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    Plan détaillé Texte intégral Section I – L’expansionnisme économique : exportation de capital et colonisationSection II – La nouvelle division du travail et le commerce extérieurConclusion du Chapitre 9 Notes de bas de page

    Histoire sociale des faits économiques

    Ce livre est recensé par

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    Table des matières

    Chapitre 9. L’économie française et l’économie mondiale

    p. 165-191

    Texte intégral Section I – L’expansionnisme économique : exportation de capital et colonisation§ I – L’EXPORTATION DU CAPITALA – Les investissements extérieurs : quelques données générales.B – Les formes de l’investissement extérieur : placements et investissements directs.C – La destination des investissements : l’aire de la domination française§ II – L’EXPANSIONNISME DE TYPE COLONIAL : RYTHME, SIGNIFICATION GENERALE ET PARTICULARITE FRANÇAISE.A – Les rythmes de la colonisation : la constitution de l’empire colonial français.1 – L’essor colonial 1850-18702 – La consolidation coloniale 1870-1914.B – La signification générale du fait colonial.C – Le fonctionnement du système colonial français : une logique mercantile prépondérante.Section II – La nouvelle division du travail et le commerce extérieur§ I – LE COMMERCE EXTERIEUR ET L’INSERTION DE LA FRANCE DANS L’ECONOMIE MONDIALEA – Le commerce extérieur : l’analyse des données.1 – Les exportations.LE COMMERCE EXTERIEUR DE LA FRANCE2 – Les importations.B – Le commerce extérieur : un révélateur de la place de l’économie française dans l’économie mondiale.§ II – LE SOLDE DE LA BALANCE DU COMMERCE EXTERIEUR ET LES POLITIQUES COMMERCIALES.A – Le solde de la balance commerciale : excédent puis déficit.B – Les vicissitudes de la politique commerciale : libéralisme puis protectionnisme.C – L’efficacité des politiques commerciales.Conclusion du Chapitre 9 Notes de bas de page

    Texte intégral

    1L’expansion1 des années 1850 constitue le point de départ de l’économie industrielle mondiale, d’une histoire mondiale unique2. Colonisation d’une partie du monde par les grandes puissances économiques capitalistes, partage des aires d’influence, essor du commercé international dont la nature se trouve changée, nouveau type de relations économiques avec le déplacement au-delà des frontières nationales des facteurs de production et le transfert d’épargne de pays à pays, Internationalisation des affaires, naissance de cartels entre grandes firmes au-dessus des barrières douanières que les principales nations ont dû ériger dans la longue phase dépressive de la fin du siècle... etc. Toutes ces transformations se développent dans un contexte de concurrence commerciale, de rivalités économiques, de tensions politiques et diplomatiques qui va déboucher sur une guerre générale, premier Conflit mondial. Il ne s’agit pas ici de décrire cette mondialisation pour elle-même3, mais, de rendre compte comment l’économie française y participe : quel dynamisme manifeste-t-elle ? Quelle forme prend la domination économique de la quatrième puissance économique du globe ? Quelle influence subit-elle ? Eclaircir ces questions alors que ces phénomènes sont manifestement en relations ou interdépendants suppose le repérage de facteurs causants déterminants. Nous pensons pouvoir les ordonner autour de l’idée suivante : le colonialisme, et plus généralement l’expansion et la domination économiques, les exportations de capitaux, en bref les nouveaux rapports économiques internationaux découlent des nouvelles conditions de fonctionnement du capitalisme central (entendons par là celui des grandes nations industrielles), de la façon dont il négocie les contraintes qui pèsent sur son développement, et, trouve des parades aux contradictions que sa reproduction génère. Ainsi, c’est à partir de ces données qu’il faudra expliquer, premièrement, les formes de la domination économique externe (les exportations de capitaux et la colonisation) et saisir, dans ce contexte nouveau, le commerce extérieur de la France et les débats qui s’organisent autour de son volume et de son contenu.

    Section I – L’expansionnisme économique : exportation de capital et colonisation

    2Les racines de l’expansionnisme économique sont multiples ; deux facteurs doivent retenir l’attention : les contraintes inhérentes au mode d’accumulation en vigueur dans les économies industrialisées4 et l’évolution des dispositifs de financement.

    3Le modèle d’accumulation en France, comme dans les économies directement comparables, fonctionne encore principalement selon le mode extensif. Au fur et à mesure que le mode de production capitaliste se développe selon cette modalité, il épuise les possibilités de son avancée future. La conquête de débouchés extérieurs constitue alors un moyen pour repousser les obstacles nés de l’étroitesse du marché intérieur5. Elle prendra la forme de la colonisation, de l’agrandissement des aires de marchés, et de l’investissement direct rendant possible la production sur les lieux de consommation. On comprend à partir de ces données que l’internationalisation des échanges marchands nécessite un développement parallèle des moyens de paiement et des sources de financement ; de ce fait, elle impulse l’internationalisation des capitaux bancaires. Ces éléments produisent et entretiennent la concurrence au niveau mondial et les rivalités géo-politiques.

    4Toutefois cette analyse n’explique pas totalement la progression spectaculaire des exportations mondiales de capitaux ; elle requiert donc un complément. Dans cette perspective les auteurs marxistes ont fourni d’importants matériaux. Le capitalisme serait entré dans un nouveau stade, celui de l’impérialisme, où domine le capital financier, l’interpénétration du capital industriel et du capital bancaire6. L’exportation de capital devient un moyen pour pallier la baisse de la rentabilité du capital. Autrement dit, l’impérialisme correspondrait, dans une période historiquement datée, à une stratégie du capital financier et des oligopoles, visant, et aidés en cela par les Etats, à contrôler commercialement et financièrement des zones géographiques afin d’assurer une meilleure valorisation des investissements. Groupes économiques et financiers et diplomatie font alors cause commune.

    5Cette perspective appelle quelques remarques. J. Bouvier a bien montré comment on se trouve en difficulté lorsque l’on désire expliquer le cas français à partir de ces hypothèses7 : contrairement aux schémas généraux, ce ne serait pas le capital financier qui se prolongerait par l’exportation de capitaux, mais bien à l’occasion de ces exportations que s’affirme la construction de cette forme de capital (liant les banques et les oligopoles industriels). De plus, tout expansionnisme économique, y compris en cette fin du XIXe siècle, ne renvoie par directement aux visées du capital financier. En particulier certaines formes de colonisation ne correspondent ni à une stratégie ni à des moyens impérialistes8 ; de même, l’extension de type impérialiste peut prendre, comme ne pas prendre, les aspects de la colonisation. En bref, il ne faut pas identifier tous les intérêts économiques extérieurs d’une nation comme les intérêts du capital financier.

    6II semble ainsi judicieux d’étudier, d’abord, l’exportation de capital comme phénomène nouveau structurant les relations économiques internationales avant de présenter les raisons et les formes du fait colonial.

    § I – L’EXPORTATION DU CAPITAL

    7Quelle est l’ampleur de ce phénomène ? Quelles formes prend-il ? Quelles régions touche-t-il ?

    A – Les investissements extérieurs : quelques données générales.

    8Les exportations de capitaux français à long terme, par opposition aux capitaux à court terme ou monétaires, ont atteint des niveaux remarquables.

    Les exportations de capitaux français à long terme (moyennes annuelles en millions de Francs)9 :

    1848-1851

    125

    1852-1870

    550

    1871-1881

    700

    1882-1897

    500

    1898-1913

    1 350

    9Il s’agit d’un phénomène qui commence très tôt au XIXe siècle, et s’accentue dans la seconde partie. Il connut un développement rapide dans la période 1898-1914, après un tassement lié sans doute au ralentissement de l’expansion. L’ampleur du phénomène apparaît nettement à la lecture des données suivantes : la masse des valeurs étrangères détenues par les Français étalent évaluées à 10 milliards de Francs en 1869 sur un total de valeurs atteignant 33 milliards ; en 1911 les portefeuilles étrangers s’élevaient à 35 – 40 milliards sur un total de 105 – 110 milliards10. L’activité du marché boursier parisien étant seulement dépassée par Londres, on mesure ainsi le "volume gigantesque"11 des émissions étrangères en France. Toutefois ce "gigantisme" reste à la mesure de la puissance française, la quatrième du monde ; le Royaume-Uni a investi deux fois plus dans le reste du monde12.

