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    Plan

    Plan détaillé Texte intégral I. Une première trame urbaine pour Québec II. La forte influence de Vauban III. Les bourgs fortifiés IV. Détroit : du camp romain à la bastide V. Des banlieues autour des forts VI. Les missions religieuses VII. Des créations urbaines en Louisiane VIII. Une grande « forteresse » à l’entrée du Saint-Laurent : la création de Louisbourg IX. Montréal, une réorganisation urbaine d’envergure X. L’exemple de Québec : l’œuvre de Chaussegros de Léry XI. Une variété de projets d’extension urbaine XII. Une nouvelle enceinte pour Québec et le remembrement parcellaire subséquent XIII. Une méthode de travail à la Vauban Notes de bas de page Auteur

    Vauban, architecte de la modernité ?

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    Table des matières

    10. Les diverses formes d’expression des modèles français d’urbanisme militaire dans les agglomérations de la Nouvelle-France1

    André Charbonneau

    p. 157-178

    Résumés

    En Nouvelle-France, l’organisation de la défense du territoire et la planification des villes et des bourgs sont marquées par la transposition de modèles ou de concepts européens dans des contextes géographiques nouveaux. Des individus, les ingénieurs militaires, figurent parmi les principaux agents planificateurs du nouveau territoire, non seulement dans le domaine militaire, mais aussi dans toutes les sphères d’activité où la connaissance scientifique est requise. Ce sont les multiples facettes de l’urbanisme militaire en pays colonial qui sont présentées ici à travers la genèse et l’évolution de l’assiette urbaine de Québec, la capitale de cette grande colonie de la Nouvelle-France, et avec de nombreux exemples, puisés notamment au Canada et en Louisiane. Tout comme c’est le cas pour les fortifications, Vauban a largement influencé l’urbanisme colonial. Ses notions de planification urbaine ont primé ; il a déterminé la pratique professionnelle des ingénieurs militaires.

    In New France, the organization of territory defence as well as city and town planning were marked by the adaptation of European models or concepts to new geographic context. Military engineers were among the main planners in the new territory, not only in the military domain, but also in any activity that required scientific knowledge. The numerous aspects of military planning in a colonial country are presented here, through the beginnings and evolution of the urban layout in Québec, the capital of the large New France colony. Many examples are drawn in particular from Canada and Louisiana. As he did in building fortifications, Vauban greatly influenced colonial urbanization, as well as military engineering.

    Texte intégral I. Une première trame urbaine pour Québec II. La forte influence de Vauban III. Les bourgs fortifiés IV. Détroit : du camp romain à la bastide V. Des banlieues autour des forts VI. Les missions religieuses VII. Des créations urbaines en Louisiane VIII. Une grande « forteresse » à l’entrée du Saint-Laurent : la création de Louisbourg IX. Montréal, une réorganisation urbaine d’envergure X. L’exemple de Québec : l’œuvre de Chaussegros de Léry XI. Une variété de projets d’extension urbaine XII. Une nouvelle enceinte pour Québec et le remembrement parcellaire subséquent XIII. Une méthode de travail à la Vauban Notes de bas de page Auteur

    Texte intégral

    1 Le développement de la colonie de la Nouvelle-France, et notamment l’aménagement du territoire, est marqué par la transposition de modèles ou de concepts européens dans des contextes géographiques nouveaux. Plusieurs chantiers s’ouvrent aux aménagistes. L’organisation de la défense du territoire, le mode de division des terres en seigneuries, la planification des villes et des bourgs comptent parmi les principaux champs d’action. Des individus se sont particulièrement signalés ; les ingénieurs militaires, entre autres, qui, fidèles à la longue tradition des ingénieurs du roi, figurent parmi les principaux agents planificateurs du nouveau territoire, non seulement dans le domaine militaire, mais aussi dans toutes les sphères d’activité où la connaissance scientifique est requise.

    2La découverte du Nouveau-Monde devient l’occasion rêvée pour mettre en place les pratiques et les principes européens en matière d’urbanisme. La perspective de création de nouvelles villes ou d’agglomérations ex-nihilo ne s’est cependant pas avérée tout aussi fructueuse, du moins dans la portion canadienne de la Nouvelle-France. Durant les premiers temps de la colonie, les intérêts commerciaux priment avant tout. Par conséquent, on ne peut parler de conditions essentielles à l’établissement d’agglomérations permanentes.

    3Dans la première moitié du XVIIe siècle, ce sont d’abord des établissements de nature temporaire des comptoirs de commerce, des petits postes fortifiés, des missions religieuses qui meublent le territoire. Ils constituent davantage des avant-postes, ou quelques fois de simples « pied-à-terre », servant de point d’appui aux aventures commerciales ou religieuses des Européens dans le Nouveau-Monde. Peu à peu cependant, on veut organiser le territoire de ces petites agglomérations et les premières préoccupations de nature urbaine sont transposées dans le paysage. Mais cela demeure surtout le fruit de l’action individuelle de certains officiers, plutôt qu’une entreprise métropolitaine de grande envergure.

    4À partir de la seconde moitié du XVIIe siècle, sans doute à la suite du gouvernement royal et des efforts de Colbert d’établir certaines places fortes comme Québec, les autorités métropolitaines songent plus sérieusement à l’aménagement des villes. Dans les agglomérations déjà existantes, cette nouvelle volonté en matière d’urbanisme se traduit de différentes façons : récupération de concessions, réalignement de rues, plans de lotissement, aménagement de places d’armes, remembrement parcellaire, plans d’extension urbaine, etc. Même les postes et les bourgs d’importance secondaire, tels Chambly, La Prairie et Sorel, font l’objet de préoccupations urbaines lors de la planification ou la construction de nouvelles fortifications. Les réalisations culminent au XVIIIe siècle, notamment avec la création de deux villes ex-nihilo, Louisbourg et la Nouvelle-Orléans. Dans plusieurs de ces réalisations, les concepts et les modèles établis par Vauban en matière d’urbanisme sont souvent la source d’inspiration des aménageurs coloniaux. Québec, la capitale de la Nouvelle-France et sa principale porte d’entrée, porte un riche témoignage de l’évolution de l’urbanisme militaire français en Amérique du Nord.

