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    Plan

    Plan détaillé Texte intégral LE RÉFÉRENTIEL HISTORIQUE URBAIN MUTUALISÉ SIGARH EXEMPLES ET PREMIERS DÉVELOPPEMENTS Bibliographie Notes de bas de page Auteurs

    Archéologie de l’espace urbain

    Ce livre est recensé par

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    SIGArH : SIG archéologique et historique de Bordeaux

    SIGArH: archaeological and historical GIS in Bordeaux

    Olivier Bigot et Hélène Mousset

    p. 149-161

    Résumé

    This project brings together partners from the regional Archaeology Department, the University of Bordeaux 3, the Inrap, the City of Bordeaux and the IGN to collect data about the town from protohistory to the 20th century. The purpose is to study the dynamic evolution of the city, integrating data and investigations in a mutualized system. The hierarchical system of entities connects small structures to their urban ensembles, verified by tree view and maps on various scales. SIGArH brings together two chronologies: one connected to a social function, the other to the urban landscape. Examples highlight some analysis methods: a test carried out on a block using a Gantt chart, and findings on the topics of “tenures” and streets.

    Texte intégral LE RÉFÉRENTIEL HISTORIQUE URBAIN MUTUALISÉ SIGARH Un système collaboratif Le modèle conceptuel de données La hiérarchisation des données La gestion du temps EXEMPLES ET PREMIERS DÉVELOPPEMENTS Les temps des entités : exemple de la Cité Judiciaire Les rythmes de transformation du paysage urbain Les dynamiques de transformation des fonctions Les transformations internes des entités Autres modules et premiers résultats La voirie Les tenures La ville virtuelle des projets non réalisés Bibliographie BLIOGRAPHIE Notes de bas de page Auteurs

    Texte intégral

    1Le système SIGArH a pour principal objectif d’appréhender l’espace urbain bordelais de ses origines à nos jours, de façon dynamique dans le temps et l’espace1. Il a été conçu pour permettre l’actualisation des connaissances générales sur la ville par l’intégration fine des données archéologiques et historiques et, à l’inverse, pour replacer des données ponctuelles issues d’opérations de fouilles, diagnostics ou sondages dans un contexte urbain plus large, et ainsi aider à leur interprétation.

    2Le système d’information géographique (SIG) est par ailleurs exploité en matière d’analyses spatiales pour tenter de comprendre les dynamiques du développement et de l’occupation du territoire de la ville : rythme de renouvellement d’un quartier, caractère durable ou non des activités d’un secteur de l’agglomération, transformation du réseau viaire, etc. Il permet également d’apporter des éléments de réponses à des problématiques thématiques ou diachroniques à l’échelle d’une opération archéologique, d’un îlot ou d’un quartier.

    LE RÉFÉRENTIEL HISTORIQUE URBAIN MUTUALISÉ SIGARH

    Un système collaboratif

    3Le système SIGArH permet de documenter et d’intégrer sur un référentiel cadastral unique les données archéologiques issues des opérations archéologiques de ces trente dernières années, les données anciennes historiques et archéologiques (dépouillement systématique des bulletins des sociétés savantes), les synthèses récentes effectuées dans le cadre de l’Atlas historique de Bordeaux, les études de bâti et d’urbanisme de la mission chargée de la documentation historique à la Mairie de Bordeaux et les résultats des travaux universitaires présentant une dimension spatiale.

    4Les informations collectées et traitées dans le système émanant de chercheurs travaillant dans des institutions et des lieux différents, l’application devait impérativement autoriser une diffusion contrôlée et aisée des données. L’infrastructure retenue est celle d’une architecture client / serveur qui permet de répondre au problème de dispersion des données et des utilisateurs. Les logiciels libres sont privilégiés côté serveur2.

    5Le système SIGArH permet aux membres du projet de partager et de mutualiser l’information ; il offrira par la suite la possibilité de réaliser des analyses spatiales synchroniques et diachroniques sur des données spatialisées et organisées.

    6Nous nous sommes attachés à mettre en place une plate-forme collaborative utile à tous les chercheurs du projet. La principale difficulté a été de parvenir à un équilibre entre une structuration très souple des données, adaptée à chaque spécialité scientifique, mais tendant à l’hétérogénéité, et une organisation plus directive, optimisée pour le croisement et la confrontation des données, mais ne répondant peut-être pas parfaitement aux attentes de chacun.