    B – Les formes de l’investissement extérieur : placements et investissements directs.

    10Progresser dans cette étude suppose que l’on distingue différents types d’investissements extérieurs. Classiquement on retient : les investissements de portefeuille, les investissements directs qui donnent aux apporteurs de capitaux le pouvoir économique, et, les placements qu’il s’agisse d’emprunts d’Etats étrangers ou garantis par eux. Les sources statistiques font apparaître le prépondérance des placements sur les investissements de portefeuille ou directs ; R. Girault13 avance une répartition moyenne de 80 % pour les premiers et 20 % pour les seconds en 1914 (sur un échantillon représentant la moitié des exportations françaises de capitaux). Ces données confirmeraient les débats de l’époque où certains pouvaient ironiser sur l’épargnant français "acheteur de papiers", passif, ne cherchant pas à contrôler l’emploi de ses capitaux, attendant de toucher lès "coupons" ; c’est encore pour cette raison que l’on a pu parler d’un capitalisme français "tondeur-de-coupons", plus rentier qu’entrepreneur. Encore faut-il se situer sur une période plus longue où se dessine un infléchissement de tendance ; plus on se rapproche de 1914, plus les investissements directs ont la faveur des capitalistes français. Ce qui amène R. Girault à écrire : "On peut raisonnablement conclure que la vision trop stéréotypée du capitalisme-rentier mérite d’être amendée, sinon corrigée. L’étude de la gestion des fonds français dans certains pays irait dans le même sens, celui d’un capitalisme qui abandonne peu à peu la tranquillité rassurante des emprunts d’Etats pour des valeurs plus aléatoires mais plus profitables ; néanmoins, même en 1914, la prééminence des fonds d’Etat reste marquée parmi les placements extérieurs"14. Il faut enfin relever le rôle des banques françaises dans la prédominance des rentes d’Etats étrangers ; se constituant en syndicats de placements ou de garanties, elles recevaient des commissions (oscillant entre 1,5 à 3 %) certes peu élevées, mais sans risque, et, assurant des revenus très conséquents compte tenu du volume des opérations effectuées.

    11Bien que de faible ampleur l’investissement industriel direct extérieur est une réalité. La seconde moitié du XIXe siècle voit naître les premières firmes multinationales par la création d’unités de production à l’étranger suscitée par des entreprises produisant déjà dans leur pays d’origine. Les branches de l’industrie française concernées par ce mouvement furent la Sidérurgie, la Métallurgie, la Mécanique15. La Russie en pleine industrialisation reçut une grande partie de ces investissements et on pu parler à son propos de "Far-West" français16. Les industriels, à travers ces opérations, tendent à s’assurer des débouchés importants sur des marchés en pleine expansion, et, cherchent à s’affranchir de la concurrence étrangère.

    C – La destination des investissements : l’aire de la domination française

    12La destination des capitaux français s’avère particulière. Alors que les Etats-Unis et le Royaume-Uni placent leurs capitaux principalement dans les pays que l’on range aujourd’hui dans le Tiers-Monde17, la France, plus exactement ses détenteurs de capitaux, semble beaucoup plus attirée par l’Europe Centrale et Balkanique, et, les pays situés sur la bordure méditérranéenne (y compris la Turquie et l’Egypte) que par l’Empire colonial où, on le notera, les investissements industriels furent inexistants, et, les travaux d’infrastructure surtout entrepris par l’Etat. De plus, l’évolution de la répartition des placements et des Investissements fait apparaftre de nouvelles zones privilégiées (La Russie, l’Europe balkanique, l’Amérique latine) au détriment d’anciennes (l’Europe méditerranéenne). C’est en Russie que l’emprise française apparaît avec netteté (elle se développe parallèlement à l’alliance diplomatique) : les investissements se dirigent vers l’industrie mais aussi le secteur bancaire18. Les difficultés du début du siècle y entraînent restructurations industrielles et concentrations productives, elles marquent le renforcement du capital financier français19. Le cas de l’Egypte se présente tout différent : les capitaux français (pour 60 % il s’agit d’investissements directs) y sont très importants mais fructifient alors que le pays est sous la coupe militaire et politique des britanniques. En ce qui concerne l’Empire Ottoman, dont les limites dépassent grandement l’actuelle Turquie, la domination économique française sera réelle, elle aboutira à la constitution en 1914 d’une aire économique française comprenant l’Anatolie du Nord et de l’Ouest, ainsi que la Grande Syrie, après un partage entre les grandes puissances impérialistes (Allemagne et Royaume-Uni).

    Placements et Investissements extérieurs : 1892 et 191420 (en %)

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    § II – L’EXPANSIONNISME DE TYPE COLONIAL : RYTHME, SIGNIFICATION GENERALE ET PARTICULARITE FRANÇAISE.

    13La colonisation selon la définition de J. Thobie "consiste en l’élargissement du territoire par l’occupation de terres réputées vacantes, par l’exercice sur ces régions du pouvoir politique dans ses différentes composantes, voire par l’installation de "colons" venus de la métropole"21. Il s’agit donc d’un processus de conquête qui en soi n’est pas localisable dans le temps ; autrement dit existent plusieurs formes de colonisation se manifestant à différentes époques, selon différents rythmes, et pouvant même s’enchevêtrer ou se superposer.

    14L’empire colonial français s’est constitué progressivement, par étapes que l’on retracera rapidement. Si ce type d’expansionnisme, mêlant visées politiques et objectifs économiques, possède une signification générale que l’on retrouve dans les processus de ce genre impulsés par les nations industrielles, il fonctionne dans le cas français avec une particularité : la prépondérance de la logique mercantile.

    A – Les rythmes de la colonisation : la constitution de l’empire colonial français.

    15En 1850, l’Empire colonial français comprend les Antilles (Martinique et Guadeloupe), la Guyane, le Sénégal, La Réunion et les Comptoirs de l’Inde, l’Algérie où vivent 130 000 européens. L’esclavage y est théoriquement impossible puisqu’une loi de 1848 l’a aboli, mais des formes d’exploitation économique proches subsistent. A partir de cette date, deux grandes phases apparaissent : une phase d’essor pour le Second Empire, une phase de consolidation sous la IIIe République.

    1 – L’essor colonial 1850-1870

    16Encouragée par l’Etat, et les Eglises, soutenue idéologiquement par les élites intellectuelles comme les Saint-Simonlens, et menée par les militaires, la colonisation se pratique tout azimut. On note les premières installations en Extrême-Orient, la poursuite de la conquête du Sénégal par les troupes de Faidherbe (qui en sera longtemps le Gouverneur), et surtout la "mise en valeur" de l’Algérie (une fols le Sahara et la Kabylle conquis) qui occupe une place particulière dans l’expansionnisme français. Plusieurs régimes administratifs y sont expérimentés. D’abord un régime de type "militaire" : on enlève aux tribus des terres pour les remettre aux colons, et on concède de grands domaines à des compagnies. Vient ensuite une tentative d’assimilation sous la pression des petits colons, l’Algérie est administrée non plus par un militaire, mais par Paris comme un département métropolitain. Enfin, on institue un système proche du protectorat, dans le même temps les grandes compagnies de colonisation reprennent la direction des affaires.

    2 – La consolidation coloniale 1870-1914.

