• Contenu principal
  • Menu
OpenEdition Books
  • Accueil
  • Catalogue de 16460 livres
  • Éditeurs
  • Auteurs
  • Facebook
  • X
  • Partager
    • Facebook

    • X

    • Accueil
    • Catalogue de 16460 livres
    • Éditeurs
    • Auteurs
  • Ressources numériques en sciences humaines et sociales

    • OpenEdition
  • Nos plateformes

    • OpenEdition Books
    • OpenEdition Journals
    • Hypothèses
    • Calenda
  • Bibliothèques

    • OpenEdition Freemium
  • Suivez-nous

  • Lettre d’information
OpenEdition Search

Redirection vers OpenEdition Search.

À quel endroit ?
  • Presses universitaires de Franche-Comté
  • ›
  • Les Cahiers de la MSHE Ledoux
  • ›
  • Nouvelles voix/voies des discours politi...
  • ›
  • Volume 1. Genres discursifs et engagemen...
  • ›
  • Première partie. Écritures et engagement...
  • ›
  • Les « mêmes » et les « autres » chez Kam...
  • Presses universitaires de Franche-Comté
  • Presses universitaires de Franche-Comté
    Presses universitaires de Franche-Comté
    Informations sur la couverture
    Table des matières
    Liens vers le livre
    Informations sur la couverture
    Table des matières
    Formats de lecture

    Plan

    Plan détaillé Texte intégral Sémiotique du recueil La chronique, un genre auctorial Une ponctuation contagieuse Bibliographie Notes de bas de page Auteur

    Nouvelles voix/voies des discours politiques en Afrique francophone

    Ce livre est recensé par

    Précédent Suivant
    Table des matières

    Chapitre 1

    Les « mêmes » et les « autres » chez Kamel Daoud

    Une construction discursive de l’ennemi

    Driss Ablali

    p. 29-44 (volume 1)

    Texte intégral Bibliographie Notes de bas de page Auteur

    Texte intégral

    1Poser la question de la figure de l’ennemi dans la pensée de Kamel Daoud, c’est poser une question qui touche en premier lieu celle de la chronique comme genre de discours. À cet égard, une remarque préliminaire s’impose ; il faut donc commencer par un geste d’exclusion : précisons d’emblée que pour interroger le statut de l’ennemi loin de toute connotation négative que connait cette notion, pensée ici comme figure d’un adversaire dynamique, instable et complexe, on doit aussi interroger le rapport du chroniqueur à l’écriture de la chronique, un rapport entendu non plus comme simple expression d’un point de vue dans un texte journalistique, mais comme transposition de la notion d’ennemi de l’extérieur à l’intérieur, du monde naturel à la chronique en discours.

    2Dans le cadre des théories des textes et des discours, et sur un corpus numérisé de toutes les chroniques de Mes indépendances, en vue de décrire les « interrelations [qui] peuvent être dégagées entre genres et médiativité », et « catégoriser les nouvelles voix politiques qui s’élèvent en Afrique francophone » (argument du colloque), cette contribution porte sur deux pôles que traverse la généricité des chroniques de Kamel Daoud. Comment se construit en discours la figure de l’ennemi comme figure adverse ? Comment des batailles discursives ténues sont-elles menées dans des textes du même genre contre un ennemi qui fait système, qui n’est pas directement identifiable et dont les contours lexicaux sont insaisissables ? Plusieurs procédés linguistiques et sémiotiques nous permettront d’y répondre ; ils sont l’œuvre non pas du discours ou du texte, mais du genre de discours, la chronique. Nous rappellerons d’abord, pour introduire et situer notre propos, les enjeux sémiotiques de la corrélation entre genre et posture auctoriale, pour préciser le passage de la chronique comme genre de discours qu’on lit dans un journal à un texte qu’on lit comme fragment d’un recueil. Ce qui nous permettra ensuite de montrer ce que dessine, dans une perspective morphosyntaxique, lexicale et argumentative, la construction discursive de l’ennemi.

    Sémiotique du recueil

    3Pour voir comment sont structurées les diverses mises en scène énonciatives dans les textes de Kamel Daoud, rappelons d’emblée que la chronique renvoie à des organes de presse incarnés, dotés d’une visibilité dans l’espace public. La plupart de ses chroniques a été publiée en Algérie, et on ne peut pas lire Mes indépendances sans les associer à un titre, « Raïna Raïkoum » (« Notre opinion/votre opinion »), à un genre, la chronique, et à un quotidien, Le Quotidien d’Oran, dans lequel Kamel Daoud publie depuis 1997, date de sa première chronique, au point que le chapeau « Raïna Raïkoum » est devenu aujourd’hui un espace de publication qui accueille d’autres plumes.

    4La chronique dispose aussi dans Le Quotidien d’Oran d’un emplacement, elle se lit au sein d’une configuration avec d’autres textes de la même page, comme le rappelle Imène Benabdallah (2010, p. 59) : « Le choix de la page trois (03) du journal, de l’encadrement, des caractères gras et de l’italique constituent des éléments de nature formelle qui s’ajoutent à sa structuration qui est de manière générale “conventionnelle”».

    5Comme on peut le constater sur le plan sémantique, on passe avec « Raïna Raïkoum » d’une opinion partagée où le journaliste est dans une complicité avec le lecteur citoyen qu’il embarque dans une coénonciation pour le faire adhérer à son point de vue, à un intitulé, Mes indépendances, qui fait sortir ses textes d’une logique du disparate vers une production comme un opus. Car si dans un journal les articles du même numéro se lisent aussi bien en colonnes qu’entre eux, ce tissage cesse d’en être un lorsque la chronique quitte son environnement initial pour former corps dans un recueil exclusivement avec des textes du même genre et du même journaliste. C’est ici que la question de leur appréhension sémiotique se pose pour comprendre les dispositifs de leurs agencements. En ce point donc, l’unité de l’ensemble ne peut résider dans le fait que toutes ces chroniques émanent du même journaliste. L’unité ne réside pas non plus dans le découpage par année (2010-2016), ou dans la succession chronologique des textes, mais dans la disparité des sujets traités. C’est dans ce sens qu’Irène Langlet souligne :

    L’étude du recueil conduit à insister aussi sur une problématique sophistiquée de l’unité du texte littéraire : absente, puisque le recueil est un pluriel de textes, mais souvent recomposée avec une force et une poétique plus vives encore, précisément parce que recomposée, à gagner ou à faire gagner sur l’éclatement (Langlet, 2016, p. 15).

    6Un éclatement qui fait unité chez Kamel Daoud grâce à un trio thématique qui devient alors le fil horizontal qui accomplit ce que la disparité des chroniques n’arrive pas à mettre en discours, en restructurant à sa guise le recueil dans sa composition et son interprétation : le pouvoir, la religion et la femme, trois thèmes de suture qui font sortir les chroniques, thématiquement marquées au sceau de l’hétérogénéité, du « temps court » de la périodicité quotidienne du journal vers une temporalité du recueil où la chronologie des actions se dissipe, laissant place, nous dit Roland Barthes, à « des fragments, intellectuels ou narratifs, qui vont former une suite soustraite à la loi ancestrale du Récit ou Raisonnement […]. Car l’œuvre [toujours selon Roland Barthes], se fait comme une robe ; le texte rhapsodique implique un art original, comme l’est celui de la couturière : des pièces, des morceaux, sont soumis à des croisements, des arrangements, des rappels » (Barthes, 1995, p. 463). C’est donc cette mise en recueil, comme œuvre singulière, qui laisse entrevoir un ensemble de relations transversales où l’hétérogénéité des chroniques n’empêche pas le sentiment de cohésion et de cohérence très fort donné par le trio évoqué plus haut, et dont la fonction agissante permet une étanchéisation, paradoxalement nécessaire, des frontières entre la fragmentation et l’unification des chroniques du recueil. C’est en ce sens que le choix d’un titre au pluriel, Mes indépendances, participe à la consolidation et à la distinction des chroniques sans que le lecteur y perçoive nécessairement une rupture thématique. Le pluriel n’est donc pas une simple juxtaposition de chroniques éparses ; le déterminant possessif, « Mes », exprime ici une relation d’appartenance entre deux entités, chroniqueur et indépendance, dans l’optique de ce qui est possédé, mais qui dépasse la simple détermination du nom que le possessif accompagne. Le « Mes » au pluriel sert en fait à exprimer bien d’autres relations que la seule relation de possession : il ne s’agit pas ici de marquer une conjonction entre deux actants, mais d’affirmer que la possession est une propriété inhérente au journaliste, naturelle, intrinsèque de l’ego du chroniqueur, ce qu’il y a de plus intimement lié à son activité de journaliste, à sa sphère personnelle ; une possession en interaction d’ordre autant affectif qu’intellectuel. Le pluriel aussi bien du possessif que du substantif est tout sauf arbitraire ici. Le « Mes » s’attache à faire éclater l’idéologie de l’unique que Kamel Daoud traque dans tous ses écrits, le « parti unique », le « régime unique », le « dieu unique », la « langue unique », la « pensée unique », même la route du village est « unique ». Le pluriel devient donc un plaidoyer qui promeut dans toutes les sphères publiques et privées une vision de la diversité et du multiple, comme en témoignent ces exemples sur l’usage de l’adjectif « unique » :

    Il a fini par imposer un régime unique, ordonnateur des projets et grand relogeur.