    7La réponse proposée a été celle d’une normalisation minimale des données, portant essentiellement sur les éléments qui caractérisent l’entité archéologique et historique : la composante sociale et la composante temporelle. Ainsi l’attribution d’une fonction et de bornes chronologiques constitue, avec celle d’un nom usuel unique, l’étape minimale et indispensable de l’intégration de nouvelles informations. Le système a en revanche été ouvert par la création d’un champ descriptif libre qui autorise la rédaction d’une véritable notice3.

    Le modèle conceptuel de données

    8Le modèle conceptuel de données de SIGArH répond à un double objectif : d’une part, permettre, par une entrée commune d’ordre spatial, de corréler des données variées, archéologiques et historiques ; d’autre part, proposer aux chercheurs des ressources documentaires organisées et indexées concernant la ville.

    9SIGArH comporte quatre modules (fig. 1) :

    • les entités (module principal des données archéologiques et textuelles localisées) : l’intégration s’appuie sur le cadre conceptuel de la triade de Peuquet (Peuquet 1994), qui propose de décomposer les représentations des systèmes spatio-dynamiques en trois vues : la vue fondée sur les localisations (ou vue spatiale), la vue fondée sur les événements (ou vue temporelle) et la vue fondée sur les objets (ou vue sémantique). Le modèle de données a donc été conçu de manière à dissocier l’élément fonctionnel urbain (église, entrepôt, maison…), qui intègre les données descriptives essentielles, de sa représentation planimétrique. Cela permet de suivre et d’enregistrer les éventuels changements de fonction d’un édifice au cours du temps, sans qu’il y ait de redondance au sein du SIG, et également de retracer les transformations architecturales d’une entité, d’en restituer un état en plan à une date ou à une période précise ;
    • le module « voirie » : la modélisation du réseau viaire ancien permet d’intégrer cette composante du tissu urbain à l’analyse des transformations morphologiques de la ville. L’ensemble des toponymes connus est recensé pour toutes les périodes ; les géométries linéaires, constituées de segments reliés à chaque intersection par un nœud topologique, peuvent être associées à un ou plusieurs toponymes à travers une table intermédiaire précisant la période chronologique de ce lien. Ce système permet de suivre les changements de nom d’une rue à travers le temps. Par ailleurs, chaque tronçon de rue peut être daté, avec l’indication d’une année de percement et éventuellement d’une année d’abandon/disparition. La composante temporelle du réseau viaire dans SIGArH permet de travailler sur les changements de toponymes liés à la voirie, mais aussi sur les transformations morphologiques du réseau lui-même ;
    • le module « tenures médiévales et modernes » : il permet d’intégrer dans le SIG un corpus important de sources foncières médiévales, dont la composante spatiale est indirecte et incomplète. Dans ces sources fiscales, l’information géographique se résume la plupart du temps à la mention d’une rue, d’un lieu-dit ou même d’une paroisse. Toutefois ces documents mentionnent des confronts qui, par recoupements, permettent parfois d’affiner la localisation. Les tenures, datées, sont regroupées au sein de zones, la plupart du temps de part et d’autre d’un axe viaire. Ce principe d’intégration permet de proposer une approche du parcellaire médiéval et de réaliser des analyses statistiques sur deux siècles et demi environ ;
    • le module documentaire : il renseigne les entités à travers la création de références bibliographiques, iconographiques et archivistiques et offre la possibilité de stocker de la documentation numérique indexée (plans, photographies…) pour constituer des dossiers électroniques.

    La hiérarchisation des données

    10Le système SIGArH permet d’intégrer l’ensemble des données localisables dans la ville, depuis les indices les plus ténus à faible emprise spatiale jusqu’aux grands ensembles monumentaux ou projets de lotissement.

    11On distingue trois classes d’objets dans le système : les structures, au sens archéologique du terme (murs, fosses, trottoirs…) ; les unités urbaines (maisons, rues, boutiques…) ; les grands ensembles urbains (enceintes, groupe épiscopal, forteresses…).

    12Les structures ne possèdent pas de fonction urbaine. Leur intégration permet de prendre en compte des éléments dont l’interprétation fonctionnelle n’a pas pu être proposée (mur isolé…), mais elle est également destinée à analyser finement les unités urbaines et leur éventuelle transformation dans le temps (phasage des entités). Selon le même principe, les ensembles urbains sont constitués du regroupement de plusieurs unités urbaines.