    17Elle sera l’oeuvre de la IIIe République. En 1914 toute l’Afrique du Nord est sous domination française : la Tunisie devint un protectorat en 1881, le Maroc en 1903-1904. La création d’un ensemble de possessions en Afrique donne naissance à l’Afrique Equatoriale Française (A.E.F.) réunissant le Congo, le Tchad et le Gabon, et l’Afrique Occidentale Française (A.O.F.). En Extrême-Orient une Union Indochinoise volt le jour avec statut de Colonie22.

    18En 1914, cet Empire colonial, le second du monde après celui édifié par les britanniques, comprend approximativement 60 millions d’habitants.

    B – La signification générale du fait colonial.

    19Comment rendre compte du phénomène de colonisation qui s’étend de 1850 à 1914 ?

    20C. Coquery-Vidrovitch23 a fourni une analyse à la fols judicieuse et pertinente du phénomène colonial dans la période que nous étudions. Prenant l’exemple du partage de l’Afrique par les puissances européennes elle remarque que les explications des contemporains : politique de prestige, nationalisme expansionniste, sans omettre l’impact des idéologies et des religions24, constituent des facteurs réels et efficaces, mais ne peuvent être des causes premières. Elle précise : "ce qui fit l’originalité de la période qui s’ouvrait vers 1880 ce fut l’Intervention de l’ensemble des puissances occidentales et non plus de l’Angleterre seule. Ainsi se posait le problème de la constitution d’empires concurrents... Ce fut cette interaction qui exigea de codifier un partage amorcé depuis un siècle... Elucider la cause profonde du partage de l’Afrique revient à déterminer les raisons de cette conjonction des expansions.

    21Or celle-ci traduisait l’arrivée du monde capitaliste occidental dans son ensemble à un niveau économique comparable. Jusqu’alors, la Grande-Bretagne s’était étalée sans rivale... Désormais, les autres puissances étaient devenues mûres pour l’expansion"25... La colonisation au temps du capitalisme industriel trouve donc son origine dans le développement même de ce système qui requiert un expansionnisme économique. Deux ressorts principaux expliquent sa nécessité : la recherche de débouchés pour la production manufacturière des économies développées, le ravitaillement en matières premières industrielles (métaux non ferreux, phosphates... etc.) ou vivrières26. II s’agit d’un expansionnisme commercial ou marchand, non-impérialiste dans son contenu, impulsé par le capital industriel ou commercial et sans doute soutenu par les actions des banques.

    C – Le fonctionnement du système colonial français : une logique mercantile prépondérante.

    22Le Maghreb occupe une position privilégiée dans l’Empire colonial, la proximité géographique favorisant le resserrement économique ; il reçoit deux tiers des capitaux investis ou simplement placés. Dans cet ensemble l’Algérie occupe une place à part. D’abord parce qu’il s’agit d’un colonie de peuplement, ensuite, mais les deux éléments sont évidemment dépendants, car elle concentre à elle seule la moitié des capitaux placés ou investis. De ce fait s’établissent des relations spécifiques : équivalence des monnaies, monopole du pavillon, union douanière... etc. Si l’on décompose les capitaux placés on remarque la faible part des capitaux privés (approximativement le quart) et, un tiers de ces derniers sont destinés au secteur bancaire qui se livre essentiellement au crédit commercial et distribuent des prêts en direction de l’agriculture27. Les investissements dans le secteur minier28, où l’on retrouve le groupe Mokta-EI-Hadid, sont le fait d’industriels français mais aussi étrangers, et s’avèrent les plus concentrés. La réalisation d’un réseau de chemin de fer reçoit une fraction très substantielle des investissements, et l’on décèle là des liaisons, toutefois assez lâches, entre les industriels et les banques. En définitive, on a pu parler, et à juste raison, d’un sous-développement industriel de l’Algérie, et d’une colonisation de type archaïque. Le cas de la Tunisie se présente tout différent : des investissements industriels et dans les grandes infrastructures, sans beaucoup de risque (grâce notamment au budget de l’Etat) autorisés par des bénéfices importants et permettant des commissions bancaires exceptionnelles. J. Thobie brosse le tableau de ces investissements : avec l’installation du protectorat "la compagnie Bone-Guelma tire alors d’énormes profits d’une situation de quasi-monopole sur les chemins de fer : environ 150 millions de francs entré 1892 et 1914 sont consacrés par l’Etat tunisien à la mise en place d’un réseau ferré de près de 1500 Km dont la construction et l’exploitation sont confiés au Bône-Guelma... Le Bône-Guelma est également présent dans la compagnie des Ports de Tunis, Sousse et Sfax. Bien entendu, des capitaux de diverses origines s’intéressent à l’exploitation des richesses tunisiennes, comme les phosphates, avec la Compagnie des Phosphates et du Chemin de fer de Gasfa (1899), la Compagnie de Saint-Gobain, la Compagnie de M’Dilla, le fer avec la société de Djerina ; le plomb et le zinc, les salines... Enfin, outre la Société Franco-Africaine, trois autres groupes tirent de solides profits de l’exploitation agricole de vastes domaines : la Compagnie des Phosphates et du Chemin de fer de Gafsa, la société des Fermes Françaises, et l’Omnium Immobilier"29. Le cas marocain s’apparente plus à la situation tunisienne mais les intérêts financiers y semblent plus forts, la présence et la prégnance du capital financier bien réelles, surtout au début du XXe siècle ; en ce sens il s’agit bien d’une colonisation de type impérialiste. Schneider, la firme du Creusot, souvent associée à la Banque de l’Union Parisienne et la Banque de Paris et des Pays-Bas s’y concurrencent et des associations émalllent la vie de cette rivalité.

    23Les aspects économiques de la colonisation en Afrique noire offrent un tout autre visage : peu d’investissements industriels et quelques équipements d’infrastructure : ports et chemins de fer. Tout ceci contraste avec l’immensité des territoires et les richesses potentielles du sol et du sous-sol. L’ancienne économie de traite se développe sur une échelle plus importante ; il s’agit d’échanger des produits métropolitains : textiles, bien manufacturés, contre des produits locaux : bols, caoutchouc, arachide. Des sociétés commerciales marseillaises ou bordelaises, anciennement implantées, dirigent ce commerce au volume toutefois réduit, sans se préoccuper ni des hommes honteusement exploités, ni de la dégradation des ressources locales.

    24Une conclusion se dégage : l’expansion française obéit plus à une logique mercantile30. Les formes impérialistes, correspondant à une mise en valeur par et pour le capital financier, s’avèrent plutôt sporadiques, les réalisations industrielles limitées au Maghreb et d’une taille très réduite31. Domine donc l’économie de traite dont les contours sont renouvelés et l’échelle agrandie. On le verra, le commerce colonial occupe une place assez faible dans le commerce extérieur français, et bien qu’il corresponde à certains besoins, et, de ce fait, à une nécessité, on peut affirmer qu’il ne joue pas le premier rôle pour le développement du capitalisme industriel français.

    Section II – La nouvelle division du travail et le commerce extérieur

    25Le commerce international connaît, dans la seconde partie du XIXe siècle, un essor spectaculaire, mesuré notamment par l’accroissement de la production exportée. Cette amplitude cache un mouvement plus profond : l’organisation de nouveaux réseaux d’échanges, d’une division internationale du travail d’un type différent. Les rivalités économiques entre les nations s’expriment également dans cet ordre commercial : à une période de libre-échange succédera une phase de protectionnisme quasi-généralisé dont les effets apparaîtront plutôt ambivalents. On désire ici montrer premièrement, qu’au-delà des flux commerciaux externes de la France la place de son économie est en jeu dans la hiérarchie qui s’établit dans le monde, que, secondement, derrière les politiques commerciales et la "question” du solde de la balance du commerce, il y a les contradictions entre les différents groupes économiques dominants qui ont des visions différentes des contraintes pesant sur l’économie, et, en particulier, sur le devenir de l’énorme secteur qu’est l’agriculture.

