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    Plan détaillé Texte intégral Introduction La conception traditionnelle de la maladie dans les Iamata d’Épidaure La maladie dans la tradition religieuse Sereer Sine actuelle Conclusion Bibliographie Notes de bas de page Auteur

    Soignés et guéris par les dieux

    Ce livre est recensé par

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    Table des matières

    Conception traditionnelle de la « maladie » dans les Iamata d’Épidaure et dans la culture Sereer Sine actuelle en Afrique noire

    Traditional Understanding of “Disease” in the Iamata of Epidaurus and in Present-Day Sereer Sine Culture in Black Africa

    La comprensión tradicional de la “enfermedad” en los Iamata de Epidauro y en la actual cultura Sereer Sine del África Negra

    Pierre Mbid Hamoudi Diouf

    p. 289-306

    Résumés

    Résumé : La notion de maladie revêt un caractère assez complexe au regard des civilisations, cultures et religions. Depuis l’Antiquité, les idées et mentalités sur la question de la maladie oscillent entre l’irrationnel et le rationnel. L’homme était prêt à tout croire et tout faire pour maintenir son bien-être, repousser la maladie ou recouvrer la santé. Et aujourd’hui encore la mentalité de l’homme, après des millénaires, n’est pas si éloignée de cette croyance en la causalité divine ou démoniaque de la maladie. Le monde traditionnel grec antique et l’univers culturel sereer sine actuel en Afrique noire, en dépit de leurs différences spatio-temporelles, présentent des caractères analogiques et des éléments de liaison dans leurs croyances, qui nous laissent suggérer que la notion de maladie a toujours été une équation pour le commun des mortels.

    Abstract: The notion of illness is quite complex in terms of civilisations, cultures and religions. Since ancient times, ideas and mentalities on the question of illness have oscillated between the irrational and the rational. People were prepared to believe and do anything to maintain their well-being, to ward off illness or to regain their health. And even today the mentality of man, after millennia, is not so far from this belief in the divine or demonic causality of disease. The ancient Greek traditional world and the present sereer sine cultural universe in Black Africa, despite their spatial and temporal differences, present analogous characters and linking elements in their beliefs, which suggest to us that the notion of illness has always been an equation for the common man.

    Resumen: La noción de enfermedad es bastante compleja en términos de civilizaciones, culturas y religiones. Desde la antigüedad, las ideas y mentalidades sobre la cuestión de la enfermedad han oscilado entre lo irracional y lo racional. La gente estaba dispuesta a creer y a hacer cualquier cosa para mantener su bienestar, alejar la enfermedad o recuperar la salud. Y aún hoy la mentalidad del hombre, después de milenios, no está tan lejos de esta creencia en la causalidad divina o demoníaca de la enfermedad. El antiguo mundo tradicional griego y el actual universo cultural sereer sine en el África negra, a pesar de sus diferencias espaciales y temporales, presentan caracteres análogos y elementos vinculantes en sus creencias, que nos sugieren que la noción de enfermedad ha sido siempre una ecuación para el hombre común.

    Entrées d’index

    Mots-clés : maladie, magie, religion, médecine, Antiquité, Grèce, Afrique noire

    Keywords : disease, magic, religion, medicine, Antiquity, Greece, Black Africa

    Palabras claves : enfermedad, magia, religión, medicina, Antigüedad, Grecia, África Negra

    Texte intégral Introduction La conception traditionnelle de la maladie dans les Iamata d’Épidaure La maladie dans la tradition religieuse Sereer Sine actuelle Moyens de traitements Conclusion Bibliographie Sources Études Notes de bas de page Auteur

    Texte intégral

    Introduction

    1Depuis l’Antiquité, la maladie, entraînant une forte mortalité, a bien mis au défi la raison humaine. L’interrogation sur les conceptions traditionnelles et religieuses du sens de la vie, sur le rapport de l’homme avec la nature ou avec les forces surnaturelles paraît évidente. La conscience grecque n’en fut pas épargnée. De la littérature épique, tragique ou comique, religieuse et médicale durant cette époque classique, émerge une masse de questions : d’où viennent les maladies ? Pourquoi certains en meurent et d’autres non ? Comment y remédier ?

    2Et la notion de maladie paraît ainsi un des cas manifestes dont on attribue la cause à une ou des divinités ou démons ou forces maléfiques. En étiologie comme en médication, la pensée médicale rationnelle laissait parfois la place non seulement à des interprétations irrationnelles sur la notion de « maladie » bien répandues dans la croyance populaire grecque, mais également à des pratiques thérapeutiques magico-religieuses. Et les maladies incurables et les fléaux ou épidémies face auxquelles la médecine dite rationnelle s’avoue impuissante, n’ont fait qu’accroître cette croyance en la causalité divine et ont favorisé le recours à d’autres formes de thérapie, notamment celle dite magique.

    3Dans les Iamata d’Epidaure en Grèce ancienne, en Égypte ancienne et dans le Sine actuel (région située le long de la rive du delta du Saloum au Sénégal, au nord de la Gambie et au sud de la Petite Côte, dont la majorité de la population est Sereer), on observe de façon notoire la présence d’une mentalité populaire qui proclame avec conviction le caractère sacré, divin ou démoniaque de la maladie. L’intervention des divinités dans l’origine ou le traitement de la maladie, l’usage de la magie dans la médecine et la nécessité d’appliquer d’autres traitements relevant de l’occulte ont constitué en grande partie la pensée religieuse grecque et égyptienne antique, et constituent encore de nos jours les caractéristiques de pensée chez certains peuples en Afrique.

    4Dans l’ouvrage de Christine Bastien, Folies, mythes et magies d’Afrique Noire. Propos de guérisseurs du Mali, l’auteure nous rapporte les propos sur les origines de la folie, recueillis auprès de guérisseurs maliens :

    … une chute peut entraîner la folie… D’autres folies ont pour cause les jiné, les seytané, les forces invisibles : la personne a vu, dans la brousse, des choses qui lui ont fait perdre l’esprit. Le malade a peur tout le temps. Il voit des choses effrayantes partout, même sur son lit. Il est poursuivi par un djiné… Pour les jinébana, maladies des jiné, il faut faire des sacrifices. Avec un bélier blanc, on obtient la clémence des Jiné. La viande est partagée entre tous les gens présents (dans cette cérémonie de délivrance)1…

    5De la Grèce antique à l’Afrique actuelle, en passant par l’Égypte ancienne, les sources nous donnent raison : l’on sait qu’en Grèce, par exemple, le général de l’armée, écrivain Nicias2, disciple du célèbre philosophe Socrate, et même Xénophon3 ou encore Théophraste4, s’entouraient bien de devins et chresmologues (collectionneurs d’oracles) et pratiquaient bien, comme tout bon Grec, des rites médico-oraculaires (cf. Les Iamata d’Épidaure…). Quant à l’Égypte, nul doute qu’elle regorgeait d’interprètes de songes, de prêtres-devins qui constituaient une institution officielle reconnue par le Pharaon. Aujourd’hui encore, ce besoin pressant de vouloir trouver une explication et une solution irrationnelles à certains problèmes subsiste, il suffit de faire le tour d’un pays africain pour s’en convaincre.

