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    Plan

    Plan détaillé Texte intégral 2. Les débuts (a° 541) 3. En Gaule (a° 588) 4. En Italie (a° 599) 5. En Irlande 6. En Espagne (a° 688) 7. En Espagne (a° 693) 8. En Espagne (a° 694) Notes de bas de page

    Les Sociétés en Europe du milieu du vie siècle à la fin du ixe siècle

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    Table des matières

    La Peste de Justinien

    p. 10-16

    Texte intégral 2. Les débuts (a° 541) 3. En Gaule (a° 588) 4. En Italie (a° 599) 5. En Irlande 6. En Espagne (a° 688) 7. En Espagne (a° 693) 8. En Espagne (a° 694) Notes de bas de page

    Texte intégral

    2. Les débuts (a° 541)

    1Il y eut en ces temps là une pestilence qui manqua d’emporter la race humaine tout entière. [...] Elle ne se manifesta pas seulement dans une région ni n’affligea tel homme plutôt qu’un autre [...] mais embrassa toute la terre et prit la vie de tous les hommes. [...]

    2Elle commença parmi les Égyptiens de Péluse. Ensuite elle bifurqua, d’un côté vers Alexandrie et le reste de l’Égypte, de l’autre vers la Palestine, aux confins de l’Égypte ; et de là elle se répandit par toute la terre, allant toujours de l’avant et se propageant lorsque l’époque s’y prêtait. [... ] Elle gagna les extrémités de la terre, n’épargnant aucun de ses recoins. [...] Dans la deuxième année, au milieu du printemps, elle atteignit Byzance, où je résidais. [...] La plupart [des victimes] contractaient la maladie sans le savoir. Elle les emportait de la manière que voici. Tout soudain, elles étaient prises de fièvre, d’aucunes à leur éveil, d’autres tandis qu’elles déambulaient, d’autres encore alors qu’elles vaquaient à quelque tâche [...]. Le corps ne changeait pas de couleur, sa température n’était pas particulièrement élevée, comme en cas d’attaque fiévreuse et aucune inflammation ne se déclarait. Cette fièvre était si peu prononcée, depuis son début jusqu’au soir, que personne, ni le patient ni le médecin qui l’auscultait, ne redoutait le moindre danger. Il était naturel, par conséquent, qu’aucun de ceux qui avaient. contracté la maladie ne s’attendait à en mourir. Mais le même jour, dans certains cas, dans d’autres le lendemain, dans d’autres encore peu de jours plus tard, une boursoufflure bubonique se formait ; et ceci advenait non seulement dans cette partie du corps que l’on appelle boubon1, c’est-à-dire en dessous de l’abdomen, mais aussi dans l’aisselle, parfois aussi à côté des oreilles et en divers endroits des cuisses. [...]

    3On ne trouva aucune parade, rien qui permît à l’homme de se protéger ou, une fois atteint, de se guérir ; mais la souffrance frappait sans prévenir et le rétablissement n’était dû à aucune cause extérieure. [...]

    4À Byzance, l’épidémie se prolongea quatre mois durant et sa plus grande virulence trois. Tout d’abord, il y eut à peine plus de morts qu’en temps normaux, ensuite la mortalité crut toujours plus ; bientôt on compta cinq mille morts tous les jours, puis dix mille, puis davantage. Au début, chacun s’occupait d’enterrer les morts de sa maisonnée, et même ceux-ci étaient jetés dans les tombes d’autrui, soit en cachette, soit en usant de force ; mais par la suite la confusion et le désordre se généralisèrent. Les esclaves se retrouvaient sans maîtres et les hommes qui naguère étaient très prospères, n’avaient plus de domestiques pour les servir, les uns étant malades, les autres trépassés. Bien des maisons se vidaient de leurs occupants humains. Par la même cause plusieurs notables restèrent plusieurs jours sans sépulture.

