Résumés et abstracts
p. 231-240
Texte intégral
1 Bernard Combettes
2Cette contribution a pour but d’examiner la place que tient la notion d’expressivité dans le domaine de la linguistique historique du français. Sont d’abord examinées les conceptions de Ch. Bally, avec l’opposition qu’il établit entre langage « affectif » et langage « objectif », et la façon dont ces notions sont exploitées dans le champ diachronique par A. Meillet, l’expressivité étant pour lui le moteur indispensable pour la création de formes nouvelles. On observe ensuite comment ce qui était une idée force chez A. Meillet se trouve marginalisé par les linguistes se réclamant du structuralisme, mais réapparaît en grande partie dans le concept de subjectivité, omniprésent dans les travaux actuels sur la grammaticalisation.
3This paper aims at examining the importance taken by the notion of expressiveness in French historical linguistics. We first examine Charles Bally’s use of the notion and the opposition he makes between “affective” and “objective” language, and the way in which these two notions are transposed into the diachronic field by A. Meillet, expressiveness being to him the necessary force lying behind the creation of new linguistic forms. Then we observe how what was a central idea in Meillet’s works came to be marginalized by linguists placing themselves in the structuralist tradition, but is by and large coming back to the fore through the concept of “subjectivity” that is ubiquitous in the current works on grammaticalization.
4 Olga Inkova
5À partir de l’analyse d’un petit récit de Tchékhov, l’auteur réfléchit sur les facteurs qui permettent d’interpréter comme expressives les erreurs – erreurs qui sont traditionnellement considérées comme un écart de la norme. L’auteur montre tout d’abord les difficultés de définir la notion même d’expressivité dans ses deux conceptions : en tant qu’une des fonctions du langage et en tant qu’un type particulier de moyens d’expression. En adoptant une perspective fonctionnaliste, l’auteur constate ensuite que le type d’erreurs « expressives » qui apparaissent dans le texte dépend des objectifs du locuteur et que, de son côté, l’interlocuteur doit pouvoir déceler le caractère significatif de l’erreur. En revanche, le caractère volontaire ne constitue pas, contrairement à une opinion répandue dans la littérature sur la question, une condition sine qua non de l’interprétation expressive des erreurs.
6Taking the analysis of a short narrative by Chekhov as a starting point, the author of this paper reflects upon the conditions under which one is allowed to consider that what is an “error” has expressive value – errors, like expressivity, being considered as (related to) a departure from the norm. The author first shows that it is difficult to define the very notion of expressivity in either of its conceptions: as one of the functions of language or as a list of specific means of expression. She adopts a functional point of view and claims that “expressive” errors are in fact dependent on the speaker’s objectives and that for an error to be considered as expressive, the hearer has to be able to identify it as being significant; but contrary to what is often claimed in the literature, whether the error is voluntary or not is not a necessary condition for it to be perceived as expressive.
7 Georges Kleiber
8L’objectif de cet article est de montrer comment et dans quelles conditions les SN démonstratifs employés comme titres, du type « Ces malades qui nous gouvernent », accèdent à l’expressivité. Nous montrerons, premièrement, qu’elle a son origine dans le caractère non standard de tels emplois et, deuxièmement, que sa particularité tient essentiellement au statut pseudo-anaphorique de tels emplois.
9In this paper, we focus on how and why demonstrative NPs used as titles in the French press, as in “Ces malades qui nous gouvernent”, come to be expressive. We show that the expressive value of such titles is linked to the unusual character of their structure, and that the effect they may have on the reader relies on their pseudo-anaphoric nature.
10 Sandrine Pescarini
11Les déterminants peuvent rendre une phrase expressive. Nous prouvons cela avec l’analyse de « n’importe quel », qui est un item à choix libre. Ce déterminant peut revêtir trois valeurs interprétatives : l’élargissement, l’indifférence et la dépréciation. L’élargissement du domaine de la quantification est sa valeur sémantique de base, alors que l’indifférence et la dépréciation sont des valeurs sémantico-pragmatiques. Ces deux dernières sont qualifiées d’expressives, car elles expriment une attitude ou un sentiment. L’écart n’intervient pas dans l’expressivité de ce déterminant, du fait qu’il n’y a pas d’opposition de formes. Toutefois, les valeurs expressives ne font pas partie de la valeur sémantique de base de « n’importe quel » ; c’est l’interaction entre l’élargissement et les éléments du contexte (négation, connotation d’un item lexical, échelle de valeurs) qui les fait ressortir. La polarité de la phrase, affirmative ou négative, a également un rôle. Le verbe « importer » a permis la création de toute une série d’indéfinis dont certains, comme les pronoms « n’importe qui » et « n’importe quoi », permettent l’expression d’une dépréciation qui a la possibilité d’être plus marquée que celle du déterminant.
