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    Presses universitaires de Lyon
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    Plan

    Plan détaillé Texte intégral Gide et Herbart : une rencontre salvatrice ? Une famille atypique Pierre à Élisabeth : confessions, recommandations et récriminations Débuts journalistiques et affirmation de l’anticolonialisme d’Herbart Engagement communiste et séjour en URSS L’Afrique : le nouveau combat anticolonialiste d’Herbart L’aventure éditoriale de Pierre Herbart Vers une écriture cinématographique d’Isabelle et des Caves du Vatican Pierre Herbart, l’ami qui doit témoigner Notes de bas de page

    Gide, Herbart & Van Rysselberghe

    Ce livre est recensé par

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    Table des matières

    Introduction

    p. 11-34

    Texte intégral Gide et Herbart : une rencontre salvatrice ? Une famille atypique Pierre à Élisabeth : confessions, recommandations et récriminations Débuts journalistiques et affirmation de l’anticolonialisme d’Herbart Engagement communiste et séjour en URSS L’Afrique : le nouveau combat anticolonialiste d’Herbart L’aventure éditoriale de Pierre Herbart Vers une écriture cinématographique d’Isabelle et des Caves du Vatican Pierre Herbart, l’ami qui doit témoigner Notes de bas de page

    Texte intégral

    1La correspondance entre André Gide, Pierre Herbart et Élisabeth Van Rysselberghe rassemblée dans ce volume se place sous le signe du manque et des non-dits, car elle relève plus de dialogues tronqués en monologues que de véritables échanges où se répondraient à part entière les voix de chacun (celle d’Élisabeth Van Rysselberghe étant absente). En effet, si les lettres de Gide à Herbart foisonnent, nous n’avons pu retrouver qu’un faible nombre de lettres d’Herbart à Gide. La voix d’Herbart s’entend donc peu dans l’échange entre les deux hommes de lettres et amis. En revanche, grâce aux lettres qu’Élisabeth Van Rysselberghe a conservées de son époux, le lecteur peut entrer dans l’intimité du couple, découvrant aussi les observations du journaliste et de l’écrivain à des moments charnières.

    Gide et Herbart : une rencontre salvatrice ?

    2La rencontre de Gide avec Pierre Herbart, jeune écrivain dunkerquois né en 1903, relève du hasard, puisque Gide était venu à Roquebrune (Alpes-Maritimes) pour saluer Jean Cocteau qu’il croyait encore installé dans la petite maison que Coco Chanel avait mise à la disposition du poète, en convalescence après une cure de désintoxication en clinique. Son arrivée à l’improviste à « La Colline » le 17 mai 1929 se soldera, à défaut d’une conversation avec l’écrivain du Grand Écart, par la rencontre inattendue d’un de ses protégés. Bien des années plus tard, Herbart rapportera le souvenir de ce premier contact, soulignant d’emblée son indépendance et même son désintérêt à l’égard de celui qu’il côtoya pendant plus de vingt ans : « Il me faut noter que nulle dévotion, nulle “ferveur” ne me portaient vers lui. J’appartenais à une génération que les Nourritures terrestres touchaient peu. Quant au reste, avec l’outrecuidance de la jeunesse, je considérais que cet écrivain enfonçait des portes ouvertes1. »

    3Il laisse donc à d’autres lecteurs de sa génération, tels que Maurice Sachs, Marc Allégret et Robert Levesque, le soin de révérer ce Ménalque dont le message d’émancipation du carcan social et d’éveil à la jouissance bouleversait la jeunesse depuis sa parution en 1897.

    4Herbart, qui admire le surréalisme et la poésie de Cocteau, rencontre celui-ci en 1924 par l’entremise d’un cousin qui lui a présenté Raoul Leven, gérant chez Stock2, librairie qui vient de consacrer une vitrine au poète. Cocteau l’encourage à écrire et trouve en lui un compagnon d’addiction qui lui criera toutefois sa souffrance lors d’une tentative individuelle de désintoxication en Corse en 1929 :

    Tout rate sous mes pas. Je n’ose plus m’accrocher. Rien n’est solide. Je commence à détester « ces gens sains » qui m’entourent ici. [...] Croyez-vous sincèrement qu’on puisse se désintoxiquer l’âme ? Moi je n’aime plus ma peau et toute ma sale vie défaite qui ne se débrouille jamais3.

    5L’absence de Cocteau à Roquebrune s’avère le point de départ de l’amitié qui liera Gide et Herbart. Au modèle Ménalque-Nathanaël des Nourritures terrestres qu’Herbart rejette se substitue celui de Julius-Lafcadio des Caves du Vatican, où le vieil écrivain s’engoue du jeune rebelle qu’il tente de « sauver » et grâce à qui il retrouve un second souffle. Ainsi, dès juillet 1930, les lettres d’André Gide à Pierre Herbart se concentrent-elles sur le combat contre l’opiomanie du puîné que l’aîné soutient financièrement et moralement, en encourageant ses ambitions littéraires4 :

    Un petit mot seulement, comme une poignée de main en passant. Je pense souvent à vous. Puisse le séjour familial à Saverne ne pas être trop morne ni ne vous inviter trop à céder aux entraînements que nous savons.

    Je rentre à Paris dans deux jours et passerai à la NRF m’informer des décisions prises au sujet de votre manuscrit.

    Puis j’irai me baigner dans le travail, à Cuverville.

    Soignez-vous sérieusement et obstinément. Je voudrais ne vous revoir que vaillant5.

    6À l’époque de leur première rencontre, Herbart s’est déjà lancé dans l’écriture de ce qui deviendra Le Rôdeur. Cocteau, qui soutient lui aussi Herbart dans son projet, appuie son ami auprès des éditions Grasset qui viennent de publier Les Enfants terribles. Gide s’engage à soutenir le roman auprès de Jean Paulhan, directeur de La Nouvelle Revue française (NRF), et de Gaston Gallimard. Nombre de lettres de leur correspondance de l’année 1930 évoquent d’ailleurs ces tractations qui aboutiront non sans mal à la publication du premier roman d’Herbart en 1931, car si Gide annonce à la mi-septembre 1930 que le « roman est pris », il concède le 13 janvier 1931 :

    Gallimard n’a accepté votre livre qu’à son corps défendant et parce qu’il me sentait derrière vous. D’autre part il est encombré, et, la situation financière (par suite du mauvais état des affaires en général, qui fait que les éditeurs ne parviennent pas à récupérer les sommes dues par les libraires) des plus tendues l’amène à refuser des engagements nouveaux et des avances. Mais ici il n’y a pas engagement nouveau ; il y a dérobade ou ce qui peut être pris pour tel. C’est toujours dangereux de forcer la main. Je verrai ce que je peux obtenir, mettant en avant le préjudice qu’il vous a causé en immobilisant votre manuscrit et vous empêchant par là de le proposer ailleurs6.

    Une famille atypique

    7Comme l’ont noté nombre de critiques gidiens, la très célèbre déclaration « Familles, je vous hais » des Nourritures terrestres ne signifie pas le rejet de la famille, mais une invitation à la concevoir différemment. En effet, au modèle de la famille qu’impose l’ordre établi, André Gide préfère celui d’un cercle de familiers qu’il rassemble autour de lui. Ainsi, cet homosexuel qui ne fera jamais œuvre de chair avec Madeleine Rondeaux, sa femme légitime et l’amour de sa vie, entreprend de faire un enfant à Élisabeth Van Rysselberghe, fille du peintre belge Théo Van Rysselberghe et de Maria Monnom, surnommée affectueusement la Petite Dame ou Tit. Il se sent en effet très proche de cette trentenaire célibataire qui désire assumer le rôle de mère en toute indépendance. La naissance de Catherine en 1923 comble donc les vœux de maternité d’Élisabeth et permet à Gide de vivre une paternité hors des contraintes sociales de l’époque, même s’il décide d’adopter officiellement sa fille en 1938, après la disparition de Madeleine. Entre-temps, il ne manque pas de séjourner régulièrement chez Beth (Élisabeth Van Rysselberghe), où il adore observer le comportement de l’enfant.

