Gourmands et gloutons dans les sources physiognomoniques antiques
p. 23-36
Texte intégral
1De très nombreuses sources antiques célèbrent l’expertise dont pouvaient faire preuve certaines personnes dans l’interprétation des corps et, en conséquence, leur habileté à voir dans les apparences ce que les autres ne voient pas, à découvrir le caché à partir du visible. Contentons-nous ici de citer une anecdote relative à Démocrite, empruntée à Diogène Laërce :
Athénodore, dans le livre VIII de ses Promenades, dit qu’Hippocrate étant venu le trouver, Démocrite demanda qu’on apportât du lait ; ayant observé ce lait, il dit qu’il était celui d’une chèvre primipare et noire ; du coup, Hippocrate s’émerveilla de sa perspicacité. On raconte aussi l’histoire d’une jeune servante qui accompagnait Hippocrate. Le premier jour, il la salua ainsi : « Salut à toi, jeune fille ». Le jour suivant : « Salut à toi, femme ». La fille avait été déflorée pendant la nuit.1
2Une autre anecdote, tout à fait similaire si ce n’est que, cette fois, Hippocrate y joue le rôle principal, révèle de même que la démarche d’une jeune femme permet d’apprendre si elle a ou non conservée sa virginité2, exemple parmi d’autres du fait que, dans le monde antique, ce que chacun donnait à voir de lui-même dans les actes de la vie quotidienne pouvait faire l’objet d’un examen minutieux et être considéré comme révélateur de son statut, de sa position et de son rôle dans la société. Il est possible, nous dit Euripide, à la seule apparence, de juger de la bonne naissance d’une personne3 ; mais au-delà de cette lecture immédiate des corps, reposant sur un ensemble de conventions plus ou moins explicites, le corps humain a été durant toute l’Antiquité au centre de réflexions sémiologiques. Les Grecs puis les Romains ont ainsi développé des savoir-faire spécialisés, des tekhnai d’interprétation des corps, avec l’ambition d’en assurer la santé dans le cas de la médecine, de communiquer avec les dieux dans le cas de l’art divinatoire, de déterminer le caractère des individus dans le cas de la physiognomonie.
3Leur sèmeiôsis – leur lecture des signes corporels – n’est d’ailleurs pas sans partager un certain nombre de points communs4 : ainsi la volonté de « dire ce qui a été, connaître ce qui est, prédire ce qui sera »5, c’est-à-dire de maîtriser le passé, le présent, le futur, et pour cela la nécessité de tenir compte de la globalité des signes disponibles et des particularités de chaque individu ; l’idée donc que tout signe fait partie d’un ensemble qui lui donne son sens et que tout ce qui est apparent peut aider à l’interprétation : des traits physiques, des réactions, des attitudes, des gestes, des comportements, des manières de s’habiller ou bien encore de marcher, etc.
4Ces tekhnai différaient cependant bien évidemment par leur finalité, par leur manière de déterminer et de sélectionner les signes pertinents, par leur code interprétatif, et nous pourrions dire qu’elles se sont progressivement organisées comme autant de champs autonomes, régis donc par des règles spécifiques. Mais dans le même temps elles n’ont cessé de s’influencer les unes les autres, comme en témoigne, pour nous en tenir à ce seul exemple, l’œuvre de Galien qui n’hésite pas, dans ses traités médicaux, à prendre en compte l’apport de la physiognomonie6 et à évoquer l’influence que les rêves ont pu exercer sur sa propre vie.
Le déchiffrement physiognomonique des corps
5Dans le cadre de cet article, nous nous intéresserons uniquement aux sources physiognomoniques, c’est-à-dire aux traités nous proposant une lecture essentiellement morale des signes corporels. La physiognomonie désigne en effet l’art de porter un jugement sur les personnes à partir de leur apparence physique, et ainsi de leur attribuer un caractère particulier7. Relèvent également de la physiognomonie des examens plus spécialisés tels que la metôposkopia (l’interprétation des seuls traits du visage) ou bien encore la kheiroskopia, la lecture des lignes de la main.
6D’un point de vue philosophique, la physiognomonie repose sur l’idée d’une unité du psychique et du physique, d’une co-affectation de l’âme et du corps, et est donc en adéquation avec l’hylémorphisme, l’affirmation que matière et forme ne peuvent exister l’une sans l’autre. Le corpus le plus riche en observations physiognomoniques, nul ne peut donc s’en étonner, est le corpus aristotélicien : c’est en effet au sein des œuvres attribuées à Aristote que nous a été transmis le plus ancien traité physiognomonique connu, datant sans doute du iiie siècle av. J.-C.8, et l’œuvre d’Aristote elle-même contient de très nombreux passages d’inspiration explicitement physiognomonique9 ; c’est donc ce corpus qui constituera ici le cadre général d’interprétation des données relatives au gourmand que nous allons présenter10.
7Les autres traités physiognomoniques conservés, sous une forme ou sous une autre, datent des premiers siècles de notre ère (Polémon, Anonyme latin, Adamantius…) mais un nombre tout aussi important d’anecdotes, d’allusions plus ou moins précises dans les œuvres les plus diverses témoignent de la popularité de cette démarche, de cette idée que l’apparence d’un individu peut être révélatrice certes de son origine ou de son éducation, mais aussi de son caractère, de ses qualités morales, voire, dans certains cas, de son avenir11.