    6À titre d’illustration, dans la tradition Sereer Sine5, le guérisseur a une aura beaucoup plus importante que le médecin, et il pratique son art à sa guise. Et le plus souvent le patient même pense qu’il y a plus de discrétion à aller consulter le guérisseur, d’autant plus qu’il n’associe son mal qu’au divin et au mystique.

    Figure 1 : Séance de consultation auprès du Saltigué.

    Photo de deux hommes assis l'un en face de l'autre. Celui de gauche est habillé d'un vêtement bleu à motifs blancs et arbore un chapeau rouge auquel sont accrochées des mèches. Celui de droit est seulement vêtu d'un pantalon bleu. Ils regardent un plat en osier situé entre eux, que tient dans ses mains l'homme de gauche, et dans lequel il y a des coquillages.

    Séance de consultation divinatoire auprès du Saltigué : dans son rôle de devin, le Saltigué, avec son bonnet rouge symbolisant son statut médiateur entre les esprits ancestraux et les humains, utilise des cauris, une espèce de coquillages de la famille des Cypraeidae, pour lire l’avenir d’un jeune consultant qui, après un bain rituel de purification, doit se présenter pieds nus et torse nu. Cette scène a lieu dans le Centre de médecine traditionnelle du PROMETRA à Fatick, Sénégal.

    Crédits/source : Capture d’écran faite par l’auteur dans Direction Patrimoine Culturel (Sénégal), 2011, Xooy, A Divination Ceremony among the Serer of Senegal [en ligne : https://www.youtube.com/watch?v=iG4ISBIQdAc].

    Figure 2 : Cérémonie du Xooy (le saltigué).

    Photo en plan taille d'un homme qui porte un vêtement rouge à motifs beiges et qui arbore un chapeau rouge sur lequel sont accrochés des mèches noires et blanches et des coquillages.

    Cérémonie du Xooy : cérémonie de divination au cours de laquelle les Saltigi (magoi ou pharmakoi) prédisent ce qui se produira durant l’année en cours du point de vue politique, social et climatique. Le Saltigué toujours reconnaissable avec son bonnet rouge décoré de cauris avec une crête en queue de cheval, dans une ambiance rythmique au son des tambours, se prête à la divination, tenant entre ses mains une longue corde comprenant des nœuds qui ont des propriétés mystiques.

    Crédits/source : Vikidia, « Chasse du Diobaye » [en ligne : https://fr.vikidia.org/wiki/Chasse_du_Diobaye#/media/Fichier:SALTIGUE_DES_SALTIGUE.jpg].

    Figure 3 : Cérémonie du xooy (rituel de divination).

    Photo de plusieurs personnes, hommes et femmes, se tenant debout, en ligne, les uns à côté des autres.

    Il s’agit du xoy : c’est une cérémonie de divination au cours de laquelle les Saltigi (magoi ou pharmakoi) prédisent ce qui se produira durant l’année en cours du point de vue politique, social et climatique.

    Crédits/source : Musée des civilisations, « Patrimoine culturel immatériel “Khoy” » [en ligne : https://museeedescivilistions.wordpress.com/2017/10/05/un-rite-annuel-khoy/].

    7Dans notre plan de travail, nous allons d’abord nous intéresser à la conception traditionnelle de la nosos dans les Iamata, et dans un second lieu, nous nous focaliserons sur les représentations mentales et mystiques de la maladie chez les Sereer Sine.

    La conception traditionnelle de la maladie dans les Iamata d’Épidaure

    Νοῦσον γ᾿οὔπως ἔστι Διὸς μεγάλου ἀλέασθαι.

    Il est impossible d’échapper aux maux que nous envoie le grand Zeus6.

    8Avant la théorie des humeurs (sang, phlegme, bile jaune et bile noire) avancée par les médecins hippocratiques, le sacré servait souvent à l’étiologie de certaines pathologies, hormis celles traumatiques relevant des combats de guerriers : dans la croyance populaire, la maladie n’était rien d’autre que le salaire des fautes commises par un mortel à l’égard d’un dieu. Ce dernier punit alors à sa guise toute transgression soit par le sort de la maladie, soit par d’autres sortilèges.

    9Par exemple, la rage était attribuée à Artémis déesse de la chasse, car les chiens étaient ses animaux de compagnie. Quant à son frère jumeau et père d’Asclépios (dieu de la médecine), Apollon, il était considéré comme le dieu terrible de la vengeance, lanceur des horribles fléaux.

    10Dans l’Iliade, on peut citer l’épisode de supplication du vieux prêtre Chrysès dont la fille a été enlevée comme butin par Agamemnon. Désespéré de reprendre sa fille, il se tourne vers le dieu vengeur Apollon :

    Phoibos Apollon entendit sa prière, et il descendit des cimes de l’Olympe, le cœur irrité ; à l’épaule, il portait son arc et le carquois qui recouvrait entièrement les flèches ; et celles-ci résonnèrent sur l’épaule du dieu irrité, au moment où il se mit en route ; il allait, semblable à la nuit. Puis, il se posa à l’écart des vaisseaux et tira une flèche. L’arc d’argent rendit un son aigu et terrible. Il s’attaqua d’abord aux mulets et aux chiens rapides, mais bientôt, il tourna la flèche amère contre les hommes eux-mêmes et frappa ; et les bûchers des morts, en grand nombre, ne cessaient de brûler. Pendant neuf jours, les flèches du dieu volèrent sur les hommes7.

    11On peut trouver également un témoignage, par exemple dans le livre X des Lois où Platon souligne que :

    Il est fréquent que les femmes en général, comme toutes celles qu’inquiète quelque maladie, quelque danger, quelque problème, ou autre, ou bien quand elles se sentent un peu rétablies, consacrent à la divinité la première chose qu’elles auront sous la main et vouent des sacrifices […] ou encore quand le souvenir de visions diverses leur revient, elles cherchent pour chacune des remèdes, en faisant ériger des autels et des sanctuaires8.