    I. Une première trame urbaine pour Québec

    5À Québec, en 1608, malgré la volonté de créer un poste permanent et de jeter les fondations d’une ville éventuelle, Champlain aménage d’abord un « comptoir-forteresse » qui accueille des fonctions de logement, d’entrepôt et de défense. Du reste, celle-ci est plus évidente au regard de l’insécurité des premiers occupants européens : du moins, c’est l’image qui découle du dessin que Champlain lui-même nous en a transmis à travers ses œuvres. En fait, ce premier aménagement de Champlain se veut d’abord et avant tout un comptoir de commerce et ne traduit en rien l’idée d’une ville permanente qui aurait nécessité l’élaboration d’un programme de peuplement. D’ailleurs, les détenteurs des monopoles commerciaux, responsables de ces premiers établissements dans le Nouveau-Monde, démontrent peu d’intérêt dans ce domaine, comme le décrira à juste titre Vauban, en 1699, dans son mémoire sur les colonies canadiennes et encore dans sa correspondance avec le jeune Maurepas2.

    6Avec l’arrivée du nouveau gouverneur, Charles Huault de Montmagny, en 1636, la métropole décide de transformer le comptoir de Québec en une ville. Il se fera assister dans ce travail par l’ingénieur Jean Bourdon pour délimiter l’étendue et le plan de la nouvelle ville3. Montmagny et Bourdon s’empressent au départ de tirer les « allignements d’une ville afin que tout ce qu’on bastira dorénavant soit en bon ordre » et, en même temps, de tracer le plan « d’une forteresse qu’on doit bâtir régulièrement » (Thwaites, 2005).

    7Nous ignorons si un plan de ville est effectivement établi dès ce moment, quoique plusieurs indices nous permettent de le poser comme hypothèse. Montmagny et Bourdon fixent les limites de la ville dès 1636 en établissant la banlieue. Ils aménagent une place d’armes devant le fort et y font converger les principaux axes de circulation.

    8Toutes ces actions, posées en adéquation avec la topographie particulière de la Haute-Ville de Québec, nous portent à croire que Montmagny et Bourdon se seraient inspirés d’un plan modèle européen. La cartographie subséquente de Bourdon, notamment sa carte présentant un nouveau projet de fortification pour Québec en 1664, laisse supposer un segment de plan radial, où les rues Sainte-Anne, Saint-Louis et Mont-Carmel convergent vers la place d’armes (fig. 1, p. 160).

    9La connaissance des plans modèles en matière d’urbanisme militaire ne fait pas de doute chez l’ingénieur de Montmagny, comme en témoigne le projet pour un nouveau fort juxtaposé à la ville et présenté par Bourdon en ce milieu du XVIIe siècle. Par ce dessin, Bourdon illustre une petite fortification à flanc de falaise qui comporte trois bastions. À l’intérieur du fort, Bourdon préfère ici le damier au plan radial et place les îlots « à bâtir » en conséquence. L’ingénieur dispose la place d’armes au centre de la nouvelle entité défensive ; cette place étant formée en grugeant sur les îlots adjacents. Les principaux axes de communication sont perpendiculaires au centre de chacune des courtines.

    Figure 1 : Plan de Québec en 1164, Jean Bourdon

    Image

    Notes : À noter, l’alignement de plusieurs rues de la Haute-Ville qui converge vers le fort Saint-Louis et la place adjacente.

    Sources : © ANOM, 03DFC342B (DFC Amérique septentrionale).

    10Ni ce fort ni l’enceinte de 1664 n’ont été réalisés à Québec. Ils n’en demeurent pas moins que Montmagny et Bourdon ont fixé la première trame urbaine de Québec. Ils ont établi les bases du développement urbain au regard des impératifs de défense. Ce faisant, ils ont transposé dans la colonie certaines conceptions urbaines prévalant alors dans la métropole (Chenier, 1991, p. 13-39). Cette réalité se reflète au niveau des mentalités : plusieurs concessions seront désormais faites dans la « circonvallation »4 (limites de la ville) et le champ d’application de certains mandements de l’évêque est réservé « seulement dans l’enceinte de la ville de Québec », même si physiquement, elle n’existe pas !

    11Du moins, il est permis de croire que l’ingénieur Bourdon connaissait le plan de Vitry-le-François ou encore le modèle de ville mis en avant par Errard de Bar-le-Duc. La même question peut se poser pour les concepteurs de Cayenne, au XVIIe siècle, où le fort Cépérou surplombe la Basse-Ville, dont l’assiette urbaine épouse le plan radial (Rostain et Leroux, 1990, p. 20- 24)5.

    II. La forte influence de Vauban

    12À partir des deux dernières décennies du XVIIe siècle, Vauban manifeste à maintes reprises son intérêt pour les colonies d’Amérique. Ses interventions concernent évidemment l’organisation du système défensif colonial au regard de l’évolution des contextes stratégiques et tactiques en Amérique du Nord. Mais l’ingénieur de Louis XIV se préoccupe aussi de l’aménagement des bourgs et des villes de la colonie laurentienne, comme en témoignent sa correspondance avec certains gouverneurs et intendants, et surtout son mémoire présenté en 1699 sur le développement des colonies.

    13Ainsi, Vauban recommande de rassembler les habitations et de les « réduire en bourgs, villes et villages réglés avec des lieux fermés » (Vauban, 1968, p. 11-12)6. Outre son programme de peuplement pour la colonie canadienne, il suggère la fondation de bourgs fortifiés à la façon du « camp romain », qui seraient appelés à devenir des villes (Vauban, Mémoires de Vauban sur les colonies, 2007). Il insiste sur l’adéquation entre l’aménagement des enceintes défensives et l’organisation du territoire à l’intérieur. Même si le grand dessein de Vauban pour le développement des colonies n’est pas avalisé par la Cour, le jeune Maurepas insiste tout de même sur l’importance de bien défendre les places existantes et sollicite l’appui de Vauban à cet effet.

    14Mais, au-delà de ses interventions directes, l’influence de Vauban en colonie se mesure davantage à travers ses idées en matière de planification urbaine et ses méthodes de travail qui se sont manifestées dans les interventions des ingénieurs militaires dans ce domaine. Au tournant et durant toute la première moitié du XVIIIe siècle, en Nouvelle-France, de nombreux chantiers s’ouvrent et comportent des opérations d’aménagement urbain. Certes, ces chantiers résultent des réorganisations défensives suscitées par les nombreux conflits durant cette période ; mais il n’y a qu’un pas à franchir pour y voir l’influence du commissaire de Louis XIV dans sa tradition d’associer ou de concilier l’organisation de la défense du territoire de pair avec l’encadrement du milieu de vie des populations concernées. Évidemment, dans un milieu colonial en développement, même si l’échelle réduite prédomine, les notions d’organisation de l’espace de vie sont manifestes dans plusieurs interventions des ingénieurs militaires.

