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    Presses universitaires François-Rabelais
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    Plan

    Plan détaillé Texte intégral Le grand voyage (1963) Autobiografía de Federico Sánchez (1977) L’expérience ministérielle L’exil forcé et le « déplacement littéraire » Les pseudonymes Semprún censeur Un engagement permanent Auteur

    Censures et manipulations

    Ce livre est recensé par

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    Censures et déplacements dans l’œuvre de Jorge Semprún

    Le grand voyage et Autobiografía de Federico Sánchez

    Émilie Rikir

    p. 273-283

    Résumé

    On pourrait maladroitement dire que Jorge Semprún est né au bon endroit, au bon moment. En effet, il a connu les meilleurs comme les pires événements du xxe siècle. Tout à la fois exilé républicain, résistant français de la seconde guerre, rouge espagnol et militant communiste clandestin, il a traversé le xxe siècle non sans tourment. Son engagement humain comme politique lui ont fait parcourir l’Europe en prenant des risques majeurs : la détention, la délation, la torture. La trace de son exceptionnel parcours, il décide de la laisser à travers l’écriture. On n’aura finalement pas pu définitivement le censurer.

    Texte intégral Le grand voyage (1963) Autobiografía de Federico Sánchez (1977) L’expérience ministérielle L’exil forcé et le « déplacement littéraire » Les pseudonymes Semprún censeur Un engagement permanent Auteur

    Texte intégral

    1 L’étude de l’œuvre écrite de Jorge Semprún (1923-2011), tant en français qu’en espagnol, nous a amenée à une conclusion à la fois logique et paradoxale : le manque d’attribution de l’auteur et intellectuel madrilène à un champ littéraire défini. La littérature francophone, ou plus précisément, la littérature française, se l’approprie comme auteur et témoin direct des camps de concentration de la seconde guerre mondiale. Néanmoins, Jorge Semprún n’est pas seulement un témoin de cette expérience mais aussi un intellectuel engagé dans la res publica, autrement dit dans l’avenir et la construction de l’Europe de demain. Quant à son appartenance à la littérature espagnole, suite à une recherche systématique de son nom dans des livres, anthologies et dictionnaires de littérature espagnole contemporaine, nous avons clairement pu conclure qu’on ne le qualifiait que très rarement d’écrivain espagnol.

    2Ce manque de repère littéraire peut être lié aux différentes formes de censure dont a souffert l’écrivain madrilène au cours des années. En effet, nous pensons que la censure se présente sous plusieurs formes et, dans le cas de Jorge Semprún, elle est synonyme d’exil, d’oubli, de rejet. Nous reviendrons ultérieurement sur ces trois phénomènes qui ont en commun la nécessité ou l’obligation d’un déplacement presque systématique chez l’auteur et intellectuel espagnol. Pour arriver à de telles conclusions, nous nous sommes basée sur deux livres : Le grand voyage (1963) et Autobiografía de Federico Sánchez (1977).

    Le grand voyage (1963)

    3Le grand voyage est le premier livre rédigé par Semprún. C’est un livre clé pour plusieurs raisons : il le publie en 1963, en français et dans la clandestinité d’une chambre louée par le PCE (Parti communiste d’Espagne) à Madrid. L’année 1963 est l’année qui voit naître les premiers désaccords entre Jorge Semprún et Fernando Claudín, et les têtes dirigeantes du PCE. À cette époque, cela fait déjà quelques années que Semprún milite clandestinement au sein du PCE sous le pseudonyme de Federico Sánchez. De moins en moins clandestinement. En effet, depuis autant d’années au sein du parti, il est devenu une figure presque publique, ce qui est une réelle menace pour le parti et pour lui-même. C’est donc une année charnière : elle annonce la fin d’un cycle, celui de la politique, et le début d’un nouveau destin, celui de l’écriture.

    4Le grand voyage est remarquable parce qu’il est rédigé en français à une époque où Semprún vit dans la clandestinité à Madrid. On pouvait légitimement supposer qu’il écrirait en espagnol sur son expérience politique. Pourtant, Semprún choisit le français pour raconter une expérience plutôt éloignée de ce que le lecteur s’apprête à lire. Ce roman autobiographique relate la déportation de Gérard Sorel, c’est-à-dire Jorge Semprún lui-même, au camp de concentration de Buchenwald en Allemagne. Là-bas, Semprún explique comment, alors qu’il s’exile d’Espagne avec sa famille en 1936 pour des raisons politiques, il choisit un destin de militant en faveur de la démocratie et contre toute forme de totalitarisme. Et c’est cette lutte qui le conduit en 1944 au camp de Buchenwald. Il attendra seize ans pour raconter cette terrible expérience. Pourquoi en français ? Les raisons sont multiples et d’importance variée. Comme il le dit lui-même, cet épisode concentrationnaire a été vécu en français et, par conséquent, il est naturel qu’il le relate en français.

