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    Plan détaillé Texte intégral I. Les Alpes et l’industrie : une histoire marquée par la diversité des territoiresII. Tentative de typologieIII. La faiblesse des relations intrarégionales Notes de bas de page Auteur

    Les territoires de l’industrie en Europe (1750-2000)

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    Table des matières

    5. Industries et territoires dans les Alpes, xixe – xxe siècles : tentative de typologie

    Anne Dalmasso

    p. 87-102

    Texte intégral I. Les Alpes et l’industrie : une histoire marquée par la diversité des territoiresII. Tentative de typologie1. Territoires de désindustrialisation2. Territoire d’industrialisation pérenne jusqu’à aujourd’hui : districts, milieux innovateurs, et autres ?III. La faiblesse des relations intrarégionales Notes de bas de page Auteur

    Texte intégral

    1Les Alpes forment un espace marqué à la fois par des caractéristiques communes fortes et par une grande diversité : « L’histoire des Alpes repose sur une ambiguïté. Elle traite d’un objet – les Alpes – comme s’il s’agissait d’une réalité homogène ; or il existe autant de modèles alpins que de régions alpines »1. Ceci est vrai aussi des industries alpines, activités fort anciennes qui présentent, dans le temps long, une étonnante variété de formes tant économiques, sociales que territoriales2. La dimension régionale, en histoire économique comme en géographie ou en économie, est depuis longtemps acceptée comme une échelle valide pour analyser les phénomènes d’industrialisation3. L’idée est aujourd’hui aussi admise que, parce que l’industrie est toujours localisée, elle est aussi territorialisée, c’est-à-dire inscrite dans un espace socialement construit, à échelle infranationale voire infrarégionale. On sait le rôle joué par le concept de district dans cette évolution, tout comme, plus récemment, celui des critiques ou nuances apportées au modèle, qui permettent de penser cet « encastrement » en dehors du concept de district4. Il est dès lors possible de s’interroger sur la diversité des logiques territoriales de l’industrie en dépassant l’approche classique des localisations. Ces recherches sur la diversité des formes anciennes des systèmes productifs localisés rejoignent les interrogations actuelles sur les rapports entre milieux locaux et dynamiques de développement dans le cadre de la redistribution spatiale des activités à l’échelle mondiale. La question posée est donc aussi celle de l’éventuelle efficience de certaines configurations territoriales favorisant la continuité de l’activité industrielle et son renouvellement. L’espace alpin présente un cadre à la fois relativement limité, quoique aux limites floues, et suffisamment divers et donc riche, pour que l’on puisse tenter une typologie des types de rapports entre industries et territoires au cours des XIXème et XXème siècles, soit les deux dernières grandes phases d’industrialisation, avec une attention particulière portée à la question de la continuité des activités. Elle ne vise pas du tout à produire de nouvelles catégories mais simplement à balayer une réalité circonscrite (les Alpes du Nord, principalement françaises), au regard des catégories existantes, avec une attention particulière pour les cas où celles-ci fonctionnent de manière imparfaite ou limitée.

    I. Les Alpes et l’industrie : une histoire marquée par la diversité des territoires

    2Les Alpes forment un espace marqué par des caractéristiques communes qui définissent de fortes particularités, d’ordre naturel ou géographique, mais aussi économique par la prévalence de certains types d’activité, voire social en terme de fonctionnement des « communautés »5. Cet espace est aussi caractérisé par une faible cohérence interne. Politiquement divisées, les Alpes n’ont jamais fonctionné comme une région économique, structurée par un bassin de main-d’œuvre, des techniques et des réseaux entrepreneuriaux communs. Une faible polarisation urbaine accompagne cette fragmentation de l’espace, tout particulièrement dans le cas français. Pourtant, la démonstration de l’existence des Alpes comme région, et comme région économique tout particulièrement, est une activité récurrente depuis la fin du XIXème siècle, des travaux de la géographie alpine fondée par Raoul Blanchard6 aux développeurs territoriaux d’aujourd’hui7 en passant par les politiques régionales des années 19208. La question de l’unité/ diversité de cet espace reste en permanence posée ainsi que celle de l’articulation de ses territoires entre eux et avec l’extérieur.

    3Le morcellement de l’espace alpin a favorisé de longue date une organisation sociale et économique en vallées ou massifs, encore très vivante au XIXème siècle9. On y repère quelques spécificités : prédominance de l’agro-pastoralisme, fréquence de la pluriactivité appuyée sur des activités artisanales ou manufacturières diverses (métallurgie, textile…) et des migrations saisonnières. Les activités manufacturières y sont anciennes parce que complémentaires d’activités agricoles insuffisantes à la survie des populations. Les unes sont à destination de la communauté montagnarde : meunerie, travail du fer presque toujours, tisserands souvent, activités que l’on rencontre dans la plupart des villages jusqu’au XIXème, alpins ou pas10. Plus spécifiques sont les activités destinées aux marchés extérieurs : clouterie en Matheysine et dans les Bauges, faux et épées en Faucigny, horlogerie dans la vallée de l’Arve, travail des métaux et du textile aussi en Piedmont11. L’exportation de produits manufacturés n’est pas la seule forme de relation économique avec les marchés extérieurs, le couplage entre un savoir-faire et l’émigration étant très répandu. Les pratiques commerciales du colportage, dont certaines formes internationales s’apparentent au XIXème siècle à de l’import export, (notamment entre les régions du Queyras et de Barcelonnette et l’Amérique du sud) participent aussi, dans le temps long, de cette économie d’échange12. Bref, d’une part « l’économie des pays alpins n’est pas repliée sur ses terroirs, close sur elle même, elle vit de la migration et elle est, depuis le XVème siècle, bien insérée dans l’espace marchand européen »13. D’autre part, cette économie est fortement inscrite dans des territoires présentant chacun de fortes spécificités, par delà leur commune caractéristique alpine.

    4Cette articulation des économies alpines entre ressources locales et échanges extérieurs, notamment via la migration, est bouleversée par les transformations rapides des systèmes productifs depuis la fin du XVIIIème. Les mutations dans la répartition spatiale des activités semblent, dans un premier temps, fortement défavoriser les Alpes. Exclues de la redistribution des « territoires de l’industrie » qui a privilégié les régions richement dotées en matières premières, charbon et fer, ou représentant des marchés importants comme les grandes métropoles, les Alpes ne sont pas restées à l’écart des conséquences de cette mutation, dont un aspect majeur est, par l’élargissement des marchés, de faire sauter les zones protectrices des industries régionales. La « révolution industrielle », déstabilise profondément les équilibres économiques antérieurs et, même si des capacités d’adaptation très diverses ont pu être développées, elle s’accompagne globalement d’une rétractation des activités et du peuplement, au profit de la plaine et des villes. Eloignées des centres du changement, les Alpes semblent alors basculer des frontières aux marges. Dans le cas du Dauphiné, Pierre Léon14 a bien montré en son temps (avec ses notions et ses problématiques, qui le conduisaient déjà à croiser approches sectorielle et territoriale, pour aboutir à l’importance du social) comment la formation d’une « grande industrie » s’était accompagnée d’une modification des implantations au profit de la plaine et des villes alimentant un mouvement de rétractation des activités et du peuplement, même s’il n’a rien d’uniforme, même si des capacités d’adaptation existent, même si, aussi, « il y a des désindustrialisations qui ne sont pas des échecs de développement »15.