    12Quant aux stèles des Iamata9 de l’Asklépieion d’Épidaure, datant de la seconde moitié du ive siècle avant J.-C., elles sont des inscriptions votives gravées en langue dorienne à l’initiative des prêtres et médecins du sanctuaire. Ces documents épigraphiques témoignent de guérisons miraculeuses réalisées par le dieu Asclépios à l’endroit de fidèles consultants dans le sanctuaire qui lui est dédié à Épidaure, lieu de naissance d’Asclépios et lieu de culte très fréquenté10 : ils nous laissent imaginer la foule des malheureux affluant de tous les coins de la Grèce, aveugles, boiteux, blessés, femmes stériles, paralytiques portés en civière, malades accablés de disgrâces. L’origine géographique des souffrants témoigne sans aucun doute du succès rayonnant du culte, et de l’âge d’or de cet Asklépieion. Pour une meilleure visibilité, nous avons établi ci-dessous une carte des zones de provenance des consultants de l’Asklépieion d’Épidaure.

    Figure 4 : Carte des zones de provenance des consultants de l’Asclépion d’Épidaure.

    Carte qui représente ce qui correspond à l'actuelle Grèce et à la côte ouest de la Turquie. Des lignes émanent du centre vers différents emplacements, auxquels sont associés des noms: Epire, Leucade, Thessalie, Phères, Torône, Thasos, Sinope, lampsaque, Mytilène, Delphes, Kyrcha, Thèbes, Corinthe, Pellène, Athènes, Argos, Kéos, Messine, Laconie, Crête; Cnide, Mylasa, Héraclée; Chios.

    Crédits/source : fond de carte d-maps.com [en ligne : https://d-maps.com/carte.php?num_car=1979&lang=fr], renseigné par P. M. H. Diouf.

    13Les stèles d’Épidaure témoignent de cette conception de la maladie : le lien de cause à effet entre souillure (miasma) et maladie y est mis en évidence à plusieurs reprises. Les récits thaumaturgiques de personnes incrédules qui ont fini par se convertir (récits III, IV, VII, XXXVI) soulignent que le mal ne se déclare que si le mortel enfreint les règlements établis par les divinités : la maladie était le prix à payer par le fautif en commémoration de sa faute. Le recours à des pratiques thérapeutiques religieuses, supplications, incantations, jeûne, ablution et bain rituels, sacrifices pour remédier à la souffrance atteste cette mentalité. « Le contact avec le sacré est donc soumis à cette condition de pureté : ce n’est pas une fin en soi, mais un préalable11. » Pour ainsi dire, la croyance en une thérapie divine suppose d’abord la croyance en une étiologie symptomatologique divine ; les dieux sont responsables de la genèse des maux, des maladies. Quelques récits extraits du corpus des Iamata pourraient nous en donner de belles illustrations :

    Képhisias, se moquant des soins d’Asclépios à l’égard des boiteux, dit : « Le dieu ment en disant les avoir guéris : s’il avait ce pouvoir, pourquoi n’a-t-il pas guéri Héphaïstos ? » Mais le dieu n’oublia pas de le châtier en échange de son insolence. Car un jour Képhisias, allant à cheval, dans son siège, fut frappé par le nerf du cheval qui s’était excité de sorte qu’il fût privé de l’usage de sa jambe à l’instant même. De fait, il fut transporté rapidement au temple. Et après avoir longuement supplié, le dieu lui rendit la santé (récit XXXVI).

    14Ou le récit IV d’Ambrosia, la borgne :

    Elle vint en suppliante vers le dieu. Faisant le tour du sanctuaire, elle se moquait de certaines guérisons qu’elle jugeait incroyables et impossibles, à savoir que des boiteux et des aveugles guérissent par le seul fait d’avoir une vision en dormant. À ce qu’il lui semblait, le dieu s’approcha d’elle et lui promit de la guérir, mais qu’elle devait déposer en salaire dans le sanctuaire une truie d’argent pour commémorer sa sottise ; après ces mots, il incisa l’œil malade et y versa un remède. Quand vint le jour, elle s’en alla guérie.

    15Nous pouvons également relever le titre du récit VII, d’un consultant qui eut l’audace de s’approprier l’argent qu’un miraculé lui a confié, en guise de remerciement au dieu :

    Échédoros, en guise de punition, hérita des stigmates de Pandaros, outre celles qu’il avait déjà.

    16Ou encore celui d’Hermon de Thasos qui croyait échapper aux réclamations du dieu, puisqu’il habitait bien loin d’Épidaure :

    Alors qu’il était aveugle, le dieu le guérit. Après cela, puisqu’il n’apporta pas les honoraires pour les soins, le dieu le rendit de nouveau aveugle. Mais lorsqu’il revint et se coucha à nouveau dans le portique d’incubation, le dieu le guérit définitivement (récit XXII).

    17Ou le récit LV d’un homme aveugle :

    Celui-ci, alors qu’il était aveugle, se rendit au temple ; guéri par le dieu, il n’apporta aucune redevance en échange de sa guérison. En effet il avait promis de lui consacrer une statue, ouvrage des orfèvres à qui il n’ordonna pas de réaliser une statue avec de l’or massif, mais seulement avec du bois plongé dans de l’or. Rendu aveugle de nouveau par le dieu, il fit une statue tout entière en or. Et guéri de nouveau, il la consacra au dieu.

    18À la lecture de ces témoignages, nous avons été frappés par la permanence de la question de l’existence de la maladie et de la responsabilité du malade dans sa propre maladie ; les inscriptions laissent entendre que les attitudes impies et insolentes sont les causes des maladies. Les textes l’attestent bien, l’incrédulité est condamnée dans les sanctuaires. Dans le récit XXXVI, Képhisias avance des propos blasphématoires et en fut puni par le dieu : « Le dieu ment en disant les avoir guéris : s’il avait ce pouvoir, pourquoi n’avait-il pas guéri Héphaïstos ?12 » La répugnance à admettre ce qui est inscrit sur les tablettes votives, son attitude déplorable et ses propos grossiers lui ont valu la punition divine : « le dieu n’oublia pas de le châtier en échange de son insolence13 ». Ce récit est une mise en garde contre toute remise en cause de la véracité des inscriptions votives car le doute même est passible de châtiment infligé par le dieu ; en effet, le dieu encourage la foi naïve et réduit au silence tout incrédule moqueur. Si Asclépios n’hésitait point à rappeler à l’ordre les ingrats, les incrédules ou insolents, l’on peut croire qu’il s’indignait également des patients craintifs, désobéissants, car « il [le dieu] ne saurait soigner aucun homme craintif à part celui qui, animé d’un bon espoir, vient au temple14 ».

