Dons d’entrailles. Offrandes de terre cuite représentant des organes internes dans l’Italie romaine
Gifts of Entails. Terracotta Offerings Representing Internal Organs in Roman Italy
Regalos de entrañas. Ofrendas de terracota que representan órganos internos en la Italia romana
p. 185-204
Résumés
Résumé : Cette étude prend en considération les offrandes de terre cuite dites « polyviscérales » ou encore « polysplanchniques », c’est-à-dire les entrailles représentées ensemble. Contrairement à l’idée reçue qui les fait souvent considérer comme étrusques, la majorité de ces objets proviennent du domaine romain, latin ou romanisé : Rome elle-même, le Latium et Véies. Les troncs ouverts dont le rendu anatomique est le plus fidèle proviennent du cours urbain du Tibre. Les autres torses, plus sommaires, doivent être considérés comme des imitations plus ou moins approximatives des précédents. À côté des troncs ouverts, on trouve aussi des représentations des entrailles sans corps. Elles peuvent se présenter sous deux formes, traitées en relief sur une « plaquette polysplanchnique », ou en ronde-bosse, comme un « paquet » d’entrailles. Ceux-ci sont spécifiques de l’Étrurie et renvoient à l’anatomie animale. Quant aux plaquettes polyviscérales, il en existe deux catégories essentielles : celles de Rome et Véies sont à rattacher aux torses ouverts. Elles renvoient à l’anatomie humaine « en place » dans les cavités corporelles. Les plaquettes avec trachée-artère pendante sont à rattacher aux paquets de viscères. Elles renvoient à l’anatomie animale, à des viscères non plus en place mais extraits du corps. Or, l’attribution d’au moins un torse ouvert au sanctuaire romain d’Esculape est très probable. On peut donc supposer que c’est à partir de là que ce type de représentation s’est diffusé, d’abord dans le Latium et à Véies, ensuite et plus approximativement dans le reste de l’Étrurie méridionale. On ne peut écarter la possibilité que les torses ouverts du Tibre aient eu des modèles grecs. L’essentiel est, qu’ils constituent, en Italie Centrale, de véritables têtes de série.
Abstract: This study considers terracotta offerings known as “polyvisceral” or “polysplanchnic”, i. e. entrails represented together. Contrary to the common misconception that they are Etruscan, the majority of these objects come from the Roman, Latin or Romanized area: Rome itself, Latium and Veii. The open trunks with the most faithful anatomical rendering come from the urban course of the Tiber. The other, sketchier torsos should be considered as roughly approximate imitations of the previous ones. As well as open trunks, there are also representations of entrails without bodies. These can take two forms, treated in relief on a “polysplanchnic plate”, or in the round, as a “bundle” of entrails. These are specific to Etruria and refer to animal anatomy. As for polyvisceral plates, there are two main categories: those from Rome and Veii are related to open torsos. They refer to human anatomy in situ in body cavities. Plaques with a hanging trachea are associated with bundles of viscera. They refer to animal anatomy, to viscera no longer in place but extracted from the body. Yet, the attribution of at least one open torso to the Roman sanctuary of Aesculapius is highly probable. We can therefore assume that it was from here that this type of representation spread, first to Lazio and Veio, and then more broadly to the rest of southern Etruria. We can’t discard the possibility that the open torsos on the Tiber had Greek models. The key point is that, in Central Italy, they are real prototypes.
Resumen: En este estudio se examinan las ofrendas de terracota denominadas «polivísceras» o «polisplánicas», es decir, vísceras representadas conjuntamente. Contrariamente a la creencia popular de que son etruscos, la mayoría de estos objetos proceden del área romana, latina o romanizada: la propia Roma, el Lacio y Véies. Los troncos abiertos, cuya representación anatómica es la más fiel, proceden del curso urbano del Tíber. Los demás torsos, más esquemáticos, deben considerarse imitaciones más o menos aproximadas de los anteriores. Además de los troncos abiertos, también hay representaciones de vísceras sin cuerpo. Éstas pueden adoptar dos formas, tratadas en relieve sobre una «placa polisplánica», o en redondo, como un «haz» de vísceras. Son específicas de Etruria y se refieren a la anatomía animal. En cuanto a las placas poliviscerales, existen dos categorías principales: las de Roma y Véies están asociadas a torsos abiertos. Hacen referencia a la anatomía humana «en su sitio» en las cavidades corporales. Las placas con tráquea-arterias colgantes se asocian a haces de vísceras. Se refieren a la anatomía animal, a vísceras ya no colocadas sino extraídas del cuerpo. Sin embargo, la atribución de al menos un torso abierto al santuario romano de Esculapio es muy probable.Por tanto, podemos suponer que fue desde aquí desde donde se extendió este tipo de representación, primero al Lacio y a Véies, y después más o menos al resto de la Etruria meridional.No podemos descartar la posibilidad de que los torsos abiertos del Tíber tuvieran modelos griegos.Lo más importante es que, en Italia central, se trata de auténticas cabezas de serie.