    13Afin d’organiser ces données multiscalaires, le système permet la création d’ensembles hiérarchisés fondés sur la relation parents/enfants ; cette hiérarchie est visualisable sous la forme d’une arborescence (fig. 2). On peut ainsi grouper des données par lot, du plus petit composant à l’enveloppe générale de l’entité urbaine ou de l’ensemble monumental (murs formant une pièce, pièces formant un bâtiment…).

    14Cette organisation induit une double, voire triple, représentation d’un même objet urbain et permet de filtrer les données représentées selon l’échelle de travail et les besoins de l’utilisateur, d’effectuer des analyses spatiales (densité, orientations…) sur des objets géométriques adaptés à l’échelle d’étude et également de restituer tous les états d’une entité urbaine.

    La gestion du temps

    15La gestion de la chronologie a fait l’objet d’une attention particulière dans SIGArH. Le système prend en compte deux caractérisations temporelles distinctes : le temps « fonctionnel » et le temps « architectural ».

    16Le premier est directement lié aux entités archéologiques et historiques : il permet d’attribuer une chronologie à un objet urbain caractérisé par un nom unique et une fonction. Il indique à quel moment l’entité acquiert une fonction et à quel moment elle la perd. Cette chronologie fonctionnelle est constituée d’une borne de début haute, d’une borne de début basse, d’une borne de fin haute et d’une borne de fin basse. Ces bornes sont exprimées numériquement, en années. L’incertitude chronologique est exprimée par l’écart entre les bornes haute et basse de début et de fin. C’est cette chronologie sociale qui permettra d’appréhender les processus de développement de la ville à travers les rythmes de changement des éléments topographiques urbains (quels secteurs ont conservé une fonction artisanale durant une longue période ? Quels quartiers ont connu des bouleversements fréquents ? etc.).

    17Cette chronologie opérationnelle peut être affinée pour des entités complexes dont on connaît des phases de construction, des transformations ou des agrandissements.

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    Fig. 1 – Les quatre modules de SIGArH. : entités, tenures, voirie, références documentaires.

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    Fig. 2 – Exemple de hiérarchisation des données : arborescence de la voirie antique du cours du Chapeau Rouge.

    18Pour chaque géométrie liée à une entité, il est possible d’indiquer une fourchette chronologique, bien entendu comprise à l’intérieur des bornes de l’entité fonctionnelle à laquelle elle est liée. Le résultat est un phasage fin de l’entité qui permet d’appréhender sa transformation dans le temps.

    19Le modèle visant à dissocier l’objet fonctionnel urbain de sa représentation en plan conduit à envisager une seconde caractérisation temporelle, celle de la « vie » de la structure ou de l’édifice. Cette seconde fourchette chronologique, entièrement dissociée de la ou des fonctions du bâtiment, indique la période ou l’année de sa création et de sa destruction/disparition. Ainsi, il est possible d’avoir une véritable image de la ville ou d’un secteur de la ville à une année précise.

    20Enfin, le système permet de gérer la généalogie d’une entité : pour chaque nouvel enregistrement, le rédacteur a la possibilité de créer dans la base de données des liens avec d’autres entités, liens bijectifs de type « est une transformation de » et « a été transformée en ».

    EXEMPLES ET PREMIERS DÉVELOPPEMENTS

    Les temps des entités : exemple de la Cité Judiciaire

    21Le site choisi pour mener les premiers développements de l’exploitation de SIGArH et tester des modes de représentation est l’îlot de la Cité Judiciaire (fig. 3). Cet espace a fait l’objet d’une fouille partielle en 1995 et offre un exemple d’occupation sur la longue durée : de l’Antiquité, dont les structures ont été révélées par une fouille dirigée par C. Sireix (Sireix 2008), à l’édification de l’École nationale de la magistrature en 19724. Il se situe au sud-est, à l’extérieur de la ville enclose par le rempart du Bas-Empire et de l’enceinte du XIIIe siècle ; il est inclus à nouveau dans la ville seulement à la fin du Moyen Âge.