12Determiners can contribute to the expressiveness of a sentence. We propose an analysis of the determiner “n’importe quel” that supports this claim. “N’importe quel”, which is seen as a free choice item, has three interpretative values : widening, indifference and a derogatory value. The basic semantic value of “n’importe quel” is the widening of the quantificational domain, whereas indifference and the derogatory value are pragmatic in nature. As expressive values, the latter two convey an attitude or a feeling. It is through the interaction between widening and contextual elements (e.g. negation, the negative connotation of lexical items, a scale of ethical or aesthetic values) that these interpretative values emerge. The sentence polarity, be it positive or negative, also plays a role with respect to expressiveness while interpreting “n’importe quel”. The verb “importer” allows the creation of a series of indefinite pronouns (e.g. “n’importe qui”, “n’importe quoi”). The derogatory value of these pronouns tends to be stronger than that of the determiner “n’importe quel”.
13 Yvon Kéromnès
14Les expressions idiomatiques constituent un paradoxe à plus d’un titre, et en particulier parce qu’elles sont perçues par les locuteurs comme les marques d’une langue vivante et expressive en dépit de leur figement plus ou moins grand. Ce qui pose la question de la nature et de la fonction de leur expressivité. Partant des conceptions classiques de l’expressivité de Bühler et Jakobson, nous redéfinissons cette notion avant de l’appliquer aux expressions idiomatiques. Coûteuses à apprendre comme à produire, ces expressions compensent largement ces coûts par un gain d’expressivité lié d’une part à des raisons formelles, et d’autre part à des raisons cognitives. En premier lieu, par leur caractère éminent de représentabilité. Les expressions idiomatiques les plus courantes renvoyant à l’idée de décès en allemand, en anglais et en français, de nature métaphorique et métonymique, présentent de grandes similitudes recouvrant probablement une même démarche de banalisation et de réduction de la notion. Nouveau paradoxe de ces expressions particulières : si les processus de figuration facilitent en général la saisie intellectuelle d’une notion abstraite, nous pouvons penser qu’il s’agit ici davantage de masquer que de comprendre.
15 Paradoxical in many respects, and in particular because, although they are more or less set expressions, idiomatic expressions are generally considered the marks of creativity and expressivity in language. Which begs the question of the nature and function of their expressivity. Revisiting Bühler’s and Jakobson’s classic approaches of expressivity, we propose to redefine the notion before applying it to idiomatic expressions. Costly in terms of the efforts they entail in learning and production, these expressions more than make up for the cost with a gain in expressivity, which is in part simply due to formal reasons, but also to cognitive reasons. Foremost in these is their pictorial character. The most common idiomatic expressions denoting death in English, French and German are both metaphorical and metonymic in nature; they all present a great amount of resemblance, probably due to the same process of turning the notion of death into a small, everyday object. One particular paradox of these expressions is that if, as shown by Lakoff and Johnson, it is generally true that metaphors help us to get an intellectual grasp of abstract notions, it seems that here, the purpose of the metaphorical process is to evade the issue rather than promote understanding.
16 Sabine Mohr-Elfadl
17Dans le domaine phraséologique, deux tendances contradictoires concernant l’expressivité peuvent être constatées. D’un côté, la polylexicalité et la figuration (le sens non compositionnel) comme traits définitoires constituent un potentiel intrinsèque d’expressivité. Les phrasèmes peuvent potentiellement avoir un effet expressif par le biais d’images et de scénarios (sur le plan littéral ou métaphorique du signifié) et de particularités formelles saillantes (sur le plan du signifiant). On note aussi l’existence de phrasèmes spécialement dédiés à l’expression d’affects. D’un autre côté, le figement comme troisième trait définitoire phraséologique, c’est-à-dire le caractère usuel des phrasèmes, a pour conséquence l’usure, une atténuation de leur potentiel intrinsèque d’expressivité. Ce phénomène est une des raisons pour la fréquence d’occurrences de phrasèmes modifiés dans toutes sortes de textes, la modification étant définie comme intentionnelle et sémantiquement pertinente. Il s’agit d’un phénomène créatif et dynamique par lequel les locuteurs se réapproprient et renouvellent perpétuellement l’expressivité du langage qui est une de ses fonctions fondamentales. Dans le domaine de l’énonciation littéraire, spécialisée par définition dans la différenciation des moyens d’expressivité scripturaux, la modification phraséologique apparaît sous toutes ses variantes. A l’expression d’émotions, d’attitudes et d’évaluations de l’énonciation courante s’ajoute la mise en jeu des limites de l’usuel comme dimension esthétique de l’expressivité. A l’aide d’études de cas, la contribution étudie la question de savoir sous quelles conditions des modifications peuvent être perçues comme expressives dans les différents sens du terme.
