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    Plan

    Plan détaillé Texte intégral Présentation du corpus et de la méthodologie Variations génériques en discours politiques Vocabulaire et thématiques des discours présidentiels Conclusion Bibliographie Notes de bas de page Auteur

    Nouvelles voix/voies des discours politiques en Afrique francophone

    Ce livre est recensé par

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    Table des matières

    Chapitre 2

    La textométrie au service de l’analyse comparative de discours de présidents africains

    Margareta Kastberg Sjöblom

    p. 27-50 (volume 2)

    Texte intégral Bibliographie Notes de bas de page Auteur

    Texte intégral

    1Ce travail s’intéresse aux discours des présidents des pays francophones d’Afrique de l’Ouest pendant et après l’indépendance et la période de la décolonisation, en prenant appui sur les méthodologies quantitatives. L’analyse de discours outillée, grâce à l’exploration de données textuelles et à la textométrie, permet ici d’étudier ce corpus sous un jour nouveau de manière systématique. En effet, l’analyse de données textuelles (ADT) telle qu’elle se pratique aujourd’hui, avec des outils informatiques de plus en plus performants, ouvre la voie à des analyses précises sur la structure d’un corpus, sur son lexique, sur la morphologie et les parties de discours aussi bien que sur la chaîne syntaxique. En recourant à des outils de traitement informatiques, comme ici la textométrie, il est en effet possible de dégager les modèles de fonctionnement (lexical, grammatical, syntaxique, phraséologique, pragmatique) des discours et des textes pour une meilleure compréhension des genres discursifs et de la textualité et pour des connaissances accrues sur les stratégies de communication et d’argumentation.

    2Nous nous focalisons dans cet article sur l’étude du vocabulaire et de thèmes : l’exploration statistique du logiciel donne la possibilité d’analyses diverses et l’accès à plusieurs fonctions thématiques. Le programme permet en effet d’analyser les spécificités, d’extraire les corrélats thématiques, et il recense aussi tous les termes situés dans l’environnement immédiat d’un mot donné. L’analyse des corrélats sémantiques et thématiques révèle des caractéristiques de chaque genre de discours dans ce corpus et l’analyse factorielle montre les orientations des textes dans une perspective multidimensionnelle.

    3Notre base de données, qui est en cours de construction1, contient une centaine de discours de présidents de plusieurs pays francophones d’Afrique. Elle regroupe des discours prononcés et diffusés pendant les campagnes électorales des futurs présidents ; des discours qui s’adressent aux sympathisants, aux électeurs potentiels, aux militants et aux membres des partis politiques. La base contient également des discours tenus durant leurs mandats d’exercice en tant que présidents dans des situations différentes : discours devant l’assemblée générale, devant des assemblées diverses, des institutions, des associations sportives, etc., ainsi que des discours très officiels adressés à la nation2.

    4L’objet est ici clairement méthodologique, mais il s’agit en outre de donner un aperçu de notre étude plus large sur le discours présidentiel postcolonial en Afrique de l’Ouest francophone.

    Présentation du corpus et de la méthodologie

    5Nous avons constitué un corpus à partir des discours prononcés par des présidents de plusieurs pays francophones d’Afrique de l’Ouest, le Sénégal, la Guinée-Conakry, le Burkina Faso, le Cameroun et le Bénin, durant une période de plus de 70 ans, de 1949 à nos jours3. Afin de pouvoir exploiter ces textes avec des outils statistiques, nous avons constitué un corpus informatique, à partir des documents numérisés et diffusés sur des sites officiels ou bien, dans certains cas, avec l’aide du scanner et d’un logiciel d’océrisation4. Ensuite, ce corpus a été traité et exploré par le logiciel Hyperbase, dans sa version 9.05. Hyperbase, désormais bien connu, est un logiciel d’exploitation documentaire et de traitement quantitatif des grands corpus textuels qui autorise un ensemble de traitements sur des corpus de textes prédéfinis ou choisis par l’utilisateur. Il permet ainsi le traitement statistique et automatique des données, qui peut servir de plateforme pour diverses études. Hyperbase est susceptible de traiter les sorties lemmatisées6 et ne met donc plus seulement en équation les « mots », mais aussi les lemmes, les codes grammaticaux, les enchaînements syntaxiques. Il permet l’exploitation documentaire et l’obtention des contextes et des concordances. La distribution d’un mot peut être étudiée dans l’ensemble des textes qui composent le corpus de travail, et visualisée grâce aux applications graphiques. L’exploration statistique du logiciel donne la possibilité d’analyses diverses, comme celles sur la richesse lexicale, l’accroissement lexical, la distance lexicale, la corrélation chronologique, etc., mais le programme permet également d’analyser les spécificités lexicales aussi bien d’un point de vue endogène qu’exogène, grâce à la mise en contraste avec un corpus de référence externe7 qui permet la comparaison et la contextualisation des données.

    6Notre corpus de discours présidentiels, en cours d’extension, s’étend sur plus de 70 ans, de 1949 à 2018, et constitue la première étape de la constitution d’un corpus encore plus complet des discours présidentiels francophones de l’Afrique de l’Ouest postcoloniale. Le corpus constitué englobe plus de 200 discours numérisés, soit presque 800 000 mots.

    7Le tableau suivant regroupe, par ordre chronologique8, les différents sous-corpus présents dans le corpus qui constitue la base de notre travail, avec les abréviations utilisées dans l’exploitation informatique et leur taille exprimée en nombre d’occurrences.

    Figure 1. La répartition des discours constitutifs du corpus

    NoSous-corpusCodePaysOccurrences
    1Léopold Sédar SenghorSESénégal267 425
    2Ahmed Sékou TouréSTGuinée-Conakry69 606
    3Abdou DioufDISénégal136 466
    4Thomas SankaraSABurkina Faso77 292
    5Paul BiyaBICameroun187 746
    6Patrice TalonTABénin24 652
     TOTAL occurrences  763 187

    8Le premier sous-corpus regroupe des discours de 1949 à 1986 prononcés par Léopold Sédar Senghor. Ces discours de l’académicien, homme de lettres et d’État français, élu le premier président du Sénégal lors de l’indépendance en 1960, portent principalement sur la politique intérieure. Mais, en outre, le corpus contient aussi des interventions en politique panafricaine en faveur de la francophonie, dont il est considéré comme un des pères fondateurs avec le Tunisien Habib Bourguiba, le Nigérien Hamani Diori et le prince Norodom Sihanouk du Cambodge.