    § I – LE COMMERCE EXTERIEUR ET L’INSERTION DE LA FRANCE DANS L’ECONOMIE MONDIALE

    26L’évaluation du commerce extérieur et l’étude de sa structure permettra d’identifier le rôle de l’économie française dans la nouvelle division internationale du travail qui se dessine.

    A – Le commerce extérieur : l’analyse des données32.

    1 – Les exportations.

    27Combien exporte-t-on ? Sur la période étudiée (1850-1914) le produit des exportations représente de 7 à 15 % du produit national. Ce qui est assez considérable, et tout à fait comparable, globalement, aux autres nations européennes aux niveaux de développement identiques. L’évolution de ce ratio ne laisse aucun doute (tableau III) : on remarque une croissance à long terme – ce qui n’exclut pas un ralentissement ou une régression sur des périodes plus courtes – des exportations rapportées au produit national, et, de ce fait une ouverture plus grande sur les marchés mondiaux. Comparée aux deux autres grandes puissances commerciales (Royaume-Uni et Allemagne) cette expansion s’avère plutôt moins vigoureuse, ce qui explique la diminution de la part des exportations françaises dans les exportations européennes (Tableau II). L’Allemagne va successivement rattraper la France vers 1870 et pratiquement le Royaume-Uni après la première guerre mondiale. On peut donc admettre qu’au début du XXe siècle l’intégration mondiale s’avère assez poussée. Quant au rythme de croissance des exportations, le premier tableau indique qu’il a connu des valeurs très disparates : à une phase de croissance forte (1860-1880 approximativement) succède une phase de ralentissement (1880-1900 toujours approximativement) puis un retour à une expansion commerciale. Cette évolution est à mettre en parallèle avec la croissance économique interne, forte sous le Second-Empire et au début du XXe siècle. On ne peut pas ne pas remarquer, comme l’a souligné P. Bairoch, qu’il s’agit d’une évolution générale aux économies européennes et qui se trouve dépendante des politiques commerciales : le ralentissement à partir de 1873 se situe dans une période où le libéralisme est à son apogée, l’accélération de l’expansion des années 1892-1894 survient alors que le protectionnisme de l’Europe se renforce. Plus généralement ces faits seraient à mettre en parallèle avec les cycles de l’économie mondiale, l’évolution de la production des métaux précieux, les modifications du coût des transports (sans doute liées à l’usage et à la diffusion de la vapeur) et, enfin, la nouvelle dynamique influencée par le partage de la sphère coloniale33.

    LE COMMERCE EXTERIEUR DE LA FRANCE

    Tableau I Evolution du taux annuel de croissance du volume des exportations (en % sur base de moyennes annuelles triennales)

    1860-1870

    5,7

    1870-1880

    3,0

    1880-1890

    1,7

    1890-1900

    1,7

    1900-1910

    2,6

    1860-1910

    2,9

    Tableau II Evolution de la part relative des exportations françaises par rapport au total de l’Europe (en % sur base de moyennes annuelles triennales)

    1830

    15,9

    1860

    19,2

    1880

    16,3

    1890

    15,3

    1900

    14,4

    1910

    13,4

    Tableau III Taux d’exportations de la France34 (en % moyennes annuelles triennales)

    1850

    7,4

    1860

    10,8

    1870

    11.5

    1880

    13,8

    1890

    13,8

    1900

    13.6

    1910

    15,3

    Tableau IV Destination des exportations françaises (en %)

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    Tableau V Structure par produit des exportations françaises en 1913 (en %)

    Produit de base dont aliment
    Matière première

    36,6
    15,6
    21,0

    Articles manufacturés dont Métaux
    Machines
    Véhicules

    63,4
    5,6
    2,0

    Produits chimiques

    4,2

    Textiles

    24,9

    Divers

    22,3

    Total

    100,0

    28Où exporte-t-on ? Globalement apparaît une stabilité du réseau des échanges extérieurs de la France (cf. tableau IV). On commerce principalement avec les nations européennes. Cette tendance se trouve confortée par la signature de traités commerciaux avec les pays limitrophes qui constituent le coeur de l’économie mondiale. C’est la Grande-Bretagne qui est de loin le partenaire privilégié, vers elle se dirige plus du quart des exportations totales. Aussi a-t-on pu écrire que l’économie française aurait progressé dans la dépendance de Londres. Elle est globalement absente des marchés d’Extrême-Orient, peu compétitive sur les marchés américains (elle se trouve distancée par les Etats-Unis et l’Angleterre en Amérique du Sud) quelquefois bousculée sur le continent européen. Elle consolide son installation dans les pays coloniaux d’Afrique notamment parce que les industriels bénéficient d’un système tarifaire préférentiel. En définitive un "effacement" (A. Rowley) certainement explicable par une "faible agressivité" (P. Bairoch).

    29Qu’exporte-t-on ? Principalement des biens de consommation alimentaire (provenant de l’agriculture), des matières premières, et des produits manufacturés. Mais l’évolution est surprenante et Inquiétante : la part des produits manufacturés semble décliner en tendance35. Une analyse plus serrée fait apparaître plusieurs variables explicatives. En premier lieu, la baisse des prix industriels, jusqu’à pratiquement la fin du XIXe siècle, s’avère insuffisamment compensée par l’accroissement du volume des produits exportés et ce, bien que la croissance de ce volume fut importante. En second lieu, se dessinent des évolutions assez divergentes quant aux types de produits manufacturés. Les produits exportés sont principalement des articles de luxe et de l’industrie textile (laine, soie) ; lorsque ces derniers seront fortement concurrencés, les secteurs modernes de l’économie assis sur les innovations de la seconde révolution industrielle ne prendront que trop faiblement le relais. De ce fait, la structure des biens exportés au début du XXe siècle ne diffère pas sensiblement de celle d’aujourd’hui : peu de biens d’équipements (industriels ou agricoles) et peu de matériel (électrique notamment), trop peu de produits métallurgiques ou chimiques, enfin fort dynamisme du matériel de transport (automobiles et bicyclettes) bien qu’il occupe une très faible place dans ce commerce externe.

    2 – Les importations.

    30Avant d’étudier l’insertion de l’économie française dans la division Internationale du travail on décrira la structure des importations et son évolution (nous réservons l’étude du volume des importations françaises pour les prochains paragraphes).

    31La structure des importations a fortement évolué. Dans une première phase, la part des matières premières industrielles et des biens intermédiaires apparaît prépondérante, ceci s’explique par le dynamisme de l’industrie textile notamment cotonnière. Lors d’une seconde phase, 1865-1880 très approximativement, on enregistre une véritable poussée des produits alimentaires : l’agriculture française ne parvient pas à répondre aux besoins internes, et, l’on importe des céréales et de la viande36 ; de plus, les produits exotiques (café, cacao) font leur entrée dans l’alimentation. Dans une troisième période, durant laquelle le protectionnisme est instauré, la place des produits alimentaires régresse pour atteindre près d’un quart du total ; l’achat de matières premières industrielles suit une tendance voisine mais, cette fois, ce sont les produits manufacturés qui progressent très fortement dans l’absolu et relativement.

    32Quant à l’origine des produits importés : les deux-tiers proviennent, de l’Europe, la moitié du reste, de l’Amérique. En ce qui concerne les tendances de longue durée (1850-1913) dans la répartition des courants commerciaux, on perçoit un recul relatif des importations européennes surtout perceptible après 1870, et, un dynamisme des importations provenant des colonies d’Afrique37, bien sûr lié à l’essor de la colonisation.

    B – Le commerce extérieur : un révélateur de la place de l’économie française dans l’économie mondiale.