Entrées d’index
Mots-clés : offrande de terre cuite, organe interne, Italie romaine, culte, anatomie, coroplathie
Keywords : terracotta offering, Internal organ, Roman Italy, cult, anatomy, coroplathy
Palabras claves : ofrenda de terracota, órgano interno, Italia romana, culto, anatomía, coroplastia
Note de l’auteur
Une première version de cette communication a été présentée le 21 janvier 2020 à un colloque organisé au musée du Quai Branly par Ph. Charlier et C. Prêtre. Celui-ci n’ayant malheureusement pu être publié, l’essentiel du propos a été repris au colloque de Besançon, en novembre 2022. Je remercie les organisateurs de celui-ci, B. Amiri, G. Labarre et C. Stein, de m’avoir donné l’opportunité de publier ici l’état d’avancement – forcément provisoire – de cette enquête. Après la remise de cet article, une communication dans un colloque à la mémoire de M. Cristofani et M. Torelli m'a donné l'occasion de préciser ma pensée et de l'amender sur plusieurs points. On se reportera à celle-ci (Cazanove sous presse) pour une typologie complète de cette catégorie d'objets, qui comprend 15 grands types iconographiques répartis en deux groupes (A1-A8 et B1-B7). Cette contribution à paraître tient également compte des découvertes récentes d'ex-voto polyviscéraux en bronze à S. Casciano d. Bagni près de Sienne.
Texte intégral
1Je commencerai par un point de vocabulaire et de méthode. Depuis la parution, voilà quarante ans, d’un article pionnier d’A. Comella1, on a pris l’habitude d’appeler « dépôts votifs de type étrusco-latio-campanien » les offrandes de terre cuite trouvées dans les lieux de culte de l’Italie antique, qui associent aux ex-voto anatomiques (toujours présents), des têtes et/ou des statuettes, et plus rarement des statues. La caractérisation géographique et culturelle de ce faciès votif pose toutefois problème : en réalité, l’Étrurie, le Latium et la Campanie ne forment pas, en ce qui concerne les types d’offrandes attestées, un bloc homogène, comme on le verra dans la suite de cette contribution, tandis que l’Étrurie septentrionale et la Campanie méridionale ne sont que marginalement présentes ; l’Italie centro-appenninique par contre est en partie incluse, tout comme les zones de colonisation latine et romaine, au moins jusqu’à Pesaro et Rimini au nord-est, Lucera, Paestum et Venosa au sud, y compris la périphérie de ces zones2. Je pense donc qu’il serait meilleur de remplacer cette dénomination par une autre, plus neutre. Celle d’« assemblages avec offrandes anatomiques » insiste sur la notion d’assemblage (fondamentale en archéologie), sur la centralité des offrandes anatomiques pour définir ce faciès, mais donne aussi implicitement une place aux offrandes qui leur sont couramment associées (les enfants en langes, les têtes, etc.). Cette nouvelle dénomination attire enfin l’attention sur le fait que de tels assemblages sont déjà présents en Grèce (le cas de l’Asclépieion de Corinthe est emblématique3) et feront leur apparition en Gaule romaine après la conquête, avec des offrandes en bois, tôle de bronze et calcaire4.
2Dans une contribution parue il y a quelques années5, je me suis intéressé à une catégorie particulière d’ex-voto anatomiques d’Italie, les utérus de terre cuite. Ils présentent l’avantage d’être fabriqués mécaniquement, à partir de moules. Ils sont donc « traçables » comme on dit aujourd’hui (fig. 1). On peut suivre leur diffusion à l’aide d’un critère objectif. Or, il y a une différence nette entre les utérus latins et les utérus étrusques. Il existe une grande variété de types d’utérus étrusques (la plupart sont des utérus en forme d’amande, mais il en existe aussi sur socles) alors que les utérus latins sont typologiquement beaucoup plus homogènes. Les différents types d’utérus latins remontent tous à un seul archétype, celui de l’utérus à plis, vulgairement appelé « a ciabatta », c’est-à-dire « en forme de pantoufle ». La diffusion des utérus étrusques en amande reste strictement locale, limitée pour l’essentiel aux territoires de Vulci et Tarquinia, avec quelques attestations dans les districts limitrophes. Les utérus latins « a ciabatta », « en pantoufles » sont par contre répandus dans une grande partie de la péninsule, à Rome et dans le Latium, mais aussi en dehors de ses frontières : dans les zones d’expansion romaine, en particulier dans les colonies latines et dans les zones d’assignation viritane (Paestum ; Venosa, Lucera et Pesaro presque à l’autre bout de la péninsule, etc.) mais aussi en Étrurie. On note une présence discrète des utérus « a ciabatta » jusqu’à Gravisca, Bomarzo et même jusqu’à Populonia, dans des formes parfois simplifiées.
Figure 1 : Carte de distribution des utérus de terre cuite en Italie.

a. utérus à plis (« en forme de pantoufle »); b. utérus à nervures (« en forme d’amande »); c. utérus ovoïdes (sur piédouche); d. utérus plats
Crédits/source : O. de Cazanove, d’après Cazanove 2016, fig. 4.
3L’étude des utérus en terre cuite m’a conduit à trois conclusions :
- Il y a un zonage indéniable des offrandes, du moins en ce qui concerne les utérus en terre cuite, mais aussi quelques superpositions et points de contact.
- La dynamique des flux est, sans l’ombre d’un doute, à l’avantage du Latium.
- Par conséquent, et contrairement à ce qu’on dit souvent, s’il y a échange culturel (en termes de culture matérielle) et diffusion d’un répertoire morphologique, le phénomène part plutôt du Latium, de Rome et de Véies vers l’Étrurie que l’inverse.