    Les rythmes de transformation du paysage urbain

    22La visualisation des transformations du paysage urbain au cours du temps se fait avec un outil spécialement conçu dans SIGArH, qui puise l’information dans les champs chronologiques de la représentation spatiale. Dans une boîte de dialogue, le chercheur indique une date ou déplace le curseur sur la ligne du temps. Il peut observer l’emprise du bâti à la date donnée ou repérer au fil des années les constructions et démolitions, l’abandon ou la densification du quartier. Le principe de l’affichage immédiat d’un état de l’îlot de la Cité Judiciaire et plus encore des transformations au cours du temps propose une vision très dynamique5. Le principal atout est de s’exempter des périodisations couramment utilisées et rarement réinterrogées : les temps de changement ne sont pas inscrits dans des périodisations décidées a priori, mais construites et testées par les chercheurs. L’outil dynamique ouvre un large potentiel de travail sur la chronologie, qui devrait permettre de faire apparaître des ruptures et des mutations inédites ou de confirmer des moments forts de la topographie historique jusque-là pressentis.

    23Un autre mode de raisonnement visuel sur les rythmes de changement du paysage urbain a été testé sous forme de diagramme de Gantt (fig. 4). Le résultat obtenu pour la Cité Judiciaire décrit clairement des périodes d’occupation relativement dense de part et d’autre d’une longue phase de vide. L’occupation du Ier au IIIe siècle est marquée par des remodelages relativement rapides : aménagement puis abandon d’un secteur d’artisanat du fer au cours du Ier siècle, construction de maisons remplacées ensuite par un vaste bâtiment en bord de voie où C. Sireix a décelé les dispositions d’une auberge. À la fin du IIIe siècle, le quartier, extérieur aux nouveaux remparts de la ville, est délaissé. L’abandon de la fin du IIIe au milieu du XVe siècle est confirmé par l’étude géomorphologique : le secteur devient marécageux et reste insalubre jusqu’aux drainages destinés aux jardins, puis aux lotissements épiscopaux aux XVIIe et XVIIIe siècles. À partir de la fin du Moyen Âge, les moments de destruction et reconstruction s’enchaînent en dehors des rythmes historiques attendus : si l’on excepte l’implantation du Fort du Hâ vers 1455 à la fin de la guerre de Cent Ans, les principales phases constructives se situent après 1610, dans les années 1840-1850 et en 1972. L’îlot de la Cité Judiciaire illustre l’absence de concomitance entre le temps du bâti et celui des fonctions urbaines.

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    Fig. 3 – Localisation de l’îlot de la Cité Judiciaire au regard des remparts de Bordeaux (fond de l’Atlas historique de Bordeaux).

    Les dynamiques de transformation des fonctions

    24Les bornes chronologiques liées aux fonctions des entités décrivent des transformations dans les activités urbaines, accompagnées ou non d’un remodelage du bâti. Elles renseignent sur l’implantation d’une activité et sur son abandon, ainsi que sur sa persistance dans le temps, phénomène d’une grande variabilité. Sur l’îlot de la Cité Judiciaire, la succession des fonctions permet de construire une généalogie : au château royal du Hâ succèdent une prison panoptique, puis l’École de la magistrature. Les bâtiments sont reconstruits plus ou moins rapidement pour chaque nouvelle affectation du site, sauf les deux tours de la Poudrière et du Peugue qui changent de fonction tout en persistant dans le paysage urbain. On mesure par ce moyen le décalage temporel entre changement de fonction et édification de bâtiment, c’est-à-dire la durée de réutilisation (réhabilitation) avant une éventuelle reconstruction. En l’occurrence, au début du XIXe siècle, ce délai est de 35 ans pour le tribunal et de 40 ans pour la prison, et ne touche pas les tours de l’ancienne forteresse.

    25Un diagramme de Gantt a été mis en œuvre afin de visualiser et d’analyser les dynamiques urbaines, de montrer les ruptures, les enchaînements et les rythmes de transformation (fig. 5). La longue période de vide constatée dans le diagramme du paysage urbain est également mise en évidence puisqu’elle correspond à une absence dans le secteur. C’est au cours de l’époque contemporaine que le rythme des mutations s’accélère. L’îlot de la Cité Judiciaire comprend un édifice militaire royal et un couvent, biens saisis et réaffectés à la Révolution ; le couvent des Minimes est transformé en tribunal et le Hâ voisin en prison. La période révolutionnaire apparaît donc comme une rupture forte dans les fonctions urbaines, ici assurément plus que pour d’autres quartiers bordelais. Les réédifications suivent, comme on l’a vu, quelques décennies plus tard.