    5[...] Lorsqu’il advint que toutes les tombes qui existaient alors furent remplies de morts, on remua la terre à l’entour de la ville afin d’y déposer les cadavres, tant bien que mal. Mais ces fosses elles aussi s’avérèrent bientôt insuffisantes. À Sycae2 on retira la toiture des tours de l’enceinte, on y jeta les corps dans le désordre le plus complet, les empilant comme ils tombaient et, lorsque presque toutes les tours eurent ainsi été comblées, on les recouvrit à nouveau. En conséquence de quoi, une odeur fétide affligea la ville, contribuant à l’abattement des habitants, surtout lorsque le vent soufflait de cette direction.

    6On n’observait plus, alors, les rites funéraires coutumiers. Les morts n’étaient plus portés en procession, ni les chants usuels entonnés. On se contentait de charger sur son échine le corps d’un des morts jusqu’à un quartier en bordure de mer ; là, les dépouilles étaient entassées sur des esquifs que l’on abandonnait au gré des courants. Ceux qui avaient été membres des factions renonçaient à leurs inimitiés mutuelles et assistaient ensemble aux obsèques, portant de leurs propres mains les corps de ceux qui ne leur étaient rien et les mettant en terre. [...]

    7Il n’y avait alors âme qui vive par les rues de Byzance. Ceux qui avaient la chance d’être encore en bonne santé étaient chez eux, soignant les malades ou pleurant les morts. Et si, par hasard, on croisait quelqu’un, c’est qu’il portait un mort. Tout travail cessa, les artisans abandonnèrent leurs ateliers, il n’y eut plus la moindre activité, quelle qu’elle fût. Dans une ville qui jusqu’alors connaissait une abondance de bonnes choses, la faim sévissait presque sans partage. Il était difficile et même remarquable d’avoir assez de pain ou assez de quoi que ce fût. Si bien que nombre de malades parvinrent plus tôt qu’à leur tour au terme de leur vie par manque des nécessités de la vie. En un mot, on ne pouvait voir personne à Byzance revêtu de la chlamyde3, surtout lorsque l’empereur lui-même tomba malade (il eut en effet une boursoufflure au niveau de l’aine), mais dans une ville qui dominait tout l’empire romain, chacun portait des habits privés et restait tranquillement chez soi. Telle fut la peste qui ravagea l’empire romain dans toute son étendue ainsi que Byzance. Et elle s’abattit aussi sur la terre des Perses et sur celles en outre de tous les autres barbares.

    8Procope de Césarée, Histoire des guerres, 2, 22-23 = Procopius, with an English translation by H. B. Dewing. Vol. I. History of the Wars, Books i and ii, Londres et New York, 1914 (nombreuses réimpr.), p. 450-473.

    3. En Gaule (a° 588)

    9Le dit roi [Gontran], comme nous l’avons souvent dit, était généreux dans ses aumônes et assidu aux veilles et aux jeûnes. Le bruit courait alors que Marseille était fort ravagée par la peste inguinaire et que cette maladie s’était rapide ment propagée jusqu’à un village du pays lyonnais nommé Ozon4. Or le roi, qui comme l’eût fait un bon évêque pourvoyait aux remèdes propres à guérir les blessures de la foule pécheresse, ordonna à toute la population de se réunir à l’église et de célébrer les rogations avec une dévotion parti culière ; il lui ordonne aussi de ne pas prendre autre chose pour sa nourriture que du pain d’orge avec de l’eau pure et d’assister toute entière d’une manière constante aux vigiles. C’est ce qui fut fait à cette époque. Pendant trois jours donc tandis que ses aumônes se répandaient plus largement que de coutume, il se tourmentait pour toute la population au point qu’on le considérait alors non seulement comme un roi, mais aussi comme un évêque de Dieu, plaçant tout son espoir dans la miséricorde du Seigneur et orientant vers lui toutes les idées qui lui venaient, car il pensait dans toute la sincérité de sa foi que par lui elles pourraient aboutir à un résultat. On racontait couramment chez les fidèles qu’une femme, de qui le fils souffrait de la fièvre quarte et était couché douloureusement dans un lit, s’approcha au milieu de la foule des gens du dos du roi, et ayant en cachette détaché des franges du manteau royal, les mit dans de l’eau qu’elle donna à boire à son fils et qu’aussitôt la fièvre étant tombée, celui-ci fut guéri. La chose ne me paraît pas douteuse, car moi-même j’ai souvent entendu des énergumènes qui, sous l’influence de la possession, invoquaient son nom et confessaient leurs propres crimes sous l’action de sa vertu miraculeuse.