    5A la fin du XIXème siècle, se dessine une « seconde révolution industrielle ». Les Alpes se voient alors dotées d’un avantage comparatif temporaire lié à la mise en valeur d’une ressource rare, l’énergie hydroélectrique, grâce à l’abondance de la force hydraulique de leurs torrents. De marginales, certaines zones des Alpes, au nord surtout, se trouvent alors au cœur des stratégies d’implantations d’activités parmi les plus « modernes » et les plus dynamiques de l’époque, attirant des entreprises dont les activités se pérennisent, grosso modo, jusqu’aux années 1960. Ce mouvement a provoqué une certaine forme d’homogénéisation du territoire, marqué par l’implantation d’activités certes différentes mais proches par leurs formes : grande industrie, production de base, grosse construction mécanique. Elles génèrent d’importants besoins en main-d’œuvre ouvrière, suscitent un développement technique rapide qui implique l’essor d’activités de recherche, en entreprise16 et en lien avec la recherche publique là où elle émerge comme à Grenoble17. Il a eu un fort impact sur les paysages des fonds de vallée, marqués par un bâti industriel caractéristique avec de fortes nuisances, des formes de logement ouvrier en cités organisant des sociétés usinières en milieu alpin. Cette uniformisation reste relative puisque limitée à certains territoires. Elle a servi de support aux revendications régionalistes de certaines élites alpines (grenobloises pour l’essentiel de ce côté-ci des Alpes) tout au long du « cycle de la houille blanche », des années 1880 aux années 1960. En 1954, Charles de Marliave, président de l’Association des producteurs des Alpes françaises (APAF), reprenait un thème décliné quasiment à l’identique depuis les années 1880 : « On peut donc affirmer qu’il existe effectivement, au point de vue économique comme au point de vue géographique, une région alpine ayant une structure particulière, peu comparable à celle des autres provinces françaises, et dont l’équivalent ne se trouve guère que dans les régions limitrophes des pays voisins. Au moins autant que la géographie, c’est l’histoire économique des cent dernières années qui lui a surtout donné son aspect spécial »18.

    6Pourtant, à la question de l’existence d’une région alpine, posée de manière récurrente des géographes du début du XXème siècle aux aménageurs des années 1970 et aux promoteurs du développement durable d’aujourd’hui, la réponse est toujours non. Quel qu’ait été son poids en termes de capitaux, de main-d’œuvre, d’implantation industrielle, d’image aussi, l’hydroélectricité et ses dérivés ne suffisent pas à définir une région alpine, même pour la phase 1860 –1960 et encore moins pour la suivante. Il faut répéter que les constructions identitaires des élites ne sont pas (ou pas toute) la réalité du fonctionnement des territoires. La pluralité demeure comme règle d’organisation de l’espace alpin. Pluralité des secteurs, pluralité des types de rapport à l’espace, pluralité des logiques des entreprises. On voit ainsi coexister, même en se limitant aux Alpes françaises du nord, des configurations territoriales très différentes.

    II. Tentative de typologie

    7Sur quels critères baser cette typologie ? Parce que la question posée est celle de l’efficience des configurations territoriales vis-à-vis de la continuité de l’industrie, on cherchera à croiser rapport à l’espace et rapport au temps. Cela suppose de repérer des zones où un type d’industrie a fonctionné suffisamment longtemps pour que puisse se poser la question de l’existence éventuelle d’un « territoire » industriel ou manufacturier, soit celle d’une éventuelle interaction positive entre l’activité industrielle et son environnement local, économique, social et politique. Dans cette perspective, on peut sélectionner dans l’espace alpin quelques cas significatifs de la diversité des rapports entre territoire et industrie. On citera pour mémoire ceux qui correspondent à des cycles d’industrialisation limités dans le temps et ceux qui correspondent à des modèles d’industrialisation inscrits dans des temps longs déjà bien repérés et étudiés. On s’attardera plus sur des territoires moins bien connus qui posent des problèmes intéressants susceptibles de faire avancer la réflexion.

    1. Territoires de désindustrialisation

    8On peut évoquer en premier lieu des zones animées de formes d’activité manufacturière préindustrielle qui ont décliné puis disparu dès la fin du XVIIIème ou le début du XIXème : clouterie des Bauges ou de la Matheysine. Ces phénomènes de désindustrialisation sont caractéristiques d’une large part des Alpes du Sud et des massifs des Alpes du nord les plus éloignés des centres urbains ou des vallées industrielles.

    9On peut évoquer ensuite des zones qui ont connu un cycle industriel unique, zones de mono ou quasi mono activité autour de la mise en valeur d’un facteur « naturel » sans passage à un autre cycle industriel. C’est le cas des « vallées de la houille blanche » : Tarentaise, Maurienne, Romanche, et des bassins d’Ugine, de Chedde et du Giffre dans la vallée de l’Arve, de St Auban et l’Argentière dans les Alpes du Sud. C’est aussi le cas du bassin minier de la Mure, au sud de Grenoble. L’étalement de la fermeture du site sur près de 30 ans a permis de mettre en place une politique de reconversion mais ses résultats en terme de ré-industrialisation demeurent limités.

    10Le cas des « vallées de la houille blanche » est différent19. L’impact de la phase hydroélectrique doit être envisagé à deux niveaux. L’essor de la houille blanche a été un élément déterminant de la modernisation de plusieurs secteurs industriels à échelle régionale, papeterie, cimenterie, métallurgie. Elle a aussi suscité la création de secteurs nouveaux dans la construction mécanique et électrique. Elle a surtout été le creuset des relations entre recherche et industrie qui se sont structurées à Grenoble, une des bases de son essor actuel dans d’autres secteurs. Son effet industrialisant est donc certain à l’échelle du massif de même que son rôle dans la construction des capacités d’innovation et de renouvellement de certains territoires, Grenoble certes, mais aussi Annecy. Cela n’empêche que dans les vallées proprement dites, autour des sites de production électrochimiques et électrométallurgiques, leur domination quasi exclusive sur l’économie et la main-d’œuvre locale ont eu des effets d’éviction sur les autres activités et n’ont pas permis que se constitue un réseau de PME à l’instar d’autres régions du massif20. La fermeture de plus de la moitié des sites depuis les années 1960 s’accompagne donc d’une rétractation de l’activité et de la population. Dans certains cas, comme en Tarentaise, le relais de l’industrie touristique a permis une moindre déprise et le développement d’un tissu de petites entreprises fonctionnant dans l’orbite des grandes stations de ski, dans le transport et le BTP notamment. Mais rien qui compense, en termes d’activité comme d’emploi, le reflux de la grande industrie21.