    5D’après nous, la publication du Grand voyage en français est aussi le résultat d’une « opération marketing ». Publier dans une maison d’édition française lui garantit une large diffusion comme il l’admet volontiers lors de différents entretiens. Un dernier facteur essentiel l’a déterminé à publier en français : la censure éditoriale sous le franquisme.

    6Comme l’explique Eduardo Ruiz Bautista dans son livre Tiempo de censura : la represión editorial durante el franquismo, le département d’État pour la presse et la propagande a décrété en 1936 : « la represión contra los denominados libros pornográficos y la literatura socialista, comunista, libertaria y, en general, disolvente, prohibiendo tanto su producción como su circulación y comercio » (Ruiz Bautista, 2008, p. 27). En 1937, le généralissime Francisco Franco ordonne l’épuration généralisée des bibliothèques :

    […] contra la exposición de ideas disolventes, conceptos inmorales, propaganda de doctrinas marxistas y todo cuanto signifique falta de respeto a la dignidad de nuestro glorioso Ejército, atentados a la unidad de la Patria, menosprecio de la Religión Católica y de cuanto se oponga al significado y fines de nuestra gran Cruzada Nacional.
    Ruiz Bautista, 2008, p. 28

    7Cette mesure sera d’application jusqu’à la mort de Franco en 1975. Dans un tel contexte, Jorge Semprún savait parfaitement qu’on ne lui aurait pas permis de publier son livre en espagnol, et de surcroît dans une maison d’édition espagnole.

    8De plus, la dictature franquiste imposait une autre forme de censure, peu connue et pour le moins particulière, aux exilés républicains tels la famille Semprún. Une censure que nous qualifierions plutôt de « censure existentielle » :

    La voluntad de exterminio que anidaba en el victorioso ejército franquista les llevó a decretar – al final de la Guerra Civil en 1939 – que el exilio no existía. Cuando durante la Dictadura se hacía el cómputo de las víctimas de la guerra, los historiadores del régimen hablaban siempre del « millón de muertos », cifra que hoy sabemos a todas luces inexacta, pero cuya explicación psicológica muy bien podría estar en el deseo de las autoridades franquistas de equiparar los exiliados con los muertos – ya que, al menos « civilmente », muertos estaban para ellos –. Es un hecho, desde luego, que – en las altas instancias del régimen – se decretó que el exiliado no existía […], y en virtud de ello se creó toda una maquinaria administrativa para demostrar su inexistencia. Es frecuente, en este sentido, oír hablar de la censura de prensa, pero se olvida injustamente que esa censura no era más que uno de los mecanismos de ocultación usados por la citada Administración.
    Abellán, 2001, p. 112

    9Le grand voyage sera le premier d’une longue série de livres qui racontent l’expérience concentrationnaire de Jorge Semprún et dont le dernier volume est la publication d’un recueil d’essais et d’interventions intitulé Une tombe au creux des nuages. Essais sur l’Europe d’hier et d’aujourd’hui (2010).

    Autobiografía de Federico Sánchez (1977)

    10Au milieu de cette écriture en langue française, Semprún écrit son premier livre en espagnol à Paris, où il finira ses jours : Autobiografía de Federico Sánchez. La date d’écriture de cette œuvre est 1976. L’année suivante, le livre recevra le prix Planeta. L’année 1976 est tout aussi remarquable que 1963. Il y a déjà un an que Franco est mort et que la censure éditoriale en vigueur sous son régime est levée. L’écrivain madrilène choisit ce moment de l’histoire pour procéder officiellement à un règlement de comptes avec le comité exécutif du PCE ou plus précisément avec Santiago Carrillo, son secrétaire général. Bien qu’il soit réducteur de résumer Autobiografía à un règlement de comptes, nous nous limiterons à cette dimension du livre dans le présent article.

