la thèse énoncée par Aristote au début du troisième épichérème (De caelo, I, 2, 269a18-20).
159Source. Cette objection se trouve déjà chez Xénarque. On la trouve dans un fragment conservé par Simplicius150.
2. La perfection du mouvement circulaire et celle du mouvement rectiligne
160Fr. 26-29. Caractère. Les quatre fragments sont littéraux, sauf la première partie du premier151.
161Place. L’introduction du fr. 26 est une transition et introduit le développement sur la perfection des mouvements simples. Les fragments 26-29 portent sur le De caelo, I, 2, 269a18-23. On s’étonnera que la même argumentation se répète à peu près dans les fr. 27 et 29. Il y a là peut-être une symétrie correspondant à celle des fr. 26 et 28.

162Explications particulières. 42, 29 : τελείαν εῖναι. Le problème posé est celui de la relation entre la perfection des trajectoires et celle des mouvements.
16342, 30 : ὡς Ἀλέξανδρος εἰπεῖν. Pour Aristote, le τέλειον est ce qui possède un τέλος, un πέρας152. On en tire facilement la définition que Jean Philopon attribue ici à Alexandre et qu’on retrouve dans un passage du Commentaire aux Météorologiques de ce dernier.

164Explications particulières. 43, 8 : αἴδιον. Aristote l’a montré en Phys., VIII, 9.
16543, 9 : ἀτελής. Aristote, pour sa part, considère que, dans le mouvement circulaire, chaque point est à la fois commencement, milieu et fin.
16643, 10 : καὶ γάρ. Jean Philopon répond à une objection possible. D’après Aristote, le parfait est ce qui n’a rien hors de soi ; en d’autres termes, ce qui ne peut recevoir aucun accroissement153. Si l’on dit que la droite finie peut en recevoir un, on doit concéder que la droite infinie ne le peut, et renoncer à la tenir pour imparfaite. Jean Philopon veut empêcher un adversaire éventuel de jouer sur l’imprécision de la notion de parfait.

167Explication particulière. 43, 23 : εὐθεῖα ἄπειρος. Pour Aristote, le monde est fini. Sa limite est la première sphère céleste. Une droite infinie est donc impossible en acte.
| 29 | In De c., 44, 15-18 (= 22* W) |
| « ἔτι δέ, φησίν, ἡ κίνησις τοῦ οὐρανοῦ καὶ ὁ μετρητι|κὸς αὐτῆς χρόνος, εἰ μὲν τέλειά ἐστιν, ἔχει ἀρχὴν καὶ μέσα καὶ τέλος | καὶ οὐκ ἔστιν ἄπειρα οὐδὲ ἀνέκλειπτα, ὡς Ἀριστοτέλης οἴεται· εἰ δὲ | ἀνέκλειπτα, οὐκ ἔστι τέλεια· οὐ γὰρ ἔχει ἀρχὴν καὶ μέσα καὶ τέλος ». | |
| V | 16 τέλεια D : τελεία ABEb 17 post δὲ habet καὶ B 18 τέλεια] τελεία A ἔχει om. E |
| « En outre, dit-il, le mouvement du ciel et le temps qui le mesure, s’ils sont parfaits, ont un commencement, un milieu et une fin, et ils ne sont ni infinis, ni perpétuels, quoi qu’en pense Aristote. Si, en revanche, ils sont perpétuels, ils ne sont pas parfaits, car ils n’ont ni commencement, ni milieu, ni fin. » |
168Explication particulière. 44, 17 : ὡς Ἀριστοτέλης οἴεται. Le mot ἀνέκλειπτος ne se trouve pas dans Aristote. La thèse est celle qu’on trouve dans la Physique, VIII, 9.

169Caractère. Ce texte est une citation littérale. Simplicius le déclare expressément154.
170Place. Le fragment critique Aristote, De caelo, I, 2, 269a23-28. Ainsi est confirmée la place que lui donne Simplicius.
171Explications particulières. 45, 3-4 : ἐκ τοῦ εἶναι – τελείαν εἶναι correspond à De caelo, I, 2, 269a23-25.
17245, 5 : οὐράνιον σῶμα. Le cercle vicieux n’apparaît que si on fait l’identification qu’on a vu qu’Aristote retarde jusqu’à la fin de la théorie du cinquième corps.
17345, 5-7 : ἐκ τοῦ τελείαν – ὁ οὐρανός correspond à De caelo, I, 2, 269a30-32.
3. Les figures géométriques
| 31 | In De c., 45, 27-29 (= 24 W) |
| « ἀλλ’ εἰ καὶ τέλειον, φησίν, ἐστι τὸ οὐράνιον | διὰ τὸ σφαιρικὸν εἶναι, οὐδὲν ταύτῃ γε τῶν λοιπῶν διοίσει στοιχείων, ὧν | τὰς ὁλότητας σφαιρικὰς εἶναι βούλεται καὶ αὐτὸς Ἀριστοτέλης. » | |
| L | 29 Ἀριστοτέλης] cf. Ar., Meteor., II, 2, 354b24 |
| V | 28 οὐδὲν DEb : οὐδὲ A 29 αὐτὸς] αὐτὸς ὁ DE |
| « Mais, dit-il, même si le corps céleste est parfait parce qu’il est sphérique, ce caractère ne le différenciera nullement des autres éléments, dont les totalités sont sphériques de l’avis même d’Aristote. » |
174Caractère. Ce fragment est littéral155.
175Place. Le début est de forme dialectique. La thèse concédée par Jean Philopon est celle que combattait le fragment précédent.
176Explication particulière. 45, 29 : τὰς ὁλότητας σφαιρικάς. Cette théorie est aristotélicienne : voir par exemple Météorologiques, II, 2, 354b24.
177Fr. 32-33. Caractère. Ces fragments sont littéraux156.
178Place. Ces deux passages s’interrogent sur la perfection des figures géométriques. Elles sont à leur place après le fragment précédent qui concernait la sphère.

179Explications particulières. 46, 6 : ὡς τῷ Ἀλεξάνδρῳ δοκεῖ. Cette théorie d’Alexandre nous est connue par Simplicius, In De caelo, 39, 11 sq. et par un passage du Commentaire aux Météorologiques d’Alexandre.
18046, 8 : συνεχής. Il est inutile de rappeler ici la doctrine bien connue du continu.

181Explication particulière. 46, 22 : γραμμικός. Cette hypothèse s’accorde mieux que la précédente avec les textes d’Aristote (Phys., VIII, 9, 265a33 sq. et II, 3 sq.)
182Source. L’objection de Jean Philopon est reprise à Xénarque157.
4. La possibilité d’accroissement
183Fr. 34-36. Caractère. Le premier fragment est un résumé. Les deux autres sont littéraux158.
184Place. Elle est indiquée par l’adverbe εἶτα.
| 34 | In De c., 46, 29-33 (= 27* W) |
| 30 | εἶτα | ἐνίσταται καὶ πρὸς τὸ τὴν πεπερασμένην εὐθεῖαν προσαύξειν δυνατὸν εἶναι | τὴν διάμετρον τοῦ κόσμου παράγων καὶ τὴν Ἀλεξάνδρου ἐξήγησιν τὴν | λέγουσαν τῷ γε λόγῳ μηδὲν κωλύειν πᾶσαν πεπερασμένην εὐθεῖαν αὔξειν | ἐπινοίαις καὶ αὐτὸς ἀμυνόμενος κεναῖς. |
| L | 31 Ἀλεξάνδρου] cf. Simpl., In De c., 39, 27 sq. |
| V | 32 μηδὲ B 33 ἀμυνόμενος om. E 33 post κεναῖς add. φερόμενος E2 in marg. |
| Ensuite, il s’élève contre l’opinion que la droite limitée peut augmenter. Il allègue à cet effet le diamètre du monde et réfute lui aussi, par de vaines remarques, l’interprétation d’Alexandre selon laquelle, en principe, rien n’empêche une droite limitée d’augmenter. |
185Explication particulière. 46, 31 : τὴν Ἀλεξάνδρου ἐξήγησιν. Cette exégèse nous est connue par Simplicius, In De caelo, 39, 26 sq.
| 35 | In De c., 47, 1-3 (= 27* W) |
| « καὶ τῷ κύκλῳ γάρ, φησίν, εἴπερ σῶμα εἴη, καὶ | ἔτι τῇ σφαίρᾳ ἐξ ἴσου πανταχόθεν σῶμα περιχεόμενον ἔξωθεν καὶ προσ| κρινόμενον μείζονα ποιεῖ ». | |
| V | 2 περιχεόμενον DEb : περιεχόμενον AB 3 προκρινόμενον A |
| « Et, dit-il, pour le cercle, si du moins c’est un corps, et aussi pour la sphère, un corps également répandu de toute part à l’extérieur et s’amalgamant à eux les fait croître. » |
186Explication particulière. 47, 3 : μείζονα ποιεῖν. En réalité, le cercle étant parfait, l’accroissement décrit par Jean Philopon serait la disparition de ce cercle et la naissance d’un autre.
| 36 | In De c., 47, 10-13 (= 28 W) |
| « ἀλλὰ | πολλά, φησί, κυκλικὰ καὶ σφαιρικὰ ἐν ζῴων σώμασιν ὑπὸ τῆς τροφῆς τῆς | εἰσιούσης προσαύξεται, ὡς τὸ τῆς ἀνθρώπου κεφαλῆς καὶ ὁ τοῦ κερατοει|δοῦς χιτῶνος ἐν ὀφθαλμῷ κύκλος ». | |
| V | 11 τῆς2 om. A 12 τὸ τῆς AB : om. DE 12 κεφαλή E2 |
| « Mais, dit-il, nombreuses sont, dans les corps des vivants, les parties circulaires et sphériques qui, par l’absorption de la nourriture, s’accroissent ; par exemple la sphère de la tête humaine et le cercle de la cornée de l’œil. » |
187Explication particulière. 47, 11 : τροφῆς. Sur le rôle de la nourriture dans l’accroissement des vivants, voir Aristote, De part. anim., II, 3, 650a3.
5. Critique de la définition du parfait
188Fr. 37-38. Caractère. Ces fragments sont de rapides résumés159.
189Place. La critique de la définition du parfait est à sa place à la fin d’une étude sur la perfection du mouvement circulaire.


190Explications particulières. 48, 5 : τρεῖς διαστάσεις. Aristote, De caelo, I, 1, 268a7-24, considère que le solide, parce qu’il a trois dimensions, a un commencement, un milieu et une fin. Philopon y voit un rapprochement possible avec la définition du parfait. Mais il se demande comment on répartira les rôles entre les trois dimensions.
19148, 9 : κύβος. La difficulté est plus grande ici, puisque les trois dimensions du cube sont égales.
192Fr. 39-40. Caractère. Ces citations sont littérales160.
193Place. Philopon réserve pour la fin deux arguments de choix : le premier est un argument ad hominem, le second prend le problème dans toute son ampleur.

194Explication particulière. 48, 16-17 : ἀτελής ἐστιν. C’est ce que permettrait d’affirmer Aristote, De caelo, I, 2, 268a22 sq. Cependant, le même Aristote, plus loin, démontre la perfection du cercle.