    2. Territoire d’industrialisation pérenne jusqu’à aujourd’hui : districts, milieux innovateurs, et autres ?

    11Plusieurs exemples de continuité industrielle dans le long terme peuvent être repérés dans l’espace alpin qui puisent leurs racines dans l’économie préindustrielle de l’époque moderne et témoignent de capacités d’adaptation et de renouvellement au cours des deux derniers siècles. Deux sont bien connus car ils correspondent à des formes territoriales types dégagées par la recherche en science sociale de ces vingt dernières années : la vallée de l’Arve comme district industriel22 et l’agglomération grenobloise comme milieu innovateur (ou district technologique)23.

    12Un troisième exemple celui d’Annecy et de son bassin a été plus rarement mobilisé car il s’intègre plus difficilement aux catégories existantes. Il pose pourtant des questions intéressantes sur les rapports entre continuité industrielle et territoire. Contrairement à ce que laisse penser la forte image touristique d’Annecy, cette ville ou plus exactement ses environs immédiats (Cran) ou plus éloignés (Faverges, Giez) connaissent une activité industrielle ancienne et relativement continue, organisée autour de la papeterie, de la métallurgie et du textile24. Annecy même est jusqu’à la fin des années 1960 une ville industrielle (53% de la population active est employée dans le secondaire) et ouvrière (50,6% de la population classée dans cette CSP). Elle compte aujourd’hui parmi les pôles industriels les plus dynamiques de la région alpine25. L’industrie s’y est développée de façon ancienne mais modeste grâce à des facteurs naturels propices mais peu discriminants : force motrice hydraulique du Thiou, abondance de bois à proximité, gisements de charbon (lignite d’Entrevernes) et de fer. Le site de Cran, à proximité immédiate d’Annecy, comme celui de Faverges à une vingtaine de kilomètres, atteste de la présence d’activités papetières et métallurgique depuis le XVème siècle. Il ne s’agit pas réellement d’activités continues mais plutôt d’une succession de cycles d’exploitation, abandonnés ou repris en fonction de la conjoncture, sur des sites dont les atouts naturels demeurent au fil du temps.

    13Pour la période proprement industrielle, il est possible de repérer plusieurs phases caractérisées chacune par des rapports différents entre l’industrie et le milieu local. Une première démarre avec la Révolution Française qui joue un rôle d’impulsion décisif. Sur la base d’une modeste activité métallurgique et profitant de la disponibilité en bâtiments conventuels « libérés » par leur transformation en biens nationaux, le gouvernement révolutionnaire suscite la création de manufactures d’armement et de textile en liaison avec des entrepreneurs genevois. Sous le Consulat et l’Empire, de nouvelles initiatives portées par des industriels étrangers à la ville et soutenues par le gouvernement suscitent une vague d’industrialisation d’une toute autre ampleur : dans le textile un Lyonnais originaire de Maurienne, Jean-Pierre Duport, installe une manufacture de coton qui occupe rapidement plusieurs centaines d’ouvriers bientôt reprise par un Suisse, Jean Leuffer, dans la papeterie un Aussedat d’Annonay relance l’activité à échelle industrielle, dans la métallurgie ce sont encore des lyonnais, les Frérejean, qui reprennent et modernisent le vieux site de Cran. Les initiatives sont donc principalement extérieures à la région et au milieu annecien. Ses élites, aux fortunes modestes, restent fidèles aux fonctions administratives et commerçantes de la petite ville et méfiantes face à ces activités nouvelles impulsées par des étrangers. La main-d’œuvre est locale à l’exception des contremaîtres26. Elle s’inscrit dans un marché du travail à l’échelle du bassin annecien intégrant les sites métallurgiques et textiles de Faverges et de Giez. On peut émettre l’hypothèse que se constituent à cette échelle parmi la main-d’œuvre locale des savoir-faire, peu spécialisés et transférables d’une entreprise à une autre, caractérisés plus par des normes de comportement que par des compétences techniques fines. Le terme même de milieu ouvrier est probablement impropre, surtout pour le XIXème. La grande instabilité de la main d’œuvre et le caractère très discontinu des passages à l’usine plaident plutôt dans le sens de l’intégration de l’usine dans des parcours de vie où domine la pluriactivité. Ceci permet néanmoins de garantir aux entreprises la disponibilité d’une main-d’œuvre apte au travail industriel et acceptant de faibles salaires.

    14Ce cycle s’épuise dans le dernier tiers du XIXème lors de l’annexion à la France qui prive les entreprises du marché piémontais tout en les exposant à la concurrence française. Après quelques années difficiles, on assiste à la fois à une modernisation des industries anciennes et à la mise en place d’un nouveau cycle de croissance, engagé cette fois sur la base d’initiatives locales autour des opportunités ouvertes par l’essor de la « houille blanche ». Un milieu patronal « autochtone » se structure autour de quelques fortes personnalités issues à la fois des milieux de l’artisanat et du petit commerce (Jules Barut, un des fondateur de la Société d’Electrochimie, le banquier Léon Laydernier27), des vieilles dynasties bourgeoises (Albert Crolard, fondateur d’une importante entreprise de transport) et des milieux industriels implantés depuis le XIXème (Jean-Marie Aussedat). Selon un modèle proche de celui mis en place à Grenoble, les entrepreneurs anneciens pallient la faiblesse de leurs disponibilités en capitaux par une boulimie d’initiatives et une stratégie d’alliance avec les groupes nationaux. Un des pivots de cet essor est la Société des Forces Motrice du Fier28 qui exploite deux centrales hydroélectriques aux portes d’Annecy et assure, grâce à une opportune connexion au réseau d’Ugine, une fourniture abondante et bon marché au bassin annecien. Ses effets industrialisants sont certains. Ils favorisent la poursuite de la modernisation des industries anciennes (les Forges de Crans se spécialisent par exemple dans le laminage d’aluminium à partir de 1906) et l’installation d’entreprises extérieures, notamment suisses durant la guerre de 1914. La firme Schmid-Roos spécialisée dans les roulements à bille transfère notamment une partie de ses activités en 1915. Reprise par Renault en 1945, la SRO devenue SNR est encore aujourd’hui un des principaux employeurs du bassin.