    26Le thésaurus des fonctions, fondé sur les grandes rubriques du Centre National d’Archéologie Urbaine6 qui regroupent les fonctions de manière raisonnée, offre par son système hiérarchisé la possibilité de mettre en évidence la présence d’activités dominantes ou l’absence de prégnance, le glissement d’une activité vers une autre ou des bouleversements, etc. La première mise en valeur de ce secteur, durant l’Antiquité, est essentiellement tournée vers une occupation mixte d’habitat et d’artisanat ; la rupture est totale lors de la reprise du site après un long hiatus, puisque l’îlot reçoit des fonctions défensives, puis religieuses, et progressivement ensuite le monopole du domaine judiciaire. C’est l’image des dynamiques de transformation d’un quartier, leur caractère brutal ou progressif, qui peut ainsi être produite.

    27La recherche sur les chronologies repose pour l’instant sur le faible corpus saisi et s’est focalisée sur des représentations visuelles – qui garderont de toute évidence leur intérêt. Néanmoins, l’augmentation du corpus et le traitement d’un grand nombre de données exigeront sans doute à l’avenir des modes plus automatisés afin de calculer les rythmes et les dynamiques en œuvre. À terme, nous envisageons des traitements d’analyse spatiale par maillage, en vue de faire apparaître des secteurs de fort renouvellement urbain, de mutations des activités, etc.

    Les transformations internes des entités

    28L’observation des transformations peut être affinée aux corps de bâtiments, voire aux murs. Le système hiérarchique de SIGArH autorise en effet la prise en compte des parties constituantes qui composent l’architecture d’un édifice (voir supra). Ces parties constituantes disposant d’une géométrie et de leur chronologie propre (ajout/disparition) peuvent être exploitées en vue de représenter les transformations d’un édifice. L’emprise globale de la cathédrale, par exemple, est modifiée par la perte du clocher porche du milieu du XIIe siècle, l’agrandissement du chœur, le remplacement du cloître par les sacristies de P. Abadie au XIXe siècle, etc. Inversement, des parties peuvent perdurer lorsque l’entité parente a perdu sa fonction et que les autres éléments ont disparu, comme les deux tours de la Cité Judiciaire défendant initialement le Fort du Hâ ; leur géométrie est alors rattachée à une nouvelle entité, prison, puis École nationale de la magistrature.

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    Fig. 4 – Rythmes de changement d’un îlot : transformation du paysage urbain (diagramme de Gantt).

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    Fig. 5 – Dynamiques d’un îlot : transformation des fonctions urbaines (diagramme de Gantt).

    Autres modules et premiers résultats

    La voirie

    29La voirie enregistrée sous forme de tracé linéaire favorise les analyses à l’échelle de la ville. Le contraste est manifeste entre la morphologie tortueuse et ramifiée du tissu médiéval au sud de la Devèze et les rues régulières au sud-est, entre Sainte-Croix et Saint-Michel (fig. 6) : on peut lire dans ce dernier secteur l’impact d’un processus de lotissement du XIIIe siècle, connu grâce aux recherches d’É. Jean-Courret. Si la trame historique du paysage urbain peut être représentée dans une période choisie, la chronologie renseigne aussi sur la conjoncture d’une mutation : conséquence du percement du cours Alsace-Lorraine, la disparition ou réduction en impasses d’un tissu de rues dense et sinueux modifie complètement les dessertes et la circulation.

    30À titre de test7, la voirie antique a été passée au crible de SIGArH. L’enchaînement opératoire (des entités au linéaire de la voirie) autorise une projection de trame urbaine, qui, associée à un classement par largeur de rues, confirme le réseau global de Burdigala esquissé par les archéologues, le complète et le nuance en montrant l’irrégularité des îlots ou une hiérarchie des voies suggérant une centralité autour de la place Gambetta et du cours de l’Intendance (fig. 7).

