Le n’importe quoi, le n’importe comment et le n’importe où
Trois dimensions de l’écriture du Journal de Gide
p. 153-164
Texte intégral
1 Notre intention, dans cette communication, est d’explorer quelques-uns des problèmes que pose l’écriture du n’importe quoi dans le Journal de Gide. Ou, plus précisément, le rôle que peut jouer ce genre de propos et pourquoi Gide s’efforce – c’est lui-même qui le dit – d’écrire « n’importe quoi » ; et cela en parallèle avec deux autres dimensions de l’écriture du Journal : le n’importe où et le n’importe comment. Ces trois dimensions forment, on le verra, une sorte de trilogie : le n’importe où et le n’importe comment fonctionnent, pour Gide, comme des moyens pour parvenir au n’importe quoi.
2Un des paradoxes qui frappent tout lecteur du Journal de Gide est le suivant : d’un côté, c’est un texte reconnu comme étant un des plus importants de son œuvre. Par exemple, récemment, dans un article dans l’hebdomadaire The New Yorker, Anthony Lane soutient que le Journal de Gide est « le cœur de son travail créatif » et au « centre de son œuvre » – c’est-à-dire non pas une espèce d’annexe à celle-ci1. Mais en même temps le Journal est un texte qui parle de choses insignifiantes, les insomnies, les maux passagers de l’auteur, pour ne pas mentionner maintes références aux lieux et aux circonstances de l’écriture, qui ne font pas, généralement, de la grande littérature.
3Il nous semble que l’on peut résoudre ce paradoxe de deux façons. Soit nous pouvons soutenir que n’importe quoi de Gide n’est jamais vraiment n’importe quoi ; autrement dit que n’importe quoi d’un grand auteur est toujours intéressant. (On se souvient peut-être que quand Olivier demande de la copie pour le premier numéro de L’Avant-Garde, et que Bernard répond qu’il ne voulait pas lui donner « n’importe quoi », Olivier répond à son tour que « n’importe quoi de toi, ce serait toujours bien [...] ce ne serait jamais n’importe quoi2 ».) Soit, autre possibilité, c’est de reconnaître le rôle que peut jouer, à l’intérieur du Journal, le n’importe quoi tel que Gide le conçoit. C’est ce deuxième point qui nous intéresse particulièrement. Il nous semble qu’une compréhension du rôle que joue le n’importe quoi dans le Journal de Gide est un des aspects qui nous permettront de voir le Journal comme un ensemble, voire comme une entité qui pourrait effectivement constituer le cœur de son travail créatif, bref, comme une entité littéraire.
4C’est en analysant la genèse du Journal qu’on peut comprendre l’importance du n’importe quoi pour l’écriture quotidienne de Gide. Contrairement à ce qu’on aurait pu croire, l’écriture journalière gidienne n’est pas caractérisée, dans ses débuts, par une abondance de notes qui parlent de n’importe quoi, pour ensuite laisser place, au fur et à mesure que Gide s’habitue à la forme, à des notations plus, soi-disant, sérieuses. Dans les débuts du Journal, Gide s’occupe, au contraire, de tout autre chose.
5Pour apprécier les motivations de Gide dans les débuts de sa pratique regardons les commentaires autoréférentiels – c’est-à-dire ceux où l’auteur commente sa propre pratique. Dans ses débuts, le Journal semble avoir un but tout à fait clair : les notes du Journal sont écrites pour que le diariste puisse, plus tard, se souvenir. Comme le dit Gide dans ce passage du début de 1890 :
J’écris car j’ai peur d’oublier. [...] Et sur ces papiers je veux accrocher, comme on garde des fleurs séchées dont le parfum effacé vous rappelle, je veux accrocher les souvenirs de ma jeunesse fuyante, afin que plus tard je me souvienne3.
6Aussi les cahiers, au début de la pratique de Gide, sont pour constituer des recueils d’écrits. Le Journal, du moins le manuscrit de celui-ci, est ainsi divisé selon le genre de l’écrit. À plusieurs reprises, Gide dit qu’il multiplie ses cahiers, un pour ses commentaires de lectures, un autre pour ses projets, un autre pour des citations etc. – d’ailleurs il est intéressant de noter que plus tard, quand la pratique du journal sera véritablement établie, le Journal deviendra un texte pouvant intégrer tous ces composants4.