4Je voudrais maintenant prolonger cette étude en prenant en considération une autre catégorie d’organes internes, les terres cuites (votives6) dites quelquefois « polyviscérales » ou encore « polysplanchniques », c’est-à-dire les entrailles représentées ensemble. Là encore, on a tendance à les considérer avant tout comme « étrusques ». À cela plusieurs raisons : d’abord le fait que L. Stieda, professeur d’anatomie à l’université de Königsberg et initiateur des recherches sur les ex-voto anatomiques antiques7, avait constitué sa collection (qui a ensuite conflué dans l’antiquarium de l’université de Giessen) à partir de trouvailles faites à Véies8. Par la suite, M. Tabanelli9 ou encore P. Découflé10 tiendront pour acquise l’origine majoritairement étrusque des objets dont ils se sont occupés, alors que dans beaucoup de cas, on en ignore en fait la provenance11. Cette idée doit aussi quelque chose à la découverte, dans les années cinquante du xxe siècle, à Tessennano, à une vingtaine de kilomètres au nord-est de Vulci, de plusieurs centaines d’offrandes de terre cuite dont une dizaine d’« éléments polyviscéraux »12 parmi lesquels un fragment qui semble bien appartenir, en effet, à un abdomen incisé pour laisser voir un petit estomac en forme de balle ronde et les anses intestinales13. D’ailleurs, l’« homme ouvert » de la collection du docteur Découflé (la partie supérieure d’une statue finissant à la taille, vêtue mais laissant voir les entrailles dans le torse ouvert), acquis par le Louvre en 2011, auquel L. Haumesser a consacré des études remarquablement documentées14, proviendrait lui aussi de Tessennano près de Canino (mais le conditionnel est de rigueur)15. Toutefois, les chercheurs qui se sont occupés de ce type d’objets reconnaissent volontiers que les bustes ouverts exhibant des entrailles relèvent en fait du domaine romain, latin ou romanisé16. Leur distribution le montre bien17 (fig. 2). Elle couvre Rome18, Véies19 (conquise par Rome dès 396 avant J.-C.), Préneste20, Ponte di Nona21, Lanuvium22, Aprilia23, peut-être Velletri et Terracina24 ; à ces découvertes plus ou moins anciennes se rajoutent maintenant celles de Fidenae (domaine Radicicoli del Bene)25 et surtout de Pantanacci26 à Lanuvium. Une sous-catégorie spécifique est constituée par des grandes statuettes vêtues debout, avec une sorte d’amande de dissection sur la poitrine, attestées à Nemi27 et Fregellae28 au moins. La situation est différente quand les entrailles sont montrées seules. On y reviendra.
Figure 2 : Troncs humains ouverts et amandes polyviscérales en terre cuite de Rome et du Latium, à la même échelle (sauf m-q).

a-b. troncs ouverts, Rome, Tibre type A 1 (via Monte Brianzo ?) ; c. tronc ouvert, Rome, Tibre, type A 2 (Pont Fabricius) ; d-e. amandes polyviscérales du même type ; f. tronc ouvert, dit provenir de Véies, ancienne collection Sambon, type A 3 ; g-i. amandes polyviscérales de même type ou apparentées : Véies, Ponte di Nona, Préneste ; j. tronc ouvert, de Véies, Comunità, type A 4 ; k-l. petits troncs ouverts, Louvre et Palestrina ; m. tronc ouvert, Fidenae, tenuta Radicicoli del Bene ; n-o. corps vêtu debout, avec indication sommaire des viscères dans une amande ; p-q. troncs ouverts, Lanuvium, Pantanacci.
Crédits/source : a-b. Rome, MNR, inv. 14609 : d’après Regnault 1926, fig. 3 et Pensabene et al. 1980, pl. 96, 582 ; c. Rome, MNR 14608 ; d. Rome, MNR, 14604 ; e. ancienne coll. Wellcome, Science Museum, inv. A636802, d’après Haumesser 2017, p. 188, fig. 9.14; f. ancienne coll. Sambon, Science Museum, inv. A634998, d’après Haumesser 2017, p. 175, fig. 9.8; g. Véies, Comunità, d’après Tabanelli 1964, pl. 31 à g. ; h. Ponte di Nona, d’après Potter 1989, p. 45, fig. 38 ; i. Gand, d’après De Laet, Desittere 1969, p. 24 ; j. Véies, Comunità, d’après Tabanelli 1964, pl. 11 ; k. Louvre (de la coll. Durand), inv. ED 2097 ; l. Musée de Palestrina, Pensabene 2001, pl. W, 2 ; m. Fidenae, d’après Di Gennaro, Ceccarelli 2012 ; n-o. D’après Regnault 1926, p. 142, fig. 4, et Pensabene 2001, pl. 94, 331 ; p-q. Lanuvium, Pantanacci. D’après L. Attenni, Ghini 2014.
5J’insisterai pour ma part sur la place de Rome. Les troncs ouverts les plus grands, ceux qui respectent l’anatomie avec le plus d’exactitude proviennent du cours urbain du Tibre. L’un d’entre eux a été trouvé en toute sécurité au pont Fabricius (l’ancien Ponte Quattro Capi), lors des travaux de construction des quais de la rive gauche, c’est-à-dire juste en face de l’île Tibérine où se trouvait le temple d’Esculape29. Deux autres, grandeur nature mais plus fragmentaires (et avec une présentation des organes apparents un peu différente), proviendraient, ou bien du même point30, ou bien de la via di Monte Brianzo31, quelque 4 km plus en amont. D’autres fragments, très vraisemblablement de la même provenance, font partie de la collection Wellcome32. Tous les autres torses ouverts (ou statuettes) dont on connaît de manière sûre la provenance sont plus malhabiles, et plus sommaires dans le rendu des intérieurs. Il faut donc les considérer comme des imitations plus ou moins approximatives des précédents. Une autre remarque qu’on peut faire est l’aire de diffusion réduite de ces objets : uniquement le Latium, Rome et Véies, pour s’en tenir aux provenances sûres, avec la seule exception possible de Tessennano, alors que les autres ex-voto anatomiques, les utérus en particulier, sont plus largement diffusés, comme on l’a vu plus haut.