    III. Les bourgs fortifiés

    15Les recommandations de Vauban concernant les bourgs fortifiés ont été largement répandues dans la colonie de la Nouvelle-France. L’un des ingénieurs envoyés au Canada par Vauban, Jacques Levasseur de Neré, applique à la lettre certaines des prescriptions de Vauban pour les petites agglomérations situées à l’intérieur de la colonie laurentienne. À Chambly, à Sorel et à Prairie-de-la-Madeleine, en 1704, il propose de réaménager les infrastructures défensives avec de simples palissades terrassées, entrecoupées de tourelles ou de redoutes de formes rondes ou carrées. Chacun de ces ouvrages est flanqué d’une place d’armes. L’ingénieur suggère également une refonte du réseau de rues, articulée d’abord sur les besoins défensifs du bourg. À l’exception de Sorel, les nouveaux quadrillages présentent cependant une figure très irrégulière puisque l’ingénieur a voulu tenir compte de l’état existant de ses petites agglomérations, qui n’avaient évidemment pas fait l’objet de planification spatiale. À Chambly, le nouvel ensemble est organisé en fonction du petit fort bastionné mis en place quelques années auparavant (fig. 2, p. VIII).

    IV. Détroit : du camp romain à la bastide

    16La décision du ministre Pontchartrain de créer une colonie au cœur du réseau hydrographique des Grands Lacs et à l’entrée du territoire iroquois autorise Antoine Laumet, dit de Lamothe-Cadillac, à fonder Détroit en 1701. Si nous ignorons l’aménagement originel mis en place par Cadillac, l’image que nous en avons au milieu du XVIIIe siècle illustre une agglomération très régulière, à l’exemple du camp romain : réseau orthogonal de rues avec des îlots bâtis de forme carrée ou rectangulaire (fig. 3, p. VIII). L’Américain John Reps associe d’ailleurs le plan de Détroit à la bastide, ce plan organisé ou ordonné d’aménagement urbain fort populaire au XIIIe siècle dans le Sud-Ouest de la France. L’auteur justifie cette association par le fait que le fondateur de Détroit, d’origine gasconne, aurait vécu dans deux bastides avant ses aventures en Nouvelle-France (Reps, 1981, p. 15-16 ; Langlois, 2003, p. 293).

    17La grille orthogonale de Détroit, inspirée du camp romain ou de la bastide, s’inscrit dans la démarche formulée par Vauban dans son projet de colonisation des colonies canadiennes. Suivons le cheminement de Lamothe-Cadillac, qui s’amène avec une centaine d’hommes vers le lieu de fondation de Détroit, à la lumière des propos de Vauban :

    Sitôt que les bataillons seront arrivés, la première chose à faire sera de leur donner un repos de 12 ou 15 jours, pendant quoi séparer les magasins des bataillons et les bataillons même, et le temps expiré, les faire marcher chacun au poste qui leur aura été destiné, […] et quand chacun d’eux sera arrivé au lieu de sa destination, commencer par faire un bon choix du terrain pour la situation des camps, et là régler l’assiette et campement des troupes, […] après quoi travailler à la clôture du camp qu’il faudra fermer tout autour par un petit rempart avec un parapet fraisé et palissadé, l’environner d’un fossé et le très bien précautionner, observant d’en doubler ou tripler les espaces pour y pouvoir loger un nombre de survenants considérable, parce que, outre le campement des troupes, il faudra qu’il s’y trouve de la place pour bâtir des maisons, des granges, des étables pour les bestiaux et pour des jardins (Vauban, 2007, p. 557-558).

    18Vauban ajoute :

    Ces camps deviendront villes par les suites, comme la plupart de ceux des Romains, c’est-à-dire ceux qu’ils faisaient pour leur tenir lieu de places de frontières, car ils n’avaient guère d’autres places de guerre que celles de leurs camps.

    19Quoi qu’il en soit, le fondateur de Détroit n’a pas bonne renommée dans la colonie et son biographe est silencieux sur ses qualités d’aménageur, à moins qu’il n’ait été accompagné d’individus capables en la matière…7 Lamothe-Cadillac insiste auprès du ministre sur l’importance du poste de Détroit au plan militaire et pour le contrôle du commerce des fourrures. Il voit grand, puisque dès 1702, il demande que son établissement soit érigé en gouvernement8.

    V. Des banlieues autour des forts

    20L’aménagement des nombreux postes militaires français sur l’immense territoire de l’Amérique du Nord prend diverses formes. Dans certains cas, les autorités militaires profitent d’une réorganisation défensive pour aménager autour des petits postes une réserve militaire que l’on nomme souvent « banlieue ». Ce terme prend ici un sens très particulier : il s’agit d’un espace libre de toute construction qui s’apparente à la zone non-aedificandi souvent créée au-devant des enceintes urbaines. Deux exemples situés dans la vallée du Richelieu méritent d’être soulignés. Le premier se situe à Chambly, à quelques kilomètres au Sud de Montréal. Entre 1709 et 1711, une nouvelle fortification de maçonnerie vient d’être reconstruite à cet endroit, en bordure de la rivière Richelieu. Ce fortin à quatre bastions commande un emplacement stratégique pour la défense de Montréal, situé à l’aboutissement des rapides de la rivière et des routes de portage, . En 1711, une ordonnance stipule que :

    La banlieue du fort de Chambly sera de 300 toises au-dessus et de 300 toises au-dessous du dit fort faisant en tout 600 toises de front sur le bord de la rivière de Richelieu sur 300 toises de profondeur sur deux lignes courantes de Nord au Sud qui seront terminées ou bornées à l’extrémité des dites 300 toises de profondeur est et ouest de 600 toises rencontrant les deux lignes Nord et Sud, lequel terrain appartiendra à Sa Majesté (Roy, 1919a, p. 119)9.

    21Lorsque le sous-ingénieur Gédéon de Catalogne s’y transporte pour procéder à l’arpentage de cette zone, il doit déplacer un petit village déjà développé à proximité depuis le milieu du XVIIe siècle. Les maisons sont par la suite transportées à l’extérieur de la « banlieue ». Durant plus d’un siècle et demi, cette zone sera maintenue comme une réserve militaire où seuls les aménagements militaires seront tolérés.

    Figure 4 : Carte illustrant les édifices à déplacer pour l’établissement de la « banlieue » ou réserve militaire au fort Saint-Jean en 1748, Joseph-Gaspard Chaussegros de Léry fils

    Image

    Sources : © ANOM, 03DFC503B (Amérique sptentrionale).