    8Pierre Herbart revoit André Gide peu de jours après leur première rencontre, puisque ce dernier l’invite à l’accompagner (ou à le retrouver) aux Saintes-Maries-de-la-Mer où Marc Allégret tourne un documentaire. Élisabeth et Pierre auraient pu se rencontrer à cette occasion, fin mai 1929, mais ce fut un rendez-vous manqué, car ce n’est qu’en mai 1931 que Gide joue à Cupidon en favorisant la rencontre entre les futurs époux. À la suite du coup de foudre entre Élisabeth et Pierre, de treize ans son cadet, ils partent avec la petite Catherine en villégiature sur l’île du Levant moins de deux mois plus tard7. Gide se réjouit de l’élan amoureux qui anime Élisabeth après les tragédies qui avaient accompagné ses amours précédentes8 : d’une part, la mort prématurée de son premier amour, le poète anglais Rupert Brooke rencontré en Allemagne en 1911 et emporté par une septicémie quatre ans plus tard alors qu’il se rendait en Crimée avec les forces expéditionnaires britanniques ; d’autre part, plusieurs fausses couches au cours de sa liaison avec Marc Allégret entre 1920 et 19229. Sans doute Pierre rappelle-t-il à Élisabeth ce qui l’attirait déjà chez ses amants précédents. Mais le jeune homme, dès le début de leur relation, lui permet à nouveau de concevoir un enfant, au seuil de la quarantaine, et souhaite l’épouser pour protéger le fruit de leur affection.

    9Être séduisant, harmonieux, de nature féline et aristocratique, l’Adonis bisexuel qui vient bouleverser la vie de Beth ne laisse ni ses proches ni Gide indifférents10. Le 27 août 1931, Roger Martin du Gard informe la future belle-mère en ces termes : « J’ai vu cet Herbart, l’autre soir avec Gide, il est irrésistible et je suis bien content qu’ils se marient, ça va caler Élisabeth dans la vie11... » Gide lui en brosse un portrait en clair-obscur, à même de captiver la Petite Dame :

    C’est un être frénétique, il a tout le charme de l’enfer [...] Il a un regard de Lorelei [...] des gestes d’une grande noblesse [...] Il est parfaitement naturel, d’une entière authenticité ! Ses défauts sont surtout des défauts de jeunesse : jugements injustes, sans nuances et toujours la note frénétique12.

    10Le 13 octobre 1931, la Petite Dame rencontre enfin Pierre Herbart qui, « par extraordinaire [...] répond à tout ce qu’on m’a dit de lui, sauf le charme qui ne se décrit pas13 ». Vite rassurée sur l’amour de Pierre pour sa fille, Maria note quatre jours après avoir fait sa connaissance :

    Cet amour qui habite Herbart est d’une présence extraordinaire, dont il ne doute certainement pas. À travers ses manières désinvoltes, on le sent comme émerveillé par la découverte qu’il vient de faire. À travers ses paroles je sens du reste qu’il vient aussi de découvrir le mariage, l’enfant, comme les couronnements naturels de l’amour ! Tout dans son attitude semble logique. Il faut peut-être avoir goûté comme lui au dérèglement, à l’aventure, pour en revenir là14.

    11Dans le portrait qu’elle trace de lui et publie en 1947, elle soigne la peinture de la personnalité de son gendre, qu’elle observe depuis seize ans, tout en reprenant les constantes qui ont su la conquérir dès leur premier tête-à-tête :

    Il tient du chat par sa souplesse, son aisance [...] le silence de ses pas et cette superbe indifférence qui ne quête jamais rien d’autrui.

    Tout en lui est excès, oppositions : souvent cynique et dur [...] en paroles surtout, mais une native générosité et une rare intuition le rendent capable de la bonté la plus attentive, la plus secourable et des soins les plus délicats.

    Réfractaire à toute discipline, divinement paresseux [...] volontiers plongé dans un voluptueux assoupissement [...] qu’on devine absorbé, d’où il ne se laisse pas distraire et d’où brusquement il bondit dans l’action avec une frénétique impatience, ne gardant de l’état précédent ni langueur ni mollesse [...]

    Intransigeant et violent, injuste par irritabilité, mais trop lucide pour le rester longtemps. Sa force est de ne tendre à rien de personnel et sa liberté de n’avoir rien à ménager parce qu’il ne tient à rien [...]

    Le plus particulier, le plus essentiel de lui [...] c’est sa curiosité, son attirance, cette attention toujours en éveil pour le mystère de l’être humain, pour tout ce qui se laisse entrevoir par un geste involontaire, un mot, une contradiction, ce qui échappe à toute logique, à toute analyse [...]

    Nature aristocratique qui ne connaît d’impératif que son désir. Pour bien faire ce qu’il fait, il faut que cela l’amuse. L’approbation le ferait plutôt regimber, mais c’est avec une irrésistible persuasion qu’il s’entend à jouer de sa séduction naturelle15.

    12Il ressort de tous ces commentaires et descriptions que les proches sont ravis de l’amour qui unit Pierre et Élisabeth, sans être dupes d’une inquiétante bipolarité cachée sous des traits séduisants et harmonieux.

    Pierre à Élisabeth : confessions, recommandations et récriminations

    13Une constante des lettres de Pierre à Élisabeth regroupées dans ce volume s’avère être le profond amour qui unit ce couple, accompagné de la nécessité pour Pierre d’être rassuré par celle qu’il aime tout en la protégeant. Aussi le fiancé en visite à Saverne chez sa mère et son frère se languit-il d’Élisabeth : « Pour la première fois de ma vie – à cause de toi – je sais les dates, les jours, et je calcule les heures de trains16. » Quelques semaines avant leur mariage, il lui envoie une déclaration d’amour poignante où il se met à nu :

    On ne pourra jamais se passer l’un de l’autre, n’est-ce pas ? C’est très nouveau pour moi d’avoir tant besoin d’un être pour vivre. Même il y a six mois, il en était autrement. Je pouvais rester seul, me passer de toi pendant des semaines. Mais depuis je t’aime encore tellement plus. Après t’avoir vue faible et désespérée dans mes bras j’ai senti que mon amour s’élargissait. Avant je crois que je t’aimais mal, comme on aime une femme. Maintenant tu es aussi mon enfant. Et je te connais si bien ; toutes les nuances de ton visage, ta fatigue, ta tristesse, ta lassitude, tes heures de joie – je sais tout.

    [...] Si tu pouvais comprendre comme tu as embelli ma vie, comme elle était sotte, grotesque, sans goût avant toi. Il faut que tu saches cela absolument, que tu n’en doutes jamais17.

    14Herbart satisfera en effet à son rôle de protecteur envers Beth, lui recommandant maintes fois de se ménager et de se soigner, car elle porte leur fils. Il n’hésitera pas non plus à rappeler Gide à l’ordre quand ce dernier fatiguera la mère de Catherine par quelque caprice incommodant.

    15Dès les premiers mois de sa correspondance avec Beth, Pierre couche sur ses lettres descriptions de la banalité quotidienne et esquisses de cadres romantiques, confie tour à tour ses préoccupations financières, ses rêves et les superstitions qu’ils entraînent, ses inquiétudes, les moments misérables de sa vie. Il y révèle ses exaspérations, qui se traduisent par une langue baignée de violence tant envers les autres ‒ « Il faut que j’aille à la NRF et que je leur extorque de l’argent. Je serai féroce ! Me sens très capable de mettre une bombe dans la baraque si ça ratait18. » ‒ qu’à son égard : « Je me suis réveillé cette nuit avec un tel besoin de toi (rien de physique) que j’avais envie de me tuer19. » Il lui dévoile son caractère souvent torturé : « Mais une angoisse me prend. Il me semble que quelque chose va venir tout changer, tout gâcher20. » Il ne lui cache pas non plus son homosexualité ni son attirance pour le jeune Marius Gourdan qu’il a connu à Cabris avant sa rencontre avec Élisabeth, quitte à provoquer l’anxiété de la future épouse et future mère : « Il m’a proposé de venir coucher avec moi si j’avais peur. Mais c’est précisément de cela que j’aurais peur21... » S’il suscite la jalousie anxieuse de sa bien-aimée, il lui avoue aussi celle qu’il éprouve envers l’enfant qui va naître, sa peur de devoir partager cet amour : « Et une mère est attachée à son fils d’une manière si animale que ce n’est pas possible que tu ne me retires rien de ton amour22. » Cette angoisse exprimée en dit long sur la nature possessive de Pierre, qui pourtant ne reconnaît pas Catherine comme rivale dans la répartition de l’amour maternel d’Élisabeth. Or, s’il imagine que son fils puisse l’évincer, Pierre s’identifie-t-il inconsciemment à son propre père vagabond, qui fut remplacé par ses deux fils auprès de leur mère ? La nature possessive qui reflète son besoin d’amour inconditionnel explique sans doute son aversion pour Marc Allégret, dont la présence bien ancrée dans le cercle familial gidien rappelle à Pierre qu’Élisabeth a vécu dans l’amour et le désir avec le séduisant cinéaste avant de jeter son dévolu sur lui.

