La municipalité unique sous contrôle impérial (1852-1870)
p. 137-186
Texte intégral
1Après quatre années d’instabilité au sein des conseils municipaux, le début de l’année 1852 est marqué par un double mouvement : la réunion des faubourgs avec la ville de Lyon et la suppression du conseil municipal élu, auquel une commission municipale nommée et dirigée par la préfecture se substitue. Très vite, les faubourgs prennent conscience que leurs jours sont comptés : les délibérations sur ce sujet dans les quatre communes démontrent que le projet de réunion est très contesté. Pour finir, une commune unique est imposée à marche forcée par le régime bonapartiste en étouffant les contestations, comme les pouvoirs centraux l’ont fait des oppositions politiques. Dans les quatre municipalités, les dernières séances des conseils se déroulent entre février et début avril 18521. Durant toute la période, qui comprend les derniers mois de la Deuxième République (d’avril à décembre 1852) puis le Second Empire (de décembre 1852 à septembre 1870), l’institution communale lyonnaise ne dispose d’aucune autonomie et d’aucun pouvoir politique et ses représentants sont alors des notables dont la fonction est limitée à une gestion administrative de la ville.
Une intégration à marche forcée
Une question vive et ancienne
2Loin d’être nouveau, le projet de fusion des communes périphériques à la ville-centre est repris par le pouvoir bonapartiste : le processus remonte en fait au début du siècle et est plusieurs fois réactivé dans la période qui précède le Second Empire. Il faut alors revenir sur la genèse de cette absorption pour comprendre quelles logiques sont mises en œuvre et comment, en quelques semaines, les faubourgs disparaissent.
3Si les faubourgs lyonnais peuvent apparaître comme des espaces privilégiés d’apprentissage politique pour des élus plus modestes comme pour la population, ces lieux d’ouverture démocratique possible représentent aussi, depuis des décennies, des territoires menaçants. Les épisodes révolutionnaires, mais surtout les révoltes des canuts, qui ont commencé dans les faubourgs, pèsent sur l’histoire lyonnaise. Les communes suburbaines sont à ce titre perçues comme dangereuses : « Au xixe siècle, la peur finit par dominer tout le discours bourgeois sur la périphérie de la ville [...]. Le faubourg échappe à la loi, échappe à la police, à toute compréhension2. » La méfiance des Lyonnais envers leurs voisins des faubourgs se traduit par une séparation nette entre ces populations, bien que les notables et les propriétaires des faubourgs jouent le rôle d’intermédiaires. Ainsi, la Croix-Rousse est décrite comme « le faubourg industriel le plus célèbre et le plus redouté de toute la France3 », « un vautour incessant prêt à fondre sur sa proie4 » et le canut est dépeint comme « un individu au physique difforme, borné, ingrat voire même lâche au combat5 ». À Lyon, la peur qu’inspirent les populations ouvrières ne se limite pas aux canuts croix-roussiens mais touche aussi fortement la Guillotière, dont le nombre de prolétaires s’accroît considérablement. Très tôt, il est donc question, face aux menaces d’insurrections, de tout mettre en œuvre pour sécuriser la ville, ses notables et ses intérêts.
4En réalité, la question du rattachement des faubourgs à Lyon n’est pas neuve. Déjà, sous la Révolution, plusieurs projets sont mis en œuvre, puis repris en 1806 par le maire de Lyon, Nicolas Fay de Sathonay. Les motivations sont d’abord liées à des enjeux de sécurité et de police, mais aussi de facilitations fiscales et industrielles. À l’époque, le projet est soutenu par le préfet, mais rejeté par le ministre de l’Intérieur de Napoléon Ier, et les communes suburbaines conservent leur indépendance. Les transformations rapides de la ville et des faubourgs entraînent à nouveau, dans les années 1830, une réflexion sur l’organisation administrative de la région lyonnaise. Plus encore, après les insurrections, les quartiers de Saint-Clair et de Serin, qui font partie de la Croix-Rousse, mais sont composés plutôt de négociants, ne se reconnaissent plus dans leur commune d’appartenance et une partie de leurs habitants demandent, au début de l’année 1832, à se détacher du plateau. Dans la séance du conseil municipal du 29 février 1832, le premier adjoint Joseph Victor Jantet lit une pétition de 52 habitants du quartier de Serin adressée au ministre de l’Intérieur dans laquelle ils soulignent notamment les disparités entre la rive de la Saône et le plateau par des propos acerbes :
Par la différence des goûts, des habitudes, de l’industrie et des mœurs comme par la difficulté que présente leur voie de communication, la nature semble avoir prononcé dès long temps sur la distinction et la séparation inévitable des habitants de chacun des lieux précités ; qu’enfin les événements déplorables qui ont si tristement signalé la Croix-Rousse auxquels Serin ne prit aucune part élèvent entr’eux une barrière insurmontable. Par ces motifs et tous les autres qui seront suppléés par votre sagesse, les exposants vous supplient, M. le Ministre, de vouloir bien ordonner : que vu leur situation topographique, leur défaut de sympathie, les habitants de Serin seront séparés affranchis de leur dépendance de la Croix-Rousse et érigée en commune6.
5Parmi les signataires se trouvent certains conseillers municipaux appartenant alors aux notables de la commune et y occupant des fonctions de premier plan. Ainsi siègent parmi ces conseillers Jean Pierre Collon, Pierre Garlon et Jean Claude Revol (futur adjoint, puis maire de la commune), mais aussi Antoine Barthélemy Rejanin (lui aussi futur maire sous la Deuxième République) et les anciens conseillers municipaux Jean Deleschamps et Jean Marie Martinon (qui est à nouveau élu en 1843). Le conseil municipal se divise entre les conseillers dits « du plateau » et ceux dits « des quais ». Une commission municipale de 5 membres est mise en place afin d’étudier la question7. Deux mois plus tard, c’est au tour du quartier de Saint-Clair, de l’autre côté, sur la rive du Rhône, de demander très officiellement sa séparation de la commune croix-roussienne. Là encore, une pétition, qui réunit 143 signataires – dont la liste n’est pas mentionnée – est adressée au préfet. Les mêmes arguments sont alors soulevés :
Pour former une commune, il faut ; et le mot seul l’indique, qu’il y ait entre les habitants appelés à vivre sous la même administration communauté d’intérêts, relation d’affaires, rapports journaliers, identité de mœurs, il faut en un mot rechercher tous les éléments d’union et d’affection qui constituent une grande famille. Or, aucune de ces conditions ne se rencontre dans l’alliance du faubourg Saint-Clair à la communauté formée sous le nom de la Croix-Rousse. Et d’abord la communauté d’intérêts où est-elle ? [...] Enfin, les relations d’affaires, les rapports journaliers, où sont-ils ? Saint-Clair n’a de relations qu’avec la seule ville de Lyon et avec le département de l’Ain. Aucun besoin, aucune circonstance ne peuvent conduire les habitants de ce faubourg à la Croix-Rousse. Où sont donc, on le répète, les liens de convenance et d’intérêt qui unissent les deux populations ? On n’en voit aucun, au contraire, que de motifs se réunissent pour appuyer la demande des exposants8.
6À nouveau, une commission est formée pour statuer sur la question. Au-delà des points techniques soulevés par les deux requêtes, les arguments d’absence de solidarité, de communauté d’intérêts et de différences de mœurs frappent par leurs similitudes. Visiblement, les émeutes de novembre 1831 marquent une rupture dans la vie municipale de la commune et les habitants des quais de Saône comme du Rhône se désolidarisent des actions des ouvriers du plateau. Le 5 juin 1832, les deux rapports des commissions sont présentés au conseil municipal. D’abord, au sujet de Serin, les membres de la commission se prononcent à la majorité de 3 contre 2 contre le détachement du quartier et regrettent les termes utilisés dans la pétition :
C’est donc avec douleur qu’elle a reconnu à l’unanimité que quelques-unes de ces allégations sur lesquelles s’appuient les pétitionnaires pour demander leur séparation n’ont pour base matérielle et n’ont pour ainsi dire aucun rapport avec la demande qu’ils forment à tel point que l’on serait trouvé de croire que c’est avec l’intention de nuire et non d’obtenir qu’elle a été tracée. En effet, Messieurs, après avoir pris pour point de départ la différence des goûts, des habitudes, de l’industrie, des mœurs, le défaut de sympathie, la pétition renferme cette phrase aussi envenimée que ridicule : « enfin, les événements déplorables [...] insurmontable ». Qui ne croirait au premier abord, en lisant cette déclaration, qu’il s’agit d’une peuplade tranquille de frères moraves qui demande à se séparer d’une tribu de cosaques [...]. En vérité, il faut qu’en France le sentiment de nationalité soit bien affaibli pour qu’une pareille accusation ait été portée par des concitoyens jusqu’au sein de ceux qui nous gouvernent et peut-être même placée sous les yeux du Roi, lui qui a tout pardonné9.
7La commission considère ainsi les motifs des pétitionnaires comme insuffisants et propose le rejet de la demande. Mais les membres du conseil municipal ne suivent pas les conclusions du rapport et votent alors, à 12 voix contre 7, pour la séparation du quartier Serin de la Croix-Rousse. Quant à Saint-Clair, son sort est plus vite réglé : la commission note en effet, dès le début de son rapport, que les arguments avancés sont valables et se prononce, tout comme la majorité du conseil municipal, pour l’indépendance du quartier. Les élus acceptent, à l’été 1832, la dislocation de leur commune en trois entités distinctes : ce qui a de quoi interroger alors sur les logiques territoriales de la commune qu’ils administrent. Si d’aucuns font d’ailleurs partie des pétitionnaires, il est significatif de constater combien la révolte des canuts entraîne une forte scission au sein de la population de la Croix-Rousse. Le 26 octobre 1832, par ordonnance royale, Serin et Saint-Clair deviennent des communes virtuellement indépendantes dans l’attente du tracé de leurs limites. Pourtant, les tenants de l’indépendance sont vite déçus, car le maire de Lyon Gabriel Prunelle souhaite dès lors leur rattachement à la cité centrale – ce que refusent les pétitionnaires. Par la suite, d’autres difficultés viennent s’ajouter à la délimitation des nouvelles communes. Ainsi, dès janvier 1833, les élus croix-roussiens se ravisent, constatant que l’octroi10 comme les ressources fiscales pourraient considérablement diminuer avec la nouvelle organisation. Une pétition est organisée dans les trois espaces (plateau, Saint-Clair et Serin), approuvée par plus de 500 signataires, demandant le retrait du projet. Dans leur séance délibérative du 10 janvier, les élus communaux en demandent ainsi officiellement l’abandon : « Le Conseil décide à onze voix contre une qu’il n’y a pas lieu de délibérer sur le tracé des communes et émet le vœu qu’il soit sursis à l’exécution de ladite ordonnance jusqu’à ce que les observations présentées contre la division qu’elle prononce aient pu être appréciées par le gouvernement11. » Après quelques mois d’hésitations, et malgré les émeutes d’avril 1834, les deux quartiers sont finalement maintenus dans la commune de la Croix-Rousse.
8En parallèle, la même année, c’est le quartier des Brotteaux, situé sur la rive gauche du Rhône qui demande son détachement de la commune de la Guillotière et son intégration à Lyon. Les élus du faubourg refusent, dans leur séance du 30 mars 1832, de donner suite à cette requête, mais durant toute l’année 1832, les projets se multiplient dans ce sens. En décembre, Le Courrier de Lyon présente les termes du débat autour du rattachement des Brotteaux à la ville de Lyon. Dans cet article, l’auteur, très dur avec la situation des communes périphériques, établit les disproportions qui existent entre Lyon et ses villes satellites :
L’agrégation lyonnaise, composée de la ville et des faubourgs qui l’accompagnent et dont plusieurs sont également décorés du titre de ville, présente une singularité remarquable [...]. Lyon, sans que sa circonscription se soit étendue, a vu s’élever autour d’elle de nouvelles villes, filles de sa prospérité et de son opulence, dont les développements rapides semblent lui préparer des rivales et qui ont des intérêts distincts et séparés des siens. On se tromperait fort si l’on croyait que l’existence de ces villes secondaires et comme subalternes est indifférente à la prospérité de celle qui les a enfantées. Elles sont comme autant de plantes parasites qui vivent et s’entretiennent aux dépens du tronc où elles sont nées et qui s’emparent de sa substance, sans lui rendre des avantages proportionnés à ceux qu’elles en retirent. Les villes de la Croix-Rousse et de la Guillotière profitent de la plupart des dépenses que Lyon s’impose pour différens [sic] objets d’utilité publique, pour les théâtres, pour les hôpitaux, pour les musées, pour les cours gratuits des sciences et des arts, sans payer l’octroi et les autres impositions au moyen desquelles celui-ci parvient à lui faire face. Ajoutez à cela que l’avantage même de l’habitation des faubourgs porte un préjudice incontestable à l’accroissement de la population intérieure. [...] La réunion présentait des avantages tels qu’il paraissait peu vraisemblable que notre conseil municipal y refusât son adhésion. [...] Cependant, le conseil municipal auquel le projet avait été soumis, prit une détermination qui équivalait à un rejet absolu ; il accepta la réunion pure et simple et rejeta les conditions que voulaient y mettre les habitants des Brotteaux, qui dès lors retirèrent leur proposition12.
9Le conseil municipal de Lyon ne voit pas d’un mauvais œil l’annexion des Brotteaux, et même de l’ensemble du faubourg, mais, contrairement à sa voisine de l’autre côté du Rhône, la commune de la Guillotière impose une fin de non-recevoir aux instigateurs de la séparation. Comme pour Saint-Clair et Serin, les habitants des Brotteaux mettent en avant des motivations similaires, notamment dans les différences nettes existantes entre le quartier bourgeois des commerçants et le reste de la commune, habitée par une population laborieuse et revendicative. Il est vrai que, plus encore qu’à la Croix-Rousse, la Guillotière se construit autour de deux pôles distincts, reliés seulement par le cours Bourbon. Ainsi, les divisions au sein même des faubourgs conduisent à la mise en place de frontières intérieures, plus ou moins nettes, renforcées dans le cas de Serin et de Saint-Clair par des difficultés de communication avec le plateau. C’est donc d’abord par une partie des habitants, ne se reconnaissant pas dans l’orientation populaire de leur commune, que s’amorce la longue agonie de l’indépendance des faubourgs. Dans les années 1830, les débats autour d’une nouvelle organisation des différentes communes périphériques agitent la Croix-Rousse comme la Guillotière. Pour autant, les pouvoirs centraux et lyonnais n’oublient pas la question du rattachement des faubourgs à la ville-centre. En effet, en parallèle aux velléités d’autonomie des quartiers plus aisés face aux communes ouvrières, la question de la création d’une commune unique resurgit à diverses occasions.