    Mais c’est étrange : ceux qui défendent l’islam comme pensée unique le font souvent avec haine et violence.

    À quoi sert l’écriture quand on répète que tout est dit dans un seul et unique livre ?

    On est passé de la pensée unique, comme a dit une amie, à la « non-pensée unique ».

    Dans l’ordre, on retrouve aussi un parti « majoritaire », façon moderne de dire « parti unique »

    Le petit village est traversé par une route unique avec des animaux sculptés dans des troncs d’arbres sciés.

    7Le passage au pluriel permet également, selon Kamel Daoud, de faire sortir le substantif « dépendance » de son unique emploi que les Algériens lui donnent, en l’associant exclusivement à « la guerre d’indépendance ». Leur seule joie, selon le chroniqueur : « Nous n’avons jamais connu qu’une seule joie : celle de notre Indépendance ». D’autres contextes le confirment sans ambages : « Bonne fête d’Indépendance ! », « le jour de l’indépendance », « comment dire à la fois que la colonisation est un crime mais que l’indépendance est un désenchantement ? ». Mais le lecteur peut aisément de lui-même se rendre compte que le dernier mot de la dernière chronique de ce recueil n’est autre que « indépendances » au pluriel : « J’aime mener moi aussi la guerre de ma libération. Et fêter, parfois, mes indépendances » ; une façon de boucler la boucle, de montrer que l’indépendance que les autres vivent comme un acte collectif et national est célébrée textuellement par Kamel Daoud comme un acte militant, personnel et individuel, qui permet de libérer l’individu du diktat de l’unique et de la foule. C’est ce que le chroniqueur confirme dans un entretien accordé à Courrier international (20 février 2017) :

    Il ne s’agit plus de la libération d’un pays, mais de libertés individuelles. Je mène une bataille contre une pensée unanimiste dominante en Algérie d’abord, qui consiste à penser de la même façon, avoir les mêmes croyances, un anonymat collectiviste, un seul héros, le peuple, une culture qui nie le héros individuel. J’ai voulu marquer mon indépendance vis-à-vis des croyances collectivistes qui anonymisent et qui, au final, déresponsabilisent.

    8Mais comment célèbre-t-il en discours ses indépendances plurielles et ouvertes contre un ennemi aux facettes multiples ? Comment sont-elles prises en charge, sous la contrainte du genre de la chronique, par l’instance énonciative qui les met en discours ? La réponse à cette question ne peut faire abstraction de la posture générique que la chronique impose à la matérialité discursive de Kamel Daoud.

    La chronique, un genre auctorial

    9Pour poser les premiers postulats de notre conception des genres de discours, disons d’emblée que l’homme est viscéralement générique. Les choix rhétoriques qu’il fait, les postures énonciatives qu’il adopte, les faits de langue qu’il convoque, dans une activité d’écriture ou de parole, sont l’œuvre d’une seule main, le genre. L’homme est donc générique avant d’être rhétorique ou stylistique. Car la rhétorique et le style sont marqués uniformément du sceau du genre. Mais le genre, contrairement à d’autres paliers textuels comme la phrase ou le paragraphe, n’a pas de lieu textuel arrêté, son lieu propre est inscriptible ; comme palier inappropriable de la textualité, il ne peut voir le jour ou se donner le jour que par l’interprétation de plusieurs variables linguistiques et/ou sémiotiques qui relèvent de composantes textuelles diverses.

    10Pour revenir à Mes indépendances, et contrairement à l’éditorial qui est un genre usant exclusivement du pronom personnel « on » de façon à dépersonnaliser le point de vue du journaliste avec la prétention à représenter des collectifs et, en premier lieu, à prêter une voix au lecteur (coénonciation selon Alain Rabatel), la chronique est un genre journalistique qui repose sur la personnalité de celui à qui on la confie. C’est sa lecture de l’actualité, sa façon de la raconter et de l’analyser que le lecteur vient chercher, puisqu’il n’y a pas de chronique sans le poids de la personnalité forte qui la légitime.

    Parce que le genre [chronique] repose sur une vision subjective de la réalité, sur une lecture strictement personnelle, la qualité d’une chronique dépend de la profondeur et du talent du journaliste qui en a la responsabilité, de sa régularité, et de la fidélité qu’il créera chez ses lecteurs (Sormany, 2000, p. 120).

    11Si les deux genres journalistiques en tant que textes d’opinion visent la même molécule générique, celles de l’adhésion et la persuasion du lecteur, les deux n’engagent pas les journaux qui les publient de la même façon. C’est donc qu’il faut envisager l’éditorial comme le genre qui reflète la position du journal, alors que la chronique peut facilement s’en passer. Et le positionnement énonciatif du journaliste nous le montre sans ambages. Si le « on », avec parfois l’appui du « nous », mais sans le « je », est ce qui caractérise les éditoriaux quotidiens en France, c’est le « je » appuyé par le « on » qui domine dans les chroniques. On remarque avec intérêt donc que, au niveau de la mise en scène énonciative, c’est la posture de surénonciation qui est la plus répandue dans les chroniques à travers une position de surplomb de l’instance de prise en charge énonciative qui favorise l’adhésion au point de vue qu’elle présente au lecteur. Avec la chronique, notamment au Maghreb, le lectorat est porté beaucoup moins sur l’identité éditoriale du journal que sur le genre ou le texte d’un journaliste, peu importe l’espace médiatique où il publie. Cette catégorie de lecteurs est attachée non pas à l’inscription de l’événement médiatique dans un projet éditorial global, apportant une cohésion à l’ensemble des contenus du journal, mais à un journaliste en particulier, au genre dans lequel il écrit et au titre qui le chapeaute. Rachid Niny, au Maroc, est médiatiquement associé à sa chronique quotidienne en arabe, « Chouf tchouf » (« Regarde, tu réaliseras »), initialement publiée dans les années 2000 par le quotidien Assabah, que l’on retrouve en 2006 dans un autre journal, Al Massae, avec le même intitulé porté par le même genre, et qu’on lit depuis 2012 dans Al Akhbar. Les lecteurs de « Chouf tchouf », en lisant les chroniques de Rachid Niny, ne sont pas forcément dans une proximité éditoriale avec l’organe de presse où elles se donnent à lire, mais dans une proximité générique avec l’ethos populiste du journaliste qui écrit souvent, selon eux, pour dénoncer les injustices, la répression et la corruption des élites : c’est la chronique en tant que genre auctorial qui les passionne, et non son inscription dans le positionnement idéologique de la ligne éditoriale du journal ou dans la tyrannie de l’actualité. D’ailleurs, rappelons que les chroniques de Rachid Niny sont souvent photocopiées et revendues seules sur les terrasses des cafés par des vendeurs à la sauvette au cinquième du prix des journaux qui les publient. Mais pour Kamel Daoud, ses chroniques sont restées associées, dans l’espace médiatique algérien, au même journal, au même genre et au même titre. C’est ce trio qui a fait de Kamel Daoud aujourd’hui le chroniqueur le plus influent de sa génération dans l’espace médiatique maghrébin. Contrairement à Rachid Niny, le nom de Kamel Daoud est resté associé, dans l’espace public algérien, à un seul quotidien, mais en dehors de l’Algérie, il est également chroniqueur pour d’autres médias étrangers, dont Le Point, Le Monde des religions et le New York Times… Non sans oublier de rappeler qu’il a dû parfois publier ses chroniques sur Facebook quand elles ont été censurées, comme il en témoigne dans cet extrait publié par Libération (15 avril 2014) :

    Il avance chaque jour d’un mètre, toujours affleurant les rochers de la censure. Et en fait les frais plus l’échéance électorale avance : « Le journal a peur pour moi, alors il coupe ou met au panier. Mais il a surtout peur pour lui et ses annonceurs qui dépendent du bon vouloir d’un cercle économique proche du pouvoir. Le coup de fil est toujours le même : “Kamel, aujourd’hui, la mer est mauvaise et je ne peux te laisser nager seul à contre-courant du pouvoir” ». Kamel Daoud sait alors que son billet ne passera pas : « Je le glisse sur Facebook et le tour est joué », dit-il en levant les épaules.

