Chapitre 12
La construction des éthè attribués et affichés dans une interaction asymétrique
p. 199-210 (volume 2)
Texte intégral
1Depuis le 22 février 2019, le vendredi est devenu le rendez-vous de centaines de milliers, voire de millions d’Algériens et d’Algériennes réclamant « un État de droit » authentique en Algérie. Le 29 septembre 2019, un seuil symbolique a été atteint, celui des quarante vendredis consécutifs de manifestations pacifiques. Le nombre est cependant moins conséquent quant aux allocutions de l’ex-président algérien qui n’a communiqué que trois discours ou, pour être plus exact, trois lettres, depuis le début du soulèvement populaire. Ces lettres ont déclenché une avalanche de contestations majoritairement exprimées à travers des discours médiatisés dont l’objet a pour une fois été commun à tout le peuple algérien1. Une sorte de dialogue ou de débat asymétrique s’est alors installé au sein de l’espace public, dans le sens où chaque lettre du président est une réponse aux contestations du peuple et en même temps la source d’une vague de réponses ultérieures émises par des voix certes différentes, mais portées par un seul et même objectif, celui d’abolir le système bouteflikien. Ce bras de fer entre le président et l’Algérie a donné lieu à un processus complexe de construction et de déconstruction de discours et, par la même occasion, d’éthè2, articulé à deux niveaux – l’ethos affiché par le locuteur et l’ethos attribué au locuteur par ses adversaires – ; c’est sur la complexité liée à ce processus de construction éthotique que nous focaliserons notre travail. Ainsi, l’objectif de notre étude est de montrer qu’en situation de décalage énonciatif, la construction des éthè affichés et attribués ne repose pas seulement sur la dualité entre discours et contre-discours, mais surtout sur la mise en relief du décalage ou de la continuité entre les éthè discursifs – ethos affiché et ethos attribué, sans oublier les éthè antérieurs à la prise de parole, ethos préalable et ethos prédiscursif –, et que cette dualité/continuité donne lieu à des interactions éthotiques internes que nous tenterons de spécifier à travers notre analyse. Néanmoins, avant d’examiner les tensions de cette construction éthotique asymétrique, nous évoquerons d’abord les soubassements théoriques de notre réflexion, notre problématique, ainsi que les caractéristiques de notre corpus.
Positionnement réflexif
L’ethos en interaction
2L’ethos peut être défini comme le résultat d’une juxtaposition entre un ensemble de marqueurs discursifs de nature complexe – modalité du dire : marqueurs verbaux ; modalités du montrer : marqueurs verbaux pour le montré au sens d’Oswald Ducrot (1985), et marqueurs non verbaux, dits multimodaux – et un ensemble de signifiés. Toutefois, lorsqu’il est question de discours politiques, la complexité liée à la construction éthotique se décuple. En effet, la sensibilité relative à l’univers politique et l’engouement médiatique installé autour des personnalités politiques font interagir plusieurs dimensions, dont deux directement liées à l’élaboration de l’ethos, à savoir la personnalité du sujet énonciateur ainsi que la situation d’énonciation et le genre discursif, ce qui correspond respectivement à deux types d’ethos communément appelés ethos préalable et ethos prédiscursif3. À ce propos, Dominique Maingueneau (2002, p. 59) avance que les personnalités politiques « sont associé[e]s à un ethos que chaque énonciation peut confirmer ou infirmer ». Catherine Kerbrat-Orecchioni (Kerbrat-Orecchioni et al., 2019, p. 136) ajoute que les locuteurs « pénètrent dans l’arène du débat lestés de représentations préalables créatrices de certaines attentes auprès du public, représentations qu’ils vont s’employer à renforcer ou au contraire infléchir, voire inverser ». L’ethos discursif est ainsi bâti sur un fond d’ethos prédiscursif et préalable, ce qui donne lieu à un premier niveau d’interactions internes. S’additionne à ce premier niveau un second, intimement lié aux discours mêmes des différents interlocuteurs.
3Selon Catherine Kerbrat-Orecchioni (2007), l’ethos résulte d’une négociation entre l’ethos affiché par l’orateur et l’ethos attribué par l’interlocuteur, ce qui fait de la construction éthotique un processus à la fois collectif, interactionnel et dynamique. De ce fait, le locuteur n’est pas le seul à développer son image, celle-ci est constamment confrontée à l’image que lui imprime l’interlocuteur ; la linguiste avance d’ailleurs à ce sujet que « l’image […] affichée par le locuteur vient se frotter et se confronter à celle qui lui est attribuée par ses partenaires d’interaction » (Kerbrat-Orecchioni et de Chanay, 2007, p. 311). Et c’est principalement sur ce second type ou niveau d’interaction éthotique que nous focaliserons notre travail. Afin de mieux cerner ce concept de coconstruction éthotique, il est primordial de définir les notions d’ethos attribué et affiché et de cerner la perspective dans laquelle ces concepts ont été développés, à savoir la perspective interactionniste.