    Débuts journalistiques et affirmation de l’anticolonialisme d’Herbart

    16Le voyage en Indochine qu’entreprend Herbart le 23 octobre 1931 le conforte dans ses sympathies communistes et anticoloniales développées auprès de militants tels qu’Alix Guillain et Bernard Groethuysen23. À peine marié, le voici tout accaparé par des rendez-vous parisiens où il règle les derniers détails avant de partir rejoindre Andrée Viollis, grande reportrice au Petit Parisien qui accompagne le ministre des Colonies Paul Reynaud, pour mieux cerner la situation de ce territoire secoué d’émeutes et d’attentats contre les colons français depuis la mutinerie de Yen-Bay (actuellement Yên Bái) du 10 février 193024. En qualité de collaborateur cinématographe, Herbart doit se rompre à la prise de vue et se familiariser avec le matériel qu’il emporte. Il part en effet pour « faire du cinéma pour elle25 ». Libre d’écrire ses propres articles, il profite de son séjour dans la capitale pour s’assurer le soutien du magazine d’information illustré Vu, dirigé par Louis Martin-Chauffier, auquel il propose de réaliser un reportage photographique, voire cinématographique. L’intervention d’Alix Guillain auprès de L’Humanité lui ouvre les colonnes du quotidien communiste.

    17Au milieu des recommandations et des plaintes, des anticipations de revoir et des rendez-vous manqués qui ponctuent les lettres précédant son départ se posent délicatement des phrases justes, rapides, percutantes qui annoncent le style journalistique d’Herbart. « Le Japon sera un hara-kiri, la Chine un supplice-chinois [sic]26 », écrit-il à Beth peu avant de s’embarquer pour l’Extrême-Orient. Quand il ne se plaint pas de son éloignement, des voyageurs ou de Viollis, ses propos se transforment en petits tableaux narratifs qui invitent à la complicité et à l’intimité. S’esquisse en quelques mots, sous la plume de l’écrivain, une situation saugrenue : « Tu croises tout le temps des cornettes, des yeux baissés, des figures extatiques – le mal de mer y est bien pour quelque chose27. » Puis le journaliste à l’affût flaire une piste : « Figure-toi que mon moine et mes fonctionnaires me servent sans s’en douter. J’ai un projet d’article sur l’établissement des religieux à Shanghai. Ce pourrait être assez intéressant avec les renseignements qu’on me donne et qui dévoilent naïvement des choses prodigieuses28. »

    18Malgré ses frictions avec Viollis, qui se veut la seule à rapporter ce qui se passe en Indochine, Herbart parvient à écrire plusieurs articles pour L’Humanité qu’il envoie à Élisabeth depuis Hanoï le 9 décembre, après avoir appris qu’on le surveille et qu’on intercepte son courrier. Ceux-ci ne paraîtront pas, comme l’escompte le journaliste. Pourquoi ? Ses textes seraient-ils aussi mauvais que le suggère Pierre à Beth ? Serait-ce parce qu’il n’est pas encore inscrit au Parti ? Il faudra attendre décembre 1932, soit un an plus tard, pour voir un article de Pierre Herbart paraître dans le quotidien communiste sur son voyage. Le 30 janvier 1932, la revue hebdomadaire Monde, dirigée par le communiste pacifiste Henri Barbusse, publie « Nous souffrons tant... » qui semble regrouper plusieurs articles d’Herbart écrits en Indochine29. Deux semaines plus tard, il s’inquiète encore auprès de sa femme de savoir si Vu a fait paraître ce qu’il a envoyé au magazine et l’informe que, dans l’article de Viollis qui va paraître dans Le Petit Parisien, l’information sur Canton est son œuvre, car la journaliste souffrante n’a pu l’y accompagner.

    19Après l’enfer de Vinh où notre anticolonialiste vient de découvrir les ignobles atrocités perpétrées contre les indigènes indochinois30, sa rencontre avec la Chine est magique. La frénésie de la foule qui l’entoure l’enivre ; il se sent revivre loin des Européens qui y apportent leurs attitudes et leurs coutumes31. Lors de l’épisode troublant d’un homme qui se fait passer pour lui, la surprise amusée semble l’emporter sur l’angoisse : 

    Est-ce une invraisemblable histoire de police – Est-ce un miracle chinois ? Quel est ce double inquiétant ? Mais écoute le plus drôle : dans le train du retour pour Hong-Kong, je parle à un jeune Chinois qui sait le français et lui explique mon histoire. Il écoute, impassible, puis répond en me regardant en face : « Cela arrive souvent ici. » J’avais presque peur32...

    20Le Lafcadio de Gide n’aurait pas dit mieux !

    21Chargés d’observer l’évolution des tensions sino-japonaises en Mandchourie, Herbart et Viollis débarquent à Shanghai le 26 décembre avec l’intention de rejoindre Tien-Tsin et Pékin, puis de traverser la Mandchourie en ralliant Moukden (actuel Shenyang) et Kharbine. Leurs projets s’effondrent quand la santé de Viollis, déjà bien éprouvée en Indochine, nécessite son admission dans une clinique de Shanghai. Herbart ronge son frein, car « les événements se précipitent en Mandchourie, les Japonais occupent toutes les villes – et nous n’y sommes pas33 ! » Immobilisé à Shanghai pendant plusieurs semaines, Pierre se lamente de n’avoir rien d’intéressant à soumettre à Vu et commence à organiser son retour en France. Il erre dans la ville portuaire, avoue à Beth que pour pallier son ennui, il passe ses nuits « dans les cabarets à matelots » où il se saoule, mais passe sous silence ses prises d’opium. Enfin l’actualité le rattrape et le ragaillardit : deux bateaux chinois chargés d’explosifs viennent d’exploser dans la rade où mouillent plusieurs bâtiments japonais. Cet accident pourrait jouer en faveur du Japon qui cherche à mettre le feu aux poudres. Le reste de sa lettre du 26 janvier se transforme en cours de géopolitique lucide à l’intention d’Élisabeth :

    L’intérêt du Japon est de donner l’impression au monde que la Chine n’est pas sûre et qu’il faut la surveiller. D’où escadres japonaises dans les ports, etc... C’est ainsi que l’empereur Guillaume faisait assassiner ses missionnaires en Chine pour avoir un prétexte de coup de main armé. L’objectif final du Japon est net : d’abord coloniser la Mandchourie (très riche) pour y envoyer son excédent de population et faire pièce à la Russie dans sa propre zone d’influence (Kharbine, etc...) ensuite s’assurer la maîtrise de tout l’Extrême-Orient en vue d’une guerre probable avec l’Amérique. Cette dernière est la seule à soutenir ouvertement la Chine en ce moment (pure politique d’ailleurs). Et je crois que la France est en train de s’aliéner les dernières sympathies chinoises par son attitude d’imbécile témoin impartial. En quoi elle s’affirme une fois de plus comme étant puissance impérialiste. En résumé, en cas de conflit sérieux, on trouvera d’une part le Japon et la France, de l’autre l’Amérique, la Chine, la Russie, l’Allemagne et même l’Angleterre34.