    Les tenures

    31Le module des tenures a été testé sur le quartier Sainte-Croix par É. Jean-Courret8. Vu l’absence de plans antérieurs au XVIIe siècle dans ce secteur, des zones ont été définies à partir des indications des textes (rue, confronts). La principale difficulté des actes des tenures, l’absence de référence spatiale dans la source, est ainsi compensée par la référence à un espace délimité. Les données des actes sont reliées aux zones, autorisant des analyses géo-statistiques. À partir de données documentaires de même ordre que celles d’un cadastre, le chercheur a illustré des thèmes divers, abordant l’occupation du sol aussi bien que la répartition du cens. Certaines cartes ainsi produites ont surpris les historiens, comme celle des seigneuries où la forte implantation du chapitre de Saint-André en bord de Garonne n’était guère soupçonnée jusque-là (fig. 8). En même temps, les dates en années autorisent une mesure fine des transformations, ainsi la progression des chais sur la berge après le milieu du XIVe siècle.

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    Fig. 6 – Exemple d’analyse morphologique à partir de la voirie en linéaire : diversité du tissu médiéval.

    La ville virtuelle des projets non réalisés

    32Enfin, SIGArH permet de dessiner une ville qui n’a jamais existé, celle des projets non réalisés – une sorte de ville virtuelle – qui constitue pour l’urbanisme du XVIIIe au XXe siècle un élément de réflexion important. Pourquoi le percement du cours Alsace-Lorraine, initialement prévu une centaine de mètres plus au nord, a-t-il été déplacé dans les années 1860 ? Quel impact aurait pu avoir le grand marché au cœur du Bourg dessiné à la fin du XVIIIe siècle ? La localisation dans l’espace est rarement mobilisée dans cette perspective, alors que le projet est d’abord situé dans un contexte disparu, la ville au moment où le projet est conçu : le SIG historique facilite la prise en compte de la dimension urbaine et la comparaison avec l’aménagement réalisé9.

    33SIGArH, système cartographique et documentaire mutualisé, a montré ses capacités à mettre en perspective des informations hétérogènes, à les gérer à toutes les échelles par des jeux de hiérarchies, à restituer des états ou à mettre en évidence des dynamiques urbaines. La prochaine étape est la saisie de la masse considérable de données dont nous disposons – en priorité les monuments de l’Atlas, les notices de la Carte Archéologique de la Gaule en cours d’élaboration, les fouilles – afin de constituer un corpus important dans la durée et l’espace. Les variations des berges posant de vrais problèmes d’interprétation des données archéologiques, un projet greffé sur SIGArH vise à prendre en compte le contexte géomorphologique, dans le cadre d’un projet mené avec l’université de Bordeaux 1 et inscrit dans le prolongement et la mise à jour du projet RIVIERA10 qui avait donné de bons résultats sur le centre de la ville. Enfin, les problématiques possibles sont multiples et ouvertes en fonction des thématiques des chercheurs, comptant sur le potentiel encore très partiellement exploité de cet outil.

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    Fig. 7 – Étude pour une restitution de trame antique.

    BI-

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    Fig. 8 – Les seigneuries du quartier Sainte-Croix dans la première moitié du XVe siècle à partir des actes des tenures (carte É. Jean-Courret).

    Bibliographie

    BLIOGRAPHIE

    Jean-Courret É. 2012. SIG, morphologie et archives foncières médiévales : dynamiques spatiales d’un quartier de Bordeaux aux XIVe et XVe siècles, Post-Classical Archaeologies, 2 : 33-71.

    Lavaud S. et Jean-Courret É. (coord.) 2009. Atlas historique de Bordeaux, coll. « Atlas historique des villes de France », 49, Ausonius, Bordeaux, 3 vol., 840 p.

    Peuquet Donna J. 1994. It’s about Time: A Conceptual Framework for the Representation of Temporal Dynamics. Geographic Information Systems, Annals of the Association of the American Geographers, 84 (3): 441-461.

    Sireix C. (dir.) 2008. La Cité judiciaire, un quartier suburbain de Bordeaux antique, 15e Suppl. Aquitania, Fédération Aquitania, Bordeaux, 505 p.

    Virevialle F. 2011. SIGArH Archaeological and Historical GIS : A Mutualized Historical Urban Database, 25th International Cartographic Conference, Paris 3-8 juillet 2011 [en ligne], mis en ligne le 08 mars 2012, http://icaci.org/files/documents/ICC_proceedings/ICC2011/ (CO-292).