8Concrètement, les traités physiognomoniques procèdent soit en partant d’un inventaire des signes corporels à prendre en considération, signes dont ils donnent les interprétations possibles, soit en partant de types moraux, pour lesquels ils énumèrent les signes pertinents. L’humanité se décompose ainsi en un certain nombre de caractères, les uns positifs, les autres négatifs. Le traité attribué à Aristote, par exemple, énumère une vingtaine de type : le courageux (andreios), le lâche (deilos), l’insensible (anaisthetos), l’homme pourvu d’une bonne mémoire (mnèmôn), etc.
9Il s’agit pour le physiognomoniste, à l’issue de son examen, de choisir la catégorie à laquelle appartient l’individu examiné, et donc de déterminer son caractère dominant. Ces catalogues ne prétendent pas être exhaustifs, et un seul traité, celui du Pseudo-Aristote, possède une entrée spécifique pouvant correspondre à notre « gourmand » ; il ne donne alors qu’un seul signe pour l’identifier, l’indice le plus pertinent en somme : « ἀγαθοὶ φαγεῖν (ceux qui aiment manger) : se distinguent par le fait que la distance qui va du nombril à la poitrine est plus grande que celle qui va de là jusqu’au cou »12.
L’importance du toucher
10Arrêtons-nous un instant sur le vocabulaire. Outre l’agathos phagein (« celui qui aime manger, celui qui mange beaucoup »)13, les traités grecs ou latins mentionnent également, au fil des descriptions et des inventaires de signes, le gastrimargos (« glouton »)14, le boros (« vorace »)15, le uorax (« vorace, glouton »)16 ; autant dire qu’en fait les sources physiognomoniques nous décrivent le glouton bien plus que le gourmand à proprement parler, et pour comprendre ce point, il nous faut brièvement évoquer ce qu’Aristote nous dit des plaisirs alimentaires.
11Le philosophe remarque que l’homme peut éprouver du plaisir en mangeant, tout d’abord grâce au sens du goût (geusis), qui lui permet d’apprécier les saveurs ; la langue joue alors son rôle17 et si les lézards et les serpents sont décrits comme particulièrement voraces, c’est parce qu’ils possèdent une langue bifide qui augmente d’autant plus leur plaisir18.
12Mais l’homme éprouve surtout du plaisir grâce au sens du toucher (aphè), un sens proche du précédent (le goût est une sorte de toucher), mais qu’il faut néanmoins distinguer car c’est lors de la déglutition, ou bien encore lors de la descente de l’aliment dans l’appareil digestif, lors de la dilatation de l’œsophage, que le plaisir est ressenti (que le toucher entre en action) :
En fait, tous les plaisirs du goût n’excitent pas les animaux – ce ne sont pas ceux qu’ils perçoivent au bout de la langue mais dans le gosier, et la sensation éprouvée ressemble plus au toucher qu’au goût. C’est pour cette raison que les gourmands ne demandent pas aux dieux d’avoir une grande langue mais d’avoir le gosier d’une grue, comme l’a relaté Philoxène, fils d’Eryxis. Aussi faut-il affirmer que c’est sur les objets du toucher, pour parler simplement, que porte l’intempérance ; de même façon aussi l’intempérant a affaire aux plaisirs du toucher. En effet l’ivrognerie, la gloutonnerie, la débauche, la gourmandise et tous les autres vices semblables relèvent des sensations déjà mentionnées, et ils forment les parties de l’intempérance.19
13Le plaisir que l’on peut ressentir tient compte, donc, de la qualité des aliments, de leurs propriétés, de leurs saveurs, mais, comme le montre l’extrait suivant, l’appréciation morale porte en fait avant tout sur la quantité ingurgitée :
Dans les appétits naturels on se trompe rarement, et seulement dans une seule direction, à savoir dans le sens de l’exagération : car manger ou boire ce qui se présente jusqu’à en être gavé, c’est dépasser la quantité fixée par la nature, puisque l’appétit naturel est seulement satisfaction d’un besoin. Aussi appelle-t-on ceux qui commettent ces excès de goinfres, du fait qu’ils remplissent leur ventre au-delà de la mesure convenable ; et ce sont les gens d’un caractère particulièrement vil qui tombent dans un pareil excès.20
14Ce qui est en cause n’est donc pas tant ce que l’on mange que l’abondance des aliments21 ; critiquer la gourmandise, c’est en stigmatiser les excès, tout ce qui s’écarte du juste milieu, de la juste mesure, et c’est donc dénoncer l’avidité, l’insatiabilité, la démesure.
15C’est bien sûr cette lecture morale que nous retrouvons dans la littérature physiognomonique, qui insiste donc sur la gloutonnerie plus que sur la gourmandise proprement dite, et donc sur les plaisirs du ventre (le fait de remplir son ventre au-delà de la mesure convenable) plus que sur les plaisirs de la langue ou du gosier.
Portrait physiognomonique du glouton
16Une fois ces remarques faites, il est possible de compléter le « portrait » physiognomonique de ce glouton à partir notamment des inventaires des signes proposés par les différents traités. Les éléments qui reviennent à plusieurs reprises sont les suivants :
- Le distance qui va du nombril à la poitrine est supérieure à celle qui va de la poitrine au cou (Pseudo-Aristote A30 et B6 ; Pline l’Ancien, Histoire naturelle, 11, 200 ; Polémon B15 ; Anonyme latin 63 ; Adamantius B15) ; si cette partie du corps est maigre, elle est composée de chairs fermes (σκληραῖς σαρξὶ συμπεπηγυῖαι), dures au toucher (Polémon B14 ; Adamantius B14) ;
- Des yeux grands, saillants, humides, rougeâtres (Anonyme latin 11 et
22 ; Adamantius A6, A13) ; des yeux tournés vers le haut (Polémon A9 ; Adamantius A9 ; Anonyme latin 29).