    22Viollis et lui se tiennent prêts à rapporter sur la situation qui bascule le 28 janvier à minuit. Au fil des heures, Pierre assiste à l’agression japonaise de la cité chinoise et à l’arrivée d’une trentaine de navires de guerre nippons, échappe de peu aux balles de l’envahisseur, apprend que la concession française de la ville a été touchée par des bombes, voit la ville chinoise brûler et sa population affolée tenter de fuir. Les exactions commencent, mais plus encore que les exécutions sommaires des Chinois par les Japonais, c’est l’attitude des colons français qui le révolte :

    Si tu voyais certaines trognes de notaires français qui considèrent ce spectacle en souriant, tu comprendrais ma haine du Français colonial – ce que l’humanité a produit de plus bas. Ils sont ravis, ces cochons, ravis parce que cela fait une diversion dans leur sale vie, ravis parce que les Japonais se conduisent ici comme ils voudraient le faire eux-mêmes35.

    23Et de tirer des conclusions de son voyage en Extrême-Orient qui cristallisent ses engagements contre le capitalisme et le colonialisme : « Depuis trois mois que je vis dans cette boue : Indochine d’abord, et puis ici – j’en ai assez... J’en aurai du moins retiré un enseignement de visu que rien n’aurait pu remplacer – On a quelquefois besoin de raviver ses haines36. »

    Engagement communiste et séjour en URSS

    24Le bonheur des retrouvailles du jeune couple s’assombrit à la fin du mois d’avril avec la mort de leur petit Jean trois jours après sa naissance prématurée. S’ensuit une nouvelle cure de désintoxication à Cabris pour Pierre, retombé sous l’emprise de l’opium en Extrême-Orient. Malgré tout, il s’est remis à écrire et travaille à son second roman, Contre-ordre, qui paraîtra en 1935. Herbart se rallie au communisme, milite activement et se félicite que Gide l’accompagne dans cette aventure politique, même si ce dernier, séduit par le communisme depuis déjà plusieurs années, n’adhérera jamais au Parti communiste français. Herbart aide le « contemporain capital » à rédiger un télégramme de protestation envers le gouvernement fasciste allemand qui accuse trois Bulgares d’être à l’origine de l’incendie du Reichstag (27-28 février 1933). Le 3 janvier 1934, Gide et Malraux se rendront à Berlin pour réclamer leur libération, mais en reviendront bredouilles.

    25Les discussions sur l’idéologie marxiste et la politique de l’URSS prennent le devant de la scène et scellent la complicité intellectuelle des deux écrivains. Le communisme, « c’est la vie37 », écrit Herbart en réponse à l’avis plus critique de Gide quant à l’idéologie artistique du réalisme socialiste. Le jeune trentenaire fustige son aîné de douter de la valeur artistique d’une littérature au service de la Révolution. Or, le séjour d’Herbart en URSS de décembre à juillet 1936 lui prouvera combien avait raison celui qu’il accuse bien injustement, dans sa lettre du 28 août 1934, d’être « inconsciemment attaché à certaines formes d’art [...] victime d’un certain conformisme38 ».

    26Le gouvernement soviétique, réjoui que Gide préside le premier congrès international des écrivains pour la défense de la culture, espère que l’écrivain acceptera son invitation à se rendre en URSS en novembre 1935 pour assister aux fêtes commémoratives de la révolution bolchévique de 1917. Le projet s’élabore avec Jef Last comme unique compagnon. Puis vient s’y ajouter Herbart comme secrétaire personnel de Gide. Herbart s’apprêtant à prendre la suite de Paul Nizan à la revue La Littérature internationale, il resterait ensuite dans la capitale russe. Tout compte fait, Gide se dérobe et remet sa visite en URSS à l’année suivante. Herbart arrivera à Leningrad le 21 novembre 1935 et y passera quelques jours avant de s’installer à Moscou. Les lettres datant de sa courte semaine à Leningrad – plus exactement à Diestkoïe Selo (actuellement Pouchkine) chez l’écrivain communiste Alexis Tolstoï alors en déplacement en Crimée – manifestent son enthousiasme pour l’économie socialiste qui fournit au peuple une nourriture bon marché dans des boutiques bien approvisionnées : « Pas de gens qui parlent de leur ruine, de leurs ennuis d’argent, de leur cafard39. » Même enthousiasme à Moscou :

    J’ai eu une première impression merveilleuse de Moscou : les rues, les maisons, tout, couvert de neige – et la neige ici reste blanche, ne devient pas cette boue dégoûtante de chez nous. Les enfants s’amusent en skis ou en traîneau ; de gros camions pleins de neige immaculée passent dans les rues ; on la ramasse tout le long du jour, par charretées40.

    27À peine arrivé au pays des Soviets, il se met à l’ouvrage, car on lui demande de rédiger plusieurs textes dans des délais très courts, ce qui l’exalte. Il travaille avec joie sur sa préface aux Nouvelles Nourritures de Gide sur lesquelles il porte un regard neuf. Il récrit pour Beth une partie de cette préface qui doit paraître « dans trois jours », mais qui ne sera publiée que cinq mois plus tard dans le quatrième numéro de La Littérature internationale de 1936. Il lui confie à propos du style de Gide : « Peut-être seras-tu ahurie d’apprendre que je l’ai compris, senti, pour la première fois en Russie – Oh ! C’est étrange, combien j’ai senti fondre ici mes cuirasses de doute, d’ironie, de mauvaise humeur41. » Aux commandes d’articles s’ajoutent invitations, soirées, théâtre. Lors d’une soirée politique à laquelle il est convié, les ouvriers stakhanovistes réclament aux écrivains une production littéraire plus soutenue : « Vous aussi, vous devez travailler comme Stakhanov. Nous voulons la culture et tous les arts42. » Pierre relève le défi.

    28Contrairement à ses premières lettres de nature plutôt descriptive ou littéraire, celle du 17 décembre 1935 s’imprègne d’un ton moralisateur par lequel il rappelle la vocation idéologique de leur nouvelle vie, alors que sa femme essaie de trouver un acquéreur pour la villa du Pin pour financer leur séjour en URSS qu’ils envisagent de prolonger :

    Le jeu bourgeois consiste à entasser de l’imprimé, à échanger des menaces, à proposer des « arrangements » ou bien à les refuser. Et tout cela est simplement du jeu destiné à conserver à l’argent son importance et leur importance aux gens qui en possèdent. Or nous ne sommes pas de ces gens. Nous n’avons rien à faire de ce jeu. Il ne faut pas s’y laisser entraîner.

    Savoir se désintéresser ; savoir accepter une certaine dégradation des choses matérielles. Qu’importe, après tout, si le plafond s’écroule. C’est une question d’échelle des valeurs. Oser coucher dans son lit avec ses bottes, s’il le faut, et ne pas craindre de salir les draps. Tous les bourgeois de France ont des appartements qui sont des « bijoux », mais leur vrai « petit intérieur » est un cloaque. [...]

    Je ne veux pas traîner derrière moi des cadavres. Alors je les tue43.

    29Les commentaires de Pierre reflètent ses convictions et le dénuement dont il saura s’accommoder à divers moments de sa vie, mais la longue liste d’objets qu’il prie Beth d’apporter à Moscou pour leur bien-être commun dans les lettres suivantes (produits de beauté, articles de toilette, vêtements, musique, etc.) atteste d’une attitude bourgeoise qui ne s’accommode pas entièrement de la production soviétique44.

    30Pierre devant participer mi-janvier 1936 au plénum, ou réunion plénière, des écrivains soviétiques à Minsk, Élisabeth repousse son arrivée aux premiers jours de février. Installé dans une chambre de l’hôtel Savoy, le couple prend ses repères. En avril, à l’invitation du journaliste Mikhaïl Koltsov, Pierre part se reposer une quinzaine de jours au bord de la mer Noire. Il part à Paris le 30 mai pour achever les préparatifs de la visite officielle de Gide. Le 16 juin, tous deux s’envolent pour Moscou où quatre jours plus tard Gide prononce un discours sur la place Rouge à l’occasion des funérailles nationales de Maxime Gorki. S’ensuit une tournée triomphale de Gide à travers le pays durant laquelle l’accompagne Pierre Herbart, bientôt rejoint par Jef Last, Jacques Schiffrin, Louis Guilloux et Eugène Dabit. Élisabeth, qui part fin mai découvrir le Caucase et la Crimée, retrouve André Gide une dizaine de jours, avant de rentrer en France pour passer les grandes vacances avec sa fille Catherine. Gide et Herbart quittent l’URSS le 24 août, quelques jours après la mort de Dabit, victime du typhus.