    12C’est donc la virtuosité littéraire et l’inlassable curiosité de la pensée de Kamel Daoud qui raconte au quotidien l’Algérie ou le monde arabo-musulman que le lecteur vient chercher sur une table de dissection, loin des impératifs de la contemporanéité médiatique immédiate qu’impose le journal. La dynamique subjectivante du chroniqueur, sa voix et son imaginaire propres sont donc au-dessus de la ligne éditoriale des journaux qui le publient. Que la chronique de Kamel Daoud soit publiée en Algérie ou à l’étranger n’a guère d’importance aux yeux de son lecteur, habitué à lire un chroniqueur sans les médiations pesantes des médias, dans un genre propice à la confidence, qui n’est pas sans rapports, là-encore, avec l’économie discursive des lois du genre.

    13Pour traiter des liens entre genre, prise en charge énonciative et instance de discours, il est donc nécessaire de commencer par le chroniqueur lui-même. Quels sont les mêmes procédés participant d’une visée argumentative auxquels Kamel Daoud nous a habitués dans ses chroniques pour légitimer son discours contre un ennemi souvent indéterminé ? Dans quel « moule » générique ses jugements ainsi que ses prises de position sont-ils fondus pour amener le lecteur à adhérer à ses thèses, qui sont à l’opposé de celles des « autres » ? Laissons maintenant le chroniqueur lui-même nous expliciter ses propres positionnements énonciatifs avant de regarder ce que l’énonciation de Mes indépendances nous donne à voir :

    En règle générale, je n’aime pas parler à la première personne. Le « je » est un abus. Encore plus chez un journaliste. Cela me gêne comme une carapace ou un maquillage. Cela me rappelle ces ego démesurés qui croissent chez les « engagés », les militants, les intellectuels ou chez les bavards. Écrire est une exigence de la lucidité et cela impose de s’effacer. Au « je », je préfère l’artifice de « chroniqueur ». Un statut d’administrateur de la métaphore. Cela me permet d’écrire tout en gambadant, libre, derrière les mots. Cela donne de l’importance à l’Autre. Laisser courir un vent. Ouvrir une fenêtre sur une poignée de main. Écouter et rester un peu immobile pour voir surgir l’inattendu dans le buisson des verbes. Exprimer des idées sans les alourdir par son propre ego (Daoud, 2017, p. 932)1.

    14Il faut toutefois cheminer avec précaution dans les propos de Kamel Daoud. Car parfois des différences apparaissent entre ce que les auteurs pensent de leurs textes et ce que leurs textes nous donnent à penser. Premier constat, le « je » n’est pas une variable absente de Mes indépendances. C’est même tout le contraire, le pronom arrive en deuxième position parmi l’ensemble des pronoms personnels. Il enregistre, dans sa forme simple (« je ») et contractée (« j’ »), 737 occurrences avec un pourcentage de 14 % parmi l’ensemble des pronoms personnels sujets. Comme le dit joliment Étienne Brunet (2000, p. 3T.15) :

    On ne saurait dire si les pronoms personnels sont à ranger parmi les variables thématiques ou stylistiques. Leur charge sémantique est pleine et entière, qu’ils jouent un rôle anaphorique ou non. Mais en même temps ils participent grandement à la forme de l’écriture, au point qu’il suffit parfois de connaitre leur dosage pour deviner à quel genre littéraire on a affaire.

    15Mais avant de voir comment se met en place la textualité du « je », précisons d’emblée qu’il est multiple dans les écrits de Kamel Daoud. Il est d’abord auctorial, celui de l’énonciateur, mais il est aussi « autre », celui des personnages fictifs ou réels que le chroniqueur fait parler pour une légitimation de son discours.

    16Revenons aux chroniques. Il reste à dire qu’au cœur de la réflexion de Kamel Daoud sur le monde, sur les valeurs véhiculées par une société arabo-maghrebo-algérienne, majoritairement musulmane, toujours décrite et vue par contraste avec l’Occident, loge une position énonciative « qu’adopte le locuteur, dans son discours, pour envisager les faits, les notions, sous tel ou tel PDV » (Rabatel, 2012 [En ligne]). Dans son projet intellectuel, Kamel Daoud bénéficie souvent d’une position de surplomb, quand il se lance dans les critiques des appareils de l’État algérien, tunisien, marocain ou syrien, où il se présente souvent comme source de perception des récits qu’il prend en charge énonciativement (Rabatel et Chauvin-Vileno, 2006), mais en même temps il arrive à se détacher de la singularité aveuglante du « je » en transcendant sa seule subjectivité pour se faire l’expression d’une énonciation collective qui met en place une communauté de sensibilité. Ce n’est pas l’œil du journaliste seul qui repère et fouille un événement discursif authentique (Moirand, 2007), mais aussi celui de la communauté que le chroniqueur embarque avec lui en se fondant dans celui de son lecteur, positionné comme suffisamment compétent pour être apte à déchiffrer l’implicite de l’événement rapporté, raconté et commenté. Le lecteur et le chroniqueur font donc partie du même espace social ; le lecteur de Kamel Daoud devient ainsi « lecteur modèle » (Eco, 1979), habile à saisir l’intention de son chroniqueur et à en comprendre aussi bien le fond que l’expression. Mais rappelons-le, c’est la chronique comme genre qui lui prescrit ce rôle, rôle vers lequel doit tendre le « lecteur empirique » pour devenir « lecteur modèle ». Comme le dit Umberto Eco (1979, p. 65) : « Générer un texte signifie mettre en œuvre une stratégie dont font partie les prévisions des mouvements de l’autre ». Mais comment Kamel Daoud travaille-t-il son texte de façon à amener son lecteur vers ses prises de position ? L’usage qui est fait des pronoms personnels les plus dominants institue la figure des « mêmes » comme stratégie qui oriente le sens du lecteur vers celui de son chroniqueur.

    17Or, ici une distinction dans les fonctions attribuées au « on » et au « je », aux occurrences de « on » et à celles de « je », nous semble incontournable pour comprendre les enjeux sémiotiques des stratégies discursives que Kamel Daoud instaure sous la contrainte du genre. Pour commencer, disons que, chez lui, le « je » raconte, et le « on » évalue ; le « je » est narratif ou descriptif, le « on » argumentatif ; le « je » est dans une vision téléologique, qui programme le déroulement des événements, leur agencement textuel, le « on » véhicule un jugement évaluatif répondant à une exigence de vérité. Regardons d’abord ces extraits sur l’usage du « je » :

    Ne m’en veux pas, M’ma. Si je reste ici, ce n’est pas que je veux changer de pays. Je veux seulement ne pas le perdre, le garder dans ma main, le serrer très fort, le mettre dans une petite boîte et l’accrocher à mon cou. Les Égyptiens ? Ce n’était qu’un prétexte. Ici, j’en croise quelques-uns mais je les distingue à peine : ils jouent tous dans le même film que je ne regarde plus.

    Je respectais. Je n’avais rien à dire. J’avais tout raconté à haute voix. C’est tout. La Tunisie n’est pas morte, c’est l’Algérie qui a mal vieilli.

    Je ne veux pas refaire la guerre ou m’exiler. Juste raconter sans que cela ne soulève des tombes.

    Je rêve de désirer le monde, pas une guerre, une vengeance ou un mur ou un enfermement ou un effondrement ou une conversion en ablutions. Je rêve d’un pays dont le présent sera plus imposant que la mémoire. Je rêve de sortir de cette prison qui a le dessin d’une confrontation sans fin. Un pays. Une femme. Une descendance proche et éparpillée.