    11La même théorie de réception peut être appliquée à ce livre comme ce fut le cas pour le premier. Autobiografía de Federico Sánchez est une œuvre espagnole pour les Espagnols à propos de l’histoire d’Espagne. Quel serait donc l’intérêt de raconter son parcours à un public qui ne l’a pas connu ni vécu ? De plus, le choix de la langue espagnole peut s’expliquer de la même façon : ce fut une expérience vécue en langue espagnole, dans des circonstances historiques liées à l’Espagne.

    12À présent, revenons sur le règlement de comptes mentionné plus haut. Ce que Semprún souligne et critique à la fois, presque de manière obsessionnelle, dans Autobiografía de Federico Sánchez est son exclusion du Parti communiste. Cette exclusion qui a été synonyme de rejet, et ce rejet synonyme d’oubli. Voici une citation tirée de l’œuvre et qui illustre très clairement notre analyse : « Fuera de la Iglesia no hay salvación, fuera del partido tampoco. Peor aún : fuera del partido no hay ni salvación ni existencia. Fuera del partido se deja de existir. Se convierte uno en un no ser » (Semprún, 1977, p. 241).

    13Ce que Semprún ne supporte pas c’est ce processus de censure-rejet qui a provoqué son exclusion du PCE en 1974. À propos de ce thème du rejet, nous avons réalisé, lors de recherches ultérieures, qu’il a été victime de multiples rejets traumatisants. Nous nous permettons de citer ici María Angélica Semilla Durán :

    Le premier arrachement a été sans doute celui qu’a subi l’enfant à la mort de sa mère […]. Le deuxième est celui de l’exil, qui le prive à la fois de la mère patrie et de la langue maternelle. Le troisième est l’expérience de l’univers concentrationnaire.
    Semilla Durán, 2005, p. 36)

    14Ce double mécanisme de censure-rejet et rejet-exclusion mériterait une analyse plus approfondie et détaillée dans une autre étude sur notre auteur.

    L’expérience ministérielle

    15À ces trois « arrachements » nous ajouterions un quatrième : son expérience de ministre de la Culture entre 1988 et 1991. Dans Federico Sánchez se despide de ustedes (Federico Sanchez vous salue bien), Semprún confesse que son mandat ministériel n’a pas été un franc succès, et affirme avoir eu plus de pouvoir en tant que militant clandestin qu’en tant qu’homme politique. Il le présente à ses lecteurs en ces termes :

    Ese poder sé muy bien que no voy a volver a encontrarlo como ministro. No tendré ningún poder sobre las almas. Tendré un coche blindado, una escolta, líneas telefónicas directas con las personas importantes de este mundo y ujieres que me abrirán las puertas.
    Semprún, 1996, p. 27

    16Federico Sánchez se despide de ustedes est un livre-confession où Semprún dit adieu à Federico Sánchez. En d’autres termes, l’écrivain et intellectuel clôt définitivement le chapitre politique de son existence. Dans ce livre, il explique pourquoi le communisme était la réponse offensive à la dictature de Franco entre 1936 et 1975 et pourquoi cette idéologie a échoué.

    17Il faut ici préciser brièvement que ce livre a été prémonitoire dans une certaine mesure. D’une part, Semprún fait allusion à un problème d’actualité en Espagne : la récupération de la mémoire historique et la nécessité de sortir de l’« amnésie collective » dans laquelle le pays s’est plongé pendant de trop longues années. Et d’autre part, il se préoccupe déjà du destin de l’Europe et propose quelques solutions pour une construction plus réaliste et viable de celle-ci.

    L’exil forcé et le « déplacement littéraire »

    18On voit donc clairement que Jorge Semprún a dû surmonter une série de rejets et ceux-ci ont un point d’ancrage commun, un déplacement décisif : l’exil. Pourquoi décisif ? Simplement parce que ce déplacement initial a été le premier d’un enchaînement d’autres déplacements. Dans Le grand voyage, le jeune Jorge dit, en prenant le chemin de l’exil avec sa famille : « On aurait voulu grandir de quelques années, tout à coup, pour rester avec eux, on s’est promis de combler ce retard, de rattraper ce temps perdu » (Semprún, 1963, p. 240). Le jeune Semprún prend l’exil avec la ferme intention de revenir.

    19Ces mots annoncent l’engagement de Semprún dans sa lutte contre le franquisme, et avant elle, la lutte contre le totalitarisme allemand. C’est parce que, dans les deux cas, il a lutté pour la liberté et la démocratie, qu’il a subi un déplacement, ou pire encore, un exil forcé. C’est à cause de son engagement pour la démocratie qu’il a été arrêté et déporté au camp de Buchenwald en Allemagne en tant que résistant français. Plus tard, il choisit une vie de militant clandestin espagnol dans l’exil français. Tout cela met en évidence que son engagement personnel et politique a déterminé sa « situation géographique ».