17Ils peuvent être fixes, mais le caractère sera d’autant plus prononcé que ces yeux seront mobiles, tremblants (Polémon A7 ; Adamantius A7 et A9 ; Anonyme latin 23 et 29) ; ceux qui sont sujets à de tels tremblements sont aussi sujets à l’épilepsie (epilèpsia) ;
- Une grande bouche, dotée d’une large ouverture, des lèvres épaisses (Polémon B24 ; Adamantius B24 ; Anonyme latin 48) ; une bouche très saillante, ronde, avec les lèvres épaisses et retroussées (Anonyme latin 48) ;
- Des mains fines et tordues (Anonyme latin, 59 ; Adamantius B20) ;
- Une peau couleur miel (Polémon B33 ; Adamantius B33) ;
- Une voix très profonde et comme fêlée (Polémon B42 ; Adamantius B42)22.
18Le portrait physiognomonique proposé repose sur toute une chaîne d’associations qui répondent à bien des lieux communs de la culture grecque.
19Certains signes répondent à l’idée même que l’on se fait du glouton : ainsi, le glouton est dominé par son ventre et par conséquent la partie ventrale est plus importante que la poitrine ; le glouton possède une grande bouche, dotée d’une large ouverture, lui permettant d’engloutir de grandes quantités de nourriture.
20Certains signes procèdent d’analogies : le glouton par son comportement est semblable à un porc, et par conséquent, comme lui, il possède « une bouche très saillante, ronde, avec les lèvres épaisses et retroussées »23, ou bien encore des extrémités de petites dimensions (« des mains fines et tordues »24). Cela correspond à l’application de la méthode dite zoologique, qui associe hommes et animaux, en ce sens que les hommes qui ressemblent à tel ou tel animal possèdent également le caractère de ce dernier25.
21Dans les sources grecques ou latines, les porcs sont généralement décrits par les traits suivants : un ventre bien développé, un cou charnu, de petits pieds, un groin court et retroussé26 ; ce sont ces traits que pour l’essentiel nous retrouvons dans la description du gourmand/glouton. Cette similitude se retrouve également dans la description d’autres animaux. Le crocodile, par exemple, que plusieurs textes qualifient de particulièrement vorace, est décrit comme ayant des yeux de porc, évidemment révélateurs de son tempérament27.
22Voilà pour la méthode zoologique ; une autre méthode employée est celle que l’on appelle la méthode anatomique : celle-ci prend pour point de départ la manifestation d’émotions, de vices ou de vertus, pour en déterminer les signes les plus apparents. Pour prendre un exemple, lorsqu’un homme est en colère, son teint est rougeaud, ses sourcils sont dressés et menaçants ; dès lors, celui qui manifestera constamment de tels signes sera considéré comme appartenant à la catégorie des irascibles28.
23Dans le cas présent, tout homme qui fait preuve de démesure lors d’un banquet montre à cette occasion, nous dit-on, des yeux rouges et humides. Par conséquent, tous ceux qui chez qui l’on observe des yeux en permanence rouges et humides peuvent être considérés comme des gloutons29.
Un enchaînement de vices
24Un signe peut être révélateur de plusieurs caractères : les caractères en question présentent bien sûr certains traits communs et peuvent être ainsi rapprochés les uns des autres. Les caractères associés à la gourmandise, à la gloutonnerie, tels qu’ils apparaissent dans les sources physiognomoniques, se retrouvent aisément dans toute la littérature grecque.
25Il s’agit tout d’abord des différentes formes d’intempérance30, et en particulier de l’association banale entre les plaisirs de la table et les plaisirs sexuels ; le ventre (et le bas-ventre) est assurément le siège de toutes les concupiscences, et les traits révélateurs du glouton sont également caractéristiques d’une personne insatiable, ivrogne, incapable de résister à la musique, lascive, exposée aux excès sexuels, etc.31 N’oublions pas qu’en associant la gourmandise au toucher, plus qu’au goût lui-même, Aristote a d’autant plus souligné ses liens avec les plaisirs sexuels (qui relèvent aussi bien sûr du toucher) ainsi que le caractère vil et bestial de ces plaisirs, puisqu’ils caractérisent l’ensemble des êtres vivants. Nous avons vu également que c’est précisément sur le toucher que peut porter l’intempérance.
26La gloutonnerie est également associée à une démesure allant jusqu’à l’inhumanité : les traits révélateurs du glouton se retrouvent ainsi chez les personnes excessives, irascibles, cruelles, impudentes, injustes, impies, sales, impures, atteintes de la maladie sacrée, haineuses, inhumaines, etc.32
27Des yeux rouges, humides ; une bouche efféminée ; un visage allongé, un long nez ; un estomac de grandes dimensions, protubérant, bien en chair ; un cou court et épais ; des chevilles fortes ; des extrémités (mains et pieds) petites et grasses ; une voix affreusement enrouée, un rire tonitruant. Telle est la description physique d’un homme que Polémon33 nous présente comme un véritable monstre, un homme au caractère effroyable et qui fut le pire qu’il ait jamais rencontré, accumulant les pires défauts, la gloutonnerie bien évidemment, expressément signalée, mais aussi la lascivité, la traîtrise, la cruauté. Effroyable pour ses amis tout autant que pour ses ennemis, ce fut un criminel et… un parricide.
