Les cépages corses
Évolution historique à partir des espaces des AOC Calvi, coteaux du cap corse et Patrimonio
p. 177-189
Texte intégral
1En Corse, la culture de la vigne peut être pratiquée sur une grande partie du territoire. Outre le climat, il ne faut pas négliger la qualité et la variété de ses sols. Elle est une des cultures de la trilogie méditerranéenne, base de l’économie agraire dans la plupart des communes insulaires jusque dans la première moitié du xxe siècle. Depuis le Moyen Âge, la Balagne1, le Nebbio2 et le Cap Corse3 sont les trois régions situées au nord de l’île qui ont développé, parallèlement à la viticulture vouée à la consommation locale, une production destinée à l’exportation.
2L’évocation des cépages ne peut être disjointe de celle des grandes évolutions de la viticulture et des crises qui l’ont affectée. Dans la seconde moitié du xixe siècle, l’oïdium et le phylloxéra causent des pertes importantes, le vignoble insulaire doit être reconstitué. La seconde moitié du xxe siècle est marquée par l’arrivée des viticulteurs rapatriés d’Afrique du Nord qui introduisent une viticulture de masse et par le développement des superficies viticoles basé sur l’introduction de cépages allogènes producteurs de vins courants. La médiocre qualité des vins produits dans un unique but quantitatif incite les vignerons du vignoble traditionnel à réagir. C’est dans ce contexte que la première AOC, l’appellation « cru » Patrimonio4, naît en 1968. Elle compte aujourd’hui 900 ha de vignes, dont 400 sont dédiés aux vins labellisés. Suivent l’AOC Calvi et celle des coteaux du Cap Corse5 qui sont des déclinaisons de l’AOC vin de Corse créée en 1976. La première regroupe 280 ha de vignoble, la seconde moins de 406. Il s’agit d’appellations « village ». Parallèlement, depuis le début des années 1980, des recherches sur le patrimoine viticole insulaire sont menées par le Centre de recherche viticole de Corse (CRVI) en étroite collaboration avec les professionnels, en vue de réintroduire ces cépages anciens dans les vins.
La viticulture dans la première moitié du xixe siècle
3L’Enquête de l’an X7 apporte des éléments intéressants malgré deux obstacles principaux : la couleur des cépages est rarement indiquée et leur identification est rendue difficile du fait de retranscriptions parfois approximatives et des variations linguistiques locales. Elle met en évidence l’existence d’une vinodiversité importante.
4La majeure partie des vignes est située dans une zone appelée circolo, aux abords des habitations. Les ceps sont plantés8 dans des fossés, dont la profondeur et l’espacement varient9, qui sont comblés au fur et à mesure. La mise en culture et l’entretien des parcelles, principalement localisées à flanc de coteau, occasionnent des travaux et des frais importants. La vigne peut être plantée seule, peut cohabiter avec des arbres fruitiers10 ou du maraîchage11. Ces choix doivent être mis en relation avec la nature du terrain, sa localisation mais également avec la variété plantée. Au cours de la première moitié du xixe siècle, il semblerait que cette culture ait tendance à se développer dans les plaines où la préparation de la terre est plus aisée et donc moins coûteuse12.
Tableau 1. Synthèse des cépages mentionnés dans l’Enquête de l’an X.

5Note13
6Note14
7Note15
8Note16
9L’Enquête de l’an X met en évidence l’existence d’une large gamme de cépages. Il est souvent indiqué qu’ils sont nombreux. En Balagne, il en existe une vingtaine selon les officiers municipaux de Monticello, plus de douze d’après ceux de Sant’Antonino. Dans cette région, le juge de paix Capifali du canton de Calvi cite dix-sept cépages ; à Cagnano dans le Cap Corse les officiers municipaux en mentionnent dix. Même s’il convient de rester prudent, la diversité paraît plus grande en Balagne. Cette région semble posséder un corpus d’appellations spécifiques17. Dans les trois régions étudiées, le vin est majoritairement blanc. La présence de vin rouge est attestée dans une minorité de communes18. ÀLunghignano, le vin est « ni blanc, ni rouge », à Ville « blanc ou un peu coloré », à Pigna la majeure partie « vire au rouge19 ». Sa couleur dépend de la part de cépages rouges utilisés dans la mesure où l’ensemble des variétés devaient être mélangées20.