L’opposition des faubourgs et le silence des derniers conseils
10Déjà durant l’été 1833, des consultations sont menées au sein des communes sur la question de la commune unique. Si la ville de Lyon, poussée par son adjoint Jean François Terme, émet le vœu de la réunion des communes suburbaines et de Lyon – sous certaines conditions fiscales et d’octroi13 –, les conseils municipaux des faubourgs s’y opposent fortement. La commune de la Croix-Rousse évoque « une prétention [...] ridicule » et « une ordonnance inexécutable14 », tandis que Pierre Damour, conseiller municipal de Vaise, publie dans Le Courrier de Lyon un long plaidoyer contre l’intégration et les magistrats municipaux lyonnais. Le mois d’août 1833 est l’occasion d’affrontements répétés, dont le journal se fait le rapporteur. En septembre, les 3 conseils municipaux se prononcent à l’unanimité contre leur réunion à la ville de Lyon, perçue comme « étant en opposition manifeste avec les intérêts de la population et attentatoire aux libertés et aux franchises municipales15 ». Du côté de la ville-centre, les arguments pèsent plutôt en faveur de l’intégration : la capacité d’extension spatiale de la ville apparaît limitée et vient remettre en question son statut de première ville de province. C’est notamment avec ces arguments que les adjoints Marc Bernard Gros et Jean François Terme militent pour le projet. En revanche, tous les conseillers municipaux n’y souscrivent pas, Jean Guerre (non encore élu au conseil municipal, mais notable installé dans la ville) s’oppose publiquement à la fusion : « L’exécution de ce projet serait injuste et impolitique, et ne deviendrait guère moins funeste à la ville de Lyon elle-même, qu’aux trois populations qu’on prétend soumettre à son sceptre municipal », écrit-il16.Les questions identitaires et fiscales, ajoutées au risque d’insurrection au cœur de la ville, sont mises en avant. Finalement, le projet est mis en sommeil et transmis au conseil général qui l’enterre provisoirement. Tout au long du régime de Juillet, la question est soulevée à de nombreuses reprises, mais les trois faubourgs refusent systématiquement le projet avancé par les pouvoirs centraux, tandis que Lyon l’accepte avec réserve. Les motifs de la préfecture – et derrière elle du ministère – sont fiscaux, mais tiennent surtout à la question du maintien de l’ordre et de la défense. Les émeutes des canuts, loin de se circonscrire au seul plateau croix-roussien, ont vu l’ensemble des faubourgs se soulever et mener l’insurrection en centre-ville. La dispersion des forces de police pose de nombreux problèmes à la préfecture et s’impose comme un argument majeur pour les tenants de la réunion. La révolution de 1848 place à nouveau cette question sur le devant de la scène et, pendant l’insurrection de février, ce sont des forces de police unies qui sécurisent la ville-centre et les faubourgs. La rapide reprise en main sous la période républicaine sonne le glas de l’indépendance des faubourgs. En effet, après la prise de pouvoir nationale du parti de l’Ordre, le projet de réunion est relancé et les communes sont à nouveau invitées à se prononcer sur cette proposition. En septembre 1849, Édouard Réveil, maire de Lyon, se rend à Paris pour discuter des modalités de la mise en œuvre de ce projet17. Dans sa séance du 21 septembre 1849, le conseil municipal de Lyon se montre pourtant hostile à la fusion :
Considérant que, si la réunion des communes suburbaines à la ville de Lyon peut avoir d’heureux résultats administratifs et politiques, ce ne peut être qu’à la condition de conserver dans sa plénitude la force de l’Autorité municipale. [...] Le conseil municipal, plein de confiance dans la justice du gouvernement, ÉMET, À L’UNANIMITÉ, le vœu qu’il ne soit donné aucune suite au projet de loi soumis à l’avis du conseil général du Rhône, protestant, comme l’a fait en 1833 le conseil municipal d’alors, contre tout projet qui tendrait à détruire les libertés et franchises de la commune qu’il représente18.
11Quelques jours plus tard, ce sont les conseils municipaux des trois faubourgs qui s’opposent, dans les mêmes termes, à la proposition de fusion19. En octobre, on apprend que « MM. les maires de la Guillotière [de Vaise] et de la Croix-Rousse sont partis pour Paris, à l’effet, dit-on, de présenter et de faire valoir des observations contre la réunion des quatre communes lyonnaises et obtiennent l’ajournement du projet20 ». Finalement, c’est d’abord par le biais de la réunion des forces de police qu’est réalisé le premier pas de la fusion des différentes autorités communales. En effet, en mai 1851, un projet de décret visant à réunir les pouvoirs de police de Lyon et de quelques-unes des communes alentour est soumis aux conseils municipaux. Hostiles à une mesure qui vise la réduction de l’autonomie municipale dans une de ses prérogatives, les conseillers municipaux de Lyon débattent de la mesure et de ses conséquences. L’extrait des délibérations municipales du conseil réuni le 19 mai 1851 témoigne de vifs débats entre les conseillers :
M. le Maire – Tel est le projet de loi, il porte atteinte aux attributions municipales [...]. M. Valois – Nous devons maintenir notre protestation de 1849 et la rendre même plus énergique. M. Seriziat serait d’avis de voter en faveur des mesures qui pourront conserver à M. le Maire la plus grande partie des attributions qu’il a eues jusqu’ici et qu’il a si dignement remplies. Il est juste que le Pouvoir municipal soit en harmonie avec l’importance de la Cité dans laquelle il s’exerce [...]. À ses yeux, la création d’un Préfet de police est utile, nécessaire et indispensable, surtout dans les circonstances où nous pourrons nous trouver. Il féliciterait le Maire d’être débarrassé du fardeau de la police. Un maire, comme celui de Lyon doit jouir d’une grande popularité ; le moyen, c’est qu’il soit en dehors de l’action de la police, à ce point de vue, M. Seriziat s’associe au projet de loi [...]. M. Loyson a la parole. Il croit qu’on trouvera dans la délibération de 1849 la justification du projet de loi. M. Valois dit que ce n’est pas pour le maire actuel, mais pour tous les maires de Lyon, qu’il demande ce qui est utile et repousse ce qui est funeste. [...] M. Hodieu à la parole – Il croit la loi en partie bonne, en partie mauvaise ; il déplore l’urgence demandée par le ministre.
12Puis la délibération suit, approuvée par 26 voix contre 3 et qui témoigne d’une opposition vive à la fusion :
Considérant que le nouveau projet de loi porte atteinte plus profondément que celui de 1849 aux attributions municipales [...]. Considérant que ce serait amoindrir considérablement cette action que d’enlever à la Municipalité le droit de diriger, de régir, de permettre de défendre tous les faits ou les actes de police purement municipale [...]. Considérant que le projet de loi modifie tellement ce droit essentiel qu’il le détruit presque en entier, et ce qu’il ne détruit pas, il l’affaiblit [...]. Le conseil municipal de la ville de Lyon, persistant dans sa délibération du 21 septembre 1849 [...] ÉMET LE VŒU que l’Assemblée nationale, ou rejette, en vue de la prochaine loi municipale, le projet présenté à la séance du 16 mai, ou qu’elle modifie ce projet21.
13En somme, contraints de courber l’échine devant le pouvoir préfectoral, les conseillers municipaux nuancent en juin leur avis et acceptent la réunion des forces de police, nouvellement régies par la préfecture. La loi du 19 juin 1851 tranche ainsi la question policière et le conseil municipal de Lyon ratifie la mesure en apportant quelques précisions quant à la différenciation entre la centralisation de la police supérieure aux mains du préfet et le maintien de la police municipale, qui reste dirigée par la municipalité lyonnaise. Touché par de nombreuses démissions et réduit à la portion congrue, le conseil passe au vote, qui se conclut par une unanimité de 27 voix. Les conseils municipaux des faubourgs, tout autant concernés, ne sont, quant à eux, pas consultés. La première étape de l’annexion est effective dès l’été 1851 et, dans le même temps, les autorités centrales n’abandonnent pas le projet d’une fusion totale, bien que, tout au long du processus, elles connaissent l’impopularité de cette idée. En février 1852, la rumeur court à Lyon que le pouvoir napoléonien souhaite imposer la réunion des quatre communes. Le Salut public relaye ainsi l’information :
Un de nos correspondants de Paris nous apporte une nouvelle que nous publions sous toute réserve et jusqu’à plus ample informé : tous les faubourgs de Lyon, Vaise, la Croix-Rousse et la Guillotière, etc., vont être réunis à Lyon, qui, comme Paris, ne va plus former qu’une grande commune divisée en arrondissements, et à laquelle le même régime municipal va être appliqué. Le voyage à Paris du général Castellane a principalement pour objet cette nouvelle et importante organisation unitaire. Le décret paraîtra sous peu au Moniteur22.
14Un mois plus tard, par décret, la fusion de Lyon et des faubourgs est actée, malgré les oppositions des trois conseils municipaux des faubourgs et les réserves émises par celui de Lyon. C’est donc en force que s’impose à la région lyonnaise une nouvelle organisation.
15En analysant les délibérations municipales, force est de constater qu’aucune des communes n’a été consultée quant à la fusion. En 1849, quand le projet est relancé, les pourparlers sont nombreux et intenses, et ce, dans chacune des communes concernées. En revanche, en 1852, les conseils municipaux semblent avoir été mis devant le fait accompli. Plus encore, la mesure paraît avoir été prise sans aucune discussion et appliquée très rapidement. En effet, les dernières réunions des conseils municipaux n’évoquent à aucun moment leur disparition. À Vaise, le dernier conseil a lieu le 12 février et ses membres débattent alors essentiellement de questions de voierie, d’octroi et de travaux à réaliser sur l’église et à la mairie. À la fin de la réunion, une phrase montre que, de manière sous-jacente, les conseillers municipaux sont conscients du sursis dont ils bénéficient : « Il existe dans cette situation [l’octroi] un abus grave, préjudiciable aux intérêts communaux et que le conseil signale à la sollicitude de ses successeurs23. » C’est la seule allusion visible dans l’ensemble des délibérations. Quelques jours plus tard, le conseil municipal de Lyon tient sa dernière séance avec les élus républicains : là encore, il n’y est nulle part question de sa dissolution et de son remplacement autour d’une nouvelle réalité administrative. À Vaise comme à Lyon, les dernières délibérations ont lieu dans le courant du mois de février, avant donc le décret de fusion, promulgué le 24 mars. Plus étonnant encore, les conseils municipaux de la Croix-Rousse et de la Guillotière continuent de se réunir après cette date, mais sans faire mention de leur avenir. C’est le 31 mars qu’a lieu la dernière réunion du conseil de la Croix-Rousse qui délibère alors sur des questions habituelles, dont l’organisation du budget pour l’année 1852. Il est ainsi étonnant de constater que les magistrats locaux se prononcent sur des attributions budgétaires d’une commune dont la fin a été annoncée la semaine précédente. Les conseillers municipaux se séparent comme à l’accoutumée. C’est sensiblement les mêmes logiques qui régissent le dernier conseil municipal de la Guillotière qui se réunit le 7 avril 1852 afin de signer le procès-verbal de la séance précédente du 31 mars24. Lors de cette ultime réunion, la fin annoncée de l’indépendance de la commune n’est pas évoquée alors que, dès le lendemain, le 8 avril, le décret annonçant la nomination des membres de la commission municipale unifiée est promulgué et connu à Lyon25.Ainsi, les dernières séances, qu’elles précèdent ou soient postérieures à la décision présidentielle de la réunion des trois faubourgs à la ville, ne mentionnent à aucun moment les événements en cours : les conseils municipaux restent silencieux quant à une décision qui met fin à leur mandat. Si, à la Guillotière, les conseillers municipaux ont un mandat provisoire et ont été nommés en décembre à une commission municipale dans l’attente d’élections, les trois autres communes disposent d’organes communaux souverains et dont la composition comprend parfois des opposants au coup d’État de décembre 1851.Le silence de ces derniers conseils est donc surprenant, mais s’explique par l’imposition de la part des pouvoirs centraux d’une mesure de réunion des quatre communes. Avec le décret de mars 1852, les lois de 1831 et de 1837, qui consacrent le pouvoir local – même si celui-ci reste largement apolitique – sont anéanties.
La fusion : une transformation politique et spatiale
Article 1er. Les communes de la Guillotière, la Croix-Rousse et Vaise sont réunies à la commune de Lyon.
Article 2. Il sera statué par une loi spéciale sur la composition et le mode de nomination des membres du conseil municipal de Lyon. Provisoirement, une commission municipale de trente membres, nommés par le Président de la République, remplit les fonctions du conseil municipal, elle est présidée par un de ses membres désigné par le Président de la République.
Article 3. Le préfet du Rhône administre la commune de Lyon, il assiste aux séances de la commission municipale. La commission municipale ne s’assemble que sur la convocation du préfet. Elle ne peut délibérer que sur les questions que lui soumet le préfet et lorsque la majorité de ses membres assiste à la séance. [...]
Article 6. Les communes réunies par l’article 1er ci-dessus conservent provisoirement les rayons actuels de leur octroi et les tarifs d’après lesquels ils sont actuellement perçus. [...]
Article 7. Les autres conditions de la réunion seront déterminées par un décret conformément au titre 1er de la loi du 18 juillet 183726.
16Par ce décret, publié le 24 mars 1852, Louis-Napoléon Bonaparte fait savoir aux habitants de Lyon et des faubourgs à la fois leur réunion, mais aussi la suppression de leur conseil municipal électif. Le décret est imposé et rapidement mis en œuvre : le 8 avril, les 30 membres de la commission municipale de Lyon sont nommés et leur première réunion a lieu une semaine plus tard, le 15 avril. Cinq jours après la publication du décret, la presse présente à la population le projet et en souligne les zones d’ombres :
Nous lisons encore dans le décret sur l’agglomération qu’une loi spéciale statuera sur la composition et le mode de nomination des membres du conseil municipal de Lyon, conseil qui ne s’assemblera que sur la convocation du préfet, et ne pourra délibérer que sur les questions qu’il lui soumettra. Cette disposition donne à entendre que cette question grave et éminemment complexe sera portée devant le corps législatif, après avoir été mûrement examinée au Conseil d’État. Là, en effet, se présentent de grandes difficultés. Le conseil municipal sera-t-il nommé partiellement ou exclusivement par le préfet ? Dans le premier cas, n’est-il pas à craindre qu’il y ait lutte entre la portion du conseil nommée par le pouvoir et celle qui sera élue ? Dans le second cas, ce conseil ne serait-il pas trop isolé, par sa nature, des sympathies de ses concitoyens, et la défiance ou la défaveur dont il serait l’objet ne pourrait-elle pas lui susciter une opposition malveillante ? D’autre part, si les conseillers sont élus, quelle base choisira-t-on ? Le suffrage universel ? Mais ne peut-on pas redouter qu’il en sorte un conseil systématiquement hostile, obéissant au flux et reflux de l’opinion, et devenant un embarras au lieu d’être un appui ? Établira-t-on un cens, de manière à ne demander que les suffrages des notabilités de position ou de fortune ? Mais alors, n’est-ce pas un système électoral dans un autre ? N’est-ce pas une catégorie privilégiée aux yeux des exclus et les jalousies, les rivalités sérieuses, ne sortiront-elles pas de ces préférences27 ?