    33On voit se constituer une structuration de l’économie mondiale fondée sur une division du travail de type vertical38 : le commerce entre les économies capitalistes avancées est dominant en volume (cf. la destination des exportations françaises et l’origine de ces importations). Il comprend principalement des produits Industriels finis ou des biens nécessaires aux processus productifs ; les relations commerciales avec les autres pays reposent sur l’échange de produits finis contre des produits bruts, qu’il s’agisse de produits alimentaires ou de produits industriels de base. Dans ce schéma général la position de l’économie française s’avère particulière. En premier lieu quant au contenu des échanges. Globalement, la France reste une nation pourvoyeuse de biens de luxe ou de produits qui s’en rapprochent comme les Instruments de précision, les produits chimiques par exemple la parfumerie, les automobiles toujours réservées à l’époque à la clientèle riche. Elle reste dépendante de l’extérieur pour les biens d’équipement, qu’ils soient industriels ou nécessaires à la mécanisation du travail agricole, et, le matériel électrique, bref, pour tout ce qui conditionne la dynamique de l’investissement. En définitive, la composition du commerce extérieur renvoie bien à l’organisation et à la structure du système industriel français, et une certaine perte d’influence sur les marchés mondiaux (mesurable notamment au déclin relatif des exportations françaises par rapport aux exportations européennes) témoigne de la fragilité et de l’inadaptation de son système productif. Secondement quant au rapport de la France à son empire colonial. Les exportations vers l’Empire représentent en 1914 approximativement 13 % du total39, ce qui peut apparaître négligeable. Toutefois, ce commerce apparait en rapide progression et compense le déclin enregistré sur d’autres marchés ; de plus, il est très important pour de nombreuses branches industrielles : "Au niveau des importations, son rôle apparaît fondamental dans les industries alimentaires (sucrière notamment), l’industrie des superphosphates et celle du caoutchouc. En ce qui concerne les exportations, le débouché commercial est ambivalent : il constitue incontestablement une "bouée de sauvetage" pour des branches en déclin (cuirs, bougies, savons) ; mais en revanche, il joue un rôle de premier plan dans la croissance de certains secteurs liés à la vigoureuse reprise du capitalisme français à la veille de la première guerre mondiale"40. Enfin les échanges avec l’Empire colonial occupe une place spécifique dans l’ensemble des échanges avec le "Tiers-Monde" (c’est-à-dire, en fait, toutes les relations commerciales qui ne sont pas menées avec des nations développées) : ils sont excédentaires car les marchés coloniaux sont protégés par un système douanier progressivement érigé entre 1889 et 189241.

    § II – LE SOLDE DE LA BALANCE DU COMMERCE EXTERIEUR ET LES POLITIQUES COMMERCIALES.

    34Le commerce extérieur a toujours fait l’objet d’une certaine gestion étatique. Le mercantilisme en faisait l’axe de sa doctrine. A cet égard, la période étudiée s’avère riche d’enseignements : stratégie de libre échange d’abord, et réaction protectionniste ensuite, marquent de leur empreinte les rapports commerciaux externes. On retracera d’abord l’évolution du solde de la balance commerciale avant de décrire les formes de ces politiques et d’évaluer leurs effets.

    A – Le solde de la balance commerciale : excédent puis déficit.

    35Deux périodes apparaissent. Le commerce extérieur fut excédentaire jusqu’aux années 1860, il est notoirement déficitaire après. Durant toute la période le solde de la balance des paiements (qui recense les opérations de toute nature avec l’étranger) s’établit toujours positivement. La détérioration de la balance du commerce provient certes d’un gonflement des importations, mais aussi d’un tassement du taux de croissance des exportations, ainsi de 1875 à 1894 le volume des exportations ne croît que de 0,7 en rythme annuel, la reprise de la fin du siècle s’avère trop faible pour rattraper le retard accumulé. De plus, l’évolution des termes de l’échange défavorise les exportateurs français42. Un dernier élément, trop souvent omis, à verser au dossier : si l’on ventile le solde de la balance commerciale selon le type de produit : agricole ou industriel43, on est frappé de constater que l’industrie a toujours contribué positivement au solde de la balance commerciale, et l’agriculture toujours négativement (rappelons qu’elle occupe une grande fraction de la force de travail nationale et que son produit représente encore en 1914, 40 % du produit global).

    B – Les vicissitudes de la politique commerciale : libéralisme puis protectionnisme.

    36Les thèses libre-échangistes eurent une écoute favorable de la part du personnel politique du Second Empire. Portées par un courant puissant, recevant l’appui de larges fractions de la bourgeoisie industrielle, elles exprimaient une vision du processus d’industrialisation, puisque d’un côté l’abaissement des droits de douane sur les importations diminuait les coûts de production, et développait les investissements, de l’autre la réciprocité que l’on pouvait raisonnablement attendre stimulerait les exportations, donc la production.

    37Les premières décisions de l’Empire en matière d’échanges extérieurs ne laissèrent aucun doute : furent décidées des réductions de tarifs et accordées des dérogations. La signature en 1860 d’un traité entre l’Angleterre et la France, suivie d’accords commerciaux avec les principaux pays clients, jouent un rôle décisif. On entre dans un système "proche" du libre-échange général ; la valeur des droits de douane par rapport à la valeur des produits importés passe en pourcentage de 17,2 % en 1847-1849 à 4 % en 1865-186944. Toutefois, non seulement le libéralisme ne fut jamais total, mais la victoire, du courant libre-échangiste, d’ailleurs de courte durée, ne put changer définitivement les mentalités.

    38Plusieurs événements vont venir conforter le "clan" des opposés. Dans l’ordre géo-politique d’abord. La défaite de 1870 et l’écroulement de l’Empire réveillent le nationalisme, y compris dans sa dimension économique. A. Rowley décrit ainsi ce retournement : "L’article 11 du traité de Francfort prévoyait en effet que les relations commerciales franco-allemandes auraient pour base la clause de la nation la plus favorisée pour une durée illimitée. Dès 1875-1877, beaucoup d’économistes et d’hommes politiques manifestent leur crainte que les progrès de l’industrie allemande ne fassent de cette clause un véritable "Sedan économique"... Cette analyse rejoignait la préoccupation de certains hommes politiques, dont Thiers puis Méline qui désiraient tirer des douanes les ressources nécessaires pour combler le déficit budgétaire provoqué par la guerre et qui jugeront que les tarifs douaniers... étaient plus faciles à supporter par les contribuables que les impôts directs... le libéralisme douanier apparaissait comme un facteur d’affaiblissement économique favorisant la dépendance extérieure"45. Dans l’ordre économique ensuite. On aurait pu s’attendre à ce que le déficit de la balance commerciale fut un début d’argument en faveur d’un "contrôle" plus conséquent du commerce extérieur. En réalité, ce serait interpréter les pensées d’hier avec les données d’aujourd’hui. Il semble bien que les agents économiques de l’époque ne vivaient pas les yeux constamment fixés sur la ligne du solde du commerce extérieur ; au demeurant la position nette de la France en matière de relations commerciales, monétaires et financières apparaissait satisfaisante, en témoignent les excédents de la balance des paiements. En fait, la bataille pour le protectionnisme fut menée principalement et, en définitive efficacement, par les producteurs qui avaient souffert de l’ouverture sur les marchés mondiaux. Celle-ci entraînait un alignement des prix intérieurs, agricoles et industriels, sur les normes internationales, et, pénalisait les producteurs aux conditions de production dépassées. Agriculteurs et industriels se retrouvent ensemble pour revendiquer la limitation des produits importés. Ils trouveront en A. Thiers46 et en J. Méline, des défenseurs zélés et persévérants de leur stratégie, aidés qu’ils furent par la situation géo-politique favorisant le retour au nationalisme économique. Après diverses mesures de protection, le grand moment survint en 1881 : une taxe de 10 à 30 % sur les produits manufacturés fut instituée, ainsi que des droits sur les principaux produits agricoles. Il ne s’agit là que d’une victoire partielle des tenants du protectionnisme. On peut, en premier lieu, faire remarquer que le protectionnisme de Méline est faible par rapport à l’ancien et moins vigoureux que celui instauré par des nations concurrentes. En second lieu, les promoteurs du projet n’ont pas gagné la bataille idéologique. Subsiste un fort courant libéral où l’on trouve économistes, industriels et financiers. En dernier lieu, la crise agricole de la fin du siècle dont on a indiqué la gravité et l’impact sur les mentalités, a joué un rôle déterminant : elle renforce les partisans de la protection dans leurs convictions. Dans ces conditions J. Méline pu faire voter en 1892 un renforcement des "tarifs extérieurs".