    Notes de bas de page

    1 Le système a été développé dans le cadre d’un Projet Collectif de Recherche réunissant des chercheurs du ministère de la Culture (SRA Aquitaine), de l’université (Institut Ausonius, Bordeaux 3), de l’Institut national de recherches archéologiques préventives, de la ville de Bordeaux et de l’Institut Géographique National. Il est le prolongement d’une réflexion intitulée TABor (Topographie Ancienne de BORdeaux), qui a réuni une équipe de chercheurs plus resserrée d’Ausonius et du SRA entre 2006 et 2009. Composition de l’équipe : D. Barraud (SRA), O. Bigot (SRA), X. Charpentier (SRA), C. Doulan (Ausonius), É. Jean-Courret (Ausonius), S. Lavaud (Ausonius), W. Migeon (Inrap), H. Mousset (SRA), P. Régaldo (SRA), S. Schoonbaert (Mairie de Bordeaux), C. Sireix (Inrap), A. Vatican (Mairie de Bordeaux) et F. Virevialle (IGN).

    2 Le serveur sous Linux Debian est installé au département TIC des universités de Bordeaux. Il héberge une base de données spatiale Postgresql/Postgis. Un serveur cartographique, Mapserver, permet de diffuser les informations en temps réel sur le web via les protocoles WMS et WFS. Côté client, la solution propriétaire Esri ArcInfo 9.3 a été pour l’instant retenue. L’application attaque la base de données distante via le connecteur Ziggis et le protocole ODBC.

    3 Celle-ci pourra être exploitée de manière optimale grâce à une possibilité offerte par l’application utilisée (base de données libre Postgresql) : l’indexation plein-texte, qui permet une recherche de texte intégrale combinée à un outil d’analyse linguistique.

    4 L’exemple portant sur des bâtiments royaux et religieux permet de limiter l’effet de source.

    5 Dynamisme difficilement transposable dans une publication.

    6 Le CNAU, qui relève de la sous-direction de l’archéologie, a été intégré au bureau de l’élaboration et de l’utilisation des inventaires archéologiques.

    7 Test réalisé dans le cadre du stage d’archéomatique d’E. Lallau, université de Tours, février-mars 2012.

    8 Nous n’offrons ici qu’un aperçu à compléter par l’article d’É. Jean-Courret (Jean-Courret 2012).

    9 Toutefois, l’information, qui n’intéresse qu’une partie des chercheurs, a été placée dans un thème à part.

    10 « Risques en Ville : Équipements, Réseaux, Archéologie », projet de création d’une base de connaissances géologiques et géotechniques du sous-sol à l’échelle de la ville, destiné à la gestion de l’urbanisme, de l’archéologie préventive et de l’assainissement.

    Auteurs

    • Olivier Bigot

      Ingénieur, Direction régionale des affaires culturelles, Service régional de l’archéologie d’Aquitaine

    • Hélène Mousset

      Conservateur du patrimoine, Direction régionale des affaires culturelles, Service régional de l’archéologie Aquitaine

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    1 Le système a été développé dans le cadre d’un Projet Collectif de Recherche réunissant des chercheurs du ministère de la Culture (SRA Aquitaine), de l’université (Institut Ausonius, Bordeaux 3), de l’Institut national de recherches archéologiques préventives, de la ville de Bordeaux et de l’Institut Géographique National. Il est le prolongement d’une réflexion intitulée TABor (Topographie Ancienne de BORdeaux), qui a réuni une équipe de chercheurs plus resserrée d’Ausonius et du SRA entre 2006 et 2009. Composition de l’équipe : D. Barraud (SRA), O. Bigot (SRA), X. Charpentier (SRA), C. Doulan (Ausonius), É. Jean-Courret (Ausonius), S. Lavaud (Ausonius), W. Migeon (Inrap), H. Mousset (SRA), P. Régaldo (SRA), S. Schoonbaert (Mairie de Bordeaux), C. Sireix (Inrap), A. Vatican (Mairie de Bordeaux) et F. Virevialle (IGN).

    2 Le serveur sous Linux Debian est installé au département TIC des universités de Bordeaux. Il héberge une base de données spatiale Postgresql/Postgis. Un serveur cartographique, Mapserver, permet de diffuser les informations en temps réel sur le web via les protocoles WMS et WFS. Côté client, la solution propriétaire Esri ArcInfo 9.3 a été pour l’instant retenue. L’application attaque la base de données distante via le connecteur Ziggis et le protocole ODBC.

    3 Celle-ci pourra être exploitée de manière optimale grâce à une possibilité offerte par l’application utilisée (base de données libre Postgresql) : l’indexation plein-texte, qui permet une recherche de texte intégrale combinée à un outil d’analyse linguistique.