17Cet extrait soulève un certain nombre d’interrogations quant à la représentativité des mandataires locaux et la question ne semble pas tranchée à l’échelle nationale. La mise en place de la commission municipale est présentée comme provisoire et d’aucuns pensent encore pouvoir retrouver, après cette période de transition, un conseil représentatif et issu des votes. L’auteur de l’article rappelle ainsi, dans la deuxième partie de cet extrait, combien le suffrage universel masculin risquerait de porter à la mairie des conseillers hostiles au pouvoir napoléonien. Sans répondre à ces questionnements, le 17 juin, un nouveau décret est publié et vient préciser notamment les conditions d’administration de la commune nouvellement mise en place et les attributions des maires et des adjoints des cinq arrondissements nouvellement créés. Les élections municipales sont donc confisquées, de la même façon qu’à Paris. Après les lois de 1831 et de 1837, mais surtout avec la Deuxième République et l’instauration du suffrage universel masculin, les institutions communales ont eu la possibilité d’être autonomes par rapport au pouvoir national et de prendre leurs propres décisions. La vie politique locale, marquée dans les faubourgs comme à Lyon depuis l’instauration de la République par de nombreuses contestations et par la présence – même minoritaire – d’opposants au pouvoir napoléonien, s’érige en lieu de contestation locale. Comme dans la région parisienne, les faubourgs lyonnais sont mis au pas derrière Lyon, car le calme est nécessaire à la bonne tenue des affaires, elles-mêmes considérées comme l’une des assises du pouvoir central.
18Après la fusion, les notables lyonnais voient dans l’intégration des communes suburbaines une occasion d’étendre l’espace économique et commercial. Dans le nouvel espace lyonnais, les grands chantiers du préfet Claude-Marius Vaïsse touchent à la fois le cœur de la ville, mais aussi ses espaces périphériques, notamment dans l’ancienne commune de la Guillotière, devenue le troisième arrondissement : le parc de la Tête d’or et l’ouverture de grandes avenues qui mènent au Rhône symbolisent la fin du faubourg, les populations les plus modestes sont alors reléguées dans les marges. La Croix-Rousse et Vaise subissent de manière moins forte ces transformations, mais l’intégration du quartier des pentes au premier arrondissement tandis que Serin et Saint-Clair sont maintenus avec le plateau, dans le quatrième arrondissement, n’est pas sans rappeler les logiques mises en place dans les anciens faubourgs parisiens où les populations sont mêlées pour éviter la reformation de groupes d’intérêts majoritaires28. Enfin, de l’autre côté de la Saône, Yves Lequin souligne que « le destin de Vaise semble avoir été foudroyé par le rattachement29 », signifiant ici que l’ancien faubourg perd dès lors toute son identité, ce qui n’est pas le cas de la Croix-Rousse et de la Guillotière.
19Les mois qui suivent laissent les pouvoirs communaux dans l’attente de nouvelles mesures qui statueraient sur l’organisation municipale et, pendant ce temps, la commission, sous contrôle et présidence préfectoraux, administre la ville. Si, durant le mois de mai 1852, le préfet annonce que sera mis en place un système d’audiences où « doivent être adressées directement toutes les demandes, pétitions, réclamations et lettres quelconques relatives aux affaires et intérêts qui se rattachent à cette administration municipale30 », la commission municipale s’installe dans le provisoire, et il faut attendre 1855 pour que Louis-Napoléon Bonaparte, devenu Napoléon III, statue sur cette question. Il annonce alors la transformation de la commission en conseil municipal, mais le mode de désignation de ses membres, comme ses attributions, n’évolue pas : le système mis en place en mars 1852 perdure ainsi durant tout le régime.
Le nouveau visage d’un conseil gestionnaire
Un conseil bonapartiste sous contrôle préfectoral
20Avec la nouvelle organisation, les conseils élus laissent donc la place à ce qui est d’abord nommé « commission municipale », comprenant 30 membres désignés par le chef de l’État. L’administration de Lyon est confiée au préfet, qui devient, à l’échelle nationale, le pilier de la réorganisation d’après le coup d’État du 2 décembre 1851. À ce titre, si Lyon précède Paris dans la réunion des faubourgs, la suppression du poste de maire, la gestion de la ville à l’échelle préfectorale comme la nomination de ses membres existent à Paris depuis la monarchie de Juillet. Malgré les oppositions des différents conseils municipaux, parfois vives dans les faubourgs, cette décision ne provoque pas d’agitation. Pourtant, c’est bien une confiscation des pouvoirs locaux que connaît la ville de Lyon, alors que les autres municipalités du pays restent dirigées par des équipes élues au suffrage universel masculin. C’est finalement Charles-Wangel Bret qui prend, en avril 1852, la tête de la préfecture, et de la municipalité par la même occasion. Le registre des délibérations de la toute nouvelle commission municipale commence par le rappel des décrets du 24 mars (sur la fusion des communes) et du 8 avril (qui contient les nominations des membres de l’institution municipale). Le 15 avril, les membres sont installés officiellement dans leurs fonctions et prêtent serment au régime et à son chef. Les 30 personnalités nommées sont dirigées d’une main de maître par le préfet, qui préside chacune des séances de la commission municipale. D’ailleurs, les conseillers nommés n’hésitent pas à adresser au préfet ou au prince-président, des courriers de remerciements pour leur nomination31. Ainsi, lorsqu’il est présent, chacune des réunions municipales s’ouvre par la formule « M. le Préfet est introduit et prend place à la droite de M. le Président32 ». À chaque fois, les délibérations commencent par une prise de parole du préfet, à qui seul revient la désignation de l’ordre du jour et les décisions que doivent entériner les membres de la commission municipale. Quand il est absent, il délègue son pouvoir au président de la commission. Dans tous les cas, les décisions municipales doivent toujours être validées par le préfet. En effet, une certaine hiérarchie est maintenue entre les membres et un tableau d’ordre de nominations est mis en place avec à sa tête le président, dont le rôle est principalement honorifique. En 1852, c’est le baron Émile Sain Rousset de Vauxonne, conseiller à la cour de justice – dont il avait démissionné en 1848 et qu’il retrouve en 1851 –, qui est désigné pour remplir ce rôle. Le rythme des séances du conseil ainsi que ses attributions montrent une grande continuité avec les régimes précédents. Trois ans plus tard, la commission municipale – qui était provisoire selon l’article 2 du décret du 24 mars 1852 – est remplacée par une institution qui reprend le nom de « conseil municipal ». Changement de dénomination certes, mais qui ne s’accompagne pas de transformations réelles dans les nominations de ses membres ni dans ses attributions. Le préfet Claude-Marius Vaïsse, à l’occasion du renouvellement de 1855 déclare ainsi que « la commission municipale change de nom mais [...] n’en continue pas moins d’exister pour moi. Je la retrouve tout entière dans le conseil municipal et il n’est pas un de ses membres dont j’eusse voulu me séparer33 ». Le 3 novembre 1855, le nouveau conseil municipal est installé, autour de 36 membres, nommés par l’empereur, régis par le préfet et présidés par Adrien Devienne et son vice-président, Victor Arnaud. Les membres sont peu renouvelés durant les dix-huit années du régime.
21Nous l’avons vu, la figure dominante au sein de la vie municipale est alors celle du préfet. Quatre préfets se succèdent durant la période impériale : Charles-Wangel Bret, Claude-Marius Vaïsse, Julien Théophile Henri Chevreau puis, brièvement, Victor Léon Mouzard-Sencier. Toute l’administration est commandée par lui, conseillers municipaux compris. Les attributions de la commission, puis du conseil municipal, sont, sur le papier, les mêmes que celles des régimes précédents : la gestion du budget, des institutions communales et des grands travaux de modernisation occupe une place majeure dans les délibérations sous le Second Empire. Dans les faits, les membres du conseil municipal, dont l’assiduité est très variable, se chargent bien souvent de donner la lecture de rapports faits en amont, validés par le préfet à l’avance et dont l’unanimité des membres approuve ensuite l’application. Ils sont davantage des représentants honorifiques du pouvoir local que des décisionnaires. Leur allégeance est telle, qu’à l’occasion de l’enterrement du conseiller municipal Jean Pierre Goy, nommé au conseil depuis 1853 et mort en fonction le 27 mars 1861, Claude-Marius Vaïsse déclare sur sa tombe qu’il avait un « amour de l’ordre34 ». Dans cette période d’industrialisation et de renouveau, où la ville devient un miroir de la modernité, les conseillers municipaux sont pensés comme des agents de la préfecture, et derrière elle, de la république bonapartiste puis de l’Empire. En définitive, la fonction de membre du conseil municipal impérial lyonnais n’est porteuse en rien de pouvoir réel, et c’est seulement symboliquement qu’il faut voir la position des acteurs municipaux dans cet espace totalement contrôlé par le pouvoir central. En haut de la hiérarchie municipale, le vice-président et le président du conseil sont régulièrement associés aux cérémonies et font alors figure de représentants symboliques de la ville. Alors que dans le reste de la France, les localités apparaissent parfois comme des lieux de contestation, notamment à partir de 1855 où, dans certaines communes, les élections municipales témoignent du mécontentement et où l’abstention atteint parfois 70 % (notamment lorsqu’une liste officielle unique est imposée) : à Lyon, aucune possibilité n’est laissée à l’opinion de manifester par le vote local son opposition au régime impérial.
22Parce qu’elles sont nommées et révocables par Louis-Napoléon Bonaparte, les 72 personnes qui occupent une fonction de conseiller municipal sous le Second Empire sont d’abord de fidèles appuis du régime. À plusieurs occasions, les membres du conseil municipal manifestent ainsi leur soutien à l’empereur. C’est le cas lors des visites de Louis-Napoléon Bonaparte à Lyon. Ainsi, en 1860, une visite impériale est organisée du 24 au 27 août et le conseil municipal vote alors, sous impulsion préfectorale, un crédit illimité pour assurer la bonne tenue du séjour de l’empereur35. Les membres des différentes institutions locales sont mobilisés pour assurer accueil et cérémonie : dès son arrivée, la famille impériale est reçue par les maires d’arrondissements et par le conseil municipal central.À l’occasion du dîner du 24 août avec la famille impériale, nombreux sont les conseillers municipaux du premier cercle bonapartiste lyonnais à être conviés. S’ensuit un bal, organisé par la municipalité et dont la préparation est confiée à Laurent Descours, banquier, notable local et membre du conseil municipal depuis 1852. Cette personnalité phare de la ville occupe alors une position centrale et fait figure de pilier local du régime ; il apparaît comme « entièrement dévoué au gouvernement36 ». Membre du conseil municipal sous la monarchie de Juillet, rallié très tôt au parti de l’Ordre et à Louis-Napoléon Bonaparte, Laurent Descours fait partie de ceux qui comptent dans la haute notabilité d’affaires de la région et les pouvoirs lyonnais et rhodaniens se reposent à de nombreuses reprises sur lui. Candidat du gouvernement aux législatives de 185737, il est placé sur le devant de la scène lors de la visite impériale de 1860. À l’occasion de son séjour, l’empereur en profite pour honorer des personnalités locales : 10 membres du conseil font partie des décorés de la Légion d’honneur, au titre de leurs fonctions municipales, d’autres fonctions ou du cumul de responsabilités publiques et professionnelles38.
23En réalité, les sphères professionnelles, publiques et politiques ne sont pas cloisonnées : les nommés du conseil municipal ont des profils qui correspondent au modèle valorisé par le Second Empire. Ainsi, les entrepreneurs sont mis en avant, souvent aux dépens des notables issus des professions libérales et intellectuelles, et, s’ils sont philanthropes et à l’écoute des questions sociales de leur temps d’une part et bonapartistes convaincus et convaincants d’autre part, ils font alors d’excellents candidats pour occuper des responsabilités publiques comme un siège au conseil municipal. Si à Lyon le bonapartisme n’est pas vraiment édifié en un parti actif et que l’opinion reste, sinon dans l’opposition lors de certaines occasions électorales (législatives ou élections de conseil général), en général modérée, voire attentiste, les conseillers municipaux sont d’autant plus mis en avant qu’ils sont l’émanation locale du pouvoir impérial.