    15Une troisième phase se met en place durant la période de forte croissance des Trente glorieuses. Elle mêle, plus encore que la précédente, initiatives locales et implantations extérieures. Les initiatives locales permettent un profond renouvellement du tissu industriel, dans des secteurs très divers : matériel de sport (Salomon, Millet, Fusalp), agro-alimentaire (Entremont), construction mécanique (Métrix, Chauvin-Arnoux, Pompes Guinard…) et, dans les environs proches, mobilier de cuisine (Mobalpa à Thônes). Sans oublier, même si les liens avec le milieu local se sont distendus, que l’une des deux familles fondatrice du groupe Carrefour, les Fournier, sont originaires d’Annecy29. Parallèlement, des opérations de décentralisation nombreuses ont amené dans la région de nombreuses implantations nouvelles dans des secteurs eux aussi divers : Alcatel, Gillette, Dassault, Compaq et dans les villes environnantes, Téfal, Lait Mont Blanc (Nestlé)… Cet inventaire très incomplet suffit à démontrer à la fois la dynamique industrielle du bassin et sa faible cohérence industrielle. A l’évidence, rien qui rappelle le district : il n’y a ni spécialisation par branche ni complémentarité entre les firmes. Elles appartiennent au même cycle de croissance, partagent des critères de localisation communs : infrastructures de communication satisfaisantes qui pallient le caractère excentré du site par rapport aux grands centres de consommation, disponibilité en main-d’œuvre à tradition industrielle, cadre de vie de qualité. Des relations entre firmes peuvent être repérées (installation de Téfal à proximité de son fournisseur les Forges de Crans par exemple), d’autant plus qu’un grand nombre de petites entreprises sous traitantes animent des échanges à échelle courte. Il est cependant difficile définir des liens structurant à l’échelle du bassin.

    16Autre exemple qui prolonge le cas annecien auquel il est en partie lié, celui de Faverges. Le pôle de Faverges30, situé à une vingtaine de kilomètre au sud d’Annecy forme, avec Cluses, un des rares centres proprement industriels de Savoie durant toute l’époque moderne. La métallurgie est l’activité principale avec, au XVIIIème siècle, forges de fer et de cuivre, un haut fourneau contrôlé par l’abbaye de Tamié alimenté par des mines locales et une vingtaine de martinets fabriquant des outils et ustensiles divers. Une tannerie et une papeterie fonctionnent également à échelle régionale. Les initiatives et les capitaux sont à la fois extérieurs, notamment génois, et locaux, du moins si l’on peut considérer de la sorte l’importance économique de l’abbaye de Tamié. Au début du XIXème, alors que ces activités issues de la période préindustrielle périclitent lentement, le site est choisi par l’industriel Jean-Marc Duport pour installer une manufacture de coton puis de soie qui connaît, sous différents propriétaires lyonnais, un essor spectaculaire. En 1859, à son apogée à la veille de l’annexion, elle emploie 1200 personnes et constitue l’un des plus importants établissements industriels de Savoie. On ne connaît pas les raisons de son choix qui s’inscrit dans une stratégie de développement de ses activités dans l’ensemble des Etats de Savoie, à Annecy, Chambéry et en Piémont : on sait seulement qu’il profite de locaux disponibles (un ancien château, comme il profite à Annecy de bâtiments conventuels requis au titre des biens nationaux).

    17Comme l’ensemble des entreprises savoyardes, les industries favergiennes subissent les conséquences de l’annexion et déclinent dans le dernier tiers du XIXème sans connaître cependant d’interruption de l’activité. Celle-ci renaît au début du XXème siècle, une nouvelle fois par des initiatives extérieures. Une firme suisse, Stunzi, reprend et relance la soierie en 1902 et suscite l’installation d’une activité complémentaire de construction de « ratières » par une autre entreprise suisse en 1909, Staübli, originaire du même village que la précédente, Horgen dans les environs de Zürich. La soierie, avec des effectifs déclinants depuis les années 1950, n’a fermé qu’en 1980, Staübli diversifié dans la fabrication de raccords industriels et la robotique est devenu le principal employeur du bassin avec 970 salariés et 1,5 millions de francs de chiffre d’affaires en 1998 (dont 80 % à l’exportation). D’autres entreprises d’origine locale se sont créées en deux phases, dans les années 1920 puis dans les années 1950 dans des secteurs très divers : cirage (entreprise Saphir) menuiserie industrielle (Piquand), cuisinières et fours industriels (Bourgeois), plasturgie. La plus originales est l’entreprise ST Dupont, spécialisée dans les stylos et briquets de luxe. Fondée à Paris en 1872 par un enfant du pays, Simon Tissot Dupont, l’entreprise prospère dans la maroquinerie et s’oriente vers les fabrications de luxe sous la direction de ses deux fils. L’un d’eux transfère une partie des activités de fabrication à Faverges en 1924. A partir d’un petit noyau de savoyards formés par des artisans qualifiés parisiens (doreurs, polisseurs…) le site se développe en mettant au point des fabrications nouvelles (maîtrise de la technique du laquage, passage des briquets à pétrole aux briquets à gaz, stylos…) tout en bénéficiant de la libération d’une main-d’œuvre féminine par le déclin de la soierie, nécessaire à l’industrialisation de la production. L’entreprise, reprise par le groupe Poon de Hong Kong et tournée principalement vers les marchés asiatiques, employait environ 500 personnes sur le site en 2001. Principalement grâce à ces deux grosses entreprises, Staübli et Dupont, Faverges témoigne donc d’une activité industrielle renouvelée jusqu’à nos jours.

    18Est-il possible d’expliquer cette continuité industrielle par une forme de configuration territoriale efficiente et laquelle ? Certes, on trouve des logiques et elles peuvent être spatiales : on sait que les firmes suisses s’installent de ce côté des Alpes pour mieux pénétrer le marché français tout en conservant une relative proximité facilitant le contrôle de la production. C’est le cas pour l’entreprise Stünzi qui bénéficie en outre, lors de son installation en 1900, des équipements et du savoir-faire textile développé depuis un siècle. L’installation de Staübli s’explique à la fois par la proximité géographique et sociale des deux familles éponymes et par la complémentarité de leurs fabrications. Les autres entreprises du site de Faverges se sont développées en fonction d’autres histoires et d’autres logiques que l’on peut expliciter sans que soit levée la difficulté à caractériser le rôle joué par leur proximité dans un même espace et donc la pertinence de la notion de « territoire » industriel. A Annecy, on repère des logiques territoriales similaires qui guident les investissements suisses dans leurs accès au marché français mais rien non plus qui puisse rendre compte de l’ensemble du tissu industriel. Dans les deux cas, on ne trouve ni spécialisation autour d’un produit ou d’un savoir-faire, ni complémentarité entre les entreprises au sein d’une même branche ou filière, ni structuration sociale forte par le patronat ou le métier. Rien donc qui permette de mobiliser la référence au district. Quelques éléments de compréhension de l’histoire industrielle de cette région peuvent être avancés. D’abord l’importance des apports extérieurs, en terme d’initiative comme de capitaux et le rôle joué dans le long terme par les effets de frontière : des capitaux Gênois, Piémontais, Suisses, Lyonnais, Parisiens… s’investissent dans cette zone en fonction de son intégration variable aux espaces économiques englobants. Ces investissements « rejouent » cependant aux mêmes endroits grâce à la présence d’infrastructures qui les rendent possibles et dont la nature évolue évidemment au fil du temps : cours d’eau équipés en force motrice, réseaux électriques, réseaux de transport. Les initiatives patronales locales ne sont par absentes, notamment durant les périodes de renouvellement des technologies et des marchés des années 1880/1900 et 1950/1960 qui ont ouvert des opportunités que quelques familles ont su saisir. La faiblesse du contrôle du capital demeure un point faible. Si quelques firmes, comme Mobalpa, ont pu se construire sur une pratique stricte d’autofinancement, la plupart, à l’image de Salomon, sont passées sous contrôle extérieur. La forte présence des capitaux étrangers est une constante, suisses principalement jusqu’aux années 1980, diversifiés depuis31.