    22La même organisation du territoire et la même façon de procéder accompagnent la construction du fort Saint-Jean en 1748-1749, toujours en bordure de la rivière Richelieu, à quelques kilomètres au Sud de Chambly (fig. 4, p. 164). Ce petit poste militaire était voué à la protection d’un dépôt de marchandises pour le ravitaillement des positions défensives situées au lac Champlain, plus au Sud. Cette fois, la « banlieue » définit une aire s’étendant de 20 arpents de part et d’autre du fort, le long de la rivière, et de 30 arpents dans l’autre direction (Roy, 1919b, p. 124)10. De nouveau, quelques habitations sont déplacées, mais on autorise l’aménagement de potagers pour subvenir aux besoins de la garnison.

    VI. Les missions religieuses

    23L’ingénieur militaire en Nouvelle-France est au cœur de tous les projets d’organisation parcellaire. En 1719, par exemple, on demande à l’ingénieur Gaspard-Joseph Chaussegros de Léry de dresser le plan d’aménagement de la nouvelle mission amérindienne des prêtres sulpiciens au lac des Deux-Montagnes, à l’Ouest de Montréal. Outre les coûts associés à la construction des infrastructures de la mission, les sulpiciens devaient s’engager à financer la construction d’une petite fortification, en échange de la concession du terrain que le roi leur accordât pour l’occasion. Chaussegros de Léry conçoit dès lors un ensemble d’allure plutôt académique, mais qui traduit tout de même une certaine conception de l’aménagement de l’espace. Un petit fort en carré et bastionné constitue la première composante, en bordure du lac des Deux-Montagnes, qui abritera les missionnaires et la petite garnison (fig. 5, p. 166). À proximité, les cabanes amérindiennes sont disposées selon la figure traditionnelle des « réductions ». Ces deux éléments sont séparés et entourés d’un muret de pierre, percé de meurtrières et flanqué par des bastions, ainsi que de tourelles et de redoutes à mâchicoulis.

    24Les sulpiciens trouvent ce programme trop complexe et trop onéreux et font les représentations nécessaires auprès du Conseil de la Marine notamment11. En fait, l’ingénieur Chaussegros de Léry ne semble pas familier avec la réalité d’une mission religieuse. Il dresse un programme qui constitue davantage une transposition de modèles, surtout militaires, appris dans la métropole, sans qu’on comprenne toute la logique de sa proposition : petite fortification, muret de maçonnerie, flanquement, régularisation des fronts, symétrie dans l’organisation du territoire, partition de l’espace selon le niveau social, etc. Le projet de l’ingénieur ne fut jamais construit tel quel ; dans les années qui ont suivi, les sulpiciens ont réalisé un aménagement qui traduit toujours une forte partition de l’espace selon l’appartenance sociale, mais où la réalité militaire est réduite à sa plus simple expression : une petite palissade rectangulaire et organisée en « bastions aux angles » enferme l’église et l’habitation des missionnaires. Contrairement au programme de l’ingénieur, les cabanes amérindiennes ne sont pas protégées par une enceinte défensive dans l’éventualité d’une guerre.

    Figure 5 : Projet pour l’aménagement de la maison des sulpiciens au lac des Deux-Montagnes, près de Montréal, 1722 (1719), Gaspard-Joseph Chaussegros de Léry

    Image

    Sources : © ANOM, F/3/290/61 (Atlas Moreau de Saint-Méry).

    VII. Des créations urbaines en Louisiane

    25Le développement de la présence française en Louisiane durant la première moitié du XVIIIe siècle devient un champ d’action privilégié pour les ingénieurs militaires, que Gilles-Antoine Langlois qualifie de « mousquetaires » du Mississippi. Un nouveau pays à construire, le long d’une communication maritime majeure, voilà le site idéal pour articuler le schéma d’aménagement mis de l’avant par Vauban dans son mémoire sur le développement des colonies. Ces individus, fraîchement sortis des grands chantiers de Vauban dans la métropole, ne tardent pas à manifester leur savoir-faire théorique dans plusieurs propositions. Le modèle largement répandu la grille orthogonale coupée et aménagée en demi-cercle le long d’un cours d’eau et inscrit à l’intérieur d’un polygone défensif est repris en plusieurs occasions dans la production cartographique des aménageurs militaires (fig. 6, p. 167). Le projet de l’ingénieur Le Blond de La Tour pour l’établissement du nouveau Biloxy, en 1721, en constitue une belle manifestation, d’autant plus que ce projet est abandonné quelques années plus tard.

    Figure 6 : Proposition pour le nouveau Biloxy en 1721, Pierre Le Blond de la Tour

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    Notes : Ce projet ne fut pas réalisé, la carte illustre cependant un modèle d’aménagement urbain largement répandu.

    Sources : © ANOM, 04DFC135C (DFC Louisiane).

    26Autre beau témoignage de la connaissance des modèles théoriques que ce premier projet de création de ville à la Nouvelle-Orléans, attribué à l’ingénieur Périer en 1718. Dessiné depuis Paris l’ingénieur n’aura pas l’occasion de se rendre sur place puisqu’il meurt durant le voyage, ce projet qui ne tient aucunement compte de la réalité du terrain, illustre une certaine vision de la réalité coloniale lointaine et surtout de la référence que constitue la grande réalisation urbaine de Neuf-Brisach. Comme le signale à juste titre Gilles-Antoine Langlois :

    C’est donc une ville-citadelle qui est projetée, pour laquelle Perrier voit très grand, puisque ses îlots sont quatre fois plus grands que les grands lots de la future Nouvelle Orléans de Pauger. […] La citadelle à 5 bastions donne sur le Mississippi, la ville s’étale selon un ovale régulier flanqué de 14 bastions, fortifié selon le premier système de Vauban, l’ensemble enfermant un espace très vaste d’environ 1 400 par 1 200 toises, le système de défense s’étendant lui-même sur 200 toises de profondeur (Langloy, op. cit., p. 299)12.

    27Quelle vision grandiose que cette capitale envisagée sur les rives du Mississippi !

    28Deux réalisations majeures, La Mobile et la Nouvelle-Orléans, tour à tour capitale de cette portion de la Nouvelle-France, témoignent d’une expression particulière de l’urbanisme militaire davantage fondée sur la réalité coloniale, tout en reflétant les prescriptions du modèle établi en métropole, notamment à Neuf-Brisach. Le plan de 1711 pour la reconstruction de La Mobile, déplacée à la suite d’une grave inondation, définit un village défendu par une petite fortification. Le fort Louis, carré bastionné selon l’archétype de la fortification dans le Nouveau-Monde, est aménagé en bordure de la rivière et domine le site à la manière d’une citadelle. De part et d’autre, l’ingénieur Chevillot trace une grille régulière composée de dix îlots de front sur cinq de large, seuls les deux premiers étant tracés. L’ingénieur ajoute :

    Les rües ont six toises de Largeur et toutes parallèles les unes aux autres, les isles de maison ont cinquante toises en quarrés hors ceuze de vis à vis le fort qui ont soixante toises de largeur sur cinquante de profondeur, et les plus proches de La rivière ont cinquante toises de Largeur sur Soixante de profondeur (Langlois, op. cit., p. 318)13.