    19Ainsi, l’on peut observer une croyance fortement magico-religieuse dans l’explication et traitement de la maladie chez les consultants malades. On nous rapporte également, dans la tragédie grecque, notamment dans l’Hippolyte d’Euripide, que le chœur des femmes de Trézène qui venait d’apprendre la maladie de Phèdre, s’interrogeait directement sur les différentes divinités qui pouvaient en être la cause :

    N’es-tu pas, jeune femme, possédée soit par Pan soit par Hécate, ou est-ce par les augustes Corybantes que tu es égarée ou bien par la Mère qui règne sur les monts ? N’est-ce pas à cause de manquements envers l’ardente chasseresse Dictynne, pour ne lui avoir pas sacrifié de victimes, que tu te consumes15 ?

    20Même la conduite religieuse des patients en est affectée, car, il faut le dire, la superstition est une crainte à l’égard du divin, qui conduirait les consultants à voir dans le dieu une puissance qui peut leur nuire et à vouloir s’en protéger coûte que coûte par de multiples précautions. Et malgré toutes leurs démarches préventives ou expiatoires, il demeure toujours en eux cette crainte exagérée qui les pousse à de telles interprétations de leurs maladies. Le prêtre du sanctuaire n’est pas en reste, il s’évertue, par peur de sanction divine, à éviter certains actes considérés comme sacrilèges : approcher un mort ou toucher une femme en couches, car la mort et l’accouchement étaient formellement prohibés dans les sanctuaires guérisseurs. L’on peut rappeler que tous les sanctuaires grecs se gardaient de la pollution.

    21Et dans cette même optique, l’on peut souligner la valeur inestimable de l’eau dans ce processus de purification et de guérison (inscriptions à l’entrée des temples avec présence de vasques ou fontaines). Les Grecs ont très tôt pris conscience des effets de l’eau, comme encore aujourd’hui chez les Sereer (voir infra). Les notions de propreté-pureté, en Grèce ancienne, attestent bien la conception qu’on avait des eaux. Les cultes guérisseurs en l’honneur d’Asclépios, d’Amphiaraos d’Oropos et de Trophonios de Lébadée ont un lien intrinsèque avec l’eau. Il faut comprendre que :

    […] dans l’esprit des Grecs de l’Antiquité, l’eau claire qu’une force inconnue faisait jaillir sur terre devait être considérée comme un don des dieux, duquel dépendait toute vie sur terre […]. La médecine antique avait une prédilection pour les thérapeutiques par l’eau, par exemple dans les traitements de l’eczéma, des rhumatismes, de la goutte et des maladies psychosomatiques16.

    22Aussi peut-on observer avec aisance la persistance des thérapies par l’eau dans les sanctuaires guérisseurs asclépiens, dans les Discours sacrés d’Aelius Aristide.

    23La construction des sanctuaires médicaux à l’écart des sources d’eau n’était donc pas envisageable. La présence des sources à proximité semble d’ailleurs remonter à une période plus lointaine. L’eau était d’abord connue pour sa valeur purificatrice, mais la découverte de ses vertus curatives, de sa préservation du bien-être somatique et psychique des individus, a été effective avec la naissance, à proprement parler, des cultes guérisseurs ; l’eau acquiert ainsi une dimension médicale.

    La maladie dans la tradition religieuse Sereer Sine actuelle

    24Pour beaucoup de peuples africains, la cause de la maladie reste la même que chez les Grecs anciens. La maladie est considérée chez les Sereer Sine comme une malédiction, un sortilège, les conséquences de la transgression des normes religieuses et sociales ; et la thérapeutique ne peut passer que par des purifications et des incantations.

    25Par exemple, dans une communauté rurale Sereer du Sine dénommée Niakhar, des chercheurs de l’Institut de Recherche pour le Développement (IRD) ont mené en amont des enquêtes socio-anthropologiques sur les causes de mortalités infantiles et maternelles fréquentes17, ces trois dernières décennies, en dépit des progrès en matière de santé. Et en aval, d’autres18 ont travaillé sur la mentalité de la population et le recours aux guérisseurs au détriment des agents de la santé des districts installés in situ, en mettant en exergue plusieurs facteurs tels que le système d’offres de soins, les croyances, les représentations mentales de la maladie, les situations financières des habitants. Les enquêtes ont touché presque toutes les générations de 16 à 90 ans afin de connaître réellement les perceptions étiologiques et les trajectoires thérapeutiques collectives ou individuelles.

    26Avant de continuer, nous tenons à définir brièvement l’univers Sereer pour une meilleure compréhension de cette religion. L’univers des Sereer se présente en deux mondes bien distincts, celui des visibles et celui des invisibles. Le monde visible regroupe les humains, les animaux, les productions de la nature (végétaux et minéraux) et autres composants de l’univers (astres, ciel). Quant au monde invisible, il est l’apanage des êtres spirituels comme Rôg Sèn, être suprême qui désigne Dieu, aussi bien chez les Sereer chrétiens que musulmans, ou animistes ; de surcroît, certains esprits qui assurent l’intermède entre Dieu et les Hommes, les Pangol. Tout le culte sérer et l’observance des rites et même la pensée religieuse reposent sur ces derniers. Le culte des Pangol exige l’implication et le service total de personnes initiées ou douées (Saltigi, devin, Madag, voyant, Yâl Pangol, Maître de Pangol, Yâl hoh, homme de la magie, etc.), et bien entendu, tout homme capable d’explorer le monde invisible.

    27Les Sereer Sine, dont l’activité principale est agricole, qu’ils soient de confessions chrétienne ou musulmane, vivent dans un syncrétisme religieux et restent très ancrés dans les croyances animistes. Ainsi :

    […] dans ce contexte, la santé est avant tout perçue dans l’imaginaire populaire comme le corollaire du respect des normes, droits et obligations sociales inculqués très tôt dans l’univers familial. Elle suppose un code de conduite (principes) qui organise les comportements de santé selon un ordre temporel, les déplacements (ne pas sortir à certaines heures ou quand il y a tourbillon), l’hygiène corporelle (ne pas se laver ou s’approcher des ordures ménagères au crépuscule) et alimentaire (éviter de manger des aliments dont on ne connaît pas la provenance), la politesse (ne pas parler fort à certaines heures ou quand on est enceinte), les relations intergénérationnelles (éviter de laisser les bébés dormir seuls et les contacts entre personnes jeunes et très âgées), le genre (particulièrement à travers la sexualité et la reproduction)19.