18In the phraseological domain there are two contradictory tendencies regarding expressivity. On the one hand, in relation to the fact that polylexicality and figurativeness (non-compositionality) are part of their definition, phrasemes can be thought to be intrinsically apt to being used expressively. Phrasemes can potentially be expressive as they involve the use of images and scenarios (on the literal or metaphoric level of the signified) and of salient formal particularities (on the level of the signifier). One can also note the existence of phrasemes that are especially dedicated to the expression of affects. On the other hand, the fixedness that can be considered to be their third characteristic, i.e. their ordinariness, means that they are not so apt to become expressive. This phenomenon is one of the reasons why modified phrasemes appear frequently in all sorts of texts, “modification” being here seen as an intentional and semantically relevant process. It is a creative and dynamic phenomenon through which the speaker reappropriates and perpetually renews the expressivity of his/ her language, which is here taken to be one of its fundamental functions. In the literary domain, which is inherently specialized in the differentiation of the scriptural means of expressivity, the phraseological modification appears in all its diversity. The aesthetic exploration of the limitations of usual forms is combined to the habitual expression of emotions, attitudes and evaluations. This paper is based on case studies and examines the circumstances under which modifications can be perceived as expressive, in various ways.
19 Günter Schmale
20À partir d’un corpus de dix extraits tirés de talk-shows de la télévision allemande, l’article examine le bien-fondé de la thèse très répandue qu’une expression idiomatique serait par définition plus expressive que son équivalent sémantique non-idiomatique. L’approche holistique mise en œuvre dans l’analyse de trois types de paraphrases de, ou par, des expressions idiomatiques, révèle qu’un phrasème idiomatique n’est pas expressif en soi en raison de son seul caractère imagé et métaphorique, mais développe son potentiel expressif seulement et uniquement en présence de moyens segmentaux, suprasegmentaux et non-verbaux qui s’ajoutent ou se surajoutent. En l’absence de réactions explicites in situ de l’interlocuteur par rapport aux expressions idiomatiques en question, une enquête menée auprès de locuteurs natifs confirme les résultats de l’étude du corpus : seulement 50 % des informateurs jugent l’expression idiomatique comme plus expressive que sa paraphrase qui n’est pas dotée de cette qualité.
21Based on a corpus of ten examples taken from German TV talk shows, the article studies the common hypothesis that idiomatic expressions are systematically more expressive than semantically equivalent non-phraseological expressions. The holistic approach applied to the analysis of three different types of phraseological reformulations reveals that an idiomatic expression has no expressive quality as such due to the metaphorical character of the image implied. In fact, it exclusively develops its expressive potential in contexts where supplementary segmental, suprasegmental and non-verbal means of communication are used. Given that explicit participants’ reactions as to the expressive nature of idiomatic expressions are extremely rare, a survey carried out among native speakers of German confirms the results of the corpus study: 50 % only of the informers consider that idiomatic expressions are more expressive than their non-phraseological equivalents.
22 Antje Gualberto-Schneider
23Dans cet article nous essayons de montrer, en nous appuyant sur des exemples provenant du corpus lexical de l’Université de Leipzig, comment certains lexèmes de l’allemand, se situant à mi-chemin entre le lexème libre et le préfixe, contribuent à rendre des noms et adjectifs « expressifs ». Ces semi-préfixes ont souvent un rôle dépréciant, valorisant ou augmentatif. Ils participent à la création de séries nominales et adjectivales dans lesquelles le langage « dévoile » son potentiel expressif grâce à des associations qui combinent caractère intellectuel (nommer et qualifier des réalités extralinguistiques à l’aide de noms et d’adjectifs) et expression du jugement, de l’émotion du locuteur (cf. Ch. Bally).
24This paper aims to show how certain German affixoids with a prefixing function contribute to the expressivity of nouns and adjectives on which they are based. The examples given in this article have been chosen from the corpora of the University of Leipzig. Prefixoids exist alongside formally identical, but free parent lexemes and often have a depreciating, meliorative or augmentative role. The affixoids analyzed here are productive serial word-forming elements which combine the naming and qualifying functions of nouns and adjectives with the expression of judgements and emotions.