10Il est difficile de dresser un tableau précis de la localisation des cépages car les réponses à l’enquête sont inégales21. Cependant, il est intéressant de noter que seule une minorité est commune aux trois régions (malvasia, griminese, bianca, genovese). Il ne faut pas perdre de vue le fait que la plupart des officiers municipaux ont certainement cité les variétés les plus répandues. Partout, la malvasia, appelée barbesso en Balagne, est le cépage blanc incontournable. Dans le Nebbio22 et le Cap Corse, il s’agit de la seule qualité de raisin qui se distingue nettement. En Balagne, le coaltaccio et le pagadebiti sont également fréquemment mentionnés. Pour les cépages noirs, aucun ne se détache véritablement.
11Il est difficile de connaître le rendement des vignes. Quelques chiffres sont donnés au cours du xixe siècle qu’il convient d’examiner avec prudence car les fourchettes sont très larges : dans les années 1860, selon Fabiani, en Balagne,23 ou Sanguinetti24, dans l’arrondissement de Bastia, elles produisent entre 35 et 40 hl/ha ; Patrimonio évoque un rendement de 17 hl/ha. Une partie de la production est commercialisée hors de l’île. Le vin balanin est notamment vendu en Italie, dans la région de Gênes, et est exporté jusqu’en Amérique25 ; celui de l’arrondissement de Bastia est expédié en Algérie, à Nice, à Gênes, à Livourne, à Cività Vecchia et dans les îles de l’archipel toscan26. Des vins paraissent jouir d’une certaine « renommée » : les vins du Cap Corse sont en effet recherchés sur le continent27.
12Il existe peu d’indications sur les vins eux-mêmes. Au début du xixe siècle, la réponse des officiers municipaux de Lumio, où le vin est ordinairement rouge mais où l’on trouve encore du blanc, tendrait à laisser penser que les cépages noirs sont en train de se développer au détriment des blancs. À Muro, quelques précisions sont données sur la composition des vins. À l’exception du moscadello, il est nécessaire de mélanger plusieurs types de raisins. Les produits comprenant du garbesso sont supérieurs à ceux réalisés à partir de coaltaccio, tandis que le pagadebito « ne fait pas les meilleurs vins ». Le calvese nero sert à « colorer » le vin28.
13Dans les années 1860, la gamme est diversifiée : il y a des vins blancs et rouges secs, ou doux pour le dessert. La malvasia, le genovese, la biancolella et la galba seraient utilisés pour fabriquer un vin cuit « façon Madère » dans le Cap Corse, alors que le muscat serait produit à partir d’un mélange de muscat et de genovese29. Parallèlement, des essais de distillation d’eau-de-vie sont menés et la fabrication des liqueurs se développent.
Les crises du xixe siècle : un tournant ?
14La seconde moitié du xixe siècle est marquée par la destruction d’une partie des vignes par l’oïdium puis le phylloxéra. Ces crises ne sont pas sans effets sur la viticulture et les cépages.
15L’oïdium touche les vignes insulaires au début des années 1850. Si en Balagne ses conséquences semblent relativement limitées, elles paraissent importantes dans l’arrondissement de Bastia. De nombreuses vignes ont été détruites30. Quelques années plus tard, les effets du phylloxéra sont plus graves. Cette maladie apparue en 1863 dans le Gard semble toucher la Corse dès le début des années 1870. À cette époque, l’ensemble des productions de la trilogie méditerranéenne connaissent des difficultés. En 1879, les premiers plants américains, résistants à la maladie, arrivent dans l’île. Leur introduction ne se fait pas sans réticence. Par exemple en Balagne, elle n’est effective qu’en 189831. Il est très difficile de suivre l’évolution du phylloxéra et d’estimer les pertes32. La crise viticole est accentuée par la réorganisation des flux commerciaux vers la France continentale, la concurrence des vins du Maghreb et les difficultés liées au système douanier particulier.