    10Grégoire de Tours, Historiarum libri decem, 9, 21, éd. Bruno Krusch et Wilhelm Levison, MGH SS rer. Merov. 1/1, Hanovre, 1951 (réimpr. 1965), p. 441-442. Trad. Robert Latouche (Grégoire de Tours, Histoire des Francs = Les Classiques de l’histoire de France au Moyen Âge. 27 et 28, Paris 1963 et 1965), p. 214-215.

    4. En Italie (a° 599)

    11Il y eut à cette époque en Vénétie, en Ligurie et dans d’autres régions d’Italie des inondations telles, croit-on, qu’il n’en était point advenu depuis Noé. [...] Il tomba de telles quantités d’eau que le Tibre, à Rome, sortit de son lit, s’écoula par-dessus les murs de la ville et en recouvrit une superficie importante. Alors, suivant le cours de ce même fleuve, une grande multitude de serpents et un dragon d’une taille surprenante traversèrent la ville et descendirent vers la mer. Aussitôt, une terrible peste appelée inguinale, survint après l’inondation et fit tant de victimes parmi le peuple que de la multitude il ne resta plus que quelques individus. D’abord, elle frappa le pape Pélage [Π], un homme vénérable, et le tua rapidement. Ensuite, après qu’elle leur eût ôté leur pasteur, elle se répandit parmi le peuple. Dans cette grande tribulation, le très saint Grégoire, qui était alors diacre, fut élu pape par le consentement unanime. Il ordonna que l’on offre une litanie septénaire [...].

    12Paul Diacre, Historia Langobardorum, 3,24, éd. Ludwig Bethmann et Georg Waitz, MGH Scriptores rerum Langobardicarum et Italicarum saec. vi-ix, Hanovre, 1878, p. 12-187, ici p. 104-105. Trad. A. Stoclet.

    5. En Irlande

    13a. Au grand royaume sans péché [?], où s’épanouissent les petits, ses enfants jouent à qui mieux mieux autour d’Ultan d’Ard Breccáin.

    14b. Ultan, comme altan, « le rasoir », pour son ardeur et son acuité s’agissant des miracles et des merveilles. On l’appelait « le clerc des enfants » car après [la peste] dite Buide Connaill tout enfant sans allocation était envoyé à Ultan, de sorte que, souvent, cinquante ou cent-cinquante étaient avec lui en même temps et il les nourrissait lui-même, ces enfants de femmes que le Buide Connaill avait tuées. Voici ce qu’Ultan avait l’habitude de faire : il coupait les tétons des vaches [...] et y versait le lait, et les bambins jouaient autour de lui.

    15Et il allait ainsi, l’évangile sur son dos, sans courroie.

    16À cette époque, Diarmait fils de Cerball était roi d’Irlande. Une vaste flotte d’étrangers arriva, emplissant les estuaires d’Erin. Diarmait prend peur. Il dit : « Ce "clerc des enfants" qui va, l’évangile sur son dos, sans courroie, mettons notre confiance en lui afin que la peste nous soit ôtée. » Des envoyés sont dépêchés par Diarmait auprès d’Ultan. Ultan était occupé à nourrir les enfants lorsqu’arrivèrent les envoyés, qui lui exposent le but de leur visite. « Quel dommage », dit Ultan, « qu’ils ne m’aient pas laissé en paix jusqu’à ce que ma main droite fût libre. Ma main qui est libre, c’est-à-dire la main gauche, je la lèverai contre ces navires. Mais si c’était ma main droite, aucun étranger jamais n’envahirait l’Irlande. » Aussi dit-on depuis : « La main gauche d’Ultan contre le mal ! »

    17Martyrologe d’Oengus, 4 septembre : a) Texte ; b) Glose (extraits) = Félire Óengusso céli dé. The Martyrology of Oengus the culdee, éd. et trad. (angl.) Whitley Stokes, Londres, 1905, p. 192 et 198-203.