Une opposition maintenue lors des élections législatives
24Privée d’élections municipales, la commune maintient le suffrage universel masculin lors des élections législatives, qui deviennent un enjeu pour les conseillers en poste comme pour leurs opposants. Du côté du pouvoir, c’est tout à fait logiquement que se retrouvent, parmi les candidats officiels, de nombreux conseillers municipaux. Sous le Second Empire, la pratique de la candidature officielle, institutionnalisée depuis la circulaire de de Morny, permet aux impétrants du parti impérial d’être mis en avant par les préfets dans chacun des départements, notamment par la pratique de l’affiche blanche39. Dès les législatives de 1852, la candidature d’Édouard Réveil est proposée dans la première circonscription du Rhône, bien qu’il bénéficie encore du titre de maire de Lyon, même si cette fonction n’est plus effective. Dans la deuxième circonscription, Joseph Goujon, nommé au conseil de la Guillotière en décembre 1851, est aussi désigné comme candidat officiel. Réveil est élu, en revanche, au second tour, l’opposant Jacques Louis Hénon obtient la majorité des suffrages à la Guillotière contre Joseph Goujon. Mais son refus de prêter serment au prince-président entraîne une nouvelle élection partielle où, après l’échec de l’ancien conseiller Goujon, les pouvoirs centraux désignent l’ancien maire de la Croix-Rousse, Pierre Auguste Cabias, comme candidat du gouvernement. En l’absence d’opposants, celui-ci est élu député en septembre40. À chaque renouvellement du corps législatif, les autorités préfectorales, chargées de l’organisation des élections, puisent dans le corps municipal pour désigner leurs candidats. Lors des élections de 1857, 2 des candidats officiels appartiennent en effet au conseil municipal : Laurent Descours et Édouard Réveil. L’ancien maire de Lyon s’oppose à Jean Marie Baptiste Bacot, conseiller municipal entre 1848 et 1852, présenté par le Club démocratique. Nous retrouvons également l’ancien maire de la Croix-Rousse Pierre Auguste Cabias opposé à Jacques Louis Hénon, qui renouvelle sa candidature. Pierre Auguste Cabias fait figure de personnalité consensuelle et, surtout pour les pouvoirs centraux, il « est le seul candidat qui puisse balancer Monsieur Hénon à la Croix-Rousse et n’est pas sans quelques chances d’obtenir la majorité dans les autres parties de la circonscription41 ». En effet, une des grandes préoccupations des pouvoirs centraux se situe dans cette circonscription de la Croix-Rousse où Jacques Louis Hénon, opposant vif et très populaire, a de grandes chances d’être désigné député à la sortie des urnes. Soutenu notamment par le Comité rouge, aussi appelé le Comité polonais42, dans une circonscription correspondant aux anciens faubourgs ouvriers et républicains, Jacques Louis Hénon est l’objet de toutes les attentions. Ancien conseiller municipal à la Guillotière sous la Deuxième République, socialiste militant, Hénon fait figure de premier opposant à Claude-Marius Vaïsse dans la direction de la ville et du département. Il est de ceux dont les pouvoirs centraux se méfient, en témoigne la surveillance dont il fait l’objet : chaque jour, une note du commissaire de police parvient au préfet au sujet des élections législatives à venir. Le 14 mai, le commissaire écrit ainsi :
On a remarqué de nombreuses visites chez M. Hénon. Plusieurs individus étrangers au quartier sont venus le voir en voiture. Dans l’après-midi, il s’est promené familièrement avec des hommes qui paraissent être des chefs d’atelier. On lui a assuré que les partisans de M. Hénon font courir sourdement le bruit que Monsieur le Sénateur ne veut pas qu’il soit réélu et qu’il emploiera tous les moyens possibles pour empêcher son élection. Cette manœuvre aurait pour but de rendre le M. Hénon plus intéressant43.
25Finalement, les manœuvres préfectorales n’y font rien et Jacques Louis Hénon est largement élu dans cette circonscription. Ce dernier choisit cette fois de prêter serment à l’empereur, de siéger à la chambre et de s’opposer de l’intérieur. À ses côtés, les conseillers municipaux lyonnais Démophile Laforest et Laurent Descours cumulent désormais un siège au conseil municipal et un siège de député du Rhône. En 1863, les mêmes problèmes se posent à Lyon. Dans chacune des circonscriptions lyonnaises, les enquêtes sur les personnalités capables d’exercer un mandat parlementaire tout en votant du côté du pouvoir sont menées afin de choisir les meilleurs candidats. Un bilan rapide est ensuite dressé au sujet des impétrants :
M. Cabias – sa candidature sera vivement combattue par les amis de M. Hénon : il est essentiel de stimuler le zèle des indifférents nombreux dans cet arrondissement. M. Laforest – a les plus grandes chances de succès. M. Perras – sa candidature n’est pas encore bien assurée. Il aura dit-on pour concurrents M. Coignet et M. de Mortemart. M. L. Descours – passera sans opposition. Candidats qui seront opposés à ceux du gouvernement par les partis hostiles : M. Morellet, ancien représentant montagnard, fait des démarches dans la troisième circonscription [...] mais je ne crois pas jusqu’ici que sa candidature puisse être sujet de craintes sérieuses44.
26Parmi les quatre candidats officiels dont il est question, deux sont nommés au conseil municipal depuis 1852 : ces gestionnaires éprouvés ont donc démontré dans leurs fonctions municipales une fidélité au régime et des qualités d’administrateurs. Nous notons par exemple la présence de Démophile Laforest qui, élu député à la Constituante d’avril 184845, est resté une personnalité active dans la vie politique lyonnaise. S’il a renoncé depuis au rôle de maire de la ville et a quitté le conseil municipal, il se rallie à Louis-Napoléon Bonaparte après décembre 1851 et revient à la faveur de la mise en place de la commission municipale dans laquelle il est nommé en janvier 1853. Dix ans plus tard, il fait figure de candidat officiel à l’occasion des législatives et les pouvoirs centraux comptent alors sur sa popularité : « Monsieur Laforest, recommandable à tous les points de vue [...]. Il est l’un des hommes les plus populaires du pays et le plus signalé par son dévouement à l’empereur46. » Lors de ce scrutin, les mêmes manœuvres sont appliquées pour tenter notamment de ralentir la montée des oppositions à l’empereur, qui s’accroissent visiblement à Lyon, notamment dans les quartiers des anciens faubourgs de la Guillotière et de la Croix-Rousse. En 1863, Jacques Louis Hénon est à nouveau élu contre Pierre Auguste Cabias, comme lors des deux scrutins précédents. Laurent Descours, malgré des plaintes d’électeurs autour de « manœuvres politiques dans l’intérêt de [sa] candidature47 », est réélu dans la quatrième circonscription. Démophile Laforest est en revanche battu par le candidat de l’opposition, Jules Favre, dans la deuxième circonscription électorale. En 1869, la pratique de la candidature officielle est abolie dans les faits et aucun membre du conseil n’est alors candidat. Mais en réalité, les pressions préfectorales et les engagements des conseillers municipaux pour soutenir des candidats favorables à l’Empire permettent l’élection de François Désirée Bancel contre Jules Favre et les divisions des opposants expliquent l’élection de François Vincent Raspail contre Jacques Louis Hénon.
Un conseil de notables d’une grande stabilité
27Avec la nouvelle organisation municipale, toute liberté est désormais laissée aux pouvoirs centraux pour placer au conseil municipal des personnalités dont le profil social et professionnel ainsi que la vie publique correspondent à l’image du notable tel que le bonapartisme le met en évidence dans le tournant du siècle. L’entrepreneur, le grand négociant et l’industriel deviennent des appuis, dans un contexte d’ouverture commerciale et d’industrialisation massive. Durant les dix-huit années du régime impérial, seuls 72 conseillers municipaux se succèdent à la commission – de 30 membres – puis au conseil, qui s’organise quant à lui autour de 36 sièges. Par trois fois seulement, l’institution communale est dissoute : lors du passage de la commission municipale au conseil municipal en novembre 1855, puis à nouveau en février 1861 et enfin en février 1866.
Tableau 8. Composition socioprofessionnelle des membres de la commission (1852-1855) puis du conseil municipal de Lyon (1855-1870) (en nombre d’élus)
| Composition socioprofessionnelle | Nombre de conseillers |
| Professions libérales / Droit (avocats, notaires) | 7 |
| Magistrats | 9 |
| Banquiers | 9 |
| Haut négoce, dont : – soie – autre | 23 10 13 |
| Négociants, dont : – soie – autre | 12 10 2 |
| Propriétaires | 5 |
| Employés / Chefs d’atelier | 3 |
| Divers (professeur, architecte, receveur général) | 4 |
| Nobles | 4 |
28Du temps de la commission municipale, entre 1852 et 1855, 37 hommes sont nommés dans l’institution. En avril, un conseil de 29 membres est constitué, auquel on ajoute un nouveau membre à la fin du mois. Puis, en novembre 1852, 3 membres démissionnent, Jean de Lacroix-Laval et Louis César Guérin pour des raisons de santé et le troisième, Joseph Victor Poncet, parce qu’il vient d’être nommé adjoint du cinquième arrondissement. Le 28 janvier 1853, le préfet donne la lecture à la commission municipale d’un décret impérial en date du 7 qui porte la nomination de 4 nouvelles figures. Le mois suivant, la commission voit la démission de 2 nouveaux membres et c’est surtout la mort du baron de Vauxonne, en avril, se suicidant après avoir abattu accidentellement son armurier, qui, non seulement provoque la stupéfaction au sein de l’instance communale, mais prive aussi l’institution de son président. Joseph Jean Acher, doyen d’âge, est alors nommé président provisoire puis rapidement remplacé par le propriétaire Jean Baptiste Marie Victor Arnaud, puis par Adrien Devienne, nouvellement nommé en juin aux côtés de César Michel et de Thomas Tardy : la commission est portée à 31 membres.
29Le 3 novembre 1855, la commission provisoire devient le conseil municipal de Lyon. Les membres sont entièrement reconduits, 6 nouvelles figures entrent au conseil et seul Henri Chevalier, conseiller municipal nommé depuis avril 1852, n’est pas renouvelé. Durant la période comprise entre le renouvellement de 1855 et celui de février 1861, le conseil municipal est surtout marqué par des décès : Étienne Henri Seriziat, figure de la municipalité depuis près de deux décennies, et le vice-président du conseil, Jean Baptiste Marie Victor Arnaud, décèdent en mai 1856, puis Henri Burdet, nommé pour la première fois en 1855, décède à son tour le 18 juillet 1856. En mars 1857, la nomination de Pierre Auberthier à un poste rémunéré au sein de la mairie l’oblige à démissionner. L’empereur procède alors, pour remédier à ces 4 sièges vacants, à la nomination de 4 nouvelles personnalités et désigne Émile Thierry Brölemann pour remplacer Jean Baptiste Victor Arnaud à la vice-présidence. Quelques jours plus tard, Ivan Jean Monnier, lui aussi conseiller municipal depuis deux décennies, meurt. Puis ce sont les démissions de Jean Vincent Million, pour raison de santé (il a alors 70 ans), et celle, l’année suivante, de Paul Joly, dont la famille vient de s’allier avec celle du conseiller municipal Louis Paul Émile Bruneau (devenu son gendre) ; ce qui crée une obligation de départ compte tenu de l’incompatibilité légale. En février 1860, Jean Claude Revol, conseiller municipal depuis 1830, meurt.
30Le 1er février 1861, une nouvelle municipalité nommée par Napoléon III est installée officiellement par Claude-Marius Vaïsse. Là encore, le bas taux de renouvellement montre une grande continuité dans la gestion des affaires communales et dans le lien de confiance qui unit le préfet à son équipe municipale. Parmi les 36 conseillers,4 seulement sont des néosiégeants, remplaçant donc les 2 décédés et les 2 démissionnaires depuis les dernières modifications de mai 1857. Les mêmes logiques perdurent dans la décennie 1860 : Adrien Devienne est maintenu à son poste de président du conseil jusqu’à sa démission de la fonction (mais non du conseil) en juillet 1863, justifiant sa décision par une charge trop lourde entre sa position et ses activités de magistrat exerçant alors à Paris. Il est remplacé par Émile Thierry Brölemann, vice-président du conseil depuis mai 1857 et qui occupe cette fonction jusqu’à sa mort en août 1869. À la vice-présidence, Bernard Vidal-Galline succède à Émile Thierry Brölemann jusqu’en septembre 1870. Au printemps 1861, 2 figures emblématiques du conseil municipal meurent successivement : Joseph Jean Acher et Jean Pierre Goy. En août, la démission de Louis Marie Félix Bertrand oblige les autorités à compléter par 4 nouvelles nominations le conseil municipal. Les morts d’Adolphe Antoine Brisson et de Jules Riboud puis la démission pour raison de santé de Thomas Tardy sont les dernières modifications précédant le renouvellement de 1866.Une nouvelle fois, comme en 1855 et 1861, les transformations du conseil de 1866 sont sporadiques, même si les nouvelles figures sont plus nombreuses : 8 personnalités qui entrent dans l’institution communale. Cinq conseillers sortants ne sont donc pas renouvelés, dont Démophile Laforest, en fuite après une mauvaise affaire financière qui traumatise l’opinion lyonnaise. Laurent Descours, sur lequel le régime s’était tant appuyé dans la décennie précédente, quitte aussi le conseil. Dans les dernières années du conseil municipal impérial, la non-acceptation de Jean Claude Rossignol, puis les décès d’Émilien Jacques Louis Teissier et de Jean Baptiste Royé-Vial et les démissions de Barthélemy Arlès-Dufour, de Nicolas Émile Jules Gayet et de Jean Baptiste Guimet entraînent la nomination de 6 nouveaux conseillers. En mars 1869, ce sont à nouveau 6 nouvelles figures qui font leur entrée au conseil municipal après les places laissées vacantes par les démissions de Pierre Auguste Faure-Péclet (conseiller municipal depuis trente-huit ans), de Louis César Guérin et de Joseph Marie Lyonnet et les morts d’Antoine Marie Vachon-Saulnier, de François Marie Fleury Durieu et de Jacques Mathevon. Parmi les nouveaux conseillers, le fils de ce dernier, Antonin, est nommé. Durant la dernière année du conseil municipal nommé, Bruno Jacques Faure puis Émile Thierry Brölemann (alors président) décèdent et la dernière séance du conseil impérial se tient le 2 septembre 1870, autour de 28 conseillers.
31Au sein des nommés, nous notons la présence de 3 chefs d’atelier, parmi lesquels Jean Pierre Goy, dont la position croix-roussienne et la proximité avec les milieux bonapartistes assurent dans l’ancien faubourg une influence auprès de la population ouvrière. Nommé en 1852, il siège au conseil jusqu’à sa mort en 1861. C’est sans doute la même logique qui conduit l’empereur à nommer en 1866 Jean François Cochard, chef d’atelier de soie et administrateur depuis 1863 de l’Association des tisseurs de Lyon. Vu comme l’« un des chefs d’atelier les mieux posés et les plus influents du quatrième arrondissement48 »,il bénéficie d’un rayonnement certain au sein des ouvriers et tisseurs croix-roussiens. S’assurer de son soutien par une nomination au conseil municipal de Lyon, c’est dans le même temps, pour les pouvoirs centraux un moyen de garantir, par son autorité sur la classe ouvrière, un appui de poids dans un arrondissement qui reste sensible et parfois menaçant pour la préfecture. Dernier représentant des catégories populaires, Joseph Victor Poncet, teneur de livres puis employé de l’octroi, paraît être le plus modeste et semble devoir sa nomination à la commission municipale en 1852 à sa position antérieure de conseillermunicipal à Vaise où, élu en 1848, il a occupé le poste d’adjoint. Sa connaissance du faubourg de Vaise et sa position dans le cinquième arrondissement lui valent d’être nommé en décembre 1852 adjoint au maire de cet arrondissement et il quitte alors ses fonctions de conseiller municipal. Pour chacun de ces 3 trois conseillers, la modestie de la position sociale et de la fortune est compensée par une position influente dans la population des anciens faubourgs, dont la ville-centre se méfie toujours. En nommant des figures du monde ouvrier et des personnalités ayant l’appui des populations laborieuses, le pouvoir s’assure ainsi des soutiens dans les quartiers les plus agités.