16La crise de l’oïdium a entraîné des changements bien perçus par les grands propriétaires. En premier lieu, l’introduction de cépages continentaux paraît s’accélérer. Dans l’arrondissement de Bastia, leur présence a permis une reprise à partir de 1863-186433 ; dans celui de Calvi, elle apparaît comme un élément majeur de la « modernisation » de l’agriculture. Il semble principalement s’agir de cépages noirs : le malaga, l’alicante, le médoc, le liverdum dans l’arrondissement de Bastia34, le grenache35, l’alicante et des cépages du Beaujolais en Balagne. Ces cépages, plus particulièrement le grenache et l’alicante en Balagne, le grenache et le liverdun dans l’arrondissement de Bastia, ont contribué à « améliorer nos vins et à en augmenter le rendement36 ». Les espèces locales sont toujours présentes : muscat, malvoisie, alteatico, genovese, riminese, borgoglione, niella, nielluccio37 ou biancone sont ainsi mentionnées38. En second lieu, dans l’arrondissement de Bastia, la crise a induit un renouveau du vignoble : « Depuis cinq ou six ans, on plante beaucoup de nouvelles vignes et dans des proportions inconnues jusqu’ici39. » Enfin, le soufrage s’est « popularisé40 » et a donné une nouvelle impulsion à la viticulture41.
17Même si les membres de la société d’agriculture de Bastia indiquent qu’il y a eu peu de modifications depuis trente ans dans la culture de la vigne42, quelques-unes sont toutefois attestées. Outre celles précédemment mentionnées, il est aussi possible de citer l’introduction de la taille Guyot qui paraît être présente dans tous les arrondissements. Cependant, elle semble « mal comprise » et avoir donné lieu à des « essais bizarres43 ». Elle remplace peu à peu la taille longue qui ne paraît pas toujours adaptée44. Plus largement des progrès ont été faits au niveau de la vinification45. Dans les années 1860, ils semblent insuffisants aux grands propriétaires : ces perfectionnements doivent se poursuivre et la formation doit s’améliorer46.
18Au début du xxe siècle, la variété des cépages est encore importante47. Selon Pierre Viala et Victor Vermorel, dans leur ouvrage d’ampélographie, le nielluccio et le sciacarello n’ont pas atteint leur position dominante. À cette date le nieluccio est surtout présent dans l’arrondissement de Bastia et à un degré moindre dans celui de Calvi48, le sciacarello est lui peu répandu49. Les deux auteurs donnent quelques indications sur les procédés de vinification : le vermentino est rarement vinifié seul, il est notamment mélangé avec du sciacarello. Des cépages noirs et blancs sont donc toujours mélangés.
19Le renouvellement de la vigne et l’abandon d’une partie des superficies viticoles ont dû renforcer les mouvements précédemment évoqués. Ainsi, les deux ampélographes déplorent, en évoquant la disparition depuis la « reconstitution », « dans certains milieux où il occupait une place assez importante », du rafajone noir. Ils indiquent : « Comme la plupart des cépages indigènes corses, il est remplacé par des cépages continentaux par suite de la facilité plus grande que l’on éprouve à se procurer ces derniers greffés et soudés, et la pensée, qui n’est pas toujours justifiée, que la prospérité plus grande de la viticulture sur le continent était due à la supériorité des vignes qui y étaient cultivées50. » De plus, il semblerait que la qualité médiocre des vins soit imputée au mélange d’un nombre trop important de variétés51, la réduction de l’éventail des cépages ayant dû être perçue comme un vecteur d’amélioration de leur qualité. Peu à peu les viticulteurs ont certainement opté pour les qualités les plus faciles à travailler, les plus régulièrement qualitatives.