195Explication particulière. 49, 9 : μήτε ἀρχὴν – μήτε πέρας. Philopon entrevoit ici une théorie de la perfection par la surabondance.
*
196La réfutation du troisième épichérème est d’un caractère dialectique nettement marqué. Ce caractère extrêmement formaliste lui enlève de son intérêt. Cependant, il est visible que Jean Philopon a perçu les difficultés du problème de la perfection et la possibilité de les résoudre autrement que ne le faisaient les philosophes grecs.
197Il a senti ce qu’avaient de théorique les définitions proposées. De là son acharnement à alléguer des exemples précis. Il a senti aussi l’ambiguïté des notions de fin et d’accroissement. Enfin, et c’est là un grand mérite, il a compris que la perfection pouvait, contrairement à ce que pensaient les Grecs, résider dans l’absence de limites.
Quatrième épichérème
198De la réfutation du quatrième épichérème, nous n’avons conservé que quelques fragments qui se fondent sur la contradiction de ce texte avec le deuxième épichérème.
199Fr. 41-42. Caractère. Ces fragments sont des citations littérales161.
200Place. Le texte de Philopon se réfère explicitement au quatrième épichérème.

201Explications particulières. 56, 28-31 : ἐν μέν – ἓν ἑνὶ ἐναντίον. C’est le deuxième épichérème.
20256, 32-35 : ἐνταῦθα – ὑπάρχειν. C’est le quatrième épichérème.
20356, 35-57, 1 : εἰ δὲ παρὰ φύσιν κτλ. La suite du fragment met en évidence la contradiction entre les deux passages du De caelo.
| 42 | In De c., 58, 1-4 (= 34 W) |
| « εἰ δὲ | οὐκ ἐνδέχεσθαι οἴεται, φησί, τῶν στοιχείων τι οὐδὲ παρὰ φύσιν κύκλῳ | κινεῖσθαι, ὅμως δὲ οὐδὲν ἧττον παρὰ φύσιν αὐτοῖς φησι τὴν κύκλῳ κίνη|σιν, καὶ οὕτως πάλιν δύο ἑνὶ ἔσται ἐναντία ». | |
| V | 2 ἐνδέχεται B 3 οὐδὲν] οὐδὲ AB 10 οὕτως AE : οὕτω D οὔτε B |
| « Mais s’il pense, dit-il, que, même contre nature, aucun des éléments ne peut se mouvoir en cercle, et que, pourtant, il n’en dit pas moins que, pour eux, ce mouvement est contre nature, ainsi encore, deux contraires s’opposent de nouveau à un seul. » |
204Fr. 43-44. Caractère. Ces deux fragments sont littéraux162. Le début du second est cependant une paraphrase sauf les mots soulignés par φησί163.
205Place. En raison de leur contenu, ces fragments font naturellement suite aux fr. 41 et 42.
| 43 | In De c., 58, 5-10 (= 34 W) |
| « ἀλλ’ οὐδὲν κω|λύει, φησί, καὶ ἡμᾶς ἀντιστρέψαντας τὸν λόγον τὰς ἐπ’ εὐθείας κινήσεις | παρὰ φύσιν εἶναι λέγειν τῷ κατ’αὐτὸν πέμπτῳ καὶ κυκλοφορουμένῳ σώ|ματι, κἂν μηδέποτε αὐτὰς παρὰ φύσιν κινεῖται· ἁπλαῖ γὰρ καὶ αὗται· | οὐκοῦν πάλιν μιᾷ τῇ κύκλῳ αὐτοῦ κατὰ φύσιν κινήσει δύο αἱ | |
| 10 | ἐπ’ εὐθείας | παρὰ φύσιν αὐτοῦ κινήσεις ἐναντίαι ἔσονται ». |
| V | 5-6 κωλύει φησί] φησι κωλύει D |
| « Mais, dit-il, rien ne nous empêche de retourner l’argument et de dire à notre tour que, pour ce qu’il appelle cinquième corps et corps de mouvement circulaire, les mouvements rectilignes sont contre nature, si même ce corps n’accomplit jamais de tels mouvements contre nature. En effet, ils sont simples eux aussi. Dès lors, son mouvement circulaire naturel, qui est unique, aura comme contraire les deux mouvements rectilignes qui, pour lui, sont contre nature. » |
206Explications particulières. 58, 6 : ἀντιστρέψαντας. C’est là un procédé logique aimé de Jean Philopon.
20758, 7 : παρὰ φύσιν. Le raisonnement de Jean Philopon est ici purement verbal. Tout mouvement qui n’appartient pas naturellement à un corps lui appartient contre nature, même si ce corps ne se meut jamais selon ce mouvement.