28C’est qu’un type d’excès, en l’occurrence les excès du corps, peut entraîner vers la dépravation la plus complète, car celui qui cède aux désirs superflus montre qu’à l’instar des femmes ou des enfants il n’est plus maître de lui-même. Devenu esclave de son propre corps, il peut dès lors commettre toutes les infamies et cette nature compulsive l’incite ainsi à toutes les débauches, à toutes les transgressions, comme le remarquait déjà Eschine à propos de Timarque :
La jouissance effrénée des corps et la débauche, voilà ce qui pousse l’homme à agresser ses concitoyens, à devenir pirate en haute mer, voilà la Furie qui le pousse à égorger, à s’asservir aux tyrans, à subvertir la Constitution démocratique.34
29Autre association banale, celle de la gloutonnerie avec la stupidité, l’insensibilité. Les traits caractéristiques du glouton se retrouvent ainsi chez les personnes insensibles, bavardes, niaises, ignorantes, stupides, etc.35 Par définition, pourrait-on dire, le glouton est celui dont les comportements ne sont pas guidés par la raison, par des choix réfléchis (proairesis)36, mais leur apparence même, leur constitution, témoignent de cette insensibilité, de cette stupidité. Les porcs et les crocodiles, qui comptent parmi les animaux les plus voraces, sont aussi ceux qui sont réputés pour avoir une peau particulièrement dure, « le cuir épais », pourrait-on dire, et être en conséquence particulièrement stupides, comme en témoigne Pline l’Ancien :
Certains pensent que la finesse de l’esprit ne dépend pas de la ténuité du sang, mais que les animaux sont plus ou moins stupides en raison de l’épaisseur de leur peau et de leurs enveloppes, comme les huîtres et les tortues ; que le cuir des bœufs, les soies des porcs sont un obstacle à la subtilité de l’air, qu’ils ne laissent pas s’insinuer pur et fluide ; et qu’il en va de même chez l’homme, lorsque sa peau trop épaisse ou trop dure se trouve imperméable. Et pourtant, à la dureté de leur peau, les crocodiles ne joignent-ils pas l’adresse ?37
30Dans un passage d’inspiration clairement physiognomonique, Aristote est précisément l’un de ceux qui associent dureté de la peau et stupidité :
Pour le reste, l’homme le cède à bien des animaux, mais pour ce qui regarde le toucher, il dépasse de beaucoup les autres en acuité. Aussi est-il également le plus sagace des animaux. Et ce qui l’indique, c’est que même à l’intérieur du genre humain, la ligne de partage entre les bien doués et ceux qui ne le sont pas, est tracée par cet instrument sensoriel et par aucun autre. Ceux dont la chair est dure (σκληρόσαρκοι), en effet, ne sont pas doués intellectuellement, tandis que ceux qui ont la chair tendre (μαλακόσαρκοι) le sont.38
31Le vocabulaire utilisé par Aristote doit être relevé, puisque le terme sklèros, « dur au toucher », est précisément celui qui servait à qualifier la chair ventrale du glouton (Adamantius B14). Ce que nous pouvons comprendre, c’est que le glouton privilégie à ce point les plaisirs du ventre qu’il en devient insensible aux autres sensations, même en ce qui concerne le toucher. Nous y reviendrons.
32Achevons cet inventaire des caractères associés à la voracité et à la gourmandise en indiquant que les traits caractéristiques du glouton se retrouvent également chez les oisifs, les paresseux, les mous, les lâches, ceux qui sont impuissants à agir et dont l’ambition est limitée39, autant de traits qui éloignent bien sûr du caractère viril, déterminé, courageux, à l’aune duquel sont jugés les individus.
33Il nous faut constater que les caractères que nous venons de passer en revue se retrouvent bien évidemment chez un animal déjà bien souvent rencontré, et dont l’apparence présente également bien des points communs avec celle du glouton : le porc40 est en effet considéré par les Grecs comme un animal vorace, lubrique, fortement irascible et agressif, particulièrement sale et dégoûtant, et le plus stupide qui soit. Les gourmands, les porcs ont bien pour point commun d’avoir une personnalité entièrement tournée vers leur corps, la satisfaction de leurs besoins corporels, leur psuchè ne jouant plus qu’un rôle secondaire.
« Nature » du glouton
34Les traités de physiognomonie ne sont pas à proprement parler des traités de civilité dans le sens où ils ne contiennent aucune prescription, mais ils ne cessent de nous décrire des comportements valorisés ou au contraire stigmatisés, des apparences respectables ou au contraire honteuses. Ils nous donnent ainsi accès à ce qu’il est convenu d’appeler la discipline des corps, aux contraintes imposées à chacun, en fonction de son sexe ou de son âge, et nous ne devons donc pas nous étonner d’y retrouver la critique, habituelle dans les textes grecs, de l’intempérance, de l’absence de maîtrise de soi41.
35Ces critiques sont d’autant plus fortes qu’elles sont supposées dévoiler la nature profonde des individus, leurs qualités intrinsèques, tout à la fois physiques et psychologiques, et les signes mentionnés par les traités doivent être compris à l’aune de cette appréhension « naturelle » des caractères.
