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    Plan détaillé Texte intégral Le conflit de Casamance : quels facteurs déclencheurs du nationalisme casamançais ? Le statut de la Casamance L’argumentaire de Diamacoune Senghor Conclusion Bibliographie Notes de bas de page Auteur

    Nouvelles voix/voies des discours politiques en Afrique francophone

    Ce livre est recensé par

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    Chapitre 9

    Le conflit de Casamance : la « petite phrase » de Léopold Sédar Senghor et le nationalisme casamançais1

    Paul Diédhiou

    p. 157-170 (volume 2)

    Texte intégral Bibliographie Notes de bas de page Auteur

    Texte intégral

    1Le 26 décembre 1982 éclate, au sud du Sénégal, un conflit qui n’est toujours pas terminé près de quarante ans plus tard. Pour mieux comprendre ce qui se trame à l’arrière-plan de ce conflit, il est nécessaire d’évoquer le contexte social prédominant des années 1970 en Casamance. Ces années sont marquées par un déficit pluviométrique occasionnant la migration de populations du nord vers le sud et du sud vers Dakar. Cette crise frappe la Casamance et entraîne des mutations socioéconomiques affectant durablement les rapports de confiance entre Casamançais et pouvoir de Léopold Sédar Senghor. Les politiques d’ajustements structurels imposées par le Fonds monétaire international et la Banque mondiale à la fin des années 1970 (Manga, 2012, p. 217) aggravent la crise. À cela s’ajoute le lotissement de la ville de Ziguinchor et l’attribution de parcelles de terrain à des allochtones aux dépens des autochtones. En effet, avec la réforme agraire (1973 et 1975), les autorités, en collaboration avec les élus, arguant leur non-mise en valeur, exproprient les habitants de la région de leurs terres sans dédommagement. Ce problème foncier a été mentionné dans le Mémorandum de la Ligue démocratique/Mouvement pour le travail (1990). Il y est noté qu’environ 2 000 cas de parcelles d’habitation expropriées ou attribuées appartenaient aux non-allochtones (Mémorandum LD/MPT, 1990, p. 15). Dès 1977, des réunions nocturnes sont organisées pour, dit-on, mettre fin à des exactions administratives ayant fait des Casamançais des étrangers sur leurs propres terres (ibid.). C’est dans ce contexte que l’abbé Diamacoune Senghor, également victime de spoliation, adresse une correspondance au président Léopold Sédar Senghor pour lui signifier la colère des Casamançais2. Ce contexte de crise a retenu l’attention de plusieurs chercheurs en vue d’expliquer les causes du conflit. Mais très peu se sont intéressés à la construction du nationalisme casamançais3.

    2Cette littérature sur le conflit de Casamance (y compris celle qui recherche les facteurs déclencheurs4 du nationalisme) néglige un élément fondamental : cette « petite phrase » de Léopold Sédar Senghor de février 1978, lors de la campagne électorale : « Si vous voulez la libération de la Casamance, votez UPS ». Tout laisse à penser que c’est la « petite phrase » qui a déclenché le réveil et/ou la naissance du nationalisme casamançais et l’apparition du Mouvement des forces démocratiques de la Casamance (MFDC) dans les années 19805.

    3Nous formulons l’hypothèse que cette déclaration a permis à Diamacoune Senghor de mieux élaborer son discours indépendantiste6. En effet, c’est dans le sillage de cette déclaration faite à Sédhiou que l’abbé adresse au président du Sénégal sa lettre du 28 septembre 1978 dans laquelle il fait un parallèle entre les propos de Léopold Sédar Senghor et ceux du général de Gaulle s’exclamant : « Vive le Québec libre ! ».

    4Partant de ce parallélisme érigé par l’idéologue du mouvement nationaliste, nous essayerons de comprendre la naissance du nationalisme casamançais voire les interactions entre la déclaration du président Léopold Sédar Senghor et le contre-discours élaboré par l’abbé Diamacoune Senghor, notamment à travers l’analyse de la lettre que nous considérons comme un acte fondateur. Cela nous amènera à discuter les thèses de Vincent Foucher (2005) qui situe la naissance de ce nationalisme dans les années 1980. Or, la conférence animée par le prêtre le 20 août 1980 à la chambre de commerce de Dakar, dont parle Vincent Foucher, n’est qu’une suite des idées émises dans la lettre de 1978. C’est pourquoi cette lettre constitue le matériau de base de notre travail. Elle nous a servi de fil conducteur pour remonter à la source de la naissance du nationalisme casamançais, incarné et « théorisé » par celui qu’on appelait dans les années 1970-1980 « Papa Kulimpi, le Vieux ».

    Le conflit de Casamance : quels facteurs déclencheurs du nationalisme casamançais ?

    5Deux faits apparaissent comme les facteurs déclencheurs immédiats7 de la naissance du nationalisme casamançais ou du réveil du MFDC : la « petite phrase » de Léopold Sédar Senghor et la finale de football du 28 juin 1980 entre le Casa-Sports et la Jeanne d’Arc de Dakar. Nous allons tout d’abord faire un rappel de ce dernier événement et de ses suites.

    La finale Casa-Sports/Jeanne d’Arc de Dakar

    6Le football est de nos jours un facteur mobilisateur et le Casamance Sporting Club a servi, à partir des années 1970, de cadre de rassemblement des nombreux Casamançais vivant à Dakar8. Comme la migration et l’école, une équipe sportive peut être un marqueur d’identité. Dans ce cas, le Casa-Sports a participé indirectement à la construction de la fibre régionaliste ou nationaliste de ses supporters, ce dont témoigne la banderole « La Coupe au pays », une inscription véhiculant déjà ce sentiment nationaliste, d’autant plus que le club des supporters était un réceptacle des idées indépendantistes développées par les membres du MFDC9.

    7Finaliste en 1979, le Casa-Sports remporte la coupe nationale devant le Jaraf de Dakar. Il revient en finale en 1980, cette fois face à la Jeanne d’Arc de Dakar. Une première édition, disputée le dimanche 28 juin au stade Demba Diop, ne peut départager les deux équipes qui quittent la pelouse sur un nul (1-1). Après ce nul l’on s’attend, comme cela est de coutume dans le monde du football, à une prolongation et éventuellement à une séance de tirs au but si la prolongation ne départage pas les deux équipes. Il n’en est rien. Inexplicablement, la décision est prise de jouer une seconde édition10. Cette dernière, qui se déroula le 4 juillet 1980 au stade Demba Diop, fut meurtrière.

    8Le journal L’Harmattan11 revient sur les péripéties de cette finale au cours de laquelle, à la suite d’un pénalty contre l’équipe fanion de Ziguinchor, les supporters du Casa-Sports massés dans la tribune découverte, qu’ils avaient significativement nommée « Katanga », du nom de la province sécessionniste de la République démocratique du Congo (ex. Zaïre), sont victimes d’une pluie de gaz lacrymogènes pour avoir protesté contre le pénalty sifflé par l’arbitre central, Bakary Sarr. Cette erreur de l’arbitre est interprétée comme un complot monté contre les Casamançais. Commencent alors les réunions dans les quartiers périphériques de la ville de Ziguinchor12. C’est au cours de ces réunions, qui regroupent toutes les ethnies de la région de la Casamance13, qu’a été programmée la marche du 26 décembre 1982.