32En dehors d’eux, les autres conseillers municipaux sont des notables installés. Le monde du droit est représenté par 15 nommés, dont 9 sont magistrats et tiennent donc directement leur nomination et leur promotion des autorités centrales. Ainsi, la carrière professionnelle et les positions politiques et publiques sont modelées sur les mêmes bases : la fidélité au régime et la garantie de l’ordre et du soutien. Les dossiers des magistrats exposent les qualités observées pour les éventuelles promotions : parmi elles, l’assurance de la fidélité aux institutions impériales figure en bonne place. Cela s’illustre par exemple chez Henri Louis Baudrier, promu concomitamment président de chambre à la cour impériale de Lyon et au conseil municipal au début del’année 1869. Son dossier mentionne alors qu’il « est attaché de cœur aux institutions impériales » et rappelle que son grand-père a été magistrat sous le Premier Empire49. Ainsi, la fidélité au gouvernement dans la tenue de la justice comme dans l’organisation et la gestion d’une ville semblent aller de pair pour les pouvoirs centraux. Dans le dossier d’Émile Sain Rousset de Vauxonne, président du conseil municipal entre avril 1852 et avril 1853, son expérience professionnelle, son dévouement à l’Empire et ses qualités de bon administrateur sont ainsi placés sur le même plan :
La réputation du talent de M. Vauxonne est trop bien établie pour que nous croyons nécessaire de la rappeler. Dévoué aux idées libérales, il a laissé dans la magistrature de brillants souvenirs, et il apportera au gouvernement un concours franc, actif et éclairé. [...] Il préside avec distinction le conseil général du Rhône et la commission municipale de Lyon, il exerce une grande influence sur ces deux conseils et en fait toujours usage dans l’intérêt du gouvernement50.
33Ainsi, la présence de 9 magistrats – plus nombreux que sous les régimes antérieurs – peut s’expliquer par ce besoin pour les autorités de disposer au sein de l’institution communale de personnalités capables et dévouées. Mais le principal lieu de recrutement des conseillers municipaux reste le monde du négoce : entrepreneurs, grands industriels, négociants et banquiers constituent en effet plus de 60 % des magistrats municipaux. Parmi eux, les grands négociants représentent la moitié de ce corpus. Nous retrouvons, à l’échelle de la municipalité lyonnaise, l’archétype valorisé par le Second Empire, avec, au sommet de l’échelle sociale, l’entrepreneur. La domination du monde du négoce et des activités commerciales et bancaires, liées massivement à la Fabrique, garantit aux notables de la soie d’ajouter à leur position de suprématie professionnelle et financière, un poste honorifique et porteur d’autorité symbolique au sein du conseil municipal de Lyon.
34In fine, en ajoutant aux grands négociants les magistrats et les hommes de loi, dont la position sociale est valorisée, mais aussi 5 propriétaires importants, nous voyons que, dans ses choix, l’autorité impériale fait le pari d’une institution municipale dominée par la haute notabilité. Alors que dans les autres communes de France, seules les nominations des maires et des adjoints permettent au régime impérial de positionner les grands notables dans les conseils municipaux, cette pratique s’applique à Lyon à l’ensemble de l’institution communale. C’est d’abord la position sociale, ajoutée à la loyauté envers le régime, qui guident les choix des nommés à la mairie. Par exemple, Émile Thierry Brölemann, nommé conseiller municipal à Lyon en avril 1852, puis vice-président en 1861 et président du conseil en août 1863, appartient à l’une des plus grandes familles du négoce lyonnais.
35Le Second Empire et les nouvelles règles de désignation des conseillers municipaux à Lyon sont aussi des occasions pour certaines grandes familles, en retrait depuis la révolution de 1848, voire depuis les Trois Glorieuses, de faire leur retour dans la gestion des affaires publiques. Parmi les 72 conseillers nommés, une vingtaine appartient ainsi à d’éminentes familles implantées à Lyon depuis parfois plus d’un siècle. Quatre conseillers municipaux sont des nobles : Jean de Lacroix-Laval et Vital Boulard de Gatelier sont comtes et leurs familles font partie de la noblesse depuis le xviiie siècle, Émile Jean Sain Rousset de Vauxonne appartient à une famille d’anciens seigneurs dont le père a été fait baron d’Empire en 1810, tandis qu’Alphonse Jean Marie François Caquet d’Avaize appartient à une famille de noblesse plus récente51. Si d’autres conseillers municipaux n’appartiennent pas à proprement parler à la noblesse, ils sont cependant des représentants d’illustres et anciennes familles : Jean Marie Amédée Monterrad ou François Henri Aynard en sont les exemples les plus significatifs52.
36Dans le vivier des notables lyonnais, c’est donc d’abord au sein des grandes familles que les pouvoirs préfectoraux et impériaux cherchent de futurs édiles. C’est aussi bien souvent du côté des conseils municipaux antérieurs que sont recrutés les hommes de l’Empire. Ainsi, parmi les 72 conseillers nommés entre 1852 et 1870, 24 ont exercé un mandat similaire sous les régimes précédents, dont 20 sous la monarchie de Juillet. Parmi eux, 14 ont siégé à Lyon et parmi les 10 autres, 5 ont exercé des responsabilités de maire ou d’adjoints, donc ont été nommés dans ces fonctions par les régimes précédents, dont le notaire Antoine Bourgeois, nommé à la commission municipale de la Guillotière en décembre 1851. En l’absence d’un parti bonapartiste actif et en dehors de quelques soutiens de la première heure, c’est du côté des élites orléanistes que se repose le pouvoir impérial. Chacun des camps y trouve alors son compte : les anciennes notabilités de la monarchie de Juillet retrouvent ainsi une place de choix dans l’administration et les tenants du bonapartisme trouvent dans ces anciens dirigeants des gestionnaires capables, connus et reconnus dans la ville. À l’échelle nationale, le recrutement dans la réserve des tenants du pouvoir monarchique se retrouve, par exemple, dans la nomination des préfets. Nous retrouvons ainsi nommés l’ancien maire de la Croix-Rousse, Jean Claude Revol, et son ancien adjoint, Pierre Auberthier, les anciens maires de la Guillotière Jean Vincent Million et Jacques Bernard et l’ancien adjoint de Vaise, Joseph Victor Poncet. Cinq conseillers ont également siégé sous les trois régimes successifs. Pierre Auguste Faure-Péclet est celui dont la longévité est la plus remarquable : conseiller municipal de Lyon depuis les élections de novembre 1831 jusqu’à sa démission en juin 1868, l’homme a traversé les différents régimes et leur mode de désignation. Étienne Henri Seriziat suit le même parcours : magistrat municipal sans discontinuer depuis son élection à Lyon en 1838 jusqu’à sa mort en avril 1856. Toujours à Lyon, Démophile Laforest a un itinéraire plus fragmenté, mais a tout de même siégé sous les trois régimes et quitte finalement le conseil municipal en 1865 lorsque, compromis par une enquête sur des malversations financières, il est contraint de fuir la France pour se réfugier en Angleterre. Deux conseillers ont eu un parcours d’abord dans un faubourg puis à Lyon : Ivan Jean Monnier, élu à Vaise en 1843, rejoint Lyon dès les élections de 1848, puis est nommé en 1852. Dans le même cas de figure, Jean Claude Revol, appui de l’administration orléaniste puis républicaine à la Croix-Rousse, siège entre 1830 et 1831, puis entre 1835 et 1849, le prince-président fait appel à lui à Lyon dès mars 1852. Il siège jusqu’à sa mort, en février 1860.
37En somme, après la parenthèse républicaine qui avait ouvert, à l’échelle de Lyon et des faubourgs, mais aussi du pays, le recrutement des institutions aux catégories inférieures, le pouvoir bonapartiste, dès le début de l’année 1852, et plus encore sous la période impériale, referme cette possibilité et replace les notables sur le devant de la scène politique. Après leur repli sur leurs activités professionnelles ou dans leurs campagnes, les grands patrons et les propriétaires, au profil majoritairement conservateur, trouvent dans le régime bonapartiste la stabilité et l’ordre nécessaires pour leurs affaires et leurs propriétés. Ils reviennent triomphants, monopolisant les fonctions politiques et publiques, comme au sein du conseil municipal de Lyon. Les renouvellements sont très faibles : au total, seules 5 personnalités pouvant se voir désigner à nouveau lors des renouvellements quinquennaux ne sont pas reconduites. Le recrutement de personnalités installées dans la ville sur le plan professionnel et public, notamment chez les anciennes élites municipales orléanistes, conduit à un conseil municipal où les membres ont l’expérience, mais sont aussi âgés. La moyenne d’âge des conseillers de 1852 est ainsi de 55 ans alors qu’elle est, par comparaison, de sept ans de moins chez les élus de la monarchie de Juillet. Les décès et les démissions pour raison de santé sont très nombreux et constituent le quotidien de l’instance locale. Ville industrielle et négociante de premier plan, Lyon est aussi un centre juridique et les grandes familles y sont nombreuses. Ainsi, à chaque membre du conseil défaillant, c’est dans ce vivier que puisent les tenants du pouvoir pour nommer de nouveaux membres. Au cœur de leurs préoccupations, il faut, pour l’administration, des garanties « sous le triple rapport de l’honorabilité, de la capacité et des sentiments au régime impérial53 ».
38Si le statut de conseiller de la nouvelle municipalité lyonnaise n’est pas porteur de pouvoir sur la direction de la commune, c’est néanmoins une position prestigieuse et influente. Ainsi, durant cette période, le notable lyonnais, le préfet et le régime marchent ensemble, autour d’un idéal d’ordre et de prospérité, dont eux seuls ont la direction. Pourtant, le fonctionnement de l’instance lyonnaise, exception dans le paysage municipal national, provoque périodiquement des contestations et d’aucuns demandent régulièrement la tenue d’élections municipales dans la première ville de province. Parmi eux, nous retrouvons les opposants républicains, mais aussi certains membres de la notabilité, dont, par exemple, le banquier Édouard Mathieu Aynard, neveu du conseiller municipal François Henri Aynard (qui siège de 1852 à sa mort en 1866) et qui dénonce, dans Le Suffrage commercial et la situation politique à Lyon en 1869, l’absence d’élections au suffrage universel au conseil municipal, qui selon lui, empêche l’expression des oppositions modérées : « Lyon présente le spectacle affligeant d’un espace vide entre la force officielle et la force aveugle des masses54. » Devant la montée des contestations et la peur d’une opinion publique qui devient peu à peu hostile, le gouvernement impérial met en délibération la question d’organiser à Paris comme à Lyon des élections municipales55. Le journal conservateur Le Courrier de Lyon se fait le relais des débats sur cette éventuelle mesure, à laquelle il s’oppose. Dans son édition du 2 juillet 1870, il donne à ses lecteurs l’état de la question :
Deux bonnes nouvelles nous arrivent de Paris au sujet de ce malencontreux projet de loi sur les élections municipales de Lyon, à l’égard duquel nous avons déjà exprimé notre façon de penser. D’après la première, la commission législative chargée d’examiner ce projet serait en majorité contraire à son adoption. Ces dispositions permettent d’en espérer le rejet définitif. D’après la seconde le Corps législatif, pressé par le temps et ayant encore le budget de 1871 à examiner et à voter, ne pourrait s’occuper dans la présente session ni de ce projet ni de celui qui a été élaboré pour l’organisation municipale de Paris. [...] Nous sommes profondément convaincus que l’application pure et simple du suffrage universel, tel qu’il est organisé, à l’élection des membres du conseil communal de Lyon serait un désastre qui conduirait à une impossibilité et, par contre coup, au rétablissement du régime exceptionnel dont on poursuit la suppression. [...] Sous toutes les constitutions, sous tous les régimes que se sont succédé en France depuis 1789, on a compris que la loi électorale municipale devait être distincte de la loi politique ; que la commune constituait au sein de la grande société, qui embrasse tous les intérêts, comme toutes les individualités, une association spéciale qui devait avoir ses règles particulières ; que le premier venu ne pouvait être admis à participer à la gestion de ces agrégations locales, dont on ne fait réellement partie qu’à certaines conditions déterminées par la nature des choses56.
39Le premier projet de loi, rejeté au début de l’année 1870, est ensuite mis en suspens, à la fois du fait de l’urgence d’autres mesures, mais aussi de la guerre franco-prussienne. Ce projet de loi n’a alors pas le temps de revenir dans les débats parlementaires impériaux.
Les réminiscences de l’esprit républicain
L’opposition républicaine au Second Empire
40Après l’épuration de la fin de l’année 1851 et l’installation progressive de l’Empire, qui se traduit à Lyon par la confiscation de l’élection municipale, certains anciens conseillers tentent, entre 1852 et 1870, de faire survivre l’esprit républicain. Dès 1853, l’opposition s’organise, notamment dans le monde ouvrier, comme le 24 février, quand deux tiers des métiers à tisser de la Croix-Rousse s’arrêtent quelques minutes pour fêter l’anniversaire de la Deuxième République. D’autres grèves, plus ou moins suivies, se produisent tout au long du régime : 24 ont lieu en 1855, tout autant dix ans plus tard et 58 en 1869. Les anciens faubourgs de la Croix-Rousse et de la Guillotière, devenus respectivement le quatrième et le troisième arrondissement, perpétuent un esprit revendicatif, les pamphlets de Victor Hugo y circulent et les collectes en faveur des condamnés récoltent une audience importante57. Après l’essor des sociétés secrètes, des clubs et du mouvement coopératif en 1848 – dont Lyon est l’une des capitales –, l’effervescence s’essouffle durant la période impériale, mais ne meurt pas pour autant, et, comme sous la monarchie de Juillet, les intérêts politiques et professionnels sont liés. Les meneurs républicains, surveillés ou arrêtés en 1851, connaissent des parcours différents sous le régime impérial. Dès 1853, plusieurs mesures de surveillance sont levées et des grâces sont délivrées, comme pour Jean Marie Hervier, placé en résidence surveillée à Barcelone et autorisé à rentrer à Lyon en février sur décision impériale58. En mai 1853, Pierre Broliquet, placé sous surveillance et interdit de séjour dans le Rhône et dans les départements limitrophes après son arrestation en 1851, formule un recours en grâce accepté l’année suivante par le Conseil d’État : « Je suspends indéfiniment la surveillance à laquelle est soumis le sieur Broliquet59 », même si la mesure se met en place tardivement. En effet, en octobre, la surveillance est toujours effective, et le Conseil d’État écrit alors au commissaire : « Je suis surpris d’apprendre que cette décision n’a pas reçu son exécution et que le Sieur Broliquet continue à être astreint de se présenter régulièrement à votre bureau60. » Pourtant, si le pointage et la surveillance sont suspendus, Pierre Broliquet reste un opposant à Napoléon III et est ainsi à nouveau signalé en 1863 comme membre du Comité rouge, comité électoral créé en vue des législatives. C’est d’ailleurs au sein de cette association que se réorganise l’opposition locale. Au cours des années 1860, plusieurs anciens conseillers municipaux républicains se retrouvent dans ce groupe, parfois désigné sous le nom de Comité polonais. Six d’entre eux sont rattachés à ce comité électoral lors des législatives de 1863, où ils font campagne pour les opposants, dont Jacques Louis Hénon. Rentrés de déportation respectivement en novembre 1858 et au début de l’année 1859, François Marie Saunier et Eugène Auguste Cornu y côtoient, outre Pierre Broliquet et Jacques Louis Hénon, Alphonse Marie Morellet et Gabriel Edant. Après avoir été élu conseiller général pour l’arrondissement de Lyon dans l’opposition en 1853, ce dernier refuse de prêter serment et est révoqué rapidement. Pendant que les instances locales sont prises en main par les autorités préfectorales, les élections cantonales comme les législatives sont des occasions pour les opposants de réactiver leurs réseaux et de faire campagne pour leurs hommes.