Figure 3 : Paquets d’entrailles, posés ou suspendus.

a. Saturnia, « ex-voto représentant des viscères d'animaux » (Regnault), type B 6 ; b. Tessennano, « rappresentazione d’insieme di organi interni modellata a tutto tondo » (Costantini) ; c. Pieter Aertsen, « la riche cuisine » (allégorie de la Voluptas carnis), vers 1570 ; d. viscères de bœuf, plâtre coloré.
Crédits/source : Montage O. De Cazanova. a. Regnault 1926, p. 138, fig. 1 ; musée archéologique de Florence, inv. 80757 ; b. Costantini 1995, p. 100, E12I, pl. 45 a ; c. Copenhague, Statens Museum for Kunst, inv. KMSsp339, détail ; d. musée Fragonard, Maisons-Alfort.
6À côté des figures humaines, entières ou le plus souvent réduites au tronc, ouvertes pour laisser voir les viscères contenus dans les cavités corporelles, on trouve aussi des représentations des entrailles sans corps. Elles peuvent se présenter sous deux formes, traitées en relief sur une plaque (on parle généralement dans ce cas, de plaquettes polyviscérales ou polysplanchniques), ou alors traitées en ronde-bosse, comme un « paquet » d’entrailles. Cette dernière série est bien circonscrite : elle est attestée à Tarquinia33 et Tessennano34 ainsi qu’au musée de Florence35, donc dans un secteur plutôt limité de l’Étrurie méridionale36 (fig. 3). Ces paquets de viscères renvoient à l’anatomie animale, comme l’a vu depuis longtemps la bibliographie médicale spécialisée, depuis Félix Regnault37 jusqu’à Mario Tabanelli38. Aux arguments proprement anatomiques qu’ils ont apportés, on ajoutera que cette présentation du bloc d’entrailles est celle qui résulte normalement de la découpe bouchère et sacrificielle. On pourra mentionner, par exemple, un fameux miroir de Vulci, au musée Grégorien étrusque, où l’on voit le devin Calchas pratiquant l’hépatoscopie39. Les lobes du foie qu’il tient en main viennent d’être dégagés du paquet d’entrailles posé sur la table, où l’on reconnaît la trachée-artère et les poumons. Ce paquet d’entrailles, c’est aussi la manière habituelle de suspendre les abats à l’étal du tripier40 (fig. 3). Que cette présentation des viscères en bloc, solidaires de la trachée-artère, soit habituelle en Étrurie, est montré par un intéressant document qu’on n’a jamais pensé à rapprocher des paquets d’entrailles de Tarquinia, Bolsena et Tessennano, alors qu’il présente pourtant avec eux des similitudes frappantes. Il s’agit d’une ou plutôt de deux amphores identiques du groupe de Vanth (dernier quart du ive siècle avant J.-C.) où l’on voit Cerbère enchaîné à la porte des Enfers dévorant – en commençant par la trachée – un paquet d’entrailles (fig. 4)41. Cerbère est conçu comme un mangeur de chair humaine42, idée dont on trouve des échos dans la littérature, par exemple dans la Pharsale de Lucain43. On se contentera de noter ici, sans y insister, ce qui nous entraînerait trop loin, un double glissement sémantique. D’une part, et c’est bien connu, sur le sens même de viscera qui désigne les chairs en latin tandis que pour nous, c’est un terme générique qui renvoie à des parties comestibles mais qui justement ne sont pas la viande. Autre glissement : Cerbère dévoreur de chairs humaines qui se transforme ici en mangeur d’abats animaux. La mise en série de ces documents me semble aller clairement dans le sens d’une adaptation locale, sud-étrusque, des ex-voto viscéraux. Faute peut-être de modèles d’anatomie humaine disponibles comme ceux qu’on peut supposer en amont des torses du Tibre, on reproduit des entrailles censément humaines, en réalité animales, comme la découpe sacrificielle, la découpe bouchère, et une iconographie déjà existante (les amphores du groupe de Vanth) permettent de se la figurer. Pour autant, ces deux ensembles bien distincts, typologiquement et géographiquement – les torses du Latium, les paquets d’entrailles sud-étrusques – ont quand même forcément quelque chose à voir l’un avec l’autre. Le contraire serait étonnant, tant les représentations polysplanchniques sont spécifiques de l’Italie centrale tyrrhénienne. Et d’autre part, il existe bien une catégorie d’ex-voto viscéraux présents à la fois dans le Latium et en Étrurie, les plaquettes polysplanchniques, auxquelles on serait tenté d’attribuer un rôle d’intermédiaire. Mais les choses demandent à être précisées, comme on va le voir.
Figure 4 : Amphores du groupe de Vanth. Déroulés (détail de Cerbère), d’après Körte 1879.

Crédits/source : Orvieto, museo Faina, d’après Körte 1879.
7Repartons de Rome. Les plaquettes polyviscérales du Tibre, en forme d’amandes, sont dans certains cas identiques, dans d’autres similaires à celle qui figurent sur des représentations partielles de corps humains44 (fig. 2). On retrouve la même disposition des viscères, la même double enveloppe, le détail des côtes pointant entre les deux (fig. 5). Ces plaquettes ne sont donc pas autre chose que la partie centrale de troncs ouverts, employée seule et en ce cas fermée par une face postérieure plate ou légèrement bombée, pourvue d’un trou d’évent. L’objet pouvait de la sorte être posé à l’horizontale ou suspendu verticalement, contre un mur par exemple. Certaines des plaquettes polysplanchniques de Véies, provenant du dépôt votif de Comunità publié voilà quelques années par G. Bartoloni et M. G. Benedettini, appartiennent clairement aux mêmes types, mais avec un rendu plus sommaire des détails anatomiques45. La même chose peut être dite pour certaines plaquettes fragmentaires de l’ancienne collection Stieda, acquises justement à l’Isola Farnese c’est-à-dire à Véies46, ainsi que pour des exemplaires de Ponte di Nona (Latium)47.