20Entre la fin du xixesiècle et 1930, un net recul du vignoble est attesté. Il est passé en Balagne de 690 ha à la fin du xviiie siècle à 650 dans les années 1870, puis 320 au début des années 1930 ; dans le Nebbio, il est passé de 517 ha à 404 puis 140, dans le Cap, de 2 364 ha à 1 420, puis 10052. La chute est particulièrement marquée dans cette région.
Les cépages au temps des AOC : de l’unification à la diversification ?
21La labellisation des vins insulaires est liée à la volonté d’une partie des professionnels de préserver la « particularité » des produits issus de la viticulture corse face à la production de masse introduite par les rapatriés d’Algérie. L’AOC Patrimonio est créé en 1968, l’AOC vin de Corse en 1976. À cette époque la gamme des cépages est relativement réduite.
22Dans les cahiers des charges, les cépages « locaux » – le vermentinu pour les blancs, le sciacarellu et le niellucciu pour les rouges – cohabitent avec des cépages exogènes, comme le grenache, le carignan ou la syrah. Le grenache, qui paraît introduit au xixe siècle, constitue un des cépages principaux de l’AOC vin de Corse. Les cépages « traditionnels » occupent une place centrale dans l’AOCPatrimonio, tandis que la Balagne et le Cap Corse ont perdu leur « identité viticole ».
23Parallèlement, la volonté de préserver la mémoire des variétés locales émerge et se traduit par une collaboration entre scientifiques et viticulteurs53. Ainsi, dès les années 1980, le CRVI, en étroite collaboration avec les professionnels, recense, identifie, caractérise et répertorie les cépages insulaires. Ce riaquistu54 s’inscrit dans un mouvement initié dans d’autres secteurs (linguistique, culturel), tendant à affirmer et à conforter le local. Outre l’aspect patrimonial, ces travaux ont pour but de mettre en lumière les cépages autochtones, d’étudier l’impact des terroirs afin de souligner le caractère original des vins insulaires et de ne pas perdre la forte vinodiversité de la Corse55. Une vingtaine de cépages, dont certains sont endémiques, ont été retrouvés.
Tableau 2. Synthèse des cépages dans les AOC Calvi, Patrimonio et coteaux du Cap Corse.

24Note56
25À la suite de ces recherches et des essais menés dans les exploitations, de nouveaux cépages sont intégrés au cahier des charges de l’AOC vin de Corse en 2009 : le biancu gentile et le genovese pour les blancs ainsi que l’aleaticu et le carcaghjolu dans les périmètres des AOC Calvi et coteaux du Cap Corse. Le minustellu est inclus uniquement dans l’AOC Calvi. L’ugni blanc n’est plus autorisé dans l’AOC Patrimonio. Ces cépages identitaires restent des cépages d’appoint et ne doivent pas représenter plus de 10 % de l’encépagement. Le Cap Corse retrouve une variété locale, le genovese, qui paraît être la plus répandue aux côtés du malvoisie au début du xixe siècle.
26Plusieurs cépages sont en cours d’inscription au catalogue officiel. Quatre sont blancs – le biancone, le brustianu, le cualtacciu et la rossula bianca – et un noir – le vintaiu. Il est intéressant de constater que plusieurs de ces variétés sont citées en Balagne au xixe siècle dont le cualtacciu qui est le principal cépage blanc aux côtés du vermentinu. Le biancone et le vintaiu sont moins fréquemment mentionnés. Cette liste recense des variétés présentes au début du xixe siècle : le paga debiti (B) en Balagne, le riminese (B) dans les trois zones des AOC.