Ethos affiché vs ethos attribué
4La prise en considération du ou des partenaire(s) d’un échange nous place directement dans une perspective interactionnelle. En analyse éthotique, cette prise en considération ne se limite pas à une mise en face-à-face des images que les différents pôles de la communication affichent d’eux-mêmes, ni même à voir comment ces derniers réajustent leurs discours en fonction des images projetées par leurs adversaires ; elle implique d’analyser les stratégies par lesquelles les interactants travaillent à déconstruire l’image négative qui leur est attribuée pour permettre à l’image positive qu’ils affichent de prendre le dessus au sein de l’auditoire. Comme il peut être déduit de ce qui a été avancé, l’ethos affiché est autoattribué tandis que l’ethos attribué est alloattribué. Les caractéristiques principales de ces deux types d’ethos peuvent être résumées comme suit.
5L’ethos affiché4 ou autoattribué est l’ethos que l’orateur tente de construire de sa personne, généralement de manière délibérée et maîtrisée, en articulant une panoplie de stratégies discursives dans le but, d’une part, de regagner sa crédibilité (« ethos de crédibilité ») et de l’autre, de faire corps avec le peuple (« ethos d’identification ») [Charaudeau, 2005]. L’objectif principal est donc de montrer qu’il est à la hauteur de la fonction présidentielle.
6L’ethos attribué ou ethos hétéroattribué est une image élaborée majoritairement à partir d’attributs négatifs de l’orateur – du moins en contexte polémique – par une autre instance, notamment par ses adversaires, qui travaillent à remettre en question la crédibilité et l’intégrité du sujet énonciateur par le biais d’une réfutation de son ethos affiché et d’une construction d’une image négative plus représentative, selon eux. En ce sens, l’ethos attribué participe à une stratégie de démasquage d’une image jugée fausse. Cet ethos échappe très largement à l’orateur, surtout lorsque l’ethos attribué émane de locuteurs opposants et que le conflit qui les anime est virulent, ce qui est le cas dans notre corpus.
De l’interaction éthotique dans un rapport asymétrique inscrit dans une temporalité de longue durée
7La perspective interactionnelle développée par Catherine Kerbrat-Orecchioni (2019) s’intéresse à la manière dont se négocient et se construisent les images affichées et attribuées dans les interactions binaires et plus particulièrement dans le débat de l’entre-deux-tours des présidentielles françaises. Il s’agit alors d’une approche centrée sur des interactions qui positionnent les codébatteurs dans un rapport d’égal à égal – candidats aux présidentielles – et dans une position de face-à-face qui offre à chaque orateur la possibilité de construire et de déconstruire, instantanément – à un moment T0 –, un ensemble d’images de telle sorte qu’il s’agit de se montrer le meilleur candidat présidentiable tout en décrédibilisant l’adversaire.
8Néanmoins, dans certains contextes, le dialogue peut s’articuler d’une manière asymétrique, dans le sens où les coénonciateurs n’aspirent pas forcément au même but, n’ont pas le même statut et surtout, construisent leurs discours ainsi que les éthè affichés et attribués à travers des paroles qui ne sont pas en interaction immédiate. Pour être plus précis :
- Il est, d’une part, possible d’être confronté à un corpus composé de dialogues impliquant plus de deux interactants, par exemple : A vs B, C, D, E, etc. De plus, ces intervenants ne débattent pas directement avec l’orateur (le chef d’État), ils sont des commentateurs de ses discours et de son ethos et peuvent être regroupés en au moins deux groupes, celui de ses partisans et celui de ses adversaires. Cette bipartition et cette démultiplication de celui que Catherine Kerbrat-Orecchioni (2019) nommait B complexifient la coconstruction éthotique en enrichissant l’analyse des éthè attribués – il est à signaler que dans ce travail nous nous focaliserons uniquement sur les éthè attribués par les adversaires de l’orateur.
- D’autre part, le débat – et donc aussi la construction éthotique – ne se fait pas forcément de manière instantanée. Les discours peuvent être commentés, après coup, par différentes instances, en des lieux variables et surtout, des temporalités différentes. À partir de ces décalages, les locuteurs B, C, D, etc. peuvent convoquer dans leur construction de l’ethos attribué de A des éléments relevant de la dimension historique, temporelle et situationnelle, cristallisés à travers deux autres types d’ethos : l’ethos préalable et l’ethos prédiscursif qui vont influer continuellement (T1, T2, T3, etc.) sur la construction des éthè affichés et revendiqués. Cette distinction s’avère capitale, car à supposer que l’ethos affiché de A soit particulièrement positif, sa déconstruction par B, C, D, etc. peut contester cet ethos discursif en s’appuyant soit sur l’ethos préalable, soit sur l’ethos prédiscursif, soit sur les deux, pour montrer combien l’ethos discursif affiché de A est mensonger par des contradictions entre l’ethos préalable en diverses temporalités et l’ethos discursif affiché.