    9Le deuxième sous-corpus provient d’un des premiers pays africains à accéder à l’indépendance, la Guinée-Conakry. Il regroupe les discours du président Ahmed Sékou Touré et contient des interventions prononcées devant le peuple guinéen durant son mandat présidentiel de 1958 à 1984, année de sa mort ; en effet, il décède subitement à l’âge de 62 ans.

    10Le troisième sous-corpus contient des discours d’Abdou Diouf, Premier ministre puis successeur de Léopold Sédar Senghor à la présidence du Sénégal. Les discours de ce sous-corpus proviennent de la période de sa présidence du pays de 1981 à 2000. Les discours de ce diplomate, économiste et juriste, prononcés durant son mandat ultérieur de secrétaire général de l’Organisation internationale de la francophonie (OIF) ne sont pas inclus dans ce corpus.

    11Un ensemble de discours prononcés par l’homme d’État révolutionnaire, le Burkinabé Thomas Sankara, constitue le quatrième sous-ensemble de notre corpus (Prairie, 2007). La taille relativement réduite de ce corpus s’explique par l’assassinat de Thomas Sankara à l’âge de 38 ans et la courte période de son mandat (1983-1987). Ces discours ont beaucoup marqué la population à l’époque et le souvenir de l’homme reste vivace dans la jeunesse burkinabé, mais aussi plus généralement en Afrique, qui en a fait une icône, un « Che Guevara africain ».

    12Paul Biya est né en 1933 à Mvomeka’a, dans le sud du Cameroun. Après des études à Sciences Po à Paris, il rentre au pays en 1962 pour débuter sa carrière politique. Il devient Premier ministre en 1975 et après six ans dans cette fonction, en 1982, il est élu président du Cameroun. Paul Biya occupe toujours ces fonctions et détient le record en longévité de pouvoir exercé parmi les présidents représentés dans notre corpus9.

    13Le sixième et dernier sous-corpus de cette base de données provient de discours prononcés par le président du Bénin, Patrice Talon, entre 2016 et 2018. Patrice Talon est né en 1958 ; il fait ses études supérieures à Paris avant de rentrer au Bénin où il fait une carrière en tant qu’homme d’affaires. Il a fait fortune notamment dans la filière agricole dans les années 1980 et sa fortune est estimée être un des plus grands patrimoines privés d’Afrique subsaharienne francophone. À partir des années 1990, il s’investit dans la politique et il accède à la fonction présidentielle en 2016. Malgré une situation conflictuelle, Patrice Talon est encore aujourd’hui au pouvoir.

    14Les discours de ces présidents varient selon les époques et les situations politiques des pays. Nous avons collecté des échantillons qui proviennent aussi de différents moments de leurs carrières avant, pendant et parfois après leurs mandats présidentiels et nous constatons aussi une divergence générique assez importante à l’intérieur de chaque corpus.

    Variations génériques en discours politiques

    15La notion de genre occupe depuis les années 1980, notamment en France, une place considérable dans les travaux des chercheurs en linguistique, même si leurs points de vue sont parfois très différents, principalement en raison des fondements épistémologiques qui soutiennent leur réflexion. Ainsi, selon la discipline et l’auteur, parlera-t-on de « genre(s) du discours » ou de « genre discursif », de « genre(s) de discours », de « genre(s) de texte(s) » ou tout simplement, de « genre(s) ». Nous adoptons ici la conception bakhtinienne, défendue par Jean-Michel Adam (1999), de « genre(s) de discours ».

    16Le recours à la méthodologie de la textométrie permet de dégager les modèles de fonctionnement (lexical, grammatical, syntaxique, phraséologique, pragmatique) des différents genres de discours de façon systématique et ordonnée. L’analyse des corpus en situation montre en effet que le lexique, la morphosyntaxe, la structure et le rythme du récit varient avec les genres de discours. L’opposition entre les différentes typologies est toujours présente et souvent même prépondérante dans les différentes analyses statistiques, notamment lorsque l’on s’intéresse, comme ici, à la sémantique et aux structures thématiques. Dans l’étude textométrique, l’opposition générique est en effet extrêmement claire et permet de définir des caractéristiques génériques en s’appuyant non sur des valeurs anthropologiques ou sociales, mais sur les propriétés mêmes des textes (ibid).

    17Ces variations génériques, indiscutables et déjà bien documentées par ailleurs, sont-elles observables également à l’intérieur de notre corpus de discours politiques ?

    18Nous nous intéressons ici aux oppositions génériques dans la structure du vocabulaire et au niveau du contenu lexical et thématique d’un corpus textuel. De l’analyse textométrique de notre corpus ressort la constellation générique suivante.

    Figure 2. La répartition générique du corpus

    Genres de discours présidentiels
    Discours de campagne électorale
    Discours de président en fonction
    Discours devant l’Assemblée nationale
    Discours autour d’événements politiques
    Discours de congrès
    Discours devant différents conseils
    Discours dans le domaine des finances
    Discours de cérémonies
    Discours de vœux
    Interviews

    19Les différentes analyses du corpus font apparaître que le discours politique, comme tout autre discours, est fortement conditionné par le genre de discours.

    20Clébert Agenor Njimeni Njiotang (2018) montre ainsi dans sa thèse que cette variation générique est prépondérante à l’intérieur d’un corpus de discours politiques, comme dans le cas de son étude chez le président Paul Biya. Il distingue dans sa thèse 10 genres de discours différents au sein des discours du président camerounais :

    • actes de réélection ;
    • autres événements politiques ;
    • congrès RDPC ;
    • conseils ministériels ;
    • construction d’ouvrages publics ;
    • contexte de crises sociales ;
    • fêtes de la jeunesse ;
    • discours de célébrations ;
    • discours de fin d’année ;
    • interviews.

    21Nous prenons exemple de cette classification précise pour effectuer une analyse de la distance lexicale10 entre les différents sous-corpus génériques, l’analyse arborée ci-dessous rendant compte des proximités et des éloignements thématiques.

    Figure 3. Distance lexicale entre les sous-corpus de Paul Biya

    Image

    Source : © Margareta Kastberg Sjöblom.

    22On remarque sur la même branche, en haut du graphique, des proximités au niveau du vocabulaire entre les discours de réélection, les discours pour les fêtes de la jeunesse, les discours devant le congrès RDPC et les fêtes de fin d’année, tous des discours très patriotiques. Sur une même branche à gauche, on trouve les discours en contexte de crises sociales et les discours qui concernent la construction d’ouvrages publics, c’est-à-dire des discours émanant d’un président en fonction qui se trouve en position de justification. Les interviews se rapprochent des précédents au niveau thématique, tout en sachant que le mode d’énonciation de l’interview en tant que genre de discours diffère des autres. Trois types de discours s’éloignent, partant directement du nœud (Mellet et al., 2009) sans pour autant avoir des affinités entre eux ; ce sont les discours de célébrations, les conseils ministériels et les discours concernant d’autres événements politiques.