27Localement, malgré la variété des assemblages, des « spécificités » apparaissent. De plus, les vignerons n’utilisent pas toute la gamme des cépages autorisés. La prédominance du niellucciu est nette dans les AOCPatrimonio et coteaux du Cap Corse, ainsi que celle du vermentinu pour l’ensemble des blancs. L’introduction des nouveaux cépages n’a pas, pour l’instant, eu d’impact majeur sur la composition des vins, hormis quelques exceptions comme le vin blanc d’Yves Leccia alliant le vermentinu et biancu gentile (tableau 3).
28Pourtant, les cépages « anciens » sont bien présents dans les exploitations viticoles. Ils sont notamment utilisés pour des cuvées qui ne sont pas référencées en AOC car leur proportion ne respecte pas les préconisations du cahier des charges ou car elles intègrent des cépages qui ne sont pas reconnus. Par exemple, sans être exhaustive, dans le périmètre de l’AOC Patrimonio, Antoine Arena a misé sur le biancu gentile en vin de table tandis que le domaine Pieretti assoit sa renommée sur l’utilisation de l’alicante. En Balagne, plusieurs domaines se sont lancés dans la production de cuvées « locales ». Ainsi, le Clos Culombu allie minustellu, carcaghjolu, aleaticu et murescone pour le rouge de sa cuvée « collection », vermentinu, riminese, genovese, brustianu, cordivarta, biancu gentile, cualtacciu pour le blanc57.
Tableau 3. Les cépages présents dans les domaines AOC.

29Note58
30Les viticulteurs sont favorables à la réintroduction des cépages traditionnels, attachés à en perpétuer la mémoire, à les faire vivre ou revivre. Ils doivent cependant tenir compte des contingences du quotidien et contourner les écueils qui freinent leur développement. Ainsi, les faibles superficies existantes, l’importance de l’investissement à réaliser et le temps nécessaire à la croissance des plants, la difficulté plus grande à les travailler, à les vinifier et la nécessité de les combiner à d’autres cépages (notamment dans les domaines ayant opté pour des vins constitués uniquement de niellucciu) obligent les professionnels à réfléchir à la stratégie qui leur paraît la plus efficiente en tenant compte de la structure et de la spécificité de leur domaine. Leur utilisation est donc plus aisée dans les petits domaines et ne peut représenter, pour les exploitations plus importantes, qu’une production limitée59. Ainsi, les « grands », qui ont fait le choix d’intégrer des cépages anciens, ont opté pour des cuvées « haut de gamme », non référencées en AOC. En effet, l’INAO demande aux viticulteurs de travailler ces cépages et de « prouver » leur intérêt avant de les intégrer aux cahiers des charges60. Selon les producteurs, ces cuvées peuvent facilement être écoulées localement, mais ils peineraient à les vendre sur les marchés extérieurs car c’est l’origine « corse » associée à un label « insulaire » qui est, aujourd’hui, le principal atout marketing. Pour une grande partie des domaines, l’AOC reste incontournable.
31La gamme des cépages présents en Corse avait incontestablement une assise locale. Des modifications importantes ont affecté l’encépagement : recul des variétés de raisins blancs, introduction de nouveaux cépages principalement noirs. Les crises de la seconde moitié du xixe siècle ont eu un rôle fondamental dans la réduction de la vinodiversité mais d’autres facteurs ont certainement joué comme la professionnalisation de la viticulture. La création des AOC a incontestablement permis un saut qualitatif important. La Corse a été une des premières régions à engager des recherches sur les cépages « anciens » basées sur une collaboration active entre le CRVI et les professionnels de la viticulture. Elles ont porté leurs fruits en termes d’identification. Ces travaux ne peuvent être disjoints de ceux menés sur les modes de conduite de la vigne et la vinification. Les résultats qui en sont issus ont vocation à permettre aux professionnels d’optimiser l’utilisation des différents cépages dans leurs exploitations. Il est difficile de tirer dès à présent des constats et d’envisager les perspectives de ce riacquistu. Deux options s’offrent aux professionnels : démontrer l’intérêt des cépages identitaires et engager des discussions avec l’INAO afin de traduire cette volonté de promotion et de valorisation des cépages « traditionnels » dans les cahiers des charges ou réussir à donner une visibilité aux vins corses produits à partir de ces cépages en dehors de l’AOC. Les deux démarches peuvent être complémentaires.