    9C’est lors de ces rencontres, où est diffusé son journal Kélumak, qu’un exilé en France, Mamadou Nkrumah Sané, très impliqué dans la défense de la culture joola, va faire connaître son projet d’indépendance de la Casamance14. Le nationalisme casamançais des années 1980 est donc le fruit de la rencontre (ou de la conjonction d’idées) entre Diamacoune Senghor et Mamadou Nkrumah Sané. Ce dernier a connu l’abbé par l’intermédiaire de son épouse qui avait été son élève au collège Sacré-Cœur de Ziguinchor (Bassène, 2013, p. 106). C’est elle qui, informée des recherches de son mari, lui a suggéré de rencontrer le prêtre. Depuis 1976, Mamadou Nkrumah Sané a ainsi cherché à entrer en contact avec lui, mais c’est seulement le 8 avril 1982 qu’ils font connaissance dans la localité de Kafountine. C’est au cours de cette rencontre – l’occasion pour Mamadou Nkrumah Sané de montrer à l’abbé ses travaux de recherches15 et son projet pour « le réveil » du MFDC (ibid.) – que naît l’idée de préparer la libération de la Casamance. De l’avis de Mamadou Nkrumah Sané, l’abbé Diamacoune Senghor est l’homme qui a « réveillé » le MFDC (ibid., p. 108).

    10En bref, les promoteurs du nationalisme casamançais, dont l’abbé Diamacoune Senghor et Mamadou Nkrumah Sané, qui ne fréquentait pas le club des supporters du Casa-Sports, mettaient à profit toutes les occasions pour exacerber la désaffection des Casamançais vis-à-vis de l’État sénégalais. Cette finale était une aubaine pour les mobiliser autour d’un projet séparatiste (Manga, 2012, p. 227). Le Casa-Sports, comme il a été mentionné dans le Mémorandum de la Ligue démocratique/Mouvement pour le travail (1990, p. 13)16, devient le refuge des frustrés, le lieu de revitalisation des valeurs culturelles casamançaises en crise et du sentiment casamançais. Le pénalty malencontreusement accordé à la Jeanne d’Arc de Dakar et les sanctions prises à l’encontre de certains des joueurs17 du Casa-Sports ont été perçus comme des manœuvres d’étouffement de la dynamique du sport régional (ibid.).

    11Ces incidents ont ainsi été utilisés comme preuve d’une discrimination contre la Casamance. Les ressortissants d’Esokolal (signifiant « notre village » en joola, sous-entendu ici par extension « notre pays », la Casamance), une association de Casamançais établis en France parmi lesquels se trouvaient les animateurs de Kélumak, ont pris l’affaire à leur compte et se sont insurgés contre ce qu’ils considéraient comme une « haine injustifiée » (Manga, 2012, p. 228). Ainsi les écrits de l’abbé Diamacoune Senghor et les travaux de recherches de Mamadou Nkrumah Sané servent de socle idéologique aux animateurs du journal Kélumak pour engager la Casamance dans un projet de libération. Nous postulons donc que la déclaration du président Léopold Sédar Senghor a largement contribué au réveil du MFDC des années 1980, car c’est elle qui a servi d’élément instigateur de la lettre que lui a adressée le prêtre. La « petite phrase » du premier président du Sénégal indépendant a ainsi été directement à l’origine de la constitution du MFDC, mouvement indépendantiste reprenant le sigle d’un ancien mouvement régionaliste.

    La « petite phrase » de Léopold Sédar Senghor

    12La littérature sur le conflit de Casamance porte essentiellement sur ses causes au détriment des facteurs déclencheurs. Or, la fameuse « petite phrase » du président Léopold Sédar Senghor permet de mieux comprendre comment l’abbé Diamacoune Senghor, idéologue du MFDC18, a élaboré progressivement son discours. Nous reconnaissons volontiers (comme il l’affirme dans une de ses lettres)19 que c’est à Ngasobil, là où jadis le jeune Léopold Sédar Senghor s’est immergé dans les cultures locales (lettre du 28 septembre 1978) que Diamacoune Senghor a affirmé et proclamé dès le 8 octobre 1942 sa casamancité qui n’a pas varié d’un pouce (ibid.). C’est à partir des années 1970 que ce prêtre, né en 1928, qui voulait déjà venger un de ses parents maltraités par les colons (Bassène, 2013, p. 44), a commencé à construire ce nationalisme. Il avait en effet, dit-il, mûri dès l’âge de cinq ans le projet d’expulser et de chasser « ces gars qui sont venus de Ndar, donc de Saint-Louis du Sénégal et de Dakar pour venir aider ces Blancs à nous fatiguer ici » (ibid.). Dans ces années 1970, il commence à rédiger articles et lettres pour dénoncer « un tas d’élucubrations sur les cérémonies d’initiation dans le royaume Afilajio » (article inédit du 20 juillet 1972)20, l’exploitation abusive des forêts de la Casamance, et parler de la libération (lettre du 28 septembre 1978) de cette entité scindée aujourd’hui en trois régions administratives21.

    13Mais la sève nourricière de ses écrits22 et du nationalisme casamançais qu’il a explicitement incarné émane de la déclaration de Léopold Sédar Senghor à Sédhiou en février 1978. Pour l’abbé, le président connaissait bien le problème casamançais et il pouvait à cet effet proposer une solution heureuse avant de prendre sa retraite politique. Commentant sa déclaration (« Si vous voulez la libération de la Casamance, votez UPS »), Diamacoune Senghor estime que Léopold Sédar Senghor mesure bien l’impact de tels propos sur les Casamançais. Pour lui, le président sait pertinemment que les Casamançais veulent une libération tous azimuts : « économique, culturelle et politique » (c’est lui qui souligne). Toutefois, avant les dernières décisions de sa carrière politique, Léopold Sédar Senghor, renchérit le prêtre, lance à l’adresse du peuple casamançais un ballon-sonde.

    14Lui le prêtre, en tant que Casamançais, saisit au vol cette balle, écrit-il,

    et au nom de toute la Casamance, mandaté par les cœurs de tous les Casamançais, je viens en ce 28 septembre 1978, retourner résolument cette balle dans le camp du président Senghor. À vous de jouer, Monsieur le président ! Oui, Monsieur le président de la République du Sénégal, la Casamance exige sa libération économique, culturelle et politique. Vous avez fait à Sédhiou une déclaration dont les Sénégalais, pour la plupart, n’ont pas saisi toute la portée. Oui, c’est à dessein que le président a choisi Sédhiou, fief de nos regrettés Ibou Diallo et Adama Diallo, pour faire une déclaration historique23.

    15Dans le discours de Diamacoune Senghor, deux mots mériteraient une explication : « libération » et « Sédhiou ». Le premier renvoie à l’épineuse question du statut de la Casamance pendant la colonisation et au « contrat » qui aurait été conclu entre les fondateurs du MFDC et ceux du Bloc démocratique sénégalais (BDS). Quant au second, « Sédhiou », ville symbole, elle serait selon le prêtre la ville qui a vu naître le premier MFDC.

    Le statut de la Casamance

    L’interprétation de Diamacoune Senghor

    16Ce mot de « libération » nous conduit à examiner la question du statut de la Casamance, largement évoquée dans la lettre de l’abbé et dans son ouvrage publié à titre posthume. C’est à travers ce terme qu’apparaissent en filigrane les enjeux politiques ayant débouché sur le sabordage24 du MFDC et du BDS.