    29En fait, Chevillot réimplante ici un plan d’aménagement similaire au premier village de La Mobile. De nouveau, la volonté de régularité et de symétrie de l’ingénieur a primé en dessin sur la réalité du site, puisque tout le secteur Sud ne sera jamais développé ou construit en raison du terrain trop marécageux à cet endroit.

    30La deuxième capitale, la Nouvelle-Orléans, demeure la plus importante réalisation urbaine en Louisiane française. Pour l’occasion, l’ingénieur militaire Adrien de Pauger définit, dès 1721, un projet ambitieux, fort de l’appui de la Compagnie des Indes et du Régent. Gilles-Antoine Langlois observe :

    On comprend que les plans de la Nouvelle-Orléans aient pu faire impression en France, et il est certain que l’ingénieur Pauger voulut flatter le commanditaire de la ville, qui lui a donné son nom : Le Régent. Ce dernier n’avait-il pas abandonné Versailles ? Voici qu’on lui offrait, avec le « système » miraculeux de Law, une ville au « Mississipy », moderne et rigoureuse, utopique et exotique, si lointaine qu’il n’aurait pas à s’y rendre. Pour cet homme occupé de vains plaisirs, que plus beau rêve qu’une cité inaccessible ? (Vidal et D’Orgeix, 1999, p. 126).

    31Malgré l’ampleur du projet, Pauger, contrairement à son prédécesseur Périer, connaît la topographie du site et articule un plan urbain beaucoup plus réaliste et faisable. Le « Vieux Carré » comporte une grille de onze îlots longeant le fleuve Mississippi, sur six dans l’axe transversal (fig. 7, p. IX). Il crée de la sorte une aire à urbaniser qui couvre 88 hectares et plus étendue que plusieurs créations urbaines de la métropole au XVIIe siècle. Tous les îlots sont vastes et carrés (50 toises sur 50), à l’exception de ceux plus grands de la première rangée, en bordure du fleuve, et de ceux de part et d’autre de la principale rue transversale (Orléans) de la place d’armes. Cette dernière occupe la place centrale en bordure du fleuve et est parfaitement carrée (62 toises sur 62). Toutes les rues font six toises de large, à l’exception de la rue d’Orléans qui en compte huit.

    VIII. Une grande « forteresse » à l’entrée du Saint-Laurent : la création de Louisbourg

    32À la suite du traité d’Utrecht et des réalignements territoriaux, l’activité des pêcheries nécessite une forte présence française dans le golfe du Saint-Laurent : la France ayant perdu l’Acadie et Terre-Neuve. On décide dès lors de la création de la forteresse de Louisbourg à l’île Royale, dans l’entrée du Saint-Laurent. En 1717, l’ingénieur du roi, Jean-François de Verville, dresse les plans de la nouvelle fortification et détermine l’assiette urbaine de la nouvelle agglomération14.

    33Le terrain de la future capitale des pêcheries françaises dans le golfe Saint-Laurent est relativement plat et l’enceinte proposée forme un arc de cercle qui ferme une pointe de terre située à l’entrée de la baie de Louisbourg, à l’est de l’île Royale. Cette fortification principale, du côté de la terre ferme, se compose de deux bastions (du Roi et de la Reine) et de deux demi-bastions (Princesse et Dauphin) à chaque extrémité. Une réserve militaire longeant l’intérieur du rempart est créée pour faciliter les manœuvres et les approvisionnements le long des fortifications (fig. 8, p. IX).

    34L’ingénieur poursuit l’organisation de la place en aménageant un réduit défensif dans la gorge du bastion du roi. Pour ce faire, il ferme le bastion avec un grand bâtiment administratif abritant le logis du gouverneur, la chapelle et un corps de casernes. Côté ville, un chemin couvert assure l’enfilade de l’intérieur du rempart et permet le balayage des principales rues de la ville. En outre, ce petit parapet offre un commandement sur la grande place d’armes située à proximité. Peut-être Verville s’inspire-t-il ici de la fortification de Lille, où Vauban forme le réduit Saint-Sauveur avec l’un des bastions de l’enceinte ?

    35La réalisation de ces aménagements défensifs réduit l’aire vouée au lotissement. Selon Marc Lafrance, l’échiquier « est assez régulier avec îlots rectangulaires de profondeur variant entre 34 et 50 toises avec quelques exceptions. Les rues ont presque uniformément 4 toises de largeur, à l’exception de la rue Toulouse qui mesure 5 toises » (Charbonneau, Desloges et Lafrance, 1982, p. 350). Cette dernière constitue d’ailleurs l’axe principal de communication entre le centre administratif situé dans le bastion du Roi et les quais en bordure de la baie. Cette voie est de nature à faciliter les mouvements de troupes et surtout le transport des marchandises.

    36Même si les fortifications de Louisbourg sont augmentées au fil des années, le damier originel de la ville, tel que défini par Verville, demeure en place tout au long du Régime français. Il est quelque peu réduit par la construction éventuelle d’un nouveau front de fortification face à la pointe de Rochefort. Bref, on réalise à Louisbourg un ensemble qui s’inspire des grands principes d’urbanisme militaire de Vauban, mais qui comporte un certain nombre de variantes, eu égard à l’échelle de la nouvelle ville dans le contexte colonial.

    IX. Montréal, une réorganisation urbaine d’envergure15

    37À l’autre extrémité de la vallée laurentienne, Montréal contrôle l’entrée des Grands Lacs et l’accès aux vastes territoires Nord-américains. Dans le contexte du maîtrise du lucratif commerce des fourrures, il devient primordial d’assurer la défense et l’organisation spatiale de ce centre logistique de première importance. Au milieu du XVIIIe siècle, la ville est déjà « ancienne ». Fondée depuis 1642, elle connaît un accroissement significatif depuis la fin du premier conflit franco-iroquois. Le plan initial de la ville échappe au contrôle des autorités coloniales, puisque ce sont les prêtres sulpiciens, seigneurs de l’île de Montréal, qui en tracent les premières rues selon une grille orthogonale, et ce, dès 1672.