Textes réglementaires
32Décret no 68-229, 13/03/1968.
33Décret du 22/12/1972.
34Décret no 2009-1194, 07/10/2009.
35Décret no 2011-1084, 08/09/2011.
Fig. 1. Extraits de l’Enquête de l’an X (Lumio, Cagnano).

Fig. 2. Vignes (AOC Calvi).

Notes de bas de page
1 Toutes les communes de la Balagne, exception faites de celles du Giunsani, ont été intégrées à l’AOCCalvi. Son périmètre englobe aussi la vallée de l’Ostriconi, soit un total de trente-deux communes (décret du 22/12/1972). Cette zone n’a pas été prise en compte dans cette étude car sa sociologie au xixe siècle est différente. La totalité des exploitations professionnelles actuelles se situent dans le bassin de Calvi et la vallée du Regino.
2 Région dans laquelle a été créée l’AOC Patrimonio.
3 Pomponi, 1973, p. 74 et 78. La précocité du développement de la viticulture dans le Cap Corse a été plus particulièrement étudiée.
4 Cette AOC s’étend sur une partie du Nebbio (Barbaggio, Farinole, Oletta, Patrimonio, Poggio d’Oletta, Saint-Florent et Santo-Pietro-di-Tenda). Son périmètre a été classé à l’inventaire national des sites. La production est d’environ 19 000 hl y compris l’AOC muscat du Cap Corse, créée en 1993, commune aux AOCPatrimonio et coteaux du Cap Corse (décret no 68-229, 13/03/1968).
5 L’appellation comprend les vingt et une communes du Cap Corse.
6 Production d’environ 845 hl pour l’AOC Coteaux du Cap Corse, un peu plus de 8 000 pour l’AOCCalvi.
7 Archives départementales de la Haute-Corse, Enquête de l’an X, 6M870 (Nebbio : Murato, Oletta, Poggio d’Oletta, Rapale, Rutali et Vallecale ; Cap Corse : Barrettali, Brando, Canari, Cagnano, Luri, Meria, Pietracorbara, Olcani, Olmetta, Nonza, Pino et Sisco) et 6M872 (toutes les communes de Balagne littorale à l’exception de Nessa et Zigliara).
8 Ibid. ; Enquête agricole. Deuxième série : enquêtes départementales, 1867, Vanucci, p. 60. Il existe deux méthodes principales (lenza et filango appelé aussi scasso reale).
9 D’une largeur de 50 cm à plus d’un mètre (Mercury, 1991, p. 135 et 137 ; Enquête agricole…, p. 45 et 60).
10 En Balagne, citronniers, figuiers, poiriers, oliviers…
11 ADHC, Enquête agricole…
12 Quatre fois moins coûteuse selon Sanguinetti. Ibid., p. 45.
13 À Belgodere, ce cépage semble être dénommé finochiajo.
14 Il s’agirait du même cépage que l’albola (Bagard, 1995, p. 9).
15 Il est dit blanc à Lumio, mais il serait noir selon Alain Bagard (1995, p. 51).
16 Les deux variétés existent.
17 Pesteil, 2015, p. 85.
18 En Balagne, à Aregno, Algajola, Feliceto ou Santa Reparata ; dans le Nebbio, à Rapale, il est majoritairement rouge (Enquête agricole…).
19 Ibid.
20 Cette pratique perdure chez les petits exploitants jusqu’au xxe siècle ; seule une minorité d’entre eux fait du vin blanc essentiellement issu de Barbessu.