    17À propos du statut de la Casamance, rappelons, avec Ousseynou Faye, que Diamacoune Senghor fait appel à l’Histoire pour fabriquer une « fable de l’histoire » destinée à justifier le projet d’auto-engagement de la société casamançaise, à présenter l’indocilité politique vis-à-vis de l’État sénégalais comme une attitude relevant d’un passé lointain, celui des origines exaltées et constamment exhibées en tant que référents de l’identité collective (Faye, 2012, p. 12). Il fait de ce passé, qui émane d’expérience vécue, l’objet d’une relecture militante. Cette « fable de l’histoire » renvoie à l’existence d’une nation casamançaise. De ce fait, renchérit cet historien, Diamacoune Senghor insiste sur la singularité de l’itinéraire de la Casamance, qui résiderait dans le fait que cette nation a non seulement connu une colonisation française suivie d’une colonisation sénégalaise, mais aussi et surtout une longue résistance armée, qui aurait commencé au xviie siècle pour connaître une courte suspension entre 1962 et 1982. Diamacoune Senghor ignore que cette identité casamançaise est née de façon concomitante avec l’État sénégalais. Il n’y avait pas de nation casamançaise avant la colonisation (Diédhiou, 2011). Le sentiment d’une différence casamançaise s’est construit à l’époque coloniale, qui ne commence qu’à la fin du xixe siècle et non au xviie siècle. C’est ce sentiment qui a été exacerbé par la crise des années 1970. La métahistoire ainsi déroulée ignore la jeunesse des nations africaines dont la construction démarre avec la décolonisation politique (Faye, 2012). Cette identité casamançaise (se résumant chez lui au groupe ethnique joola) est née dans le sillage de la constitution de l’État sénégalais qui l’a durcie ou cristallisée.

    18Il convient de souligner que l’utilisation de ce mot « libération » n’est pas fortuite. Pour le prêtre, la Casamance ne fait pas partie du Sénégal en ce sens qu’elle a eu un statut particulier pendant la colonisation avant d’être considérée comme une région peu avant l’indépendance. La Casamance et le Sénégal ont, de l’avis de l’abbé, vécu ensemble une certaine expérience coloniale. Puis la Casamance, presque invaincue, a recouvré sa souveraineté dans le contexte d’un Sénégal indépendant, en restant fidèle au président Léopold Sédar Senghor. Si au moment de l’indépendance du pays, certains responsables politiques de la Casamance n’avaient pas conseillé de temporiser et n’avaient pas demandé de tenter la poursuite loyale de l’expérience actuelle, estime-t-il, le problème casamançais aurait trouvé sa solution dans la souveraineté internationale. Pour Diamacoune Senghor, le président de la République du Sénégal sait mieux que quiconque que la Casamance a loyalement joué le jeu jusqu’au bout. À présent, souligne-t-il, la Casamance décide, dans la légalité, la démocratie et la franchise de devenir elle-même souveraine en ce sens qu’elle ne peut pas être sénégalaise. Pourtant, poursuit-il, « jamais, à aucun moment de son passé colonial, la Casamance n’a été, juridiquement parlant, partie intégrante de la colonie du Sénégal […]. Les Casamançais sont fatigués d’être Sénégalais. Président Senghor, nous voulons notre indépendance ! »25. Sur quoi se fonde-t-il pour avancer de tels propos ? Et pourquoi dit-il que la Casamance a loyalement joué le jeu jusqu’au bout ? Pour apporter des réponses à ces deux questions, il nous semble opportun de rappeler quelques faits historiques.

    Rappel historique

    19C’est en février 1990 que l’abbé invente, dans une interview qu’il a accordée à Sud Hebdo, la célèbre formule « la Casamance est avec le Sénégal et non dans le Sénégal par la volonté coloniale de la France » (Diatta, 2008, p. 43). Pour le prêtre, cette Casamance, que l’on appelle Casamance naturelle ou autre, a juridiquement un nom : territoire de la Casamance26. Il évoque ici la question du statut juridique de la Casamance qui est le fondement de la contestation de l’intégrité territoriale du Sénégal indépendant. Comme l’a remarqué Oumar Diatta (2008), l’administration de la Casamance prend réellement forme avec le décret du 1er novembre 1854, qui sépare administrativement Gorée et ses dépendances – dont la Casamance – de la colonie du Sénégal. Mais en avril 1859, le gouverneur Louis Faidherbe décide de rattacher l’île de Gorée et les établissements français situés au nord de la Sierra Leone au gouvernement du Sénégal, tout en les plaçant sous les ordres d’un commandant supérieur résidant à Gorée. L’officier du génie Émile Pinet-Laprade est nommé commandant supérieur en mai 1859. C’est durant cette période qu’intervient une mesure qui constituera le cheval de bataille du mouvement indépendantiste casamançais : le décret du 12 octobre 1882, qui supprime le deuxième arrondissement du Sénégal. Gorée et les possessions françaises situées au nord de la pointe de Sangomar sont placées sous l’autorité directe du gouverneur du Sénégal (article 1er). L’article 4 place la Casamance sous l’autorité d’un lieutenant-gouverneur résidant à Gorée (Diatta, 2008, p. 107-108). Diamacoune Senghor passe sous silence le décret du 13 avril 1883 qui modifie le décret du 12 octobre 1882 et instaure un lieutenant-gouverneur du Sénégal (Becker, 2007). C’est le décret du 19 septembre 1883 qui ratifiera les traités passés avec les différents chefs de la côte occidentale d’Afrique en vue de placer leur pays sous la souveraineté de la France (ibid.).

    20Selon le MFDC et l’abbé Diamacoune Senghor, ce texte n’a jamais été abrogé et le prêtre défie le Sénégal de sortir le texte juridique intégrant la Casamance dans le Sénégal. Cette idée est largement développée dans sa lettre. Ainsi, le Sénégal indépendant est considéré comme un pays colonisateur. Par conséquent, les Sénégalais sont perçus comme des colonialistes. En effet, « ce sont des colonialistes comme leurs pères qui nous ont fait souffrir. Messieurs les Sénégalais, vous êtes des colonialistes ! »27. Pour lui, la Casamance est un territoire à part et c’est pourquoi les Sénégalais sont considérés comme des étrangers qui recolonisent la Casamance. Il convient de souligner avec Dominique Darbon (1988) que ce territoire à la tête duquel est placé un administrateur supérieur a connu toutefois une grande instabilité sur le plan administratif entre 1894 et 1945. Ce politiste a recensé, de 1890 à 1944, vingt-sept textes, arrêtés, décisions et décrets relatifs à l’administration de la Casamance. Parmi les plus importants (Diatta, 2008, p. 112-113) figure le décret du 4 décembre 1920 qui supprime la dualité de budget et réunit sous une même entité la colonie du Sénégal, les territoires d’administration directe et les territoires de protectorat. Toutefois, l’organisation administrative de la Casamance continue d’osciller entre un et deux/trois cercles, jusqu’à l’arrêté du 13 mai 1944 établissant une subdivision centrale à Ziguinchor, délimitant la Casamance dans sa configuration actuelle et lui consacrant le statut qu’elle conservera jusqu’à l’indépendance (ibid.).