Figure 5 : Plaquette polyviscérale provenant du Tibre (type A 2).

Crédits/source : Rome, MNR inv. 14604. Photographie de O. de Cazanove.
8Sur tous ces exemplaires (mais plusieurs types, légèrement différents, sont à distinguer), l’incision commence au-dessus d’un organe qui est probablement le cœur. La trachée n’est pas représentée. Elle l’est au contraire sur les autres plaquettes polyviscérales mais avec une différence significative. Sur les exemplaires de Tessennano48, Tarquinia49 ou encore des exemplaires inédits de Musarna (fig. 6), la trachée est recourbée sur elle-même. Elle n’est plus en position anatomique, elle pend, elle fait partie d’un paquet de viscères clairement sorti du corps et qui se tasse sur lui-même. De même, dans une série représentée surtout par des exemplaires dans des musées ou passés sur le marché d’art, mais qui est attribuable à Cerveteri et à son territoire grâce à des fragments dont on connaît la provenance50, la trachée est représentée recourbée (fig. 7). Par contre, la trachée est figurée en position verticale sur des exemplaires de Fregellae, où celle-ci est représentée dans l’amande qui contient les organes51.
Figure 6 : Plaquettes polyviscérales à trachée recourbée.

a. Tarquinia (type B 5) ; b. Tessennano (type B 2) ; c. Musarna (type B 4).
Crédits/sources : montage de O. de Cazanove. a. Comella 1982, D20Va, pl. 93 b ; b. Costantini 1995, E12IIIB, pl. 45 d ; c. inv. 1501008.6.
Figure 7 : Plaquettes polyviscérales, type cérétain (B 1).

a. Berlin, Antikensammlung ; b. Paris, Louvre ; c. Pyrgi ; d. Cerveteri, Manganello ; e. Punta della Vipera ; f. ancienne collection Froelich.
Crédits/source : a. Berlin, Antikensammlung TC 1333, d’après Höllander 1912, p. 208, fig. 120 ; b. Paris, Louvre, Cp. 9633, d’après Haumesser 2017, p. 169, fig. 9.3 ; c. Pyrgi, d’après Bartoloni 1970, p. 573-574, n. 10, fig. 419, 3 ; d. Cerveteri, Manganello, d’après Mengarelli 1935, pl. 22, 2 ; e. marché d’art [en ligne : https://www.pba-auctions.com/lot/20619/4389792-exvoto-anatomique-grand-et-rar].
9Par conséquent, il existe deux catégories essentielles de plaquettes polyviscérales, chacune représentée par un certain nombre de types apparentés. Les plaquettes en amande de Rome et Véies sont à rattacher aux torses ouverts. Elles renvoient à l’anatomie humaine « en place » dans les cavités corporelles. Les plaquettes avec trachée-artère pendante sont à rattacher aux paquets de viscères. Elles renvoient à l’anatomie animale, à des viscères non plus en place mais extraits du corps. Il en va différemment pour les séries de Fregellae et maintenant de S. Casciano dei Bagni et où l’amorce de la trachée est représentée, en position verticale.
10Les conclusions de cette enquête me paraissent claires. Elles confortent celle précédemment menée sur les utérus. À l’intérieur de l’aire de diffusion des assemblages avec offrandes anatomiques qui caractérisent si fortement les lieux de culte de l’Italie Centrale tyrrhénienne à l’époque médio-républicaine, des différences régionales peuvent être observées : entre Rome, Véies et le Latium d’une part, l’Étrurie méridionale de l’autre. Il ne s’agit pas, toutefois, de deux traditions entièrement indépendantes, mais plutôt d’un pôle dynamique (Rome, et autour d’elle Véies et le Latium) par où transitent des modèles qui sont en l’occurrence importés, tandis que l’Étrurie méridionale réélabore plus localement ces propositions, à partir de ses propres savoirs, qui portent essentiellement sur la découpe des bêtes et l’extraction de leurs viscères.
11Or, les torses ouverts romains proviennent du Tibre, et l’un d’entre eux au moins du pont Fabricius (ponte Quattro Capi), en face de l’île Tibérine où se trouvait le temple d’Esculape que les Livres Sibyllins prescrivent en 293 avant J.-C. de faire venir à Rome à la suite d’une épidémie52. Plus généralement, des dédicaces à Esculape trouvées dans le fleuve parfois assez loin de l’île Tibérine, au-dessous de l’Aventin53 ou à la hauteur de Saint-Paul-hors-les-murs54 prouvent que des offrandes consacrées au dieu guérisseur ont pu, d’une manière ou d’une autre, voyager dans ou sur le Tibre, par exemple à l’occasion de dragages, et peut-être pas simplement vers l’aval. De toute façon, la grande majorité des terres cuites votives (au moins 480) ont été trouvées autour de l’île Tibérine, dont 352 pour le seul pont Fabricius55. La solution la plus simple est d’y voir des dépotoirs d’offrandes pertinents au temple d’Esculape, hors de l’île en raison du manque d’espace disponible sur celle-ci56, et aussi peut-être des matériaux de remblai lors des travaux d’endiguement du fleuve et de la construction du pont Fabricius en 62 avant J.-C. Par conséquent, l’attribution d’au moins un torse ouvert au sanctuaire romain d’Esculape peut être tenue pour assurée. Donc, il s’agissait d’une catégorie d’offrandes – parmi beaucoup d’autres, bien entendu – convenable pour remercier le dieu d’une guérison advenue. On peut également supposer que c’est à partir de là que ce type de représentation s’est diffusé, dans un rayon d’ailleurs restreint : d’abord dans le Latium et à Véies, par reproduction et dérivation de modèles formels, ensuite et plus approximativement dans le reste de l’Étrurie méridionale, par adaptation et recréation d’un contenu iconographique. Supposer l’itinéraire inverse (de l’imprécision à la précision anatomique, des viscères animaux aux viscères humains) n’est pas vraisemblable. Cela étant, les lieux de culte latins et étrusques dans lesquels vont être attestés ces objets ne sont, ni des sanctuaires d’Esculape, ni même des sanctuaires thérapeutiques spécialisés. Tout se passe comme si la demande de guérison devenait universelle, ce qui explique qu’on trouve des ex-voto anatomiques dans pratiquement n’importe quel lieu de culte de cette époque.