    23Les exemples suivants issus du sous-corpus de Paul Biya illustrent deux types de discours présidentiels :

    (1) Mesdames, Messieurs, Chers camarades,
    Je vous souhaite la bienvenue à ces assises du premier congrès ordinaire du RDPC, dans le cadre de ce palais, centre d’accueil des grandes rencontres et siège de notre parti.
    Je remercie les camarades du Mfoundi pour la chaleur de leur accueil et pour leur fraternelle hospitalité […]11.

    (2) C’est par l’élection que les peuples choisissent les gouvernants. Je considère que se dérober à ce devoir, à cette tâche, c’est se soustraire à un acte essentiel de la vie démocratique. D’ailleurs, je sais qu’il y a le problème de date. Peut-être alliez-vous y venir, mais il n’est pas le seul. Nos partis sont jeunes, peut-être qu’ils ont aussi un certain nombre de problèmes. Je tiens à le dire ici, nous sommes prêts à favoriser la démocratie, à voir ce que nous pouvons faire, pour favoriser une participation massive des partis aux élections. Concrètement, et chiffre à l’appui, je peux annoncer, et j’ai le plaisir d’annoncer que je mets à la disposition des partis politiques un crédit, une somme de 500 millions de FCFA12.

    (3) Une nouvelle fois, prenons en exemple nos Lions Indomptables et nos Lions Espoir qui ont illustré notre pays au cours de l’année qui s’achève. Parce qu’ils ont du talent, parce qu’ils ont l’esprit d’équipe, parce qu’ils veulent gagner, ils l’ont remporté. Faisons comme eux, et comme eux, nous gagnerons.
    Camerounaises, Camerounais, je vous présente à toutes et tous mes vœux les plus sincères de santé, de bonheur et de paix pour la nouvelle année.
    Bonne et heureuse année 2001 !
    Vive le Cameroun13 !

    24Le retour au texte permet ici de constater, à l’œil nu, le contraste entre les deux discours, d’un côté un discours tenu devant le congrès du parti RDPC dominant14, et de l’autre, un discours plus largement tourné vers le peuple camerounais lors des vœux de fin d’année 2000.

    25Paul Biya tient effectivement aux discours de célébrations, aux discours pour les fêtes de la jeunesse et aux discours autour des événements sportifs, tandis que chez Léopold Sédar Senghor, Abdou Diouf et Patrice Talon, ces types de discours sont très rares. Chez Ahmed Sékou Touré et Thomas Sankara, ils sont totalement absents15.

    26En effet, au-delà de la variation générique à l’intérieur d’un sous-corpus, la distribution générique connait de larges disparités entre un président et l’autre. Toutefois, il s’avère que la classification que nous propose Clébert Agenor Njimeni Njiotang est applicable également aux autres sous-corpus de notre base de données et est, plus globalement, adaptée pour une classification plus générale des genres de discours politiques présidentiels africains francophones.

    27L’étude textométrique confirme par son analyse systématique et précise cette hypothèse. La variation générique est bien présente à tous niveaux, au niveau structurel et au niveau morphosyntaxique, mais c’est au niveau lexical que l’on trouve dans les discours politiques les plus grandes variations.

    28En outre, nous constatons à travers ces analyses sur les genres de notre corpus des différences assez importantes par rapport aux discours politiques en France et en Europe francophone (Kastberg Sjöblom et Leblanc, 2012), où le rituel du discours politique fonctionne souvent selon d’autres paramètres. Le discours politique français, aussi bien que le discours américain, prend souvent la forme d’un débat perçu comme un duel qui voit s’affronter deux adversaires (Barbet et Mayaffre, 2007). Dans une campagne électorale française par exemple, il ne s’agit pas de s’adresser librement aux électeurs, mais d’introduire un échange conflictuel entre deux adversaires que l’on ne trouve pas de la même manière en Afrique de l’Ouest où l’opposition est parfois absente, voire inexistante dans le débat politique. Peut-on parler d’une spécificité du discours politique francophone en Afrique de l’Ouest dans l’opposition marquée des traits textuels selon les genres ?

    29C’est en effet dans le choix des mots et du vocabulaire que l’on peut le mieux distinguer les présidents les uns des autres.

    Vocabulaire et thématiques des discours présidentiels

    30Notre corpus, nous l’avons vu, contient 763 187 occurrences réparties sur les six sous-corpus de discours16. Le recensement des occurrences les plus fréquentes s’appuie sur la fréquence absolue17 et il rend bien compte des caractéristiques lexicales de l’ensemble du corpus, sans tenir compte des variations individuelles.

    Figure 4. Les plus hautes fréquences

    Image

    Source : © Margareta Kastberg Sjöblom.

    31La colonne de gauche liste les plus hautes fréquences des formes graphiques. On trouve ici la même configuration que celle de la plupart des corpus de langue française, c’est-à-dire une liste avec, en tête, les mots-outils. En revanche, lorsque le recensement est fait à partir de lemmes (deuxième colonne), nous remarquons parmi les mots les plus fréquents les pronoms personnels « nous » et « je », très présents dans tous les discours politiques. Nous trouvons parmi les mots les plus fréquents des « mots pleins », très révélateurs du discours politique dans cette partie du monde :

    • pays ;
    • peuple ;
    • politique ;
    • Afrique ;
    • gouvernement ;
    • monde ;
    • économique.

    32Ces mots sont présents dans presque tous les discours de notre corpus et reflètent des thèmes centraux dans le discours politique. Toutefois la distribution n’est pas régulière à travers le corpus : les occurrences se répartissent différemment selon les genres, mais aussi selon les locuteurs. La répartition des discours en six sous-parties, comme indiqué plus haut, permet d’étudier chaque sous-corpus individuellement et de les comparer. Regardons la distribution d’un des mots les plus fréquents du corpus : « pays ». Le calcul de la fréquence relative18 permet de rendre compte de la distribution chronologique dans les différentes parties du corpus comme le montre l’histogramme suivant.

    Figure 5. Fréquence relative du mot « pays »

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    Légende : Les bâtons rouges correspondent à une fréquence relative positive et les bâtons bleus correspondent à une fréquence relative négative. Les lignes pointillées autour de l’axe 0 correspondent au seuil de signification de 5 %.

    Source : © Margareta Kastberg Sjöblom.