    21La région de Casamance, qui est entièrement placée sous le protectorat français au début du xxe siècle seulement, a connu les remaniements les plus fréquents (Becker, 2007). On peut retenir que les principales étapes de l’organisation administrative sont marquées par un demi-siècle de tâtonnements. En 1895, la Casamance, en partie conquise, est considérée comme un district à deux résidences, Sédhiou et Karabane, commandé par l’administrateur de Sédhiou (ibid.). Les deux cercles organisés en 1899 sont réunis en 1904, avec chef-lieu à Sédhiou, qui comprend sept résidences (Oussouye, Ziguinchor, Djibali, Bona, Bignona, Diatakounda et Hamdalaye). En 1907, on revient à deux cercles : Basse et Haute-Casamance, dont les chefs-lieux respectifs sont Ziguinchor et Sédhiou et qui ont, outre le chef-lieu, deux résidences annexes (Bignona et Oussouye avec Ziguinchor, Diatakounda et Kolda avec Sédhiou). En 1908, la résidence de l’administrateur supérieur de la Casamance est transférée de Sédhiou à Ziguinchor. En 1943, le cercle de Ziguinchor est organisé en quatre subdivisions avec la création d’Oussouye. En 1944, le cercle de Kolda est supprimé ; seul subsiste Ziguinchor avec ses six subdivisions qui seront maintenues jusqu’à l’indépendance, à savoir Ziguinchor, Oussouye, Bignona, Sédhiou, Kolda et Vélingara (Becker, 2007, p. 16).

    22Ces différents remaniements et tâtonnements nous amènent à affirmer que la Casamance est donc un produit de cette colonisation : elle n’existait pas en tant que territoire avant la pénétration française (Diédhiou, 2011). À l’opposé, Diamacoune Senghor a une conception essentialiste de la Casamance et de l’ethnie joola. Les toponymies « Basse, Moyenne et Haute-Casamance »28, absentes dans la terminologie locale joola de présentation de l’espace, relèvent d’une création coloniale fondée sur une conception occidentale du relief ou de l’altitude. D’ailleurs, il a donné une consonance joola à la toponymie « Casamance ». Pour lui, ce mot « Casamance » est d’origine joola29. Mais pour mieux comprendre cette formule « la Casamance est avec le Sénégal et non dans le Sénégal » et les mobiles de sa revendication, il nous semble opportun de prendre en considération la période 1945-1960.

    23Cette période est marquée par un bouillonnement politique avec le début des réformes dans les colonies, la naissance des partis politiques dans ces dernières et le vote de la loi-cadre accordant l’autonomie interne aux territoires. Les activités politiques sont autorisées dans les anciennes colonies, devenues territoires d’outre-mer dans l’Union française (Benoist, 1991, p. 31). C’est à partir de cette « ouverture démocratique » – pour reprendre une expression à la mode même si elle paraît anachronique – que les intellectuels casamançais décident de créer, en mars 1947, le MFDC. Face à eux, note Joseph R. Benoist (ibid.), ils ont comme adversaire politique Lamine Guèye, chef de la formation politique sénégalaise de la Section française de l’Internationale ouvrière (SFIO), section dans laquelle militait Léopold Sédar Senghor qui, mis en minorité, la quitte pour fonder le BDS30.

    24Pour rappel, la vie politique de ce territoire d’outre-mer présentait deux électorats nettement distincts : un électorat des villes, composé de citoyens des Quatre Communes, et un électorat dont les principales composantes se trouvaient dans le monde rural. Pour constituer une base électorale, Léopold Sédar Senghor se lance à la « pêche » aux voix du monde rural et de certaines villes de l’intérieur du Sénégal. C’est dans ce contexte qu’il fait appel aux dirigeants du MFDC qui lui accordent leur appui. L’année 1945 marque son avènement politique. Face à l’exigence de l’indépendance, note Oumar Diatta (2008), la France propose en 1946 l’Union française, censée faire des Africains des Français assimilés. Mais la formule échoue. On assiste alors à la prolifération des partis politiques dans les colonies. Ainsi, le 20 mai 1946, le Rassemblement démocratique africain (RDA) voit le jour à Bamako (Soudan français, actuel Mali). Le 4 mars 1947, des cadres et intellectuels31 créent à Sédhiou le MFDC, et en novembre 1948, Léopold Sédar Senghor et Mamadou Dia créent à Thiès le BDS. La rencontre entre fondateurs du MFDC et ceux du BDS a eu lieu à partir de 1945 (ibid.).

    25En 1943, Émile Badiane, un des futurs fondateurs du MFDC, était directeur d’école à Podor (situé à l’extrême-nord du pays). Pendant ce temps en Casamance, notamment à Ziguinchor, la vie politique est dominée par un groupe de politiciens de la SFIO, sous la houlette de Demba Kane. À Bignona, terre natale d’Émile Badiane, ce groupe de la SFIO est représenté par Babandi Camara, originaire du Sénégal oriental. Ils organisent des meetings pour haranguer la foule. Les autochtones, outrés par l’activisme grandissant de ces politiciens venus d’ailleurs, décident de réagir pour occuper l’espace politique local. Une pétition accompagnée d’une lettre est adressée aux autorités coloniales de l’époque pour demander l’affectation d’Émile Badiane en Casamance. La doléance est satisfaite et Émile Badiane peut rentrer au bercail dès 1945. Il est affecté à Niassya où il fait la connaissance d’autres intellectuels casamançais et futurs hommes politiques. C’est ce groupe qui s’est transformé en force politique et a poussé à la création du MFDC, le 4 mars 1947. Du côté du BDS, un groupe d’intellectuels et d’hommes politiques se forme autour de Léopold Sédar Senghor, député depuis 1945 (ibid., p. 122).

    26Après son premier congrès en novembre 1949, année qui coïncide avec la reconnaissance officielle du MFDC par les autorités coloniales, le BDS avait retenu la proposition de Léopold Sédar Senghor, engageant son mouvement à entreprendre des pourparlers avec les leaders du MFDC. L’accord sorti des discussions a officiellement donné naissance à une carte de membre MFDC-BDS. Cette alliance a été nouée dans l’intention de participer aux élections de 1951 et 1956 pour l’Assemblée constituante française. Après la création du MFDC et avant sa reconnaissance, Léopold Sédar Senghor revient en Casamance pour informer ses proches qu’il n’est plus avec Lamine Guèye et qu’il a décidé de créer un parti. Il demande le parrainage du MFDC qui est sollicité pour une fusion avec le BDS. C’est dans ce sens qu’il faut comprendre l’utilisation de l’adverbe « loyalement » évoqué dans la lettre du 28 septembre 1978.

    27Quelles ont été les clauses de cette alliance ou de l’accord MFDC-BDS ? Mystère. Pour Diamacoune Senghor et le MFDC, l’accord stipulait que la Casamance et le Sénégal allaient cheminer ensemble et que, si au bout de vingt ans l’expérience n’était pas concluante, la Casamance prendrait la décision de se séparer du Sénégal. Pour l’abbé, les Casamançais ont respecté « loyalement » ce contrat. Cette alliance et les liens qui ont uni le BDS et le MFDC depuis 1949 ont alimenté une rumeur tenace qui a traversé des générations de Casamançais. Cet accord précisait que les deux partis s’étaient accordés pour réclamer ensemble l’indépendance et faire route commune pendant dix ans – période proposée par le MFDC –, et vingt ans – période avancée par le BDS –, pour permettre à la Casamance de profiter des infrastructures léguées par le colon au Sénégal, notamment à Dakar, siège de l’AOF, afin de former une pépinière de cadres aptes, plus tard, à prendre en main les destinées d’une Casamance indépendante (ibid., p. 125-126)32.