25 Maurice Kauffer
26En allemand, les substantifs diminutifs en « -chen » sont souvent utilisés pour désigner un partenaire amoureux : par exemple « Erdbeermäulchen » (« petite bouche de fraise »), « Frühlingsbienchen » (« petite abeille de printemps »), « Morgentautröpfchen » (« petite goutte de rosée du matin »). Ces créations lexicales extrêmement variées tant au niveau constructionnel que sémantique font en outre preuve d’une expressivité positive fortement marquée. Il s’agira de comprendre comment cette expressivité s’est construite et en particulier d’évaluer l’écart entre la base du diminutif, en général non expressive, et le diminutif lui-même. On testera notamment l’hypothèse selon laquelle la construction de l’expressivité est orientée par le type référentiel et par l’existence de propriétés typiques de la base de dérivation.
27In German, diminutive substantives in “-chen” are often used to make reference to a love partner: for instance “Erdbeermäulchen” ( “little strawberry mouth”), “Frühlingsbienchen” (little spring bee), “Morgentautröpfchen” ( “little morning dewdrop”). These coined words are extremely varied in their constructions and their semantics, and they are very strongly expressive, and have a positive connotation. In this paper the author shows how this form of expressivity emerges and more particularly evaluates the distance between the base of the lexeme (which often has no expressive value) and its use with the diminutive. A hypothesis is made according to which the positive orientation of the diminutive form is induced by the referential type of the referent of the derivational base and the existence of typical properties associated with it.
28 Yves Gilli
29Il s’agit là d’un exposé qui ne porte pas sur la définition du concept d’expressivité, mais sur la notion d’écart, en précisant qu’il est question d’un écart non pas dans le domaine strictement linguistique (phonétique, grammaire, lexique), mais dans celui du discours littéraire et par rapport à un phénomène extratextuel, plus exactement à un horizon d’attente dans un cadre donné qui peut être analysé sous l’angle de la négativité. L’analyse repose sur des textes ou fragments de textes de Franz Kafka, notamment Le Procès, La Métamorphose, Abandonne !, L’Examen. Elle s’efforce de montrer que ces textes présentent trois types de cadres. Ces derniers font naître, chez le lecteur, un horizon d’attente régulièrement ou systématiquement perturbé au cours de la lecture. On peut dire aussi qu’au sein de ces cadres, s’exerce un principe de négativité qui rappelle celui défini en particulier par l’esthétique de la réception allemande. C’est cette négativité, constamment mise en œuvre, qui est considérée par l’auteur de l’étude comme le facteur premier d’une expressivité laquelle sollicite à ce point fortement le lecteur qu’elle exige de lui un balayage constant du texte de manière à établir une cohérence et pouvoir interpréter, c’est-à-dire, en définitive, créer du sens, et cela dans des directions différentes selon les horizons d’attente changeants et variables suscités par les textes.
30This paper does not deal with a definition of the concept of expressivity, but with the notion of deviance, not strictly within the domain of linguistics (phonetics, grammar or the lexicon) but in that of literary discourse and in relation with an extratextual phenomenon or more exactly with a “horizon of expectation” (Erwartungshorizont) in a particular context which can be analyzed from the angle of negativity (Negativität). The analysis is based on texts or fragments of texts from Franz Kafka, particularly Der Prozess, Die Verwandlung, Gib’s auf!, Die Prüfung. It aims to show that in these texts, three types of context are present. They give rise to a “horizon of expectation” which is regularly or systematically perturbed in the course of reading. One can also say that, within these contexts, a principle of negativity operates, which reminds one of the principle defined in particular by the German aesthestics of reception (Rezeptionsästhetik). This negativity which is constantly at work is considered by the present author as the primary factor of an expressivity which solicits the reader so strongly that it compels him/her to a constant scanning of the texts in order to establish some sort of coherence and to enable him/ her to interpret it: namely, after all, to create some meaning and to do so in different directions according to the changes and variations of the “horizon of expectation” inspired by the texts.
31 Françoise Hammer
32Dans le cadre d’une conception modulaire de l’expressivité, l’article explore le champ de la récréativité à partir de l’examen empirique d’un texte journalistique. Elle met en évidence que l’expressivité résulte de la conjonction de déviances multiples aux normes textuelles du discours ambiant qui définit la marge des écarts en fonction de la visée discursive de l’énoncé.
33The paper presents an empirical analysis of a specific journalistic text under the aspect of recreation, conceived as a module of expressivity within the larger field of its modalities. The aim is to show that expressivity results from conjoined deviations as to internal and external norms of the text in respect to the pursued goal.