    20Le déplacement de Jorge Semprún ne se limite pas à un « mouvement physique » de l’homme. En réalité, il se déplace dans et hors de son œuvre. Le grand voyage décrit le voyage de Gérard Sorel (pseudonyme de Jorge Semprún quand il était résistant français) dans le train qui le conduit de Compiègne en France à Buchenwald en Allemagne, la déportation étant une autre forme de déplacement.

    21Dans ce train, le narrateur revient sur son passé : son enfance en Espagne, l’exil familial en France et les raisons de sa présence dans ce train. De plus, il partage avec le lecteur une conversation qu’il tient avec un autre détenu, et il y dévoile ainsi des moments de sa vie après l’expérience concentrationnaire. À travers ses souvenirs, le lecteur voyage entre l’Espagne, l’Allemagne et la France : entre l’enfance à Madrid, la détention à Buchenwald et la vie après la Libération à Paris.

    22Quant à Autobiografía de Federico Sánchez, le lecteur assiste à la réunion d’exclusion de Federico Sánchez et de Fernando Claudín du PCE. Sur les quelques minutes que dure le discours de Dolores Ibárruri, La Pasionaria, et qui met fin à la carrière politique de Federico Sánchez au sein du PCE, le narrateur – à la fois Federico Sánchez et Jorge Semprún – revient sur son expérience de militant communiste : sa vie dans la clandestinité, ses pseudonymes, son engagement politique, ses convictions et ses désillusions. Sur ce fond de confession politique, le double narrateur explique comment il est devenu Federico Sánchez, comment est mort ce personnage fictif et comment a commencé la carrière publique de l’écrivain Jorge Semprún. Ainsi, dans ces trois cents pages, le lecteur voyage : dans les rues madrilènes des rendez-vous clandestins, dans les mêmes rues à Paris, dans les congrès du PC en Russie, en Italie et en Belgique. Dans ces deux livres, le lecteur se déplace dans des époques et des lieux qui caractérisent la vie et l’écriture semprunienne.

    Les pseudonymes

    23Une dimension particulière de l’homme Jorge Semprún : son existence vécue sous des pseudonymes. Il ne fait aucun doute que vivre sous un pseudonyme est une forme de censure. Derrière un pseudonyme, on se cache, on s’efface, on s’autocensure :

    Salagnac-Sorel-Sánchez-Artigas-Grador-Chauvin-Domingo-Sallanches-Larrea-Bustamante ne peut jamais rien laisser, aucune trace, aucun papier. Lorsqu’il loue une chambre chez l’habitant, il doit s’inventer un métier, une occupation. Il sera étudiant, préparera un concours, qu’on appelle en Espagne, une oposición, en vue de devenir, par exemple, professeur de sociologie… Le clandestin raconte des histoires, fabrique de la fiction : il vient de la province, il vient de Paris.
    (Cortanze, 1997, p. 78

    24On s’invente une vie pour protéger la sienne, la vraie. Dans le cas de Semprún, l’usage de pseudonymes était synonyme de survie. Le choix d’une vie de résistant ou de militant clandestin l’obligeait à s’inventer constamment un nom, une nationalité, une situation. En somme, cela l’obligeait à se censurer et, par conséquent, à se « déplacer » : pour assurer sa sécurité, le clandestin doit changer régulièrement d’identité et de lieu de résidence. Une recherche plus approfondie sur l’impact et les enjeux de l’utilisation des pseudonymes chez l’auteur serait nécessaire pour en comprendre mieux l’ampleur et les conséquences.

    Semprún censeur

    25Avant de conclure, il nous faut lier ce thème de la censure aux œuvres de son frère Carlos Semprún Maura, d’une part, et d’autre part avec l’actualité de l’auteur. À la fin des années 1990, Carlos Semprún Maura publia deux œuvres autobiographiques : El exilio fue una fiesta (L’exil fut une fête) et A orillas del Sena un español… (Sur les rives de la Seine un Espagnol…). Dans ces deux livres, Carlos décrit la relation conflictuelle qu’il entretenait avec son frère aîné. Dans un premier temps, il l’admire pour son action dans la Résistance pendant la seconde guerre mondiale, ce qui éveille chez lui le désir de suivre ses pas. Il entre au PCE grâce à son frère mais rapidement les deux hommes s’éloignent, pour des raisons essentiellement politiques. En effet, ils ne partagent pas les mêmes convictions et Carlos abandonne le parti. El exilio fue una fiesta explique bien l’opposition qui est née entre les deux frères et les raisons de leur éloignement.