7 Ce n’est qu’en 1902 qu’on voit, dans les commentaires autoréférentiels, les signes avant-coureurs du n’importe quoi du Journal. En effet, en janvier 1902 Gide commence à concevoir son Journal comme un lieu où il sied d’écrire vite. Le 10 janvier on trouve ceci :
Le besoin qui me fait écrire ces notes n’a rien de spontané, d’irrésistible. Je n’ai jamais pris de plaisir à écrire vite. C’est pourquoi je veux m’y forcer5.
8Et le 18 janvier, cette fois-ci en parlant des frères Concourt, Gide fait le commentaire suivant :
J’ai beaucoup réfléchi sur eux et autour d’eux ; mais noter, si mal que ce soit, ce que je pense, me forcerait d’écrire de nouveau lentement, et c’est surtout ce qu’ici je veux éviter6.
9Nous verrons, bientôt, comment la vitesse de l’écriture est liée à l’écriture du n’importe quoi.
10La véritable transformation de l’écriture journalière de Gide – car nous pouvons dire le moment où il trouve enfin sa véritable voix comme diariste – a lieu en 1905-6. Une des manifestations importantes de cette transformation est le changement dans la pratique matérielle. Abandonnant ses grands cahiers encombrants, Gide prend ceux de dimensions plus réduites pour pouvoir pratiquer l’écriture, comme il dit, n’importe où. Voici le début du cahier 20 (14,5 x 9,8 cm, 54 folios) commencé en mai 1906 :
J’ai pris ce carnet tout petit, pour pouvoir le mettre en poche. J’aime l’avoir sur moi, m’occuper avec lui n’importe où, aussi subi tement que je fais aujourd’hui en attendant mon tour chez le coiffeur7.
11Et c’est bien « n’importe où » qu’il s’installe pour écrire en 1905. En effet, du mercredi 10 mai jusqu’au dimanche 4 juin, Gide s’installe pour écrire – et, ce qui est significatif en lui-même, note qu’il y écrit –, dans les lieux suivants : mercredi 10, un banc au Luxembourg (« Jardin du Luxembourg, 9 heures du matin8 ») ; jeudi 11, au lit (« J’écris ceci, couché encore9 ») ; jeudi 11, deuxième note, dans le train allant vers Cuverville (« en wagon10 ») ; dimanche 14, dans le train de retour de Cuverville (« en wagon11 ») ; mardi 16, au musée (« Sur un banc du Salon (dans le grand hall de la sculpture)12 ») ; mercredi 31, chez le notaire (« J’écris ces lignes, en attendant Bourgerie, dans l’étude du notaire13 ») ; jeudi 1er juin, dans le métro (« J’écris ces lignes dans le métro14 ») ; et dimanche 4, dans le train (« J’écris dans le train qui m’emporte15 »). Visiblement Gide a pris goût, pendant ce mois de 1905, à la pratique de l’écriture « n’importe où ».
12Peut-on isoler quelques raisons qui auraient pu amener cette évolution dans la pratique journalière ? D’une certaine manière, elle serait, pour Gide, un développement naturel de la forme journalière. À partir d’un journal de caractère plus ou moins conventionnel, Gide adapte son écriture pour pouvoir capter ce qui est à la base de l’éthique gidienne de « présence » : l’immédiateté. Tout se passe comme si Gide utilisait son Journal pour court-circuiter son réflexe instinctif d’écrivain : au lieu de s’asseoir à la fin de la journée, au bureau, après avoir eu le loisir de bien ordonner ses pensées, de bien composer ses phrases (journal classique), Gide provoque, en sortant illico son cahier n’importe où, une autre sorte d’écriture. Même s’il ne s’agit que des moments perdus de la journée, le défi est de s’asseoir quelque part, sortir le carnet de sa poche et d’écrire tout de suite. Nous voyons là la signification de la vitesse de l’écriture. Ce n’est qu’ainsi, pour citer une phrase justement d’avril 1905, qu’il peut réussir « cette sorte de transposition immédiate et involontaire de la sensation et de l’émotion en paroles16 ». C’est une façon de lutter, autre phrase de 1905, contre « le grand inconvénient » du Journal, qui est de « [s]e tirer sans cesse en arrière17 ». Non seulement « immédiate », la transposition doit être « involontaire » – une écriture qui frôle l’écriture automatique des surréalistes. Dans ces deux mots, immédiate et involontaire, on trouve quelques clefs de l’évolution dans la pratique journalière de 1905.