    L’argumentaire de Diamacoune Senghor

    28On comprend dès lors pourquoi la déclaration de Léopold Sédar Senghor à Sédhiou est interprétée par l’abbé Diamacoune Senghor comme une déclaration historique et joue le rôle d’un catalyseur, d’un déclic à l’origine de ses lettres et de ses écrits. D’ailleurs, renchérit-il, la loyauté de la Casamance envers le président (Léopold Sédar Senghor) n’a pas exclu sa vigilance puisque la Casamance et le Sénégal ont vécu ensemble une certaine expérience coloniale. Puis la Casamance, presque invaincue, a recouvré sa souveraineté dans le contexte d’un Sénégal indépendant en restant indéfectiblement fidèle au Sénégal et au président. Autrement dit, pour l’abbé, « [l]es Casamançais sont fatigués d’être Sénégalais. Président Senghor, nous voulons notre indépendance ! ». Il va ainsi proposer à Léopold Sédar Senghor un processus que voici :

    • du 4 avril 1980 au 4 avril 1985, la Casamance s’administrerait elle-même dans le cadre d’une autonomie interne dont ne voudront et ne devront jamais se contenter indéfiniment les populations de la Casamance ;
    • le 4 avril 1985, la Casamance proclamant son indépendance, redéfinirait ses liens avec le Sénégal dans le contexte d’une égale souveraineté internationale.

    29Il convient de mentionner que le président n’a jamais, du moins officiellement, donné suite aux courriers de l’abbé33. C’est pourquoi Diamacoune Senghor rédige à Ziguinchor une lettre datée du 22 avril 1981, soit quatre mois après la retraite politique de Léopold Sédar Senghor, pour dénoncer ce silence. C’est dans celle-ci qu’il affirme que depuis le décret du 12 octobre 1882, en passant par la convention franco-portugaise du 12 mai 1886, entrée en vigueur le 22 avril 1888, le transfert de la capitale de la Casamance de Gorée à Sédhiou en 1904, puis à Ziguinchor en 1908 avec installation en novembre 1909, jusqu’à la loi-cadre du 23 juin 1956 et l’indépendance, jamais le colonisateur français n’a fait de la Casamance, juridiquement parlant, une partie intégrante de la colonie du Sénégal. Cette lettre de rappel est précédée d’une autre écrite à Hilol le 25 décembre 198034, dans laquelle il rappelle au président que « de l’aurore au crépuscule de sa longue et brillante carrière politique, la Casamance a fait de lui ce qu’il a été autrefois. Fidèle aux vertus et qualités de ses ancêtres, elle a pleinement honoré son contrat : sa parole donnée ». Il conclut par cette interrogation : « Monsieur le président, n’avez-vous pas oublié cette Casamance ? ».

    30Tout ce qui précède permet d’avancer que cette « petite phrase » de Léopold Sédar Senghor à Sédhiou, première capitale de la Casamance et ville où a été créé le MFDC, constitue un symbole incarnant la résistance casamançaise. L’histoire de la Casamance, estime le prêtre, n’est pratiquement pas enseignée à l’école. Les Casamançais, renchérit-il, apprennent tout de l’histoire du Sénégal, mais ne connaissent rien ou presque rien de leur histoire locale. Diamacoune Senghor avance l’idée que depuis trente ans, une formation politique domine la vie politique du Sénégal. Cette formation, qui est celle de Léopold Sédar Senghor, a conduit le pays à l’indépendance, et le gouverne, avec le concours des femmes, mais en ignorant totalement cette « femme extraordinaire, la reine [sic !] Alinsituwe dont les aspirations profondes ont préparé les cœurs à la naissance et succès de ce parti en Casamance. Le BDS du député Léopold Sédar Senghor doit à la Casamance la reine Alinsituwe Diatta de Cabrousse »35. L’invocation de cette prêtresse révélée aux intellectuels du mouvement par les travaux de Jean Girard (1969) occupe une place centrale dans le discours de Diamacoune Senghor : il dénonce ici son absence dans les programmes scolaires, et des points d’ombres autour de sa déportation par les colons. Elle constitue de ce point de vue un enjeu symbolique entre le MFDC des années 1980 et l’État dans le conflit de mémoire qui les oppose (Diédhiou, 2019).

    31Précisons que depuis quelques années, l’État a cherché à combler ce vide historiographique. Cela peut être mis en rapport avec les lettres de Diamacoune Senghor envoyées à Léopold Sédar Senghor et à son successeur Abdou Diouf, lorsqu’il se demande pourquoi les autorités sénégalaises doivent fatiguer les Casamançais avec Lat Dior et les autres héros. L’enseignement portant uniquement sur ces héros nationaux est perçu comme un impérialisme culturel. C’est seulement en novembre 199836 que l’État a rectifié le tir en introduisant dans les programmes scolaires des séquences de l’histoire de la Casamance et certaines figures de la résistance, comme Aline Sitoé Diatta. En bref, l’histoire est au cœur du discours des indépendantistes casamançais, qui ne cessaient d’interpeler les autorités sur ce vide historiographique. Celui-ci s’apparenta à un fonds de commerce sur lequel s’appuyer pour obtenir l’assentiment d’une partie de la population.

    Conclusion

    32À partir de la « petite phrase » du président Léopold Sédar Senghor, nous avons cherché à comprendre comment cette déclaration a contribué au réveil du MFDC dans les années 1980. Comme tout discours nationaliste, celui des indépendantistes se nourrit de tout ce qui peut le conforter : statut de la Casamance, contrat MFDC-BDS, marginalisation économique et déclaration de Léopold Sédar Senghor à Sédhiou. On peut se demander ce qui a poussé ce dernier à jouer aux apprentis sorciers en prononçant cette « petite phrase ». Est-ce par pure tactique électoraliste au prix d’une inconscience politique sous-estimant le danger d’une telle déclaration ? L’absence de cette dernière aurait-elle changé le contexte explosif de la fin des années 1970 et du début des années 1980 ?