41Alors que de nombreux condamnés politiques de 1851 et 1852 sont graciés dans les années suivantes, l’attentat d’Orsini en janvier 1858 donne à nouveau lieu à une vague d’arrestations et à de nombreux contrôles61. Étudiées notamment dès 1869 par Eugène Ténot et Antonin Dubost62, et plus récemment remis au jour par Jean-Claude Vimont63, les victimes de la loi des suspects de 1858 – dont les évaluations varient entre quelques centaines et plusieurs milliers64 – sont en très grande majorité des militants républicains actifs et beaucoup ont déjà été condamnés en 1851. Mal connue, cette histoire des déportés et prisonniers de 1858 fait suite à la loi de sûreté générale du 19 février qui condamne à l’internement ou à l’expulsion tout individu représentant une menace pour la sécurité65. À ce titre, les membres des sociétés secrètes et des groupes républicains sont les premiers visés. Après l’élection de Jacques Louis Hénon aux législatives le parti républicain lyonnais connaît un second souffle et les autorités s’emploient à nouveau à une surveillance active qui vise à stopper les « partis hostiles [...] ennemis des institutions nationales66 ». Eugène Ténot et Antonin Dubost analysent, une décennie après, la mesure :
Quiconque avait été républicain et conservait sa foi politique ; quiconque avait défendu le droit en 1851 ; quiconque avait été à cette date funèbre frappé par les vainqueurs ; tous ceux qui, renfermés dans leur foyer domestique, attendaient le retour de la liberté ; ceux surtout qui, l’année précédente, avaient osé prendre part à la lutte électorale, tous ces suspects purent trembler pour leur fortune et leur liberté. L’heure était venue où, sans motifs, sans explications, sans jugement, en pleine paix, ils allaient être jetés par centaines dans les geôles du pouvoir et de là transportés à Cayenne ou en Afrique67.
42Dans le Rhône, 15 hommes sont déportés et de nombreuses arrestations ont lieu. Parmi les arrêtés, des meneurs du mouvement ouvrier, d’anciens membres des Voraces et des mutuellistes sont majoritaires. Nous trouvons également d’anciens conseillers municipaux ou membres des comités provisoires. Guillaume Vincent et Claude François Pallud, membres du Comité de l’hôtel de ville, sont ainsi condamnés à la déportation. De nombreux conseillers déjà victimes des arrestations de 1849 ou de décembre 1851 figurent également parmi les personnes arrêtées. Le conseiller municipal croix-roussien François Marie Saunier est de ceux-là, accusé d’être membre des Invisibles et vu comme l’un des acteurs de la campagne républicaine lors des législatives de 185768, tout comme Eugène Auguste Cornu. L’ancien maire de la Guillotière, acteur de l’insurrection de juin 1849 comme chef de la Nouvelle Montagne et membre des Invisibles, a une première fois fuit en Suisse puis, revenu à Lyon à la fin de l’année 1849, il retrouve son siège au conseil municipal, ainsi que ses responsabilités au sein de la société secrète. Condamné par contumace à la déportation, il est gracié en 1855 et retrouve l’ancien faubourg, désormais le troisième arrondissement de Lyon. La loi de sûreté générale entraîne à nouveau son arrestation en 1858 et il est une nouvelle fois condamné à la déportation en Algérie, où il reste une année, retrouvant Lyon en 1859 après l’amnistie impériale69. Les anciens conseillers républicains de la Guillotière, Jean Marie Perret et Jean Baptiste Barbecot, figurent également parmi les victimes de cette purge, même s’ils échappent à la déportation. Jean Baptiste Barbecot, déjà arrêté en juin 1849, est à nouveau fait prisonnier le 16 janvier 1852 pour affiliation aux sociétés secrètes. Déporté à Oran puis à Mers el-Kébir, il bénéficie du mouvement général d’amnistie de 1853 et revient à Lyon. Cinq ans plus tard, après l’attentat contre l’empereur, la police l’arrête et il est condamné à six mois de prison en tant que membre des Invisibles. Jean Marie Perret, fondateur de la Société des fleurs, piégé le 6 décembre 1851 puis condamné le 19 décembre à deux ans de prison et 1 000 francs d’amende70, est envoyé à Belle-Île où il séjourne jusqu’en 1854, puis revient à Lyon. Quatre ans plus tard, les autorités l’arrêtent à nouveau et l’accusent d’être un membre actif de la Marianne, société secrète née dans les années 1850 en Anjou puis organisée à l’échelle nationale et qui vise au rétablissement de la république. Cette société secrète, responsable d’une grande insurrection dans l’ouest de la France en 1855, est particulièrement visée par la surveillance et nombre de ses membres sont arrêtés et déportés. Jean Marie Perret est condamné à nouveau à deux mois de prison, il est ensuite relâché et en profite pour fuir en Suisse. Là, durant les années 1860, il devient employé des chemins de fer, mais poursuit, depuis l’étranger, son combat contre l’empereur en participant à l’introduction et à la diffusion dans l’Empire de publications hostiles à Napoléon III71.
43Dans les années 1860, après l’ouverture libérale, les groupes d’opposition se réorganisent, mais la surveillance des opposants ne cesse pas pour autant. Les correspondances entre la préfecture et le ministère de l’Intérieur témoignent des gardes sur lesquelles restent les services de renseignements. Ainsi, les sociétés secrètes républicaines, le mutuellisme et le carbonarisme sont encore très actifs et tentent régulièrement de contrer le pouvoir bonapartiste. Parmi les membres de ces sociétés dans les années 1850 et 1860, nous retrouvons naturellement d’anciens meneurs républicains de 1848, comme Jean Michel Marchal, conseiller municipal de la Guillotière entre octobre 1850 et décembre 1851, inculpé après avoir tenté, avec l’ancien maire Eugène Auguste Cornu, de s’emparer de la mairie de la Guillotière au lendemain du coup d’État du 2 décembre 1851. Après sa condamnation à l’exil, commuée en surveillance en décembre 1852, il est libéré en mai 1856 et retrouve très vite une position importante au sein de l’opposition locale. Il est d’ailleurs élu conseiller d’arrondissement du huitième canton (correspondant à l’ancien faubourg) en 1864. Il est par exemple désigné comme l’un des meneurs du parti républicain et à sa mort, en 1866, le préfet rappelle son rôle au sein de l’antibonapartisme lyonnais :
Un des hommes marquants de ce parti, M. Marchal, conseiller d’arrondissement, nommé par le quartier de la Guillotière, est mort à la fin de juillet. Interné en 1852, comme condamné politique, il avait conservé quoiqu’impotent, un entier ascendant sur les hommes d’action qui se sont réunis en grand nombre autour de son cercueil. La cérémonie n’a d’ailleurs donné lieu à aucune manifestation72.
44« Malade de corps mais sain d’esprit73 », il meurt sans postérité, laisse une fortune supérieure à 250 000 francs74 et désigne la ville de Lyon comme légataire universel, témoignant son attachement à la cité qui l’a vu naître. Selon ses dernières volontés, sa fortune doit être employée d’une part pour l’établissement de bienfaisance des enfants aveugles de Lyon et pour l’œuvre de la société d’instruction primaire du Rhône et d’autre part en faveur des hospices civils75.
45Aux côtés de Jean Michel Marchal, d’autres anciens conseillers municipaux s’opposent de manière plus ou moins virulente au Second Empire. En 1868, le contexte de la libéralisation de la presse – qui n’est plus soumise à partir du 11 mai à une autorisation préalable –, ainsi que l’abolition des avertissements et la baisse du prix du timbre permettent à d’aucuns de manifester publiquement leurs idées. Ainsi, dès le 15 mai, à Lyon,
deux nouvelles feuilles démocratiques sont en projet de formation, l’une est fondée à l’aide de souscriptions par une commission de dix-sept membres bien connus pour leurs opinions avancées et à la tête de laquelle se trouve l’avocat Royer ; l’autre se formerait sous le patronage de MM. Varambon, Ferrouillat et Bonnardel et qui n’ont pas voulu s’associer à la fondation du Premier Journal, ils prétendent qu’eux seuls ont le droit, à Lyon, de faire un programme démocratique, que seuls ils sont revêtus, par mandat, du caractère nécessaire. On prévoit donc entre ces deux feuilles à naître une rivalité qui ne peut que nuire à leur développement, si même elle ne s’oppose à leur naissance76.
46Dans le renouveau de la presse d’opposition, qui prend jour en mai 1868, les journaux lyonnais ne sont pas en reste et de nombreuses feuilles sont créées, la plupart dans une lignée républicaine et anticléricale. Déjà, en 1865, l’éphémère Journal de Guignol signe les débuts de la presse satirique du Second Empire et des dizaines de titres sont fondés, avec plus ou moins de succès. Certains conseillers républicains figurent alors, comme le souligne le préfet du Rhône, parmi les fondateurs ou les soutiens de ces nouvelles publications. Ainsi, L’Avenir démocratique se met en place en mai 1868 autour de l’avocat Le Royer : « Un organe politique, L’Avenir démocratique, est en train de se former à Lyon. Le nouveau journal se monte par deux mille actions de cent francs. Sa devise : Le progrès par la liberté. Rédacteur : M.E. Le Royer. Fondateurs : A. Chavanne, Michaud, L. Ardieu, Comte, Chaboud, etc.77. »
47Aux côtés d’Étienne François Chaboud, opposant socialiste et déjà candidat du Club démocratique pour les législatives dès 1850, nous retrouvons également, parmi les membres actifs de L’Avenir démocratique, Nicolas Ducarre, conseiller municipal à Lyon entre 1848 et sa démission le 26 décembre 1851. Fabricant de toiles cirées, il est un républicain plutôt modéré et n’est, à ce titre, pas visé par l’épuration qui suit le 2 décembre 1851, bien qu’il soit perçu comme l’« un des hommes les plus intelligents du parti démocratique78 ». Sa participation comme cofondateur du journal est l’un des premiers actes qui le placent réellement dans l’opposition, comme le souligne, deux ans plus tard, le journal politique et satirique La Mascarade :
Démocrate et franc-maçon. Porte une barbe rousse et des lunettes bleues [...]. M. Ducarre n’a joué à ce jour qu’un rôle politique assez effacé. Il se borne à signer tous les six mois une pétition contre la commission municipale et à faire quelques conférences. Peut-être préfère-t-il fabriquer des toiles imperméables. A essayé pourtant de fonder un journal qui devait s’appeler L’Avenir démocratique. Le journal est tombé dans l’eau ; espérons que l’avenir démocratique ne subira pas le même sort79.
48Le journal, « mort-né80 », ne paraît en effet qu’une seule fois. Le deuxième titre dont il est question dans le rapport du préfet au ministère de l’Intérieur regroupe également, parmi ses fondateurs et ses souscripteurs, plusieurs anciens conseillers municipaux républicains. Parrainé par Jacques Louis Hénon, et au sein duquel est également présent Joannis Ferrouillat, le journal La Discussion, journal modéré, survit quelques mois de plus, paraissant entre juillet 1868 et août 1869 et publiant au total 49 numéros.
49Ainsi, les anciens conseillers municipaux républicains traversent tant bien que mal la période impériale. Si beaucoup quittent la vie politique après le coup d’État, d’autres entrent dans l’opposition et s’y montrent plus ou moins actifs. La surveillance continue des autorités centrales et préfectorales – en sommeil ou réactivée lors des crises – pousse certains à fuir et beaucoup sont inquiétés régulièrement par les forces de police. Certains militent depuis l’étranger – la Suisse notamment –, d’autres par des pétitions dans la presse, tandis qu’une majorité s’efface – définitivement ou non – de la vie politique locale : Jean Baptiste Grinand choisit par exemple de se rendre aux États-Unis où il prend part à la guerre de Sécession81. Progressivement, une libéralisation se produit pourtant et, à la veille de la défaite de Sedan en septembre 1870, tous les condamnés politiques ont été graciés et la presse républicaine, désormais autorisée, essaime. La chute du Second Empire donne l’occasion à ces meneurs de revenir sur le devant de la scène politique locale.