13Et ce n’est pas un hasard si on trouve également, dans l’année 1905 du Journal, l’autre terme de notre trilogie, à savoir le dessein d’écrire n’importe comment. En effet, dans la note en date du 10 mai Gide écrit ceci :
J’éprouve de nouveau le plus grand plaisir à écrire, et n’importe comment, dans ce carnet18.
14Cette note a été écrite sur un banc au jardin du Luxembourg. Et à la lire dans le manuscrit le « n’importe comment » prend un sens tout à fait concret. En effet, ce passage est écrit au crayon (comme la majorité des notes de cette période) et dans une écriture très peu soignée – pour ne pas dire à la limite de la lisibilité19.
15 Reste donc le troisième terme de la trilogie, et ce que nous voyons comme le résultat de l’écriture n’importe où et n’importe comment : le n’importe quoi. C’est également en 1905 que Gide emploie pour la première fois dans son Journal ce terme ; c’est dans la note du 22 mai :
Je me cramponne à ces feuillets. [...] Je m’impose d’y écrire n’importe quoi, mais régulièrement chaque jour20.
16Et quelques mois plus tard, on trouve ce qu’on peut lire comme la synthèse de ces trois composants de l’écriture du Journal telle qu’ils se manifestent dans l’année 1905. Voici la fin d’un paragraphe écrit au début de septembre :
Assis à la table d’un café devant la gare, j’écris au hasard n’importe quoi 21.
17Le lieu, d’une banalité certaine, autrement dit n’importe où ; la façon d’écrire « au hasard », c’est-à-dire n’importe comment ; et le contenu, le résultat : « n’importe quoi » ; tout nous paraît représentatif de la transformation de l’écriture journalière de 1905. C’est l’année où Gide trouve une façon à lui de faire évoluer sa pratique du Journal, et on pourrait même dire l’année où le projet diariste prend racine dans l’être gidien.
18Et pour ne pas laisser l’impression que ce n’est que pendant l’année 1905 que Gide évoque ce n’importe quoi, citons deux autres passages. Celui-ci est de 1916 :
Rien d’obtenu si je prétends ne noter ici que l’important. Dans ce carnet je dois prendre le parti de tout écrire. Je dois me forcer à écrire n’importe quoi 22
19Et celui-ci de 1929 :
Y écrivant très rarement, je crois n’y devoir déposer que de l’important. Si j’y écrivais chaque jour, j’oserais y écrire n’importe quoi, comme il sied23.
20Précisons tout de suite que nous ne prétendons pas que le Journal de Gide soit essentiellement une œuvre faite de n’importe quoi. La pratique journalière de Gide est beaucoup plus complexe que cela. Ce que nous voulons démontrer, c’est le rôle que joue le « n’importe quoi » dans cette pratique – car, selon nous, ce n’est pas un hasard si la reconnaissance par le diariste de la valeur du n’importe quoi accompagne l’établissement d’une véritable pratique du journal chez Gide24. Précisons encore, l’année 1905 nous paraît comme un seuil : avant, comme nous l’avons vu, le Journal avait certains buts spécifiques ; après, Gide pouvait toujours revenir au n’importe quoi pour raviver sa pratique, car souvent le Journal rencontre certains écueils : celui, par exemple, de prendre une thématique (celle de la guerre en 1914 ou de la crise mystique de Gide en 1916, etc.) ou de devenir, selon les propres termes de Gide, « un cimetière d’articles morts-nés25 ».
21De quoi est donc fait le n’importe quoi ? On trouve plusieurs synonymes et explications de ce n’importe quoi dans le Journal. Par exemple, dans une continuation du passage de 1929 que nous venons de citer, ce que Gide appelle le « trop menu » semble être tout près du sens de n’importe quoi, comme l’est également le « détail » :
Ce qui doit figurer ici, c’est précisément le trop menu pour avoir été retenu par le crible d’aucune œuvre. J’y dois écrire, et sans apprêt aucun, du détail26.
