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    Plan

    Plan détaillé Texte intégral CORPUS ET OCCURENCES INTERPRÉTATION ET RÉSULTATS VALORISATION Bibliographie Notes de bas de page Auteur

    Quatre ans de recherche urbaine 2001-2004. Volume 2

    Ce livre est recensé par

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    La citoyenneté comme catégorie d’action politique. Analyse critique d’une rhétorique de l’évitement

    Gérard Chevalier

    p. 58-63

    Texte intégral Bibliographie RÉFÉRENCES Notes de bas de page Auteur

    Texte intégral

    1Note portant sur l’auteur1

    2L’analyse des usages de la notion de citoyenneté au cours des années 1980 et 1990 mène à plusieurs constats qui permettent de fonder un questionnement sur ses fonctions.

    CORPUS ET OCCURENCES

    3En premier lieu, il convient de souligner que ce vocable était quasi inusité au cours des années 1980. Sa promotion dans les discours publics s’est opérée conjointement à la mise en place d’une politique de la ville. Le rapport d’H. Dubedout, qui représenta la référence fondatrice de la politique des quartiers menée antérieurement, n’en parlait pas explicitement. Seul le terme citoyen, employé comme identifiant générique des populations concernées par tel ou tel problème, apparaissait à trois reprises. Dans la revue Ensembles de la CNDSQ, les rares emplois relevés au cours des années 1980 ont représenté des exceptions presque fortuites. Les termes de citoyen ou de citoyenneté ne figuraient pas plus dans les index fournis en 1987 et 1988. Ils ne réapparaîtront qu’à la fin de 1989 comme corollaires de la connaissance des droits civiques parmi les plus défavorisés.

    4Les fréquences d’apparition montrent une augmentation des usages entre 1989 et 1992, suivie d’une régression durant la période de cohabitation, puis d’une véritable floraison de documents et d’initiatives diverses consacrés à la citoyenneté, une fois la gauche revenue au pouvoir.

    DEUX LITTÉRATURES

    5L’analyse du champ sémantique de ce terme a nécessité de scinder le corpus selon le statut des textes, en distinguant l’ordinaire de la littérature politico-administrative et militante des réflexions produites par les chercheurs, les universitaires et les hauts fonctionnaires. La première catégorie regroupait essentiellement les publications de la DIV et de l’Association pour la démocratie et l’éducation locale et sociale (ADELS). Elle montre une variété de déclinaisons qui conduisent à la définir comme une coalescence de significations ambivalentes. La citoyenneté peut être locale, nationale et mondiale. Elle peut être active ou passive. Elle peut se retrouver dans tous les domaines de la vie en société. Elle peut être urbaine, sociale, économique ou politique. Il existe des supports de citoyenneté tels que l’habitat, les équipements collectifs et les services publics. Certains textes posaient également que la citoyenneté ne se réduit pas à l’acte de vote et qu’elle doit être soucieuse du long terme tout en tenant compte du passé. Elle traduit un rapport à la vie collective en général et au politique en particulier.

    POLARITÉS SÉMANTIQUES

    6L’ensemble des emplois relevés s’organise selon une double polarité de significations, génératrice d’oscillations. Il s’agit en premier lieu d’un groupe de représentations à coloration anthropologique ou que l’on pourrait qualifier plus justement de psycho-morales. La citoyenneté apparaît dans ces cas comme une sorte d’instinct, une disposition naturelle, un besoin, une demande dont l’insatisfaction est à la fois moralement insupportable et génératrice de comportements déviants parmi les populations concernées. Sur ce versant, les habitants des quartiers défavorisés sont appréhendés comme des sujets porteurs d’une parole et capables de penser leur situation ainsi que les moyens de l’améliorer. Cette représentation s’entoure souvent de considérations sur la demande de reconnaissance et de respect des habitants des cités dégradées.

    7Il s’agit en second lieu, d’un ensemble de conceptions qui mettent l’accent sur les moyens de l’action citoyenne. Autour de ce pôle gravitent principalement des idées de compétence, de capacité, de pédagogie ou encore de structures de concertation et de participation d’une part, et de droits ou plus rarement de devoirs d’autre part. On lui trouve généralement associés les thèmes du partage, de la restitution ou de la restauration et inversement ceux de l’exclusion ou du déficit de citoyenneté. De même, la revendication d’un droit de vote sur critère résidentiel se rattache-t-il à une représentation de la citoyenneté comme ensemble de possibilités d’action objectives.