    18Comme on le voit dans ces exemples qui n’ont aucune prétention exhaustive, le « je » est souvent associé, dans une mise en scène pédagogique et didactique, aux actions du récit, à la progression logique et chronologique des événements et aux descriptions des lieux et des états d’âme du journaliste ; un « je » « rêveur », « hésitant », « savant », « amoureux », « buveur », « cachotier », etc. Mais dès qu’il s’agit de quitter la sphère du faire, pour être dans une logique argumentative de captation du lecteur, le « je » se fait discret au profit du « on ». Pour se construire un ethos valorisant dans ses chroniques, un ethos qui scrute, qui critique, qui dénonce l’ennemi, le chroniqueur s’y efface complètement. Un effacement qu’une autre source énonciative, employée souvent par Kamel Daoud, confirme. Au lieu du « je », il recourt souvent au substantif « chroniqueur », qui enregistre 60 occurrences dans Mes indépendances, pour rattacher l’événement médiatique à une autre instance énonciative qui les prend en charge avec toute la distanciation énonciative nécessaire. Dans cette posture polyphonique, il y a comme une distance, qui n’instaure pourtant pas la rupture, mais souvent pour contextualiser le propos ou servir le discours rapporté. En témoignent plus bas les verbes introducteurs « a dit », « expliquera », « fera remarquer » :

    Le chroniqueur se souvient de ses manuels scolaires comme on se souvient d’une maladie.

    « On ne fera pas les mêmes erreurs que vous », a dit au chroniqueur un écrivain égyptien il y a quelques mois.

    « On croit que le pouvoir a échoué dans l’éducation alors que c’est faux : il a réussi car le but était d’analphabétiser le peuple et les générations », expliquera un collègue au chroniqueur.

    Un ami fera remarquer au chroniqueur que […]

    « Autrefois, la ville était illuminée de blanc », a dit au chroniqueur un vieux vendeur de foulards à Oran.

    Un ministre puissant a dit au chroniqueur ces mots d’or […]

    Ce qu’une célèbre animatrice télé a résumé au chroniqueur avant-hier.

    19Tout se passe comme si Kamel Daoud tenait à bien établir la séparation entre l’énonciateur et lui-même. Pour évaluer des situations, pour dénoncer son ennemi, en se faisant passer pour le porte-parole des sans-voix, l’instance d’énonciation se rapproche davantage du lecteur et se dissocie ouvertement des décideurs et des politiques, ainsi que de la négativité des événements que la chronique met en scène. L’indice pronominal, comme l’ont montré plusieurs études lexicométriques, mérite qu’on s’y attarde. Premier constat : le « on », après le « je », est le pronom le plus fréquent dans les chroniques de Kamel Daoud. Il enregistre 1 264 occurrences, presque le double du « je », mais sa textualité référentielle polyactantielle lui permet de cibler des instances aussi bien singulières que plurielles. Une distinction qui institue la différence entre les « mêmes » et les « autres », que l’usage du « on » permet de consolider.

    20Nous voudrions montrer ici deux usages de ce pronom qui devient pour le chroniqueur le médium le plus efficace pour « varier entre une présence personnelle colorée par l’indéfini et une présence indéfinie colorée par le personnel » (Fløttum, 2006, p. 2).

    21Pour la « présence indéfinie colorée par le personnel », elle reste dans le sillage du genre de la chronique, comme genre d’opinion qui consiste à dénoncer les « autres ». Plusieurs occurrences chez Kamel Daoud montrent que dans le contexte lexico-sémantique et pragmatique, c’est la perspective indéfinie qui domine. Les occurrences, rappelées plus bas, donnent à lire un procès d’énonciation où le « on » sert à dénoncer, mais dans une posture indéfinie qui ne nomme pas son référent, ne désigne pas l’instance qui est en cause. Bref, bien souvent l’ennemi chez Kamel Daoud échappe au nom propre ou commun. Ne pas nommer son ennemi est aussi une façon de montrer que son lieu n’est pas directement lié à un cabinet de ministre, à un corps d’état ou à une géographie limitée, nettement caractérisés. Au lieu de lui donner une référence nominale, Kamel Daoud préfère, pour penser et agir, avoir foi dans la puissance du verbe, pas dans la référentialité du nom. Avoir foi dans le verbe, c’est comprendre qu’il n’y a rien de plus performatif que de nommer des actes et non ceux qui les performent. Disons-le une bonne fois, il n’y a pas à s’étonner de cette absence dénominative qui réfère à des actants particuliers, car ce n’est pas la propriété du référent individuel que cible Kamel Daoud, mais le collectif (« eux » ; les « autres ») au nom duquel le nom pense et agit. Les fréquences du « on » que l’on va lire sont le reflet indéniable du caractère ambivalent et pluriel de cet ennemi sans lieu et souvent sans nom, et qui n’est discursivement pensable ou déterminable qu’à partir des pratiques et des actes qui le rendent possible :

    On enlève à l’homme la mémoire, le courage, l’ordre et la force quand on lui dit que sa langue est un dialecte ou une langue « de la rue ». On tue la nationalité lorsqu’on la sous-titre.

    Le ramadan a été meurtrier, violent, hallucinant de violence et de corruption, absolument inhumain. On a volé, tué, agressé, frappé, menti sur les prix et sur les âmes. Mais on a aussi prié, veillé à supplier Dieu, financé Les Chevaliers du Coran, diffusé des chants religieux et expliqué que l’islam est à nous et que les autres sont contre nous.

    La corruption : on paye, en un temps record, les salaires en retard, les pensions de retraite, on inscrit les chômeurs, on distribue les logements vides, on stoppe les retraits de permis de conduire, on augmente les journées de réception des gouverneurs et responsables et on appelle la “société civile” à dialoguer.

    La manipulation internationale : on démantèle « opportunément » une cellule d’al-Qaida qui menaçait l’Europe (SMS : c’est nous ou le terrorisme), on arrête un chef barbu, on filme les barbus dans les rues et parmi les manifestants et on explique : c’est soit nous, soit « eux ».

    22Cette stratégie consistant à ne pas désigner par un nom commun ou propre l’identité référentielle de « on » ne nie en rien sa mise en cause existentielle : l’usage du « on », souvent associé à des verbes d’action, permet de rendre l’ennemi innommable tout en lui permettant de se désigner par ses propres actes. La dangerosité de l’ennemi est donc liée à sa plasticité et non à sa référentialité. Une plasticité qui le fait rentrer dans une nouvelle aire sociopolitique, où il n’est plus lexicalement déterminable, ce qui rend par-là même impensable sa désignation en tant qu’identité ou entité. Seul donc l’acte d’écrire dans un genre performe l’identité de l’ennemi et non son nom propre. Car si Kamel Daoud fait le choix de ne pas lui donner corps, en refusant de le nommer par une entité lexicalisée donnée par la langue, au sein de laquelle il jouit pourtant d’une existence ontologique, il le construit discursivement à travers des désignations contextuelles qui n’ont pas vocation à être dénommées. En dehors de la performativité de ses faits qui le constituent en discours au fil de la dynamique de l’événement, le référent de « on » n’existerait donc pas pour nous. Et comme le dit Umberto Eco dans Construire l’ennemi, « il y a une différence entre pouvoir concevoir quelque chose ou pas, et pouvoir la nommer malgré tout en lui attribuant un signifié » (Eco, 2011, p. 41). Cette stratégie discursive, qui consiste souvent à mettre en discours un événement désagentivisé, n’est pas sans lien direct avec la chronique en tant que genre d’opinion, ou ce que Roselyne Ringoot et Yvon Rochard appellent les « genres caractérisants », des genres qui « construisent “une image de soi du locuteur”. L’implication du journaliste signifiée dans le texte est une implication qui renvoie davantage à l’intellectualité. Le mouvement mis en scène dans ces textes est un mouvement du dit et du pensé (argumentation), et du ressenti (humeur, prise de position) » (Ringoot et Rochard, 2005, p. 79). Mais au sein de cette configuration générique qui fédère, il faut aussi mettre la main sur ce qui est caractérisant et singularisant. C’est ce que Kamel Daoud appelle lui-même la « chronique blanche », que nous visons maintenant. Il reste à dire que si l’on rentre dans la composante thématique de ses chroniques, on constate que les textes ne sont pas tous rattachés forcément à l’unicité de l’événement qui fait l’actualité.