    31À peine rentré, Gide se lance dans l’organisation de ses notes de voyage qu’il compte publier pour dénoncer les excès du régime stalinien. Il en fait une première lecture aux Herbart et à Martin du Gard dans la première quinzaine d’octobre et prévoit sa parution dès mi-novembre, suivie de peu de « l’article » de Pierre. Dans sa « Lettre à André Gide » datée du 2 novembre, mais publiée le 20 novembre 1936, après la sortie du livre de Gide, Herbart affirme d’emblée son appartenance au communisme et critique certains jugements émis par son compagnon de route tout en certifiant l’exactitude des observations de ce dernier. Sept mois plus tard, Gide revient à la charge avec Retouches à mon Retour de l’URSS, livre dûment documenté à même de répondre aux critiques précédentes que l’auteur espère voir paraître en même temps que le témoignage de Pierre sur ses dix mois passés sous le régime stalinien. « Jamais un livre ne m’aura donné autant de découragement et de nausée45 », confie Pierre à Élisabeth le lendemain de l’envoi d’En URSS, qui scelle la fin de son militantisme communiste. Plus tard, il n’hésitera pas à porter assistance, aux côtés d’André Gide et d’Élisabeth van Rysselberghe, aux républicains espagnols de conviction communiste venus se réfugier en France après la victoire de Franco.

    L’Afrique : le nouveau combat anticolonialiste d’Herbart

    32À l’été 1937, Gide propose à Herbart de l’accompagner comme secrétaire lors d’un prochain voyage en Afrique-Occidentale française (AOF) qu’il compte entreprendre dans le cadre d’une mission d’enquête sur l’instruction dispensée à la population locale. Marcel de Coppet, gouverneur général de l’AOF depuis septembre 1936, s’applique à y instaurer la nouvelle politique coloniale du Front populaire visant à améliorer les conditions de vie et de travail des autochtones46. Le départ prévu pour octobre est repoussé plusieurs fois pour diverses raisons. Finalement, le 10 janvier 1938, Gide et Herbart quittent Paris pour Bordeaux, où ils embarquent sur L’Asie, à destination de Dakar. Les de Coppet hébergent nos deux voyageurs à leur arrivée et se réjouissent de cette visite qui permettra à leurs amis d’évaluer les effets désastreux du travail forcé imposé par les compagnies coloniales sur la population locale.

    33Pierre règle les questions d’intendance avant qu’ils ne se mettent en route pour Kaolack, première étape de leur expédition, qui commence sous de bons auspices : cuisine excellente, repas agrémentés de temps à autre d’une bouteille de champagne tirée de la caisse qui les accompagne. Le soir, le bruit du tam-tam les envoûte. Ils atteignent bientôt Kaffrine, puis décident de rallier Bamako en voiture, au lieu de prendre le train. Ce changement de programme leur occasionne cette rencontre étonnante avec un chef « parlant parfaitement le français [...] homme fin, cultivé47 » qui les surprend par sa pratique du fétichisme. Rencontre que tous deux décriront : Gide dans son Journal48 et Herbart dans Le Chancre du Niger où il présente les conclusions suivantes :

    Si je rapporte cette rencontre, c’est d’abord qu’elle m’a longtemps hanté, puis qu’elle infirme en partie les réflexions qui la précèdent dans mon carnet de notes.

    « Le travail le plus utile d’un anticolonialiste, écrivais-je, ne consiste pas à rejeter en bloc la colonisation au nom de principes humanitaires ou sociaux, mais à mettre en relief, chaque fois qu’elle se manifeste, l’opposition entre les intérêts de la nation colonisatrice et tel groupe d’intérêts privés qui mettent la colonie au pillage. »49

    34Cependant, des coliques néphrétiques terrassent Gide et bouleversent leurs projets. Il n’est plus question de prolonger leur tournée pour se rendre dans la colonie britannique de la Côte-de-l’Or, comme l’indiquait Pierre dans sa lettre du 3 février. Après consultation de deux médecins qui déconseillent au malade tout grand périple, les voyageurs se redirigent vers le Fouta-Djalon au climat plus clément. Après avoir rejoint Conakry, ils s’envolent jusqu’à Dakar afin de prendre le premier bateau pour Marseille. Herbart se réjouit de retrouver Van Rysselberghe un mois plus tôt que prévu, ne partageant guère l’enthousiasme de son compagnon pour l’AOF, où ils ne cessent d’observer les ravages sur la population de maladies telles que la syphilis, la lèpre et l’éléphantiasis. « On se demande où sont les gens sains50 », se désole-t-il.

    35De son côté, Gide s’est rendu sans tarder à Cuverville pour l’inhumation de sa belle-sœur Valentine, décédée dans la nuit du 5 au 6 mars. Un mois plus tard, c’est sa femme Madeleine qui expire. Toutefois, le voyage en AOF reste présent dans les esprits du clan. Gide essaie d’écrire son rapport de mission, qu’il n’achèvera pas. En revanche, grâce à l’abondante documentation rassemblée par Marcel de Coppet sur l’Office du Niger, Herbart se lance dans l’écriture d’une brochure où il dénonce sans ménagement l’action d’Émile Bélime, président de l’Office du Niger qui se propose de réaliser de grands travaux d’irrigation grâce à la construction de barrages, en liaison avec la réalisation d’un chemin de fer transsaharien, projet soutenu par le Comité des forges. Impliquant des déplacements de population et la mobilisation de leur énergie, ces projets ont un effet appauvrissant et aliénant qui avait frappé Gide et Herbart. Le Chancre du Niger, préfacé par Gide, paraît en mars 1939. Il suscite à Paris l’indignation escomptée, car aux dires de Gide, Bélime « se trouverait [...] fort atteint par la divulgation de deux “arrêtés” de la Cour des comptes que l’on a cru bon récemment de divulguer51 ».

    L’aventure éditoriale de Pierre Herbart

    36Lorsque la guerre survient, Gide quitte Paris pour le sud de la France, où il partage son temps entre la Messuguière, domaine d’Aline Mayrisch à Cabris, et Nice (chez les Bussy et les Martin du Gard), jusqu’en 1942. Comme les attaques à son égard s’intensifient (accusations par le critique pétainiste René Gillouin de démoraliser et déviriliser la jeunesse française ; imputation du suicide d’un jeune homme qu’il aurait perverti52) et laissent craindre pour sa sécurité, Gide finit par se réfugier en Afrique du Nord où amis et admirateurs l’hébergent. Il reviendra à Paris le 6 mai 194553.

    37Réformé, Pierre Herbart essaie d’abord de se rendre utile à Cabris. Puis il s’occupe, à Marseille, à faciliter le passage en Espagne des fugitifs qui veulent échapper au Service du travail obligatoire (STO) et aux Allemands ou rejoindre l’Afrique du Nord et l’armée de la France libre. Son entrée dans la Résistance semble se faire à Marseille où il participe au mouvement Combat animé par Jacques Baumel, puis à Paris dans Défense de la France, prenant assez d’importance pour être désigné en mai 1944 comme délégué général régional du Mouvement de libération nationale pour la Bretagne. C’est à ce titre qu’en août il participe à la libération de Rennes en démettant le préfet, puis à l’aventure journalistique de Défense de la France, créée en 1941 ; il rejoint ensuite le journal Combat, à l’invitation d’Albert Camus, qui le connaissait grâce à son séjour chez Gide, rue Vaneau. De son côté, à Alger, Gide parraine L’Arche, la revue fondée par Jean Amrouche à la demande de Charles de Gaulle.

    38Lorsque Gide revient à Paris, très heureux de reprendre ses repères au Vaneau, Pierre est accaparé, aux côtés de Claude Bourdet et de Jacques Baumel, par la création de l’hebdomadaire de gauche Terre des hommes, dont le titre rend hommage à Antoine de Saint-Exupéry. Au bout de cinq mois de tracas administratifs occasionnés par le ministère de l’Information, le premier numéro de cet « hebdomadaire d’information et de culture nationale » peut enfin sortir le 29 septembre 1945, parrainé par André Gide qui en écrit l’avant-propos. Toutefois, au vingt-neuvième numéro, Herbart est obligé de déclarer forfait, à la suite du refus du ministère de lui accorder le papier nécessaire à un tirage plus important, seule façon d’assurer la rentabilité du journal, ce qui amène Gide à écrire :

    Failli vous câbler pour vous dire ma tristesse et... Ah ! le mot « sympathie » ne suffit pas : vous savez ce qu’était pour moi Terre des hommes – et, car T. des H. était votre œuvre, ce que vous êtes pour moi.