    4 L’exemple portant sur des bâtiments royaux et religieux permet de limiter l’effet de source.

    5 Dynamisme difficilement transposable dans une publication.

    6 Le CNAU, qui relève de la sous-direction de l’archéologie, a été intégré au bureau de l’élaboration et de l’utilisation des inventaires archéologiques.

    7 Test réalisé dans le cadre du stage d’archéomatique d’E. Lallau, université de Tours, février-mars 2012.

    8 Nous n’offrons ici qu’un aperçu à compléter par l’article d’É. Jean-Courret (Jean-Courret 2012).

    9 Toutefois, l’information, qui n’intéresse qu’une partie des chercheurs, a été placée dans un thème à part.

    10 « Risques en Ville : Équipements, Réseaux, Archéologie », projet de création d’une base de connaissances géologiques et géotechniques du sous-sol à l’échelle de la ville, destiné à la gestion de l’urbanisme, de l’archéologie préventive et de l’assainissement.

    Archéologie de l’espace urbain

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    Ce livre est cité par

    • Monteil, Martial. (2015) La question des « villages » en Gaule romaine. Entre débat sur les mots et données archéologiques. Archeopages, 40. DOI: 10.4000/archeopages.597
    • Dufaÿ, Bruno. Hincker, Vincent. Viand, Antide. (2014) Les archéologues et la lampe d’Aladin. Les Nouvelles de l'archéologie, 136. DOI: 10.4000/nda.2466
    • Balmelle, Agnès. Neiss, Robert. Sindonino, Stéphane. Huard, Patrick. Rabasté, Yoann. (2021) Survol d’un demi-siècle d’archéologie urbaine à Reims. Les Nouvelles de l'archéologie, 164. DOI: 10.4000/nda.12319
    • Laurent-Dehecq, Amélie. (2014) L'évaluation du potentiel archéologique des villes. Les Nouvelles de l'archéologie, 136. DOI: 10.4000/nda.2478
    • Esmonde Cleary, Simon. Elizagoyen, Vanessa. Kasprzyk, Michel. Monteil, Martial. (2025) « Urbs ipse moenia (non) sunt »Décentrer et déconstruire la ville de l’Antiquité tardive en Gaule. Gallia, 82. DOI: 10.4000/15h3z
    • Esmonde Cleary, Simon. Elizagoyen, Vanessa. Kasprzyk, Michel. Monteil, Martial. (2025) Urbs ipse moenia (non) suntDecentering and deconstructing the city of Late Antiquity in Gaul. Gallia, 82. DOI: 10.4000/15h4q

    Ce chapitre est cité par

    • Simon, Gaël. (2022) Juvenes - The Middle Ages seen by Young Researchers. DOI: 10.4000/books.cidehus.19452

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    Bigot, O., & Mousset, H. (2013). SIGArH : SIG archéologique et historique de Bordeaux. In E. Lorans & X. Rodier (éds.), Archéologie de l’espace urbain. Tours: Presses universitaires François-Rabelais. https://doi.org/10.4000/books.pufr.7657
    Bigot, Olivier, et Hélène Mousset. « SIGArH : SIG archéologique et historique de Bordeaux ». In Archéologie de l’espace urbain, édité par Elisabeth Lorans et Xavier Rodier. Tours: Presses universitaires François-Rabelais, 2013. doi:10.4000/books.pufr.7657.
    Bigot, Olivier, et Hélène Mousset. « SIGArH : SIG archéologique et historique de Bordeaux ». Archéologie de l’espace urbain, édité par Elisabeth Lorans et Xavier Rodier, Presses universitaires François-Rabelais, 2013, https://doi.org/10.4000/books.pufr.7657.

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    Lorans, E., & Rodier, X. (éds.). (2013). Archéologie de l’espace urbain. Tours: Presses universitaires François-Rabelais. https://doi.org/10.4000/books.pufr.7610
    Lorans, Elisabeth, et Xavier Rodier, éd. Archéologie de l’espace urbain. Tours: Presses universitaires François-Rabelais, 2013. doi:10.4000/books.pufr.7610.
    Lorans, Elisabeth, et Xavier Rodier, éditeurs. Archéologie de l’espace urbain. Presses universitaires François-Rabelais, 2013, https://doi.org/10.4000/books.pufr.7610.
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