    C – L’efficacité des politiques commerciales.

    39Ces politiques ont-elles réussi ? En clair, ont-elles rempli leurs objectifs ? Poser ces questions en ces termes apparaît, en définitive, très insuffisant : les objectifs des promoteurs étaient-ils si clairs ? De même, une étude rétrospective ne peut trancher entre libéralisme et protectionnisme, fussent-ils à la Française : manquent trop de données, et interviennent trop de facteurs. De plus, le bilan à moyen terme peut être flatteur mais désastreux sur une longue période. II est clair toutefois que la période de libre-échange coïncide avec une phase de ralentissement de la croissance, de ce point de vue les tenants du libéralisme ne retrouvent pas les éléments permettant de vérifier leur credo : les bienfaits sur la dynamique interne d’une libéralisation des échanges. Le dynamisme d’une économie repose aussi, et sans doute principalement, sur d’autres éléments : la rentabilité du capital, les grandes innovations, la vigueur des branches motrices... etc. il ne fait pas de doute non plus, que les crises appellent des réponses de repli, de fermeture, en bref de protection. Le protectionnisme français de J. Méline s’inscrit dans ce contexte. La réponse française n’est pas isolée, les grandes nations Industrielles (y compris l’Allemagne mais exceptée l’Angleterre) adoptent des attitudes voisines, elle est en fait exemplaire : elle constitue une tentative pour surmonter les fragilités du système productif français fondamentalement inadapté aux nouvelles conditions Internationales de production Industrielle et agricole. Il s’agissait alors plus de conserver que d’améliorer. A moyen terme, il semble que l’on puisse parler d’un bilan plutôt positif. On enregistre une indéniable reprise globale mais elle ne peut toutefois lui être directement imputée. En fait, le maintien, voire le développement, de l’agriculture française avec des structures spécifiques de production et de commercialisation, autorise ou facilite la croissance de l’industrie, et en dernière instance consolide la croissance française. Mais fondamentalement rien n’est changé : l’agriculture contribue toujours autant aux déficits de la balance commerciale (produits agricoles exotiques exclus) alors que l’industrie améliore ses performances. II faut toutefois tenir compte du développement des marchés coloniaux surprotégés pour expliquer ces résultats encourageants. Quant aux structures, principalement agricoles, rien n’est entrepris pour transformer, pour moderniser aux moindres coûts sociaux une agriculture à faible productivité (et sans aucun doute à forte intensité du travail). On retrouve là une composante durable des projets des classes dominantes en France : on privilégie la politique des équilibres et non la transformation des structures. Quant au dynamisme des industriels français il ne sort pas renforcé. A cet égard J. Thobie peut écrire qu’il "souffre d’un certain nombre de maux d’ailleurs unanimement dénoncés par les consuls et les responsables des Chambres de Commerce françaises à l’étranger. Les plaintes exposées par tel consul à Constantinople ou à Trébizonde, rejoignent celles, semblables, qui parviennent de Russie ou d’Amérique Latine. Les voyageurs de commerce français sont trop rares et peu compétents par rapport à leurs concurrents allemands ou anglais. Le représentant français vient pour convaincre l’acheteur que la marchandise proposée lui convient parfaitement et non pour s’enquérir de ses besoins et les satisfaire ; il ne sait pas être comme ses concurrents, autant prospecteur que vendeur. La croyance tenace en la séduction universelle des vins et alcools français et des "articles de Paris" aboutit à une ignorance dommageable des besoins étrangers réels"47. Un dernier élément, enfin, à prendre avec beaucoup de réserves car les recherches entreprises à son sujet apparaissent encore trop limitées, il semble bien que la constitution de cartels Internationaux (dans le secteur des biens intermédiaires notamment) a facilité le débordement ou le contournement des barrières douanières. S’il en est ainsi on conclut à l’impuissance relative des Etats à maîtriser durablement les flux commerciaux internationaux.

    Conclusion du Chapitre 9

    40Exportation de capitaux ou expansionnisme financier, colonisation ou expansionnisme territorial, nouveaux dynamismes des échanges internationaux ou expansionnisme commercial, mais comment s’articulent ces trois phénomènes ? Constate-t-on des relations entre mouvements de capitaux français et développement de la capacité d’exportation ? Entre colonisation et resserrement des échanges ?

    41Comme l’indique le tableau, Il n’y a pas, marché par marché, concordance entre échanges commerciaux et zones d’investissements et de placements48 :

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    42Globalement, les partenaires commerciaux de la France sont les pays développés, les zones d’investissements les pays en voie de développement ou d’industrialisation (selon les normes de l’époque). Ceci constitue bel et bien un problème pour les Industriels, ils revendiquent que les capitaux français exportés servent en partie à financer les achats de produits français. Le cas est flagrant pour l’emprunt turc de 1901-1905, la firme Schneider demandant qu’il soit consacré à l’achat de ses matériels49. Secondement, l’aire coloniale ne constitue ni l’axe privilégié du commerce extérieur, ni la zone d’investissements prioritaire pour le capital financier français.

    43Abandonnons cette optique fondée sur le cloisonnement des aires d’investissements et des zones d’échanges, afin de saisir les phénomènes dans leur solidarité globale. Au niveau de l’économie européenne, P. Bairoch, peut avancer que "dans l’ensemble les exportations de capitaux européens vers les pays extra-européens ont été un facteur d’expansion des exportations européennes vers ces pays"50. On est alors en droit d’avancer l’hypothèse suivante51 : les investissements et les placements français à l’étranger (exceptée la zone européenne développée) peuvent financer les exportations de marchandises françaises via d’autres pays comme le Royaume-Uni ou l’Allemagne compte tenu de la logique de la division internationale du travail de type vertical. Ce schéma triangulaire rendrait compte de la discordance géographique entre les flux de marchandises et des flux de capitaux. Toutefois si l’Industrie française y (re)trouve son compte, cela ne renseigne en rien sur son dynamisme propre. De plus, ce schéma pourrait révéler les faiblesses du système industriel français : son inaptitude à atteindre les normes techniques et économiques internationales en matières de biens d’équipements dont on sait que l’Angleterre, les Etats-Unis et l’Allemagne sont les principaux fournisseurs mondiaux.

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    44II resterait à reprendre le problème dans une autre perspective : ce transfert de l’épargne nationale vers l’extérieur, et, en particulier la fraction constituée de placements, n’a-t-il pas eu des effets négatifs, bloquant par exemple, la modernisation de branches industrielles par manque de capitaux ? Répondre à cette question implique que l’on fournisse une prise de vue sur le dynamisme de l’économie française durant tout le XIXe siècle.

    Notes de bas de page

    1  Dans ce chapitre, nous citerons particulièrement les ouvrages suivants, les lecteurs y trouveront une analyse serrée ainsi qu’une bibliographie plus riche :
    P. Bairoch "Commerce extérieur et développement économique de l’Europe au XIXe siècle", Mouton 1976.
    R. Girault "Place et rôle des échanges extérieurs" in H.E.S. tome IV, volume I.
    A. Rowley "Evolution économique de la France du milieu du XIXe siècle à 1914", CDU – SEDES, 1982.
    J. Thobie "La France Impériale 1880-1914", Mégrelis, 1982.
    J. Weiller "Problèmes d’économie Internationale", PUF, Paris, 1946.
    Sans oublier les différentes contributions de J. Bouvier que nous indiquerons au cours des développements.