    Il est excellent, votre article ; pathétique et grave, violent et mesuré – parfait54.

    39La fin de Terre des hommes ne semble pourtant pas sonner le glas du travail éditorial d’Herbart puisque, en septembre 1947, Bourdet, qui vient de reprendre la direction de Combat, l’invite à le rejoindre. Comme le journal ne parvient pas à faire face aux difficultés financières qui le gangrènent, Bourdet fait appel à Henri Smadja, homme d’affaires tunisien qui impose des conditions « qui lèsent la rédaction ». Pierre s’affecte moins de celles-ci que de la trahison de celui qui l’avait encouragé à s’opposer à Smadja : « Tant de lâche inconscience m’aurait paru inconcevable il y a quinze jours. Du moins me dégage-t-elle de toute obligation envers B[ourdet] – et c’est déjà quelque chose. Mais ce sujet me tourne positivement sur le cœur55. » Pierre quitte Combat et tourne définitivement la page éditorialiste.

    40Entre-temps, en décembre 1946, Herbart était reparti pour « enquêter » en Afrique comme grand reporter pour France-Soir. Quelle était donc sa mission ? « Voir, objectivement, le plus de choses possible et, peut-être, suggérer des remèdes là où quelque chose ne va pas56. » Vaste programme pour ce voyage qui comprend l’Afrique du Nord, l’AOF et l’Afrique-Équatoriale française (AEF) ! Plus que jamais anticolonialiste, il enverra au quotidien les trois articles convenus, dont seuls les deux premiers portant sur la situation en Afrique du Nord paraîtront les 16 et 17 avril 1947. À Élisabeth il écrit depuis Dakar : « Blancs grotesques et idiots, stupidité générale et ennui mortel57. » Le mois suivant, il lui confie : « J’ai profité de quelques jours dans cette région pour visiter à fond l’Office du Niger sur lequel j’aurai encore beaucoup à dire58. » Il n’en écrira guère plus à ce sujet, mais se déclarera « enrichi » par son périple et tirera un trait sur les reportages dans les colonies59. 

    Vers une écriture cinématographique d’Isabelle et des Caves du Vatican

    41À partir de 1948, André Gide s’enthousiasme pour divers projets cinématographiques concernant ses œuvres et sa vie, auxquels il tient absolument à attacher l’aide et les conseils de Pierre Herbart, dont il dépend de plus en plus. En juin 1948, Gide lui fait part de la proposition de Pierre Braunberger de produire un documentaire sur sa vie, qui serait filmé par Marc Allégret et pour lequel le producteur entrevoit un gros succès commercial. Regimbement de Gide qui, sur l’avis de son neveu Dominique Drouin, fait appel à son cousin Édouard Gide pour la production d’un documentaire plus modeste et plus à son image. Gide compte assurer à Pierre une part financière intéressante comme acteur et scénariste, mais se rend bientôt à l’évidence que le documentaire tel qu’il le souhaite ne rapportera pas grand-chose. Il lui fait donc miroiter la « collaboration très rémunératrice » de l’écriture du scénario d’Isabelle pendant les quelques semaines d’été qu’ils avaient prévu de passer ensemble. Édouard Gide et sa société de production Gibé financent le scénario et les dialogues. Rendez-vous est pris pour travailler à Torri del Benaco, sur les bords du lac de Garde, fin juillet. Ce qui importe pour Gide dans cette collaboration, « c’est d’être moins trahi que dans La Symphonie pastorale ». Pour le reste, « je n’ai ici aucun souci de défendre mes intérêts ; mais bien les vôtres ; au surplus vous pouvez, en la circonstance, avoir beaucoup à y gagner ; “moi, rien”60 ». Herbart ne goûte pas la beauté du lac, mais ne veut pas gâcher la franche joie qui anime Gide pour ce travail à deux voix qui « marche bien, très bien. Gide bat son plein. Les dialogues seront bons, je crois61 ». À la suite d’une intervention chirurgicale pour soigner une otite, Gide s’installe à Mougins jusqu’au 7 octobre, puis à Nice d’où il rentre à Paris le 25.

    42Malgré l’intérêt de plusieurs cinéastes, dont Marc Allégret et Jean-Louis Barrault, le projet cinématographique d’Isabelle ne se réalisera pas. Il faudra attendre 1970 pour qu’un téléfilm réalisé par Jean-Paul Roux sorte, dans une adaptation signée Jean-Jacques Thierry.

    43En avril 1949 il est question de porter Les Caves du Vatican à l’écran, si Gide en réalise les dialogues. Comme le remarque la Petite Dame, « il lui faut un compagnon, et Pierre est le seul avec lequel il est assuré de ne jamais s’ennuyer62 ». Par conséquent, Gide projette de s’installer d’abord à Nice, puis à Saint-Paul-de-Vence avec Herbart, pour travailler sur les dialogues. Dans sa lettre du 12 mai à Herbart, Gide s’explique sur la rémunération du nouveau projet :

    Dans le traité qu’il y aura lieu de signer, il ne me plaît pas du tout que cette unité qui doit vous revenir en rémunération de votre travail, soit présentée comme un cinquième de ce qui me revient. Cela me paraît nettement désobligeant pour vous. Étant donné la grande, la primordiale importance du sujet : Les Caves (au contraire d’Isabelle, où tout restait à inventer) il me paraît naturel de demander 3 unités pour le lièvre lui-même ; plus 2 (à partager également entre nous) pour la fabrication du civet63.

    44Belle cuisine digne de Protos, qui ne portera pas ses fruits, car Gide doit être hospitalisé quelques jours plus tard en raison d’une violente crise hépatique, qui l’affaiblira considérablement. Il passera l’été dans le Sud, entre Saint-Paul-de-Vence et Nice, mais le nouveau projet où l’incarnation herbartienne de Lafcadio aurait pu donner la réplique à Gide ne verra pas le jour. En revanche, l’auteur reviendra une dernière fois sur ses Caves du Vatican en 1950 à la demande de Jean Meyer, administrateur de la Comédie-Française, désireux de les mettre en scène. L’écrivain travaillera donc à une nouvelle adaptation théâtrale en compagnie d’Élisabeth à Juan-les-Pins, puis informera Pierre en octobre des progrès des répétitions parisiennes de la pièce : « C’est samedi, demain, la répétition première avec costumes et dans les décors. Aujourd’hui je ne vous ai pas regretté un seul instant. Mais demain, serais fort déçu si je ne pouvais vous emmener64. » Ce retour des Caves au centre des activités littéraires du vieil écrivain aura permis aux Herbart d’accompagner leur ami dans sa dernière aventure artistique tout en refermant une parenthèse ouverte quelque vingt-deux ans auparavant.

    Pierre Herbart, l’ami qui doit témoigner

    45Compagnon de prédilection d’André Gide dans le dernier quart de sa vie, où les deux amis ont partagé des aventures de tous ordres (les voyages, le travail artistique, l’engagement dans des questions politiques, sociales et familiales, voire la maladie), il revient donc à Pierre Herbart le soin de veiller jusqu’au bout sur cet aîné qui crut toujours en son talent d’écrivain et de journaliste, en son amour passionné pour Élisabeth Van Rysselberghe, en sa soif de justice et de liberté, et même en sa volonté et sa capacité de triompher de son opiomanie. Aussi Pierre se préoccupe-t-il de le laisser mourir en paix, sans souffrance ni agonie, comme Thésée qui concluait : « J’ai fait mon œuvre. J’ai vécu65. » Il incombera aussi à Herbart de témoigner sur Gide, cet homme dont les petites manies tournaient à la tyrannie pour son entourage66 ou dont les tics de langage révélaient son goût pour l’utilité : « Il ne dira pas : j’aime ce livre ; ce livre est beau – mais : j’ai trouvé grand profit à la lecture de67... »

    46À la recherche d’André Gide, paru pour le premier anniversaire de sa disparition, trouve sa justification dans le désir chez le lauréat du prix Nobel de littérature de ne pas être encensé. Pourquoi se tourner vers Herbart ? Parce que, explique ce dernier, « mon affection pour Gide était sans complaisance68 ». Observateur des traits de caractère de son aîné qu’il nomme et analyse dans ce livret, Herbart convient :

    Cet avare a été généreux, cet égoïste a traversé Paris pour consoler le vieux père La Pérouse, ce prudent a déchaîné la campagne contre les Grandes Compagnies concessionnaires du Congo, ce cynique a inventé une politesse du cœur, cet immoraliste s’est imposé une hiérarchie des valeurs [...]