    33Il est difficile d’apporter des réponses à ces questions. Mais toujours est-il que cette « petite phrase » a été déterminante dans l’élaboration du nationalisme casamançais. Elle constitue de ce point de vue un fil conducteur qui a nous permis de situer l’acte de naissance de ce nationalisme dans les années 1970 et non dans les années 1980 comme l’a suggéré Vincent Foucher (2005). On comprend dès lors pourquoi la production intellectuelle de Diamacoune Senghor a réellement pris forme dans les années 1970. Son ouvrage publié à titre posthume vient en quelque sorte corroborer cette hypothèse puisque ses écrits regroupent la période 1978-1982. L’année 1978 est donc un référent temporel qui nous permet de « percer » le secret de sa pensée. On ne pouvait s’imaginer qu’une « simple » déclaration en période de campagne électorale constituerait une balle que l’abbé saisirait au bond, et engager le Sénégal dans une guerre qui commence à s’inscrire dans une longue temporalité. Même si Diamacoune Senghor a forgé le discours et brandi la menace, il nous semble que c’est bien Mamadou Nkrumah Sané qui a saisi l’opportunité et pris l’initiative de cette guerre. Cette dernière provenait également d’une rumeur. En effet, depuis les années 1980, une idée se répandait en Casamance : cette région avait droit à la souveraineté et il y aurait eu un contrat tacite (?) ou écrit (?) entre Léopold Sédar Senghor et les membres fondateurs du MFDC originel. C’est cette rhétorique qui est développée dans les écrits de Diamacoune Senghor, notamment dans la lettre du 28 septembre 1978 que nous avons utilisée ici comme corpus. Cette rhétorique a eu l’assentiment des militants qui ont choisi de s’attaquer aux symboles de l’État le 26 décembre 1982. Ce discours, dont la sève nourricière remonte aux années 1970, prendrait corps avec les idées développées par les animateurs du journal Kélumak, et signer ainsi l’acte de naissance du nationalisme casamançais. Celui-ci se démarque du régionalisme37 des fondateurs du MFDC des années 1940. La conjugaison des idées de Diamacoune Senghor et de celles de Mamadou Nkrumah Sané (mais aussi de ses coanimateurs du journal précité) nous permet d’avoir une autre lecture de l’avènement du nationalisme casamançais. Mamadou Nkrumah Sané a été certainement influencé par les écrits du prêtre. D’où la rencontre qu’il a initiée en avril 1982 à Kafountine. Celle-ci a été sans doute décisive dans le déclenchement du conflit en décembre de la même année.

    34Ce conflit qualifié maladroitement de basse intensité38 par les experts est aujourd’hui un des plus vieux de la sous-région ouest-africaine. C’est donc une situation de « ni paix ni guerre » qui prévaut aujourd’hui et les acteurs (État/MFDC) se renvoient sans cesse la balle dès qu’on évoque la question des négociations. Ces dernières butent souvent sur l’argumentaire politique brandi dès le départ par le MFDC : l’indépendance de la Casamance.

    Bibliographie

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    Format

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    Foucher, Vincent. “Les Relations Hommes-Femmes Et La Formation De l’identité casamançaise *”. Cahiers d’études Africaines, vols. 45, nos. 178, OpenEdition, 25 June 2005, pp. 431-55. Crossref, https://doi.org/10.4000/etudesafricaines.5443.

    Cette bibliographie a été enrichie de toutes les références bibliographiques automatiquement générées par Bilbo en utilisant Crossref.

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    Notes de bas de page

    1 Nous remercions El Hadji Samba Diallo, Charles Becker, Jean Copans et Jean-Claude Marut pour leurs commentaires et suggestions.

    2 La lettre est écrite le 28 septembre 1978 par l’abbé Diamacoune Senghor à l’intention du président Léopold Sédar Senghor. Il convient de préciser qu’il n’y a pas de lien de parenté entre le président et l’abbé bien qu’ils portent le même patronyme. La lettre intégrale figure dans les annexes de Diédhiou (2002).

    3 ll s’agit de Foucher (2005), Marut (2010), Manga (2012).

    4 Ce sont les facteurs proches qui sont étudiés ici.

    5 L’essentiel de cette contribution s’appuie sur cette phrase de Léopold Sédar Senghor pour faire une anthropologie historique du conflit de Casamance. Cette phrase pourrait faire partie d’un genre discursif plus ample, mais nous ne disposons pas pour le moment d’autres corpus nous permettant d’esquisser une comparaison. Il est également difficile d’évaluer la réception discursive de cette fameuse phrase auprès des populations ou membres du MFDC.

    6 Avant cette déclaration, Diamacoune Senghor avait, dès l’âge de cinq ans, promis de venger un de ses parents maltraités par les colons avec la complicité des Wolof et Sereer venus du Nord-Sénégal. Il a été également victime d’un déguerpissement et tout cela laisse à croire qu’il murissait déjà un projet indépendantiste (voir ci-après).

    7 Les facteurs sont certes multiples et la réalité complexe. D’autres facteurs identitaires ont contribué à la naissance des idées indépendantistes. Nous n’insistons pas ici sur les causes profondes du conflit. Il existe une littérature abondante à ce sujet. Voir entre autres Darbon (1988), Barbier-Wiesser (1994), Diop (2002), Marut (2010), Diédhiou (2011) Manga (2012).

    8 Pour plus de détails sur cette finale, voir Diatta (2008), Diédhiou (2011). Oumar Diatta décrit finement l’incident survenu lors de la seconde édition.

    9 Information livrée en mai 2020 à Ziguinchor par un des membres fondateurs d’Atika, la branche armée du mouvement créé dans les années 1990.

    10 Cette finale a été présidée par Abdou Diouf, alors Premier ministre de Léopold Sédar Senghor. Ce dernier avait présidé celle de 1979 déclarant lors de la remise de la coupe qu’il préférait le régionalisme au tribalisme, allusion sans doute à la banderole des supporters du Casa-Sports sur laquelle était inscrit le slogan « La Coupe au pays (Casamance) ».

    11 Voir L’Harmattan, n° 3, 2004, cité par Diatta (2008).

    12 Notre interlocuteur (M. C.), membre fondateur de la branche armée, rencontré en mai 2020 à Ziguinchor, a déclaré que « ce sont toutes les sociocultures de la Casamance qui avaient pris part aux réunions et le président était un certain Gassama (patronyme mandingue). C’est par la suite que beaucoup de participants se sont retirés à cause des exactions ou pressions exercées sur eux. Le MFDC, a-t-il ajouté, n’est pas une affaire de Joola ».

    13 Il est aujourd’hui délicat de vérifier ce discours véhiculé par le MFDC, car les participants à ces réunions issus d’autres ethnies s’avèrent difficilement identifiables.

    14 Quand il prononce le mot « indépendance », une seule objection est levée, celle de Sidy Badji mis en minorité par les participants à la réunion de Diabir, ce quartier périphérique de Ziguinchor. En réalité, on n’a aucune idée du contenu que le MFDC donne à ce mot, car ce mouvement ne dispose d’aucun projet de société, et c’est une de ses faiblesses. En outre, le mouvement manque cruellement d’intellectuels capables d’élaborer un tel projet. Notre interlocuteur nous confiait qu’au niveau de sa base, le combattant le plus diplômé n’a obtenu que le brevet de fin d’études moyennes (BFEM) [entretien à Ziguinchor avec M. C. en mai 2020].

    15 Elles sont certainement inédites, car en dehors des articles du journal Kélumak, nous n’avons jamais lu d’écrits qu’il aurait publiés.

    16 Nous remercions Charles Becker pour avoir mis à notre disposition la version électronique de ce document.

    17 Parmi ces joueurs figurait Jules François Bocandé, radié à vie par la Fédération sénégalaise de football et obligé de monnayer son talent en Europe, en Belgique au FC Bruges, à Metz, où il fut meilleur buteur du championnat de France en 1986, et au Paris Saint-Germain. La Fédération sénégalaise de football a alors levé cette sanction à la suite de ses exploits en Europe. En bon « patriote », il a accepté de porter le maillot national. Cette sanction a exacerbé le sentiment de discrimination des promoteurs du nationalisme casamançais.