| 45 | In De c., 59, 6-7 (= 36* W) |
| μέγα δέ τι κατορθοῦν οἴεται δεικνὺς ὅτι καὶ ἄλλοι πρὸς τὴν πέμπτην | ἀντεῖπον οὐσίαν. | |
| V | 7 ἀντεῖπον οὐσίαν] οὐσίαν ἀντεῖπον D |
| Il pense accomplir une grande chose en montrant que d’autres ont aussi argumenté contre la cinquième essence. |
208Caractère et place. C’est une simple indication de Simplicius. Il est même difficile de savoir si elle correspond à un passage déterminé ou si Simplicius y reprend des éléments provenant de divers endroits. Les philosophes auxquels Jean Philopon pouvait faire référence étaient sans doute Xénarque, Ptolémée, Plotin et Proclus, dont nous avons vu que certains développements du premier livre s’inspiraient peut-être.
Livre II
Sommaire
209Le livre II du Contre Aristote réfutait la première partie du troisième chapitre du De caelo, dont la thèse est l’absence de gravité et de légèreté dans le ciel164. Nous ne possédons aucune indication explicite sur la manière dont Philopon divisait ce texte, mais il semble qu’il y distinguait quatre péricopes.
210Au début de son développement, Aristote observe que les axiomes et les conclusions du chapitre antérieur permettent d’affirmer que tout corps n’est pas nécessairement grave ou léger165. Sans nommer explicitement le ciel, il ébauche ainsi la démonstration de sa thèse.
211Philopon commençait sans doute par citer ce passage. Puis il notait que, si l’hétérogénéité du ciel par rapport aux éléments sert à prouver l’absence de gravité et de légèreté en lui, la réfutation de la première de ces thèses vaut aussi pour la seconde (fr. 46). Il renvoyait ainsi au livre I du Contre Aristote, dans lequel il avait critiqué le deuxième chapitre du De caelo.
212Après la brève introduction que je viens de rappeler, Aristote définit provisoirement le grave et le léger. Le grave, dit-il, c’est ce qui se porte vers le centre, tandis que le léger s’en écarte. Dès lors, le corps le plus lourd est en-dessous de tous ceux qui se portent vers le bas, et le plus léger recouvre tous ceux qui se dirigent vers le haut166.
213S’appuyant sur ces définitions, Philopon soutient que le ciel répond parfaitement à celle du corps le plus léger. On doit donc admettre avec Platon qu’il est formé de feu, puisque le feu est le plus léger des éléments (fr. 47). Notre polémiste ajoute que, si le haut et le bas sont les deux seules régions entre lesquelles se partage le lieu, il en résulte que le ciel, qui ne saurait être que dans la région supérieure, est nécessairement léger. Tout au plus exclut-il de ce raisonnement la sphère des fixes, qui n’a pas de lieu (fr. 48).
214À partir des définitions qu’il vient de donner, Aristote entreprend ensuite sa démonstration proprement dite. Il énonce d’abord la correspondance entre les mouvements rectilignes d’une part, le grave et le léger d’autre part. Il lui suffit alors d’établir que le corps de mouvement circulaire ne saurait se mouvoir en ligne droite, que ce soit naturellement ou contre nature167.
215Dans une première série de développements, Philopon concède la thèse d’Aristote dont il vient pourtant de faire une double réfutation, mais il nie qu’elle dresse une barrière entre le ciel et les éléments. Dans ce dessein, il commence par reprendre une théorie qui lui est chère et qu’il a déjà utilisée dans le livre I168. Tout comme le ciel, les masses élémentaires sont incapables de se mouvoir en ligne droite. Elles ne sauraient donc être ni graves ni légères (fr. 49). C’est là une opinion que Philopon confirmait par des témoignages illustres : Platon (fr. 50), Thémistius (fr. 51, jusqu’à 71, 25), sans doute d’autres encore.
216Il faut alors admettre que les éléments sublunaires ont deux mouvements, l’un pour les parties séparées du tout, l’autre pour la masse en son lieu naturel. Tel est bien l’avis de Philopon169. Mais, ici encore, il est en contradiction avec Aristote. Celui-ci, dans la suite de son troisième chapitre, reprend et précise sa démonstration. Le tout et la partie, dit-il, ont le même mouvement. C’est le cas, par exemple, pour la masse terrestre et une simple motte. Dès lors, le ciel, ni par sa masse, ni par aucune de ses parties, ne saurait être ni grave ni léger, pas plus qu’il ne pourrait avoir de mouvement rectiligne170.
217Philopon rejette une telle théorie. Aucune hypothèse, à son avis, ne permet d’attribuer la gravité à la masse terrestre (fr. 51, depuis In De c., 71, 25 jusqu’à la fin). En revanche, il en est une, celle d’un astre tombé et regagnant sa place, qui montre un corps céleste animé d’un mouvement rectiligne (fr. 52). Ainsi donc, Philopon étendait au ciel la dualité de mouvements qu’il reconnaissait aux éléments.
218Mais, si l’on passe de l’hypothèse à la réalité, il faut bien reconnaître que l’expérience n’a jamais permis d’observer aucun changement ni dans les parties ni dans la masse du ciel. Aristote en fait la remarque dans la dernière partie de son troisième chapitre171. Philopon critiquera ce passage à la fin de son quatrième livre172, mais il s’y intéresse dès maintenant parce qu’il le met en rapport avec le problème des relations entre le tout et ses parties. Il résout la difficulté grâce à une comparaison avec les animaux. Chez ceux-ci, note-t-il, les organes les plus essentiels sont aussi les plus résistants. Par analogie, on peut estimer que le ciel, qui est le plus important des corps de l’univers, doit avoir une sorte d’impassibilité qui met ses parties à l’abri des accidents que subissent celles des éléments sublunaires (fr. 53). Ainsi donc, Philopon est obligé de reconnaître, entre le ciel et les éléments, une différence qu’il contestait dans le développement antérieur, mais il soutient que c’est une différence de fonction et non de nature.
219Il va d’ailleurs encore plus loin dans cette voie. À la fin du livre IV du De caelo, Aristote précise ses définitions du grave et du léger. À cette occasion, il expose que, dans les éléments intermédiaires (air et eau), ces qualités sont relatives au milieu ambiant173. Il l’avait déjà insinué dans les quelques lignes qui, au troisième chapitre du livre I, suivaient les définitions provisoires174.
220Philopon citait l’un des passages du livre IV et contestait qu’on pût tenir pour essentielles des caractéristiques liées à des données extrinsèques (fr. 54). Son but est clair : la gravité, la légèreté et leur absence ne lui paraissent pas de nature à définir ou à différencier fondamentalement les êtres où elles se rencontrent.
221Depuis le début des discussions qu’il a consacrées à la démonstration d’Aristote, Philopon a concédé la thèse de l’absence de poids et de légèreté dans le ciel (ou du moins dans sa masse), mais il en a restreint la portée, d’abord en soutenant qu’il en va de même pour les masses élémentaires, puis en contestant toute signification profonde à la gravité et à la légèreté. Il va maintenant renverser sa position.
222Admettons, dit-il, que les éléments, non seulement dans leurs parties séparées, mais aussi dans leur masse, sont graves ou légers. Puis il s’efforce d’établir que rien ne s’oppose à ce qu’il en aille de même pour la masse céleste, qui pourtant n’a pas de mouvement rectiligne. Le moyen qu’il emploie est le suivant. Il montre que le ciel, en raison de sa dureté, de sa situation, de sa figure, ne peut avoir aucun mouvement rectiligne, pas même en l’une de ses parties, sans qu’il en résulte un dommage pour l’ensemble de l’univers. Dès lors, supposé même que le ciel soit grave ou léger, aucun corps céleste ne peut, par un mouvement rectiligne, se séparer de la masse, aussi longtemps que l’univers doit subsister (fr. 55). Ainsi donc, la différence des mouvements qu’on observe dans le ciel et dans les éléments s’explique encore une fois par une différence de fonction et non par une différence de nature.
223Pour compléter sa démonstration, Philopon consacre la fin du livre II à prouver que le mouvement circulaire du ciel est un mouvement animal. C’est là, dit-il, une thèse chère à Platon175. Quant à Aristote, il la rejette176. Pourtant, il reconnaît que le ciel est un vivant177. Dès lors, le seul mouvement céleste, le mouvement circulaire, doit être animal et avoir une âme pour cause. On arrive à la même conclusion si l’on part des considérations qu’Aristote expose au livre VIII de la Physique178 sur le caractère fini du corps céleste et sur le caractère infini du mouvement circulaire (fr. 56). Quant au rapport entre un mouvement naturel et un mouvement animal appartenant à une même réalité, Philopon estime qu’ils peuvent se renforcer mutuellement, mais, dans le cas particulier du ciel, il croit plutôt qu’il n’y a pas de mouvement naturel et que le seul moteur est l’âme céleste (fr. 56, In De c., 79, 2-9). Le rôle de ce développement est clair : si le mouvement du ciel est animal, il ne permet en aucune manière de différencier le corps céleste des corps sublunaires.
Note sur l’ordonnance des fragments 46-51
224L’excursus dans lequel Simplicius examine le deuxième et le troisième livres du Contre Aristote présente en son début une anomalie curieuse. Après une introduction générale179, il contient une première série de fragments qui concernent la valeur de l’argumentation aristotélicienne sur l’absence de gravité et de légèreté dans le ciel180, l’application au ciel de la définition du léger181, l’absence de gravité et de légèreté dans les masses élémentaires182 et l’autorité que confère à cette thèse l’adhésion de plusieurs philosophes, parmi lesquels Platon et Thémistius183. Puis Simplicius s’interrompt brusquement pour intercaler un petit développement sur Xénarque184. Sans transition aucune, il revient alors à Philopon. Le fragment par lequel débute cette seconde série ne s’accompagne d’aucune indication sur sa place dans le Contre Aristote. Il se fonde sur la valeur des notions de haut et de bas pour montrer que la définition du léger s’applique parfaitement au ciel185. Immédiatement après, Simplicius expose et commente la manière dont Philopon utilise Thémistius pour établir que la masse du feu est exempte de gravité et de légèreté186.
225Les deux séries de fragments sont visiblement parallèles. Faut-il supposer que Philopon a non seulement exposé deux fois les mêmes sujets, mais qu’en outre il les a repris dans le même ordre ? C’est assez invraisemblable. On croira plutôt qu’après avoir commencé la critique du livre II du Contre Aristote et s’être arrêté un moment à une opinion de Xénarque, Simplicius est revenu en arrière pour approfondir un examen qu’il jugeait peut-être trop rapide. Il convient donc de grouper en une ordonnance unique les fragments des deux séries.
I. La légèreté du ciel
A. Mouvement et légèreté
226Le troisième chapitre du De caelo s’ouvre sur la phrase que voici : « Puisque, parmi les affirmations précédentes, les unes sont admises comme principes et que les autres ont été démontrées, il est évident que tout corps n’est pas (nécessairement) léger ou grave »187. Ce n’est là qu’une transition, mais à la lumière de son contexte, elle prend une signification très précise. Les affirmations précédentes, c’est d’abord la théorie de la correspondance des mouvements simples et des corps simples ; c’est ensuite la preuve de l’existence d’une cinquième essence, distincte des quatre éléments. Quant au corps exempt de gravité et de légèreté, Aristote va démontrer que c’est précisément la cinquième essence. Mais avant de le faire, il a voulu faire connaître la méthode par laquelle il compte y arriver : il va lier les notions de gravité et de légèreté aux considérations qu’il vient de faire sur les mouvements simples. On comprend dès lors que Philopon ait pris la peine de réfuter ce qui, au premier abord, ne semble être qu’une transition banale.
| 46 | In De c., 66, 10-14 (= 37 W) |
| φέρε, πάλιν ἐκτραπέντες τὰ τοῦ Τελχῖνος ἴδωμεν ῥήματα. | λέγει τοίνυν, ὡς, εἰ προσχρησάμενος τῷ μηδὲν εἶναι τῶν τεσσάρων τὸ | οὐράνιον ἀπέδειξε τὸ μήτε βαρὺ μήτε κοῦφον αὐτὸ εἶναι, τὰ δὲ ἐκείνου | κατασκευαστικὰ ἐπιχειρήματα λέλυται, δῆλον ὅτι καὶ τὸ δι’ ἐκείνων κατα|σκευαζόμενον τὸ μήτε βαρὺ αὐτὸ μήτε κοῦφον εἶναι συναπελέγχεται. | |
| L | 11 προσχρησάμενος] Ar., De c., I, 3, 269b18-20 13 λέλυται] cf. fr. 1-45 |
| V | 11 εἰ om. B 11 τεσσάρων] τεσσάρων στοιχείων B 13 ἐκείνων ABD1E2 : ἐκείνου D ἐκείνω E |
| Allons, détournons-nous à nouveau pour examiner les affirmations de notre envieux. Il dit que, si Aristote se fonde sur la thèse d’après laquelle le corps céleste est distinct des quatre éléments pour prouver qu’il n’est ni grave ni | |
| léger, et si, d’autre part, les arguments en faveur de cette thèse ont été réfutés, la conclusion qu’il en a tirée, à savoir que le corps céleste n’est ni grave ni léger, est évidemment réfutée du même coup. |
227Caractère. Introduit par λέγει ὡς, ce fragment est probable un simple résumé188.
228Place. On a vu, dans l’introduction, que le livre II critique la première partie du ch. 3. Comme notre fragment, ainsi qu’on va le voir, porte sur la première phase de ce chapitre, il devait appartenir au début du livre II.
22966, 11-12 : προσχρησάμενος – οὐράνιον. Allusion à la fin du ch. 2 du De caelo (269b13-17), où est affirmée l’existence de la cinquième essence, ces mots précisent le sens des expressions très générales qu’Aristote emploie au début du ch. 3 (τῶν εἰρημένων).
23066, 12 : ἀπέδειξε – εἶναι. Ici encore, Philopon précise le texte d’Aristote. Celui-ci dit seulement σῶμα ἅπαν (269b20), mais Philopon a bien vu qu’il a en vue la cinquième essence, dont l’assimilation au ciel est constante dès le début du Contre Aristote (cf. p. 261).
23166, 12-13 : τὰ δὲ – λέλυται. Allusion au livre I du Contre Aristote où sont critiqués les arguments (κατασκευαστικὰ ἐπιχειρήματα) en faveur de la cinquième essence (μηδὲν εἶναι τῶν τεσσάρων τὸ οὐράνιον, repris par ἐκείνου).
232Le fragment 46 met en clair ce qu’Aristote exprime d’une manière voilée au début du ch. 3. De plus, il est une sorte de condamnation préalable de ce chapitre : si les thèses sur lesquelles Aristote va se fonder ont déjà été réfutées, les conclusions qu’il en tirera peuvent être rejetées a priori.
B. La définition du grave et du léger
233Avant d’entamer sa démonstration, Aristote donne une première définition du grave et du léger, tout en se réservant de revenir sur le sujet. Les expressions dont il se sert ici comportent une certaine ambiguïté. Le grave et le léger sont définis par un mouvement, une tendance (vers le centre ou à partir du centre : 269b23-24). En revanche, le plus grave et le plus léger le sont par leur situation (en-dessous de tous les graves ou au-dessus de tous les légers : 269b24-26). Cette imprécision, dont Philopon va tirer parti, ne se retrouvera pas dans l’étude plus détaillée qu’Aristote consacre au grave et au léger au début du livre IV du De caelo189, et dans laquelle il met en lumière la relation de ces deux notions avec celle de mouvement190.

234Caractère (a). Discours direct annoncé par l’incise φησίν, ce fragment est littéral191.
235Place. Elle est déterminée en raison du texte aristotélicien auquel se rapporte le fragment.
236Explication particulière. 66, 18-19 : κουφότατον – φερομένοις. Philopon utilise la définition de ce qui est le plus léger, plutôt que celle de léger, parce qu’elle lui permet de jouer sur le sens de ἐπιπολάζειν. Ce verbe peut marquer une situation ou un mouvement. Philopon feint de le prendre uniquement dans la première de ces deux acceptions.
237On sait que, d’après Platon, le ciel est de nature principalement ignée. D’autre part, pour Aristote, le feu est toujours léger (De caelo, IV, 2, 308b13-14), contrairement à l’air, qui est lourd ou léger suivant le milieu où il se trouve (id., IV, 4, 311b7-8). Il répond donc à la définition de ce qui est le plus léger. Soutenir que le ciel est ce qui est le plus léger, c’est donc lui donner une nature ignée et se rallier à la thèse de Platon. Le fragment 47b pourrait n’être qu’une déduction de Simplicius à partir de la fin du fragment 47a. Mais comme il exprime une idée que nous savons par ailleurs avoir appartenu à Philopon à l’époque du Contre Aristote192, je n’ai pas cru devoir l’écarter, malgré la réserve que je viens de formuler.