    23Certes l’actualité est au cœur des chroniques, mais elle n’est pas régie par une temporalité de l’immédiateté, contrairement à l’éditorial qui reste généralement dans une temporalité quasi immédiate réagissant à une actualité toujours actuelle. Or, les chroniques de Kamel Daoud, en plus d’être dans une temporalité asynchrone, ne sont pas liées à un seul événement médiatique identifiable ; elles ne sont pas rattachées non plus à une unicité actantielle et spatio-temporelle, mais à une mise en discours dans laquelle vont s’entrecroiser plusieurs figures qui ont toutes pour horizon le même thème. Et c’est ce qui participe directement à la construction d’un référent sans nom. C’est le cas, entre plusieurs autres chroniques, de celle qui s’intitule « La fin d’un mois d’une rare violence », « Lundi 13 septembre 2010 ». Le titre de la chronique laisse à penser que le mois de ramadan qu’évoque implicitement le titre va conférer une certaine unicité thématique dans le traitement médiatique que lui réserve le chroniqueur. Or, lorsqu’on analyse la chronique, elle commence certes avec des actions qui se sont déroulées pendant le mois en question :

    Le ramadan a été meurtrier, violent, hallucinant de violence et de corruption, absolument inhumain. On a volé, tué, agressé, frappé, menti sur les prix et sur les âmes. Mais on a aussi prié, veillé à supplier Dieu, financé Les Chevaliers du Coran, diffusé des chants religieux et expliqué que l’islam est à nous et que les autres sont contre nous.

    24Mais quelques lignes plus loin, le ramadan cesse d’être l’élément unificateur apte à proposer un lien logique entre des actions disparates, car comme l’écrit Kamel Daoud lui-même, la question « n’est pas un problème national mais une dérive mondiale », d’où la multiplication des acteurs de cette dérive allant des « fondamentalistes évangélistes » et des « messianistes iraniens ou israéliens religieux », en passant par le « monde d’Allah » jusqu’à « Obama ». On n’est plus dans la temporalité du ramadan qui sert de repérage temporel à un seul événement, mais dans un syncrétisme thématique qui devient un prétexte pour relier l’une à l’autre des actions disparates. Car, ne l’oublions pas, le ramadan n’est pas à l’œuvre dans une seule aire géographique, mais dans plusieurs pays, dans plusieurs régions et sur plusieurs continents en même temps. D’où la multiplication d’actions assumées par des acteurs sans nom, mais qui œuvrent tous pour une cause commune. Pour le sémiotiser autrement, si Kamel Daoud ne nomme pas ses ennemis, c’est qu’il les considère non pas comme simples actants singuliers, mais comme membres d’un groupe, d’une communauté, d’une collectivité. Bref, l’ennemi devient ainsi actant collectif d’un parcours narratif dans lequel des expériences individuelles, relevant de la même axiologie, vont s’inscrire, grâce à sa capacité à générer une variante d’un même motif ou d’une cause commune avec ses semblables, les « autres ». Selon Kamel Daoud, « voler, tuer, frapper, agresser, mentir, prier, financer », etc., sont des actions dont l’organisation actantielle est l’œuvre d’un actant sans nom, dont la fonction est « de durer, de persister, de persévérer, et non d’accomplir, d’achever et de clore le parcours » (Fontanille, 2019, p. 13). Mais Kamel Daoud ne réserve pas ce statut d’actant collectif uniquement à des acteurs animés par une axiologie à l’opposé de la sienne ; il en fait usage aussi quand il s’agit de s’opposer à son ennemi, en construisant discursivement un autre système de valeurs au sein d’un collectif auquel il appartient, les « mêmes ». C’est ce qui va nous permettre de passer à la seconde fonction du « on » évoquée plus haut, un emploi inclusif de l’énonciateur, mais pas seul. Regardons de très près ces quelques exemples :

    Nous avons le même ennemi et on peut avoir le même avenir en tuant les mêmes terroristes et en mangeant le même pétrole.

    La nuit, les nuits algériennes font peur, on s’y hâte de rentrer chez soi, de s’enfermer. Ce n’est pas un moment pour « sortir » mais pour « rentrer ». Tous les Algériens ont vécu cette sourde peur de circuler de nuit dans leurs propres villes qui ne leur appartiennent pas pendant cette parenthèse. Depuis la guerre civile des années 1990, la nuit nous a été enlevée. On ne s’y amuse pas, on y a peur, on s’y hâte.

    Un jour, on parlera algérien en Algérie et nous serons enfin guéris de cette sensation de ne pas être chez nous, de vivre une sorte de pays secondaire, de ne pas toucher les objets ni les posséder ni les changer.

    Et le jour où, chez nous, la langue de l’Algérien ne sera plus traitée comme un ramassis d’accidents de l’histoire, ou comme une sorte d’amalgame entre l’emprunt et la déformation, le jour où on acceptera cette vérité qu’un peuple sans langue n’est pas muet mais aveugle et que nous ne serons jamais rien sans notre langue, sur notre terre, ce jour-là, on viendra enfin au monde, on se réveillera, on commencera par saisir les choses, identifier ce qui nous a longtemps entourés comme un parage inutile.

    25Comme on peut le lire ci-dessus, les valeurs en jeu dans ce collectif sont partagées entre un énonciateur qui les porte d’abord individuellement dans un univers axiologique qui se propage ensuite à d’autres acteurs, dont le lecteur qui se trouve malgré lui embarqué dans un même ensemble, dans une dynamique cognitive qui s’amplifie par ses variantes (Je + Tu + Tu + Tu + Tu etc.), ayant en commun un même air de famille. Et c’est sa propagation même qui crée et alimente la constitution des « mêmes ». D’une certaine manière, c’est la circulation d’un ensemble de valeurs communes (on s’y hâte, on s’enferme, s’amuser, avoir peur, avoir un avenir, un monde, parler algérien) qui crée les « mêmes » en mutant d’un actant à l’autre comme un gène. Il y a là production d’un point de vue (PDV) sur un état de choses par l’énonciateur ; celui-ci joue sur la connivence pour permettre une objectivation des faits qui se diffuse en mettant en avant le sentiment de permanence et de continuité, qui s’établit grâce au rôle du « on » inclusif subsumant les deux instances de l’énonciation. L’impératif pour Kamel Daoud est alors de produire un PDV dont la portée n’est plus seulement indexée sur ses qualités intrinsèques, mais aussi sur sa capacité à se diffuser en s’implantant dans l’esprit de son lecteur, qui accède ainsi malgré lui au statut de coénonciateur sans paroles. Il s’agit donc d’un emploi intersubjectif du « on » qui récuse la disjonction entre soi-même et l’autre, et qui tient d’un procédé journalistique générique, plus que d’une règle de grammaire.

    26C’est ce que nous proposons d’appeler, dans le sillage de la « contagion des idées » de Dan Sperber (1996), « contagion participative », qui est un processus d’argumentation obéissant très exactement à la logique de la coénonciation. Dans ce contexte, la contagion, dont l’étymologie latine (contagio) insiste sur la notion de « contact », n’a de sens qu’argumentatif. Elle signe une continuité par la pensée comme un partage de valeurs, d’idées, d’axiologies qui, par leur contagiosité, circulent entre les deux instances de l’énonciation. À force d’insister, d’argumenter, de reformuler, d’énumérer les idées, ça s’attrape, ça se propage, comme un phénomène discursif, qui contagionne l’énonciataire, affecté et happé par les arguments du chroniqueur. La contagion participative correspond ainsi à un jugement de valeur qui ne subit au cours de la transmission aucune modification dans la manière dont il est interprété, et ayant pour visée unique sa propre pérennisation par la propagation de lecteur en lecteur, contribuant ainsi à l’instauration et à la reconnaissance mutuelle d’acteurs comme actant collectif. En d’autres termes, la propagation participative comme processus sémiotique itératif conduit l’interlocuteur à adhérer progressivement au même univers de croyance que son énonciateur. Mais si un virus s’observe au microscope, les multiples canaux de distribution qui favorisent la contagion participative ainsi que sa dissémination s’observent eux en discours, et la ponctuation en est un des exemples les plus virulents.