9La conjoncture actuelle de l’Algérie offre un excellent exemple du décalage énonciatif qui nous intéresse – redoublé bien évidemment par d’intenses conflits politiques et idéologiques –, avec les lettres adressées par Abdelaziz Bouteflika5 à son peuple dans l’optique de se dédouaner des faits qui lui sont reprochés et de redorer son image, et les discours contestant les propos de ce dernier. Ainsi, dans la mesure où l’ethos est une construction à la fois dynamique et collective (Kerbrat-Orecchioni et Chanay, 2007 ; Rabatel, 2020 ; 2021), les interactions asymétriques offrent un terrain inédit pour l’application d’une approche interactionnelle et l’étude du mécanisme de construction des éthè attribués et affichés qui s’inscrit dans la durée. Afin de saisir la spécificité et la complexité de ce mécanisme, nous nous sommes engagées à répondre à la question suivante : comment la coconstruction des éthè attribués et affichés s’articule-t-elle dans une interaction asymétrique de longue durée ?
Corpus et spécificités
10Notre corpus se compose d’une part d’un discours d’Abdelaziz Bouteflika, plus précisément de la lettre adressée par le président à son peuple le 11 mars 2019 en réponse aux contestations et diffusée via le journal national, et d’autre part des réactions discursives que la lettre a fait émerger chez le peuple et ses représentants6.
11Pour constituer un corpus représentatif de ce pôle énonciatif, nous avons sélectionné les discours d’un influenceur (Nazih)7 n’ayant aucun parcours ni ambition politique particulière, mais qui a choisi d’user de sa notoriété, sur les réseaux sociaux, pour dénoncer et critiquer les agissements de l’ex-président, et les discours de personnalités intellectuelles jouissant d’une notoriété internationale (Kamel Daoud8 et Yasmina Khadra9).
12Il est à signaler que le choix de ces opposants articule, en plus du déséquilibre interactionnel, un déséquilibre institutionnel et numérique qui renvoie à un conflit de légitimité entre le peuple et le pouvoir. Ce déséquilibre découle essentiellement des différences relatives aux statuts des interactants. En effet, on a d’un côté une instance en situation de supériorité institutionnelle disposant de tous les leviers de l’appareil d’État (Abdelaziz Bouteflika) et de l’autre, une multitude d’opposants qui n’ont pas un statut institutionnel, encore moins une légitimité ou une influence, du moins à l’échelle nationale.
13Effectivement, si Yasmina Khadra et Kamel Daoud jouissent d’une reconnaissance artistique, culturelle et médiatique, et d’une bonne réputation morale, éthique et politique qui leur confère une légitimité dans certains pays étrangers, notamment en France, ce n’est pas le cas en Algérie. Ceci peut être expliqué par le fait que tous les Algériens ne disposent pas d’une ouverture culturelle, artistique et médiatique qui leur permet de reconnaître et par la même occasion, de légitimer, ces deux personnalités. Il en est de même pour Nazih, dont l’influence et la légitimité ne dépassent pas les frontières de sa communauté sur les réseaux sociaux.
14Notre objectif consiste, de ce fait, à mettre en évidence par le biais d’une perspective interactionniste, les éléments de matérialisation des images de soi autoconstruites qui émergent du discours de l’ex-président algérien, et les images d’Abdelaziz Bouteflika hétéroconstruites (Rabatel, 2021) dans les discours tenus sur les différents médias par les opposants. Cela nous permettra de confirmer ou d’infirmer notre thèse de départ selon laquelle la construction éthotique implique un conflit/une dualité entre les éthè discursifs et les éthè antérieurs à la prise de parole. En d’autres termes, notre contribution se veut une réponse à une des problématiques de l’étude des discours politiques d’Afrique dans un contexte médiatique conflictuel, à savoir la lutte éthotique dans une interaction politique asymétrique en contexte algérien.
Le conflit des éthè affichés et attribués dans l’interaction des représentants du peuple opposés au discours d’Abdelaziz Bouteflika, sur l’axe honnêteté vs mensonge
15Maintenant que nous avons présenté l’objectif et les principes de base de notre travail, nous pouvons montrer comment nous avons adapté le modèle interactionnel de coconstruction des éthè attribués et affichés proposé par Catherine Kerbrat-Orecchioni (2019) sur un corpus composé d’interactions asymétriques. L’examen mené pour notre travail de thèse (en cours) nous a permis de déboucher sur les différents types d’éthè affichés et attribués suivants : l’ethos d’honnêteté vs de mensonge ; l’ethos de compétences vs d’incompétence ; enfin l’ethos de bienveillance vs de perversité. Cette lutte des éthè témoigne de l’intensité des conflits de légitimité et de délégitimation du président, qui sont à lire, en filigrane, comme la trace des luttes autour des enjeux de société qui traversent l’Algérie. Dans cette recherche, il sera uniquement question du premier type de conflit éthotique, que nous estimons assez représentatif de notre travail – les autres points feront l’objet de publications complémentaires.