238Caractère. Fragment littéral, introduit par l’incise φησίν193.
239Place. Ce fragment se rattache à la définition du léger. Il faut donc le rapprocher du fr. 47.
240Explications particulières. 70, 34-71, 1 : τόπου – κάτω : Philopon reprend presque textuellement la formule d’Aristote, De caelo, I, 4, 271a4-5, mais il en durcit peut-être exagérément la signification en ajoutant μόναι. On notera toutefois que la formule du De gen. et corr., II, 2, 330b20 sq., avec les mots ἑκατέρου τῶν τόπων, engage dans le sens de cette précision. En sens inverse, on doit rappeler les textes qui mentionnent les six διαφοραί du lieu : haut, bas, avant, arrière, droite, gauche (par exemple Phys., III, 5, 205b32-33).
24171, 1-2 : ἐν τόπῳ ὑπάρχον. Ces mots font allusion à la Phys., IV, 5, 212a31- 32, où Aristote affirme qu’un corps n’est pas dans le lieu s’il n’y a aucun corps en dehors de lui.
24271, 3 : πλὴν τῆς ἀπλανοῦς. Ar., Phys., IV, 5, 212b8-10, dit seulement que le ciel n’est dans aucun lieu. Dès l’Antiquité, l’exégèse de ce texte avait donné lieu à de multiples interprétations : voir par exemple Simpl., In Phys., 588, 7 – 595, 26, et Phil., In Phys., 593, 13 – 604, 19. L’un et l’autre estiment qu’Aristote veut parler de la sphère des fixes (Simpl., In Phys., 588, 7 ; Phil., In Phys., 602, 11).
24371, 4-5 : ἡ μέν – Ἑρμαικῆς. Philopon méconnaît l’ordre que les anciens attribuaient aux planètes : Lune – Soleil – Mercure – Vénus… (cf. Ar., Metaph. 18, 1073b30 sq. ; Duhemp., Le Système du monde, I, op. cit., p. 126). Avec malignité, Simplicius souligne cette erreur d’un ὥς φησι ironique. Il y reviendra encore (Simpl., In De c., 71, 17-19).
24471, 6 : ὥστε – μεθέξουσιν. Comme dans le fragment 47a, Philopon interprète la définition du léger comme si elle concernait non pas ce qui tend vers le haut, mais ce qui y est.
245Le groupe des fragments 46-48 provient d’un développement où Philopon s’efforçait de réduire la thèse d’après laquelle le ciel est exempt de gravité et de légèreté. Les arguments qu’il emploie sont faibles. Le premier ne vaut que ce que valent les réfutations du premier livre. Ceux qui se fondent sur la définition du léger reposent sur une mauvaise interprétation qu’à ma connaissance, Philopon n’a énoncée dans aucune de ses autres œuvres. Peut-être l’a-t-il forgée ici pour les besoins de la cause.
II. Les masses élémentaires et le ciel
A. Hypothèse d’un ciel sans gravité ni légèreté
246Après avoir tenté d’abattre la thèse d’Aristote, Philopon, par un de ces mouvements dialectiques dont il est coutumier, l’accepte, mais uniquement dans l’intention de montrer qu’elle n’entraîne pas les conséquences qu’en tire Aristote. Le mouvement dialectique n’a pas laissé de traces directes dans les fragments, mais il en ressort avec clarté du fait qu’à plusieurs reprises, Philopon insiste sur le fait que les éléments, s’ils ne sont ni graves ni légers, sont de même nature que le ciel (fr. 49b : 67, 16-17 ; fr. 51 : 71, 24). Pour pouvoir s’exprimer de cette manière, Philopon doit admettre la proposition que, jusqu’ici, il avait combattue.
247C’est au moment où il commence à examiner la démonstration proprement dite d’Aristote que Philopon a opéré le renversement de sa position. Cette démonstration se fonde sur l’impossibilité, pour un corps de mouvement circulaire, de se mouvoir en ligne droite (Ar., De c., I, 3, 269b29-270a3). Or, dans les fragments qui vont maintenant nous occuper, les allusions au mouvement rectiligne sont fréquentes (fr. 49a : 67, 6-7 ; fr. 51 : 71, 32 ; fr. 52 : 72, 12, etc.).
248Le schéma de son raisonnement est le suivant : admettons que le ciel n’a pas de mouvement rectiligne et qu’ainsi, il est exempt de gravité et de légèreté. Il n’en tirera aucun avantage sur les éléments du monde sublunaire si ceux-ci, dans certaines conditions, sont eux aussi affranchis de ces qualités (fr. 49-51). Philopon résoudra ensuite l’objection qu’on pourrait tirer du mouvement des parties (fr. 51-53), puis il tâchera d’enlever toute signification à la gravité et à la légèreté (fr. 54).

249Caractère (a). C’est un simple résumé.
250Place. Comme on vient de le voir, ce fragment ne se comprend bien que s’il fait partie de l’argumentation qu’Aristote développe après avoir donné les définitions provisoires de grave et de léger. Il doit donc suivre les fragments 47 et 48.
251Explication particulière. 67, 5 : πάλιν. La thèse ici défendue s’est déjà rencontrée dans le livre I, fr. 23.
252Caractère et place (b). Ce témoignage est imbriqué dans une critique au cours de laquelle Simplicius rappelle l’une des thèses de son adversaire. Par sa première partie, il coïncide avec le fragment 49a. Mais sa fin apporte un élément supplémentaire. Il m’a paru naturel de grouper ces deux textes puisque le second prolonge le premier.
253Explication particulière. 67, 17 : καὶ ταύτῃ – διενήνοχεν. Ces quelques mots révèlent l’intention de Philopon dans le développement qui nous occupe.
254Les fragments 50 et 51 (1re partie) conservent le souvenir d’un développement dans lequel Philopon confirmait par un appel aux autorités philosophiques son opinion sur l’absence de gravité et de légèreté (c’est-à-dire de mouvement rectiligne) dans les masses élémentaires. Outre Platon et Thémistius, que citent nos fragments, Il est probable que Philopon alléguait encore d’autres noms. Mais toute conjecture en ce domaine serait vaine parce que dépourvue de fondement.

255Le fragment 50 n’est pas une citation. C’est un simple témoignage, présenté d’ailleurs avec une extrême malveillance. Si l’on dégage les données positives des critiques, il apparaît que Philopon faisait appel à des philosophes attaquant les mêmes thèses que lui. Simplicius ne dit pas de quelles thèses il s’agit, mais le contexte dont vient le fragment montre qu’il a en vue la théorie de l’absence de gravité et de légèreté dans les éléments194.
256L’un des reproches de Simplicius, c’est que Philopon allonge son texte sans aucune utilité. Pourtant, l’appel aux autorités est un procédé normal de l’argumentation. Il est bien dans l’esprit des philosophes de la fin de l’antiquité si imprégnés de la tradition. Philopon l’emploie couramment195 et Simplicius ne le dédaigne pas, lui qui remplit ses commentaires de citations.
257Simplicius blâme aussi Philopon de méconnaître le dessein véritable des théories qu’il cite (καὶ μηδὲ τούτων τὸν σκοπὸν ἀνιχνεύων). De fait, si notre polémiste tient pour l’absence de gravité et de légèreté dans les éléments sublunaires, c’est qu’il pense y trouver un argument contre la supériorité qu’Aristote attribue au ciel. Tel n’est pas, on va le voir, le but de Platon et de Thémistius dans les passages auxquels Philopon se réfère probablement. Mais le reproche de Simplicius est excessif : pourvu que deux penseurs s’accordent sur un point donné, l’un peut faire appel à l’autre sur ce point précis, quelle que soit leur diversité pour le reste.
258Enfin, Simplicius insinue que l’identité de vues alléguée par Philopon n’est qu’une apparence (εἴ πού τις ἄλλος ἔδοξε τοῖς αὐτοῖς ἀντιλέγειν). Ce reproche est plus grave. Nous devrons en examiner le bien-fondé tant à propos de Platon que de Thémistius.
259ὁ τοίνυν θειότατος Πλάτων : Le contexte montre que, si Platon est cité ici, c’est qu’il l’était dans le Contre Aristote. Le début du fr. 51a conduit d’ailleurs à la même conclusion. Mais Simplicius, plutôt que de citer la théorie que Philopon attribuait à Platon, expose celle qu’il juge authentiquement platonicienne sur le problème du grave et du léger. C’est pourquoi le fragment a dû être coupé d’une manière un peu insolite.
260La théorie platonicienne que citait Philopon est celle du grave et du léger que l’on trouve dans le Timée, 62c-63e. L’observation que voici permet de l’affirmer. Comme on vient de le voir, Simplicius n’expose pas l’interprétation philoponienne — qu’il juge fausse — de la théorie de Platon. Il préfère donner de cette dernière une vue qu’il estime plus exacte. Or, il justifie son exégèse par un passage du texte du Timée dont je viens de donner la référence196. Il reprend le problème immédiatement après avoir signalé que Philopon s’appuyait aussi sur l’autorité de Thémistius (fr. 51a) et c’est encore le même texte du Timée qui lui fournit les éléments de ce second exposé197. On en conclura qu’il y était renvoyé par le Contre Aristote lui-même.
261Dans le passage du Timée, deux éléments au moins ont dû séduire Philopon. Le premier, c’est le sujet de la thèse qui partage l’univers en deux régions, celle du haut et celle du bas198. Si on la combine avec les définitions aristotéliciennes du grave et du léger199, on doit admettre qu’il n’y a dans le monde ni gravité ni légèreté. C’est plus qu’il n’en faut à Philopon.
262Mais Platon réserve une autre signification aux notions de grave et de léger et à celles de haut et de bas. Pour lui, tout corps tend vers ce qui lui est semblable200. Lorsqu’il se meut conformément à cette tendance, un corps devient grave et le lieu vers lequel il se porte est, pour lui, la région basse. Le mouvement inverse le rend léger et le conduit vers un lieu qui, par rapport à lui, doit être qualifié de haut201. Dans ces conditions, une particule élémentaire se dirigeant vers sa masse ne peut jamais être légère et les masses elles-mêmes, n’ayant ni à se mouvoir vers leur semblable ni à s’en écarter, ne possèdent ni gravité ni légèreté. C’est probablement en ce sens que Philopon utilisait le texte platonicien.
263Si les objections que Philopon tirait du Timée sont bien celles que je viens de conjecturer, elles méritent les reproches de Simplicius. En effet, elles prétendent critiquer Aristote sans tenir compte de ce que les termes qu’il emploie ont un sens différent de celui qu’ils ont chez Platon. Le vrai problème est d’examiner s’il faut rejeter, avec Platon, ou admettre, avec Aristote, l’existence d’un haut et d’un bas absolus. Philopon a-t-il été jusque là ? C’est possible. Dans un sens analogue, nous le verrons plus loin souligner le caractère relatif du grave et du léger (fr. 54). Mais le sujet du développement actuel ne prêtait guère à un tel examen : il n’y est pas question du haut et du bas en général, mais uniquement de l’absence de gravité et de légèreté dans les masses élémentaires.