    19Le partage d’un même bassin de main-d’œuvre apparaît comme un élément important qui mériterait d’être approfondi. « Jusqu’à la seconde guerre mondiale, c’est une main-d’œuvre largement rurale, peu qualifiée, peu syndiquée, traditionnellement catholique », des « gens qui avaient l’habitude de travailler la terre, âpres au gain et économes »32. Cette caractérisation de la main-d’œuvre des Forges de Crans demande naturellement à être validée à échelle plus large et devrait être précisée pour la période postérieure à 1945 notamment du fait d’un fort apport de main d’œuvre, nationale et immigrée. Elle fixe néanmoins des pistes de recherche. A Annecy comme à Faverges, l’importance et la continuité de l’industrie n’ont pas produit les formes classiques des sociétés ouvrières : la conflictualité est faible, la syndicalisation marquée par un fort impact des syndicats chrétiens, le vote de gauche est limité à quelques îlots fragiles. Les identités sociales balancent entre inscription sociale dans un territoire par la lignée et la propriété, même modeste, et inscription professionnelle dans la société par l’emploi. La faiblesse de la référence au métier peut-elle se lire dans le peu d’intérêt accordé jusqu’à très récemment à la formation professionnelle ? A la différence de Cluses et de la vallée de l’Arve, la formation professionnelle du bassin annecien s’est longtemps limitée à un lycée technique dispensant des formations peu spécifiques et à un solide réseau de maisons familiales et rurales. Ce n’est que depuis la fin des années 1980 qu’Annecy a été dotée de formations techniques supérieures, dont une école d’ingénieurs en 1993. En première analyse, il semble que ces territoires mêlent des caractéristiques sociales proches de celles des mi-lieux pluriactifs de montagne33 et les apports extérieurs de la grande entreprise (aux formes évoluant au fil du temps), dans un accommodement social satisfaisant pour les deux parties et performant économiquement.

    20L’importance nouvelle accordée à la formation à Annecy rejoint les efforts menés à une autre échelle à Chambéry dans la création du site de Technolac voire à Annemasse autour du site d’Archamps pour susciter des interactions positives entre recherche, formation et industrie de pointe. L’engagement des politiques locaux, notamment du Conseil général, dans ces opérations montre une prise de conscience récente de la nécessité d’une action volontariste, un peu sur le modèle grenoblois, qui s’inscrit en rupture avec les pratiques antérieures.

    III. La faiblesse des relations intrarégionales

    21L’évocation rapide de ces quelques cas n’épuise pas toute la diversité existante mais suffit à montrer que la complexité prime sur les facteurs d’uniformisation. Une fois ce constat établi, à quelle(s) échelle(s) raisonner pour rendre compte de cet « archipel » de territoires économiques alpins ? Il est frappant de constater la pérennité dans le temps de la faiblesse de l’échelon régional : territoires et entreprises fonctionnent principalement à échelle locale et nationale, voire internationale, peu régionale. Les statistiques travaillées par les économistes depuis les années 1970, même si elles n’ont évidemment qu’une faible épaisseur historique, ne disent pas autre chose34. Elles mesurent, par exemple, la répartition spatiale du chiffre d’affaires et des achats réalisés par les entreprises du sillon alpin (Arve, Genève, Chambéry, Annecy, Grenoble). Elles montrent que, globalement, les échanges au sein de ces zones comme entre elles sont faibles, à l’exception de la vallée de l’Arve (40 % des achats et 10 % du chiffre d’affaires dans la vallée) et, dans une moindre mesure, de Grenoble (23% des achats et 12% du chiffre d’affaires). Globalement, les relations entre pôles sont peu actives, chacun privilégiant les partenariats avec des interlocuteurs nationaux voire internationaux. L’impossibilité de raisonner à l’échelle du massif n’impose donc pas de se cantonner à une échelle locale. Au contraire, elle impose de jongler entre échelles différentes. On retrouve là le constat, corroboré par de nombreuses études (historiques ou économiques), selon lequel l’existence d’un « territoire économique » résulte à la fois du dynamisme du tissu local et d’une bonne insertion dans les marchés et réseaux industriels nationaux et internationaux. S’il n’existe qu’une dimension (logique de groupe national ou international comme dans le cas de l’électrochimie et électrométallurgie des vallées alpines, ou logique purement locale comme dans les nombreux petits pôles métallurgiques anciens), la pérennité de l’activité semble moins assurée et sa « territorialisation » plus difficile. Ce constat à la fois banal et robuste n’est pourtant pas si facile à vérifier, qu’on l’aborde sous l’angle d’un territoire, d’une branche ou d’une entreprise. En effet, les modes de relations entre un territoire et son environnement économique ou industriel ne sont pas univoques et chaque modalité (capitaux, marchés, régulations publiques, main d’œuvre) fonctionne elle-même à des échelles différentes.

    22L’espace alpin est caractérisé à la fois par de fortes spécificités, issues des contraintes du milieu, et par une absence d’homogénéité. Les sociétés « traditionnelles » y avaient développé des formes souvent proches mais jamais identiques d’organisation et de mise en valeur des territoires, structurés par la complémentarité entre ancrage local fort et ouverture vers l’extérieur par la migration. Par delà les mutations des deux derniers siècles, les formes actuelles d’organisation territoriales développées par les sociétés industrielles semblent conserver certains de ces traits. On se gardera d’en tirer des conclusions trop rapides pour rappeler simplement l’importance de l’articulation entre dynamisme du tissu local et maîtrise des réseaux nationaux et internationaux pour la pérennité économique des territoires, et la nécessité, méthodologique, de raisonner à plusieurs échelles pour les comprendre.

    Notes de bas de page

    1 A.-M. GRANET-ABISSET, Les usages de la mémoire et les représentations de l’histoire dans les sociétés alpines contemporaines, HDR, université Paris I, 2002, p. 472.