    Sa réussite est un miracle de foi dans la toute-puissance de l’homme. Elle seule pouvait lui donner cette sérénité dans laquelle nous l’avons vu mourir69.

    47Convenons, pour notre part, que l’amitié qui unit Gide et Herbart leur fut mutuellement bénéfique, et qu’en la transformant en un triangle, par la présentation d’Élisabeth à Pierre, Gide permit à ce cynique de révéler sa sensibilité si souvent refoulée. Mais aussi, par l’union de son ami avec la mère de Catherine, celui qui s’était écrié « Famille, je vous hais » ne réalisait-il pas son désir d’une famille idéale ?

    Notes de bas de page

    1 Pierre Herbart, À la recherche d’André Gide, Paris, Gallimard, 1952, p. 9-10.

    2 Jean-Luc Moreau, Pierre Herbart, l’orgueil du dépouillement, Paris, Grasset, 2014, p. 69.

    3 Pierre Herbart, « Lettre à Jean Cocteau », dans Textes retrouvés, Paris, Gallimard, 1999, p. 110.

    4 Voir l’analyse de Catherine Douzou qui déplore l’ombre que fit André Gide, bien malgré lui, sur l’œuvre littéraire de Pierre Herbart. Catherine Douzou, « Pierre Herbart et André Gide, écriture d’un soi marginal », Études littéraires, no 36 (3), 2005, p. 125-136.

    5 Lettre de Gide du 7 juillet 1930 (lettre no 8).

    6 Lettre de Gide du 13 janvier 1931 (lettre no 18).

    7 Frank Lestringant, André Gide l’inquiéteur, Paris, Flammarion, 2012, vol. 2, p. 521-522.

    8 Le 22 juin 1931, Gide confie à son amie Maria : « Je ne serais pas très étonné que Beth ne fût partie pour le grand emballement, subitement. Je savais bien ce que je faisais en lui faisant connaître Pierre Herbart. »  Maria Van Rysselberghe, CPD2, p. 150.

    9 Maria Van Rysselberghe écrit à André Gide le 12 juillet 1921 : « Élisabeth vient d’être déçue une fois encore et cette fois veut se faire opérer sans plus attendre, en Suisse sans doute – vous tiendrons au courant. » André Gide, Correspondance avec Maria Van Rysselberghe, 1899-1950, Paris, Gallimard, 2016, p. 574.

    10 CPD2, p. 156.

    11 Ibid., p. 154.

    12 Ibid., p. 156.

    13 Ibid., p. 165.

    14 Ibid., p. 167-168.

    15 M. Saint-Clair (Maria Van Rysselberghe), Galerie privée, Paris, Gallimard, 1947, p. 170-171.

    16 Lettre d’Herbart du 16 juillet 1931 (lettre no 20).

    17 Lettre d’Herbart d’août 1931 (lettre no 32).

    18 Lettre d’Herbart du 21 juillet 1931 (lettre no 23).

    19 Lettre d’Herbart du 13 octobre 1931 (lettre no 47).

    20 Lettre d’Herbart du 26 juillet 1931 (lettre no 27).

    21 Lettre d’Herbart du 27 août 1931 (lettre no 38).

    22 Lettre d’Herbart du 9 novembre 1931 (lettre no 60).

    23 En 1923, Herbart rentre de son premier séjour en Afrique du Nord « en état de véritable ivresse anticolonialiste », Pierre Herbart, La Ligne de force, Paris, Gallimard, 1958, p. 13.

    24 En 1935 Andrée Viollis publie Indochine SOS, recueil de ses notes de voyage prises au cours de son séjour d’octobre à décembre 1931. Elle y délivre un témoignage sans fard de la répression coloniale féroce contre une population autochtone qui réclame justice et liberté alors qu’elle est affamée par une crise agricole et économique mal gérée. Dans son discours inaugural de l’exposition coloniale du 6 mai 1931, Paul Reynaud rejette toute revendication nationaliste au sein de l’empire colonial français, assurant qu’« en Asie, où nous avons apporté aussi comme premier présent l’ordre et la paix, que nous maintiendrons, nous avons trouvé à son déclin une civilisation millénaire pour laquelle nous avons de l’admiration et du respect » (discours publié le lendemain dans La Dépêche coloniale et maritime et reproduit dans Le Monde du 28 mai 2021). Toutefois, la mission d’étude du ministre en Indochine s’inscrit aussi dans la volonté du gouvernement français de voir l’autorité coloniale appliquer des réformes et « agir avec moins de fermeté et plus de respect », Jean-Luc Moreau, Pierre Herbart, op.cit., p. 146.

    25 Lettre d’Herbart du 9 décembre 1931 (lettre no 66).

    26 Lettre d’Herbart du 13 octobre 1931 (lettre no 47).

    27 Lettre d’Herbart du 25 octobre 1931 (lettre no 52).

    28 Lettre d’Herbart du 27 octobre 1931, (lettre no 53).

    29 Voir Claude Gillet, « Pierre Herbart, journaliste engagé », Roman 20-50, hors-série no 3, 2006, p. 30.

    30 Voir lettre no 67 du 17 décembre 1931.

    31 Voir lettre no 68 du 20 décembre 1931.

    32 Lettre d’Herbart du 22 décembre 1931 (lettre no 69).

    33 Lettre d’Herbart du 1er janvier 1932 (lettre no 71).

    34 Lettre d’Herbart du 26 janvier 1932 (lettre no 75).

    35 Lettre d’Herbart du 2 février, 9 h du soir (lettre no 76).

    36 Ibid.

    37 Lettre d’Herbart du 28 août 1934 (lettre no 84).

    38 Ibid.

    39 Lettre d’Herbart du 23 novembre 1935 (lettre no 88).

    40 Lettre d’Herbart du 28 novembre 1935 (lettre no 90).

    41 Lettre d’Herbart du 29 novembre 1935 (lettre no 91).

    42 Lettre d’Herbart du 7 décembre 1935 (lettre no 92).

    43 Lettre d’Herbart du 17 décembre 1935 (lettre no 93).

    44 Voir lettre no 100 du 18 janvier 1936.

    45 Lettre d’Herbart du 3 mai 1937 (lettre no 110).

    46 Voir André Gide et la question coloniale. Correspondance avec Marcel de Coppet, 1924-1950, Hélène Baty-Delalande & Pierre Masson (éd.), Lyon, Presses universitaires de Lyon, 2020.

    47 Lettre d’Herbart du 3 février 1938 (lettre no 122).

    48 J2, p. 198-199. Voir les précisions apportées sur Dabo Cissoko dans Jean-Luc Moreau, Pierre Herbart, op. cit., p. 314-316.

    49 Pierre Herbart, Le Chancre du Niger, Paris, Gallimard, 1939, p. 29-33.

    50 Lettre d’Herbart du 6 février 1938 (lettre no 123).

    51 Lettre de Gide du 28 avril 1939 (lettre no 131).

    52 Frank Lestringant, André Gide l’inquiéteur, op. cit., p. 999-1001.

    53 Voir Jocelyn Van Tuyl, André Gide et la Seconde Guerre mondiale, Lyon, Presses universitaires de Lyon, 2017.

    54 Lettre de Gide du 27 mars 1946 (lettre no 145).

    55 Lettre d’Herbart du 27 mai 1948 (lettre no 168).

    56 Pierre Herbart, On demande des déclassés, Paris, Le Promeneur, 2000, p. 64 (réédition de l’article « SOS Afrique du Nord » paru le 16 avril 1947 dans France-Soir).