264Caractère. Les deux séries de fragments dont j’ai parlé plus haut contiennent chacune un texte faisant allusion à Thémistius en des termes très semblables. Comme je l’ai montré plus haut, ce sont vraisemblablement là deux témoignages qui concernent un même passage du Contre Aristote202. Ils se complètent heureusement. Le premier, beaucoup plus bref, fournit une référence précise. Le second expose la doctrine avec plus de détails et se prolonge par une citation provenant du développement qui suit celui qui nous occupe en ce moment. Le fr. 51a ne contient aucune citation littérale. Le fr. 51b se compose de deux parties. La première, celle qui concerne Thémistius, est un simple résumé. La seconde, introduite par l’incise φησί, est littérale.
265Explication particulière. 68, 7 : ἀπὸ τῆς τοῦ τετάρτου βιβλίου τῶν περὶ οὐρανοῦ παραφράσεως. La Paraphrase au De caelo de Thémistius contient plusieurs passages où il est question de l’absence de gravité et de légèreté dans les éléments lorsqu’ils sont en leur lieu naturel. Le premier paraphrase le passage du Timée que j’ai cité à propos du fr. 50, mais en y remplaçant la notion d’attraction des semblables par celle de tendance vers le lieu naturel203. Philopon a pu y prendre l’idée de l’argumentation que j’ai tenté de reconstituer (pp. 310-311), si du moins cette reconstitution est correcte. En tout cas, on y voit que la confusion entre les théories de Platon et celle d’Aristote était déjà le fait de Thémistius.
266Dans un autre endroit, Thémistius critique le passage où Aristote affirme que tous les éléments sauf le feu ont part à la gravité204. Il montre d’abord que les éléments, en leur lieu naturel, ne sauraient avoir de gravité. C’est là une partie de la thèse en faveur de laquelle Philopon alléguait Thémistius. Mais la suite du texte généralise le débat et soutient que la légèreté tout autant que la gravité est étrangère aux éléments en leur lieu naturel205.
267Enfin, un peu plus loin, Thémistius revient sur la question. Il plaide à nouveau contre la thèse d’après laquelle certains éléments, en leur lieu naturel, sont graves206. À la fin de ce développement, il utilise une fois de plus le texte du Timée, en lui imposant la déviation que j’ai déjà signalée plus haut207. Dans ce passage, il utilise un mot que le traducteur latin rend par inclinatio208 et qui doit être ῥοπή. Philopon a pu y voir un terme générique s’appliquant aussi bien à la légèreté qu’à la gravité. Notons encore que Thémistius, dans ce texte, observe que, sous le rapport de la gravité et de la légèreté, les masses élémentaires sont dans la même situation que le ciel209. Il frayait ainsi la voie à Philopon, et c’est peut-être dans ce passage-ci que notre polémiste a découvert le parti qu’il pouvait tirer d’une comparaison des éléments du ciel en ce qui concerne gravité et légèreté.
268Il est difficile de savoir lequel, des trois passages que je viens d’énumérer, Philopon citait dans le Contre Aristote. Peut-être en citait-il plus d’un.
26968, 8 : μετὰ τοῦ Πλάτωνος. Comme on l’a vu, c’était Thémistius lui-même qui rattachait à Platon sa critique d’Aristote210.
27071, 23 : εἴποι δ’ἄν καὶ τῶν ἄλλων στοιχείων. La forme potentielle indique que, dans le passage auquel Simplicius pense, Philopon ne parlait que du ciel. Il le faisait sans doute en raison de la thèse de la nature ignée du ciel, thèse à laquelle il a consacré son livre III. Mais l’extension que Simplicius propose hypothétiquement est dans la ligne des théories philoponiennes et, dans la citation littérale qui termine le fr. 51b, nous verrons notre polémiste affirmer que la masse terrestre, elle aussi, est dépourvue de gravité et de légèreté.
27171, 24 : καθάπερ ὁ οὐρανός. Pour Philopon, c’est là le but de toute l’argumentation : si le ciel a les mêmes propriétés que les éléments sublunaires, il doit être corruptible comme eux.
272L’assimilation du ciel aux masses élémentaires est déjà le fait de Thémistius, comme on l’a vu plus haut211.
B. Le tout est les parties
273Aristote, comme je l’ai rappelé dans le Sommaire du livre II, prétendait que les masses et leurs parties ont le même mouvement212. Cette thèse n’est pas conciliable avec celle que Philopon défend dans le développement dont nous venons d’étudier les maigres restes (fr. 49-51, 1re partie). Notre polémiste va donc l’attaquer. C’est à cette réfutation que je rattache la fin du fr. 51b et le fr. 52. Ces deux textes sont liés entre eux : l’hypothèse dont le fr. 52 concède la fausseté (κἂν μὴ τὸν κόσμον…) est exactement celle qu’utilise la fin du fr. 51b (καὶ γὰρ καὶ τὸν ὅλον κόσμον…). Il y a là un mouvement dialectique d’un type fréquent dans le Contre Aristote. Or, le fr. 52 concerne clairement la diversité qui peut exister entre le tout et les parties sous le rapport de la gravité et de la légèreté, et il en démontre l’existence dans le ciel. D’autre part, le début de la partie littérale du fr. 51b me paraît se référer nettement au passage d’Aristote. Celui-ci pour illustrer sa thèse générale, prenait l’exemple de la terre (270a5 : οἷον πᾶσα γῆ καὶ μικρὰ βῶλος). Or, c’est précisément en prenant le même exemple que Philopon conduit sa réfutation (fr. 51b, 2e partie : ἡ ὅλη γῆ).
27471, 25 : τὴν γῆν. Je viens de montrer que ce mot rattache notre fragment à Ar., De c., I, 2, 270a5.
27571, 25 : ἐξ ὑποθέσεως. Philopon a tiré d’Aristote lui-même l’hypothèse qu’il formule ici. Comme je viens de le rappeler, notre fragment se rapporte à la thèse aristotélicienne qui veut que le tout et ses parties aient même mouvement (Ar., De c., I, 3, 270a4 : εἰς τὸ αὐτὸ φέρεται τὸ ὅλον καὶ τὸ μόριον) et à l’exemple de la terre qui en est l’illustration. Or, la même thèse, à propos de la terre encore, est reprise plus loin par Aristote, dans le livre II du De caelo. C’est à l’occasion du problème de l’immobilité de la Terre qu’il y revient. Le mouvement de la terre, qu’il s’agisse du tout ou des parties, a pour terme le centre de l’univers et non celui de la Terre. Mais comme ces deux centres coïncident, le mouvement de la terre a, par accident, son propre centre pour terme. Dès lors, la masse terrestre est évidemment immobile213. Un peu plus loin, Aristote ajoute que la terre, en tout ou en partie, continue à se mouvoir jusqu’à ce que sa masse soit bien équilibrée autour du centre de l’univers214. Si l’identité des deux centres n’est qu’accidentelle, Philopon a pu forger sans peine l’hypothèse d’un déplacement de la terre qui s’éloignerait du centre de l’univers. Le second des textes d’Aristote que je viens de citer lui indiquait alors la solution : laissée à elle-même, la terre revient s’équilibrer autour du centre de l’univers. L’hypothèse était d’autant plus facile à imaginer qu’Aristote, au livre IV du De caelo, en formule une toute semblable : si la Terre, dit-il, était transportée à la place de la lune, ce n’est pas vers elle mais vers le centre de l’univers que se dirigeraient les particules de terre215.
27671, 27 : καὶ γὰρ καὶ τὸν ὅλον κόσμον. Philopon va raisonner par analogie et forger à propos de l’univers une hypothèse semblable à celle qu’il vient de formuler concernant la terre.
27771, 30 : ἐν ἑαυτῷ πάντα περιειληφότα. Cf., par exemple Ar., De c., I, 9, 278b7-8 : διὰ τὸ πᾶσαν τὴν ὕλην περιειληφέναι τοῦτον [sc. τὸν οὐρανόν], et ibid., 278b23-24 : διὰ τὸ μήτ’εἶναι μηδὲν ἔξω σῶμα τοῦ οὐρανοῦ μήτ’ἐνδέχεσθαι γένεσθαι. Dans ces deux textes, οὐρανός est synonyme de τὸ ὅλον et de τὸ πᾶν. C’est une des trois significations que lui reconnaît Aristote (cf. De c., I, 9, 278b9- 21 ; le sens qui nous intéresse est précisé aux lignes 18-21).
27871, 31 : κατὰ τὸ ἐπικρατοῦν – κινεῖσθαι. L’univers, étant formé des quatre éléments, se meut comme les mixtes, c’est-à-dire selon le composant qui prédomine (cf. Ar., De c., I, 2, 269a1-2 et 4-5). C’est du moins ce que Philopon affirme. Mais, le mouvement des éléments ayant pour point de référence le centre de l’univers, ce dernier ne saurait être entraîné par le mouvement d’une de ses composantes.
27971, 31 : ἀλλ’ ὅτι οὐκ ἔχει. Telle que les manuscrits l’ont transmise, la phrase est boiteuse. Karsten, dans son édition, supprime ὅτι, ce qui régularise la construction. Mais on sait que le style de Philopon est négligé. De plus, pour comprendre la structure de la phrase qui nous occupe, il suffit de faire dépendre ὅτι d’une expression telle que il en résulte qui, par l’opposition que marque ἀλλά, pourrait se tirer de τοῦτο οὐδὲν κωλύει.
28071, 32 : τοῦ ἄνω καὶ κάτω ἐν αὐτῷ ὄντος. Ar., De c., IV, 2, 308a21-22, définit le haut comme τὸ τοῦ πάντος ἔσχατον, et, Phys., IV, 4, 212a26-27, le bas comme τὸ πρὸς τὸ μέσον περιέχον πέρας […] καὶ αὐτὸ τὸ μέσον. Le raisonnement analogique de Philopon n’est guère convaincant. Ce qu’il dit de l’univers est indubitable : un corps ne saurait se déplacer par rapport à un point qui a sa place marquée en lui. Mais cet argument ne peut se transférer au cas de la terre, dont le centre — Aristote le dit expressément et l’hypothèse de Philopon suppose l’admet — n’est pas essentiellement identique à celui de l’univers.

281Place. J’ai déjà noté la parenté de ce fragment avec le fr. 51b. D’autre part, la manière dont Simplicius l’introduit montre qu’il doit provenir du même développement, si du moins il s’agit bien d’un fragment de Philopon.
282Caractère. La phrase par laquelle Simplicius annonce ce fragment est ambiguë. En terminant sa réfutation du fr. 51b, il écrit : « Je dis ceci contre l’élégant Thémistius. C’est à lui que celui-ci [sc. Jean Philopon] a emprunté cette confirmation en l’utilisant dans un but plus mauvais, lui qui dit que…216. » Grammaticalement, ὅς pourrait avoir Thémistius aussi bien que Philopon comme antécédent. Je penche toutefois en faveur du second pour la raison que voici. Thémistius, dans sa Paraphrase au De caelo, estime que, pour prouver l’absence de gravité et de légèreté dans le ciel, il ne suffit pas d’observer que le ciel ne se meut ni vers le bas ni vers le haut. On pourrait en effet objecter que les corps qui sont en dessous de lui constituent un obstacle suffisant. Quant au mouvement vers le haut, Thémistius estime sans doute que la position du ciel à l’extrémité extérieure de l’univers en montre clairement l’impossibilité. En tout cas, il n’en dit plus rien. Il continue son argumentation de la manière suivante. L’objection, qui est valable pour le tout, ne l’est pas pour les parties. Si donc le ciel était grave, ses parties, un astre par exemple, devraient se mouvoir vers le bas. Comme le mouvement du tout et celui des parties sont identiques, la chute d’un corps céleste prouverait la gravité du ciel lui-même, de même que le mouvement d’une motte de terre permet de déterminer celui de la masse terrestre. Mais aucune partie du ciel ne se meut vers le centre. C’est donc que le ciel lui-même est dépourvu de gravité217. On a reconnu là une explication du passage d’Aristote sur le mouvement du tout et celui des parties218.
283L’hypothèse de la chute d’un astre est bien celle qu’on retrouve dans le fr. 52. Mais tandis que Thémistius constate l’inexistence des phénomènes de ce genre et s’en tient là219, le fr. 52 proclame que c’est là une hypothèse que rien n’empêche de formuler. De plus, Thémistius conclut que le ciel, ni dans sa masse ni dans ses parties, n’a de mouvement centripète220. En revanche, le fr. 52 souligne la contradiction entre Aristote, pour qui aucun corps céleste n’a de gravité ni de légèreté, et l’hypothèse qu’on vient de déclarer acceptable. Ces différences me paraissent prouver que la citation du fr. 52 ne concerne pas Thémistius mais bien Philopon. Confirmation supplémentaire : le fr. 52 nous offre bien une élaboration de l’hypothèse suggérée par Thémistius, dans un but que Simplicius devait juger plus mauvais que celui qui apparaît dans le texte de la Paraphrase que j’ai résumé ci-dessus.
284Introduit par φησὶν ὅτι, le fr. 52 ne peut être considéré que comme une citation littérale.
285Explication particulière. 72, 15 : ἐπ’εὐθείας κινήσεται. L’argumentation de Philopon ressemble à celle qu’on a déjà rencontrée dans le livre I, au fr. 20.