22D’après une note de 1927, le n’importe quoi est aussi le contraire de ce qui est « très important » :
C’est une erreur de prétendre n’écrire que du très important, dans un Journal. Là n’est pas sa raison d’être27.
23Et ailleurs il parle de son « application à tenir compte même de l’insignifiant28 ». Et du Journal comme d’un texte où « le particulier importe plus que l’essentiel29 ».
24En résumé donc, on peut dire que le n’importe quoi privilégie le détail sur la synthèse, le particulier sur l’essentiel et l’insignifiant sur le très important.
25Pour comprendre l’importance de cet aspect du Journal, il faut se pencher sur la nature de ce « détail », de ce « particulier », de cet « insignifiant ». Qu’est-ce que l’insignifiant pour le Journal ? L’insignifiant, pour Gide en tant que diariste, c’est tout ce qui n’a pas encore été intégré dans un ensemble, tout ce qui n’a pas été relié à autre chose pour faire partie d’un système de sens. En privilégiant la vitesse de l’écriture, l’écriture n’importe où et l’écriture n’importe comment, Gide réunit, en réalité, des conditions favorables à l’écriture du n’importe quoi.
26C’est ainsi que Gide parvient – étape primordiale pour le Journal tel qu’il le conçoit – à échapper au récit (c’est-à-dire à un écrit qui évolue, qui tente d’épuiser un sujet, de présenter une suite cohérente). En d’autres termes, et nous voulons insister sur ce point, il accepte la logique du fragment ; c’est-à-dire qu’il accepte que le fragment puisse être également valable, qu’il puisse dévoiler des vérités qui ne sont peut-être pas accessibles dans un récit. Certains critiques refusent la qualification d’œuvre littéraire au journal justement en raison de sa nature fragmentaire30. Mais c’est négliger la valeur, du moins d’après Gide justement, du fragment. En plus, en notant n’importe quoi, en s’efforçant d’écrire des notes qui ne sont pas dictées par ce qui précède, qui ne sont pas dictées par un thème, non seulement Gide reconnaît la valeur du fragment, mais il ouvre, du même coup, son texte à d’autres potentialités. Nous voulons en mentionner deux brièvement : il y a d’abord le sens qui peut se dégager d’une accumulation de fragments, et, deuxièmement, ce qu’on peut appeler l’inattendu du fragment, c’est-à-dire un sens qui est propre au fragment.
27Prenons d’abord l’accumulation de fragments ; ou ce que Gide appelle, dans un passage de 1916, des « amoncellements31 ». Au niveau du fragment, le Journal peut sembler informe et, pour tout dire, peu conséquent. Mais par l’accumulation de notes, par leur amoncellement, quelque chose de plus éloquent peut apparaître. En 1916, quand Gide relit et trie ses notes du Journal (et, selon lui, en détruit « beaucoup »), on trouve ce commentaire dans la note du jour :
Même les feuillets conservés ne vaudront que complètement refondus, complètement disparus dans l’ensemble32.
28C’est-à-dire que le sens que prendront les feuillets individuels (les fragments) sera manifeste quand ces feuillets feront partie de l’ensemble. C’est justement l’amoncellement qui révélera leur valeur.
29Et en 1937, à la déception du public à la lecture des « Pages de journal » parues dans La N.R.F. (c’est-à-dire des notes du Journal entre juin et octobre 1937), voici comment la Petite Dame résume la réaction de Gide :
Il prétend que c’est mal les comprendre. On oublie de tenir compte que ce sont là des impressions momentanées ; quand on lira le Journal dans son ensemble, elles ne marqueront sans doute que le bas d’une courbe33.
30Ceci met l’accent que le fait que cet amoncellement est d’autant plus significatif que ces « impressions momentanées » sont des expressions de la vie de Gide prises sur le vif. Ainsi on voit comment la valeur du fragment est appuyée par l’association étroite entre l’écriture et la vie. Ce lien ajoute une autre facette à cet « amoncellement ».