    57 Lettre d’Herbart du 9 février 1947 (lettre no 162).

    58 Lettre d’Herbart du 6 mars 1947 (lettre no 164).

    59 Ibid.

    60 Lettre de Gide du 9 juillet 1948 (lettre no 172).

    61 Lettre d’Herbart du 14 août 1948 (lettre no 178).

    62 CPD4, p. 130.

    63 Lettre de Gide du 12 mai 1949 (lettre no 184).

    64 Lettre de Gide d’octobre 1950 (lettre no 190).

    65 RR2, p. 1023.

    66 Pierre Herbart, À la recherche d’André Gide, Paris, Gallimard, 1952, p. 56-57.

    67 Ibid., p. 62.

    68 Ibid., p. 23.

    69 Ibid., p. 83-85.

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    1 Pierre Herbart, À la recherche d’André Gide, Paris, Gallimard, 1952, p. 9-10.

    2 Jean-Luc Moreau, Pierre Herbart, l’orgueil du dépouillement, Paris, Grasset, 2014, p. 69.

    3 Pierre Herbart, « Lettre à Jean Cocteau », dans Textes retrouvés, Paris, Gallimard, 1999, p. 110.

    4 Voir l’analyse de Catherine Douzou qui déplore l’ombre que fit André Gide, bien malgré lui, sur l’œuvre littéraire de Pierre Herbart. Catherine Douzou, « Pierre Herbart et André Gide, écriture d’un soi marginal », Études littéraires, no 36 (3), 2005, p. 125-136.

    5 Lettre de Gide du 7 juillet 1930 (lettre no 8).

    6 Lettre de Gide du 13 janvier 1931 (lettre no 18).

    7 Frank Lestringant, André Gide l’inquiéteur, Paris, Flammarion, 2012, vol. 2, p. 521-522.

    8 Le 22 juin 1931, Gide confie à son amie Maria : « Je ne serais pas très étonné que Beth ne fût partie pour le grand emballement, subitement. Je savais bien ce que je faisais en lui faisant connaître Pierre Herbart. »  Maria Van Rysselberghe, CPD2, p. 150.

    9 Maria Van Rysselberghe écrit à André Gide le 12 juillet 1921 : « Élisabeth vient d’être déçue une fois encore et cette fois veut se faire opérer sans plus attendre, en Suisse sans doute – vous tiendrons au courant. » André Gide, Correspondance avec Maria Van Rysselberghe, 1899-1950, Paris, Gallimard, 2016, p. 574.

    10 CPD2, p. 156.

    11 Ibid., p. 154.

    12 Ibid., p. 156.

    13 Ibid., p. 165.

    14 Ibid., p. 167-168.

    15 M. Saint-Clair (Maria Van Rysselberghe), Galerie privée, Paris, Gallimard, 1947, p. 170-171.

    16 Lettre d’Herbart du 16 juillet 1931 (lettre no 20).

    17 Lettre d’Herbart d’août 1931 (lettre no 32).

    18 Lettre d’Herbart du 21 juillet 1931 (lettre no 23).

    19 Lettre d’Herbart du 13 octobre 1931 (lettre no 47).

    20 Lettre d’Herbart du 26 juillet 1931 (lettre no 27).

    21 Lettre d’Herbart du 27 août 1931 (lettre no 38).

    22 Lettre d’Herbart du 9 novembre 1931 (lettre no 60).

    23 En 1923, Herbart rentre de son premier séjour en Afrique du Nord « en état de véritable ivresse anticolonialiste », Pierre Herbart, La Ligne de force, Paris, Gallimard, 1958, p. 13.

    24 En 1935 Andrée Viollis publie Indochine SOS, recueil de ses notes de voyage prises au cours de son séjour d’octobre à décembre 1931. Elle y délivre un témoignage sans fard de la répression coloniale féroce contre une population autochtone qui réclame justice et liberté alors qu’elle est affamée par une crise agricole et économique mal gérée. Dans son discours inaugural de l’exposition coloniale du 6 mai 1931, Paul Reynaud rejette toute revendication nationaliste au sein de l’empire colonial français, assurant qu’« en Asie, où nous avons apporté aussi comme premier présent l’ordre et la paix, que nous maintiendrons, nous avons trouvé à son déclin une civilisation millénaire pour laquelle nous avons de l’admiration et du respect » (discours publié le lendemain dans La Dépêche coloniale et maritime et reproduit dans Le Monde du 28 mai 2021). Toutefois, la mission d’étude du ministre en Indochine s’inscrit aussi dans la volonté du gouvernement français de voir l’autorité coloniale appliquer des réformes et « agir avec moins de fermeté et plus de respect », Jean-Luc Moreau, Pierre Herbart, op.cit., p. 146.

    25 Lettre d’Herbart du 9 décembre 1931 (lettre no 66).

    26 Lettre d’Herbart du 13 octobre 1931 (lettre no 47).

    27 Lettre d’Herbart du 25 octobre 1931 (lettre no 52).

    28 Lettre d’Herbart du 27 octobre 1931, (lettre no 53).

    29 Voir Claude Gillet, « Pierre Herbart, journaliste engagé », Roman 20-50, hors-série no 3, 2006, p. 30.

    30 Voir lettre no 67 du 17 décembre 1931.

    31 Voir lettre no 68 du 20 décembre 1931.

    32 Lettre d’Herbart du 22 décembre 1931 (lettre no 69).

    33 Lettre d’Herbart du 1er janvier 1932 (lettre no 71).

    34 Lettre d’Herbart du 26 janvier 1932 (lettre no 75).

    35 Lettre d’Herbart du 2 février, 9 h du soir (lettre no 76).

    36 Ibid.

    37 Lettre d’Herbart du 28 août 1934 (lettre no 84).

    38 Ibid.

    39 Lettre d’Herbart du 23 novembre 1935 (lettre no 88).

    40 Lettre d’Herbart du 28 novembre 1935 (lettre no 90).

    41 Lettre d’Herbart du 29 novembre 1935 (lettre no 91).

    42 Lettre d’Herbart du 7 décembre 1935 (lettre no 92).

    43 Lettre d’Herbart du 17 décembre 1935 (lettre no 93).

    44 Voir lettre no 100 du 18 janvier 1936.

    45 Lettre d’Herbart du 3 mai 1937 (lettre no 110).

    46 Voir André Gide et la question coloniale. Correspondance avec Marcel de Coppet, 1924-1950, Hélène Baty-Delalande & Pierre Masson (éd.), Lyon, Presses universitaires de Lyon, 2020.

    47 Lettre d’Herbart du 3 février 1938 (lettre no 122).

    48 J2, p. 198-199. Voir les précisions apportées sur Dabo Cissoko dans Jean-Luc Moreau, Pierre Herbart, op. cit., p. 314-316.

    49 Pierre Herbart, Le Chancre du Niger, Paris, Gallimard, 1939, p. 29-33.

    50 Lettre d’Herbart du 6 février 1938 (lettre no 123).

    51 Lettre de Gide du 28 avril 1939 (lettre no 131).

    52 Frank Lestringant, André Gide l’inquiéteur, op. cit., p. 999-1001.

    53 Voir Jocelyn Van Tuyl, André Gide et la Seconde Guerre mondiale, Lyon, Presses universitaires de Lyon, 2017.

    54 Lettre de Gide du 27 mars 1946 (lettre no 145).

    55 Lettre d’Herbart du 27 mai 1948 (lettre no 168).

    56 Pierre Herbart, On demande des déclassés, Paris, Le Promeneur, 2000, p. 64 (réédition de l’article « SOS Afrique du Nord » paru le 16 avril 1947 dans France-Soir).

    57 Lettre d’Herbart du 9 février 1947 (lettre no 162).

    58 Lettre d’Herbart du 6 mars 1947 (lettre no 164).

    59 Ibid.

    60 Lettre de Gide du 9 juillet 1948 (lettre no 172).

    61 Lettre d’Herbart du 14 août 1948 (lettre no 178).

    62 CPD4, p. 130.

    63 Lettre de Gide du 12 mai 1949 (lettre no 184).

    64 Lettre de Gide d’octobre 1950 (lettre no 190).

    65 RR2, p. 1023.

    66 Pierre Herbart, À la recherche d’André Gide, Paris, Gallimard, 1952, p. 56-57.

    67 Ibid., p. 62.

    68 Ibid., p. 23.

    69 Ibid., p. 83-85.

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