    38La première enceinte, une simple palissade bastionnée, est construite en 1687-1688 et ceinture le territoire de la ville, qui occupe déjà une aire considérable par rapport à la petite population. Les concessions intra-muros sont très étendues, particulièrement celles possédées par les communautés religieuses. De plus en plus, les autorités coloniales sont confrontées à un enjeu important pour Montréal : restreindre la croissance excessive et quelques fois désordonnée de la ville afin d’être en mesure d’organiser une défense plus efficace et moins coûteuse. Ce problème se présente avec d’autant plus d’acuité que le contrôle des concessions de terrain et la création de nouvelles rues tombent sous la responsabilité des sulpiciens, alors que la défense de la ville relève des représentants du roi. Voilà la situation qui prévaut lorsque l’ingénieur militaire Chaussegros de Léry est mandaté pour réorganiser la défense de la ville dès son arrivée dans la colonie en 1716.

    39Dans son mémoire sur la ville de Montréal, envoyé en 1717 au Conseil de la Marine, l’ingénieur ne manque pas de souligner la grande étendue de la ville : « elle a trois quart de lieue de tour, son enceinte ou fortification ayant 1819 toises courantes de pourtour ». Chaussegros commente en outre l’assiette urbaine de la ville :

    La scituation de cette ville est advantageuse et aisée à fortifiée, je ne vois pas que les environs puissent nuire à sa fortification, elle est considérable et on y bâtit beaucoup les habitans commencent à manquer d’emplacements pour faire des maisons ce qui provient de ce qu’au commencement on l’a mal percée, et même trop agrandie, elle se trouve présentement remplie de jardins qui sont inutiles au milieu d’une ville, ce qui rend les anceintes des rues trop grandes, on pourra sans difficulté y faire encore une fois autant de rues qu’il y en a ce qui donnera la facilité de batir davantage de maisons16.

    40Cette situation amène Chaussegros de Léry à présenter un plan de la ville dont le périmètre défensif couvre à peu près la même distance, si ce n’est un petit agrandissement dans le secteur Sud-Ouest, nécessité par une plus grande régularité des ouvrages défensifs (fig. 9, p. X). L’aire urbaine demeure donc essentiellement la même qu’auparavant, mis à part l’ajout de quelques îlots pour le lotissement. En contrepartie, il suggère le percement de nouvelles rues à l’intérieur des limites de la ville. L’une d’entre elles, beaucoup plus large, traverse la ville du Nord au Sud et « aura plus d’un quart de lieue de long ». Le plan urbain de Chaussegros comporte aussi l’aménagement d’une rue des remparts, d’une largeur de 48 pieds, courant sur tout le périmètre défensif, côté terre ferme17. Trois places d’armes sont prévues : l’une devant l’église paroissiale, pour desservir un éventuel corps de casernes, et deux autres derrière les nouvelles portes de Lachine et des Récollets, construites à chacune des extrémités de la ville.

    41À l’exception de la grande rue, qui nécessitait un trop grand nombre d’expropriations, la plupart des propositions de l’ingénieur seront réalisées. Ainsi, l’intervention de Chaussegros de Léry a contribué à densifier l’assiette urbaine de Montréal.

    X. L’exemple de Québec : l’œuvre de Chaussegros de Léry

    42L’histoire de la capitale de la Nouvelle-France présente un riche tableau illustrant les interventions des ingénieurs du roi pour la planification urbaine dans la colonie. Au milieu du XVIIe siècle, les efforts du gouverneur Montmagny et de l’ingénieur Jean Bourdon pour organiser la défense et l’assiette urbaine de Québec avaient été ralentis par l’insécurité causée par les guerres iroquoises. Il faudra attendre la dernière décennie du siècle pour qu’une enceinte défensive ferme la Haute-Ville de Québec ; la métropole ayant décidé de fortifier définitivement la capitale et d’y envoyer les ingénieurs du roi.

    43La première enceinte bastionnée est réalisée en 1693 en l’absence de l’ingénieur et selon les plans de Boisberthelot de Beaucours, un officier de la Marine, faisant office d’ingénieur. La Cour n’est cependant pas satisfaite de ce travail « tant pour les emplacements que pour les ouvrages »18. Elle décide d’envoyer un deuxième ingénieur du roi dans la colonie, Jacques Levasseur de Neré, fort de son expérience auprès de Vauban sur les chantiers français, dont La Rochelle et Mont-Dauphin. Les autorités métropolitaines s’intéressent alors à la planification des villes coloniales et comptent sur Vauban pour y arriver. D’ailleurs, ce dernier se fait un devoir d’entretenir cet intérêt ; outre son mémoire sur le développement des colonies canadiennes, il assure au gouverneur Callière en 1700 qu’il veillera à « réveiller M. le comte de Pontchartrain sur le Canada et notamment sur la fortification de Québec...»19 (Vauban, 1968, p. 46).

    44Malheureusement, de nombreux conflits parmi les dirigeants coloniaux préviennent l’aménagement d’un véritable système défensif permanent pour la capitale coloniale, et ce, malgré des investissements importants durant les deux décennies chevauchant le changement de siècle. Par conséquent, le plan urbain de Québec fait encore défaut. Levasseur de Neré a toutefois réussi à mettre en place les conditions pour sa réalisation ; c’est ici une des manifestations importantes de l’évolution de l’urbanisme militaire en Nouvelle-France. Premier constat : Levasseur observe que le rempart de son prédécesseur ceinture de trop près la ville qui manque déjà d ’espace suffisant pour accueillir 2 000 habitants (Fregault, 1968, p. 38-39). Par conséquent, il envoie un nouveau projet d’enceinte pour Québec, mieux adapté à la topographie du site et incluant, à l’intérieur du périmètre défensif, un espace suffisant pour l’expansion physique de la ville. En outre, Levasseur suggère le rattachement au Domaine du roi de toutes les concessions territoriales sur lesquelles il n’y a pas encore de maisons. Enfin, il demande que toutes les concessions et alignements lui soient dorénavant référés, comme cela « se pratique dans toutes les Places du Royaume »20, et ce, afin d’assurer une plus grande régularisation du plan urbain.

    45La Cour acquiesce aux recommandations de Levasseur de Neré, puisque, dès 1702, il obtient la responsabilité des alignements pour les nouvelles rues de la capitale coloniale, au détriment du grand-voyer : « cela estant plus de vostre fait que du grand-voyer »21. Ce dernier demeure cependant garant des alignements des maisons. Par la même occasion, le ministre charge l’ingénieur de dresser les plans urbains des autres places ou fortifications de la colonie.

    XI. Une variété de projets d’extension urbaine

    46La table est ainsi mise pour l’arrivée, en 1716, de l’ingénieur Chaussegros de Léry, qui reçoit la mission de dresser le plan d’une nouvelle fortification afin de rationaliser le système défensif de la capitale coloniale. La ville présente toutefois une nouvelle réalité depuis l’époque de la construction de l’enceinte de 1693 : sa population a doublé ; elle passe de 1205 habitants en 1685, à 2369 en 1716. Le nombre d’édifices s’est également multiplié par deux : on dénombre 187 structures sur le plan de 1685, et 400 sur celui de 1709.