286Place. À la critique du passage où Aristote traite des rapports entre le mouvement de la masse et celui des parties, Philopon rattache l’examen d’un passage ultérieur au De caelo, celui où la régularité apparente des phénomènes célestes est présentée comme une confirmation de la théorie de la cinquième essence221. À vrai dire, ce passage fera encore l’objet d’un développement du livre IV222. Mais que Philopon l’ait critiqué une première fois dans son livre II, c’est ce que confirme la place de la réfutation qu’en fait Simplicius. Elle ne se justifie pas par l’ordre de succession des développements aristotéliciens, puisqu’elle se situe dans le commentaire du début de De caelo, III223. C’est donc qu’elle provient de l’ordre du Contre Aristote.
287Caractère. Introduit par φησίν accompagné d’une proposition infinitive, ce fragment n’est pas littéral. Seul le mot ἀπαθέστερον est repris textuellement, comme cela résulte d’une remarque de Simplicius au cours de la réfutation224.
288Explication particulière. 73, 7-9 : τοῦ δὲ οὐρανοῦ – μεταβεβληκός. Ces mots reprennent presque textuellement Ar., De c., I, 3, 270b13-15.
28973, 10-11 : δυσπαθέστερα – καρδίαν. Philopon exposait déjà la même idée, avec le même exemple, dans son C.Pr., X, 4, 395, 16-23.
29073, 12-13 : τὸν οὐρανόν – ἀπαθέστερον Cette idée se retrouve, plus longuement développée, dans le C.Pr., X, 5, 397, 9-20. La valeur du comparatif ἀπαθέστερον apparaît mieux à la lumière de ce texte. On y lit en effet (l. 18-20) : ἀλλ’οὐκ ἤδη διὰ τοῦτο καὶ παντελῶς ἀπαθὲς αὐτὸ κατὰ φύσιν καὶ ἄφθαρτον ὑπολαμβάνειν ἔυλογον. L’argumentation de Philopon a un caractère curieusement finaliste, qu’accentue encore le [fr. 93 W] : là, Philopon affirme que le ciel doit subsister sans changement aussi longtemps que Dieu veut sauvegarder l’univers.
C. La relativité du grave et du léger
291Avant de continuer l’examen du chapitre iii, Philopon intercale ici un développement qui se rattache au passage du livre IV. Là, Aristote appronfondit son étude du grave et du léger et il note que ces caractères apparaissent d’une manière absolue dans certains éléments et d’une manière relative dans les autres225. Philopon en déduit que ces caractères ne sauraient révéler l’essence des éléments. Le fr. 54, qui est le seul reste de ce développement, se présente comme une argumentation ad hominem : ce qu’Aristote dit du grave et du léger devrait l’empêcher de tenir ces caractères pour des marques essentielles. Philopon allait-il plus loin et discutait-il d’une manière générale sur ce qui fait l’essence des éléments ? Nous n’avons aucun moyen de répondre à cette question226.

292Place. La remarque faite à propos du fragment précédent vaut pour celui-ci. Simplicius en aurait remis l’examen jusqu’au moment où il commente le livre IV s’il ne s’était laissé conduire par l’ordonnance du Contre Aristote.
293Caractère. La première partie est une paraphrase d’Aristote dont Simplicius dit que Philopon le citait. La seconde, introduite par l’incise φησί, est une citation littérale.
294Explications particulières. 74, 16-17 : παρατίθεται – ἐν τῷ τετάρτῳ τῆσδε λέγοντα τῆς πραγματείας. Les passages sont particulièrement bien identifiés par la paraphrase que Simplicius en donne. Il s’agit de Ar., De c., IV, 2, 308b13-15 pour le feu et la terre, et de IV, 4, 311b4-10 pour les quatre éléments, mais surtout pour la terre, l’eau et l’air.
29574, 24 : ἐκ μόνης τῆς πρὸς ἄλληλα σχέσεως. Dès le Contre Proclus, Philopon avait souligné que les caractères essentiels d’un être ne peuvent dépendre de ses relations avec les autres. Notons à ce propos que le mot δύναμις, dans le passage du Contre Proclus comme dans notre fragment, prend un sens qui le rapproche plus de l’acte que de la puissance au sens aristotélicien du terme227.
29674, 25 : τὸ γοῦν λευκόν – θερμόν. Dans le même sens, le Contre Proclus note que le soleil possède essentiellement son caractère lumineux et le feu sa nature échauffante, même en absence de tout corps à éclairer ou à échauffer. S’il n’en était pas ainsi, on aurait affaire à des caractères relatifs, c’est-à-dire accidentels, et non à des traits essentiels228.
D. Gravité et mouvement
297Philopon va maintenant inverser ses positions. Il va désormais rejeter la thèse qu’il soutenait depuis le fr. 49 et admettre que les masses élémentaires sont graves ou légères en leur lieu naturel. Son effort critique va maintenant porter sur un autre point. L’argumentation aristotélicienne consiste à lier gravité et légèreté d’une part, mouvement rectiligne de l’autre. Philopon va tenter de les dissocier et de montrer que l’absence de mouvement rectiligne est compatible avec la gravité et la légèreté.

298Place. J’ai montré dans l’introduction que ce fragment suit nécessairement un développement dans lequel les masses élémentaires apparaissent comme dépourvues de gravité et de légèreté229. Il doit donc se situer après le groupe des fragments 49 à 54.
299Caractère. Le fragment 55a se compose de trois parties. La première — discours direct introduit par λέγει — est une citation littérale. La deuxième est un résumé. La troisième est un discours direct annoncé par l’incise φησίν ; elle est donc littérale. Quant au fragment 55b, il commence par une paraphrase et s’achève par une courte citation littérale, reconnaissable elle aussi à l’incise φησίν. Je l’ai intercalée dans la troisième partie du fr. 55a, à l’endroit où le contexte paraissait l’exiger. On se souvient que, même dans des citations littérales, il arrive à Simplicius de laisser tomber une phrase230. C’est un phénomène de ce genre qu’il y a lieu de supposer ici.
300Explications particulières. 75, 17 : Συγκεχωρήσθω. Ce mot signale un mouvement dialectique, mode d’argumentation dont Philopon a déjà donné de nombreux exemples.
30175, 19 : εἰδοποιεῖσθαι δυνάμεσιν. Voir la remarque faite à propos de δύναμις, à propos du fr. 54.
30275, 21 : ἐπειδὴ τὸ μήτε – μήτε κουφότητος. Pour introduire sa réfutation, Philopon insiste sur le fait que l’argument d’Aristote repose sur le lien qui existait entre gravité et légèreté d’une part, mouvement rectiligne d’autre part. Le texte que Philopon paraphrase ici est Ar., De c., I, 3, 269b29-270a3.
30375, 25-30 : εἴ τις ἄρα – ἀνάγκη. Avant de développer son argumentation, Philopon en montre le ressort : il va tenter de dissocier des notions qu’Aristote croyait indissolublement liées.
30475, 31 : στερρὸν καὶ ἀντίτυπον. Voir, à ce propos, Ar., Meteor., I, 3, 341a28 et le commentaire de Philopon lui-même, In Meteor., 41, 33-34 ; 42, 1-16 et 43, 33-44, 18.
30575, 32-33 : οὐδ’ἄν ἀποσπασθῆ – ὥσπερ ταῦτα. L’ἀντιπερίστασις consiste en ce que les corps non solides, en cas de mouvement, occupent le lieu que le mobile vient de quitter, produisant ainsi une sorte de tourbillonnement (cf. Simpl., In Phys., 1350, 31-36). Certains philosophes, parmi lesquels Platon, trouvaient dans ce phénomène l’explication du mouvement des projectiles. Aristote les critiquait et proposait une autre explication. Quant à Philopon, il rejetait à la fois l’explication par l’ἀντιπερίστασις et celle qu’Aristote y avait substituée. Il proposait une théorie intéressante, d’après laquelle le moteur communiquait au mobile une puissance cinétique qui permettait au mouvement de continuer après la cessation du contact avec le moteur. Sur tout ceci, voir Duhem P., Le Système du monde, I, op. cit., pp. 371-388. Mais si Philopon refusait de croire que l’ἀντιπερίστασις pût expliquer le mouvement des projectiles, il ne mettait pourtant pas en doute son existence. Il explique d’ailleurs le mécanisme de l’ἀντιπερίστασις et l’attribue aux corps non résistants : eau et air (voir son In De an., 430, 10-24).
30675, 33-76, 1 : αἴτιον τοῦ στερροῦ – σχῆμα. Philopon tire sans doute cette affirmation de Ar., De c., II, 4, 286b27-32.
30776, 2-3 : τὸν ἑαυτοῦ τόπον – ἐξωτάτω. Si le ciel était léger, son mouvement naturel le porterait à s’éloigner du centre. Mais il occupe déjà la région la plus extérieure de l’univers. Or, au-delà de la première sphère, il n’y a pas de lieu (Ar., De c., I, 9, 279a11-18) et le mouvement est impossible.
30876, 4-8 : εἰ δὲ βαρύς – σώματος. Pour cet argument, Philopon semble s’être inspiré d’une remarque que Thémistius fait, dans un contexte d’ailleurs différent : cf. fr 52.
30976, 8-9 : καὶ διὰ τὸ πανταχόθεν – δυσδιαίρετον ὄντα. Philopon s’inspire ici de Ar., Meteor., I, 6, 343b33-34. La correction qu’apportent les mots ἢ δυσδιαίρετον se justifie probablement par le fait que, d’après Ar., De c., III, 1, 299a17-25, il n’y a pas de corps indivisible.
31076, 11 : ἀντιπεριιστάμενα. cf. supra.
31176, 14-17 : ἔνθεν, ἕως ἄν – οὐκέτι. Le raisonnement est le suivant. Comme il n’y a pas d’ἀντιπερίστασις pour les corps résistants et solides, la chute d’une partie du ciel enlèverait à celui-ci sa forme. Or, le ciel, avec sa forme, est nécessaire à l’existence de l’univers. Aucune partie du ciel ne peut donc s’en détacher aussi longtemps que l’univers doit subsister. L’argumentation fait appel à un finalisme semblable à celui que j’ai déjà signalé à propos du fr. 53.
31277, 25 : συνεφύετο. Ce verbe exprime le résultat de l’ἀντιπερίστασις. Dans les corps qui admettent ce phénomène, lorsqu’une partie se détache, les autres se réunissent et rétablissent la continuité.
31376, 22-24 : τὸ δὲ οὕτως ἔχειν – ἀλλότριον. C’est ici la conclusion de tout le raisonnement. Si les parties du ciel ne peuvent s’en détacher, ce n’est pas en raison d’une différence fondamentale. C’est simplement que le ciel a une autre figure et un autre rôle que les éléments.
31476, 24-26 : καὶ γὰρ τὸ ὕδωρ πηγνύμενον – νομίζεται. Dernière confirmation teintée d’ironie : la glace est dure et résistante ; elle non plus ne permet pas l’ἀντιπερίστασις. Pourtant elle ne diffère pas fondamentalement de l’eau.
31576, 25-29 : οὐκοῦν, φησίν, – ἐλεύθερος. Philopon tire la conséquence de son long raisonnement. Si le ciel, en raison même de sa figure et de sa situation dans l’univers, est empêché de se mouvoir en ligne droite, l’absence de ce mouvement en lui ne prouve pas celle de la gravité et de la légèreté.
III. L’âme du ciel et le mouvement céleste
316Une fois de plus, Philopon s’écarte du début du De caelo. Le développement par lequel se clôture le livre II tire parti de la thèse platonicienne de l’âme du monde et tente d’établir qu’Aristote, en rejetant le caractère animé du mouvement céleste, tombe dans une contradiction.