    2 La dimension alpine a été pendant longtemps le champ d’investigation des géographes, dans la lignée de Raoul Blanchard, ses travaux ont été poursuivis, dans le domaine des activités économiques, par G. Veyret-Verner, L’industrie des Alpes Française, Grenoble Allier, 1949 et G. Armand, Villes, centres et organisation urbaine des Alpes du Nord, le passé et le présent, Grenoble, Allier, 1974. Du point de vue des historiens, après les travaux de P. Léon, La naissance de la grande industrie en Dauphiné (fin du XVIIème, 1869), PUF, 1954, l’histoire de l’industrie dans les Alpes a été envisagée dans une optique d’histoire d’entreprise et d’histoire de branche. Voir les travaux d’Henri Morsel dont sa synthèse sur l’industrialisation grenobloise, H. MORSEL et J.-F. PARENT, Les industries de la région grenobloise, itinéraire historique et géographique, PUG, 1991, et l’importante production issue des recherches impulsées par l’Association pour l’histoire de l’électricité en France (aujourd’hui département histoire de la fondation EDF) et l’Institut pour l’histoire de l’aluminium. Une approche récente dans H. JOLY, M. LEROUX, A. DALMASSO, A. GIANDOU, L. CAILLUET (dir.) Des barrages et des hommes. L’industrialisation des Alpes du Nord entre ressources locales et apports extérieurs, Grenoble, PUG, 2002.

    3 M. HAU, « L’histoire économique régionale », Où va l’histoire économique (D. BARJOT coord.), Historiens et Géographes, n° 378, 2002, p. 145-154.

    4 J.-C. DAUMAS, Les territoires de la laine. Histoire de l’industrie lainière en France au XIXème siècle, Villeneuve d’Ascq, Presses Universitaires du Septentrion, 2004, tout particulièrement l’introduction.

    5 G-F DUMONT (dir.) « Les traits généraux de l’arc alpin » dans L’arc Alpin, histoire et géopolitique d’un espace européen, Paris, Economica, 1998.

    6 Les géographes inventent les Alpes, numéro spécial de la Revue de Géographie Alpine, 2001.

    7 M.-C. FOURNY, « L’identité alpine : un enjeu géopolitique pour les villes, Ville et montagne, Histoire des Alpes n° 5,2000, p. 251-260, Villes alpines en réseau. Le sillon alpin, dossier de la Revue de Géographie Alpine, IGA-UJF, 1994, U. AGNELLI, C. HAEGI, A. MEYRIEUX (dir.), Le diamant alpin, Genève, Lyon, Turin, Genève, Slatkine, 1997.

    8 P. VEITL, Les régions économiques Clémentel et l’invention de la région économique des Alpes françaises, Thèse de l’IEP de Grenoble, Université P. Mendès-France, 1992.

    9 P. GUICHONNET (dir.) Histoire et civilisation des Alpes, Toulouse, Privat, 1980.

    10 A. BELMONT, Des ateliers au village. Les artisans ruraux en Dauphiné sous l’Ancien Régime, Grenoble, PUG, 1998.

    11 P. DETESCHI, « Autosufficienza economica, specializzazione e mobilità delle risorse umane nell’arco alpino italiano tra età moderna e contemporanea », dans D.J. Grange (dir.) L’espace alpin et la modernité, bilans et perspectives au tournant du siècle, Grenoble, PUG, 2002, p. 61-78.

    12 A.-M. GRANET-ABISSET La route réinventée. Les migrations des Queyrassins aux XIXème et XXème siècles, Grenoble, PUG, 1994.

    13 L. FONTAINE, « L’argent du colporteur », L’Alpe, n° 17, p. 40. Voir aussi Pouvoirs, espaces et identités dans les hautes vallées des Alpes occidentales, XVIIème – XVIIIème siècle, Grenoble, PUG, 2002.

    14 P. Léon, La naissance de la grande industrie en Dauphiné, op.cit.

    15 Selon l’heureuse formule de D. WORONOFF, Histoire de l’industrie en France du XVIème à nos jours, Paris, Seuil, 1994, p. 343.

    16 M. LEROUX, Un siècle de recherche industrielle à Péchiney, Rives droite, 1998.

    17 E. ROBERT, sous la direction de R. MORET, L’ingénieur, moteur de l’innovation. Un siècle de formation d’ingénieurs à Grenoble, éditions des Vignes-l’Editeur-INPG, 2001.

    18 C. de MARLIAVE, Congrès de l’Economie alpine, APAF, 1954.

    19 H. JOLY, M. LEROUX, A. DALMASSO, A. GIANDOU, L. CAILLUET (dir.), Des barrages et des hommes, op. cit.

    20 J.-L. CHABERT, Les Grandes Alpes industrielles de Savoie, évolution économique et humaine, Saint-Alban-Leysse, imprimerie Gaillard, 1978.

    21 L. CHABERT, Jacques CHAMP, Pierre PREAU, Un siècle d’économie en Savoie 1900-2000, Montmélian, La Fontaine de Siloé, 2001.

    22 Approche économique : C. COURLET, G. SANSON, L’industrie dans la vallée de l’Arve, Diagnostique, perspectives et stratégies, SEMVAM, Scionzier, 1991, approche géographique : C. GIDE et J.-P. HOUSSEL, « Le décolletage dans la vallée de l’Arve : un district industriel face à la mutation contemporaine », Revue de géographie de Lyon, 1992, p. 199-208, et approche historique, P. Judet, Horlogerie et horloger du Faucigny (1849-1934), Les métamorphoses d’une identité sociale et politique, Grenoble, PUG, 2004.

    23 J.-C. MONATERI et J.-J. CHANARON, « Dynamiques industrielles et technologiques. Le pôle grenoblois », dans C. COURLET et B. SOULAGE (dir.), Industrie, territoires et politiques publiques, Paris, L’Harmattan, 1994, p. 173-201. Voir aussi les interventions de C. COURLET et J. SAGLIO au colloque de Bercy sur les districts industriels et pour une mise en perspective historique A. DALMASSO, « Grenoble (1880-1960), un district industriel autour de la "houille blanche" ? » dans J.-F. ECK et M. LESCURE (dir.) Villes et districts industriels en Europe occidentale, XVIIème-XXème siècles, CEHVI, Publication de l’Université François Rabelais, Tours, 2002 et H. MORSEL et J.-F. PARENT, les industries de la région grenobloise, itinéraire historique et géographique, Grenoble, PUG, 1991.

    24 P. GUICHONNET, Histoire d’Annecy, Toulouse, Privat, 1987, R. BLANCHARD, Annecy, essai de géographie urbaine, Gardet, Annecy, 1958.

    25 L. CHABERT, J. CHAMP, P. PREAU, op.cit., R. BONAZZI, Histoire des entreprises leaders de la Haute-Savoie, Chambre de commerce et d’industrie de la Haute-Savoie, 2004, S. CHABERT, « L’économie industrielle », Haute-Savoie (sous la direction de P. GUICHONNET), Curandéra-Fontaine de Siloé, 1990.

    26 P. JUILLET, La main d’œuvre ouvrière de Cran, mémoire de maîtrise de l’Université de Grenoble, direction Pierre JUDET, 2004.