    Une ponctuation contagieuse

    27Plus que par le plan du contenu, la contagion participative se caractérise par le plan de l’expression de sa diffusion. En nous intéressant aux ponctèmes les plus fréquents de Mes indépendances, nous constatons que la contagion, également féconde en sourdine, permet de renforcer l’univers de croyance partagé par Kamel Daoud et ses lecteurs. Autrement dit, la contagion est considérée comme une façon d’interagir régulée par des conventions abstraites appariées à une thématique isolée. C’est dans ce sens que la chronique en tant que genre d’opinion, pas du journal mais du journaliste, croisera un corrélat générique dont use également l’éditorial, et que nous appelons « corrélat intersémiotique » du fait qu’il est commun à des genres différents, à savoir le point d’interrogation. Rappelons ici que le genre est invisible du dehors. Ses masques ne peuvent tomber que si l’on arrive à enchaîner les corrélats génériques les uns aux autres. C’est dire en quelque sorte que les textes forment ce qu’ils taisent (le genre) par ce qu’ils disent (le sens). Et c’est dans cet espacement que les marques du genre se tiennent, qu’elles déposent leurs traces et exercent durablement leurs forces pour faire genre. Par « faire genre », nous entendons que l’émergence d’un genre n’est pas un acquis : les observables du genre n’ont rien d’inhérent en eux qui leur permet d’être l’indice d’un genre. Leur caractère normé nait dans une syntagmatique des variables qui tendent, à mesure qu’elles sont actualisées, à se cimenter autour d’une molécule générique qui leur confère une légitimité discursive. Jamais les normes d’un genre ne se donnent en une structure invariable, car aucun genre ne se tient présent avant ou au-devant du texte. Il n’est pas à penser au-dessus du texte, mais entre les composantes du texte. C’est ce type de liage qui rend le genre définitoire, et qui permet à une combinaison de faits de langue de faire genre.

    28Compte tenu de sa visée profondément persuasive, Kamel Daoud n’hésite pas de façon récurrente à solliciter directement le lecteur, ou plutôt à lui faire croire qu’il coopère dans la construction de son point de vue, car nombre de questions posées dans Mes indépendances s’apparente à des questions rhétoriques, non pour exprimer un manque d’information que doit pallier l’interlocuteur, mais pour exprimer explicitement le point de vue du chroniqueur, qui répond lui-même soit en confirmant soit en infirmant sa propre question. L’interrogation rhétorique contribue ainsi, dans une optique de rationalité évaluative, à la fluidité de l’expression de l’entreprise collaborative de persuasion que mène le chroniqueur pour construire un univers de croyance propre aux « mêmes », à l’opposé aussi de celui des « autres » :

    J’écris quoi ? Ce que je ne peux pas écrire autrement : la folie. La bonne, celle qui a les clés du grand portail qui mène vers le ciel.

    Question : quelle partie du corps les islamistes algériens voudront-ils refaire s’ils prennent la majorité du Parlement ? Le nez, peut-être ? Oui, mais cela ne suffira pas. Il faut se refaire tout le visage.

    Pourquoi la terre est-elle vue comme un lot de terrain et pas comme une prairie possible ? Parce que l’histoire algérienne n’est pas encore apaisée.

    Le peuple est-il coupable ? Oui.

    Par qui ? Par un système d’éducation destiné à l’abêtissement généralisé.

    Qu’est-ce que la stabilité pour un rebelle de nos bords ? C’est une arnaque.

    29Parfois, les réponses aux questions qui précèdent le point d’interrogation sont sémantiquement catégoriques et tranchées dans des énoncés monorèmes, certaines contiennent un grand nombre de ce que Lucien Tesnière (1936) appelle des « mots-phrases », tels que « oui », quand la réponse est positive, ou « non », quand elle est négative. Les enjeux de ce procédé sont exprimés en des termes argumentatifs, qui nous montrent comment le chroniqueur embarque avec lui le lecteur, dans son univers de croyance, via des énoncés doxologiques. C’est le cas du « oui » :

    Le peuple est-il donc victime du pouvoir qui émane du peuple ou de sa passivité ? Oui.

    Le peuple est-il coupable ? Oui.

    Existe-t-il un intégrisme de la “cause palestinienne” ? Oui.

    Autre chose ? Oui.

    Peut-on se prendre en photo, souriant ou ébaubi ou extasié, à La Mecque ? Oui.

    Une pression internationale pour assécher la rente de la Fatwa Valley ? Oui.

    Sommes-nous coupables ? Oui.

    30Du « non » également :

    Faut-il se construire un mur des Lamentations ? Non.

    Cela va-t-il durer ? Non.

    Un État a-t-il besoin d’avoir une religion ? Non.

    Les révolutions chez nous sont des échecs ? Non.

    Est-ce fini ? Non.

    À l’abri donc ? Non.

    Gagné ? Non.

    31Nous observons aussi le même procédé argumentatif illustré par l’emploi récurrent d’une autre particule adverbiale, à savoir « rien », toujours employé en fin de phrase pour marquer un jugement de rejet. Les propositions sur lesquelles porte « rien » sont présentées comme relevant d’un point de vue que Kamel Daoud ne partage pas, celui des « autres ». La réponse négative permet ainsi de répartir les rôles et les univers de croyance entre les « mêmes » et les « autres ». Le chroniqueur attribue à son ennemi le point de vue positif sous-jacent à la question, puis indique qu’il se situe à l’opposé. « Rien » dans les exemples que l’on va lire n’est qu’une stratégie discursive dont la portée sémantique est déterminante pour faire constater aux « autres » l’échec anticipé de leurs actes ; il opère comme modalisateur pour la mise en valeur d’un jugement :

    Que pourra alors le pouvoir, même caché derrière les policiers ? Rien.

    Que fait-on dans le village géant algérien ? Rien.

    Que dire d’autre ? Rien.

    Il va prouver quoi ? Rien.

    Que se passe-t-il en Algérie pendant ce temps-là ? Rien.

    32Mais le chroniqueur ne se contente pas, dans des répliques closes syntaxiquement et sémantiquement, de la valeur informative des particules adverbiales pour avancer des arguments contre son ennemi. Leur emploi, qui ne livre que le minimum sémantique pragmatiquement acceptable, rend presque inévitable leur renforcement par d’autres énoncés qui viennent souvent les appuyer pour donner un plus grand poids argumentatif à la question posée en apportant une information nouvelle.

    33« Oui », « non » et « rien » servent ici de charnière entre deux séquences, l’interrogation et les arguments que la question appelle. En effet, le trio « oui »/« non »/« rien » est utilisé pour préparer l’entrée du chroniqueur dans une dynamique dialogique orientée qui pose les bases de la contagion participative sur lesquelles il se positionne, en intégrant son interlocuteur dans une subjectivité argumentative qu’il assume contre un ennemi fixé dans son indétermination. Cela donne encore un support discursif au rejet de la doxa de l’ennemi, au rejet de sa vision du monde, un rejet qui devient en soi une forme d’assertion. Ce qui revient à dire qu’il n’y a qu’une seule vision du monde à tisser, associant interrogation et affirmation, comme un fil qui donne sens au monde du chroniqueur et de ses lecteurs, et qui leur permet de faire communauté. Une vision du monde édifiée sur des postulats loin de ceux de l’ennemi, poussés vers une vision « presque néocoloniale », « ethnologique presque raciste », « idéologique, primaire », « religieuse », « triste », « sinistre », « inhumaine de l’autre », « presque scolaire de l’histoire », « fast-food du changement, mode Ikea pour démocraties », des ennemis « qui imposent leur vision unique du monde, de la tradition et des vêtements à la fois dans l’espace public, sur les textes de lois et sur les rites d’une société qu’ils considèrent comme contaminée » (Daoud, 2017, p. 844). Et pour clore cette contribution, rappelons simplement que le mot « monde » est le mot le plus fréquent de Mes indépendances. Ses 1 575 occurrences lui permettent de faire de la vision du monde de Kamel Daoud une vision non seulement arabo-musulmane, mais une vision globale pour aider à penser l’universalisme en des termes réellement universels. Une vision pour « réparer le monde » des autres, un « monde qui est en naufrage », « qui n’a pas de sens », allant du « monde d’Allah » jusqu’à celui d’« Obama ».

    Bibliographie

    Des DOI sont automatiquement ajoutés aux références bibliographiques par Bilbo, l’outil d’annotation bibliographique d’OpenEdition. Ces références bibliographiques peuvent être téléchargées dans les formats APA, Chicago et MLA.