    2  E. Hobsbawm "L’ère du Capital 1848-1875", Fayard.

    3  Il n’est donc pas question de faire ici l’histoire de l’économie mondiale dans la période 1850-1914. De plus, nous avons pris le parti de ne pas traiter les problèmes monétaires internationaux et ses rapports avec les flux (monétaires et réels) internes ; sur ces points on consultera l’ouvrage de J. Weiller.

    4  La signification de ces termes se trouve au chapitre 6.

    5  J. Mistral "La diffusion internationale de l’accumulation intensive et sa crise" in "Economie et Finance Internationale", Dunod 1982.

    6  R. Hilferding donne de ce phénomène un éclairage moins obscur : le capitalisme financier est du capital-argent transformé en capital industriel, le capital à la disposition des banques et employé par les industriels. "Le Capital Financier". Editions de Minuit, Paris 1970 p. 138.

    7  Notamment quant à la périodisation du phénomène "Les traits majeurs de l’impérialisme français avant 1914" in "L’impérialisme français avant 1914", Mouton, Paris 1976.

    8  A moins de donner à ce terme une acception trop générale, où il devient synonyme de conquête militaire ou politique.

    9  R. Cameron "La France et le développement économique de l’Europe", Seuil, Paris, 1971. Le chiffre pour la période 1871-1881 comprend les 4 300 millions payés à l’Allemagne après la défaite de 1870.

    10  J. Weiller op. cit. pp. 121-122.

    11  Voir R. Goffin "Les valeurs mobilières en France à la fin du XIXe et au début du XXe siècle (1873-1913)", P.U.F. 1967.

    12  P. Bairoch, op. cit. p. 101.

    13  déjà cité p. 227.

    14  Ibid.

    15  On lira dans le recueil de J. Bouvier "Histoire économique et Histoire sociale" (Droz, Genève, 1968), comment une dynastie lyonnaise des affaires, les Bonnardel, fut conduite à investir à l’extérieur.

    16  R. Girault "Emprunts russes et investissements français en Russie". A. Colin, 1973. On trouve les principales firmes françaises de la grande filière sidérurgie-métallurgie : Schneider, Chatillon-Commentry, Aciéries de la Marine (de Saint-Chamond).

    17  P. Bairoch op. cit. p. 104 et J.H. Dunning contribution au colloque "Les multinationales en mutation", Paris, novembre 1982.

    18  La première banque russe, la Banque Russo-Asiatique, a son capital contrôlé à 65 % par des intérêts français.

    19  J. Thobie, op. cit., p. 151.

    20  R. Girault déjà cité p. 238.

    21  Ouvrage cité p. 107.

    22  La colonisation de l’Indochine permettait notamment aux industriels et commerçants lyonnais de se rapprocher de la Chine où ils s’approvisionnaient en soie une fois la sériciculture du midi gravement touchée par la pébrine (sur ce point J. Laffey "Les racines de l’impérialisme français en Extrême-Orient" in L’impérialisme français d’avant 1914. Mouton, Paris 1976).

    23  "De l’impérialisme britannique à l’impérialisme contemporain : l’avatar colonial" dans le recueil "L’impérialisme français d’avant 1914", Mouton, Paris 1976.

    24  Dans l’ouvrage de M. Baumont "L’essor industriel et l’impérialisme colonial" (1ère édition 1937, 2e édition 1949) on trouve l’explication suivante : "Ce sont surtout des raisons d’ordre politique et sentimental qui sont à l’origine de l’expansion coloniale" (2e édition p. 59).

    25  pp. 97-98, l’auteur précise qu’à cette cause majeure s’ajoute un élément favorable : la domination britannique et française avait amorcé la décomposition des Etats exploités.

    26  J. Ferry a pu les résumer de façon lapidaire : "Une colonie c’est un débouché", "la politique coloniale est fille de la politique industrielle".

    27  Sur tous points J. Thobie, ouvrage cité p. 114.

    28  Minerais de fer, phosphates, plomb et zinc.

    29  ouvrage cité p. 131.

    30  Principalement fondé sur le commerce des marchandises mais le "commerce de l’argent" en constitue un aspect (voir par exemple la stratégie de la Banque de l’Indochine en Extrême-Orient, J. Thobie, op. cit., p. 167).

    31  Ce qui signifie que les investissements étaient essentiellement destinés à des travaux d’infrastructure (voies ferrées, routes, ponts) entrepris par l’Etat.

    32  Sauf contre-indications, les sources sont issues des travaux de P. Bairoch.

    33  Selon P. Bairoch, de 1870 à 1900 les exportations européennes vers le "Tiers-Monde" s’accroissent de 2,5 – 3,5 % par an, de 1900 à 1910 ce chiffre passe à 5 – 6 %.

    34  Soit le rapport des exportations au produit national brut au prix de marché.

    35  Il faut accepter cette hypothèse avec beaucoup de prudence. En effet, des auteurs ont pu avancer la proposition contraire à partir d’autres ventilations des biens. Ainsi J. Weiller décèle une tendance de longue durée à l’accroissement de la part des objets fabriqués dans les exportations françaises de 1873 à 1913 (in "Problèmes d’économie internationale" PUF, 1946, p. 42). Mais un objet fabriqué est-il toujours un "objet manufacturé". A. Rowley (op. cit. p. 407) parle bien de déclin relatif des exportations de produits manufacturés. Des sources fournies par les recueils de la "Statistique générale de la France" et par P. Bairoch, il semble bien que la part des produits manufacturés autour des années 1850-1860 était plus importante.

    36  A cet égard les progrès des moyens de transport et de la culture extensive dans les pays neufs bouleversent l’équilibre des marchés des produits agricoles.

    37  L’Afrique fournissant, en 1850, 6 % des importations françaises, ce chiffre passe à 12 % à la veille de la première guerre mondiale.

    38  J. Weiller, op. cit. p. 25.

    39  Ce pourcentage est bien sûr plus élevé pour le "Tiers-Monde", il s’établit selon P. Bairoch à 21-23 %.

    40  J. Thobie, op. cit., p. 68. L’auteur appuie son jugement sur les conclusions de J. Marseille ("Les relations commerciales entre la France et son Empire colonial de 1880 à 1903" dans "Relations Internationales", 1976 n° 6 pp. 145-160).

    41  P. Bairoch ouvrage cité p. 223.

    42  Les termes de l’échange sont des indices qui tiennent compte de l’évolution des prix des produits échangés. Ainsi, pour le cas français, les exportateurs auraient dû accroître plus fortement le volume des produits vendus sur les marchés extérieurs compte tenu de la croissance en valeur des importations.

    43  P. Bairoch ouvrage cité p. 231.

    44  F. Caron ouvrage cité p. 96.

    45  Ouvrage cité p. 390.

    46  Ne déclarait-il pas "Il faut se réserver le marché français pour soi tout seul et puis pour l’étranger s’il en reste", A. Rowley op. cit. p. 369.

    47  Ouvrage cité pp. 70-71.

    48  J. Bouvier "Les traits majeurs de l’impérialisme français", Mouton, Paris, 1976.

    49  J. Thobie, op. cit. p. 31.

    50  Ouvrage cité p. 110.

    51  Voir R. Girault in H.E.S. p. 237 et J. Thobie ouvrage cité p. 289.

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    1  Dans ce chapitre, nous citerons particulièrement les ouvrages suivants, les lecteurs y trouveront une analyse serrée ainsi qu’une bibliographie plus riche :
    P. Bairoch "Commerce extérieur et développement économique de l’Europe au XIXe siècle", Mouton 1976.
    R. Girault "Place et rôle des échanges extérieurs" in H.E.S. tome IV, volume I.
    A. Rowley "Evolution économique de la France du milieu du XIXe siècle à 1914", CDU – SEDES, 1982.
    J. Thobie "La France Impériale 1880-1914", Mégrelis, 1982.
    J. Weiller "Problèmes d’économie Internationale", PUF, Paris, 1946.
    Sans oublier les différentes contributions de J. Bouvier que nous indiquerons au cours des développements.