    28La santé dépend fortement de l’observance de ces recommandations. Et bien évidemment, toute infraction à ces règles entraîne des représailles : ce qui peut générer des maladies dont on attribue la cause soit au diable appelé « saïtané », soit à la sorcellerie, l’œuvre du naq.

    En outre, le non-respect de la nature et des animaux domestiques (chien, chat, ou poussins par exemple) peut engendrer des maladies vécues comme des signes de vengeance de l’animal mal traité […]. Les maladies dites Sereer peuvent être (également) le résultat d’une mauvaise rencontre. Dans ce cas, l’individu pollué est directement ou indirectement atteint par des mauvais vents, communément appelés qeñ, envoyés par des ancêtres, des sorciers ou des génies malveillants20.

    29Et par conséquent, dès que les symptômes sont déclarés chez le patient, un tissu relationnel se forme : des parents et proches, on passe à la communauté afin de trouver les solutions curatives ou d’obtenir des conseils orientés, non vers le médecin, mais plutôt vers le tradi-praticien, le guérisseur. Car dans la conscience collective, les maladies en général sont d’origine surnaturelle. Qui plus est :

    … les maladies dites Sereer se manifestent souvent par des maux de tête, de la fièvre, des palpitations, des bouffées délirantes, des courbatures, de la toux ou des ballonnements de ventre qui surviennent de manière périodique à des échelles temporelles différentes. Les symptômes sont perçus en particulier au crépuscule ou à la tombée de la nuit. De même que la femme enceinte qui parle fort expose son bébé au risque d’être « attaché » ou d’avoir le kumalas similaire au tétanos pré- et néonatal, l’enfant qui dort seul ou le jeune qui n’évite pas de se rapprocher des personnes très âgées séniles risque d’attraper des vents de sorciers ou naq, et de personnes fuyant la mort appelés xon faaf21.

    30Dans les enquêtes menées, nous nous sommes surtout intéressés à un témoignage qui corrobore et résume véritablement la conception Sereer de la maladie. Il s’agit du récit d’une femme de 35 ans :

    J’ai eu sept grossesses, mais les trois premiers bébés ont été atteints de kumalas. Le premier est décédé, une semaine après le baptême, le second pleurait beaucoup la nuit, sans que je sache pourquoi, au bout de quelques jours il était mort, le troisième était déjà attaché dans mon ventre. Donc, il est mort-né. Quand nous sommes parties, ma belle-mère et moi, chez le guérisseur qui habite dans le quartier, il nous a dit que c’est l’œuvre d’un nos voisins qui attache mes bébés à chacune de mes grossesses, il a des pouvoirs maléfiques. C’est pourquoi, j’évite de sortir quand je suis enceinte. Depuis j’ai eu quatre enfants qui sont heureusement restés. Dieu merci.

    31Un autre témoignage d’une certaine Aicha qui se dit, possédée par un rab qui s’est emparé de son corps lorsqu’elle était en état de grossesse.

    “Ma mère m’interdisait de sortir au crépuscule, c’est le jour où je lui ai désobéi, que le rab m’a pénétrée “explique-t-elle avec assurance. Elle est confortée dans sa position par son grand frère qui lui tient compagnie dans cet hôpital psychiatrique. Selon lui, leur mère qui a séjourné elle aussi dans la même psychiatrie présentait des troubles similaires. ” Elle était possédée par les rabs. Mon grand-père qui était un ndeupkat est mort sans lui avoir légué son savoir comme le veut la tradition, conséquence : les rabs se sont vengés sur ma mère, elle a eu des troubles psychiques. On l’a hospitalisée à Fann mais son état ne s’est pas amélioré, elle a retrouvé la santé grâce aux guérisseurs. C’est parce que ma sœur ressemble physiquement à ma mère que les rabs se sont tournés vers elle”.

    32À la question de savoir pourquoi avoir opté pour la médecine moderne pour soigner sa sœur, il répond que c’est « juste pour la calmer mais on compte entreprendre une tradi-thérapie car, seule cette dernière peut lui permettre de se rétablir ».

    Moyens de traitements

    33L’intervention du voisinage proche ou pas, vivant à proximité se fait d’abord sur un mode prévenant : on note une solidarité spontanée. Le malade n’est plus seul, il jouit du soutien et de la proximité de tous par les visites interminables ou par les prières ou par des recommandations. Aucune indifférence n’est notée.

    34Le témoignage d’un certain François âgé de 41 ans, atteint de troubles psychiques, corrobore nos dires. François est « encore » célibataire et est le troisième enfant d’une fratrie de douze enfants :

    Je suis parti tout seul, dans des taxis clando. On m’a jeté sur des routes pour aller chez des marabouts en Casamance, des guérisseurs. […]. Moi, je baissais les bras pour aller chez les marabouts. Quand je rentre, la maison est vide, je pars chez mon grand-père. Ils m’emmènent chez des guérisseurs traditionnels. Ils soignent aussi ceux qui ont des problèmes mentaux, j’étais accompagné par mon père22.

    35Et par les différents témoignages, l’on comprend que le recours à des moyens de traitements ésotériques et à une protection mystique semble indispensable et impératif pour recouvrer la santé. Ainsi, d’une manière générale, dans un village Sereer Sine, lorsqu’un individu est malade, lui ou un proche se rend aussitôt chez un devin pour une consultation. Par exemple, le parent du souffrant peut prendre un kilo de mil et quatre morceaux de sucre, du coton, le tout attaché dans un pagne blanc. Et tôt le matin, il se rend chez le voyant sans détour et sans saluer personne en chemin. Arrivé, il salue uniquement le voyant sans lui donner la raison de sa visite. Le voyant dénoue le pagne et observe longuement le mil et le coton. Ensuite il prend un morceau de coton et se frotte les narines avec en faisant les incantations suivantes :

    Samba kum jax landum
    Kiin seen xa jax landum
    Jimom fa Mojax, xa Roog a layu.

    Samba je te demande ce qui l’inquiète
    Homme je te demande ce qui l’inquiète
    Jimom et Mojax, qu’en dit Roog.

    36Samba, Jimom et Mojax sont des noms de pangol ou esprits ancestraux. Avant tout, le devin prie ses pangol et pose la question essentielle : « Qu’en dit Dieu ? »

    37Il pose ainsi une interrogation à laquelle la position du coton et du mil répondra par oui ou non. Par élimination, il identifie ce qui inquiète le patient. Il demande si c’est Dieu qui a envoyé cette maladie, ou un sorcier ou un fangol ou un vent mauvais. Penché sur les reflets du mil, le devin peut dire : « Je vois les pangol » et demander aussitôt : « pangol paternels ou maternels ? » Ensuite, il demande qu’on apporte l’animal à sacrifier : bœuf, mouton, poule… Si le devin est lui-même compétent, il peut se proposer en tant que sacrificateur, sinon il indiquera l’endroit du sacrifice, sans nommément désigner quelqu’un. Le tarif de la consultation n’est autre que le mil qui devient la propriété de la famille du devin. Cette consultation pour un malade est appelée a pukax chez les Sereer du Sine et elle se pratique encore de nos jours.