    6. En Espagne (a° 688)

    18En son temps, 726 de l’ère, première année de son règne, soixante-dixième [de l’ère arabe], la cinquième année du règne d’Abdelmelic, Egika obtint la première et suprême dignité princière et la tutelle du royaume des Goths. Il régna quinze ans. Une forte mortalité accabla alors les Goths, en plus de quoi une peste inguinale se répandit sans merci.

    19Continuatio Isidorianae Hispana, J. A. García de Cortázar, éd. Nueva Historia de España en sus Textos. Edad Media, Saint-Jacques de Compostelle, 1975, p. 70, trad. A. Stoclet.

    7. En Espagne (a° 693)

    20En raison des dévastations de la peste inguinale, les évêques relevant du siège de Narbonne ne se sont pas joints au présent saint synode. C’est pourquoi nous ordonnons par ceci, la loi qu’en notre mansuétude nous avons instituée, que tous les évêques relevant de cette cathèdre se réunissent en la cité de Narbonne avec leur métropolitain et qu’après avoir lu attentivement tous les articles [des actes] de ce concile, ils les souscrivent dans l’ordre des préséances. Quiconque osera mépriser ces dispositions, s’efforcera de les pervertir ou tentera de s’y opposer par une audace misérable, qu’il soit frappé de la sentence de l’excommunication ecclésiastique et qu’il soit condamné à perdre le cinquième de ses biens.

    21Concile de Tolède xvi, fragment de la Lex edita in confirmatione concilii, ibid., p. 71. Trad. A. Stoclet.

    8. En Espagne (a° 694)

    22L’autorité de notre loi conférera stabilité perpétuelle aux décisions qu’aura promulguées à leur sujet et au sujet de leurs biens la sentence canonique de votre assemblée, afin que disparaisse, vaincue, une incroyance si terrible, soit que la correction synodale les détourne de l’erreur atavique, soit, si bon vous semble, que la lame de votre décision unanime les fauche irrévocablement. Sauf, cependant et pour lors, ces Juifs qui habitent dans la province de Gaule dans les clausurae5 ou qui dépendent du duché de cette région. En effet, cette contrée étant abandonnée par les hommes à cause des assauts de la délinquance, des incursions de peuples étrangers et des ravages de la peste inguinale, lesdits Juifs sont autorisés, à la requête du duc de cette terre, à y demeurer avec leurs biens. Publicis utilitatibus profectum incunctanter exhibeant6, qu’ils corrigent leur vie selon la règle de la sainte foi et qu’ils rejettent de leurs cœurs toute erreur de l’incroyance véritable. Si, à l’avenir, on découvre qu’ils corrompent la sainte foi, si peu soit-il, on les expulsera immédiatement de cette terre et on les frappera de la même censure que leurs parents susdits.

    23Concile de Tolède xvii , tomus regins, ibid., p. 71. Trad. A. Stoclet, d’après José Vives et al, ed. et trad. (esp.) Concilios visigóticos e hispano-romanos, Barcelone et Madrid, 1963, (España Cristiana. Textos. 1), p. 525.

    Notes de bas de page

    1 L’aine.

    2 Auj. Galata.

    3 C’est-à-dire de la tenue officielle.

    4 Saint-Symphorien-d’Ozon, chef-lieu de canton, arr. Vienne (Isère).

    5 Vives et al. traduisent : « zonas especiales »

    6 Vives et al. traduisent : « los cuales ayudarán al duque de la dicha región con todos sus bienes y constantemente prestarán su auxilio al tesoro público ».

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    Stoclet, Alain J., éd. « La Peste de Justinien ». In Les Sociétés en Europe du milieu du vie siècle à la fin du ixe siècle. Lyon: Presses universitaires de Lyon, 2003. doi:10.4000/books.pul.20320.
    Stoclet, Alain J., éditeur. « La Peste de Justinien ». Les Sociétés en Europe du milieu du vie siècle à la fin du ixe siècle, Presses universitaires de Lyon, 2003, https://doi.org/10.4000/books.pul.20320.

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