34 Cécile Narjoux
35C’est parce que le fait expressif fut longtemps pressenti comme source du fait de style littéraire que la question du lien entre l’un et l’autre mérite d’être posée. Il va de soi – Bally l’a suffisamment souligné – que « l’intention esthétique » participe de la spécificité du style littéraire. J’ai voulu explorer plus précisément la nature de l’écart qui sépare le fait expressif – intentionnel ou pas – du fait de style dans le texte littéraire et ce faisant, la nature de la transformation à l’œuvre quand l’intention esthétique vient subsumer la dimension expressive initiale, engageant le discours littéraire vers l’auto-référence et la réflexivité. Cette auto-référence et cette réflexivité peuvent dès lors constituer une définition possible du style littéraire et un angle d’analyse intéressant pour la stylistique.
36Since literary style has long been felt to be linked to expressivity, it is interesting to question the relationships between the two. Clearly (Bally stated it very plainly), an “aesthetic intention” lies at the heart of what makes literary style specific. Nevertheless I wanted to explore the nature of the difference that separates expressiveness – be it intentional or not – from style, and to see what happened when an aesthetic dimension subsumed the initial expressive dimension, thus forcing the literary text to take on a self-referential and reflexive dimension. This very self-reference and reflexivity can help one define literary style, and provides one with an interesting angle to analyse texts in stylistics.
37Odile Schneider-Mizony
38Les lettres aux familles des personnes accusées dans des procès en sorcellerie en Allemagne au XVIIe siècle sont des documents bouleversants pour les lecteurs modernes. À la recherche des facteurs susceptibles de créer cette émotion, on recense d’une part des formes expressives codifiées telles que des lexèmes intensifs, des interjections, exclamations, serments ou répétitions, mais on observe surtout des écarts syntaxiques très divers. Même s’ils paraissent s’expliquer par une perte de contrôle des scripteurs sur leurs textes, on ne peut que rapporter cette force expressive de la fragmentation syntaxique à une intentionnalité. Moins fréquemment analysés que les phénomènes lexicaux, les écarts syntaxiques, plus coûteux et opaques au décodage, transmettent également, par cette métaphorisation du désarroi qu’ils effectuent, plus d’émotion au lecteur.
39Letters to their families of people accused of witchcraft in 17th-century Germany are emotional documents for the modern reader. When we ask what creates that emotion, we first stumble on the codified expressive formulations like intensive lexemes, interjections, exclamations, oaths or repetitions; but most notably we observe syntactic deviances of different kinds. Even if these deviances seem in the first place to stem from the writers’ loss of control on their writings, we cannot but relate that expressive power of syntactic fragmentation to an intention. These syntactic deviances are less often analysed than lexical facts, they are intricate and difficult to access when we try to decipher them; but as they metaphorically illustrate the writer’s despair, they communicate much more emotion to the reader.
40 Célia Schneebeli
41Cet article réexamine le lien, de prime abord évident, entre l’écart qui caractérise la métaphore et son expressivité. Pour cela il s’appuie sur un corpus pour le moins original en la matière : la littérature nonsense de Lewis Carroll. On parle en effet le plus souvent de la métaphore en termes d’écart : écart de la signification au sens mais aussi écart par rapport à la norme, à l’usage linguistique, aux formes non-marquées. Mais à bien y regarder, l’association transgressive définitoire de la métaphore n’est pas toujours créatrice d’une mise en relief particulière : les métaphores sont aussi des objets du langage quotidien et beaucoup de celles qui ont intégré le lexique courant finissent par se confondre dans le paysage linguistique avec les formes non-marquées. C’est ce que montre l’un des jeux de langage du nonsense de Carroll, qui joue de nos habitudes de lecture des métaphores figées en les prenant au pied de la lettre pour en rompre la lecture routinière. Par un nouvel écart par rapport à l’usage constitué, il leur donne ainsi un nouveau relief discursif qui remet en perspective leur expressivité fondamentale.
42In this article, the seemingly obvious link between the transgressive construction of metaphors and their expressive power is investigated through a corpus which makes a curious use of the device: Lewis Carroll’s nonsense. Metaphors are said to have a transgressive nature: they associate heterogeneous realities and they are defined by a discrepancy between sentence-meaning and utterance-meaning. But this transgressive construction does not necessarily always make them particularly remarkable or expressive: they also belong to ordinary language and many of those that have entered the common lexicon end up being used without people even realizing they are metaphors. That is what Carroll’s nonsense shows in one of its language games which consists in taking metaphors at face value, i.e. literally. In doing so, Carroll breaks our reading routine of dead metaphors and brings them back to life and expressivity by reviving the original transgression at the core of the device.
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