    38Ou dans d’autres cas, c’est à travers un rituel et un bain avec une calebasse, accompagné de paroles ésotériques, que le guérisseur transmet les symptômes du patient à l’animal en sacrifice. Après trois jours, le consultant est tenu de consommer l’animal afin de recouvrer entièrement la santé.

    39En plus des incantations et des prières que nous avons évoquées, deux aspects nous paraissent également importants : d’abord la symbolique de l’eau dans le traitement de la maladie. L’eau, dit fo fi en Sereer, symbolise la vie et la purification. Et elle conditionnait même le début des rites de consultation des Pangol, par l’intermédiaire des prêtres-devins appelés Saltigi : la dimension purificatrice de l’eau met en effet le sujet consultant en mesure d’accéder aux rites thérapeutiques.

    40Nous pouvons aisément affirmer que d’après la croyance Sereer, l’eau permet de chasser le mal (les diverses infortunes qu’un individu provoque sont les pertes de biens, le vol de bêtes du troupeau, sorts jetés sur les cultures, par exemple), maladies, mort de la victime ou morts en série de proches, d’enfants notamment, et les esprits maléfiques par des purifications (a bogdah). De plus :

    […] la première eau de pluie, à cause de sa valeur symbolique, est considérée comme thérapeutique, et conservée en vue des naissances. Lorsqu’un bébé naît pendant la saison sèche, on aime verser cette eau sur le toit de la case, au-dessus de la porte d’entrée, pour renforcer la vie du nouveau-né. Au cas où l’on ne dispose plus de cette eau, on verse une eau ordinaire qui symbolise celle de ta première pluie23.

    41Cette notion se retrouve chez les Grecs. Le bain du nouveau-né comporte une valeur religieuse essentielle ; il constitue la première purification spirituelle de l’homme, – ce premier bain apparaît comme une sorte de baptême. Et notons que la justification hygiénique du bain du nouveau-né est une interprétation relativement tardive.

    C’est ce même schéma de pensée que semble suivre Galien quand il conseille de baigner les enfants dans l’eau chaude pour les mettre en bonnes conditions pour leur croissance. Il ne s’agit plus d’une hydratation nutritive comme chez Hippocrate, mais d’amener l’enfant à un état de mollesse qui le rend en quelque sorte plastique et apte à grandir : “les corps mous croissent plus facilement, puisqu’ils supportent plus aisément une extension en tous sens” (Galien, In nat. nom., CMG, V, 9, 1, p. 106, 15-21). Le bain alors n’est pas exactement thérapeutique mais fait partie d’une sorte de conduite qui prépare le corps, favorise son développement ; c’est la recherche en quelque sorte d’une aptitude à la santé, une mise en condition24.

    42Puis le second aspect a trait aux végétaux, à la plante médicinale censée guérir le patient : le sas particulièrement curatif et remède d’une multitude de maladies, en particulier celles causées par les Bif, c’est-à-dire des esprits maléfiques qui peuvent gonfler le corps ou provoquer des inflammations. Les Bif sont des « vents mauvais », a kèn a pahèr.

    Conclusion

    43En définitive, notons que l’association de la maladie à la malédiction, au sortilège, dans toutes les sociétés traditionnelles qui ont existé, a toujours constitué une croyance populaire coupée de toute hypothèse rationnelle. Au-delà de l’Afrique noire

    […] aujourd’hui, le lien entre la douleur et la magie se retrouve chez certaines peuplades primitives comme les aborigènes d’Australie ou des tribus de la Nouvelle Guinée, de Malaisie ou d’Amérique du Sud. La douleur se comprend essentiellement grâce à la magie. Elle est due à la pénétration du corps par un démon, un fluide magique ou un objet maléfique. Elle manifeste la présence d’un esprit mauvais à l’intérieur de l’individu qui souffre. Une telle conception n’est bien sûr qu’une façon de lutter contre l’angoisse et la peur devant la douleur : elle est un moyen d’explication et toute explication, si terrible soit-elle, vaut mieux que l’inconnu25.

    44Les prescriptions de purifications, les incantations et les recettes magiques laissent sans aucun doute entrevoir le caractère démoniaque de la maladie dans la pensée populaire. Ainsi l’individu, ipso facto, développe en soi à la fois un besoin de conjurer le mauvais sort et un sentiment de souillure, ou de culpabilité, ou de honte, qui l’empêchent très souvent d’aller auprès d’un véritable médecin. La question du sens de la maladie paraît essentielle dans cette étude anthropologique sociale, où l’on est tenu de constater que la tradition religieuse antique grecque d’une part, à travers les Iamata (même si les témoignages sont orientés et contrôlés) et celle Sereer Sine moderne d’autre part, renvoient finalement à un seul et même code en dépit des différences spatiotemporel : si l’on en croit les témoignages antiques et modernes, un unique chemin s’offre à la critique, à savoir que la maladie s’explique par des causes irrationnelles qui impliquent systématiquement l’intervention d’une divinité ou d’un être démoniaque, et que la thérapeutique ne peut donc en aucun cas s’opposer à des moyens irrationnels, magiques.

    Bibliographie

    Sources

    Aelius Aristide, Discours Sacrés : rêve, religion, médecine au iie siècle après Jésus Christ, éd. et trad. A. J. Festugière, Paris (Macula), 1986.

    Euripide, Hippolyte, v. 141-148, éd. et trad. L. Méridier, Paris (Les Belles Lettres), 1956.

    Homère, Iliade, I, v 43-53, t. I, éd. et trad. P. Mazon, avec la collaboration de P. Chantraine, P. Collart, R. Langumier, Paris (Les Belles Lettres), 1961.

    Homère, Odyssée, IX, t. II, éd. et trad. V. Bérard, Paris (Les Belles Lettres), 1974.

    Pausanias, Guide to Greece: Central Greece, vol. I, trad. P. Levi, New York (Penguin Books), 1971.

    Platon, Lois, X, 909e, éd. et trad. A. Diès, Paris (Les Belles Lettres), 1956.