La construction de l’ethos affiché d’honnêteté
16Abdelaziz Bouteflika tente d’afficher un ethos d’honnêteté en truffant son discours de références religieuses – en effet, en Algérie, un croyant est forcément assimilé à quelqu’un d’honnête – et historiques, notamment en faisant référence à la guerre d’Algérie, qui rappelle implicitement le rôle qu’il a joué dans le processus d’indépendance et prouve sa loyauté envers son pays. En d’autres termes, Abdelaziz Bouteflika tente d’appuyer son ethos affiché sur l’ethos préalable positif qu’il s’est construit lors de cette guerre.
(1)10 […] j’invoque la grâce et le soutien de Dieu Tout-Puissant pour me prévaloir des valeurs supérieures de notre peuple dont nos glorieux martyrs et nos valeureux moudjahidine ont consacré l’immortalité pour présenter à l’adresse de vos cœurs et à vos consciences les décisions suivantes […]11.
(2) […] le lancement du processus de transformation de notre État-nation, que j’estime être ma mission ultime en parachèvement de l’œuvre dont Dieu Tout-Puissant m’a accordé la capacité et pour laquelle le peuple algérien m’a donné l’opportunité.
(3) Je m’engage solennellement devant Dieu le Tout-Puissant et devant le peuple algérien à ne ménager aucun effort pour que les institutions, structures, démembrements de l’État et collectivités locales se mobilisent pour concourir à la pleine réussite de ce plan de travail […].
(4) Je m’engage enfin, si Dieu m’accorde vie et assistance, à remettre les charges et les prérogatives de président de la République au successeur que le peuple algérien aura librement élu.
17Malgré le traumatisme causé par la décennie noire12, le poids du discours religieux reste important en Algérie. Beaucoup de dirigeants l’ont mesuré et en ont usé pour d’une part, essayer de faire corps avec le peuple – en construisant une identité collective13 – et de l’autre, se dédouaner des faits qui leur sont reprochés – en mettant les conséquences de leurs incompétences sur le compte de la volonté divine – et enfin, pour prouver leur bonne foi et arborer le masque du bon musulman. C’est le cas d’Abdelaziz Bouteflika qui, pour tenter de regagner sa crédibilité et de renforcer son entreprise de persuasion, n’a jamais hésité à parsemer ses discours de références religieuses14, comme nous pouvons le voir dans les passages en italiques, en (1), (2), (3) et (4), où il prend à témoin Dieu (« Je m’engage solennellement devant Dieu le Tout-Puissant »), fait des invocations (« j’invoque la grâce et le soutien de Dieu Tout-Puissant »), et insiste, à travers la conjonction « si » et l’introduction d’une préposition subordonnée de condition, sur le fait qu’il n’est qu’un serviteur de Dieu et que ses actes sont pondérés par une force et une volonté suprême (« si Dieu m’accorde vie et assistance »).
18L’ethos de crédibilité que l’orateur tente de se forger s’affiche aussi à travers un usage abondant du pronom de la première personne du singulier, « je », symptomatique d’un énonciateur assumant pleinement son discours, et des verbes d’action qui affichent son fort engagement illocutoire, un engagement qu’il renforce en (3) et (4) par une reprise en écho de l’énoncé « je m’engage ». Nous pouvons également voir, en (2), que l’énonciateur appuie son ethos de crédibilité en rappelant implicitement à son auditoire que c’est grâce à l’intégrité dont il a fait preuve que le peuple lui a donné l’opportunité de gouverner le pays pendant vingt ans, soulignant ainsi une continuité entre ethos affiché et ethos préalable.
19Néanmoins, en tant que président, le défi d’Abdelaziz Bouteflika n’est pas seulement de réussir à afficher un ethos personnel positif, mais surtout de le faire évoluer vers un ethos collectif qui surplombera toutes les différences identitaires (Rabatel, 2020, p. 65-66) et ce, en adoptant un énoncé qui fait référence à un univers axiologique « qu’il juge conforme à l’ethos collectif de la communauté imaginaire à laquelle il se rattache » (Grinshpun, 2015, p. 266). C’est ce que le président a tenté de mettre en œuvre à travers les références religieuses et historiques « martyrs » et « moudjahidine », auxquelles les Algériens sont particulièrement attachés. Ainsi, en faisant en sorte de dissoudre sa voix dans la pensée commune (doxa) visant la construction d’une identité collective imaginaire, l’orateur vise à conférer à ses propos le statut de vérité absolue dotée de valeurs positives axiologiquement fortes, et par là-même, difficiles à contester publiquement. En effet, nous remarquons également dans l’extrait (1) que le mécanisme de persuasion, de construction et d’extension identitaire est appuyé par un processus de pathémisation des représentations partagées, manifesté à travers des formes de discours élogieux (épidictique) à l’égard du peuple et des martyrs : « valeurs supérieures de notre peuple », « glorieux martyrs », « valeureux moudjahidine ». Les références historiques permettent également, et comme nous l’avons préalablement souligné, de rappeler implicitement le rôle qu’Abdelaziz Bouteflika a joué dans le processus d’indépendance (ethos préalable), un rôle qui prouverait sa loyauté et son honnêteté (ethos affiché).