    27 L. LAYDERNIER, Souvenirs d’un banquier savoyard, Annecy, Gardet et Garin, 1947.

    28 A. DALMASSO, Nationalisation et exploitation de la production hydroélectrique dans les Alpes de Savoie des années 1930 aux années 1970, Thèse, Université de Lyon 2, 1993, p. 28-32.

    29 J.-M. VILLERMET, Au carrefour d’une révolution. Naissance de l’hyper marché. Mémoire de maîtrise de l’Université de Savoie sous la direction d’A. PALLUEL-GUILLARD, Montmélian, imp. Arc-Isère ,1990.

    30 V. BARBIER, La Savoie industrielle, Chambéry, imp. Bottero, 1875, G. ARMAND, op.cit., p. 192-193 et 431-433, N. RULLAND, Faverges, TER de géographie de l’Université de Grenoble, 1967.

    31 Selon R. BONAZZI, sur la cinquantaine d’entreprises haut savoyardes de plus de 200 salariés, la moitié est d’origine étrangère alors qu’on n’en comptait que 11 % en 1980. Elles étaient alors presque toutes suisses, les plus nombreuses sont aujourd’hui américaines.

    32 A. GIANDOU, « Eléments pour une histoire des Forges de Crans. Les mutations d’une entreprise familiale (1907-1983) », Cahiers d’histoire de l’Aluminium, n° 31, 2003, p. 65 et 78.

    33 Voir les travaux de P. JUDET, op. cit. et J.-M. OLIVIER pour le Jura : Des clous, des horloges et des lunettes. Les campagnards moréziens en industrie (1870-1914), Paris, CTHS, 2004.

    34 C. BEAUVIALA-RIPERT, N. ROUSIER, « L’évolution des formes d’internationalisation de l’économie alpine. L’exemple des Alpes du Nord françaises », dans L’espace alpin et la modernité, op. cit. p. 45-60.

    Auteur

    • Anne Dalmasso

      Est maître de conférences en histoire contemporaine à l’université P. Mendès France, Grenoble 2. Ses recherches en cours portent sur l’histoire des entreprises du secteur de l’énergie dans la région alpine, notamment l’entreprise Neyrpic. Dernières publications : « Les ingénieurs chefs d’entreprise au tournant des XIXième et XXième siècles » et « Industrie et territoires dans les Alpes : à quelle(s) échelle(s) rendre compte de l’histoire industrielle ? » dans Cécile Gouy-Gilbert et Jean François Parent (dir.), De la Houille Blanche à la microélectronique, Conservation du Patrimoine de l’Isère, 2005, p. 11-15 et 32-35 ; « L’industrie et le développement scientifique de Grenoble », Lettre de l’APHID, mars 2005, p. 5-8 ; « Une entreprise "dauphinoise" dans l’entre deux guerres : Neyrpic (NBPP), ambiguïtés et limites de la notion d’entreprise régionale », dans Hervé Joly, Muriel Leroux, Anne Dalmasso, Alexandre Giandou, Ludovic Cailluet (dir.), Des barrages et des hommes. L’industrialisation des Alpes du Nord entre ressources locales et apports extérieurs, PUG, 2002.

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    1 A.-M. GRANET-ABISSET, Les usages de la mémoire et les représentations de l’histoire dans les sociétés alpines contemporaines, HDR, université Paris I, 2002, p. 472.

    2 La dimension alpine a été pendant longtemps le champ d’investigation des géographes, dans la lignée de Raoul Blanchard, ses travaux ont été poursuivis, dans le domaine des activités économiques, par G. Veyret-Verner, L’industrie des Alpes Française, Grenoble Allier, 1949 et G. Armand, Villes, centres et organisation urbaine des Alpes du Nord, le passé et le présent, Grenoble, Allier, 1974. Du point de vue des historiens, après les travaux de P. Léon, La naissance de la grande industrie en Dauphiné (fin du XVIIème, 1869), PUF, 1954, l’histoire de l’industrie dans les Alpes a été envisagée dans une optique d’histoire d’entreprise et d’histoire de branche. Voir les travaux d’Henri Morsel dont sa synthèse sur l’industrialisation grenobloise, H. MORSEL et J.-F. PARENT, Les industries de la région grenobloise, itinéraire historique et géographique, PUG, 1991, et l’importante production issue des recherches impulsées par l’Association pour l’histoire de l’électricité en France (aujourd’hui département histoire de la fondation EDF) et l’Institut pour l’histoire de l’aluminium. Une approche récente dans H. JOLY, M. LEROUX, A. DALMASSO, A. GIANDOU, L. CAILLUET (dir.) Des barrages et des hommes. L’industrialisation des Alpes du Nord entre ressources locales et apports extérieurs, Grenoble, PUG, 2002.

    3 M. HAU, « L’histoire économique régionale », Où va l’histoire économique (D. BARJOT coord.), Historiens et Géographes, n° 378, 2002, p. 145-154.

    4 J.-C. DAUMAS, Les territoires de la laine. Histoire de l’industrie lainière en France au XIXème siècle, Villeneuve d’Ascq, Presses Universitaires du Septentrion, 2004, tout particulièrement l’introduction.

    5 G-F DUMONT (dir.) « Les traits généraux de l’arc alpin » dans L’arc Alpin, histoire et géopolitique d’un espace européen, Paris, Economica, 1998.

    6 Les géographes inventent les Alpes, numéro spécial de la Revue de Géographie Alpine, 2001.

    7 M.-C. FOURNY, « L’identité alpine : un enjeu géopolitique pour les villes, Ville et montagne, Histoire des Alpes n° 5,2000, p. 251-260, Villes alpines en réseau. Le sillon alpin, dossier de la Revue de Géographie Alpine, IGA-UJF, 1994, U. AGNELLI, C. HAEGI, A. MEYRIEUX (dir.), Le diamant alpin, Genève, Lyon, Turin, Genève, Slatkine, 1997.

    8 P. VEITL, Les régions économiques Clémentel et l’invention de la région économique des Alpes françaises, Thèse de l’IEP de Grenoble, Université P. Mendès-France, 1992.

    9 P. GUICHONNET (dir.) Histoire et civilisation des Alpes, Toulouse, Privat, 1980.

    10 A. BELMONT, Des ateliers au village. Les artisans ruraux en Dauphiné sous l’Ancien Régime, Grenoble, PUG, 1998.

    11 P. DETESCHI, « Autosufficienza economica, specializzazione e mobilità delle risorse umane nell’arco alpino italiano tra età moderna e contemporanea », dans D.J. Grange (dir.) L’espace alpin et la modernité, bilans et perspectives au tournant du siècle, Grenoble, PUG, 2002, p. 61-78.

    12 A.-M. GRANET-ABISSET La route réinventée. Les migrations des Queyrassins aux XIXème et XXème siècles, Grenoble, PUG, 1994.

    13 L. FONTAINE, « L’argent du colporteur », L’Alpe, n° 17, p. 40. Voir aussi Pouvoirs, espaces et identités dans les hautes vallées des Alpes occidentales, XVIIème – XVIIIème siècle, Grenoble, PUG, 2002.