    Études

    Ba Gning S., Sandberg J. (2018), « Tomber malade et en guérir sans aller au dispensaire. La place des réseaux sociaux dans les représentations de la maladie et de la guérison en milieu rural sereer », dans V. Delaunay, A. Desclaux, Ch. Sokhna (éds), Niakhar, mémoires et perspectives. Recherches pluridisciplinaires sur le changement en Afrique, Marseille-Dakar, p. 295-309.

    Bastien Chr. (1988), Folies, mythes et magies d’Afrique Noire. Propos de guérisseurs du Mali, Paris.

    Decharme P. (1979), Mythologie de la Grèce antique, Paris.

    Delaunay V., Desclaux A., Sokhna Ch. (éds) (2018), Niakhar, mémoires et perspectives. Recherches pluridisciplinaires sur le changement en Afrique, Marseille-Dakar.

    Douillot L., Delaunay V. (2018), « Les causes probables des décès (1989-2009) », dans V. Delaunay, A. Desclaux, Ch. Sokhna (éds), Niakhar, mémoires et perspectives. Recherches pluridisciplinaires sur le changement en Afrique, Marseille-Dakar, p. 171-179.

    Fontanille M.-T. (1982), « Les villes d’eau, chapitre I, Les bains dans la médecine gréco-romaine », dans Revue archéologique du Centre de la France, XXI/II.

    Girone M. (1998), Iamata: guarigioni miracolose di Asclepio in testi epigrafici, Bari.

    Gravrand H. (1973), « Le symbolisme serer », dans Psychopathologie africaine, IX/2, p. 237-265.

    Jost M. (1992), Aspects de la vie religieuse en Grèce : du début du ve siècle à la fin du iiie siècle av. J.-C., Paris.

    Jouanna J. (1992), Hippocrate, Paris.

    Kasas S. (1979), Importants centres médicaux de l’Antiquité. Épidaure et Corinthe. Quand la médecine était encore divine, Athènes.

    Lidonnici L. (1995), The Epidaurian Miracle Inscriptions, Atlanta.

    Petit V. (2020-2021), « “Tu peux être en vie et déjà mort” : le quotidien ordinaire d’une personne atteinte de troubles psychiques au Sénégal », Karthala, 157 [en ligne : https://www.cairn.info/revue-politique-africaine-2020-1-page-39.htm], p. 39-69.

    Palmieri N. (2003), Rationnel et irrationnel dans la médecine ancienne et médiévale : aspects historiques, scientifiques et culturels, Saint-Étienne.

    Notes de bas de page

    1Bastien 1988, p. 67.

    2Homme politique, général athénien durant la guerre du Péloponnèse, né vers 470 et mort en 413 avant J.-C.

    3Historien, philosophe et chef militaire en Grèce qui est né vers 430 avant J.-C. à Erchia et mort en 355 avant J.-C. à Thrace.

    4Philosophe, botaniste, alchimiste, élève d’Aristote, né vers 371 à Érésos et mort vers 288 avant J.-C. à Athènes.

    5Les Sereer sont une ethnie vivant majoritairement au centre-ouest (le Sine) du Sénégal, ici nous avons l’adjectif renvoyant à ces habitants.

    6Homère, Odyssée, IX, 411.

    7Homère, Iliade, I, 43-53.

    8Platon, Lois, X, 909e.

    9Decharme 1979, p. 281 : « Ceux qui s’en retournaient guéris suspendaient dans le temple des ex-voto, jetaient des pièces d’or ou d’argent dans la fontaine sacrée et faisaient graver sur des stèles, avec leurs noms, l’indication de leurs maladies et celle des remèdes auxquels ils avaient dû leur salut. » Sur les Iamata, voir Lidonnici 1995 et Girone 1998.

    10Pausanias, Guide to Greece: Central Greece, vol. I, trad. P. Levi, 1971, p. 194 : « In my day there are six left of the stone tablets standing in the enclosure, thoughthere were more in antiquity. The names of men and women healed by Asklepios are engraved on them, with the diseases and how they were healed; the inscriptions are in Doric. » (« Actuellement, nous disposons de six stèles dressées dans l’enceinte [du sanctuaire], mais il y en avait plus dans l’Antiquité. Les noms des hommes et des femmes qui étaient guéris par Asclépios sont gravés sur ces pierres, et sont mentionnées aussi leurs maladies et la manière dont ils ont été guéris ») ; voir également Jouanna 1992, p. 281 : « Ces stèles étaient connues par la Périégèse de Pausanias qui, visitant le sanctuaire d’Épidaure au iie siècle après J.-C., a rédigé l’ancêtre du Guide Bleu de la Grèce ».

    11Jost 1992, p. 73.

    12Récit XXXVI des Iamata : Χωλούς, ἔφα, ἰάσασθαι ὁ θεὸς ψεύδεται λέγων· ὡς, εἱ δύναμιν εἶχε, τί οὐ τὸν Ἄφαιστον ἱάσατο.

    13Récit XXXVI des Iamata : Ὁ δὲ θεὸς τᾶς ὕβριος ποινὰς λαμβάνων οὐκ ἔλαθε.

    14Récit XXXVII : Tὸν Ἀσκλαπιὸν οὐκ ἰασεῖσθαι τοὺς δειλοὺς τῶν ἀνθρώπων εἰς ταῦτα φάμεν, ἀλλ᾿ἢ οἵτινες κα ποτ᾿αὐτόν νιν ἀφικνῶνται εἰς τὸ τέμενος ἐόντες εὐέλπιδες.

    15Euripide, Hippolyte, v. 141-148 : Σύ γὰρ ἔνθεος, ὦ κούρα, εἴτ’ ἐκ Πανὸς εἴθ’ Ἑκάταςἢ σεμνῶν Κορυβάντων φοιτᾷς ἢ ματρὸς ὀρείας; Σὺ δ’ ἀμφὶ τὰν πολύθηρον Δίκτυνναν ἀμπλακίαιςἀνίερος ἀθύτων πελάνων τρύχῃ.

    16Kasas 1979, p. 8-9.

    17Douillot, Delaunay 2018, p. 171-179.

    18Ba Gning, Sandberg 2018.

    19Ba Gning, Sandberg 2018, p. 298.

    20Ba Gning, Sandberg 2018. Les totems représentent les interdits aussi bien que les protections. Ils peuvent être des animaux, des plantes, etc. Par exemple, le totem de la famille Diouf est l’antilope. Toute brutalité contre cet animal par la famille Diouf est interdite. Son respect procure à la famille Diouf une sainte protection. Le totem de la famille N’Diaye est le lion ; le totem de la famille Sène est le lièvre et celui de la famille Sarr est la girafe et le chameau.