12Cette conclusion semble s’imposer d’elle-même. Et pourtant elle n’a pas été retenue jusqu’ici, pour deux raisons. D’abord, d’une manière générale, on a voulu déconnecter la diffusion massive et soudaine des ex-voto anatomiques de terre cuite en Italie Centrale (cette follia terapeutica dont parlait Alessandro Della Seta57) de l’introduction du culte d’Esculape à Rome au début du iiie siècle avant J.-C., au motif que ces ex-voto seraient pour partie antérieurs58. J’ai essayé pour ma part de montrer que les contextes de découverte chronologiquement bien calés de ces objets dataient du iiie siècle avant J.-C. sinon plus tard59, et qu’ils devaient donc être postérieurs à la fondation du temple de l’île Tibérine. Quand bien même telle ou telle offrande anatomique d’Italie précéderait 293 avant J.-C., cela ne changerait rien à l’affaire, puisque le culte d’Asclépios ne devait pas être totalement inconnu déjà à cette date en Italie Centrale.
13Ensuite, et cette fois-ci en amont, on n’envisage jamais que ces « dons d’entrailles » puissent avoir convenu au culte d’Esculape et avant lui d’Asclépios parce qu’une idée reçue, qu’on trouve périodiquement reprise60, consiste à penser que les Grecs n’auraient pratiquement pas fait d’offrandes représentant les organes internes. Ce n’est pas tout à fait exact : les inventaires de l’Asclépieion d’Athènes mentionnent des cœurs et ceux de Délos, des utérus61. On trouve aussi la représentation d’un probable organe interne de terre cuite à l’Asclépieion de Corinthe62, sans parler de ceux de Kos (poumons et utérus) dont on a suspecté l’authenticité63. Mais surtout, lorsqu’on oppose la très grande quantité d’ex-voto anatomiques internes d’Italie (et de Gaule romaine) au très petit nombre d’organes internes attestés dans le monde grec, compare-t-on vraiment le comparable ? La grande majorité des ex-voto anatomiques grecs conservés sont en marbre et aucun d’entre eux, effectivement, n’offre de représentation d’organes internes64. Mais si nous raisonnons par analogie, il n’y a pas non plus de viscères représentés parmi les ex-voto en pierre calcaire de Gaule romaine. Pourtant, les dons d’entrailles y sont bien connus, mais sur d’autres supports : bois et tôle de bronze65. Par conséquent, il est possible qu’en Grèce aussi, on ait préféré d’autres supports que la pierre pour les ex-voto viscéraux. On rappellera au moins la dédicace grecque (trouvée à Rome) de Néocharès à Asclépios qui, atteint d’une tumeur à la rate, offre à la divinité une reproduction en argent de l’organe guéri66. En définitive, on ne peut écarter la possibilité que les torses ouverts du Tibre aient eu des modèles grecs. L’essentiel reste, en tout cas, qu’ils constituent, en Italie centrale, de véritables têtes de série : une place que leurs dimensions, la vigueur de leur modelé, l’assez bonne connaissance de l’anatomie humaine dont ils font montre, leur confèrent incontestablement.
Bibliographie
Abréviations
IGVR = Inscriptiones Graecae Urbis Romae
ILLRP = Inscriptiones Latinae Liberae Rei Publicae
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Notes de bas de page
1Comella 1981.
2La carte de la figure 1, même limitée à une seule catégorie d’ex-voto anatomiques, rend bien compte de l’aire de diffusion de ces offrandes.
3Roebuck 1951.
4Cazanove 2016a et 2017.
5Cazanove 2016b.
6Je ne reviens pas ici sur la question de savoir s’il est correct de définir les offrandes anatomiques comme des ex-voto, dans la pleine acception du terme, c’est-à-dire comme des dons résolutoires d’un vœu souscrit et exaucé. J’ai donné ailleurs (Cazanove 2009) les raisons qui m’amènent à répondre à l’affirmative, grâce au petit nombre de formules de dédicaces inscrites sur des ex-voto anatomiques dans le monde romain : il est vrai qu’il s’agit de pieds, jambes, phallus, oreilles, yeux, et non d’organes internes, mais il est ici licite de raisonner par analogie, d’autant plus que l’inscription grecque (trouvée à Rome) de Néocharès mentionne l’offrande d’une rate d’argent en remerciement d’une guérison (IGUR 105) : on y reviendra. Sur les inscriptions figurant sur les terres cuites votives d’Italie, voir en outre Nonnis 2016.