21 Un même cépage peut être mentionné sous des appellations différentes.
22 Les données sont moins précises et fournies dans le Nebbio.
23 Enquête agricole…, p. 66.
24 Ibid., p. 45 et 52.
25 Ibid., p. 183.
26 Ibid., p. 130.
27 Ibid., p. 57.
28 ADHC, 6M872. Selon les témoignages oraux, « traditionnellement » il était d’usage de ne pas trop « colorer » le vin.
29 Rendu, 1857, p. 10-11.
30 Enquête agricole…, p. 145
31 ADHC, E142/4 ; Castellani, 2011, p. 181-182.
32 Ibid., p. 181.
33 Ibid., p. 56-57.
34 Ibid., p. 57 et 145.
35 Lors de l’enquête agricole le grenache est cité comme une variété récemment introduite. Selon Alain Bagard, il est parfois associé au nero calvese présent au début du xixe siècle (1995, p. 20-21).
36 Castellani, 2011, p. 145 et 183.
37 Sanguinetti fait une distinction entre les deux cépages. Selon Nathalie Uscidda, il s’agit d’un même cépage (2014a, p. 11).
38 Enquête agricole…, p. 45 et 146.
39 Ibid., p. 145.
40 Compte rendu de l’Exposition générale des produits agricoles, industriels et artistiques de la Corse du 10 au 16 mai 1865 à Ajaccio, 1865, p. 42.
41 Enquête agricole…, p. 59.
42 Ibid., p. 145.
43 Compte rendu de l’Exposition générale…, p. 78, note.
44 Ibid., p. 67 et 78.
45 Ibid., p. 42 ; Enquête agricole…, p. 57 et 146.
46 Dans les années 1860, ce besoin est évoqué par le conseil d’arrondissement de Calvi (ADHC, 2N9) et par les membres de la chambre de commerce de Bastia (Enquête agricole…, p. 130).
47 Viala et Vermorel, 1901-1910, t. V, p. 311. Ils citent notamment, outre le biancone, la rossola brandica, le riminese, le nielluccio, la malvasia, le genovese, la biancolella et le sciacarello.
48 Ibid., t. V, p. 40.
49 Ibid., t. IV, p. 159.
50 Ibid., t. IV, p. 20.
51 Enquête agricole…, p. 55. Ces pratiques sont encore attestées dans les petites exploitations dans la seconde moitié du xxe siècle.
52 Mercury, 1991, p. 70 et 83.
53 Se référer au décret no 68-229 du 13/03/1968, au décret du 22/12/1972, aux décrets nos 2009-1194 du 07/10/2009 et 2011-1084 du 08/09/2011.
54 Réappropriation (http://www.crvi.corsica/le-crvi/histoire-crvi/).
55 http://www.crvi.corsica/le-crvi/histoire-crvi/.
56 Appelée malvoisie du Cap Corse en 1968.
57 Parallèlement à la production de vins rouge, rosé et blanc, les domaines peuvent produire des vins apéritifs ou de dessert. Le rappu est un vin « traditionnel » basé sur un cépage local l’aleaticu naturellement muscadé. Des exploitants ont choisi d’adjoindre d’autres variétés tel le grenache.
58 Seuls ont été retenus les domaines ayant un site internet permettant d’identifier clairement les cépages utilisés.
59 Je remercie P. Acquaviva (domaine Alzipratu) et A. Leccia (domaine Leccia) pour leur disponibilité.
60 Cet organisme redoute une rupture trop brutale affectant la typicité du vin.
Auteur
-
Laetizia Castellani
Université de Corse Pasquale Paoli, UMR 6240 LISA
Le texte seul est utilisable sous licence Licence OpenEdition Books. Les autres éléments (illustrations, fichiers annexes importés) sont « Tous droits réservés », sauf mention contraire.
Un aliment sain dans un corps sain
Perspectives historiques
Frédérique Audouin-Rouzeau et Françoise Sabban (dir.)
2007
La Pomme de terre
De la Renaissance au xxie siècle
Jean-Pierre Williot et Marc de Ferrière le Vayer (dir.)
2011