31L’autre apport du n’importe quoi fragmentaire, c’est ce que nous appelons l’inattendu. Ce sont ces moments d’écriture où Gide, en suivant son éthique de présence, et en adhérant à sa propre prescription d’écrire n’importe où, n’importe comment et n’importe quoi, réussit à créer des fragments qui dépassent, justement, le n’importe quoi. C’est ici, autrement dit, que le n’importe quoi de Gide n’est plus n’importe quoi. Un passage exemplaire pour illustrer ceci est celui écrit à Bordeaux le 4 ou 5 mai 1905 (la note elle-même n’est pas datée). Il n’y a qu’une seule phrase notée dans le Journal ce jour-là. La voici :
J’écris pour avoir l’air d’écrire, chez ce petit barbier où la chaleur d’été n’entre pas ; [silence], douceur de l’heure ; affairement muet du barbier ; une mouche, par instants, m’importune34.
32Ces trois lignes de n’importe quoi, écrites n’importe où, dépassent, certes, le n’importe quoi. Si l’amateur de l’œuvre de Gide peut y reconnaître un modèle pour l’ambiance – y compris les mouches – de la « petite échoppe tranquille » à Naples où Fleurissoire se fera raser35, il est également vrai que ces trois lignes ont un côté tout à fait poétique. Il s’agit d’un instant de la vie de Gide traduit dans son immédiateté. Le lecteur partage cet instant avec Gide. Et bien davantage qu’une sensation traduite en vers, Gide dévoile, dans cette description d’un moment chez le barbier, un peu de son intimité. On s’approche de très près de l’homme Gide, et cela grâce au n’importe quoi qu’il expose dans son Journal.
33Mais au-delà de cet inattendu du n’importe quoi, ce que nous avons voulu montrer dans cette communication, c’est comment Gide a développé certains procédés spécifiques dans sa pratique du journal. La pratique journalière chez Gide s’avère être beaucoup plus qu’un bouche-trou, beaucoup plus qu’une non-forme qui, faute d’un véritable centre, se contente du n’importe quoi et du fragmentaire. Gide, au contraire, s’est imposé d’écrire différemment ; il s’est efforcé de faire de son Journal un lieu où l’écriture pourrait chercher d’autres vérités. Ecarter le Journal parce qu’il parle de n’importe quoi et parce qu’il est de nature fragmentaire, c’est méconnaître sa véritable valeur, c’est mal lire un texte qui pourrait prendre place, effectivement, au cœur du travail créatif de Gide.
Notes de bas de page
1 Anthony Lane, « The Man in the Mirror : The enduring confessions and unmatched hedonism of André Gide », The New Yorker, 9 août 1999, pp. 72-8. Lane dit notamment que le Journal est « the core of his Creative burrowings [...] and not just an addendum to the formai works », p. 77, et que le Journal « [has] moved to center stage since his death », pp. 72-3.
2 Les Faux-Monnayeurs in Romans, Récits et Soties, Œuvres lyriques (Paris : Gallimard, Bibl. Pléiade 1958), p. 1149.
3 Journal, t. I, p. 112 (« Minuit », Rouen, 5 janvier 1890). Toutes nos citations du Journal se réfèrent aux dernières éditions de la Pléiade, c’est-à-dire le tome I (1887-1925), éd. Éric Marty (Paris : Gallimard, 1996) et le tome II (1926-1950), éd. Martine Sagaert (1997).
4 Voici quelques exemples de Gide commentant cette division des carnets : « Il faut pour les lectures deux cahiers ; un comme celui déjà commencé où j’écrirai des ouvrages lus, appréciations et pensées suggérées. L’autre où je mettrai les analyses, mots, citations, anecdotes rencontrés dans les lectures [...]. Un [autre] petit carnet, très petit, où j’écrirai les projets. [Et] un cahier de feuillets détachés, simplement groupés ensemble. » (Journal, t. I, p. 107, « Feuillets », 1889) ; les deux premiers cahiers dont il est question sont l’Objectif, resté inédit, et le Subjectif, qui a été publié dans les Cahiers André Gide n° 1, (Paris : Gallimard 1969). Aussi : « Il faut maintenant avoir deux cahiers, outre celui commun avec Louis – un où je mettrai les pages du roman, au fur et à mesure, un autre, toutes les poésies encore à l’état d’essai pour avoir toujours quelque chose en train. Dans celui-ci je mettrai la vie intellectuelle actuelle et les essais de prose, les plus intimes et faits sans aucun but. » (Journal, t. I, p. 44, 17 février 1889) ; et voir également : pp. 50 (5 mars 1889) et 162 (4 mai 1893).