La construction de l’ethos attribué de malhonnêteté
20Même si l’acharnement d’Abdelaziz Bouteflika à prouver son honnêteté est symptomatique d’un sérieux problème de crédibilité, c’est à travers la réalité des faits, appuyée par le discours du peuple et de ses représentants, que « l’ethos du menteur manipulateur » lui a été attribué. En effet, en mettant en place un programme utopique, en se positionnant comme l’homme de la situation, et en faisant toutes sortes de promesses qu’il n’a jamais tenues, Abdelaziz Bouteflika a toujours fait preuve d’une malhonnêteté foncière que les Algériens n’hésitent plus à condamner et à verbaliser. Les passages qui suivent, tirés des discours de Nazih, Kamel Daoud et Yasmina Khadra, en sont une preuve. Nos trois personnalités fondent la construction de l’ethos attribué sur la mise en exergue du décalage entre le dire et le faire du président et plus précisément entre, d’une part, le discours du président et d’autre part, la réputation qu’il s’est construite par ses actes et les attentes du peuple. Ainsi, pour discréditer l’orateur, les opposants marquent la contradiction entre l’ethos affiché par le président et ses éthè préalables et prédiscursifs dont le caractère négatif et la prolongation dans la durée viennent donner du crédit à la thèse d’une malhonnêteté présente et passée.
(5) Nazih : Personne n’a jamais réfléchit [sic] ni œuvrer [sic] pour le bien du peuple […] personne n’a jamais proposé un plan économique ou social bien clair pour le bien du peuple […]. Ils ne pensent qu’à s’enrichir […] est ce que c’est normal qu’il y est [sic] encore en 2019 des gens à [sic] rue Didouche à Alger qui crèvent de froid dehors ?
(6) Nazih : Maintenant on peut mettre en place une démocratie, un pays où la loi est le guide […] ce pouvoir vicieux qui a utiliser [sic] les armes […] contre les jeunes […] ce pouvoir n’a ni foi, ni valeurs, ni principes.
(7) Kamel Daoud : Mais ça c’est une vieille recette et qui pose un problème juridique, maintenant si il n’était pas au courant, qui a signé à sa place et donc la justice doit bouger, maintenant s’il est au courant ça veut dire qu’il est en train de mentir et comment allons-nous le croire pour le futur […]. Il ne faut pas oublier que le dernier discours était une promesse qui n’a pas été tenue non plus. Dans son discours à Sétif il a dit cette expression en algérien Tab Jnena c’est-à-dire nous sommes une génération épuisée, je vais passer le flambeau ; c’était en 2012. C’est pour cela que le peuple algérien n’arrive pas maintenant à accorder du crédit à ses réformes, à ses promesses et à tout ce qu’ils disent maintenant, le dernier discours, le dernier mot était un mensonge.
(8) Yasmina Khadra : Ce sont vraiment des délinquants qui ont dirigé l’Algérie pendant vingt ans […] c’est des gens qui ne pensent qu’à s’enrichir, ils n’ont aucun scrupule, aucun sens de la morale, aucune éthique, aucune légitimité donc c’est pour cela qu’ils sont des voyous.
21Nous pouvons observer, à travers ces exemples tirés des discours de représentants du peuple, la façon dont Abdelaziz Bouteflika est assimilé à l’image d’un menteur, manipulateur, d’un être insensible à la souffrance du peuple.
22Dans l’exemple (5), l’attitude égoïste et inhumaine du président est mise en exergue à travers un constat que l’énonciateur a fait et qui peut être vérifié par n’importe quel Algérien, un constat qu’il a exprimé en usant d’une question rhétorique : « est ce que c’est normal qu’il y est [sic] encore en 2019 des gens à [sic] rue Didouche à Alger qui crèvent de froid dehors ? ». L’objectif de cette pratique discursive est d’accentuer l’absurdité de la situation, et donc de discréditer Abdelaziz Bouteflika. L’énonciateur vise ainsi à orienter la vision de l’auditoire en posant comme évidente la réponse de l’énoncé formulé sous la forme interrogative. Comme il apparaît en (6), l’ethos attribué du menteur fait l’objet d’un contre-discours basé sur la négation de propos antérieurement tenus par le président (« ce pouvoir n’a ni foi, ni valeurs, ni principes »). Ainsi, Nazih réfute par une succession de négations toutes les qualités qu’Abdalaziz Bouteflika tente d’afficher dans sa lettre et dont une partie apparaît implicitement dans l’exemple (1) (« j’invoque la grâce et le soutien de Dieu Tout-Puissant pour me prévaloir des valeurs supérieures »). Le processus de démasquage et de décrédibilisation du président transparait aussi dans l’énoncé « [m]aintenant on peut mettre en place une démocratie, un pays où la loi est le guide », qui est porteur d’un sens implicite que nous pouvons formuler en ces termes : « au temps d’Abdelaziz Bouteflika, il n’y avait ni démocratie ni respect des lois, c’était la dictature, l’anarchie ». Il y a donc, en (5) et (6), contradiction entre ethos affiché et ethos préalable.