    18 Nous faisons une distinction entre le MFDC originel des années 1940 et celui des années 1980 qui lutte pour l’indépendance de la Casamance. Voir dans Manga (2012) les statuts du MFDC originel. C’est en cela qu’on peut parler d’une récupération plutôt que d’un réveil.

    19 Cette déclaration ne constitue pas pour autant une preuve étant donné que Diamacoune Senghor affirme parfois des choses difficiles à vérifier, comme le nombre de manifestants présents en décembre 1982.

    20 Il avait signé un article intitulé « Des coups de pieds qui se perdent », envoyé à la rédaction du journal officiel, Le Soleil. Cet article, de l’avis de son auteur, n’a pas été publié par cet organe de presse (voir la lettre du 28 septembre 1978).

    21 Il s’agit des régions actuelles de Ziguinchor, Sédhiou et Kolda.

    22 Ses écrits et discours, rédigés entre 1978 et 1982, sont regroupés dans un ouvrage publié à titre posthume. Il est intitulé Histoire de la Casamance (1645-1960) [2018].

    23 Lettre du 28 septembre 1978.

    24 Ce sabordage, pour reprendre le mot utilisé par Diamacoune Senghor, est à l’origine de la création du mouvement autonome de Casamance, dirigé par Assane Seck. Sur ce point, voir Manga (2012).

    25 Lettre du 28 septembre 1978.

    26 Déclaration du 1er septembre 2002 lors des assises casamanço-casamançaises au stade Aline Sitoué Diatta de Ziguinchor.

    27 Lettre du 28 septembre 1978.

    28 Il nous semble qu’un travail de déconstruction de certains termes géographiques reste à faire. Comme en anthropologie, il y a eu une géographie coloniale avec des termes comme « sahélien », « subguinéen », « forestiers », « Nord/Sud » qui sont des marqueurs identitaires créés par les colons. Bon nombre de lettrés africains se sont approprié ce vocabulaire pour distinguer les populations qui ignoraient ces modes d’identification ou d’orientation. Ainsi, en milieu joola, les mots « Sud » et « Nord » n’existent pas. Pourtant, la plupart des lettrés de ce groupe (ou de la Casamance) vont les utiliser pour se différencier des Sénégalais du Nord.

    29 Voir la critique de Diédhiou (2011) à propos de cette substitution.

    30 Voir également Roche (2000).

    31 Il s’agit entres autres d’Émile Badiane et d’Ibou Diallo.

    32 Voir également Diédhiou (2011).

    33 À la réception de la lettre, Léopold Sédar Senghor convoqua tous les ministres originaires de la Casamance et dépêcha Robert Sagna pour négocier avec l’expéditeur (l’abbé Diamacoune Senghor). Sur ce point, voir Manga (2012). Paul Ndiaye, géographe et enseignant-chercheur à l’université Cheikh Anta Diop de Dakar, nous rapportait les propos de Léopold Sédar Senghor en réponse à Diamacoune Senghor : « Je connais le problème de la Casamance mieux que toi et avant toi. Je suis Sereer, tu es Joola. Partout où tu me convoques tu me trouveras ou je te devancerai » (propos recueillis à Dakar le 12 novembre 2018, entretien avec Paul Ndiaye).

    34 Les trois lettres (28 septembre 1978, 20 décembre 1980 et 22 avril 1981) figurent en annexe de la thèse de Diédhiou (2002).

    35 Lettre du 28 septembre 1978.

    36 Arrêté ministériel n° 5606/MEN/ du 23 novembre 1998.

    37 Sur ce point, voir Manga (2012).

    38 Les experts se contentent habituellement de cette définition conventionnelle pour qualifier le conflit de Casamance. Le quantitatif (nombre de morts par jour ou par an ; les armes utilisées) l’emporte fréquemment sur le qualitatif. Cette définition présente des limites, car elle ne prend pas en compte la durée des conflits et les perceptions des populations qui en sont victimes. Une personne qui a subi des exactions (viol, meurtre, assassinat) et qui, durant des années, vit en ville dans la misère parce que les rizières ou les champs qu’elle exploitait sont minés ne définirait pas ce conflit de la sorte. Il nous semble qu’au-delà de cette définition conventionnelle, nous devons privilégier la perception que les populations casamançaises, plus particulièrement les Joola ajamat, ont du conflit. Elles utilisent le terme hutik (« guerre ») pour parler du conflit de Casamance. L’expression courante qu’elles emploient souvent est « hutika hata Casamance », « la guerre de Casamance ». Or c’est bien le mot « guerre » que récuse l’État du Sénégal qui se réfugie derrière cette définition conventionnelle pour cacher ce conflit, pour ne pas faire « fuir » les bailleurs de fonds ou pour ne pas ternir l’image de vitrine démocratique de l’Afrique.

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    • Paul Diédhiou
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    1 Nous remercions El Hadji Samba Diallo, Charles Becker, Jean Copans et Jean-Claude Marut pour leurs commentaires et suggestions.

    2 La lettre est écrite le 28 septembre 1978 par l’abbé Diamacoune Senghor à l’intention du président Léopold Sédar Senghor. Il convient de préciser qu’il n’y a pas de lien de parenté entre le président et l’abbé bien qu’ils portent le même patronyme. La lettre intégrale figure dans les annexes de Diédhiou (2002).

    3 ll s’agit de Foucher (2005), Marut (2010), Manga (2012).

    4 Ce sont les facteurs proches qui sont étudiés ici.

    5 L’essentiel de cette contribution s’appuie sur cette phrase de Léopold Sédar Senghor pour faire une anthropologie historique du conflit de Casamance. Cette phrase pourrait faire partie d’un genre discursif plus ample, mais nous ne disposons pas pour le moment d’autres corpus nous permettant d’esquisser une comparaison. Il est également difficile d’évaluer la réception discursive de cette fameuse phrase auprès des populations ou membres du MFDC.

    6 Avant cette déclaration, Diamacoune Senghor avait, dès l’âge de cinq ans, promis de venger un de ses parents maltraités par les colons avec la complicité des Wolof et Sereer venus du Nord-Sénégal. Il a été également victime d’un déguerpissement et tout cela laisse à croire qu’il murissait déjà un projet indépendantiste (voir ci-après).

    7 Les facteurs sont certes multiples et la réalité complexe. D’autres facteurs identitaires ont contribué à la naissance des idées indépendantistes. Nous n’insistons pas ici sur les causes profondes du conflit. Il existe une littérature abondante à ce sujet. Voir entre autres Darbon (1988), Barbier-Wiesser (1994), Diop (2002), Marut (2010), Diédhiou (2011) Manga (2012).

    8 Pour plus de détails sur cette finale, voir Diatta (2008), Diédhiou (2011). Oumar Diatta décrit finement l’incident survenu lors de la seconde édition.

    9 Information livrée en mai 2020 à Ziguinchor par un des membres fondateurs d’Atika, la branche armée du mouvement créé dans les années 1990.

    10 Cette finale a été présidée par Abdou Diouf, alors Premier ministre de Léopold Sédar Senghor. Ce dernier avait présidé celle de 1979 déclarant lors de la remise de la coupe qu’il préférait le régionalisme au tribalisme, allusion sans doute à la banderole des supporters du Casa-Sports sur laquelle était inscrit le slogan « La Coupe au pays (Casamance) ».