7Stieda 1901. L. Stieda a fortement contribué à orienter l’étude des ex-voto anatomiques vers la reconnaissance, à toute force, de pathologies identifiables : une tendance sur laquelle ses successeurs, des médecins eux aussi pour la plupart, renchériront encore, quelquefois au-delà de toute vraisemblance.
8Recke, Wamser-Krasznai, Moog 2008 ; Bartoloni, Benedettini 2011, p. 13-14.
9Tabanelli 1962.
10Découflé 1964.
11Parmi les exemplaires sans provenance, collectionnés dans une optique essentiellement médicale, on citera entre autres, pour l’extraordinaire détail des points de suture représentés sur les lèvres de l’amande de dissection, un exemplaire au Deutsches Medizinhistorisches Museum d’Ingolstadt (inv. AB/720) : Recke 2013, p. 1078-1079, fig. 59.15-16.
12C’est l’étiquette sous laquelle les regroupe Costantini 1995, p. 76-78 et 100-103, pl. 45-46. Un peu plus tard, en 1963-1964, à Tarquinia (Ara della Regina) furent mises au jour plus de 1 300 terres cuites votives (qui se réduisent à 1 007 dans la précieuse publication de Comella 1982, plus 183 exemplaires d’une fouille complémentaire en 1965). Le rapport de fouille de 1964 mentionne 13 « pacchi intestinali » (Comella 1982, p. 11). Restés longtemps inédits, ils ont été publiés par Comella 1982, p. 7, 154-157, 190-191 et pl. 91-93) comme « représentations complexes d’organes internes » (au nombre de 24, parce qu’ont été également catalogués les exemplaires de la fouille de 1965).
13Costantini 1995, p. 103, E12fr3, pl. 46 e (présenté à l’envers).
14Haumesser 2013 ; Haumesser 2017.
15À l’appui de cette hypothèse, outre le certificat de provenance de l’œuvre, de 1960, on a fait remarquer que la tête de l’« homme ouvert » de l’ex-collection Découflé renvoie à une famille de types connus à Tessennano (Söderlind 1999, AI) (mais cette tête a été recollée) ; et que d’autre part, son petit estomac en forme de balle ressemble, non seulement au fragment d’abdomen ouvert, découvert à Tessennano (sur lequel supra n. 13), mais aussi aux plaquettes polyviscérales E12III du même « dépôt votif » (Costantini 1995, p. 101 et pl. 45, c-d).
16Haumesser 2017, p. 189, note avec justesse : « several other Etruscan sanctuaries have yelded complex representations of organs but few open busts, which, to date, evidence suggests was a primarily Latin type. It also seems likely that the specimens found at the other Etruscan sites should be dated from the period of Romanization, as was the case with Veii… ».
17Fenelli 1975a, p. 232 et 242, mentionne aussi des thorax ouverts à Arezzo (Fonte Veneziana), Saturnia et Bomarzo : mais Baglione 1976 n’en liste pas à Bomarzo Pianmiano ; à Saturnia Milani 1899 p. 485 parle seulement d’« organi del torace », ce qui semble indiquer qu’ils étaient représentés sans lui.
18Pensabene et al. 1980, p. 235-236, n° 581-583, pl. 96.
19Bartoloni, Benedettini 2011, p. 571-574, H14 (« torsi con viscere esposte ») et pl. 77-78. Il faut y ajouter les exemplaires de la collection Stieda : supra, n. 9.
20Pensabene 2001, pl. W2 ; p. 367-368, n° 331, pl. 94 (un exemplaire que Regnault 1926, p. 142, fig. 1 attribue cependant – par erreur ? – à Rome : « ex-voto trouvé dans le Tibre ») ; Gatti Demma 2012, p. 360. Haumesser 2013, p. 20-21 et 2017, p. 188, propose de manière convaincante d’attribuer aussi à Préneste deux torses ouverts du Louvre et du Getty qui ressemblent beaucoup à celui exposé au musée de Palestrina (Pensabene 2001, pl. W2).
21Pasqui 1912, p. 198 : « parti di addome con rilievi delle interiora ».
22Haumesser 2017, p. 171 et fig. 9.5, avec bibliographie précédente.
23Pannella 2013, p. 87, n° 114.
24Haumesser 2017, p. 189 et n. 20.
25Barbina, Ceccarelli et al. 2009, p. 342-344, fig. 12 ; Di Gennaro, Ceccarelli 2012, p. 222-223, fig. 11.
26Attenni Ghini 2014, p. 156, fig. 4.
27Blagg 1983, p. 51, N 131 et p. 53 : statuette féminine debout.
28Ferrea, Pinna 1986, p. 128, B XII-XIII, pl. LXVIII, 2-4 : deux statuettes masculines debout.
29Pensabene et al. 1980, p. 235-236, n° 581 et pl. 96.
30Pensabene et al. 1980, p. 7 : « solo di un numero molto ristretto di pezzi abbiamo una notizia più precisa in base alle pubblicazioni dell’epoca: ad esempio, si sa con certezza che i tre toraci aperti (nn. 581-583) che mostrano i vari organi interni, provengono dal deposito tra ponte Fabricius e l’imbocco della via Fumara » (ce que, dans le même ouvrage, les provenances données pour les n° 582-583 semblent contredire : voir note suivante). Lanciani 1898, p. 71, parle bien, au pluriel, de troncs humains découverts en face de l’Île Tibérine, même si son hypothèse d’une « boutique d’ex-voto » doit être écartée : « It seems that at the entrance of the Fabrician bridge (ponte quattro Capi), leading from the Campus Martius to the island, there were shops for the sale of ex‑votos of every description, exactly as similar shops are to be seen now along the approaches to the great sanctuaries of Catholic countries. One of these shops was discovered in the spring of 1885 in the foundations of the left embankment of the Tiber. It contained a large number of anatomical specimens in painted terra-cotta, beautifully modelled from nature, and representing heads, ears, eyes, breasts, arms, hands, knees, legs, feet, ex‑votos to be offered by happy mothers, etc. The most interesting pieces are their life-size human trunks, cut open across the front, and showing the whole anatomical apparatus of the various organs, such as the lungs, liver, heart, bowels, etc. ».