23Néanmoins, c’est dans le discours de Kamel Daoud que la distinction entre ethos préalable et ethos prédiscursif est nette : en employant le terme « mensonge », en référence à un moment historique – le discours de Sétif –, il met ainsi explicitement à mal la crédibilité d’Abdelaziz Bouteflika (ethos prédiscursif, graissé). En effet, on remarque en (7) que l’écrivain et journaliste se lance dans une sorte de plaidoirie animée par une série de questions/réponses, qui lui permet de tracer le cheminement de sa logique. Il met alors en exergue un certain nombre d’arguments contre l’accusé, des arguments dont le principal objet est de justifier l’idée qui circule et qu’il se fait du président (« c’est pour cela que le peuple algérien n’arrive pas maintenant à accorder du crédit à ses réformes »), et donc de légitimer l’image du président menteur qu’il lui attribue. Cet ethos préalable négatif (romain non graissé) est aussi renforcé par l’énoncé « le dernier discours était une promesse qui n’a pas été tenue non plus », dont l’idée est répétée à deux reprises à la fin de son discours (« le dernier mot était un mensonge »). Il insiste sur le fait que le mensonge est un vice ancré en Abdelaziz Bouteflika, que l’histoire l’a montré plusieurs fois, que le peuple a pu le constater sur la durée, convainquant l’auditoire que le chef d’État, qui a toujours menti, ne cessera jamais de le faire.
24Ainsi, la décrédibilisation du président repose, chez Kamel Daoud, sur la mise en relief de la contradiction entre le dire et le faire et donc, entre l’ethos affiché et l’ethos préalable de l’orateur, et le décalage entre ce premier ethos et l’ethos prédiscursif : le discours du président ne répond pas aux attentes du peuple relatives à ce que devrait être le discours d’un authentique président de la République.
25On note également, en (5) et (7), que les opposants emploient des référents tels que « personne » ou « c’est une vieille recette », qui font référence non seulement à Abdelaziz Bouteflika, mais aussi à tous les dirigeants antérieurs et actuels. Cet amalgame entre Abdelaziz Bouteflika et tous les autres dirigeants est un autre moyen de discréditer le président, du fait qu’il le place comme un dirigeant comme les autres, parmi d’autres, et marque, encore une fois, un fossé entre l’ethos affiché par Abdelaziz Bouteflika et son ethos préalable revendiqué.
26On retrouve aussi cet amalgame chez Yasmina Khadra, qui use du pronom de la troisième personne du pluriel, « ils », pour renvoyer, de façon peu protocolaire, au président et à son clan, comme nous le montre l’exemple (8). Il s’agit alors de faire entendre que le discours est celui d’une clique autour d’Abdelaziz Bouteflika, une clique de « délinquants qui ont dirigé l’Algérie pendant vingt ans » (référence à l’ethos préalable). Chez l’écrivain algérien, la décrédibilisation du président prend comme point d’appui une description extrêmement négative de son gouvernement. La dimension pathémique de cette description est amplifiée par le recours à des intensificateurs tels que « vraiment », et la répétition de structures négatives qui mettent en relief le caractère immoral et malhonnête du clan bouteflikien (« c’est des gens qui ne pensent qu’à s’enrichir, ils n’ont aucun scrupule, aucun sens de la morale, aucune éthique, aucune légitimité »). La description se termine par un synonyme du tout premier substantif dépréciatif, « voyous », comme pour justifier son emploi et tracer une sorte d’argumentation circulaire.
27L’ensemble des éléments discursifs déployés dans le processus de décrédibilisation du président Abdelaziz Bouteflika confère aux discours un caractère polémique du fait qu’ils témoignent de la cristallisation au sein des discours d’un conflit opposant deux ou plusieurs discours antérieurs. À ce propos, Dominique Maingueneau (1983) ou encore Alain Lhomme (2000) considèrent que la polémicité est un trait virtuel du discours, indiquant le fait que « tout discours ou tout texte s’inscrit virtuellement dans un rapport à un Autre fonctionnant comme un antagoniste hypothétique, virtuel ou imaginaire » (Lhomme, 2000, p. 74).
28C’est ainsi que le conflit dont il est question donne lieu à une interaction conduisant à la création d’un espace polémique interne qui correspond à une dialogisation interne des discours, qui se dédouble en donnant lieu à une résonance entre deux ou plusieurs voix qui s’opposent et participent au processus de construction éthotique.
Conclusion
29En guise de conclusion, nous pouvons dire que même si la distinction proposée par Catherine Kerbrat-Orecchioni, Hugues de Chanay et Domitille Caillat (2019) entre ethos affiché et ethos attribué repose essentiellement sur l’enjeu du face-à-face, l’ethos reste une construction à la fois dynamique et collective, et son examen offre la possibilité de l’adoption d’une perspective interactionnelle et, en l’occurrence, asymétrique.