    2  E. Hobsbawm "L’ère du Capital 1848-1875", Fayard.

    3  Il n’est donc pas question de faire ici l’histoire de l’économie mondiale dans la période 1850-1914. De plus, nous avons pris le parti de ne pas traiter les problèmes monétaires internationaux et ses rapports avec les flux (monétaires et réels) internes ; sur ces points on consultera l’ouvrage de J. Weiller.

    4  La signification de ces termes se trouve au chapitre 6.

    5  J. Mistral "La diffusion internationale de l’accumulation intensive et sa crise" in "Economie et Finance Internationale", Dunod 1982.

    6  R. Hilferding donne de ce phénomène un éclairage moins obscur : le capitalisme financier est du capital-argent transformé en capital industriel, le capital à la disposition des banques et employé par les industriels. "Le Capital Financier". Editions de Minuit, Paris 1970 p. 138.

    7  Notamment quant à la périodisation du phénomène "Les traits majeurs de l’impérialisme français avant 1914" in "L’impérialisme français avant 1914", Mouton, Paris 1976.

    8  A moins de donner à ce terme une acception trop générale, où il devient synonyme de conquête militaire ou politique.

    9  R. Cameron "La France et le développement économique de l’Europe", Seuil, Paris, 1971. Le chiffre pour la période 1871-1881 comprend les 4 300 millions payés à l’Allemagne après la défaite de 1870.

    10  J. Weiller op. cit. pp. 121-122.

    11  Voir R. Goffin "Les valeurs mobilières en France à la fin du XIXe et au début du XXe siècle (1873-1913)", P.U.F. 1967.

    12  P. Bairoch, op. cit. p. 101.

    13  déjà cité p. 227.

    14  Ibid.

    15  On lira dans le recueil de J. Bouvier "Histoire économique et Histoire sociale" (Droz, Genève, 1968), comment une dynastie lyonnaise des affaires, les Bonnardel, fut conduite à investir à l’extérieur.

    16  R. Girault "Emprunts russes et investissements français en Russie". A. Colin, 1973. On trouve les principales firmes françaises de la grande filière sidérurgie-métallurgie : Schneider, Chatillon-Commentry, Aciéries de la Marine (de Saint-Chamond).

    17  P. Bairoch op. cit. p. 104 et J.H. Dunning contribution au colloque "Les multinationales en mutation", Paris, novembre 1982.

    18  La première banque russe, la Banque Russo-Asiatique, a son capital contrôlé à 65 % par des intérêts français.

    19  J. Thobie, op. cit., p. 151.

    20  R. Girault déjà cité p. 238.

    21  Ouvrage cité p. 107.

    22  La colonisation de l’Indochine permettait notamment aux industriels et commerçants lyonnais de se rapprocher de la Chine où ils s’approvisionnaient en soie une fois la sériciculture du midi gravement touchée par la pébrine (sur ce point J. Laffey "Les racines de l’impérialisme français en Extrême-Orient" in L’impérialisme français d’avant 1914. Mouton, Paris 1976).

    23  "De l’impérialisme britannique à l’impérialisme contemporain : l’avatar colonial" dans le recueil "L’impérialisme français d’avant 1914", Mouton, Paris 1976.

    24  Dans l’ouvrage de M. Baumont "L’essor industriel et l’impérialisme colonial" (1ère édition 1937, 2e édition 1949) on trouve l’explication suivante : "Ce sont surtout des raisons d’ordre politique et sentimental qui sont à l’origine de l’expansion coloniale" (2e édition p. 59).

    25  pp. 97-98, l’auteur précise qu’à cette cause majeure s’ajoute un élément favorable : la domination britannique et française avait amorcé la décomposition des Etats exploités.

    26  J. Ferry a pu les résumer de façon lapidaire : "Une colonie c’est un débouché", "la politique coloniale est fille de la politique industrielle".

    27  Sur tous points J. Thobie, ouvrage cité p. 114.

    28  Minerais de fer, phosphates, plomb et zinc.

    29  ouvrage cité p. 131.

    30  Principalement fondé sur le commerce des marchandises mais le "commerce de l’argent" en constitue un aspect (voir par exemple la stratégie de la Banque de l’Indochine en Extrême-Orient, J. Thobie, op. cit., p. 167).

    31  Ce qui signifie que les investissements étaient essentiellement destinés à des travaux d’infrastructure (voies ferrées, routes, ponts) entrepris par l’Etat.

    32  Sauf contre-indications, les sources sont issues des travaux de P. Bairoch.

    33  Selon P. Bairoch, de 1870 à 1900 les exportations européennes vers le "Tiers-Monde" s’accroissent de 2,5 – 3,5 % par an, de 1900 à 1910 ce chiffre passe à 5 – 6 %.

    34  Soit le rapport des exportations au produit national brut au prix de marché.

    35  Il faut accepter cette hypothèse avec beaucoup de prudence. En effet, des auteurs ont pu avancer la proposition contraire à partir d’autres ventilations des biens. Ainsi J. Weiller décèle une tendance de longue durée à l’accroissement de la part des objets fabriqués dans les exportations françaises de 1873 à 1913 (in "Problèmes d’économie internationale" PUF, 1946, p. 42). Mais un objet fabriqué est-il toujours un "objet manufacturé". A. Rowley (op. cit. p. 407) parle bien de déclin relatif des exportations de produits manufacturés. Des sources fournies par les recueils de la "Statistique générale de la France" et par P. Bairoch, il semble bien que la part des produits manufacturés autour des années 1850-1860 était plus importante.

    36  A cet égard les progrès des moyens de transport et de la culture extensive dans les pays neufs bouleversent l’équilibre des marchés des produits agricoles.

    37  L’Afrique fournissant, en 1850, 6 % des importations françaises, ce chiffre passe à 12 % à la veille de la première guerre mondiale.

    38  J. Weiller, op. cit. p. 25.

    39  Ce pourcentage est bien sûr plus élevé pour le "Tiers-Monde", il s’établit selon P. Bairoch à 21-23 %.

    40  J. Thobie, op. cit., p. 68. L’auteur appuie son jugement sur les conclusions de J. Marseille ("Les relations commerciales entre la France et son Empire colonial de 1880 à 1903" dans "Relations Internationales", 1976 n° 6 pp. 145-160).

    41  P. Bairoch ouvrage cité p. 223.

    42  Les termes de l’échange sont des indices qui tiennent compte de l’évolution des prix des produits échangés. Ainsi, pour le cas français, les exportateurs auraient dû accroître plus fortement le volume des produits vendus sur les marchés extérieurs compte tenu de la croissance en valeur des importations.

    43  P. Bairoch ouvrage cité p. 231.

    44  F. Caron ouvrage cité p. 96.

    45  Ouvrage cité p. 390.

    46  Ne déclarait-il pas "Il faut se réserver le marché français pour soi tout seul et puis pour l’étranger s’il en reste", A. Rowley op. cit. p. 369.

    47  Ouvrage cité pp. 70-71.

    48  J. Bouvier "Les traits majeurs de l’impérialisme français", Mouton, Paris, 1976.

    49  J. Thobie, op. cit. p. 31.

    50  Ouvrage cité p. 110.

    51  Voir R. Girault in H.E.S. p. 237 et J. Thobie ouvrage cité p. 289.

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