36Revenons de ce point de vue à ce que nous enseigne le Pseudo-Aristote :
Tous ceux chez qui l’écart entre le nombril et la poitrine est plus grand qu’entre la poitrine et le cou sont gloutons et insensibles ; gloutons parce qu’ils ont grand le récipient dans lequel ils reçoivent leur nourriture, et insensibles parce que les sens voient leur siège rétrécir et être comprimé par la prise de nourriture, de sorte qu’ils s’affaiblissent non pas à cause d’un manque d’aliments mais d’une surabondance.42
37Nous retrouvons donc cette association de la gloutonnerie et de l’insensibilité, que l’on peut comprendre en sachant que pour Aristote, le cœur est le principe de la vie et du mouvement mais aussi le siège de la sensation. Chez le glouton, le ventre occupe une place démesurée, aux dépens des autres organes et donc aux dépens des fonctions exercées par ces organes. Le glouton est donc bien dominé par son ventre, mais plus encore qu’on ne pouvait le penser, puisque la taille de ce ventre (de l’estomac, des intestins) peut ne pas être simplement la conséquence de ses excès, mais leur cause.
38Une telle explication du caractère se retrouve également dans les traités zoologiques d’Aristote, où il est dit, par exemple, qu’un animal est vorace parce que ses intestins sont particulièrement larges et donc demandent une grande quantité de nourriture pour être rassasiés43.
39Il faudrait donc comprendre que pour un physiognomoniste, un individu chez lequel, de naissance, « la distance qui va du nombril à la poitrine est plus grande que celle qui va de là jusqu’au cou », doit être caractérisé comme « glouton », quelle que soit par ailleurs sa corpulence, ses habitudes alimentaires au moment où l’examen est pratiqué, puisque ce signe a la particularité (rare dans la démarche physiognomonique) d’être la cause du caractère.
40Poursuivons nos analyses en revenant sur les yeux rouges du glouton. C’est une caractéristique que l’on retrouve également chez le porc, et qui est par exemple associée à son irascibilité : le porc, pour les anciens, est un animal « chaud bouillant » pourrait-on dire, et la colère est précisément conçue comme un bouillonnement du sang. Varron nous apprend ainsi que lorsque des loups parviennent à tuer des porcs, avant de les dévorer, « ils les traînent jusqu’à un point d’eau, car leurs dents ne peuvent supporter la chaleur de leur chair »44. Cette chaleur est évidemment également associée à ses habitudes alimentaires et sexuelles.
41Certains traités hippocratiques et aristotéliciens défendent l’idée que le tempérament des animaux, des individus, est caractérisé par le mélange de qualités élémentaires, le chaud, le froid, le sec, l’humide – ce mélange devant être appréhendé comme un rapport entre ces qualités, qui peut être équilibré ou déséquilibré. Les hommes sont généralement chauds et secs, les femmes froides et humides. On peut donc comprendre que les yeux rouges du glouton sont révélateurs de leur tempérament chaud et humide, qui est la cause de leur comportement, et qui dans le même temps est entretenu par leur consommation excessive d’aliments et de boissons.
42Il faudrait donc retenir de ces dernières analyses que la démarche physiognomonique repose, implicitement ou explicitement, sur l’observation de facteurs anatomiques ou physiologiques, et qu’à ce titre c’est bien une nature particulière qu’elle met en évidence. Pour le dire simplement, on est glouton de naissance.
43Pour le physiognomoniste, on peut sans doute acquérir au fil des ans, par l’effet d’habitudes alimentaires, les signes révélateurs de la gourmandise, mais certains révèlent une prédisposition à la gourmandise dès leur naissance, et cela n’est pas bien sûr, pour les anciens eux-mêmes, sans poser problème.
44Une anecdote est très célèbre à ce sujet : un physiognomoniste, Zopyros, venu à Athènes, se livra à l’examen de Socrate et lui trouva l’apparence d’un débauché. L’entourage de Socrate s’indigna d’une telle conclusion, mais Socrate en reconnut la validité : son corps était en effet celui d’un débauché, mais c’est par la pratique de la philosophie qu’il avait pu surmonter le caractère qui lui avait été donné de naissance45.
45Voilà ce que l’on peut attendre du physiognomoniste, la mise en évidence de ce qui est donné de naissance46, et dont les individus peuvent ou non s’affranchir.
Notes de bas de page
1 Diogène Laërce, Vies et doctrines des philosophes illustres, IX, 42, 4-10 (traduction de J. Brunschwig, légèrement modifiée) : « Φησὶ δ’ Ἀθηνόδωρος ἐν ὀγδόῃ Περιπάτων, ἐλθόντος Ἱπποκράτους πρὸς αὐτόν, κελεῦσαι κομισθῆναι γάλα καὶ θεασάμενον τὸ γάλα εἰπεῖν εἶναι αἰγὸς πρωτοτόκου καὶ μελαίνης ὅθεν τὴν ἀκρίβειαν αὐτοῦ θαυμάσαι τὸν Ἱπποκράτην. ἀλλὰ καὶ κόρης ἀκολουθούσης τῷ Ἱπποκράτει, τῇ μὲν πρώτῃ ἡμέρᾳ ἀσπάσασθαι οὕτω “χαῖρε κόρη,” τῇ δ’ ἐχομένῃ “χαῖρε γύναι”· καὶ ἦν ἡ κόρη τῆς νυκτὸς διεφθαρμένη ».
2 Voir J. Jouanna, Hippocrate, Paris, Fayard, 1992, p. 64.
3 Euripide, Ion, 240-241.
4 Voir G. Manetti, Theories of the Sign in Classical Antiquity, Indiana, Indiana University Press, 1993 ; M.M. Sassi, The Science of Man in Ancient Greece, Chicago, University of Chicago Press, 2001 (traduction anglaise de La scienza dell’uomo nella Grecia antica, 1988).
5 Voir e.g. Pronostic, 1, 2-3 : le meilleur médecin est celui capable d’appréhender le présent, le passé et l’avenir (τά παρεόντα καὶ τὰ προγενόμενα καὶ τὰ μέλλοντα) des maladies de ses patients. Sur cette formule, voir notamment M. Detienne, Les maîtres de vérité dans la Grèce archaïque, Paris, Presse-Pocket, coll. « Agora », 1994.