    21Ba Gning, Sandberg 2018, p. 299.

    22Petit 2020-2021, p. 55.

    23Gravrand 1973, p. 252.

    24Fontanille 1982, p. 122-123.

    25Palmieri 2003, p. 147.

    Auteur

    • Pierre Mbid Hamoudi Diouf

      Université Cheikh Anta Diop de Dakar – UCAD/FLSH, France

      pierre3.diouf@ucad.edu.sn

      IdRef : 178437980

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    1Bastien 1988, p. 67.

    2Homme politique, général athénien durant la guerre du Péloponnèse, né vers 470 et mort en 413 avant J.-C.

    3Historien, philosophe et chef militaire en Grèce qui est né vers 430 avant J.-C. à Erchia et mort en 355 avant J.-C. à Thrace.

    4Philosophe, botaniste, alchimiste, élève d’Aristote, né vers 371 à Érésos et mort vers 288 avant J.-C. à Athènes.

    5Les Sereer sont une ethnie vivant majoritairement au centre-ouest (le Sine) du Sénégal, ici nous avons l’adjectif renvoyant à ces habitants.

    6Homère, Odyssée, IX, 411.

    7Homère, Iliade, I, 43-53.

    8Platon, Lois, X, 909e.

    9Decharme 1979, p. 281 : « Ceux qui s’en retournaient guéris suspendaient dans le temple des ex-voto, jetaient des pièces d’or ou d’argent dans la fontaine sacrée et faisaient graver sur des stèles, avec leurs noms, l’indication de leurs maladies et celle des remèdes auxquels ils avaient dû leur salut. » Sur les Iamata, voir Lidonnici 1995 et Girone 1998.

    10Pausanias, Guide to Greece: Central Greece, vol. I, trad. P. Levi, 1971, p. 194 : « In my day there are six left of the stone tablets standing in the enclosure, thoughthere were more in antiquity. The names of men and women healed by Asklepios are engraved on them, with the diseases and how they were healed; the inscriptions are in Doric. » (« Actuellement, nous disposons de six stèles dressées dans l’enceinte [du sanctuaire], mais il y en avait plus dans l’Antiquité. Les noms des hommes et des femmes qui étaient guéris par Asclépios sont gravés sur ces pierres, et sont mentionnées aussi leurs maladies et la manière dont ils ont été guéris ») ; voir également Jouanna 1992, p. 281 : « Ces stèles étaient connues par la Périégèse de Pausanias qui, visitant le sanctuaire d’Épidaure au iie siècle après J.-C., a rédigé l’ancêtre du Guide Bleu de la Grèce ».

    11Jost 1992, p. 73.

    12Récit XXXVI des Iamata : Χωλούς, ἔφα, ἰάσασθαι ὁ θεὸς ψεύδεται λέγων· ὡς, εἱ δύναμιν εἶχε, τί οὐ τὸν Ἄφαιστον ἱάσατο.

    13Récit XXXVI des Iamata : Ὁ δὲ θεὸς τᾶς ὕβριος ποινὰς λαμβάνων οὐκ ἔλαθε.

    14Récit XXXVII : Tὸν Ἀσκλαπιὸν οὐκ ἰασεῖσθαι τοὺς δειλοὺς τῶν ἀνθρώπων εἰς ταῦτα φάμεν, ἀλλ᾿ἢ οἵτινες κα ποτ᾿αὐτόν νιν ἀφικνῶνται εἰς τὸ τέμενος ἐόντες εὐέλπιδες.

    15Euripide, Hippolyte, v. 141-148 : Σύ γὰρ ἔνθεος, ὦ κούρα, εἴτ’ ἐκ Πανὸς εἴθ’ Ἑκάταςἢ σεμνῶν Κορυβάντων φοιτᾷς ἢ ματρὸς ὀρείας; Σὺ δ’ ἀμφὶ τὰν πολύθηρον Δίκτυνναν ἀμπλακίαιςἀνίερος ἀθύτων πελάνων τρύχῃ.

    16Kasas 1979, p. 8-9.

    17Douillot, Delaunay 2018, p. 171-179.

    18Ba Gning, Sandberg 2018.

    19Ba Gning, Sandberg 2018, p. 298.

    20Ba Gning, Sandberg 2018. Les totems représentent les interdits aussi bien que les protections. Ils peuvent être des animaux, des plantes, etc. Par exemple, le totem de la famille Diouf est l’antilope. Toute brutalité contre cet animal par la famille Diouf est interdite. Son respect procure à la famille Diouf une sainte protection. Le totem de la famille N’Diaye est le lion ; le totem de la famille Sène est le lièvre et celui de la famille Sarr est la girafe et le chameau.

    21Ba Gning, Sandberg 2018, p. 299.

    22Petit 2020-2021, p. 55.

    23Gravrand 1973, p. 252.

    24Fontanille 1982, p. 122-123.

    25Palmieri 2003, p. 147.

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    Diouf, P. M. H. (2025). Conception traditionnelle de la « maladie » dans les Iamata d’Épidaure et dans la culture Sereer Sine actuelle en Afrique noire. In B. Amiri, G. Labarre, & C. Stein (éds.), Soignés et guéris par les dieux. Besançon: Presses universitaires de Franche-Comté. https://doi.org/10.4000/13k94
    Diouf, Pierre Mbid Hamoudi. « Conception traditionnelle de la “maladie” dans les Iamata d’Épidaure et dans la culture Sereer Sine actuelle en Afrique noire ». In Soignés et guéris par les dieux, édité par Bassir Amiri, Guy Labarre, et Christian Stein. Besançon: Presses universitaires de Franche-Comté, 2025. doi:10.4000/13k94.
    Diouf, Pierre Mbid Hamoudi. « Conception traditionnelle de la “maladie” dans les Iamata d’Épidaure et dans la culture Sereer Sine actuelle en Afrique noire ». Soignés et guéris par les dieux, édité par Bassir Amiri et al., Presses universitaires de Franche-Comté, 2025, https://doi.org/10.4000/13k94.

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    Amiri, B., Labarre, G., & Stein, C. (éds.). (2025). Soignés et guéris par les dieux. Besançon: Presses universitaires de Franche-Comté. https://doi.org/10.4000/13k8z
    Amiri, Bassir, Guy Labarre, et Christian Stein, éd. Soignés et guéris par les dieux. Besançon: Presses universitaires de Franche-Comté, 2025. doi:10.4000/13k8z.
    Amiri, Bassir, et al., éditeurs. Soignés et guéris par les dieux. Presses universitaires de Franche-Comté, 2025, https://doi.org/10.4000/13k8z.
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