1 Les références des lettres renvoient, sauf indication contraire, à l’édition établie par P. S. Allen : Érasme, Opus epistolarum, Oxford, Clarendon Press, 12 vol., 1906-1958. Les numéros des lettres sont suivis du tome, puis des références de page et de ligne. La traduction française suit, à quelques modifications près, l’édition de La Correspondance d’Érasme, A. Gerlo (dir.), Bruxelles, University Press, 1967-1984.
2 H. Brabant, Érasme, humaniste dolent, Bruxelles, Presses Académiques Européennes, coll. « Illustres vitae », no 4, 1971.
3 Sur les tribulations des squelettes bâlois, aujourd’hui réunis dans la même tombe, voir K. Leys, « “À sa mémoire immortelle” : la tombe d’Érasme à Bâle », dans Érasme ou l’éloge de la curiosité à la Renaissance. Cabinets de curiosité et jardins de simples, A. Vanautgaerden (dir.), Musée Départemental de Saint-Antoine l’Abbaye (Isère) et Les Éditions de la Lettre volée à la Maison d’Érasme (Bruxelles), 1997, p. 63-66. Cet ouvrage contient également un résumé de l’étude d’A. Appelboom (p. 60-61), ainsi qu’une bibliographie des études consacrées aux maladies d’Érasme, parmi lesquelles M de Meuron-Landolt, « Érasme insolite », Histoire de la médecine, 17, Paris, 1967, p. 3-40 ; H. Brabant, Érasme, humaniste dolent, Bruxelles, Presses académiques européennes, 1971 et « Érasme, ses maladies et ses médecins », Colloquia Erasmiana Turonensia, Paris, Vrin, 1972, p. 539- 568 ; M. Cytowska, « Érasme et son petit corps », Eos, no 62 (1974), p. 129-138 ; J. -P. Vanden Branden, « Le “corpusculum” d’Érasme », Actes du colloque international de Tours sur Érasme, 1986, Genève, Droz, 1989, p. 215-231 ; Id., « Érasme et la médecine », dans Érasme, Éloge de la médecine, Tournai, Labor, 1997. On peut y ajouter J.-C. Margolin, « Érasme et la médecine », University of Kansas, Re Publica Litterarum, 1979-1980, p. 187-205 et J. B. Gleason, « The Allegation of Erasmus’ Syphilis and the Question of His Burial Site », Erasmus of Rotterdam Society Yearbook, no 10 (1990).
4 Érasme, De Ciuilitate morum puerilium libellus (La Civilité puérile. Petit manuel de savoir-vivre à l’usage des enfants), trad. et not. de F. Bierlaire, Bruxelles, La Lettre Volée à la Maison d’Érasme, 1999, chap. I, « De Corpore », p. 32-45.
5 C’est ainsi que les traducteurs français ont rendu le latin pituita. Mais ce terme ne désigne pas une maladie à proprement parler : il s’agissait dans la médecine ancienne d’une des quatre humeurs fondamentales du corps, froide et humide. D’où son application à diverses mucosités venant du nez, des bronches, voire de l’estomac.
6 Voir par exemple Ep. 2320 (VIII, 440) à B. Amerbach, où Érasme sollicite un diagnostic à distance, et 2323 (VIII, 444) de B. Amerbach, qui lui répond que les médecins ont besoin de sa présence ou, à défaut, de son urine, pour se prononcer (tuique vel coram contemplandi, vel ex vrina diiudicandi mali facultas detur, 16-17).
7 On observe par exemple le même phénomène chez Guez de Balzac au début du xviie siècle.
8 Voir M. -M. Fontaine, « Poète malade », Maladie et maladies, histoire et conceptualisation. Mélanges en l’honneur de Mirko Grme, D. Gourévitch (éd. ), Genève, Droz, 1992, p. 227-245 ; repris dans Libertés et savoirs du corps à la Renaissance, Caen, Paradigme, 1993, p 243-262 L’auteur souligne d’ailleurs que les allusions aux maladies se font plus aisément dans la poésie néo-latine et dans la correspondance en latin, ce qui pourrait mériter une réflexion approfondie.
9 Ep. 1558, VI, 47, 107-114 : Medicidicuntpodagram ac lithiasimsorores esse. Sat erat mihi tecum intercedere miseram affinitatem e sororum coniugio [...]. Verum quidem estprouerbium, homines nonnunquam malis communibus conciliari.
10 Pour des références détaillées, je me permets de renvoyer à ma thèse, en cours de publication chez Droz, La correspondance d’Érasme entre République des Lettres et lettres secrètes.
11 Ν. Elias, La Civilisation des mœurs (traduit de Über den Prozess der Zivilisation, t. I, 1969), Paris, Calmann-Lévy, 1973. Réédition Presses Pocket, 1976, 1997.
12 E.A. Poe, « La lettre volée », dans Histoires extraordinaires, Paris, Gallimard, 1973, p. 91-113
13 G. Canguilhem, Le normal et le pathologique, Paris, PUF, 1966, p. 52 ; cité par D. Le Breton, Corps et sociétés. Essai de sociologie et d’anthropologie du corps, Paris, Librairie des Méridiens, 1985, p. 19.