    47Fidèle à ses instructions, Chaussegros de Léry ne tarde pas à s’exécuter. Au terme de sa première saison dans la capitale coloniale, il exécute les relevés et les profils du terrain de Québec, dresse de nouveaux projets de fortifications et signe plusieurs mémoires sur la situation défensive de la ville. Ses propositions incluent des projets d’extension urbaine qui illustrent deux modèles de développement urbain, l’un radioconcentrique et l’autre orthogonal.

    48Le premier s’articule sur un projet de fortification incluant une citadelle sur les hauteurs du Cap-aux-Diamants, qui domine tant la ville que la campagne (fig. 10, p. X). Une zone non-aedificandi, aménagée devant le glacis de la citadelle, du côté intérieur de la ville, limite l’expansion de la ville intra-muros, mais permet en contrepartie un contrôle militaire de la circulation dans le secteur. Les canons de la citadelle peuvent prendre en enfilade plusieurs des rues adjacentes. Plus bas, dans la ville, l’ingénieur crée une immense place d’armes (70 toises sur 30) face à la redoute Royale déjà existante. De là, se déroule un segment radio-concentrique qui comporte deux rues rayonnantes, dont l’une s’aboute et s’aligne à la rue qui conduit à l’ancienne place d’armes (créée au XVIIe siècle), face au fort Saint-Louis. Ce projet répond d’abord et avant tout aux impératifs militaires ; l’accès aux différents ouvrages défensifs et le balayage des rues par l’armement transcendent les autres considérations. L’aire de lotissement est largement réduite en raison des nombreux aménagements militaires.

    49Le deuxième projet, celui approuvé par le Conseil de la Marine en 1718, inclut un plan d’extension urbaine avec une assiette orthogonale. L’espace urbain est beaucoup plus étendu et traduit différentes préoccupations à l’égard de la qualité du milieu de vie. Marc Lafrance observe que :

    La distribution des rues et l’aménagement des îlots favorisent la population. Le prolongement des rues existantes et l’intégration de nouvelles rues à l’ancien réseau facilitent la liaison entre l’ancienne ville et la nouvelle extension. Les îlots de lotissement, pour la plupart rectangulaires, varient en largeur (25 à 60 toises), mais conservent en général la même profondeur (30 toises) (Charbonneau, Desloges et Lafrance, 1982, p. 355).

    50Les impératifs militaires amènent cependant l’ingénieur à proposer une rue des remparts d’une largeur de 10 toises, alors que les autres rues sont fixées à 6 toises. Tout comme chez Vauban, les activités militaires sont donc concentrées le long de la fortification. Trois nouvelles places d’armes permettent le rassemblement des troupes.

    51Le projet approuvé de 1718 est à peine amorcé que le Conseil de la Marine décide de surseoir à l’exécution de l’enceinte de Québec à cause de la crise économique qui sévit dans la métropole. Par conséquent, comme la défense de Québec doit encore reposer sur les anciens ouvrages de la fin du XVIIe siècle, le projet d’extension urbaine ne peut être entrepris. Tout au plus procède-t-on à certains alignements de maisons et de rues conformes aux propositions de l’ingénieur de 1718.

    52Quoi qu’il en soit, ces deux propositions de Chaussegros de Léry traduisent aussi une certaine forme d’expérimentation académique de la part de cet ingénieur fraîchement arrivé dans la colonie. Marc Lafrance observe :

    Une énorme différence existe entre les deux plans, injustifiable par les seuls changements de tracée d’enceinte et par la construction d’une citadelle. Dans le premier projet, il (Chaussegros de Léry) effectue en quelque sorte un retour aux idées des ingénieurs du début du XVIIe siècle. Depuis Vauban, le plan radio-concentrique, très contraignant pour la population, n’était pas favorisé. D’ailleurs, l’enceinte avec citadelle ne nécessitait pas un aménagement radio-concentrique. Le projet approuvé par le Conseil de la Marine s’intègre beaucoup mieux dans le cadre des idées d’urbanisme militaire alors préconisées en France (Idem).

    XII. Une nouvelle enceinte pour Québec et le remembrement parcellaire subséquent

    53L’entrée officielle en guerre de la France contre l’Angleterre, en 1744, dans le cadre de la guerre de Succession d’Autriche, pose, avec plus d’acuité, le problème de la défense de Québec. Rappelons que la ville n’est toujours pas fermée d’une enceinte adéquate en dépit des nombreuses tentatives faites depuis 1690 et des sommes immenses qui ont été investies. Le nouveau conflit crée un contexte propice pour la mise en place définitive du système défensif de la capitale coloniale, en cette fin de Régime français. Dès 1745, l’ingénieur Chaussegros dresse un nouveau projet de fortification pour fermer Québec sur son côté Ouest. Ce nouvel ensemble est formé d’une succession de bastions et de courtines (bastions du Cap, de la Glacière, Saint-Louis, des Ursulines, Saint-Jean, du Coteau de la Potasse) et est percé de trois nouvelles portes (Saint-Louis, Saint-Jean et du Palais). De plus, chaque extrémité du rempart est fermée par de petits polygones défensifs : au sommet de Cap-aux-Diamants qui surplombe le fleuve d’un côté, et le long du coteau Sainte-Geneviève, au-dessus du palais de l’Intendant, de l’autre.

    54En raison du climat de panique suscité notamment par la chute rapide de Louisbourg en 1745, les travaux sur cette ligne défensive sont entrepris sur-le-champ. Ce vaste chantier, qui s’échelonnera jusqu’à la perte de Québec en 1759, ranime la dynamique de planification urbaine. Les expropriations pour l’emplacement du nouveau rempart, l’aménagement de zones nécessaires au service du roi et l’assiette urbaine de la nouvelle extension de la ville, s’ajoutent au quotidien de l’ingénieur. Le plan urbain de Québec, tant désiré, est alors mis en place (fig. 11, p. 175).

    55Au départ, Chaussegros de Léry réserve une large bande de terrain sur le pourtour intérieur des fortifications pour des fonctions strictement militaires. La « rue des remparts » ainsi constituée s’élargit entre les bastions de la Glacière et Saint-Louis pour former une esplanade. D’autres zones militaires sont créées à chaque extrémité du nouveau rempart. Au Sud, le polygone défensif du Cap-aux-Diamants accueille un secteur voué à l’entreposage militaire ; à l’opposé, l’ingénieur établit une première aire de casernement à Québec. L’élément majeur de cet espace repose sur la construction des Nouvelles Casernes, ce long édifice de 160 mètres qui, à la manière de Vauban, longe la courtine au sommet de la falaise. Enfin, Chaussegros de Léry procède à la démolition de maisons situées à l’extérieur du nouveau rempart afin de dégager les espaces nécessaires au bon fonctionnement de la fortification ; il crée de la sorte une première zone non ædificandi à Québec.