317Place. Simplicius atteste que ce fragment provient de la fin du livre II.
318Caractère. Le fragment commence par un résumé et s’achève par une assez longue citation littérale, reconnaissable à l’incise φησί. Dans le résumé, les mots συμφώνων τῷ Πλάτωνι, soulignés par l’incise ὡς λέγει, peuvent être considérés comme une citation littérale.
319Explications particulières. 78, 16-17 : ἄνω ποταμῶν ἀναστέλλεσθαι. Sous la forme ἄνω ποταμῶν χωφοῦσι πηγαί, le proverbe est bien connu231. Sous la forme qu’il présente ici, je n’en ai pas trouvé d’autre exemple. La leçon de D se comprend dès lors sans peine. Le sens, en tout cas, ne paraît guère douteux. Ce que Simplicius reproche à Philopon, c’est de ne pas suivre le cours normal des développements aristotéliciens ; autrement dit, d’aller à contre-courant.
32078, 17-21 : ἀλλὰ τὸ μὲν διὰ πολλῶν – εἰρῆσθαι νομίζω. La thèse platonicienne avec laquelle Philopon marque ici son accord est celle que Platon expose dans le Tim., 34b-37a. C’est là en effet que se trouve expliquée la formation de l’âme et du corps du monde.
32178, 21-22 : ἐν δευτέρῳ τῆσδε τῆς πραγματείας. Philopon se réfère à Ar., De c., II, 1, 284a27-35.
32278, 24-28 : καίτοι, φησί, – ζωῆς. Philopon, par une série de citations, s’efforce de révéler une contradiction qu’il croit avoir décelée chez Aristote. Le passage dont la référence se trouve à la note précédente note les difficultés que l’on rencontre si l’on attribue à une âme le mouvement du ciel.
323Dans ceux dont il est question maintenant (De c., II, 2, 285a29-30 et II, 12, 292a18-21), Aristote semble reconnaître le caractère animé des êtres célestes.
32478, 28-79, 1 : καίτοι εἰ ψυχὴν – κινηθήσεται. La définition même qu’Aristote donne de l’âme précise qu’elle est l’essence d’un corps naturel ayant en soi un principe de mouvement et de repos (De an., II, 1, 412b16).
32578, 29-79, 2 : ποίαν – ἀλλοιοῦται. Aristote démontre que le ciel ne possède que le mouvement local. Philopon reprend ici les différents points du passage qui contient cette démonstration : οὔτε γίνεται οὔτε φθείρεται (De c., I, 3, 270a12- 22), οὔτε αὔξεται οὔτε μειοῦται (id., 22-25) οὔτε ἀλλοιοῦται (id., 25-29).
32679, 2 : ἐν ὀγδόῳ. C’est en Phys., VIII, 10, qu’Aristote, étudiant les caractéristiques du premier moteur, détermine les exigences d’un mouvement infini.
32779, 10-13 : ὡς εἴ τις, φησίν, – ὁρμή. En tout être animé, le corps, en tant que formé des éléments, a un mouvement naturel, mais celui-ci est modifié par l’impulsion de l’âme.
32879, 13-14 : τὴν Ἀλεξάνδρου ἐξήγησιν. Simpl., In De c., 380, 29 – 381, 2, a conservé un fragment littéral du passage où Alexandre étudie la manière dont se combinent, dans le ciel, le mouvement naturel et celui de l’âme. Quant à la réfutation qu’en faisait Philopon, nous n’avons aucun moyen de la connaître.

329Place. Le sujet traité dans ce fragment montre qu’il faut le rapprocher du fr. 56.
330Caractère. Ce fragment est une simple paraphrase.
331Explications particulières. 80, 17 : ὑπὲρ τοῦ Πλάτωνος. Philopon considérait donc que, pour Platon, le mouvement céleste a pour seule cause l’âme ; cf. Tim., 36e-37a.
33280, 18 : οὐκ ἔχει – φύσιν. Si le ciel ne possède que le mouvement circulaire et que celui-ci ait l’âme pour seule cause, il n’y a pas de mouvement céleste naturel. C’est une déduction que Philopon exposait déjà dans le Contre Proclus, XIII, 3, 489, 24 – 490, 1.
*
333[L’édition et le commentaire s’arrêtent ici. Le manuscrit conserve néanmoins la traduction des trois premiers fragments du Livre III (le dernier étant incomplet), ce qui atteste de la volonté initiale d’Étienne Évrard de commenter l’ensemble du traité de Philopon. Je les reproduis ici pour mémoire, en ajoutant le texte de Heiberg.]
Livre III