    8Ces polarités sémantiques ne sont pas exclusives l’une de l’autre. Elles coexistaient généralement dans les textes analysés. Par ailleurs, elles mettent en jeu l’une et l’autre une vision des catégories considérées comme exclues de la citoyenneté : sujets conscients qu’il s’agit d’écouter et de respecter dans un cas, ensemble de groupes objets d’intervention, auxquels il s’agit d’apporter les possibilités culturelles et réglementaires de l’expression politique dans l’autre. La forme discursive de ces représentations ne relève ni totalement de la description, ni de la pure pétition de principes. Enfin, il est à noter que le lien intellectuel et discursif entre les deux pôles est généralement appréhendé sur un mode quasi phénoménologique. Il recourt à l’empathie pour définir la citoyenneté comme la possibilité de se sentir en position d’influer sur la vie collective. C’est-à-dire d’apprécier subjectivement une capacité objective, qu’elle soit de l’ordre de la compétence linguistique, de la connaissance des fonctionnements administratifs ou du droit politique.

    LITTÉRATURE SAVANTE

    9Les textes savants analysés regroupaient essentiellement ceux produits dans le cadre, ou dans le sillage, des Entretiens de la ville organisés par la DIV entre 1990 et 1995, ainsi que des contributions présentées à l’occasion des nombreuses initiatives : colloques, journées, numéros thématiques de revues, bilans d’appels d’offres, etc., relatives à la citoyenneté au cours de la décennie. Cette partie du corpus permet de relever certains traits à mettre en relation avec les précédents. Dès 1990, ces réflexions ont convergé dans l’idée d’une crise : crise de l’État-providence, crise du lien social, crise de la citoyenneté etc., les formulations ont été nombreuses en la matière. Elles se sont attachées à cerner les causes de cette situation en suivant des directions variées, qu’il s’agisse de l’économie et de l’emploi, des modalités de l’action publique et des transferts sociaux, de l’organisation urbaine, des processus de relégation et de stigmatisation sociale, du rapport aux valeurs et de l’individualisme moderne. Au sein de cet ensemble, il convient de souligner la récurrence des interrogations sur les principes fondateurs de la souveraineté politique et sur les spécificités historiques du système républicain français, notamment la faiblesse des corps intermédiaires.

    10Bien que généralement nuancées, les positions lisibles dans les contributions s’organisaient selon une opposition que l’on peut interpréter comme la transposition savante de l’ambivalence soulignée précédemment. Elles inclinaient vers une conception universaliste de la norme républicaine ou vers la défense multiculturaliste des particularismes. Par ailleurs, le recul temporel fait apparaître que ces dix années de production intellectuelle sur la citoyenneté ont consacré l’émergence d’une culture commune à base historique. Au tournant des années 2000, la période révolutionnaire, l’intégration politique consacrée par l’idée de nation et l’antiquité gréco-romaine apparaissaient comme des références obligées pour tout intellectuel investi dans ce champ. Corrélativement, la notion de citoyenneté s’est épaissie de tout un savoir sur les effets de la précarisation de l’emploi, sur l’évolution des modes de vie, l’organisation familiale, les carences de l’école, le rôle de l’État etc., sans y gagner véritablement en clarté. Cette saturation sémantique s’est accompagnée d’un certain épuisement des questionnements et surtout de la mise en question de la légitimité de cette notion. Aussi n’est-il plus rare à présent de rencontrer des textes qui en pointent la dimension essentiellement politique.

    INTERPRÉTATION ET RÉSULTATS

    11Tel est le point de départ de l’interprétation proposée par cette recherche. Rapportés aux usages courants de ce terme, dix ans de réflexion savante n’ont pas apporté à la citoyenneté la stabilité sémantique qu’on espérait. Les analyses se sont déployées en quelque sorte, pour elles-mêmes et les textes montrent un décalage fréquent entre des développements érudits et des conclusions peu ou pas étayées, relevant de convictions préexistantes. De même note-t-on l’usage de formules de compromis préconisant, par exemple « un universalisme républicain respectueux des différences » sans engager leur auteur plus avant. Ce maigre résultat tenait pour une part aux malentendus inhérents à toutes les entreprises de légitimation de la politique par la science. Pour n’être pas moins un travail de légitimation que la production politico-administrative, la littérature savante était structurellement, de par la place des auteurs dans le champ intellectuel et toutes les exigences académiques qui s’y rattachent (hauteur de vue, exactitude des sources, objectivité, etc.), portée à des approches analytiques et/ou d’érudition.