6 Voir par exemple les traités de Galien rassemblés dans L’âme et ses passions (Paris, Les Belles Lettres, 2004), et notamment Les facultés de l’âme suivent les tempéraments du corps. Pour une présentation des différentes facettes de l’œuvre de Galien, voir H. King et V. Dasen, La médecine dans l’Antiquité grecque et romaine, Bibliothèque d’histoire de la médecine et de la santé, Lausanne, 2008, chap. 6.
7 Pour une présentation générale de la physiognomonie antique, voir G. Dagron, « Image de bête ou image de dieu. La physiognomonie animale dans la tradition grecque et ses avatars byzantins », in Poikilia. Études offertes à Jean-Pierre Vernant, Paris, Éditions EHESS, 1987, p. 69-80 ; M.-H Marganne, « De la physiognomonie dans l’Antiquité gréco-romaine », in P. Dubois et Y. Winkin (dir.), Rhétoriques du corps, Bruxelles, De Boeck-Wesmael, 1988, p. 13-24 ; S. Byl, « La physiognomonie dans l’Antiquité grecque », Euphrosyne, no 31, 2003, p. 227-236 ; J. Wilgaux, « La physiognomonie antique : bref état des lieux », in V. Dasen et J. Wilgaux (dir.), Langages et métaphores du corps dans le monde antique, Rennes, Presses Universitaires de Rennes, 2008, p. 185-195 ; V. Dasen et J. Wilgaux, « La physiognomonie antique : bibliographie indicative », in V. Dasen et J. Wilgaux (dir.), Langages et métaphores…, op. cit., p. 241-254.
8 Voir S. Vogt, Aristoteles, Physiognomonica (Werke in deutscher Übersetzung 18, Opuscula 6), Berlin, 1999.
9 Voir e.g. Premiers Analytiques, II, 27, 70b, qui en distinguant le sèmeion du tekmèrion s’interroge sur la validité du raisonnement physiognomonique.
10 Voir F. Woerther, L’èthos aristotélicien. Genèse d’une notion rhétorique, Paris, Vrin, 2007.
11 Ces traités, ainsi qu’un très grand nombre de passages physiognomoniques recensés dans les œuvres les plus diverses, ont été rassemblés et édités à la fin du xixe siècle par Richard Förster (Scriptores physiognomonici graeci et latini, Lipsiae, Teubner, 1893, 2 vol.). Les principaux traités physiognomoniques antiques ont récemment été traduits en anglais, et commentés, dans un ouvrage publié sous la direction de S. Swain, Seeing the Face, Seeing the Soul. Polemon’s Physiognomy from Classical Antiquity to Medieval Islam, Oxford-New York, Oxford University Press, 2007. Seul le traité de l’Anonyme latin a fait l’objet d’une traduction récente en français : Anonyme latin, Traité de physiognomonie, texte établi, traduit et commenté par J. André, Paris, Les Belles Lettres, 1981.
12 Pseudo-Aristote, Traité de physiognomonie, A30, 808b2-4 (traduction de J. Wilgaux) : « ἀγαθοὶ φαγεῖν, οἷς τὸ ἀπὸ τοῦ ὀμφαλοῦ πρὸς στῆθος μεῖζόν ἐστιν ἢ τὸ ἐντεῦθεν πρὸς τὸν αὐχένα ».
13 Voir Photius, Lexicon, « <Ἀγαθὸς φαγεῖν> σημαίνει τὸν ἐσθίοντα πολλά ». L’expression « désigne celui qui mange beaucoup ».
14 E.g. Adamantius A13, A14, B15.
15 E.g. Pseudo-Aristote, 810b18 ; Adamantius B15, B24.
16 E.g. Anonyme latin 11, 17, 22, 29, 48, 59.
17 Voir Aristote, De l’âme, II, 8-9, 421a sq. ; Histoire des animaux, 492b ; Partie des animaux, 660a.
18 Aristote, Histoire des animaux, 594a ; Parties des animaux, 660b3-b11 ; 690b sq.
19 Aristote, Éthique à Eudème, 1231a13 sq. (traduction de V. Décarie) : « ἐπεὶ καὶ τῶν περὶ τὸ γευστὸν οὐ περὶ πᾶσαν ἡδονὴν ἐπτόηται τὰ θηρία, οὐδ’ ὅσων τῷ ἄκρῳ τῆς γλώττης ἡ αἴσθησις, ἀλλ’ ὅσων τῷ φάρυγγι, καὶ ἔοικεν ἁφῇ μᾶλλον ἢ γεύσει τὸ πάθος. διὸ οἱ ὀψοφάγοι οὐκ εὔχονται τὴν γλῶτταν ἔχειν μακρὰν ἀλλὰ τὸν φάρυγγα γεράνου, ὥσπερ Φιλόξενος ὁ Ἐρύξιδος. ὥστε περὶ τὰ ἁπτόμενα, ὡς ἁπλῶς εἰπεῖν, θετέον τὴν ἀκολασίαν. ὁμοίως δὲ καὶ ὁ ἀκόλαστος περὶ τὰς τοιαύτας ἐστίν. οἰνοφλυγία γὰρ καὶ γαστριμαργία καὶ λαγνεία καὶ ὀψοφαγία καὶ πάντα τὰ τοιαῦτα περὶ τὰς εἰρημένας ἐστὶν αἰσθήσεις, εἰς ἅπερ μόρια ἡ ἀκολασία διαιρεῖται ». Voir également Aristote, Éthique à Nicomaque, 1118a23 sq. ; Parties des animaux, IV, 11 690b sq. ; Problèmes, XXVIII, 7 ; ainsi qu’Athénée, VIII, 26, 341d.