30Dans ce travail, notre analyse nous a permis d’affirmer que la disqualification de l’adversaire – et donc la construction de l’ethos attribué – repose essentiellement sur la mise en évidence de la contradiction entre le dire et le faire ; en d’autres termes, elle repose sur la mise en relief d’un fossé entre d’une part, le discours et la réalité – ethos affiché vs ethos préalable – et d’autre part, le discours et les attentes de l’auditoire – ethos affiché vs ethos prédiscursif. Il s’agit donc de discours basés essentiellement sur une argumentation ad personam visant Abdelaziz Bouteflika en tant qu’individu, pour l’atteindre dans ce qui constitue ses caractéristiques psychologiques jugées négatives et, plus encore, dans son comportement politique.
31Bien sûr, il n’est pas impossible d’imaginer que chaque opposant affiche son propre ethos et qu’un autre opposant lui réponde ou fasse allusion à ses prises de position en affichant son propre ethos tout en attribuant à la personne qu’il cite ou à laquelle il fait allusion un ethos positif. De cette façon, si ce genre de coconstruction d’un ethos positif se généralise, il n’est pas impossible que la coconstruction de l’ethos ne se limite pas à la construction d’une image individuelle des locuteurs, mais au contraire s’élargisse à la construction d’une identité collective et donc d’un ethos collectif, manifestant l’unité du peuple, par-delà des différences ; ce qui ouvre l’horizon à d’autres pistes de réflexion.
Bibliographie
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Format
Beggas Lamis et Maiche Hazar, 2019, « Ethos, identité, altérité dans l’hommage de François Hollande aux victimes des attentats du 13 novembre 2015 », in Al Hakim Elweya et Abaza Hoda (dir.), Modernité et altérité : représentations, concepts et langues, Le Caire, Institut français d’Égypte/Université de Beni-Suef, p. 70-85.
Charaudeau Patrick, 2005, Le discours politique : les masques du pouvoir, Paris, Vuibert.
Ducrot Oswald, 1985, Le dire et le dit, Paris, Éditions de Minuit.
Grinshpun Yana, 2015, « Ethos collectif, ethos individuel. Un problème de construction d’identité lors des manifestations universitaires de 2009 », in Angermuller Johannes et Philippe Gilles (dir.), Analyse du discours et dispositifs d’énonciation. Autour des travaux de Dominique Maingueneau, Limoges, Lambert-Lucas, p. 261-270.
Kerbrat-Orecchioni Catherine, Caillat Domitille et Chanay Hugues (de), 2019, Le débat Le Pen/Macron du 3 mai 2017. Un débat « disruptif » ?, Paris, L’Harmattan.
Kerbrat-Orecchioni Catherine et Chanay Hugues (de), 2007, « 100 minutes pour convaincre : l’ethos en action de Nicolas Sarkozy », in Broth Mathias (dir.), Le français parlé des médias, actes du colloque de Stockholm (8-12 juin 2005), Stockholm, Université de Stockholm, p. 309-329.
Lhomme Alain, 2000, « Polemos et philia », in Ali Bouacha Magid et Cossutta Frédéric (dir.), La polémique en philosophie. La polémicité philosophique et ses mises en discours, Dijon, Éditions universitaires de Dijon, p. 71-96.
Maingueneau Dominique, 2002, « Problèmes d’ethos », Pratiques, n° 113-114, p. 55-68.
10.3406/prati.2002.1945 :Maingueneau Dominique, 1983, Sémantique de la polémique, Lausanne, L’Âge d’homme.
Rabatel Alain, 2021, La confrontation des points de vue dans la dynamique figurale. Énonciation et interprétation, Limoges, Lambert-Lucas.
Rabatel Alain, 2020, « La construction des identités personnelles et collectives autour de François Hollande dans le discours du Bourget de 2012 raconté par L. Binet », in Paissa Paola et Koren Roselyne (dir.), Du singulier au collectif : construction(s) discursive(s) des identités collectives dans les débats publics, Limoges, Lambert-Lucas, p. 57-71.
Notes de bas de page
1 Plus de deux ans après le soulèvement populaire qui a chassé du pouvoir Abdelaziz Bouteflika, et conduit l’armée à emprisonner une grande partie de son clan, l’espoir d’une démocratie et d’un changement radical du système politique, en Algérie, a disparu. En effet, l’incapacité du soulèvement populaire à trouver des dirigeants et à fixer des objectifs a créé un vide que les dirigeants des services de sécurité, notamment le général Ahmed Gaid Salah, se sont empressés de combler. La candidature aux présidentielles de décembre 2019 d’Abdelmadjid Tebboune, président actuel de l’Algérie et ancien Premier ministre d’Abdelaziz Bouteflika, est d’ailleurs soupçonnée d’avoir été soutenue par le général Gaid Salah. Cette élection a ravivé le soulèvement populaire, néanmoins la pandémie de la Covid-19 a mis fin aux manifestations et depuis, le gouvernement joue à cache-cache avec ce qu’il reste du soulèvement, arrêtant des opposants et en relâchant d’autres.
