Conclusion
p. 491-492
Texte intégral
1Cet ouvrage se révèle riche en analyses, sur des thèmes et des territoires variés. Si la vieille Europe et la France en particulier ont été privilégiées, d’autres mondes ont été abordés : Canada, Chine, Afrique du Nord, Caucase. Certains vignobles ont été mis en parallèle pour mieux en montrer leurs points communs et leur diversité (Bordeaux, Porto).
2L’analyse du rapport entre les paysages et les patrimoines vitivinicoles, mais également celle de leur mise en valeur en vue d’une meilleure attractivité des territoires et du développement territorial, mettent en lumière le caractère multidimensionnel et extraordinairement varié des paysages de la vigne et du vin, les dynamiques qui les ont forgés et les parcourent.
3Quand paysage rime avec patrimoine, la dimension territoriale s’accroit avec le rôle des acteurs qui s’emparent d’un instrument de développement touristique et même de développement tout court qui, aujourd’hui, prend une ampleur sans précédent. Nous sommes loin de la période des années 1930 où la crise économique avait été la cause de la création des premières routes du vin en France, lesquelles avaient été plus ou moins fonctionnelles et parcourues une fois la prospérité économique retrouvée des Trente Glorieuses.
4Depuis longtemps, dans le domaine de la vigne et du vin, nous sommes dans l’ère de la mondialisation et d’une mobilité sans cesse accrue. L’œnotourisme est devenu multiforme et présente des visages variés autour de la vigne et du vin où, parmi les « acteurs » principaux, le vigneron, la cave ou le chai, les cabanes de vignerons, les paysages viticoles demeurent des figures emblématiques. Derrière la diversité des activités se profile l’un des aspects majeurs de la mondialisation : toute activité économique efficiente est rapidement imitée par les hommes qui veulent bénéficier de ses retombées positives. C’était déjà vrai sous l’Antiquité avec la progression de la consommation du vin et l’expansion de la vigne dans l’ensemble du bassin méditerranéen par les marchands phéniciens, grecs puis romains, ardents promoteurs s’il en fut. C’est encore plus prégnant de nos jours où les progrès et l’information sont portés à la lumière partout au même moment. Certes, l’épaisseur historique du patrimoine européen l’emporte sur celui du Nouveau Monde, mais ce dernier a poussé très loin les pratiques œnotouristiques reproduites ensuite dans tous les grands vignobles à la recherche d’un nouveau souffle pour attirer et accueillir des personnes venant du monde entier. Il est possible de parler maintenant d’un véritable modèle vitivinicole mondial où des activités, des paysages et même des transnationales sont recopiés d’une extrémité à l’autre de la planète vin.
5À commencer par les savoir-faire dispensés dans les écoles de la viticulture et de l’œnologie à des étudiants qui vont les mettre en application et les approfondir d’un hémisphère à l’autre. Les cépages les plus emblématiques de la France viticole (cabernet-sauvignon, merlot, sauvignon, pinot noir, chardonnay, syrah) ont connu partout une internationalisation impressionnante marquée entre autres par des concours annuels. Les vignes hautes et larges et leur déclinaison en lyre présentes dans tous les pays du Nouveau Monde sont à l’image de la viticulture décrite et présentée par l’Autrichien Lenz Möser dans un livre traduit en français en 1960 : Un nouveau vignoble. Leur critique dans les régions viticoles où la vigne est basse et dense n’y a rien fait. Même en France, on la retrouve en de nombreux vignobles (Bordeaux, Bourgogne, Alsace, Anjou, Centre-Val de Loire, Pays basque…). Les maisons du vin de France qui sont à la fois des lieux de mémoire par la médiation du musée, des lieux de vente, de dégustation voire des lieux de restauration s’inspirent en partie des modèles du eating and drinking de la winery californienne et de l’enoteca italienne. L’architecture démonstrative des chais, avec un toit en forme de vague, se retrouve en Espagne, en Argentine ou dans les gares modernes comme celle d’Orléans. Les activités œnotouristiques elles-mêmes se rattachent à des archétypes touristiques tout court : qui n’a pas aperçu ou peut-être emprunté le petit train touristique à Beaune, Saint-Émilion, Riquewihr, Reims, Porto, Tokaj ou Rüdesheim ?
6Derrière ce processus très classique de propagation à l’échelle mondiale d’un ensemble de pratiques qui ont fait leurs preuves, la solution pour échapper à un risque réel de banalisation n’est-elle pas de mettre en scène l’originalité de chaque territoire vitivinicole, ses caractères, son patrimoine, son histoire, son identité, pour résumer son terroir qui lui sont propres ? À cet égard, la recherche d’une reconnaissance au patrimoine mondial de l’humanité est une piste de plus en plus suivie par de nombreux vignobles comme le rappelle Philippe Roudié dans l’avant-propos du présent ouvrage. C’est pourquoi les colloques, les séminaires, les ouvrages, qu’ils soient mis en œuvre, organisés ou écrits par les historiens, les économistes, les gestionnaires, les juristes et les géographes à la recherche de ces identités vitivinicoles ont encore de beaux jours devant eux.
Auteurs
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François Legouy
Université Paris 8, UMR 7533 LADYSS
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Guillaume Giroir
Université d’Orléans, EA 1210 CEDETE
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Sylvaine Boulanger
Sorbonne Université, UMR 8185 ENeC
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Sébastien Dallot
Université d’Orléans, EA 1210 CEDETE
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