20 Aristote, Éthique à Nicomaque, 1118b15 sq. (traduction de J. Tricot) : « ἐν μὲν οὖν ταῖς φυσικαῖς ἐπιθυμίαις ὀλίγοι ἁμαρτάνουσι καὶ ἐφ’ ἕν, ἐπὶ τὸ πλεῖον· τὸ γὰρ ἐσθίειν τὰ τυχόντα ἢ πίνειν ἕως ἂν ὑπερπλησθῇ, ὑπερβάλλειν ἐστὶ τὸ κατὰ φύσιν τῷ πλήθει· ἀναπλήρωσις γὰρ τῆς ἐνδείας ἡ φυσικὴ ἐπιθυμία. διὸ λέγονται οὗτοι γαστρίμαργοι, ὡς παρὰ τὸ δέον πληροῦντες αὐτήν. τοιοῦτοι δὲ γίνονται οἱ λίαν ἀνδραποδώδεις »
21 Voir M. Foucault, Histoire de la sexualité, II. L’usage des plaisirs, Paris, Gallimard, 1984, p. 60-61.
22 D’autres caractéristiques peuvent n’être mentionnées que par un seul traité, ainsi un front étroit (Anonyme latin 17), des poches sous les yeux (Adamantius A14), des sourcils très développés (Polémon B37), etc.
23 Anonyme latin 48 (traduction de J.André) : « Une bouche très saillante, ronde avec les lèvres épaisses et retroussées, montre un être sale, vorace et stupide : ce sont les signes du porc ».
24 Anonyme latin 59 (traduction de J. André) : « Les mains fines et tordues montrent la verbosité et la voracité ».
25 Sur la méthode zoologique, voir notamment A. Zucker, « La physiognomonie antique et le langage animal du corps », in A. Zucker et M.-C. Olivi (dir.), Actes du XXXVIIIe congrès international de l’association des professeurs de Langues Anciennes de l’enseignement supérieur (Nice, 27, 28, 29 mai 2005), Université Nice-Sophia Antipolis, Nice, 2006, p. 63-87 (article repris dans la revue électronique Rursus, no 1, 2006) ; Id., « La sémiologie animale dans les traités de physiognomonie antique », in A. Alexandridis, M. Wild et L. Winkler-Horacek (dir.), Mensch und Tier in der Antike. Grenzziehung und Grenzüberschreitung : Symposion vom 7. bis 9. April 2005 in Rostock, Wiesbaden, Reichert Verlag, 2008, p. 161- 179. Les animaux décrits comme gourmands ou voraces dans les textes physiognomoniques sont le porc, les monstres marins, le crocodile, la vache, le chien, la hyène et la poule.
26 E.g. Columelle, De l’Agriculture, VII, 9, 1.
27 Aristote, Histoire des animaux, 503a9.
28 Voir e.g. Pseudo-Aristote, 805a29 sq., 812b25 sq. ; Anonyme latin 9, 108.
29 Voir Polémon A11 ; Adamantius A13 ; Anonyme latin 11.
30 Voir par exemple les réflexions menées par Aristote sur la modération et l’intempérance dans l’Éthique à Eudème, livre III, 2.
31 E.g. Polémon A7 ; Anonyme latin 11, 22, 23, 29, 64 ; Adamantius A6, A7, A9, A13, A14, etc. Pour le rapprochement entre ventre et bas-ventre, et le lien entre gourmandise et luxure à l’époque médiévale, voir l’article d’Isabelle Rosé dans ce volume.
32 E.g. Polémon A18 ; Anonyme latin 48, 64 ; Adamantius A6, A9, B2, B24, etc.
33 Polémon A11.
34 Eschine, Contre Timarque, 191.
35 E.g. Pseudo-Aristote, 810b16 sq. ; Polémon A9, B33 ; Anonyme latin 48, 59 ; Adamantius B20, B42, etc.
36 Voir Aristote, Éthique à Eudème, II, 3, 1221a38 sq., et notamment le passage suivant, 1221b15-17 : « ὀψοφάγοι δὲ καὶ γαστρίμαργοι καὶ οἰνόφλυγες τῷ πρὸς ὁποτέρας τροφῆς ἀπόλαυσιν ἔχειν τὴν δύναμιν παθητικὴν παρὰ τὸν λόγον », « Je dis des gens qu’ils sont friands, gloutons et ivrognes parce que, pour jouir de l’une et l’autre nourriture, ils possèdent une puissance affective allant à l’encontre de la raison » (traduction de V. Décarie).
37 Pline, Histoire naturelle XI, 226 (traduction de A. Ernout et R. Pépin).
38 Aristote, De l’âme, II, 8-9, 421a 21-26 : « ἐν μὲν γὰρ ταῖς ἄλλαις λείπεται πολλῶν τῶν ζῴων, κατὰ δὲ τὴν ἁφὴν πολλῷ τῶν ἄλλων διαφερόντως ἀκριβοῖ· διὸ καὶ φρονιμώτατόν ἐστι τῶν ζῴων. σημεῖον δὲ τὸ καὶ ἐν τῷ γένει τῶν ἀνθρώπων παρὰ τὸ αἰσθητήριον τοῦτο εἶναι εὐφυεῖς καὶ ἀφυεῖς, παρ’ ἄλλο δὲ μηδέν· οἱ μὲν γὰρ σκληρόσαρκοι ἀφυεῖς τὴν διάνοιαν, οἱ δὲ μαλακόσαρκοι εὐφυεῖς » (traduction de R. Bodéüs).