    Format

    FONTANILLE, J. (2019). La coopérative, alternative sémiotique et politique. Des organisations comme laboratoires de sémiotique expérimentale. Universite de Limoges. https://doi.org/10.25965/as.6254
    Langlet, I. (Ed.). (2003). Le recueil littéraire. Presses universitaires de Rennes. https://doi.org/10.4000/books.pur.32013
    Rabatel, A. (2012). Les relations Locuteur/Énonciateur au prisme de la notion de voix. OpenEdition. https://doi.org/10.4000/aes.510
    Rabatel, A., & Chauvin-Vileno, A. (2006). La question de la responsabilité dans l’écriture de presse. OpenEdition. https://doi.org/10.4000/semen.2792
    Ringoot, R., & Rochard, Y. (2005). Proximité éditoriale : normes et usages des genres journalistiques. OpenEdition. https://doi.org/10.4000/mots.162
    FONTANILLE, Jacques. “La coopérative, alternative sémiotique et politique. Des organisations comme laboratoires de sémiotique expérimentale”. 122. Universite de Limoges, January 31, 2019. doi:10.25965/as.6254.
    Langlet, Irène, ed. “Le Recueil littéraire”. []. Presses universitaires de Rennes, 2003. doi:10.4000/books.pur.32013.
    Rabatel, Alain. “Les Relations Locuteur Énonciateur Au Prisme De La Notion De Voix”. Arts Et Savoirs. OpenEdition, July 1, 2012. doi:10.4000/aes.510.
    Rabatel, Alain, and Andrée Chauvin-Vileno. “La Question De La Responsabilité Dans l’écriture De Presse”. Semen. OpenEdition, November 10, 2006. doi:10.4000/semen.2792.
    Ringoot, Roselyne, and Yvon Rochard. “Proximité éditoriale : Normes Et Usages Des Genres Journalistiques”. Mots. OpenEdition, March 1, 2005. doi:10.4000/mots.162.
    FONTANILLE, Jacques. “La coopérative, alternative sémiotique et politique. Des organisations comme laboratoires de sémiotique expérimentale”. 122, nos. 122, Universite de Limoges, 31 Jan. 2019. Crossref, https://doi.org/10.25965/as.6254.
    Langlet, Irène, editor. Le Recueil littéraire. [], Presses universitaires de Rennes, 2003. Crossref, https://doi.org/10.4000/books.pur.32013.
    Rabatel, Alain. “Les Relations Locuteur Énonciateur Au Prisme De La Notion De Voix”. Arts Et Savoirs, nos. 2, OpenEdition, 1 July 2012. Crossref, https://doi.org/10.4000/aes.510.
    Rabatel, Alain, and Andrée Chauvin-Vileno. “La Question De La Responsabilité Dans l’écriture De Presse”. Semen, nos. 22, OpenEdition, 10 Nov. 2006. Crossref, https://doi.org/10.4000/semen.2792.
    Ringoot, Roselyne, and Yvon Rochard. “Proximité éditoriale : Normes Et Usages Des Genres Journalistiques”. Mots, nos. 77, OpenEdition, 1 Mar. 2005, pp. 73-90. Crossref, https://doi.org/10.4000/mots.162.

    Cette bibliographie a été enrichie de toutes les références bibliographiques automatiquement générées par Bilbo en utilisant Crossref.

    Ablali Driss, 2018, « Le français tchaté des souffrants sous l’effet de l’immédiateté d’un genre bref », in Dhorne France (dir.), Le genre bref. Son discours, sa grammaire, son énonciation, Tokyo, Société de Lettres françaises d’Ayoyama, p. 190-225.

    Ablali Driss, 2017, « Quelques pistes théoriques et descriptives pour (dé)masquer les genres », in id. et Öztin Passerat Duygu (dir.), Les masques du discours, Istanbul, Anka Matbaa, p. 165-182.

    Ablali Driss, 2015, « Les éditoriaux entre deux pratiques culturelles », in Bonhomme Marc, Barry Alpha, Fleury-Vilatte Béatrice et Walter Jacques (dir.), Les médias au Maghreb et en Afrique subsaharienne, Nancy, Presses universitaires de Lorraine, p. 101-114.

    Barthes Roland, 1995, « Longtemps, je me suis couché de bonne heure », in Œuvres complètes, tome III, Paris, Seuil, p. 459-470.

    Benabdallah Imène, 2010, Étude des procédés énonciatifs et argumentatifs, à travers une analyse discursive des chroniques « Raina Raikoum » du Quotidien d’Oran, thèse de doctorat, Oran, Université d’Oran.

    Brunet Étienne, 2000, « Un texte sacré peut-il changer ? Variations sur l’Évangile » [En ligne], communication présentée au colloque AIBI 6 (juillet 2000, Stellenbosch), University of Stellenbosch, URL : https://halshs.archives-ouvertes.fr/halshs-01367641.

    Curatolo Bruno et Schaffner Alain, 2010, La chronique journalistique des écrivains (1880-2000), Dijon, Éditions universitaires de Dijon.

    Daoud Kamel, 2017, Mes indépendances. Chroniques 2010-2016, Arles, Actes Sud.

    Eco Umberto, 2011, Construire l’ennemi, Paris, Grasset.

    Eco Umberto, 1979, Lector in fabula, Paris, Grasset.

    Fløttum Kjersti, 2006, « Les “personnes” dans le discours scientifique : le cas du pronom on » [En ligne], URL : https://commonweb.unifr.ch/artsdean/pub/gestens/f/as/files/4740/18073_144612.pdf.

    Fontanille Jacques, 2019, « La coopérative, alternative sémiotique et politique. Des organisations comme laboratoires de sémiotique expérimentale » [En ligne], Actes sémiotiques, n° 122, p. 1-21, URL : https://doi.org/10.25965/as.6254.

    10.25965/as.6254 :

    Langlet Irène (dir.), 2016, Le recueil littéraire. Pratique et théorie d’une forme, Rennes, Presses universitaires de Rennes.

    10.4000/books.pur.32013 :

    Moirand Sophie, 2007, Les discours de la presse quotidienne. Observer, analyser, comprendre, Paris, Presses universitaires de France.

    Rabatel Alain, 2017, Pour une lecture linguistique et critique des médias. Éthique, empathie, point(s) de vue, Limoges, Lambert-Lucas.

    Rabatel Alain, 2012, « Les relations Locuteur/Énonciateur au prisme de la notion de voix » [En ligne], Arts et Savoirs, n° 2, URL : https://doi.org/10.4000/aes.510.

    10.4000/aes.510 :

    Rabatel Alain et Chauvin-Vileno Andrée, 2006, « La question de la responsabilité dans l’écriture de presse » [En ligne], Semen, n° 22, URL : https://doi.org/10.4000/semen.2792.

    10.4000/semen.2792 :

    Ringoot Roselyne et Rochard Yvon, 2005, « Proximité éditoriale : normes et usages des genres journalistiques », Mots, n° 77, p. 73-90.

    10.4000/mots.162 :

    Sormany Pierre, 2000, Le métier de journaliste : guide des outils et des pratiques du journalisme au Québec, Québec, Boréal.

    Sperber Dan, 1996, La contagion des idées, Paris, Odile Jacob.

    Tesnière Lucien, 1936, « Sur la classification des interjections », in Sestak Antonin et Dokoupil Antonin (dir.), Mélanges dédiés à la mémoire de Prokop M. Haškovce par ses amis et élèves, Brno, Globus, p. 343-352.

    Notes de bas de page

    1 La pagination des exemples cités de Mes indépendances provient du format EPUB.

    Auteur

    • Driss Ablali
    Précédent Suivant
    Table des matières

    Le texte seul est utilisable sous licence Licence OpenEdition Books. Les autres éléments (illustrations, fichiers annexes importés) sont « Tous droits réservés », sauf mention contraire.

    Voir plus de livres
    La pensée de la race en Italie

    La pensée de la race en Italie

    Du romantisme au fascisme

    Aurélien Aramini et Elena Bovo (dir.)

    2018

    La formation d’une opinion démocratique

    La formation d’une opinion démocratique

    Le cas du Jura, de la révolution de 1848 à la « république triomphante » (vers 1895)

    Pierre Merlin

    2017

    Les mutations récentes du foncier et des agricultures en Europe

    Les mutations récentes du foncier et des agricultures en Europe

    Gérard Chouquer et Marie-Claude Maurel (dir.)

    2018

    Deux frontières aux destins croisés ?

    Deux frontières aux destins croisés ?

    Étude interdisciplinaire et comparative des délimitations territoriales entre la France et la Suisse, entre la Bourgogne et la Franche-Comté (xive-xxie siècle)

    Benjamin Castets Fontaine, Maxime Kaci, Jérôme Loiseau et al. (dir.)

    2019

    Un mousquetaire du journalisme : Alexandre Dumas

    Un mousquetaire du journalisme : Alexandre Dumas

    Sarah Mombert et Corinne Saminadayar-Perrin (dir.)

    2019

    Libertaire ! Essais sur l’écriture, la pensée et la vie de Joseph Déjacque (1821-1865)

    Libertaire ! Essais sur l’écriture, la pensée et la vie de Joseph Déjacque (1821-1865)

    Thomas Bouchet et Patrick Samzun (dir.)