    33On constate ici que ce sont Abdou Diouf, Patrice Talon, et surtout Paul Biya, qui utilisent de façon significative le mot « pays », qu’il est très peu utilisé par Ahmed Sékou Touré et Thomas Sankara et enfin, qu’il est largement absent chez Léopold Sédar Senghor.

    34Ahmed Sékou Touré et Thomas Sankara préfèrent le mot « peuple » au mot « pays ».

    Figure 6. Fréquence relative du mot « peuple »

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    Source : © Margareta Kastberg Sjöblom.

    35Les discours révolutionnaires de Thomas Sankara et d’Ahmed Sékou Touré font souvent appel à ce terme « peuple » que l’on trouve par ailleurs très généralement dans les discours se réclamant du marxisme et du communisme du monde entier. Ce mot « peuple » est largement absent chez les autres présidents : Léopold Sédar Senghor, Paul Biya et Abdou Diouf ne l’utilisent presque jamais. Ce dernier introduit de façon significative dans le corpus l’appellation « nation », très peu utilisée par son prédécesseur.

    Figure 7. Fréquence relative du mot « nation »

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    Source : © Margareta Kastberg Sjöblom.

    36C’est l’économiste et juriste Abdou Diouf qui parle de la « nation », en l’occurrence du Sénégal. Ce mot est en effet très présent dans son discours et le caractérise par rapport aux autres présidents. Dans le discours de Léopold Sédar Senghor, son prédécesseur, le mot « nation » est absent, en revanche il parle d’« Afrique ».

    Figure 8. Fréquence relative du mot « Afrique »

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    Source : © Margareta Kastberg Sjöblom.

    37Ce choix reflète très bien la vision de Léopold Sédar Senghor pour l’Afrique et son projet qui allait bien au-delà des frontières, pour l’indépendance d’un continent et la promotion large de la langue française. Dans ses discours, le mot « Afrique » est souvent associé à la forme lexicale « noire ». On trouve cette constellation co-occurrentielle 90 fois dans son corpus. Les extraits suivants, issus de la première partie du sous-corpus, donnent des exemples de l’utilisation du syntagme « Afrique noire » de l’année 1950 en contexte :

    (4) Et quand je dis notre peuple, je ne pense pas aux seules populations du Sénégal, mais à celles de toute l’Afrique noire française, et je compte, parmi elles, les travailleurs d’origine européenne. Cette situation, c’est qu’il y a un médecin pour cent mille habitants, que le revenu d’une famille de huit à dix personnes ne dépasse pas 30 000 francs CFA par an, que seuls cinq enfants sur cent trouvent placent à l’école.

    (5) La République ne peut tolérer indéfiniment, en Afrique noire, un régime qui finirait par infecter et décomposer l’administration elle-même.

    (6) Nous vivrons aujourd’hui dans la communion avec tous les membres de notre nouvelle famille spirituelle, les travailleurs de l’Afrique noire et de toute l’Union française.

    (7) Mais rien n’est encore perdu si nous sommes décidés, en accord avec tous les partis indépendants de l’Afrique noire, et tous les démocrates de l’Union française, à opérer le redressement qui s’impose dans l’esprit de la révolution sociale – pour l’établissement de l’ordre de la condition humaine.

    (8) J’affirme, sans crainte d’être démenti par les faits, qu’en Afrique noire française, il n’y a pas de « séparatistes » ; il y a seulement des hommes qui se veulent libres et qui refusent de sacrifier leur dignité à la peur ou à l’intérêt, l’éthique à la politique, c’est-à-dire au combinat électoral, pour ne pas dire aux combinaisons.

    (9) Pour les territoires de l’Afrique noire et du Pacifique, nous vous parlerons en paysans plus soucieux d’être que de paraître.

    38Au-delà des différences significatives individuelles dans la distribution de ces mots, « pays », « nation », « Afrique » chez nos présidents, nous pouvons constater une évolution chronologique dans leurs emplois et leur distribution à travers le corpus. On parle de moins en moins de l’Afrique en général au fur et à mesure que le corpus avance dans le temps pour privilégier des mots qui font référence aux entités nationales du territoire.

    39Nous pouvons en effet constater une évolution chronologique du vocabulaire : certains mots sont abandonnés en faveur d’autres qui font leur apparition dans le corpus dans cette longue période qu’il embrasse. L’analyse factorielle de correspondance (AFC)19 nous permet plus largement de cerner des proximités et des éloignements au niveau lexical entre les présidents en les mettant en relation avec le facteur temporel20.

    Figure 9. Analyse factorielle du vocabulaire du corpus

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    Source : © Margareta Kastberg Sjöblom.

    40L’AFC nous permet ici de distinguer les éloignements et les proximités des discours présidentiels au niveau du vocabulaire. Il est aisé de constater que le vocabulaire de Léopold Sédar Senghor (SE), en haut à droite, se distingue complètement des autres. On y trouve des mots tels que « civilisation », « valeur », « réforme », « université », « culture », « négritude ». Les révolutionnaires, Thomas Sankara (SA) et Ahmed Sékou Touré (ST), partagent de leur côté un vocabulaire caractérisé par des mots tels que « jeunesse », « engagement », « solidarité », « liberté », « ennemi », « camarade ». Les trois hommes politiques les plus récents de notre corpus21, Abdou Diouf (DI), Paul Biya (BI) et Patrice Talon (TA), ont un vocabulaire qui témoigne d’une politique centrée sur l’économie, l’organisation territoriale et le système social. On voit donc, au-delà des différences individuelles, une évolution claire du vocabulaire, à partir de la politique visionnaire de Léopold Sédar Senghor vers une politique d’idéologie, parfois marxiste, et à partir des années 1980, vers un vocabulaire qui témoigne des intérêts plus nationaux, centrés sur des questions économiques et sociales.

    41Afin de mieux comprendre le vocabulaire de chaque président, le calcul de la spécificité lexicale nous permet de cerner les choix individuels des différents locuteurs. Il s’agit ici de comparer un sous-corpus choisi avec l’ensemble des sous-corpus afin d’en extraire le vocabulaire spécifique22.

    42Voici les spécificités lexicales du sous-corpus « Senghor ».

    Figure 10. Spécificités lexicales des discours de Léopold Sédar Senghor

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    Source : © Margareta Kastberg Sjöblom.