    14 P. Léon, La naissance de la grande industrie en Dauphiné, op.cit.

    15 Selon l’heureuse formule de D. WORONOFF, Histoire de l’industrie en France du XVIème à nos jours, Paris, Seuil, 1994, p. 343.

    16 M. LEROUX, Un siècle de recherche industrielle à Péchiney, Rives droite, 1998.

    17 E. ROBERT, sous la direction de R. MORET, L’ingénieur, moteur de l’innovation. Un siècle de formation d’ingénieurs à Grenoble, éditions des Vignes-l’Editeur-INPG, 2001.

    18 C. de MARLIAVE, Congrès de l’Economie alpine, APAF, 1954.

    19 H. JOLY, M. LEROUX, A. DALMASSO, A. GIANDOU, L. CAILLUET (dir.), Des barrages et des hommes, op. cit.

    20 J.-L. CHABERT, Les Grandes Alpes industrielles de Savoie, évolution économique et humaine, Saint-Alban-Leysse, imprimerie Gaillard, 1978.

    21 L. CHABERT, Jacques CHAMP, Pierre PREAU, Un siècle d’économie en Savoie 1900-2000, Montmélian, La Fontaine de Siloé, 2001.

    22 Approche économique : C. COURLET, G. SANSON, L’industrie dans la vallée de l’Arve, Diagnostique, perspectives et stratégies, SEMVAM, Scionzier, 1991, approche géographique : C. GIDE et J.-P. HOUSSEL, « Le décolletage dans la vallée de l’Arve : un district industriel face à la mutation contemporaine », Revue de géographie de Lyon, 1992, p. 199-208, et approche historique, P. Judet, Horlogerie et horloger du Faucigny (1849-1934), Les métamorphoses d’une identité sociale et politique, Grenoble, PUG, 2004.

    23 J.-C. MONATERI et J.-J. CHANARON, « Dynamiques industrielles et technologiques. Le pôle grenoblois », dans C. COURLET et B. SOULAGE (dir.), Industrie, territoires et politiques publiques, Paris, L’Harmattan, 1994, p. 173-201. Voir aussi les interventions de C. COURLET et J. SAGLIO au colloque de Bercy sur les districts industriels et pour une mise en perspective historique A. DALMASSO, « Grenoble (1880-1960), un district industriel autour de la "houille blanche" ? » dans J.-F. ECK et M. LESCURE (dir.) Villes et districts industriels en Europe occidentale, XVIIème-XXème siècles, CEHVI, Publication de l’Université François Rabelais, Tours, 2002 et H. MORSEL et J.-F. PARENT, les industries de la région grenobloise, itinéraire historique et géographique, Grenoble, PUG, 1991.

    24 P. GUICHONNET, Histoire d’Annecy, Toulouse, Privat, 1987, R. BLANCHARD, Annecy, essai de géographie urbaine, Gardet, Annecy, 1958.

    25 L. CHABERT, J. CHAMP, P. PREAU, op.cit., R. BONAZZI, Histoire des entreprises leaders de la Haute-Savoie, Chambre de commerce et d’industrie de la Haute-Savoie, 2004, S. CHABERT, « L’économie industrielle », Haute-Savoie (sous la direction de P. GUICHONNET), Curandéra-Fontaine de Siloé, 1990.

    26 P. JUILLET, La main d’œuvre ouvrière de Cran, mémoire de maîtrise de l’Université de Grenoble, direction Pierre JUDET, 2004.

    27 L. LAYDERNIER, Souvenirs d’un banquier savoyard, Annecy, Gardet et Garin, 1947.

    28 A. DALMASSO, Nationalisation et exploitation de la production hydroélectrique dans les Alpes de Savoie des années 1930 aux années 1970, Thèse, Université de Lyon 2, 1993, p. 28-32.

    29 J.-M. VILLERMET, Au carrefour d’une révolution. Naissance de l’hyper marché. Mémoire de maîtrise de l’Université de Savoie sous la direction d’A. PALLUEL-GUILLARD, Montmélian, imp. Arc-Isère ,1990.

    30 V. BARBIER, La Savoie industrielle, Chambéry, imp. Bottero, 1875, G. ARMAND, op.cit., p. 192-193 et 431-433, N. RULLAND, Faverges, TER de géographie de l’Université de Grenoble, 1967.

    31 Selon R. BONAZZI, sur la cinquantaine d’entreprises haut savoyardes de plus de 200 salariés, la moitié est d’origine étrangère alors qu’on n’en comptait que 11 % en 1980. Elles étaient alors presque toutes suisses, les plus nombreuses sont aujourd’hui américaines.

    32 A. GIANDOU, « Eléments pour une histoire des Forges de Crans. Les mutations d’une entreprise familiale (1907-1983) », Cahiers d’histoire de l’Aluminium, n° 31, 2003, p. 65 et 78.

    33 Voir les travaux de P. JUDET, op. cit. et J.-M. OLIVIER pour le Jura : Des clous, des horloges et des lunettes. Les campagnards moréziens en industrie (1870-1914), Paris, CTHS, 2004.

    34 C. BEAUVIALA-RIPERT, N. ROUSIER, « L’évolution des formes d’internationalisation de l’économie alpine. L’exemple des Alpes du Nord françaises », dans L’espace alpin et la modernité, op. cit. p. 45-60.

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    Dalmasso, A. (2007). 5. Industries et territoires dans les Alpes, xixe – xxe siècles : tentative de typologie. In J.-C. Daumas, P. Lamard, & L. Tissot (éds.), Les territoires de l’industrie en Europe (1750-2000). Besançon: Presses universitaires de Franche-Comté. https://doi.org/10.4000/books.pufc.27384
    Dalmasso, Anne. « 5. Industries et territoires dans les Alpes, xixe – xxe siècles : tentative de typologie ». In Les territoires de l’industrie en Europe (1750-2000), édité par Jean-Claude Daumas, Pierre Lamard, et Laurent Tissot. Besançon: Presses universitaires de Franche-Comté, 2007. doi:10.4000/books.pufc.27384.
    Dalmasso, Anne. « 5. Industries et territoires dans les Alpes, xixe – xxe siècles : tentative de typologie ». Les territoires de l’industrie en Europe (1750-2000), édité par Jean-Claude Daumas et al., Presses universitaires de Franche-Comté, 2007, https://doi.org/10.4000/books.pufc.27384.

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    Daumas, J.-C., Lamard, P., & Tissot, L. (éds.). (2007). Les territoires de l’industrie en Europe (1750-2000). Besançon: Presses universitaires de Franche-Comté. https://doi.org/10.4000/books.pufc.27289
    Daumas, Jean-Claude, Pierre Lamard, et Laurent Tissot, éd. Les territoires de l’industrie en Europe (1750-2000). Besançon: Presses universitaires de Franche-Comté, 2007. doi:10.4000/books.pufc.27289.
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