Table de correspondances

Notes de bas de page
1 Sur les notions de fragment principal et fragment secondaire, voir l’introduction, p. 234.
2 Voir ci-dessus, pp. 217-225.
3 Voir ci-dessus, pp. 230-234.
4 Voir ci-dessus, pp. 200-214.
5 J’ai étudié des problèmes de ce genre dans « Les Convictions religieuses », art. cit., pp. 305-339 [ici pp. 28-55].
6 Voir les observations que je présente à ce sujet dans « Les Convictions religieuses », art. cit., p. 304 sq. [ici p. 27].
7 Praechter, Die Philosophie des Altertums, op. cit., p. 639.
8 Voir ci-dessus, pp. 205-206.
9 Simpl., In De c., 49, 10 sq. : ὅτι καὶ γραμματικοῦ τὰ συγγράματα ἐπιγράφων. Cf. 71, 8 et 119, 7.
10 Voir plus haut, p. 202, n. 3.
11 Voir plus haut, p. 200, n. 1.
12 Voir plus haut, p. 201, n. 8.
13 Simpl., In De c., 25, 32 sq. : ἐκ τοῦ πρὸς Ἀριστοτέλην μόνον ἀντειπεῖν.
14 Phil., C. Pr., X, 5, 396, 24 : ἐν τοῖς πρὸς Ἀριστοτέλην. Voir aussi 483, 20 sq.
15 Id., C, Pr., VII, 6, 258, 24 sq. : ἐν ταῖς πρὸς Ἀριστοτέλην περὶ τὴν τοῦ κόσμου αἰδιότητος ἀντιρρήσσεις.
16 Voir plus haut, p. 206.
17 Rabe H., Philopon. Contra Proclum, op. cit., p. xii.
18 Voir p. 222.
19 Voir « Les Convictions religieuses », art. cit., p. 355 sq. [ici p. 68].
20 Phil., In Phys., 565, 19 sq.
21 Id., In Meteor., 17, 1 sq.
22 Id., In Phys., 595, 18 sq.
23 Critiques contre Alexandre d’Aphrodise : Id., In An. post., 3, 32 sq. ; In Meteor., 6, 37 ; 79, 1-3 ; In De an., 135, 14. Contre Thémistius : In De an., 409, 3 sq. ; 410, 1 sq. ; In Phys., 576, 12 sq. Contre Damascius : In Meteor., 97, 20 sq. (voir, à propos de ce texte, « Les Convictions religieuses », art. cit., p. 316, n. 5 [ici p. 37, n. 2]). Contre Ammonius In An. post., 158, 7-11 ; 258, 26-29 ; In Phys., 583, 13-30 (sur ce texte, voir « L’École d’Olympiodore », art. cit., p. 213 [ici p. 192]).
24 Id., In An. post., 111, 31 – 112, 1 ; 323, 12.
25 Simpl., In Phys., 795, 11-17.
26 Id., In De c., 377, 20-28.
27 Voir p. 224.
28 Voir par exemple Simpl., In De c., 34, 5 sq. ; 35, 31-33 ; 59, 15-20 ; 80, 23-25 ; 88, 28-30 ; 119, 8- 11 ; In Phys., 1182, 30-32 ; 1326, 39 – 1327, 6 ; 1331, 27 sq.
29 Phil., In Meteor., 16, 30-32. Sur ce texte, voir « Les Convictions religieuses », art. cit., p. 329, n. 4, et 339 [ici p. 47, n. 3 et 55].
30 Sur cette division, voir plus haut, pp. 231 et 235.
31 Ar., De c., I, 2, 268b26-269a9.
32 À ce sujet, voir plus haut, p. 235.
33 Ar., De c., I, 2, 269a9-18.
34 Ibid., 269a18-32.
35 Ibid., 269a32-b17.
36 Ar., De c., I, 2, 268b26 – 269a9. Sur cet usage, voir plus haut, p. 231.
37 Voir ci-dessus, pp. [261-262].
38 Gigon Olof, « Aristoteles-Studien I », Museum Helveticum, 1952, vol. 9, pp. 124-129 ; Moraux Paul, « Quinta essentia », dans Realencyclopädie, XXIV, 1963, col. 1171-1263 (l’auteur de cet important article a bien voulu m’en communiquer une épreuve et me permettre de l’utiliser. Qu’il en soit cordialement remercié).
39 Voir par exemple Gigon O., « Aristoteles-Studien I », art. cit., p. 124.
40 Ar., De c., I, 2, 268b26-269b17.
41 La remarque est faite par Gigon O., « Aristoteles-Studien I », art. cit., p. 124.
42 C’est le nombre que cite par exemple Gomperz Theodor, Les Penseurs de la Grèce, t. III, trad. Auguste Reymond, t. III, Lausanne – Paris, Payot – Félix Alcan, p. 70 sq.
43 Ar., De c., IV, 5, 312a22-313a13.
44 Id., De gen. et corr., II, 3, 330a20-331a5.
45 Id., Meteor., I, 4, 342a15 sq.
46 Id., Phys., IV, 9, 217b17 sq. ; VIII, 7, 260b8 sq.
47 Il se trouve au cours d’une réfutation de Simplicius. Sur la notion de fragment hors-rang, voir ci-dessus, p. 234.
48 Voir ci-dessus p. [217].
49 Ar., De c., I, 2, 268b28.
50 Voir plus bas.
51 En voici des exemples : Simpl., In De c., 6, 30-7, 15 ; 15, 17-27 ; 18, 3-8 ; In Phys., 435, 25 – 436, 12 ; 584, 33 sq. ; etc.
52 Voir plus haut, p. [224].
53 Simpl., In De c., 27, 4-10 (critique de l’argument philoponien) se réfère presque textuellement à De c., I, 2, 269a3 sq.
54 Ar., De c., I, 2, 269a3 sq.
55 Voir plus haut, p. 234.
56 Voir plus haut, pp. [230-233].
57 Liddell-Scott, s.v., cite des exemples d’Alexandre d’Aphrodise.
58 Amm., In De int., 115, 19 ; 169, 29 ; 205, 18.
59 Ascl., In Metaph., 134, 6 sq. ; 254, 2 ; 295, 33 ; 423, 17.
60 Richard M., « Ἀπὸ φωνῆς », Byzantion, 1950, vol. 20, p. 198 sq.
61 Ascl., In Metaph., 295, 33.
62 Pour ce sens, voir Liddel-Scott, s.v.
63 Voir les indices qui accompagnent les éditions.
64 Phil., In Meteor., 28, 30 sq. ; 60, 15 ; In De gen. et corr., 180, 16 ; De op. m., 82, 35.
65 Id., In Meteor., 82, 35.
66 Id., In Phys., 53, 28.
67 Id., In Phys., 614, 15, expliquant Phys., IV, 6, 213b9.
68 Ces deux mots étant fréquents chez Aristote dans les réductions à l’absurde.
69 Simpl., In De c., 158, 3 et 161, 21.
70 Voir plus haut, p. [224].
71 Olymp., In Meteor., 23, 20 ; 133, 18, etc.
72 Él., In Isag., 101, 35.
73 Voir Gigon O., « Aristoteles-Studien I », art. cit., p. 124.
74 Simpl., In De c., 26, 32.
75 Ibid., 24, 2-7. C’est ainsi que Paul Moraux interprète lui aussi l’indication de Simplicius (voir « Xenarchos 5 », dans Realencyclopädie, IX.A.2, 1967, col. 1422-1435). Il renvoie non pas au fragment principal de Jean Philopon, mais à Simpl., In De c., 28, 1-5, qui en est une reprise sous forme de paraphrase.
76 Voir plus haut, p. [222].
77 Simpl., In De c., 28, 1-5 = 26, 31 – 27, 4.
78 Voir plus haut p. [267].
79 HAMELIN Octave, Le Système d’Aristote, Paris, Félix Alcan, 1920, p. 169.
80 Shorey P., « Ἀντιστροφὴ σὺν ἀντιθέσει », art. cit., p. 228 sq.
81 Dopp Joseph, Leçons de logique formelle I : Logique ancienne. La logique des jugements prédicatifs, Louvain, Institut supérieur de philosophie, 1949, p. 123 sq.
82 Simpl., In De c., 30, 17.
83 Publié par Wallies Michael, CAG IV.1, pp. 67-69.
84 [Amm.], In An. pr., 68, 25-28. Dans ce texte, j’ai omis les mots ἀλλὰ μὴν ἄνθρωπος, ζῷον ἄρα, qui constituent un exemple du premier syllogisme hypothétique et qu’il faut transposer avant τὸ δὲ πρῶτον.
85 Voir par exemple Becker Oskar, Zwei Untersuchungen zur antiken Logik, Wiesbaden, Harrassowitz, 1957, p. 28n.
86 À ce sujet, voir, par exemple, Moraux P., « Quinta essentia », art. cit.
87 Voir plus haut p. [261].
88 Zeller E., Die Philosophie der Griechen, II.2, 1921, p. 466, n. 2 ; Hamelin O., Le Système d’Aristote, op. cit., p. 354.
89 Les références données par l’index pour le Commentaire à la Métaphysique concernent la partie de ce texte dont l’authenticité est au moins douteuse. À ce sujet, voir Moraux Paul, Alexandre d’Aphrodise, exégète de la noétique d’Aristote, Liège, Bibliothèque de la Faculté de Philosophie et Lettres, 1942.
90 Procl., In Alc., 167, 19 sq.
91 Voir p. [217].
92 Voir p. [217].
93 Voir p. [222].
94 Ar., De c., I, 3, 269b29-31.
95 Ar., De c., I, 3, 270a14.
96 Id., De gen. et corr., I, 2, 329b16-32.
97 Id., Phys., I, 5.
98 Voir plus haut p. [264].
99 Id., Meteor., I, 4, 342a16.
100 Id., De c., I, 3, 269b26 sq.
101 Al. Aphr., In Top., 191, 4-19.
102 Simpl., In De c., 31, 1 sq.
103 Voir plus haut, p. [270].
104 Ar., De c., I, 2, 269a6.
105 Voir p. [222].
106 Ar., De c., I, 2, 268b17-21.
107 Voir Rey Abel, L’Apogée de la science technique grecque, Paris, Albin Michel, 1946, pp. 55-67.
108 Ar., Metaph., Λ 8, 1073a14-1074b14.
109 Voir par exemple Phil., In Meteor., 40, 28-31.
110 Voir Rey A., L’Apogée de la science technique grecque, op. cit., p. 58.
111 Par exemple Phil., In Meteor., 40, 20-23.
112 Voir plus haut, p. 264.
113 Ar., Phys., V, 4, 228b28-30.
114 Xén., cité par Simpl., In De c., 24, 22-27.
115 Voir pp. [223-224].
116 DUHEM Pierre, Le Système du monde. Histoire des doctrines cosmologiques de Platon à Copernic, II, Paris, Hermann, 1914, p. 61. Sur cette erreur, voir Moraux P., « Xenarchos », art. cit.
117 Voir pp. 234-236.
118 Gigon O., « Aristoteles-Studien I », art. cit., p. 123.
119 Simpl., In De c., 14, 31 – 15, 13.
120 Rey A., L’Apogée de la science technique grecque, op. cit., p. 80.
121 Ibid., p. 81.
122 Ibid., p. 80.
123 Ar., De c., I, 2, 269a6 sq.
124 Voir pp. [223-224].
125 Ar., De c., IV, 3, 311a6-8.
126 Xén., cité par Simpl., In De c., 21, 33 – 22, 17.
127 Ptol., cité par Simpl., In De c., 20, 10.
128 Plot., Enn., II, 2 [14], 1, 20-25 H-S1.
129 Voir pp. [223-224].
130 Voir « Les Convictions religieuses », art. cit., pp. 305-322 [ici pp. 28-42].
131 Phil., In Meteor., 91, 18-20 ; 97, 9-16. À propos de ces textes, voir « Les Convictions religieuses », art. cit., p. 315 sq. [ici p. 36].
132 Voir pp. 250-251.
133 Voir p. 231, n. 10.
134 Voir p. [217].
135 Voir pp. [218 et 223].
136 Xén., cité par Simpl., In De c., 20, 10 sq.
137 Voir pp. [223-224].
138 Voir p. 231.
139 Voir pp. [264-265].
140 Alex. Aphr., In Meteor, 35, 20-23.
141 Voir pp. [223-224].
142 Voir par exemple Phil., In Meteor., 45, 27.
143 Sur ce sujet, voir plus haut, pp. [276-277].
144 Voir les textes allégués plus haut, pp. [264-265].
145 Voir p. [217].
146 Ar., Meteor., I, 7, 344a12.
147 Voir pp. [223 et 259].
148 Ar., De c., I, 3, 269b9 sq.
149 Voir p. [223].
150 Xén., cité par Simpl., In De c., 42, 10-14.
151 Voir p. [223].
152 Ar., De c., I, 2, 269a21 sq.
153 Ar., Metaph., Δ 16, 1021b12.
154 Voir p. [224].
155 Voir pp. [223-224].
156 Voir pp. [223-224].
157 Xén., cité par Simpl., In De c., 25, 11 sq. et 42, 6 sq.
158 Voir p. [223-224].
159 Voir p. [217].
160 Voir pp. [222-224].
161 Voir pp. [223-224].
162 Voir pp. [223-224].
163 Voir pp. [223-224].
164 Ar., De c., I, 3, 269b18-270a12.
165 Ibid., 269b18-20.
166 Ibid., 269b20-26.
167 Ar., De c., 269b26 – 270a3
168 Phil., C. Ar., fr. 13-25 [= 8-18 W].
169 Phil., C. Ar., fr. 17 [= 12 W].
170 Ar., De c., I, 3, 270a3-12.
171 Ibid., 270b11-16.
172 Phil., C. Ar., fr. [80 W = In De c., 142, 7-25].
173 Ar., De c., IV, 2, 308b13, et 4, 311b4-10.
174 Ibid., I, 3, 269b26-29.
175 Philopon pense vraisemblablement à Pl., Tim., 36d-37a.
176 Le passage visé par Philopon est Ar., De c., II, 1, 284a27-35.
177 Voir ibid., II, 2, 285a29-30, et 12, 292a18-21.
178 Voir Ar., Phys., VIII, 10, 266a10-b17.
179 Simpl., In De c., 66, 8-10.
180 Ibid., 66, 10-14 = fr. 46 (= 37 W).
181 Ibid., 66, 17-19 et 66, 33 – 67, 1 = fr. 47 (= 38 et 40* W).
182 Ibid., 67, 5-7 et 16-17 = fr. 49 (= 40* W).
183 Ibid., 67, 20-25 et 68, 6-9 = fr. 50 et 51a (= 41* W).
184 Ibid., 70, 20-33.
185 Ibid., 70, 34 – 71, 6 = fr. 48 (= 39 W).
186 Ibid., 71, 19-33 = fr. 51 b (= 43 W).
187 Ar., De caelo, I, 3, 269b18-20.
188 Cf. p. [223].
189 Ar., De caelo, IV, 1, 307b28-308a33.
190 Voir surtout, ibid., 307b30-32.
191 Cf. pp. 223-224.
192 Cf. p. 241.
193 Cf. pp. 223-224.
194 Pour s’en convaincre, il suffit de comparer les références des fr. 49b et 50. Les deux lignes qui les séparent dans le texte de Simplicius (67, 18 et 19) contiennent une rapide remarque critique.
195 Voir par exemple Phil., C. Pr., VI, 8, 144, 16 – 149, 26 (appel à la tradition concernant le sens de γενητός) ; 16, 171, 21 – 173, 18 (opinion de Porphyre sur le caractère γενητός du monde) ; 27, 211, 6 – 225, 12 (témoignage de philosophes considérant que Platon tient le monde pour γενητός).
196 Simpl., In De c., 67, 24 – 68, 5 (c’est le passage commençant par ὁ τοίνυν θειότατος Πλάτων, fin du fr. 50) expose à sa manière la théorie platonicienne du haut et du bas, du grave et du léger. Ibid., 67, 33 – 68, 1, il cite littéralement Plat., Tim., 63e4-7 (et non c, comme l’imprime Heiberg).
197 Ibid., 68, 9 – 69, 9 (donc, immédiatement après le fr. 51a) expose à nouveau la théorie platonicienne et cite (68, 16-26 et 68, 27-69, 7) Plat., Tim., 63b5-d4 et 62c8-d11.
198 Plat., Tim., 62c5-8 et 63a5-7.
199 Ar., De c., I, 2, 269b20-26.
200 Plat., Tim., 63c8-9.
201 Ibid., 63e4-7.
202 Cf. la note mise en tête du commentaire du livre II, p. 300.
203 Thém., In De c., 212, 9-15 (en particulier l. 11).
204 Il s’agit de Ar., De c., IV, 4, 311b4-5.
205 Thém., In De c., 232, 17 – 235, 21.
206 Ibid., 242, 21 0 244, 34.
207 Ibid., 244, 21-31 (en particulier l. 22).
208 Par exemple, ibid., 244, 22.
209 Ibid., 244, 23-24 : quemadmodum neque ipsi toti caelo haec [sc. inclinatio] inest.
210 Cf. p. 313.
211 Cf. p. 313.
212 Ar., De c., I, 3, 270a3-12.
213 Ar., De c., II, 14, 296b6-21.
214 Ibid., 297a30-b14.
215 Ibid., IV, 3, 310b3-7.
216 Simpl., In De c., 72, 10-12 : ταῦτα λἐγω πρὸς τὸν εὐφραδῆ Θεμέστιον ἀπ’ἐκείνου γὰρ ταύτην οὗτος ἐπορίσατο τὴν συνηγορίαν ἐπὶ χείρονι χρώμενος αὐτῇ σκοπῷ, ὅς φησιν ὅτι…
217 Thém., In De c., 13, 8 – 14, 2.
218 Ar., De c., I, 3, 270a3-12.
219 Thém, In De c., 13, 39-41.
220 Ibid., 13, 41 – 14, 2.
221 Ar., De c., I, 3, 270b11-16.
222 [Simpl., In De c., 142, 7-25 (= 80 W).]
223 Le fr. 53 s’intercale dans le commentaire du 270a3.
224 Simpl., In De c., 74, 5-7.
225 Ar., De c., IV, 2, 308b13-15 et 4, 311b4-10.
226 Il n’est toutefois pas inutile de noter que, dans son Commentaire à la Physique, Philopon considère la gravité comme un caractère absolu, sans relation essentielle avec le milieu (cf. Duhem P., Le Système du monde, I, op. cit., pp. 351-355).
227 Phil., C. Pr., IV, 11, 83, 8-11.
228 Phil., C. Pr., IV, 11, 83, 15 – 84, 5.
229 Cf. pp. 237-238.
230 Cf. pp. 216-217.
231 Leutsch (von) Ernst Ludwig und Schneidewin Friedrich Wilhelm, Corpus Paroemographorum Graecorum, I, Göttingen, Vandenhoeck, 1839, p. 47 et 185.
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