    12Pour autant, d’autres considérations portent à avancer que cette dissonance ne tenait pas seulement aux logiques respectives du champ intellectuel et du champ politique. Car les intellectuels ont en réalité, naïvement pris au sérieux ou au pied de la lettre, un vocable conçu comme instrument d’action politique. C’est-à-dire essentiellement lancé pour faire agir, en suggérant autre chose que ce qu’il disait. Mes propres travaux et d’autres démarches critiques3, amènent à poser que la valeur opératoire de la notion de citoyenneté est indissociable du mode d’action de la politique de la ville. S’agissant d’une action publique construite, dès ses premières ébauches des années 1970, sur l’évitement de son objet réel, à savoir la régulation des comportements déviants au sein des populations défavorisées, et sur la dissimulation de ses fondements autogestionnaires, le discours sur la ville des années 1990 se présentait essentiellement comme l’expression évolutive d’une censure. Afin d’éviter de nommer les groupes concernés sous peine de les stigmatiser, il avait recours à différents procédés tels que la personnification d’entités spatiales (ville, quartier, cité), l’usage de catégories globalisantes (habitants, usagers, citoyens, jeunes) et plus généralement la construction d’une phraséologie spéculaire, dans laquelle chaque notion (exclusion, citoyenneté, solidarité, participation, insertion, ségrégation) ne tirait sa capacité d’évocation que de l’ensemble.

    13On conçoit dans ces conditions, que les universitaires et les chercheurs ne pouvaient pas apporter grand chose aux usages de ce substantif. En le prenant à sa valeur faciale, c’est-à-dire essentiellement juridique, leurs analyses ne pouvaient que contribuer marginalement à sa fonction prescriptive.

    14Pour justifier l’implicite militant de ce vocable – appel à la civilité adressé aux jeunes des cités, réforme participative des systèmes politiques locaux et droit de vote des résidants étrangers – les secours du savoir académique lui ont été moins utiles que ceux de l’action politique.

    VALORISATION

    15Quelques lignes ont été consacrées à cette recherche dans un ouvrage intitulé : De l’utopie à la compassion. Sociologie critique de la politique de la ville, Éd. Publibook Université, juin 2004.

    16Ce travail servira de base à un article proposé à la Revue Française de Sociologie et sans doute à un autre, proposé à une revue américaine.

    Bibliographie

    Des DOI sont automatiquement ajoutés aux références bibliographiques par Bilbo, l’outil d’annotation bibliographique d’OpenEdition. Ces références bibliographiques peuvent être téléchargées dans les formats APA, Chicago et MLA.

    Format

    Chevalier, G. (2001). La politique de la ville et la délinquance : de la critique sociale à la compassion. Raison présente, 138(1), 97-106. https://doi.org/10.3406/raipr.2001.3688
    Genestier, P. (1999). Le sortilège du quartier : quand le lieu est censé faire lien. Cadre cognitif et catégorie d’action politique. Les Annales De La Recherche Urbaine, 82(1), 142-154. https://doi.org/10.3406/aru.1999.2238
    Chevalier, Gérard. “La politique de la ville et la délinquance : de la critique sociale à la compassion”. Raison présente 138, no. 1 (2001): 97-106. doi:10.3406/raipr.2001.3688.
    Genestier, Philippe. “Le sortilège Du Quartier : Quand Le Lieu Est Censé Faire Lien. Cadre Cognitif Et catégorie d’action Politique”. Les Annales De La Recherche Urbaine 82, no. 1 (1999): 142-54. doi:10.3406/aru.1999.2238.
    Chevalier, Gérard. “La politique de la ville et la délinquance : de la critique sociale à la compassion”. Raison présente, vols. 138, no. 1, 2001, pp. 97-106. Crossref, https://doi.org/10.3406/raipr.2001.3688.
    Genestier, Philippe. “Le sortilège Du Quartier : Quand Le Lieu Est Censé Faire Lien. Cadre Cognitif Et catégorie d’action Politique”. Les Annales De La Recherche Urbaine, vols. 82, no. 1, 1999, pp. 142-54. CrossRef, https://doi.org/10.3406/aru.1999.2238.