    43La colonne de gauche regroupe en ordre hiérarchique les formes lexicales spécifiques23 du discours de Léopold Sédar Senghor par rapport aux cinq autres présidents. On trouve en tête de liste des mots comme « civilisation », « négro », « négritude », « art », « mer », « français », « française », « noire », « nègre », etc. Ces mots n’étonnent pas quand on connait les discours senghoriens ; ce sont des mots qui témoignent d’un discours visionnaire sur l’avenir de l’Afrique francophone au moment de l’indépendance des différents pays. La deuxième colonne regroupe les spécificités négatives, c’est-à-dire les mots absents dans les discours de Léopold Sédar Senghor par rapport aux autres discours, toujours en ordre hiérarchique. On y trouve des mots tels que « notre », « peuple », « pays », « révolution », « démocratie ». Il ressort de cette liste que le pronom « nous » dans toutes ses formes est largement absent chez Léopold Sédar Senghor. Pourquoi ? En regardant de plus près, il s’avère que non seulement la première personne du pluriel est significativement absente chez Léopold Sédar Senghor, mais que l’utilisation de pronoms personnels en général est moins présente dans ses discours en comparaison avec ceux des autres présidents de notre corpus. Les discours de Léopold Sédar Senghor contiennent des tournures stylistiques et littéraires que l’on ne trouve pas dans les discours des autres présidents. Les pronoms personnels de la première et de la deuxième personne sont, dans son discours, souvent « remplacés » par le mot « Afrique » qui sert de pivot nominal et parfois même de sujet dans les phrases. Ce trait stylistique et rhétorique sera abandonné au fur et à mesure que notre corpus avance dans le temps, en faveur d’un tout autre vocabulaire.

    44Regardons les spécificités de son successeur, Abdou Diouf.

    Figure 11. Spécificités lexicales des discours d’Abdou Diouf

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    Source : © Margareta Kastberg Sjöblom.

    45On constate tout de suite le changement au niveau du vocabulaire dans les discours d’Abdou Diouf. En tête de liste, on trouve des mots tels que « Sénégal », « démocratie », « développement », « solidarité », « économique », « monétaire », « national », etc., qui témoignent d’un changement thématique radical dans les discours politiques sénégalais. Les spécificités négatives témoignent également de l’abandon de certains thèmes chers à Léopold Sédar Senghor tels que « civilisation », « Europe », « hommes », « femmes », « peuple », etc.

    46Les discours d’Ahmed Sékou Touré et de Thomas Sankara emploient un vocabulaire tout autre. On trouve en tête de liste chez les deux présidents le vocabulaire caractéristique du discours marxiste avec des mots comme « révolution », « révolutionnaire », « peuple », « camarade », « impérialiste », « ennemi », « populaire ». Constatons au passage que Thomas Sankara est le seul parmi nos six présidents à utiliser de façon significative le mot « femme ». Mais comment emploie-t-il ce mot ? Dans quel contexte ? Quel est l’univers thématique qui entoure ce mot « femme » dans les discours de Thomas Sankara ?

    47L’extraction d’un univers thématique peut se faire de façon systématique par le calcul des co-occurrences qui gravitent autour d’un mot-pôle. Le logiciel Hyperbase permet en effet d’extraire les mots qui entourent un mot-pôle choisi à partir du corpus même. II ne s’agit pas ici d’un champ thématique préétabli, mais d’une extraction automatique du contexte d’un item lexical qui permet de créer un sous-corpus à partir des paragraphes où l’on trouve le mot-pôle, ici « femme ». En confrontant le mot « femme » à son contexte, ici donc le paragraphe, on obtient un fichier dont on créera un sous-corpus constitué par les mots qui gravitent autour du pôle, ce qui permet de définir l’univers thématique. Le graphique suivant rend compte des différents liens sémantiques, de leur force et de leurs constellations.

    Figure 12. L’environnement thématique du mot « femme » chez Thomas Sankara

    Image

    Source : © Margareta Kastberg Sjöblom.

    48Cette constellation thématique autour du mot « femme » témoigne bien d’un discours militant féministe avec des mots comme « exploitation », « émancipation », « prostitution », « opprimé », etc.

    49Thomas Sankara était-il précurseur dans le mouvement féministe en Afrique de l’Ouest ? Ou s’agit-il simplement d’une stratégie électorale ? Voici quelques exemples extraits de ses discours :

    (10) Je parle au nom des femmes du monde entier, qui souffrent d’un système d’exploitation imposé par les mâles.
    En ce qui nous concerne nous sommes prêts à accueillir toutes les suggestions du monde entier nous permettant de parvenir à l’épanouissement total de la femme burkinabé.
    En retour, nous donnons en partage à tous les pays l’expérience positive que nous entreprenons avec des femmes désormais présentes à tous les échelons de l’appareil d’État et de la vie sociale au Burkina Faso.
    Des femmes qui luttent et proclament avec nous que l’esclave qui n’est pas capable d’assumer sa révolte ne mérite pas que l’on s’apitoie sur son sort24.

    50En effet, l’orientation politique des présidents a une grande influence sur le choix des mots et de leurs combinaisons. L’extraction automatique des phrases clefs des différents corpus permet de faire des observations intéressantes. Il s’agit ici d’une extraction des mots les plus fréquents qui sont le plus souvent co-occurrents, c’est-à-dire qui se trouvent le plus souvent en proximité (Brunet, 2011, p. 93-94). Hyperbase permet en effet d’extraire des « phrases clefs », « séquences de paragraphes caractéristiques par quoi on tente de donner une idée du contenu d’un texte » (ibid., p. 22). Pour cela, le logiciel calcule un quotient déterminant pour ne retenir que les paragraphes contenant les spécificités les plus nombreuses et significatives, complétant l’étude des spécificités lexicales par celle de spécificités phrastiques. Les phrases clefs extraites de notre corpus s’avèrent être très significatives des différents locuteurs :

    (11) La culture pourrait être définie comme la civilisation25 en raison, ou mieux, l’esprit de la civilisation (Léopold Sédar Senghor).

    (12) Prêt pour la révolution, l’impérialisme à bas, le colonianisme à bas, le néocolonialisme à bas, vive la révolution (Ahmed Sékou Touré).

    (13) Ces orientations concernent la période de l’ajustement, la nécessaire intégration des politiques monétaires et budgétaires, la sélectivité de la politique monétaire et enfin, le rôle des banques primaires (Abdou Diouf).

    (14) Le Conseil national de la révolution invite le peuple voltaïque à constituer partout des comités de défense de la révolution pour participer à la grande lutte patriotique du CNR et pour empêcher les ennemis intérieurs et extérieurs de nuire à notre peuple (Thomas Sankara).

    (15) Mes chers jeunes compatriotes, votre fête cette année vous convie opportunément à une réflexion sur votre rôle dans l’évolution du processus démocratique en cours dans notre pays (Paul Biya).