    11 Voir L’Harmattan, n° 3, 2004, cité par Diatta (2008).

    12 Notre interlocuteur (M. C.), membre fondateur de la branche armée, rencontré en mai 2020 à Ziguinchor, a déclaré que « ce sont toutes les sociocultures de la Casamance qui avaient pris part aux réunions et le président était un certain Gassama (patronyme mandingue). C’est par la suite que beaucoup de participants se sont retirés à cause des exactions ou pressions exercées sur eux. Le MFDC, a-t-il ajouté, n’est pas une affaire de Joola ».

    13 Il est aujourd’hui délicat de vérifier ce discours véhiculé par le MFDC, car les participants à ces réunions issus d’autres ethnies s’avèrent difficilement identifiables.

    14 Quand il prononce le mot « indépendance », une seule objection est levée, celle de Sidy Badji mis en minorité par les participants à la réunion de Diabir, ce quartier périphérique de Ziguinchor. En réalité, on n’a aucune idée du contenu que le MFDC donne à ce mot, car ce mouvement ne dispose d’aucun projet de société, et c’est une de ses faiblesses. En outre, le mouvement manque cruellement d’intellectuels capables d’élaborer un tel projet. Notre interlocuteur nous confiait qu’au niveau de sa base, le combattant le plus diplômé n’a obtenu que le brevet de fin d’études moyennes (BFEM) [entretien à Ziguinchor avec M. C. en mai 2020].

    15 Elles sont certainement inédites, car en dehors des articles du journal Kélumak, nous n’avons jamais lu d’écrits qu’il aurait publiés.

    16 Nous remercions Charles Becker pour avoir mis à notre disposition la version électronique de ce document.

    17 Parmi ces joueurs figurait Jules François Bocandé, radié à vie par la Fédération sénégalaise de football et obligé de monnayer son talent en Europe, en Belgique au FC Bruges, à Metz, où il fut meilleur buteur du championnat de France en 1986, et au Paris Saint-Germain. La Fédération sénégalaise de football a alors levé cette sanction à la suite de ses exploits en Europe. En bon « patriote », il a accepté de porter le maillot national. Cette sanction a exacerbé le sentiment de discrimination des promoteurs du nationalisme casamançais.

    18 Nous faisons une distinction entre le MFDC originel des années 1940 et celui des années 1980 qui lutte pour l’indépendance de la Casamance. Voir dans Manga (2012) les statuts du MFDC originel. C’est en cela qu’on peut parler d’une récupération plutôt que d’un réveil.

    19 Cette déclaration ne constitue pas pour autant une preuve étant donné que Diamacoune Senghor affirme parfois des choses difficiles à vérifier, comme le nombre de manifestants présents en décembre 1982.

    20 Il avait signé un article intitulé « Des coups de pieds qui se perdent », envoyé à la rédaction du journal officiel, Le Soleil. Cet article, de l’avis de son auteur, n’a pas été publié par cet organe de presse (voir la lettre du 28 septembre 1978).

    21 Il s’agit des régions actuelles de Ziguinchor, Sédhiou et Kolda.

    22 Ses écrits et discours, rédigés entre 1978 et 1982, sont regroupés dans un ouvrage publié à titre posthume. Il est intitulé Histoire de la Casamance (1645-1960) [2018].

    23 Lettre du 28 septembre 1978.

    24 Ce sabordage, pour reprendre le mot utilisé par Diamacoune Senghor, est à l’origine de la création du mouvement autonome de Casamance, dirigé par Assane Seck. Sur ce point, voir Manga (2012).

    25 Lettre du 28 septembre 1978.

    26 Déclaration du 1er septembre 2002 lors des assises casamanço-casamançaises au stade Aline Sitoué Diatta de Ziguinchor.

    27 Lettre du 28 septembre 1978.

    28 Il nous semble qu’un travail de déconstruction de certains termes géographiques reste à faire. Comme en anthropologie, il y a eu une géographie coloniale avec des termes comme « sahélien », « subguinéen », « forestiers », « Nord/Sud » qui sont des marqueurs identitaires créés par les colons. Bon nombre de lettrés africains se sont approprié ce vocabulaire pour distinguer les populations qui ignoraient ces modes d’identification ou d’orientation. Ainsi, en milieu joola, les mots « Sud » et « Nord » n’existent pas. Pourtant, la plupart des lettrés de ce groupe (ou de la Casamance) vont les utiliser pour se différencier des Sénégalais du Nord.

    29 Voir la critique de Diédhiou (2011) à propos de cette substitution.

    30 Voir également Roche (2000).

    31 Il s’agit entres autres d’Émile Badiane et d’Ibou Diallo.

    32 Voir également Diédhiou (2011).

    33 À la réception de la lettre, Léopold Sédar Senghor convoqua tous les ministres originaires de la Casamance et dépêcha Robert Sagna pour négocier avec l’expéditeur (l’abbé Diamacoune Senghor). Sur ce point, voir Manga (2012). Paul Ndiaye, géographe et enseignant-chercheur à l’université Cheikh Anta Diop de Dakar, nous rapportait les propos de Léopold Sédar Senghor en réponse à Diamacoune Senghor : « Je connais le problème de la Casamance mieux que toi et avant toi. Je suis Sereer, tu es Joola. Partout où tu me convoques tu me trouveras ou je te devancerai » (propos recueillis à Dakar le 12 novembre 2018, entretien avec Paul Ndiaye).

    34 Les trois lettres (28 septembre 1978, 20 décembre 1980 et 22 avril 1981) figurent en annexe de la thèse de Diédhiou (2002).

    35 Lettre du 28 septembre 1978.

    36 Arrêté ministériel n° 5606/MEN/ du 23 novembre 1998.

    37 Sur ce point, voir Manga (2012).

    38 Les experts se contentent habituellement de cette définition conventionnelle pour qualifier le conflit de Casamance. Le quantitatif (nombre de morts par jour ou par an ; les armes utilisées) l’emporte fréquemment sur le qualitatif. Cette définition présente des limites, car elle ne prend pas en compte la durée des conflits et les perceptions des populations qui en sont victimes. Une personne qui a subi des exactions (viol, meurtre, assassinat) et qui, durant des années, vit en ville dans la misère parce que les rizières ou les champs qu’elle exploitait sont minés ne définirait pas ce conflit de la sorte. Il nous semble qu’au-delà de cette définition conventionnelle, nous devons privilégier la perception que les populations casamançaises, plus particulièrement les Joola ajamat, ont du conflit. Elles utilisent le terme hutik (« guerre ») pour parler du conflit de Casamance. L’expression courante qu’elles emploient souvent est « hutika hata Casamance », « la guerre de Casamance ». Or c’est bien le mot « guerre » que récuse l’État du Sénégal qui se réfugie derrière cette définition conventionnelle pour cacher ce conflit, pour ne pas faire « fuir » les bailleurs de fonds ou pour ne pas ternir l’image de vitrine démocratique de l’Afrique.

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    Kastberg Sjöblom, Margareta, et al., éditeurs. Nouvelles voix/voies des discours politiques en Afrique francophone. Presses universitaires de Franche-Comté, 2024, https://doi.org/10.4000/books.pufc.52886.
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