Le retour de 1870
50Si la ville reste plutôt calme durant les dix-huit années du régime impérial, les oppositions sont de plus en plus nombreuses et Lyon accueille favorablement l’annonce de la chute de Napoléon III. Dès 1869, l’opposition républicaine locale connaît un nouvel élan et Jacques Louis Hénon milite activement à la chambre pour le retour d’une municipalité élue, rejoignant le premier point du Programme de Belleville. Lors du plébiscite de mai 1870, la deuxième ville de France avait voté massivement contre l’empereur avec 36 000 voix, pour 23 000 votes favorables à Napoléon III. En août, les opposants au régime s’organisent, présageant la fin du Second Empire : « Le 20 août 1870, au café Casati, sur l’initiative de l’avocat René Béranger, des républicains, Le Royer, Ducarre, Varambon, Ferrouillat, Favier, Baudy, Crestin, envisageaient la formation d’un comité municipal qui prendrait le pouvoir aussitôt l’empire tombé82. » Lors de cette réunion, le projet de rétablir à Lyon des élections municipales est repris et d’aucuns utilisent la loi municipale non encore appliquée, qui donne à Lyon le droit d’élire son assemblée municipale, et mettent dès lors en place une liste de candidats83. C’est ce groupe, dont Jacques Louis Hénon prend rapidement la tête, qui proclame, au matin du 4 septembre 1870, la nouvelle république. Le conseil municipal impérial a cessé de fonctionner depuis dix jours84, et c’est une commission nouvelle, sous le nom de « Comité de salut public » et regroupée autour de 77 membres, qui s’empare de l’hôtel de ville. Aux côtés de nouvelles figures du républicanisme lyonnais se trouvent des personnalités déjà présentes dans les comités provisoires en 1848 et certains anciens conseillers municipaux. Guillaume Vincent, Joseph Lentillon ou Joseph Carle appartiennent à la première catégorie, tandis que les anciens élus Jean Baptiste Grinand, Jacques Louis Hénon, Jean Marie Perret et Germain Vallier composent également ce conseil provisoire. Si les vétérans de 1848 restent très minoritaires, ils y occupent des fonctions centrales : Germain Vallier est l’un des secrétaires et Jean Marie Perret est le comptable avant de devenir le président. Très vite, l’un des engagements du comité – l’organisation d’élections municipales au suffrage universel direct masculin – est tenu. Dès le 15 septembre, soit onze jours après la chute de l’Empire, les élections ont lieu. Les citoyens désignent à cette occasion – pour la première fois depuis près de vingt ans – 50 conseillers municipaux. Dans un contexte agité, lié à la suite de la guerre, aux manifestations anarchistes et à la mise en place d’une organisation communale concurrente, on se félicite du retour à Lyon d’élections municipales : « Les élections ont eu lieu avec le plus grand ordre et la plus entière liberté, en dehors de toute espèce de pression ; il ne saurait donc y avoir de contestation possible – et nous devons tous nous incliner devant ce maître souverain qui s’appelle le suffrage universel85. »
51Lors de la séance inaugurale, les nouvelles attributions du conseil républicain sont exposées : « Le conseil aura un double but à poursuivre : prendre une part active et énergique à la défense nationale et procéder à l’organisation d’une administration franchement et fortement républicaine86. » Notons également que Lyon connaît, en ce mois de septembre 1870, un mouvement révolutionnaire parallèle qui s’oppose aux nouveaux pouvoirs en place (le conseil municipal élu comme le préfet) et propose, deux jours après les élections, la création du Comité central du salut de la France, derrière notamment Mikhaïl Bakounine, arrivé à Lyon le 14 septembre. Ce mouvement, resté dans les annales comme la Commune de Lyon, se conclut le 28 septembre par une grande manifestation aux Terreaux où les manifestants s’emparent de l’hôtel de ville, mais sont rapidement réprimés par la Garde nationale. Toujours est-il que c’est un pouvoir local contesté qui s’installe, dans un contexte national agité. Rapidement, le nouveau conseil élu se réunit, au soir même du 15 septembre. Parmi les conseillers municipaux élus, nous retrouvons 8 anciens membres. Opposants condamnés à de multiples reprises, Germain Vallier et Jean Marie Perret retrouvent, dix-neuf ans après, un siège au conseil municipal. Populaire et bon gestionnaire, Germain Vallier réalise, dans les débuts de la Troisième République, une carrière politique brillante. Après sa collaboration avec Eugène Sue, puis son arrestation et son exil, il retrouve à Lyon une position centrale dès la commission provisoire, jouissant d’une image forte au sein du parti républicain : « Très radical, très politique, très versé dans les questions économiques. A rendu et rendra des services », lit-on en effet dans la presse locale87. Élu le 15 septembre par le quatrième arrondissement, il est adjoint au maire de Lyon et semble posséder un grand pouvoir au sein de la municipalité. En effet, « son omnipotence Vallier, grand adjoint de la ville88 », occupe une position clé à la mairie jusqu’en 1873. Ensuite, il se consacre à d’autres responsabilités : conseiller général élu en 1875, il est vice-président de l’institution puis nommé sénateur du Rhône (en remplacement de Jules Favre) en 1880 et se place au sein de l’Union républicaine. Il exerce comme sénateur jusqu’en juin 1883, date de sa mort, mais y prend peu la parole : La Renaissance dit en effet de lui qu’il « tient mal le crachoir89 ». Il laisse l’image d’un « cœur noble, un esprit généreux, une figure sévère90 ». Compagnon de lutte de Germain Vallier, Jean Marie Perret connaît, sous la Troisième République, une carrière politique qui passe également par le conseil général : « ancien persécuté de toutes les monarchies et ne s’en vante jamais91 », il siège au conseil municipal en 1870, mais n’est plus candidat en 1871. Il est ensuite conseiller général du Rhône entre 1871 et sa mort en 1876. Le conseil général lui rend hommage en ces termes : « Républicain de vieille date, dont l’énergie des convictions ne s’est jamais démentie devant les persécutions de la monarchie de Juillet et de l’Empire92. »
52Plusieurs anciens conseillers municipaux ne figurent pas parmi les membres du Comité de salut public, mais sont élus magistrats municipaux en septembre : Jean Baptiste Barbecot, Jean Marie Bacot, Pierre Fertoret, Nicolas Ducarre, ainsi que les anciens membres du Comité de l’hôtel de ville Joseph Carle et Joseph Benoît. Le souvenir qu’ils ont laissé dans la ville, leurs évolutions professionnelles et leurs engagements politiques font ainsi d’eux des hommes à qui leurs concitoyens confient la direction de la ville. « Franc à outrance [...]. Ancien proscrit93 », Jean Baptiste Barbecot fait partie des élus. Ancien charpentier, il est à cette époque rentier et est également désigné comme officier d’état civil pour le troisième arrondissement, où il adopte une attitude modérée, hostile aux socialistes et proche des républicains radicaux. À Lyon, il est réélu jusqu’en 1876 et meurt en 1881. Tout au long de son parcours public et politique, il demeure « très populaire parmi la classe ouvrière de la Guillotière [...] chaud partisan de la commune, libre penseur, franc-maçon94 ». Même s’il est présenté comme partisan de la Commune à Lyon, il se prononce contre le mouvement du 4 avril 1871 en soutien à la Commune de Paris après qu’Émile Victor Duval a été fusillé par les Versaillais.
53Procureur de la République en 1848 et conseiller municipal à Lyon durant tout le régime républicain, Jean Marie Baptiste Bacot est quant à lui associé dans l’opinion publique à la Deuxième République. S’il échappe à la purge bonapartiste, ses carrières professionnelle et politique se poursuivent modestement dans la période impériale : candidat de l’opposition aux législatives de 1857, il échoue contre Laurent Descours, favori de l’empereur. Redevenu avocat, notamment au sein du bureau d’assistance judiciaire près de la cour d’appel de Lyon95, il est néanmoins conseiller général entre 1863 et 1871. Celui qui possède « la sagesse et le bon sens de ne pas confondre le mot république avec républicratie96 » retrouve rapidement, à partir de 1870, une position clé dans la magistrature lyonnaise : il est nommé dès septembre 1870 procureur de la République, est élu conseiller municipal et voit son mandat renouvelé l’année suivante. En 1878, il devient maire du cinquième arrondissement de Lyon et est décoré à cette même époque du titre de chevalier de la Légion d’honneur. Il meurt en 1881 à l’âge de 82 ans. Notons aussi le brillant parcours de Nicolas Ducarre97. Après avoir tenté une carrière dans la presse d’opposition, il entreprend, après la défaite de Sedan, une carrière politique et est élu conseiller municipal en septembre 1870 puis député en 1871. Dans son édition du 7 mai, Le Vengeur lui reproche rapidement son ambition politique, qui le détournerait de ses opinions premières :
Laid par accident98, franc-maçon par goût, orateur à Lyon, muet à Versailles. Triple ambitieux, doutant toujours et quand même de la capacité d’autrui – Trois partis au moins réclament l’honneur de le posséder ! Sans compter le parti jésuitico-bourgeois qui le fait aller à la messe. Un détail – très aimable avec les rédacteurs du Salut et de la Décentralisation99.
54Au conseil municipal comme à l’Assemblée, le fabricant de toiles cirées se montre en effet modéré : il s’oppose à la Commune de Lyon et siège dans les rangs de la gauche républicaine. Non nommé en 1874, il ne se représente pas aux législatives de 1876. « Célèbre dans l’art de tenir le crachoir100 », il meurt le 2 juillet 1883, laissant dans la ville une image trouble, L’Ancien Guignol, journal satirique, titrant même à l’occasion « mort mais pas regretté » :
Jamais homme ne trahit les siens, ne calomnia ces concitoyens avec plus de cynisme que Nicolas Ducarre [...]. Il fut nommé conseiller municipal et voyait déjà certainement, ses flancs ceints de l’écharpe de maire ; l’insuccès de ses intrigues l’irrita. [...] Nicolas Ducarre député fut l’inspirateur de cette petite œuvre de bile et de haine qui porta le nom de rapport de M. le comte de Ségur sur les événements de Lyon en 1870-1871. [...] Pendant qu’il siégeait, Nicolas Ducarre était le correspondant de deux journaux lyonnais : le Salut public – connu – et le Journal de Lyon, journal de nuance républicaine, d’un républicanisme fort modéré mais loyal101.
55Les républicains ont milité durant tout le Second Empire contre une commission municipale nommée, symbole pour eux de la toute-puissance bonapartiste. Pourtant, une fois au pouvoir, ce système est brièvement remis en place. En effet, entre 1873 et décembre 1874, la ville est à nouveau administrée par une commission municipale nommée par les pouvoirs centraux et dirigée à l’échelle préfectorale. Il est alors étonnant de constater que, parmi les nommés, nous retrouvons certains des anciens conseillers municipaux : ils sont en effet 5 dans ce cas, dont 4 ont siégé sous le Second Empire. Jean Jacques Guillaume Ducruet (conseiller entre 1853 et 1865), Mathieu Thomasset et Henri Louis Baudrier (nommés entre 1869 et 1870), François Marie Renard (au conseil entre 1868 et 1870) auxquels se mêle Jean Louis Richard-Vitton, conseiller de la Deuxième République (1848-1851) qui siège jusqu’à son décès en février 1874. S’y ajoutent Édouard Mathieu Aynard, lui-même neveu de François Henri Aynard, et Auguste Verne de Bachelard, le fils de l’ancien conseiller orléaniste. Dans le vivier de recrutement des autorités, les familles traditionnelles de l’élite conservatrice sont encore sur le devant de la scène. Ici, un parallèle patent existe entre les nominations impériales et celles de 1873. Si l’expérience de la nomination tourne court – des élections municipales au suffrage universel ayant lieu les 22 et 29 novembre 1874 –, la mairie est à nouveau dirigée par la préfecture entre 1877 et 1879, et il faut attendre 1881 pour un rétablissement de la mairie centrale et du poste de maire.
56Parmi les élus de la période suivante, Étienne Chaboud et Jean Baptiste Grinand retrouvent un siège au conseil municipal en décembre 1874. Membre du comité provisoire de 1870, mais non élu le 15 septembre, Jean Baptiste Grinand poursuit sa carrière politique dans les instances départementales : il est en effet conseiller général du Rhône jusqu’en 1874, puis élu conseiller municipal de Lyon, où il siège jusqu’aux élections de mai 1884, à l’issue desquelles il ne se représente pas (il a alors 70 ans). Dans l’occupation familiale des fonctions, il n’est pas en reste puisqu’il laisse ensuite la main à son fils Jean-Marie, qui devient à son tour conseiller municipal de Lyon à partir de 1884. Quant à Étienne Chaboud, dont « l’influence était considérable dans la ville102 », il est également conseiller d’arrondissement élu à Villeurbanne dans les années 1870 et siège à Lyon jusqu’à sa mort le 10 juillet 1883. Lors de l’hommage posthume que lui rend le conseil municipal, ce sont davantage ses actions passées, en faveur des ouvriers comme de l’instauration de la Deuxième République, qui sont mentionnées, rappelant l’importance de la mémoire républicaine dans la désignation des édiles des débuts de la Troisième République :
Chaboud appartenait à la génération de 1848, élite de la démocratie, qui, par le dévouement et le zèle apportés à l’accomplissement de ses devoirs civiques, mérite d’être donnée comme exemple aux jeunes générations. En présence du deuil qui nous frappe, je propose, ajoute M. le Maire, de lever la séance pour honorer la mémoire de ce regretté citoyen. M. Grinand tient à ajouter quelques mots aux paroles prononcées par M. le Maire. En 1834, dit-il, à peine âgé de 17 ans, Chaboud prenait part, autant que sa jeunesse le permettait, aux événements de cette époque et s’y montrait crâne et dévoué. Cet ancien soldat de la République a bien mérite de ses concitoyens. Je suis heureux de constater que le conseil municipal rend un juste hommage à l’un des plus vaillants combattants de la République103.
57Connaissant un parcours plus modeste et ne siégeant au conseil municipal que peu de temps, l’ancien cafetier de la Guillotière Pierre Fertoret est également un ancien élu de 1848, inculpé en 1851. Il n’est pas réélu en 1871 et quitte ensuite la vie politique. Enfin, rappelons la carrière de Jacques Louis Hénon, qui, après avoir été député d’opposition puis brièvement maire provisoire du sixième arrondissement, est élu le 21 septembre 1870 maire de Lyon. Il occupe ce poste jusqu’à sa mort, le 31 mars 1872, à l’âge de 70 ans. Citons également certains proches d’anciens conseillers municipaux comme Édouard Mathieu Aynard, élu dès 1871, ou Joannis Ferrouillat, qui – alors que son frère Mathieu Émilien a choisi de suivre Napoléon III et de devenir conseiller municipal sous l’Empire (1869-1870) – est resté dans l’opposition et devient, dès le 15 septembre, conseiller municipal de Lyon, puis député du Var entre 1871 et 1876 et enfin sénateur entre 1876 et 1891.
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58L’échelle municipale, plus que pertinente pour comprendre les mécanismes et les processus en jeu dans l’accès au vote, dans ses pratiques, dans les profils et les comportements des élus autant que des nommés, est également un moyen privilégié pour analyser comment les pouvoirs centraux parviennent à reprendre la main, grâce aux dissolutions, aux nominations et aux contrôles. Ainsi, sous la Deuxième République, bien des élus n’appartenant pas aux élites traditionnelles se hissent, pour la première fois, dans les institutions communales. Peu en revanche y durent et beaucoup sont contraints, par dissolution et non-réélection ou par arrestation, de quitter le conseil après quelques mois, disparaissant ensuite de la vie politique et parfois de nos sources. Pour beaucoup, cela dit, la parenthèse républicaine joue comme un lieu de formation et d’apprentissage politiques, mis ensuite à profit, pour une partie, dans l’opposition des années 1850 et 1860 puis dans les premiers pas de la nouvelle république au lendemain de Sedan. Si la majorité des élus républicains ne siège que brièvement et ne laisse que peu de souvenirs dans l’histoire de la vie municipale lyonnaise, quelques-uns y trouvent un espace de politisation et un tremplin vers des carrières politiques plus importantes. En parallèle, au sein même du conseil, la période impériale signe pour Lyon le retour à un conservatisme tant politique que social : les figures nommées alors appartiennent aux élites traditionnelles et garantissent au régime ordre et stabilité.