    (16) Monsieur le Président de la Cour suprême, c’est sur ces mots d’espoir, qu’au nom du peuple béninois, de son gouvernement et en mon nom personnel, je voudrais vous souhaiter, Mesdames et Messieurs les membres de la Cour suprême et des cours et tribunaux de la République, une bonne et fructueuse année judiciaire 2017-2018. Vive l’État de droit ! (Patrice Talon).

    51Ces courts extraits du corpus reflètent bien les caractéristiques lexicales et thématiques de chaque orateur et nous donnent une image rapide des différences profondes dans leur façon de s’adresser au peuple (ou à la Cour suprême, comme le fait très souvent Patrice Talon). Cette analyse nous donne des indications sur les récepteurs des discours. À qui s’adressent-ils ? Vers quel auditoire se tournent-ils ?

    52Dans le cas de Léopold Sédar Senghor, cette étude confirme ce que nous avons pu constater auparavant : il s’agit d’un discours qui s’adresse aussi bien aux peuples africains qu’à la France, encore pouvoir colonisateur. Les révolutionnaires Ahmed Sékou Touré et Thomas Sankara se tournent vers la population locale dans le but d’une mobilisation clairement militante. Les discours d’Abdou Diouf et de Patrice Talon font appel aux institutions nationales, économiques, juridiques et administratives. Paul Biya s’écarte des autres, en s’adressant très souvent aux jeunes et en donnant beaucoup d’importance aux discours de célébrations nationales camerounaises.

    53Toutefois, c’est peut-être l’étude de la distance lexicale qui illustre le plus clairement les affinités et les oppositions entre les discours de nos présidents. L’étude de la distance lexicale s’intéresse en effet au vocabulaire de chacun des sous-corpus et au repérage de ceux qui partagent des thèmes semblables (Muller, 1993, p. 145). Le calcul de la distance entre les vocabulaires de plusieurs textes d’un corpus vise, en effet, à répondre à la question : quels sont les textes les plus proches et les plus éloignés du point de vue de leur contenu lexical et thématique ?

    Figure 13. Analyse arborée de la distance lexicale

    Image

    Source : © Margareta Kastberg Sjöblom.

    54L’analyse confirme ici parfaitement la proximité entre les discours d’Ahmed Sékou Touré et de Thomas Sankara, qui se trouvent sur la même branche. Nous constatons par la suite la singularité de Léopold Sédar Senghor et de son discours d’une tonalité plus littéraire que les autres. Abdou Diouf se trouve également à part en tant qu’il introduit un nouveau discours plus socioéconomique dans la région et, finalement, nous observons la proximité lexicale des discours de Paul Biya et de Patrice Talon, les seuls présidents du corpus encore en fonction aujourd’hui. En effet, cette analyse permet aussi de constater une évolution chronologique des thématiques dans les discours. Le corpus s’étend sur une période caractérisée par la colonisation, puis par l’indépendance et par la suite, par la décolonisation. Il s’agit donc d’un vocabulaire qui évolue avec le temps, qui suit les mouvements sociétaux dans une période charnière de l’histoire.

    Conclusion

    55Ainsi, la numérisation et l’analyse statistique assistée par ordinateur ainsi que le recours à la méthodologie textométrique nous donnent ici des outils performants pour étudier de façon systématique et ordonnée une assez grande masse de textes, pour en obtenir des données statistiques, c’est-à-dire une lecture globale, impossible à faire à l’œil nu. Et par le retour au texte, à une lecture locale, elle permet aussi une analyse fine et précise, bien qu’elle ne dispense nullement de l’analyse experte qualitative d’un discours.

    56Les analyses des corpus des six discours présidentiels nous ont permis de dégager différentes tendances. Premièrement, on a pu constater et confirmer les différences génériques à l’intérieur du discours politique. Chaque genre de discours qu’inclut ce corpus de discours politiques présidentiels a des propriétés caractéristiques et prédominantes dans l’analyse textométrique.

    57L’analyse nous a aussi permis de mettre en exergue et d’extraire les thèmes et leur évolution à travers plus d’un demi-siècle de politique africaine francophone. Nous avons également pu dégager, de manière systématique, l’influence de l’orientation politique sur le lexique et l’évolution du discours politique dans le temps, partant d’un discours très idéaliste, littéraire et visionnaire mettant l’homme et l’Afrique au centre, vers un discours focalisé de plus en plus sur le développement économique et les intérêts socioéconomiques nationaux, en passant par une période caractérisée par un mouvement révolutionnaire et marxiste.

    58Pour conclure, notre article, qui n’a pas la prétention d’être une étude exhaustive de ces discours de présidents, donne un aperçu rapide des possibilités qu’offre l’approche textométrique. Cette méthodologie fournit une base solide pour l’interprétation des discours, non seulement au niveau lexical et discursif, mais aussi morphosyntaxique, stylistique et pragmatique. L’analyse de discours outillée ouvre plus largement la voie à des interprétations et à des connaissances sur les stratégies de communication et de l’argumentation en mettant en exergue les caractéristiques différentes dans des études comparatives.

    Bibliographie

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    Format

    Brunet, E. (2003). Peut-on mesurer la distance entre deux textes ?. OpenEdition. https://doi.org/10.4000/corpus.30
    Mellet, S., Luong, N. X., Longrée, D., & Barthelemy, J.-P. (2009). Représentations du texte pour la classification arborée et l’analyse automatique de corpus. Application à un corpus d’historiens latins. OpenEdition. https://doi.org/10.4000/msh.11152
    Brunet, Etienne. “Peut-on Mesurer La Distance Entre Deux textes ?”. Corpus. OpenEdition, December 15, 2003. doi:10.4000/corpus.30.
    Mellet, Sylvie, Nguyen Xuan Luong, Dominique Longrée, and Jean-Pierre Barthelemy. “Représentations Du Texte Pour La Classification arborée Et l’analyse Automatique De Corpus. Application à Un Corpus d’historiens Latins”. Mathématiques Et Sciences Humaines. OpenEdition, December 30, 2009. doi:10.4000/msh.11152.
    Brunet, Etienne. “Peut-on Mesurer La Distance Entre Deux textes ?”. Corpus, nos. 2, OpenEdition, 15 Dec. 2003. Crossref, https://doi.org/10.4000/corpus.30.
    Mellet, Sylvie, et al. “Représentations Du Texte Pour La Classification arborée Et l’analyse Automatique De Corpus. Application à Un Corpus d’historiens Latins”. Mathématiques Et Sciences Humaines, nos. 187, OpenEdition, 30 Dec. 2009, pp. 107-21. Crossref, https://doi.org/10.4000/msh.11152.