14 A. Chastel, « Le corps à la Renaissance », dans Le Corps à la Renaissance. Actes du XXXe Colloque de Tours 1987, juin 1987, Centres d’Études Supérieures de la Renaissance, Tours, J. Céard, M.M. Fontaine et J.-C. Margolin (dir.), Paris, Aux amateurs de livres, 1990, p. 9-20.
15 M. Bakhtine, L’œuvre de François Rabelais et la culture populaire au Moyen Age et à la Renaissance, Paris, Gallimard, 1970, p. 28-33 pour le résumé proposé, p. 32-33 pour la citation.
16 Ibid., p.35.
17 Y. Loskoutoff, « La parturition des clercs : figures de la maïeutique dans la correspondance d’Érasme », BHR, no 46 (1994), p. 305-326 - article passionnant confirmant combien les motifs de la filiation et de la parturition sont des « figures obsédantes » sous la plume d’Érasme
18 Voir Ep. 1302 à P. Barbier (V, 96, 36-37) ; 1342 à M. Laurin (V, 208-9, 231-234 ; puis 212-3, 359-75) ; 1353 (V, 262-3, 18-27) ; 1543 à W. Pirckheimer (VI, 16, 12-15) ; 1759 (VI, 422, 5-6) ; 1956 (VII, 336, 8-9).
19 Le calcul est souvent évoqué comme un tyran particulièrement sadique, qui donne l’expérience d’une mort atroce et fait souhaiter une fin rapide. Je n’indique ici que quelques occurrences où s’exprime l’idée qu’il fait goûter plusieurs fois à la mort : 1411 (V, 385, 6-7) ; 1554 (VI, 36, 6-11) ; 1555 (VI, 38-9, 34-30).
20 Voir aussi Ep. 1399 (V, 352, 7-14) ; 1564 (VI, 60, 34-5) ; 1568 (VI, 63, 23-24).
21 Les figures de l’animalité sont souvent chez lui péjoratives : il fait volontiers de ses adversaires des animaux, et J. Revel (« Les usages de la civilité », dans Histoire de la vie privée, Paris, Le Seuil, 1985. Réédition coll. « Points Histoire », 1999, t. 3, « De la Renaissance aux Lumières », p. 173) notait très justement que, dans son traité de Civilité puérile, Érasme proscrivait « les gestes et les attitudes qui risqueraient d’arracher l’humanité à elle-même et de l’entraîner, par exemple, vers l’animalité (le rire chevalin, la voix nasale qui évoque l’éléphant, le port déjeté à la manière des échassiers) »
22 On trouvera beaucoup d’analyses précieuses sur le modèle dans la filiation chez J. Cerquiglini-Toulet, La Couleur de la mélancolie. La fréquentation des livres au xive siècle (1300-1415), Paris, Hatier, 1993. Voir aussi l’article collectif « Va, mon livre : quelques jalons pour une histoire de la destination », Nouvelle Revue du xvie siècle, no 21 (2003), p. 134-136 pour Érasme.
23 Voir supra.
24 Voir par exemple les Ep. 665 (III, 91, 4-5) et 666 (III, 91, 4-5) ; 1113 (IV, 287, 30) ; 1294 (V, 78, 9-10) ; 1408 (V, 382, 34-5) ; 1452 (V, 469, 27) ; 1840 (VII, 95, 90-1) ; 2241 (VII, 308, 30-1) ; 2295 (VII, 396, 42-5) ; 2367 (VIII, 17, 59-62) ; 2603 (IX, 426, 24-5) ; 2789 (X, 195, 29-30) ; 2819 (X, 246, 18-21) ; 2880 (X, 234, 34-6) ; 2913 (X, 366, 45-6) ; 2914 (X, 367, 33) ; 2951 (XI, 14, 58-9) ; 3035 (XI, 189, 11-3) ; 3076 (XI, 260, 21-2).
25 Voir Ep. 335, II, 86, 236-239 ; 307, II, 26, 35-38 ; 366, II, 157, 1-5 ; 362, II, 152, 20-1.
26 M. Jeanneret, « Les travaux d’Hercule : Érasme », dans Perpetuum mobile. Métamorphoses des corps et des œuvres à la Renaissance, Paris, Macula, 1997, p. 226-232.
27 En témoignent les Ep. 355 (II, 145, 33-36) de J. Kirher ; 374 (II, 173, 16-20) de J. Caesarius ; 442 (II, 282, 1-6) de Hermann, comte de Neuenahr ; 494 (II, 406, 35-41) de F. Deloynes ; 571 (II, 540, 81-84) de C. Tunstall, qui associe Érasme et Budé dans le compliment ; 1020 (IV, 77, 3-6) de B. Amerbach ; 1105 (IV, 266, 56-9) de P. Engelbrecht ; 1770 (VI, 442, 26-31) de T. More ; 2424 (IX, 117, 260-1) de N. Mallarius.