2 Nous avons fait le choix de transcrire « ethos » sans accent et d’employer le pluriel grec, « éthè ».
3 Conformément à Alain Rabatel (2020, p. 64), nous faisons la distinction entre ethos préalable et ethos prédiscursif, dans la mesure où nous envisageons l’ethos préalable comme l’image liée à la réputation du sujet énonciateur indépendamment du contexte d’énonciation, et l’ethos prédiscursif comme l’image attendue par les destinataires en fonction du genre de discours et de la situation discursive.
4 Appelé aussi « ethos revendiqué » ; voir Kerbrat-Orecchioni, Chanay et Caillat (2019, p. 137). Néanmoins, même si Catherine Kerbrat-Orecchioni emploie les termes « ethos revendiqué » ou « projeté » comme synonymes de celui d’« ethos affiché », nous privilégierons la dénomination « ethos affiché » pour les raison indiquées – ci-dessous – par Alain Rabatel (2021, p. 533) : « l’ethos est une coconstruction, comme le montre Catherine Kerbrat-Orecchioni (2019, p. 137) avec la distinction entre ethos “affiché”/“revendiqué”/“projeté” par le locuteur A et l’ethos “attribué” à A par un locuteur B. Cette distinction est fondamentale pour rendre compte de la coconstruction interactionnelle de l’ethos. Il me semble toutefois que les synonymes qu’utilise Catherine Kerbrat-Orecchioni pour l’ethos affiché ne sont pas équivalents. On peut avoir un ethos affiché qui n’est pas revendiqué, revendiquer un ethos qui ne correspond pas à l’ethos affiché. La dénomination d’ethos “projeté” est sujette à caution, en raison de son ambivalence : une première signification renvoie au fait que l’ethos affiché est projeté par la personne (comme on parle d’une projection cinématographique), autrement dit émane de son discours ; dans ce cas, les deux expressions (“affiché” et “projeté”) sont synonymiques et c’est en ce sens, d’ailleurs que Catherine Kerbrat-Orecchioni emploie le terme “projeté”. Le problème est que cette lexie a une deuxième signification, renvoyant au fait que l’ethos serait le résultat d’un calcul antérieur, d’un projet. Or, dans ce cas, il peut y avoir un décalage ou une coïncidence entre l’ethos affiché et l’ethos projeté ».
5 Abdelaziz Bouteflika a intégré, dès son plus jeune âge, le Front de libération nationale (FLN) puis l’Armée de libération nationale (ALN). Après la révolution, Ahmed Ben Bella le nomme au poste de ministre de la Jeunesse et des Sports. En 1963, il lui confie le poste de ministre des Affaires étrangères, qu’il occupera jusqu’en 1979. Après la mort du président Houari Boumediene, Abdelaziz Bouteflika se voit écarté de la présidence ; il décide alors de s’exiler, mais revient en 1999 pour se présenter à l’élection présidentielle, qu’il remporte. Il enchaînera, alors, quatre mandats, envisageant même de se présenter une cinquième fois et ce, malgré son état de santé critique. En mars 2019, les manifestations populaires l’écartent de la présidence. Il décède en 2021.
6 Les représentants et porte-parole sont, en principe, désignés ou élus. Néanmoins, dans notre corpus, il s’agit de représentants non élus, qui s’érigent comme des porte-parole autoproclamés du peuple, ce qui fait que les partisans d’Abdelaziz Bouteflika peuvent facilement contester leur soi-disant légitimité et représentativité.
7 Nazih Cherouati est un influenceur suivi par près de trente mille personnes. Liens vers son compte Instagram : https://www.instagram.com/nazihcherouati/?hl=fr et sa chaîne YouTube : https://www.youtube.com/channel/UC5weO8EzjQIQzXkVICqF0KQ.
8 Kamel Daoud est un écrivain et journaliste algérien qui a toujours manifesté ses idées contre l’ancien régime et qui n’a cessé d’essayer de faire adopter une attitude moderne et modérée à la société algérienne.
9 Yasmina Khadra, de son vrai nom Mohammed Moulessehoul, est un écrivain algérien et commandant à la retraite, connu pour ses idées tranchées contre le pouvoir.
10 Dans toutes les citations, les italiques, graisses et soulignements sont de notre fait.
11 Les exemples respectent l’orthographe de leurs auteurs.
12 Le meilleur exemple reste celui du Front islamique du salut (FIS) qui, grâce à des discours, prêchés à un rythme intensif dans les quatre coins de l’Algérie, a réussi à endoctriner en un temps record des millions d’Algériens, des Algériens qui ont été aveuglés par la vision totalitaire revendiquée par les leaders du FIS, les poussant à massacrer tous ceux qui refusaient d’adhérer à leur idéologie.
13 Il ne faut pas perdre de vue que l’islam est l’un des principaux fondements de la constitution et de l’identité algérienne.
14 Nous avons eu l’occasion d’analyser plusieurs des discours d’Abdelaziz Bouteflika, notamment dans le cadre du colloque « Modernité et altérité : représentations, concepts et langues » (colloque international, FORDE, REREF, Le Caire, Institut français d’Égypte, université de Beni-Suef), où nous avons pu déboucher sur ce constat ; voir Beggas et Maiche (2019).
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