    Cette bibliographie a été enrichie de toutes les références bibliographiques automatiquement générées par Bilbo en utilisant Crossref.

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    Prairie Michel (dir.), 2007, Thomas Sankara parle. La révolution au Burkina 1983-1987, Londres, PathfinderPress.

    Notes de bas de page

    1 L’ambition est de créer un corpus plus vaste regroupant plus largement les discours présidentiels de l’Afrique de l’Ouest francophone postcoloniale.

    2 Nous remercions vivement les collègues et les étudiants qui par leurs travaux ont contribué à la constitution de ce corpus, en mettant à notre disposition leurs différents corpus textuels : Marius Djidjoho Ahoumenou, Yasmine Aka, Alioune Badara Gueye, Alpha Barry et Clébert Agenor Njimeni Njiotang.

    3 Ce corpus est en cours de constitution et en cours d’extension.

    4 Un choix de discours de Thomas Sankara, regroupés dans l’ouvrage Thomas Sankara parle. La révolution au Burkina 1983-1987 et présentés par Michel Prairie, contient 30 discours intégraux et entrevues qui ont été scannés et océrisés.

    5 Logiciel conçu par Étienne Brunet, au laboratoire « Bases, Corpus et Langage » à l’université de Nice-Sophia Antipolis.

    6 La lemmatisation consiste à l’étiquetage d’un corpus selon les catégories grammaticales et au classement des éléments du vocabulaire. Les codes grammaticaux fournis par l’étiqueteur morphosyntaxique au cours de l’opération de lemmatisation « automatique » constituent ici un outil indispensable notamment pour l’étude morphosyntaxique d’un corpus.

    7 Pour la comparaison des données, nous avons eu recours au corpus Frantext, abrité au laboratoire ATILF de Nancy, et à ses données du xxe siècle. Voir le site web de Frantext, URL : https://www.frantext.fr.

    8 Dans certains cas les années se recoupent inévitablement, mais nous avons essayé de conserver un ordre chronologique.

    9 Pour plus d’information sur la trajectoire politique de Paul Biya, voir Njimeni Njiotang (2018, p. 33-40).

    10 D’une manière générale, la distance absolue entre deux textes sera l’union de ces deux textes moins leur intersection, soit : . Lorsque l’on mesure la distance lexicale, il s’agit de comparer le vocabulaire des textes pris deux à deux, en neutralisant les différences de taille. Une faible distance indiquera que la plus grande partie de la surface du couple considéré est commune. À l’inverse, plus la distance s’accroît, plus cette partie commune est faible, laissant une large place au vocabulaire spécifique de chacun des textes.

    11 Extrait de l’allocution d’ouverture du président Paul Biya lors du 1er congrès ordinaire du RDPC à Yaoundé, le 28 juin 1990 (Njimeni Njiotang, 2018, vol. 2, p. 121).

    12 Extrait de l’interview accordée par le président Paul Biya au lendemain des événements sanglants de Yaoundé et Kousserie, et à la veille des législatives anticipées du 1er mars 1992 (Njimeni Njiotang, 2018, vol. 2, p. 467).

    13 Extrait du discours de fin d’année du président de la République, Paul Biya, à la nation, 31 décembre 2000 (Njimeni Njiotang, 2018, p. 387).

    14 Le Rassemblement démocratique du peuple camerounais (RDPC) est le parti au pouvoir du Cameroun. Il s’agit de l’ancienne Union nationale camerounaise, parti unique fondé par Ahmadou Ahidjo, ancien président de la République du Cameroun qui a dominé la vie politique camerounaise depuis l’indépendance en 1960.

    15 Il est évident que notre corpus ne couvre pas tous les discours de ces présidents, mais l’échantillon permet tout de même de donner des indications assez précises.

    16 Afin de pallier les différences de tailles des sous-corpus, Hyperbase fait appel au calcul de la probabilité, grâce à l’application de la loi normale et à l’écart réduit (Brunet, 2011).

    17 Généralement, les analyses textométriques s’appuient sur le calcul de la fréquence relative. Nous y reviendrons plus tard dans cet article.

    18 La fréquence relative est le rapport entre l’effectif absolu des attestations d’un mot et la taille du corpus.

    19 Une méthode efficace pour traiter des complexes de variables et des applications multilinéaires est l’analyse factorielle qui traite de grands matériaux statistiques Elle permet en effet de soumettre au calcul une série de formes, qui seront traitées ensemble selon les méthodes multidimensionnelles, et conduit à une cartographie signifiante dont les éléments peuvent être comparés à la cartographie planaire courante.

    20 Il s’agit ici des 250 occurrences les plus fréquentes du corpus (d’où l’encombrement inévitable sur le graphique) mises en relation avec les locuteurs.

    21 En tenant compte de la longévité au pouvoir de Paul Biya.

    22 Le logiciel Hyperbase effectue ces calculs et permet l’observation du vocabulaire spécifique de chacun des six sous-corpus en s’appuyant sur les techniques de la loi normale et sur les écarts réduits. Les spécificités propres au corpus peuvent aussi être repérées grâce à un système de segmentation interne du texte en plusieurs parties comparables. L’application fonctionne en accueillant des excédents de chaque partie du corpus par rapport aux autres, et la spécificité est déterminée par le calcul de l’écart réduit pour chaque forme dans chaque partie du corpus. Rappelons que les différences de taille entre les unités de comparaison dans le corpus sont nivelées grâce à une pondération statistique.

    23 Les troisième et quatrième colonnes regroupent les lemmes.

    24 Extrait du discours de Thomas Sankara devant l’assemblée générale de l’ONU, le 4 octobre 1984.

    25 Ce sont ici les occurrences les plus fréquentes et les plus spécifiques de chaque phrase clef qui figurent en gras.

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    • Margareta Kastberg Sjöblom
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    1 L’ambition est de créer un corpus plus vaste regroupant plus largement les discours présidentiels de l’Afrique de l’Ouest francophone postcoloniale.

    2 Nous remercions vivement les collègues et les étudiants qui par leurs travaux ont contribué à la constitution de ce corpus, en mettant à notre disposition leurs différents corpus textuels : Marius Djidjoho Ahoumenou, Yasmine Aka, Alioune Badara Gueye, Alpha Barry et Clébert Agenor Njimeni Njiotang.

    3 Ce corpus est en cours de constitution et en cours d’extension.

    4 Un choix de discours de Thomas Sankara, regroupés dans l’ouvrage Thomas Sankara parle. La révolution au Burkina 1983-1987 et présentés par Michel Prairie, contient 30 discours intégraux et entrevues qui ont été scannés et océrisés.