28 Ep. 809 (III, 266, 103-5) : Et vt publicis commodis inseruirem, neglexi iter periculosissimum, neglexi sumptus, neglexi tantum laborum, quibus bonam valetudinis ac vitae partem attriui ; 1028 (IV, 91, 21-3) : Nos sat prospera valetudine sumus, nisi quod aetas semper aliquid decerpit huius corpusculi neruis ; sed non recusari immori literis Christigloriam illustrantibus.
29 Ep. 1332 (V, 162-3, 47-55) : Velimus nolimus, marcescit hoc corpusculum et collabitur hic domicilium. Sed ea res non admodum molesta est tuisimilibus [...] quorum animus ob vitae sanctimoniamsemper floret in Christo [...] ; 1342 (V, 209, 242-3) : At interim corporisquamlibet magnis malis non cessit animus infractus ; 1515 (V, 580, 55-7) : Quod ad nos attinet, quam diu quicquam spiritus calebit in hoc corpusculo, non desinam pro viribus seruire publicis commodis, si non magno successu, certe magna cum animi synceritate. Dans la préface de la Lingua, Érasme compare longuement les maux du corps et ceux de l’âme (Ep. 1593, VI, 134, 19-101). Peut-être peut-on rapprocher cette idée de la conception érasmienne du Christ souffrant, lisible dans les controverses avec Colet (Ep. 108, 109, 111) et Lefèvre, mais aussi dans la préface à Hilaire (Ep. 1334, V, 172-93). On fera enfin le lien avec les récits d’agonie, dans lesquels la résistance aux souffrances du corps, y compris les plus dégradantes, apparaît comme un signe de force spirituelle (Ep. 2012, VII, 420-1 de J. Artolbius à propos de l’agonie de Ferry Carondelet).
30 Voir Ep. 296 (I, 565, 17-20) et 447 (II, 302, 392-5) à propos de Florent, double d’Érasme ; 2157 (VIII, 148, 58-60) à propos d’Augustin ; 2254 (VIII, 324, 7-8) à F. Vergara ; 2465 (IX, 215, 360-1) ; 2483 IX, 257, 19-20. Cette conviction s’explique peut-être par les leçons de Galien.
31 Ep. 296 (I, 565, 18-19) : Semel excitatus e somno nunquam potui redormiscere, nisi post horas aliquot ; 447 (II, 302-3, 398-402) : Non nisiprofunda vespera potest obdormiscere, et a semel interrupto somno non redormiscit nisi post horas aliquot ; 1002 (IV, 33, 5-6) : Quid somno, quo largiore vtar oportet sub aurora redormiscens ; 1759 (VI, 424, 46-47) : Somnus primus est iustus ac placidus, secundus interruptus et frequenter insomniis irrequietus, quanquam non molestum.
32 Voir de même les Ep. 757 (III, 194, 19-32) ; 758 (III, 195, 27-33) ; 781 (III, 233, 14-24) ; 785 (III, 238, 8-13).
33 Voir aussi Ep. 75 (I, 202, 6-12) ; 296 (I, 565-6, 17-44) ; 1436/1581A (V, 430, 134-7) ; 1858 (VII, 139, 455-30) ; 3049 (XI, 219, 59-63 ; 220, 90-101).
34 Voir également (entre autres) Ep. 209 (I, 440, 1-7) ; 967 (III, 587, 1-8) ; 1192A ; 1330 (V, 158, 56-60) ; 1409 (V, 382, 3-9) ; 1697 (VI, 324-5, 94-110) ; 1703 (VI, 332, 47-53) ; 1708 (VI, 339, 1-9) ; 1753 (VI, 415, 44-8) ; 1875 (VII, 168, 186-90) ; 1938 (VII, 315, 33-42) ; 1998 (VII, 402, 24-7) ; 2005 (VII, 413, 813) ; 2029 (VII, 449, 93-9) ; 2620 (IX, 461, 24-8).
35 Ep. 76 (I, 203, 13-6) ; 226 (I, 466, 4-5) ; 1314 (V, 130, 10-1) : Id enimpostulabat valetudo, quaefugitat conuiuia ; 1316 (V, 132-3, 5-9 et 20-5) ; 1524 (V, 599, 1-14) : Odi valetudinem hanc, non tam ob id quod me discruciat, quam quodper eam non liceat erga amicos humanitatis obire munia ; 1534 (V, 616, 1-8) ; 1610 (VI, 169, 87-95 et 170, 110-4) ; 1749 (VI, 411, 5-7) ; 2006 (VII, 414, 21-3) ; 2383 (IX, 46-7, 2-10) ; 2410 (IX, 88-9, 11-27) ; 2466 (IX, 224-5, :4-6) ; 2473 (IX, 244-5, n · 33-4) : Mihi cum paucis viuendum est, si velim viuere, adeo tenera est valetudo ; 2495 (IX, 270, 17-21) ; 2613 (IX, 442, n. 50-2) : Mea autem valetudo talis est vt non solum ad nullum obsequium, sed ne ad conuictum quidem sit accommoda ; 2818 (X, 243, n. 11-4) ; 2924 (X, 378, 39-41) ; 3084 (XI, 269, 1-15).