    2019

    Les encyclopédismes en France à l'ère des révolutions (1789-1850)

    Les encyclopédismes en France à l'ère des révolutions (1789-1850)

    Vincent Bourdeau, Jean-Luc Chappey et Julien Vincent (dir.)

    2020

    Le verre du VIIIe au XVIe siècle en Europe occidentale

    Le verre du VIIIe au XVIe siècle en Europe occidentale

    Inès Pactat et Claudine Munier (dir.)

    2020

    Les révolutions du commerce. France, xviiie-xxie siècle

    Les révolutions du commerce. France, xviiie-xxie siècle

    Jean-Claude Daumas (dir.)

    2020

    Le patrimoine industriel au prisme de nouveaux défis

    Le patrimoine industriel au prisme de nouveaux défis

    Usages économiques et enjeux environnementaux

    Marina Gasnier

    2018

    La petite entreprise au péril de la famille ?

    La petite entreprise au péril de la famille ?

    L’exemple de l’Arc jurassien franco-suisse

    Laurent Amiotte-Suchet, Yvan Droz et Fenneke Reysoo

    2017

    Une imagination républicaine, François-Vincent Raspail (1794-1878)

    Une imagination républicaine, François-Vincent Raspail (1794-1878)

    Jonathan Barbier et Ludovic Frobert (dir.)

    2017

    Voir plus de livres
    1 / 12
    La pensée de la race en Italie

    La pensée de la race en Italie

    Du romantisme au fascisme

    Aurélien Aramini et Elena Bovo (dir.)

    2018

    La formation d’une opinion démocratique

    La formation d’une opinion démocratique

    Le cas du Jura, de la révolution de 1848 à la « république triomphante » (vers 1895)

    Pierre Merlin

    2017

    Les mutations récentes du foncier et des agricultures en Europe

    Les mutations récentes du foncier et des agricultures en Europe

    Gérard Chouquer et Marie-Claude Maurel (dir.)

    2018

    Deux frontières aux destins croisés ?

    Deux frontières aux destins croisés ?

    Étude interdisciplinaire et comparative des délimitations territoriales entre la France et la Suisse, entre la Bourgogne et la Franche-Comté (xive-xxie siècle)

    Benjamin Castets Fontaine, Maxime Kaci, Jérôme Loiseau et al. (dir.)

    2019

    Un mousquetaire du journalisme : Alexandre Dumas

    Un mousquetaire du journalisme : Alexandre Dumas

    Sarah Mombert et Corinne Saminadayar-Perrin (dir.)

    2019

    Libertaire ! Essais sur l’écriture, la pensée et la vie de Joseph Déjacque (1821-1865)

    Libertaire ! Essais sur l’écriture, la pensée et la vie de Joseph Déjacque (1821-1865)

    Thomas Bouchet et Patrick Samzun (dir.)

    2019

    Les encyclopédismes en France à l'ère des révolutions (1789-1850)

    Les encyclopédismes en France à l'ère des révolutions (1789-1850)

    Vincent Bourdeau, Jean-Luc Chappey et Julien Vincent (dir.)

    2020

    Le verre du VIIIe au XVIe siècle en Europe occidentale

    Le verre du VIIIe au XVIe siècle en Europe occidentale

    Inès Pactat et Claudine Munier (dir.)

    2020

    Les révolutions du commerce. France, xviiie-xxie siècle

    Les révolutions du commerce. France, xviiie-xxie siècle

    Jean-Claude Daumas (dir.)

    2020

    Le patrimoine industriel au prisme de nouveaux défis

    Le patrimoine industriel au prisme de nouveaux défis

    Usages économiques et enjeux environnementaux

    Marina Gasnier

    2018

    La petite entreprise au péril de la famille ?

    La petite entreprise au péril de la famille ?

    L’exemple de l’Arc jurassien franco-suisse

    Laurent Amiotte-Suchet, Yvan Droz et Fenneke Reysoo

    2017

    Une imagination républicaine, François-Vincent Raspail (1794-1878)

    Une imagination républicaine, François-Vincent Raspail (1794-1878)

    Jonathan Barbier et Ludovic Frobert (dir.)

    2017

    Accès ouvert

    Accès ouvert freemium

    ePub

    PDF

    PDF du chapitre

    Suggérer l’acquisition à votre bibliothèque

    Acheter

    Édition imprimée

    Presses universitaires de Franche-Comté
    • decitre.fr
    • mollat.com
    • leslibraires.fr
    • placedeslibraires.fr
    • lcdpu.fr
    ePub / PDF

    1 La pagination des exemples cités de Mes indépendances provient du format EPUB.

    Nouvelles voix/voies des discours politiques en Afrique francophone

    X Facebook Email

    Nouvelles voix/voies des discours politiques en Afrique francophone

    Ce livre est diffusé en accès ouvert freemium. L’accès à la lecture en ligne est disponible. L’accès aux versions PDF et ePub est réservé aux bibliothèques l’ayant acquis. Vous pouvez vous connecter à votre bibliothèque à l’adresse suivante : https://freemium.openedition.org/oebooks

    Suggérer l’acquisition à votre bibliothèque Acheter ce livre aux formats PDF et ePub

    Si vous avez des questions, vous pouvez nous écrire à access[at]openedition.org

    Nouvelles voix/voies des discours politiques en Afrique francophone

    Vérifiez si votre bibliothèque a déjà acquis ce livre : authentifiez-vous à OpenEdition Freemium for Books.

    Vous pouvez suggérer à votre bibliothèque d’acquérir un ou plusieurs livres publiés sur OpenEdition Books. N’hésitez pas à lui indiquer nos coordonnées : access[at]openedition.org

    Vous pouvez également nous indiquer, à l’aide du formulaire suivant, les coordonnées de votre bibliothèque afin que nous la contactions pour lui suggérer l’achat de ce livre. Les champs suivis de (*) sont obligatoires.

    Veuillez, s’il vous plaît, remplir tous les champs.

    La syntaxe de l’email est incorrecte.

    Référence numérique du chapitre

    Format

    Ablali, D. (2024). Les « mêmes » et les « autres » chez Kamel Daoud. In M. Kastberg Sjöblom, A. Barry, & A. Chauvin-Vileno (éds.), Nouvelles voix/voies des discours politiques en Afrique francophone. Besançon: Presses universitaires de Franche-Comté. https://doi.org/10.4000/books.pufc.53006
    Ablali, Driss. « Les « mêmes » et les “autres” chez Kamel Daoud ». In Nouvelles voix/voies des discours politiques en Afrique francophone, édité par Margareta Kastberg Sjöblom, Alpha Barry, et Andrée Chauvin-Vileno. Besançon: Presses universitaires de Franche-Comté, 2024. doi:10.4000/books.pufc.53006.
    Ablali, Driss. « Les « mêmes » et les “autres” chez Kamel Daoud ». Nouvelles voix/voies des discours politiques en Afrique francophone, édité par Margareta Kastberg Sjöblom et al., Presses universitaires de Franche-Comté, 2024, https://doi.org/10.4000/books.pufc.53006.

    Référence numérique du livre

    Format

    Kastberg Sjöblom, M., Barry, A., & Chauvin-Vileno, A. (éds.). (2024). Nouvelles voix/voies des discours politiques en Afrique francophone. Besançon: Presses universitaires de Franche-Comté. https://doi.org/10.4000/books.pufc.52886
    Kastberg Sjöblom, Margareta, Alpha Barry, et Andrée Chauvin-Vileno, éd. Nouvelles voix/voies des discours politiques en Afrique francophone. Besançon: Presses universitaires de Franche-Comté, 2024. doi:10.4000/books.pufc.52886.
    Kastberg Sjöblom, Margareta, et al., éditeurs. Nouvelles voix/voies des discours politiques en Afrique francophone. Presses universitaires de Franche-Comté, 2024, https://doi.org/10.4000/books.pufc.52886.
    Compatible avec Zotero Zotero

    1 / 3

    Presses universitaires de Franche-Comté

    Presses universitaires de Franche-Comté

    • Plan du site
    • Se connecter

    Suivez-nous

    • LinkedIn
    • Flux RSS

    URL : http://pufc.univ-fcomte.fr

    Email : Presses-pufc@univ-fcomte.fr

    OpenEdition
    • Candidater à OpenEdition Books
    • Connaître le programme OpenEdition Freemium
    • Commander des livres
    • S’abonner à la lettre d’OpenEdition
    • CGU d’OpenEdition Books
    • Accessibilité : partiellement conforme
    • Données personnelles
    • Gestion des cookies
    • Système de signalement