39 E.g. Polémon A7, B33 ; Adamantius B14, B33, etc.
40 Voir, pour le monde grec, M. Moreau, Des cochons et des hommes. Une étude du porc « réel » et « culturel » dans le monde grec antique, mémoire de master, Rennes 2, 1997 ; C. Lafon, « Un organisme interne semblable au chaudron du sacrifice », in P. Brulé et V. Mehl (dir.), Le sacrifice antique. Vestiges, procédures et stratégies, Rennes, Presses Universitaires de Rennes, 2008, p. 155-164. Et de manière plus générale : R. Burren, M. Pastoureau et J. Verroust, Le cochon, histoire, symbolique et cuisine, Paris, Sang de la terre, 1987 ; C. Fabre-Vassas, La bête singulière. Les juifs, les chrétiens et le cochon, Paris, Gallimard, 1994 ; P. Walter (dir.), Mythologies du porc. Actes du colloque de Saint-Antoine l’Abbaye (Isère), 4 et 5 avril 1998, Grenoble, Millon, 1999 ; M. Pastoureau, Le cochon. Histoire d’un cousin mal-aimé, Paris, Gallimard, coll. « Découvertes », 2009.
41 Voir H. North, Sophrosyne. Self-Knowledge and Self-Restraint in Greek Literature, Cornell, Cornell University Press, 1966 ; A. Rademaker, The Rhetoric of Self-Restraint. Polysemy and Persuasive Use of an Ancient Greek Value Term, Leiden, Brill, 2005.
42 Pseudo-Aristote, Traité de physiognomonie, B6 (810b16 sq.) : « ὅσοι δὲ τὸ ἀπὸ τοῦ ὀμφαλοῦ πρὸς τὸ ἀκροστήθιον μεῖζον ἔχουσιν ἢ τὸ ἀπὸ τοῦ ἀκροστηθίου πρὸς τὸν τράχηλον, βοροὶ καὶ ἀναίσθητοι, βοροὶ μὲν ὅτι τὸ τεῦχος μέγα ἔχουσιν ᾧ δέχονται τὴν τροφήν, ἀναίσθητοι δὲ ὅτι στενώτερον τὸν τόπον ἔχουσιν αἱ αἰσθήσεις συνεωσμένον τε τῷ τὴν τροφὴν δεχομένῳ, ὥστε τὰς αἰσθήσεις βεβαρύνθαι διὰ τὰς τῶν σιτίων πληρώσεις μᾶλλον ἢ ἐνδείας » (traduction de J.Wilgaux). Voir également Polémon B15.
43 Voir Aristote, Parties des animaux, 675a18 sq., et notamment 675b22-29 : « Ὅσα μὲν οὖν εἶναι δεῖ τῶν ζῴων σωφρονέστερα πρὸς τὴν τῆς τροφῆς ποίησιν εὐρυχωρίας μὲν οὐκ ἔχει μεγάλας κατὰ τὴν κάτω κοιλίαν, ἕλικας δ’ ἔχει πλείους καὶ οὐκ εὐθυέντερά ἐστιν. Ἡ μὲν γὰρ εὐρυχωρία ποιεῖ πλήθους ἐπιθυμίαν, ἡ δ’ εὐθύτης ταχυτῆτα ἐπιθυμίας· διόπερ ὅσα τῶν ζῴων ἢ ἁπλᾶς ἔχει ἢ εὐρυχώρους τὰς ὑποδοχάς, τὰ μὲν εἰς πλῆθος γαστρίμαργα τὰ δ’ εἰς τάχος ἐστίν ». « Ainsi donc, les animaux qui doivent être sobres dans leur alimentation n’ont pas les intestins d’un grand diamètre dans le bas-ventre, mais ils ont plus de circonvolutions et leurs intestins ne sont pas droits. En effet, l’augmentation du diamètre provoque le désir d’une nourriture abondante, tandis que la conformation droite de l’intestin produit le retour rapide de l’appétit. Aussi tous les animaux dont les réceptacles [i.e. l’estomac et les intestins] sont ou simples ou larges sont-ils gloutons, les uns avalant en grande quantité, les autres en vitesse » (traduction de P. Louis).
44 Varron, Économie rurale, II, 4, 5 ; traduction de C. Guiraud.
45 Voir V. Laurand, « Les hésitations méthodologiques du Pseudo-Aristote et de l’Anonyme latin », in C. Bouton, V. Laurand et L. Raïd (dir.), La physiognomonie. Problèmes philosophiques d’une pseudo-science, Paris, Éditions Kimé, 2005, p. 17-44 ; Id., « Du morcellement à la totalité du corps : lecture et interprétation des signes physiognomoniques chez le Pseudo-Aristote et chez les Stoïciens », in F. Prost et J. Wilgaux (dir.), Penser et représenter le corps dans l’Antiquité, Rennes, Presses Universitaires de Rennes, 2006, p. 191-207.
46 Voir Y. Mourad, La physiognomonie arabe et le kitab al-firasa, Paris, Geuthner, 1939, p. 42 : « Le propre du jugement physiognomonique, c’est de dévoiler le caractère inné, non le caractère acquis ».
Auteur
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Jérôme Wilgaux
Maître de conférences en histoire grecque, Université de Nantes, LAHM/CReAAH (UMR 6566).
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