    26A orillas del Sena un español… a été écrit en 1998 et Carlos Semprún y dévoile un élément assez troublant : il dénonce son frère Jorge comme délateur et censeur pendant sa détention dans le camp de Buchenwald, et même durant son mandat de membre exécutif du PCE. Il explique que son frère n’a pas hésité à dénoncer des prisonniers du camp et qu’il a profité de sa position privilégiée dans la structure sociale et hiérarchisée du camp : il l’accuse d’avoir été un kapo. Il écrit aussi que son frère a profité de sa position de membre du PCE pour censurer des livres publiés sur les exactions et la loi du silence du parti. Jorge Semprún « censeur » révèle un côté de sa personnalité qui est mis au jour grâce aux livres de son frère Carlos ou grâce à d’autres écrivains, tel Robert Antelme qui appuie la thèse du frère cadet dans un article paru en 1998 dans la revue Lignes (Antelme, 1998). De plus, ces allégations ont éveillé de nombreuses réactions au sein du monde littéraire, dans la presse et même sur internet. Nous nous permettons de citer ici Stéphane Hessel qui avance les mêmes affirmations dans son livre Citoyens sans frontières, conversations de Stéphane Hessel avec Jean-Michel Helvig. Dans sa biographie Marguerite Dumas, Laure Adler relate l’exclusion du PCF de Marguerite Duras, de Robert Antelme et d’autres membres due à l’intervention de Jorge Semprún dans les années 1950. Enfin, selon Pedro Quiñonero, écrivain et journaliste espagnol, Semprún aurait empêché la publication de cette fameuse biographie de Marguerite Dumas dans laquelle elle donne des détails sur le côté sombre de l’écrivain espagnol.

    Un engagement permanent

    27Dans une actualité plus récente, en avril 2010, le film-documentaire Los caminos de la memoria (Les chemins de la mémoire) de José Luis Peñafuerte a été projeté pour la première fois. Le thème majeur de ce film est la loi relative à la mémoire historique en Espagne et l’ouverture des fosses communes de la guerre civile et de la dictature. C’est un thème à la fois délicat et complexe qui marque non seulement l’actualité espagnole mais aussi l’actualité européenne. L’Espagne n’est pas l’unique pays d’Europe à posséder une histoire sombre et obscure. La meilleure façon de construire une démocratie est d’accepter son passé aussi difficile que cela puisse être. Par sa participation dans à ce film, c’est ce que Semprún tente de transmettre, lui qui est un témoin direct de l’histoire d’Espagne et de l’Europe du xxe siècle. Dans cette Europe, Semprún s’engage, une nouvelle fois, dans la lutte contre la censure consciente ou inconsciente qui continue d’exister en Espagne. Nous concluerons par un dernier propos : la censure a toujours été un fidèle compagnon de voyage de Jorge Semprún qui n’a jamais hésité à la dépasser, la contredire et la dénoncer.

    Auteur

    • Émilie Rikir

      Université François-Rabelais, ICD, Tours

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    Rikir, Émilie. (2013). Censures et déplacements dans l’œuvre de Jorge Semprún. In Censures et manipulations. Tours: Presses universitaires François-Rabelais. https://doi.org/10.4000/books.pufr.31287
    Rikir, Émilie. « Censures et déplacements dans l’œuvre de Jorge Semprún ». In Censures et manipulations. Tours: Presses universitaires François-Rabelais, 2013. doi:10.4000/books.pufr.31287.
    Rikir, Émilie. « Censures et déplacements dans l’œuvre de Jorge Semprún ». Censures et manipulations, Presses universitaires François-Rabelais, 2013, https://doi.org/10.4000/books.pufr.31287.

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    Guereña, J.-L., & Zapata, M. (2013). Censures et manipulations. Tours: Presses universitaires François-Rabelais. https://doi.org/10.4000/books.pufr.31112
    Guereña, Jean-Louis, et Mónica Zapata. Censures et manipulations. Tours: Presses universitaires François-Rabelais, 2013. doi:10.4000/books.pufr.31112.
    Guereña, Jean-Louis, et Mónica Zapata. Censures et manipulations. Presses universitaires François-Rabelais, 2013, https://doi.org/10.4000/books.pufr.31112.
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