Introduction de la deuxième partie
p. 145
Texte intégral
1La mort, c’est aussi le temps du souvenir. Parfois, c’est la vie entière du défunt qui est ainsi retracée. Le moment du p’iqcheo* de coca ou l’ingestion collective de chicha ou autres breuvages alcoolisés délimitent un espace propice à la remémoration du défunt.
2L’intoxication éthylique a des incidences sur la mémoire qui pourraient sembler contradictoires.
3D’une part, l’intoxication aiguë provoque une amnésie momentanée, il s’agit souvent d’une mémoire « courte », ou bien « de souvenirs d’événements récents », liée par exemple aux difficultés de la vie. J’ai peu rencontré cette recherche de l’oubli dans l’alcool dans les communautés paysannes que j’ai fréquentées ; je pense qu’on peut plutôt la rattacher à un mode de consommation plus occidental où il est moins condamnable de boire seul. Dans les communautés rurales, il est très rare de voir une personne seule buvant « pour oublier », je n’ai décelé que quelques cas isolés – Claudine Favre-Vassas (1989) rappelle que les sociétés où l’ivresse est fréquente et valorisée ne semblent pas connaître l’alcoolisme. En revanche, il est courant que des amis, des compadres* ou des parents se retrouvent pour partager une chicha et passer un bon moment ensemble, et même s’enivrer vigoureusement, en dehors du temps festif proprement dit.
4Mais d’autre part, l’ivresse rituelle favorise le souvenir. C’est ce qui retiendra mon attention ici. On peut discerner plusieurs types de souvenirs : le souvenir collectif qui fait resurgir l’héroïsme des ancêtres dans le passé et celui plus individuel qui fait revivre les morts qui nous ont quittés récemment.
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