    Cette bibliographie a été enrichie de toutes les références bibliographiques automatiquement générées par Bilbo en utilisant Crossref.

    RÉFÉRENCES

    Chalas Y., Gaudin J.-P., Genestier Ph., (1998), Intégrer au quartier, intégrer par le quartier : l’échelle du développement social urbain en question, Rapport de recherche, Ministère du Logement, Plan Construction et Architecture.

    10.3406/raipr.2001.3688 :

    Chevalier G., (2001), « La politique de la ville et la délinquance. De la critique sociale à la compassion », Raison Présente, n° 138, Nouvelles Éditions Rationalistes.

    Chevalier G., (2002), « L’État et la banlieue ou la politique saisie par la morale », dans Baudin G., Genestier Ph. (dir.), Banlieues à problèmes. Construction d’un problème social et d’un thème d’action publique, La Documentation Française.

    10.3406/aru.1999.2238 :

    Genestier Ph., (1999), « Le sortilège du quartier : quand le lieu est censé faire lien. Cadre cognitif et catégories d’action politique », Annales de la Recherche Urbaine, n° 82.

    Notes de bas de page

    1 Sociologue, Laboratoire Cultures et Sociétés Urbaines (CSU – CNRS).

    3 Voir en particulier : Chevalier, 2001 ; Chevalier, 2002 ; Genestier dans Chalas, Gaudin, Genestier, 1998 ; Genestier, 1999.

    Auteur

    • Gérard Chevalier

      Responsable scientifique

      Avec la collaboration de Hyacinthe Ravet, maître de conférences, Université de Paris IV, département de musicologie.


      mailto:chevalie@iresco.fr
      Cultures et Sociétés Urbaines (CSU)
      CNRS, IRESCO
      59-61, rue Pouchet
      75017 Paris
      Tél. : 01 40 25 10 88

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    1 Sociologue, Laboratoire Cultures et Sociétés Urbaines (CSU – CNRS).

    3 Voir en particulier : Chevalier, 2001 ; Chevalier, 2002 ; Genestier dans Chalas, Gaudin, Genestier, 1998 ; Genestier, 1999.

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    Chevalier, G. (2006). La citoyenneté comme catégorie d’action politique. Analyse critique d’une rhétorique de l’évitement. In Émilie Bajolet, M.-F. Mattéi, & J.-M. Rennes (éds.), Quatre ans de recherche urbaine 2001-2004. Volume 2. Tours: Presses universitaires François-Rabelais. https://doi.org/10.4000/books.pufr.466
    Chevalier, Gérard. « La citoyenneté comme catégorie d’action politique. Analyse critique d’une rhétorique de l’évitement ». In Quatre ans de recherche urbaine 2001-2004. Volume 2, édité par Émilie Bajolet, Marie-Flore Mattéi, et Jean-Marc Rennes. Tours: Presses universitaires François-Rabelais, 2006. doi:10.4000/books.pufr.466.
    Chevalier, Gérard. « La citoyenneté comme catégorie d’action politique. Analyse critique d’une rhétorique de l’évitement ». Quatre ans de recherche urbaine 2001-2004. Volume 2, édité par Émilie Bajolet et al., Presses universitaires François-Rabelais, 2006, https://doi.org/10.4000/books.pufr.466.

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    Bajolet, Émilie, Mattéi, M.-F., & Rennes, J.-M. (éds.). (2006). Quatre ans de recherche urbaine 2001-2004. Volume 2. Tours: Presses universitaires François-Rabelais. https://doi.org/10.4000/books.pufr.430
    Bajolet, Émilie, Marie-Flore Mattéi, et Jean-Marc Rennes, éd. Quatre ans de recherche urbaine 2001-2004. Volume 2. Tours: Presses universitaires François-Rabelais, 2006. doi:10.4000/books.pufr.430.
    Bajolet, Émilie, et al., éditeurs. Quatre ans de recherche urbaine 2001-2004. Volume 2. Presses universitaires François-Rabelais, 2006, https://doi.org/10.4000/books.pufr.430.
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