31Pensabene et al. 1980, p. 236, n° 582-583 et pl. 96-97.
32Haumesser 2017, p. 186-188, fig. 9.13-14.
33Comella 1982, p. 154-157, D20I-IV (« rappresentazioni complesse di organi interni ») et pl. 91-93.
34Costantini 1995, p. 100-01, E12I-II (« rappresentazione d’insieme di organi interni modellata a tutto tondo ») et pl. 45 a-b.
35Regnault 1926, p. 137-138, fig. 1.
36… qui est celui précisément où sont attestés les utérus en amande (voir fig. 1).
37Regnault 1926, p. 137-139 (« ex-voto polysplanchniques d’animaux »).
38Tabanelli 1962.
39Cristofani 1985, p. 350-352 et 354.
40Regnault 1926, p. 137 : « viscères en un paquet comme on en voit à l’étal des bouchers ».
41Körte 1879, p. 300, n. 1, ne sachant comment interpréter ce que mange Cerbère, y reconnaît – avec quelque hésitation – un escargot (sic !) : « una delle teste è rivolta indietro, un’altra sta mangiando – così pare almeno – una chiocciola; se ne distingue il corpo dipinto in bianco e il guscio ».
42Déjà chez Hésiode, Théogène, 772 : « restant sur ses gardes, (Cerbère) dévore celui qui vient à sortir par les portes » ; cf. Servius, Commentaire à l’Énéide de Virgile, VI, 395 : Cerberus dictus est, quasi kreoboros, id est carnem uorans.
43Lucain, Pharsale, VI, 702-703 (consultation par Sextus Pompée de la sorcière Érichtho) : ianitor et sedis laxae, qui uiscera saeuo spargis nostra cani, « portier de la vaste demeure, (toi) qui jettes au chien cruel nos entrailles dispersées » (trad. Bourgery et Ponchont, CUF, 1928) ; cf. Korenjak 1996.
44Pensabene et al. 1980, p. 236-237, n° 584-588 (« placchette poliviscerali ») et pl. 98.
45Bartoloni, Benedettini 2011, p. 575-577, H15I1 (« placche poliviscerali ») et pl. 78 f. C'est le type A 3 de la typologie proposée dans Cazanove (sous presse).
46Recke, Wamser-Krasznai, Moog 2008.
47Potter 1989, p. 44, fig. 37, 9 et p. 48-49 (ABA88), campagne 1975 (colon visible) ; p. 45, fig. 38 (figure inversée) et p. 48-49 (BH781), campagne 1976 (presque entière).
48Costantini 1995, p. 101-102, E12III-V et pl. 45, c-e-46, a-b.
49Comella 1982, p. 157, D20V-VI, pl. 93, et p. 190.
50Mengarelli 1935, p. 93 et pl. 22, 2 ; MacIntosh Turfa 1994, p. 226. D'autres fragments sont attestés à Pyrgi et Punta della Vipera.
51Ferrea, Pinna 1986, p. 137, pl. 80 et 81, 1 (type A 5, Cazanove sous presse). On mentionnera encore deux tablettes polysplanchniques avec trachée verticale en alliage cuivreux, découvertes tout récemment à San Casciano dei Bagni près de Sienne, proches du même type.
52Tite-Live, X, 47, 6-7 ; Periochae, XI ; Ovide, Métamorphoses, XV, 622-744.
53CIL I2, 26 = VI, 30842 = ILLRP 36.
54CIL I2, 29 = VI, 30846 = ILLRP 37.
55Pensabene et al. 1980, p. 6.
56Ainsi Pensabene et al. 1980, p. 19 : « tenendo conto che nell’Isola Tiberina l’escavazione di favisse era molto limitata dallo spazio ristretto della stessa isola e dalla presenza di vari altri templi la spiegazione più semplice resta sempre quella di attribuire queste favisse al Santuario di Esculapio ». Pour une opinion différente sur les provenances des ex-voto du Tibre (en général), voir Palombi 2020.
57Della Seta 1918, p. 116.
58Ainsi Comella 1982-1983, dans un article par ailleurs important.
59Cazanove 2015.
60Encore récemment : Hughes 2017, p. 81-96.
61Van Straten 1981, p. 108-113 et 128, 25 e.
62Roebuck 1951 et Van Straten 1981, p. 123-124, 15.118.
63Van Straten 1981, p. 131-132.
64Du suburbium de Rome provient toutefois un torse ouvert en marbre, trouvé au xviiie s. et conservé au Vatican, dont la fonction est incertaine : « préparation anatomique » (Rouquette 1912, p. 11) ? Offrande ? Voir Tabanelli 1962, pl. 6.
65Deyts 1983 ; Deyts 1994 ; Romeuf, Dumontet 2000 ; Cazanove 2016a.
66IGUR 105 ; Maiuri 1912 ; Cazanove 2009, p. 365 et fig. 13.
Auteur
-
Olivier de Cazanove
Université Paris I Panthéon-Sorbonne, France
cazanove@univ-paris1.fr
IdRef : 033466076
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