    5 Logiciel conçu par Étienne Brunet, au laboratoire « Bases, Corpus et Langage » à l’université de Nice-Sophia Antipolis.

    6 La lemmatisation consiste à l’étiquetage d’un corpus selon les catégories grammaticales et au classement des éléments du vocabulaire. Les codes grammaticaux fournis par l’étiqueteur morphosyntaxique au cours de l’opération de lemmatisation « automatique » constituent ici un outil indispensable notamment pour l’étude morphosyntaxique d’un corpus.

    7 Pour la comparaison des données, nous avons eu recours au corpus Frantext, abrité au laboratoire ATILF de Nancy, et à ses données du xxe siècle. Voir le site web de Frantext, URL : https://www.frantext.fr.

    8 Dans certains cas les années se recoupent inévitablement, mais nous avons essayé de conserver un ordre chronologique.

    9 Pour plus d’information sur la trajectoire politique de Paul Biya, voir Njimeni Njiotang (2018, p. 33-40).

    10 D’une manière générale, la distance absolue entre deux textes sera l’union de ces deux textes moins leur intersection, soit : . Lorsque l’on mesure la distance lexicale, il s’agit de comparer le vocabulaire des textes pris deux à deux, en neutralisant les différences de taille. Une faible distance indiquera que la plus grande partie de la surface du couple considéré est commune. À l’inverse, plus la distance s’accroît, plus cette partie commune est faible, laissant une large place au vocabulaire spécifique de chacun des textes.

    11 Extrait de l’allocution d’ouverture du président Paul Biya lors du 1er congrès ordinaire du RDPC à Yaoundé, le 28 juin 1990 (Njimeni Njiotang, 2018, vol. 2, p. 121).

    12 Extrait de l’interview accordée par le président Paul Biya au lendemain des événements sanglants de Yaoundé et Kousserie, et à la veille des législatives anticipées du 1er mars 1992 (Njimeni Njiotang, 2018, vol. 2, p. 467).

    13 Extrait du discours de fin d’année du président de la République, Paul Biya, à la nation, 31 décembre 2000 (Njimeni Njiotang, 2018, p. 387).

    14 Le Rassemblement démocratique du peuple camerounais (RDPC) est le parti au pouvoir du Cameroun. Il s’agit de l’ancienne Union nationale camerounaise, parti unique fondé par Ahmadou Ahidjo, ancien président de la République du Cameroun qui a dominé la vie politique camerounaise depuis l’indépendance en 1960.

    15 Il est évident que notre corpus ne couvre pas tous les discours de ces présidents, mais l’échantillon permet tout de même de donner des indications assez précises.

    16 Afin de pallier les différences de tailles des sous-corpus, Hyperbase fait appel au calcul de la probabilité, grâce à l’application de la loi normale et à l’écart réduit (Brunet, 2011).

    17 Généralement, les analyses textométriques s’appuient sur le calcul de la fréquence relative. Nous y reviendrons plus tard dans cet article.

    18 La fréquence relative est le rapport entre l’effectif absolu des attestations d’un mot et la taille du corpus.

    19 Une méthode efficace pour traiter des complexes de variables et des applications multilinéaires est l’analyse factorielle qui traite de grands matériaux statistiques Elle permet en effet de soumettre au calcul une série de formes, qui seront traitées ensemble selon les méthodes multidimensionnelles, et conduit à une cartographie signifiante dont les éléments peuvent être comparés à la cartographie planaire courante.

    20 Il s’agit ici des 250 occurrences les plus fréquentes du corpus (d’où l’encombrement inévitable sur le graphique) mises en relation avec les locuteurs.

    21 En tenant compte de la longévité au pouvoir de Paul Biya.

    22 Le logiciel Hyperbase effectue ces calculs et permet l’observation du vocabulaire spécifique de chacun des six sous-corpus en s’appuyant sur les techniques de la loi normale et sur les écarts réduits. Les spécificités propres au corpus peuvent aussi être repérées grâce à un système de segmentation interne du texte en plusieurs parties comparables. L’application fonctionne en accueillant des excédents de chaque partie du corpus par rapport aux autres, et la spécificité est déterminée par le calcul de l’écart réduit pour chaque forme dans chaque partie du corpus. Rappelons que les différences de taille entre les unités de comparaison dans le corpus sont nivelées grâce à une pondération statistique.

    23 Les troisième et quatrième colonnes regroupent les lemmes.

    24 Extrait du discours de Thomas Sankara devant l’assemblée générale de l’ONU, le 4 octobre 1984.

    25 Ce sont ici les occurrences les plus fréquentes et les plus spécifiques de chaque phrase clef qui figurent en gras.

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    Sjöblom, M. K. (2024). La textométrie au service de l’analyse comparative de discours de présidents africains. In M. Kastberg Sjöblom, A. Barry, & A. Chauvin-Vileno (éds.), Nouvelles voix/voies des discours politiques en Afrique francophone. Besançon: Presses universitaires de Franche-Comté. https://doi.org/10.4000/books.pufc.53231
    Sjöblom, Margareta Kastberg. « La textométrie au service de l’analyse comparative de discours de présidents africains ». In Nouvelles voix/voies des discours politiques en Afrique francophone, édité par Margareta Kastberg Sjöblom, Alpha Barry, et Andrée Chauvin-Vileno. Besançon: Presses universitaires de Franche-Comté, 2024. doi:10.4000/books.pufc.53231.
    Sjöblom, Margareta Kastberg. « La textométrie au service de l’analyse comparative de discours de présidents africains ». Nouvelles voix/voies des discours politiques en Afrique francophone, édité par Margareta Kastberg Sjöblom et al., Presses universitaires de Franche-Comté, 2024, https://doi.org/10.4000/books.pufc.53231.

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    Kastberg Sjöblom, M., Barry, A., & Chauvin-Vileno, A. (éds.). (2024). Nouvelles voix/voies des discours politiques en Afrique francophone. Besançon: Presses universitaires de Franche-Comté. https://doi.org/10.4000/books.pufc.52886
    Kastberg Sjöblom, Margareta, Alpha Barry, et Andrée Chauvin-Vileno, éd. Nouvelles voix/voies des discours politiques en Afrique francophone. Besançon: Presses universitaires de Franche-Comté, 2024. doi:10.4000/books.pufc.52886.
    Kastberg Sjöblom, Margareta, et al., éditeurs. Nouvelles voix/voies des discours politiques en Afrique francophone. Presses universitaires de Franche-Comté, 2024, https://doi.org/10.4000/books.pufc.52886.
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