5 Journal, t. I, p. 317 (10 janvier 1902) ; Gide souligne.
6 Ibid., p. 327 (18 janvier 1902).
7 Ibid., p. 528 (10 mai 1906) ; nous soulignons.
8 Ibid., p. 443 (Mercredi [10 mai] 1905).
9 Ibid., p. 445 (« Jeudi matin » [11 mai] 1905).
10 Ibid., p. 445 (« En wagon » [11 mai] 1905).
11 Ibid., p. 446 (« 14 mai. Retour de Cuverville. En wagon » 1905).
12 Ibid., p. 447 (Mardi, 16 juin 1905) ; c’est le XVe Salon de la Société nationale des artistes français.
13 Ibid., p. 458 (« Mercredi » [31] mai 1905).
14 Ibid., p. 460 (« Jeudi » [1er juin] 1905).
15 Ibid., p. 464 (« Dimanche » [4 juin] 1905).
16 Ibid, p. 438 (22 avril 1905).
17 Ibid., p. 459 (« jeudi » [1er] juin 1905).
18 Ibid, p. 444 (« Mercredi » [10] mai 1905) ; nous soulignons.
19 Voir Cahier 18 ɣ 1574, f° 13 r°.
20 Journal, t. I, p. 451 (« Lundi » [22] mai 1905) ; nous soulignons.
21 Ibid., p. 480 (« Les Sources – Alais – Malataveme », septembre 1905) ; nous soulignons.
22 Journal, t. I, p. 952 (16 septembre 1916) ; nous soulignons.
23 Journal, t. II, p. 141 (Paris 26 septembre 1929) ; nous soulignons.
24 Nous ne nous attardons pas sur les raisons pourquoi l’année 1905 pourrait être considérée comme l’année où une véritable pratique journalière s’établit. Qu’il nous suffise de dire que nous ne sommes pas le seul à le penser. Éric Marty, l’éditeur du Journal, voit lui aussi l’année 1905 comme le « véritable départ » de celui-ci (Notice du Journal, t. I, p. 1299).
25 En 1935, en effet, après quelques paragraphes qui décrivent le lieu de l’écriture et d’autres propos qu’il aurait appelés n’importe quoi, Gide continue ainsi : « Je note tout cela afin de redonner son rôle de journal à ce carnet qui depuis longtemps n’était plus qu’un cimetière d’articles morts-nés. » (Journal, t. II, p. 503, 15 août 1935 ; Gide souligne).
26 Journal, t. II, p. 141 (Paris, 26 septembre 1929).
27 Ibid., p. 40 (11 août 1927).
28 Journal, t. I, p. 709 (« Samedi » [3 février] 1912).
29 Ibid., p. 744 (« Lundi » 19 mai 1913).
30 Selon Barthes, le journal n’est qu’un « Album » qui est « suppressible à l’infini » (Roland Barthes, « Délibération », in Bruissement de la langue, Paris : Seuil, 1984) p. 410).
31 Journal, t. I, p. 936 (Dimanche 5 mars 1916).
32 Ibid. ; l’italique est de Gide.
33 Maria Van Rysselberghe, Les Cahiers de la Petite Dame, t. III (Paris : Gallimard, « Cahiers André Gide 6 », 1975), p. 63 (11 décembre 1937). On trouve un autre commentaire de Gide sur la réaction à ces « Pages de journal » dans le Journal, t. II, p. 593 (janvier 1938).
34 Journal, t. I, p. 440 (« Bordeaux », [4 ou 5 mai] 1905). Le mot « silence », présent dans le manuscrit, ne se trouve dans aucune des éditions (y compris les variantes de la dernière édition) du Journal.
35 Voir Les Caves du Vatican in Romans..., op. cit., p. 798 ; voir aussi, sur ce thème, Les Nourritures terrestres, livre III, ibid., p. 175.
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