Notes de bas de page
1 Les dernières séances ont lieu à Vaise le 12 février, à Lyon le 20 février, à la Croix-Rousse le 31 mars et à la Guillotière le 7 avril 1852.
2 John Merriman, Aux marges de la ville : faubourgs et banlieues en France (1815-1870), Paris, Éditions du Seuil, 1994, p. 80.
3 Ibid., p. 62.
4 Pierre-Yves Saunier, « La Croix-Rousse, de l’émeute à la lyonnaiserie », dans Philippe Dujardin & Pierre-Yves Saunier (dir.), Lyon, l’âme d’une ville, Lyon, Éditions lyonnaises d’art et d’histoire, 1997, p. 101.
5 Ibid.
6 AML, 3 W P 6_2, Délibérations du conseil municipal de la Croix-Rousse, séance du 29 février 1832.
7 Elle se compose de Pierre Auguste Cabias, Pierre Clapisson, Louis Antoine François Navier-Joannon, Hilaire Philippe Richan et Louis François Trolliet.
8 AML, 3 W P 6_2, Délibérations du conseil municipal de la Croix-Rousse, séance du 19 avril 1832.
9 Ibid.
10 Impôt perçu par les municipalités sur la valeur des marchandises importées au sein des villes.
11 AML, 3 W P 6_2, Délibérations du conseil municipal de la Croix-Rousse, séance du 10 janvier 1833.
12 ADR, PER 188 2, Le Courrier de Lyon, 20 décembre 1832.
13 AML, 1217 W P 54, Délibérations du conseil municipal de Lyon, séance du 25 juillet 1833.
14 AML, 3 W P 6_2, Délibérations du conseil municipal de la Croix-Rousse, séance du 3 août 1833.
15 ADR, PER 188 4, Le Courrier de Lyon, 6 septembre 1833, au sujet de la délibération des conseillers municipaux de la Croix-Rousse.
16 Ibid., 24 septembre 1833.
17 ADR, 2 Mi 108 D R 6, Le Salut public, 29 septembre 1849, qui relate le voyage du maire à Paris dans les jours précédents.
18 AML, 1217 W P 80, Délibérations du conseil municipal, Lyon, séance du 21 septembre 1849.
19 La Croix-Rousse dans sa séance du 25 septembre (AML, 3W P 11_2, Délibérations municipales, la Croix-Rousse), Vaise le lendemain (AML, 3 W P 6_2, Délibérations municipales, Vaise) et la Guillotière dans sa séance du 28 septembre (AML, 4 W P 10, Délibérations municipales, la Guillotière).
20 ADR, 2 Mi 108 D R 6, Le Salut public, 18 octobre et 12 novembre 1849.
21 AML, 1217 W P 82, Délibérations du conseil municipal de Lyon, séance du 17 mai1851.
22 ADR, 2 Mi 108 D R 13, Le Salut public, 16 février 1852.
23 AML, 2 W P 6_2, Délibération du conseil municipal, Vaise, séance du 20 février 1852.
24 AML, 4 W P 11, Délibérations du conseil municipal, la Guillotière, séances des 31 mars et 7 avril 1852.
25 AML, 1217 W P 85, Décret de nomination des membres de la commission municipale, registre des rapports et délibérations municipaux, 8 avril 1852.
26 Décret du 24 mars 1852.
27 ADR, 2 Mi 108 D R 13, Le Salut public, 29 mars 1852.
28 Voir à ce sujet John Merriman, Aux marges de la ville : faubourgs et banlieues en France (1815-1870), op. cit. ; Florence Bourillon & Annie Fourcaut (dir.), Agrandir Paris (1860-1970), Paris, Publications de la Sorbonne / Comité d’histoire de la Ville de Paris, 2012.
29 Yves Lequin, Les Ouvriers de la région lyonnaise (1848-1914), Lyon, Presses universitaires de Lyon, 1977, vol. 1, p. 177.
30 ADR, 2 Mi 108 D R 14, Le Salut public, 14 mai 1852.
31 ADR, 2 M 64, Correspondance préfet-municipalité.
32 AML, 1217 W P 85, Délibérations de la commission municipale, 1852.
33 Cité par Estelle Barbier, Le Sénateur Vaïsse et ses collaborateurs (1853-1864), mémoire pour la maîtrise d’histoire, Lyon, Université Lyon 3, 1998, p. 121.
34 AML, 1217 W P 101, Délibérations municipales, séance du 26 avril 1861.
35 ADR, 1217 W P 100, Délibérations du conseil municipal, séance du 18 juillet 1860.
36 ADR, 3 M 1326, Note sur Laurent Descours.
37 Il est aussi candidat officiel aux législatives de 1863.
38 ADR, 3 M 1326. Barthélemy Arlès-Dufour est fait commandeur de la Légion d’honneur sur proposition du ministre de l’Agriculture pour sa position à la chambre de commerce, même si sa position au sein du conseil municipal est rappelée. Bernard Vidal-Galline, Claude Anthelme Benoît, Jean Louis François Richard-Vitton et Paul Joly sont honorés du titre de chevalier sur proposition du ministre de l’Intérieur à la fois pour leurs fonctions municipales et pour d’autres fonctions, professionnelles ou publiques.
39 Le Second Empire met en place la pratique de la candidature officielle : le candidat désigné par le gouvernement est le seul à avoir le droit d’utiliser une affiche blanche, réservée au pouvoir, ce qui le distingue de fait des autres candidats.
40 ADR, 3 M 1323, Législatives de 1852.
41 ADR, 3 M 1324, Législatives de 1857.
42 Ibid. Ce comité électoral a été créé en vue des législatives. Son surnom vient du Comité polonais, mis en place en 1831 pour soutenir la Pologne lors de l’invasion russe, dont il est l’héritier.
43 Ibid.
44 ADR, 3 M 1325, Législatives de 1863.
45 Il est cependant battu aux élections de 1849 et redevient député du Rhône après les législatives de 1863.
46 Estelle Barbier, Le Sénateur Vaïsse et ses collaborateurs (1853-1864), op. cit., p. 44.
47 ADR, 3 M 1325, Législatives de 1863.
48 Notice « Cochard », dans Jean Maitron (dir.), Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier français, en ligne : https://maitron.fr/spip.php?article28857 (octobre 2022).
49 ANF, BB6(II)/23, Dossier de magistrat, Baudrier, lettre du premier président de chambre de Lyon, 22 décembre 1868.
50 ADR, 3 M 1323, Notes sur Émile Sain Rousset de Vauxonne.
51 Son père, Claude Thomas Caquet d’Avaize, est anobli comme receveur du grenier à sel, contrôleur des actes et capitaine chapelain au début du xixe siècle.
52 Jean Tricou, Armorial et répertoire lyonnais, Lyon, Gaston Saffray, 1965.
53 ADR, 2 M 48, Maires et adjoints de l’arrondissement de Lyon.
54 Ouvrage paru en février 1869, la citation est extraite du journal La Discussion, no 2, 13 mai 1871, en ligne : https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k1195656w?rk=42918;4 (octobre 2022). Voir aussi Estelle Barbier, Le Sénateur Vaïsse et ses collaborateurs (1853-1864), op. cit., p. 116.
55 Ce point se retrouve très fréquemment dans les discours des opposants dont, par exemple, dans le Programme de Belleville (15 mai 1869) du Comité électoral de Belleville. Ce comité républicain parisien a été créé à l’occasion des élections législatives de mai 1869 autour du candidat Léon Gambetta. À cette occasion, il prononce un discours qui comporte 18 revendications et sera la base du programme du parti radical sous la Troisième République.
56 ADR, PER 188 8, Le Courrier de Lyon, 2 juillet 1870.
57 Yves Lequin, Les Ouvriers de la région lyonnaise (1848-1914), Lyon, Presses universitaires de Lyon, 1977, vol. 2, p. 171.
58 ADR, 1 M 115, Dossiers individuels des arrêtés de décembre 1851, « Hervier », lettre du 18 février 1853.
59 ADR, 1 M 114, Dossiers individuels des arrêtés de décembre 1851, « Broliquet », lettre du 22 avril 1854.
60 Ibid., Lettre du 6 octobre 1854.
61 Le 14 janvier 1858, un attentat vise Napoléon III alors qu’il se rend à l’Opéra. Trois bombes sont lancées, épargnant le couple impérial, mais faisant huit morts. L’auteur est Felice Orsini, nationaliste italien.
62 Antonin Dubost & Eugène Ténot, Les Suspects en 1858, Paris, Le Chevalier, 1869.
63 Jean-Claude Vimont, « Les déportés républicains de 1858 » [1999], Criminocorpus, 2013, en ligne : http://criminocorpus.revues.org/1943 (octobre 2022).
64 Alain Plessis indique, non sans précautions, que cette répression fit « environ 430 victimes, condamnées pour la plupart à la déportation en Algérie ». François Caron, de son côté, dénombre 20 000 arrestations et perquisitions. Il précise que le nombre des déportés en Algérie « dut finalement s’élever à 3 752 ». Guy Antonetti, quant à lui, demeure laconique : « 2 000 personnes sont inquiétées. » Pour sa part, André Encrevé mentionne un millier d’arrestations arbitraires et plus de 400 déportations en Algérie. Ibid.
65 Loi du 19 février 1858, article 7.
66 Discours de Napoléon III à la Chambre, 18 janvier 1858, cité dans Annuaire des deux mondes : histoire générale des divers états, 1857, en ligne : https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k5686104h/f120.item.r=%22ennemis%20des%20institutions%20nationales%22 (octobre 2022).
67 Antonin Dubost & Eugène Ténot, Les Suspects en 1858, op.cit., p. 99.
68 ADR, 1 M 113 ; Jean Maitron (dir.), Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier français, op.cit. ; Jean-Claude Vimont, « Les déportés républicains de 1858 », art. cité.
69 Ibid.
70 Soit environ 7 500 euros.
71 Voir la notice « Perret », dans Jean Maitron (dir.), Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier français, en ligne : https://maitron.fr/spip.php?article227584 (octobre 2022).
72 ANF, F/1CIII/Rhône 15, Correspondance du préfet avec le ministre de l’Intérieur, sur le rapport du 22 août 1866.
73 ADR, 3 E 29740, Testament, Jean Michel Marchal, enregistré devant Chaze, 26 juin 1865.
74 Soit environ 1,9 million d’euros. ADR, 3 Q 321192, Déclaration de mutation, Jean Michel Marchal, 2 juin 1869.
75 ADR, 3 E 29740, Testament, Jean Michel Marchal, enregistré devant Chaze, 26 juin 1865.
76 ANF, F/1CIII/Rhône 15, Correspondance du 15 mai 1868.
77 Le Refusé, no 26, 2 mai 1868, en ligne : https://collections.bm-lyon.fr/BML_01PER0030217961?pageOrder=1 (octobre 2022).
78 La Mascarade, no 64, 24 avril 1870, en ligne : https://collections.bm-lyon.fr/PER00313311 (octobre 2022).
79 Ibid.
80 Le Rasoir, no 21, 18 septembre 1869, en ligne : https://collections.bm-lyon.fr/PER00320204 (octobre 2022).
81 Jean Maitron précise : « Selon la police (note du 10 septembre 1872), il aurait servi sous les ordres du président de la Confédération sudiste Jefferson Davis lors de la guerre de Sécession, ce qui paraît peu vraisemblable et peut provenir d’une confusion de plume entre Nord et Sud », notice « Grinand », dans Jean Maitron (dir.), Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier français, en ligne : https://maitron.fr/spip.php?article24761 (octobre 2022).
82 André Kleinclausz, Histoire de Lyon, 3. De 1814 à 1940 [1952], Marseille, Laffitte, 1978, p. 212.
83 Ibid.
84 La dernière séance du conseil municipal impérial se tient le 2 septembre 1870.
85 La Mascarade, no 85, 18 septembre 1870, en ligne : https://collections.bm-lyon.fr/PER00313332 (octobre 2022).
86 AML, 2 CM 2, Délibération du conseil municipal, séance du 16 septembre 1870.
87 Le Vengeur, no 4, 7 mai 1871, en ligne : https://collections.bm-lyon.fr/PER00310219 (octobre 2022).
88 La Mascarade, no 214, 9 mars 1873, en ligne : https://collections.bm-lyon.fr/PER00313469 (octobre 2022).
89 La Renaissance, no 353, 6 novembre 1881, en ligne : https://collections.bm-lyon.fr/PER00319724 (octobre 2022).
90 La Bavarde, no 113, 24 juin 1883, en ligne : https://collections.bm-lyon.fr/PER00315090 (octobre 2022).
91 Le Vengeur, no 4, 7 mai 1871, en ligne : https://collections.bm-lyon.fr/PER00310219 (octobre 2022).
92 ADR, 1 N 74, Délibération du conseil général, 24 avril 1876.
93 Le Vengeur, no 4, 7 mai 1871, en ligne : https://collections.bm-lyon.fr/PER00310219 (octobre 2022).
94 Rapport du cabinet du préfet du Rhône, 28 mai 1872, cité par Jean Maitron (dir.), Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier français, en ligne : https://maitron.fr/spip.php?article24475 (octobre 2022).
95 ANF, LH 87 94, Dossier de Légion d’honneur, Jean Marie Baptiste Bacot, note du 5 mars 1878.
96 La Mascarade, no 140, 8 octobre 1871, en ligne : http://collections.bm-lyon.fr/PER00313388 (octobre 2022).
97 Il se fait appeler Ferdinand dès 1870 dans certaines sources officielles. Après vérification (état civil, procès-verbaux, etc.), il s’agit bien du même individu.
98 Il a en effet été défiguré en 1859 par un incendie dans son usine.
99 Le Salut, créé par les ouvriers en 1848, est devenu un titre modéré. La Décentralisation est également un journal lyonnais mais légitimiste. Le Vengeur, no 4, 7 mai 1871, en ligne : https://collections.bm-lyon.fr/PER00310219 (octobre 2022).
100 La Renaissance, no 353, 6 novembre 1881, en ligne : https://collections.bm-lyon.fr/PER00319724 (octobre 2022).
101 Article signé Cadet. L’Ancien Guignol, no 72, 7 juillet 1883, en ligne : https://collections.bm-lyon.fr/PER00320352 (octobre 2022).
102 L’Excommunié, no 61, 18 juin 1870, en ligne : https://collections.bm-lyon.fr/PER00311298 (octobre 2022).
103 AML, 2 CM 55, Délibérations du conseil municipal de Lyon, séance du 10 juillet 1883.
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