    Figure 11 : Plan de Québec en 1752, Gaspard-Joseph Chaussegros de Léry

    Image

    Notes : Avec la construction d’une nouvelle fortification à partir de 1745, la capitale coloniale se voit dotée d’un plan urbain définitif : un nouveau segment orthogonal qui s’aboute aux rues rayonnantes aménagées au XVIIe siècle.

    Sources : © ANOM, 03DFC429A.

    56Une fois le tracé de l’enceinte définie et les réserves militaires planifiées, il importe de planifier le nouvel espace urbain entre le rempart de 1693 et l’enceinte de 1745. Le ministre est très explicite sur la question dans ses missives envoyées aux autorités coloniales, notamment en 1751 :

    On a eu jusqu’à présent tant de facilité pour ces sortes de concessions, qu’il arrive souvent que le Roy est obligé de faire la dépense d’acquisitions : Et à cette occasion elle m’a ordonné de vous marquer que son intention est que vous fassiez faire un plan de cette ville qui explique son état actuel tant par rapport aux établissements qui sont dans son enceinte, que pour les terrains qui s’y trouvent encore vacants ; Et que vous joigniez à ce plan vos observations sur l’usage qu’on peut faire de ces mêmes terrains22.

    57L’année suivante, l’ingénieur Chaussegros de Léry présente le plan de ville souhaité, sur lequel il représente également un projet d’extension de la Basse-Ville. Le remembrement parcellaire proposé par l’ingénieur, construit sur une assiette orthogonale, tient compte des zones militaires précédemment définies et s’articule sur les principales rues rayonnantes de l’ancien plan urbain. Il prévoit, comme en 1718, trois places d’armes, dont l’une régulière avec 35 toises de côté. À l’instar de Vauban, les rues sont larges de six toises, l’espace suffisant pour trois voitures. Enfin, les îlots de lotissement portent des dimensions variables, quoique la forme carrée ou rectangulaire domine largement. Ce sera le plan définitif de Québec, complété par les modifications apportées par les ingénieurs succédant à Chaussegros de Léry, à la fin du Régime français. Il est constitué d’un ensemble orthogonal abouté au segment rayonnant du XVIIe siècle.

    XIII. Une méthode de travail à la Vauban

    58La réflexion de Chaussegros de Léry sur la planification urbaine de Québec se poursuit tout au long de ses 40 années de carrière en Nouvelle-France, à l’instar de ses préoccupations pour la défense de la capitale coloniale. Tout comme Vauban et les autres ingénieurs de son temps, il est conscient qu’une enceinte urbaine bastionnée, avec tout l’attirail habituel en termes d’ouvrages avancés, de fossés, de glacis et de réserves militaires, occasionne non seulement un investissement majeur, mais occupe une superficie importante pouvant influencer ou limiter la croissance physique de la ville. Par conséquent, outre les facteurs tactiques au regard de la topographie et de l’évolution de l’artillerie qui influencent l’emplacement de d’infrastructure défensive, Chaussegros considère la délimitation d’une aire d’extension urbaine valide pour au moins quelques décennies, et ce, à l’intérieur de ce périmètre défensif. En quelque sorte, il doit effectuer un calcul de projection relatif au taux d’accroissement de la population, de même qu’au rythme de croissance de l’activité de construction domiciliaire.

    59En 1740, il est très explicite sur la question lorsqu’il présente un nouveau projet de fortification pour la ville de Québec. Il justifie d’abord le nouvel emplacement proposé par des calculs et des observations sur la croissance physique de la ville depuis son arrivée dans la colonie en 1716 :

    En suivant ce Projet (nouveau projet de 1740), on n’agrandirait pas beaucoup la ville, j’ay remarqué que depuis mon arrivée en ce Pays en 1716, elle (la ville de Québec) avait augmenté en maisons de la moitié elle sera un jour très grande par rapport à l’abord des vaisseaux d’Europe, étant le Port le plus avancé dans le fleuve St Laurent et la Capitale du Pays, on ne doit pas la regarder comme elle est a present, mais ce qu’elle sera dans la suitte, c’est pour-quoy sa fortification doit enfermer un plus grand terrain23.

    60Chaussegros s’intéresse également au taux d’augmentation de la population et poursuit sa quête d’information dans les registres paroissiaux :

    Mons. Jacreau curé vient de me faire voir dans les registres des Baptemes, enterements et mariages, que le peuple de la ville augmentait tous les ans de cent trente personnes, j’ay interogé plusieurs curés des paroisses de la campagne, ils m’ont tous dit, que dans leurs paroisses les habitans a proportion augmentaient davantage24.

    61Incidemment, la population de Québec double entre 1716 et 1739 et passe de 2 369 à 4 603 habitants, alors que la construction domiciliaire n’augmente que de 50 %, selon une estimation basée sur l’analyse des plans de la ville, entre 1709 et 1740. Les calculs et les observations de Chaussegros sont avérés. C’est pourquoi, au terme de sa réflexion, ce nouveau projet de fortification définit un périmètre urbain beaucoup plus étendu que ses propositions précédentes. La panique causée par la prise de Louisbourg en 1745, alors que Québec n’est toujours pas défendue par une enceinte adéquate, amène les autorités coloniales à entreprendre le programme défensif tant souhaité dans la capitale coloniale ; Chaussegros de Léry reprend alors son plan initial de la ville !

    62Somme toute, l’urbanisme colonial français en Nouvelle-France est essentiellement militaire. La grande majorité des réalisations dans le domaine de la planification urbaine s’articule sur les ensembles fortifiés projetés ou réalisés. C’est souvent à l’occasion de réorganisation défensive que les projets d’implantation urbaine sont réalisés. En outre, l’urbanisme colonial français en Nouvelle-France demeure presque exclusivement l’œuvre d’officiers ou d’ingénieurs militaires. Comme c’est le cas pour les fortifications, ces individus transposent dans les colonies, et donc dans des contextes géographiques et climatiques différents, des modèles et des concepts créés et développés dans la métropole européenne. Cette dynamique de transfert culturel n’est pas nouvelle, comme l’illustre fort bien ce discours du jésuite Jean de Brébeuf tentant d’inculquer une manière de se fortifier aux Amérindiens de la Nation Huronne :

    Nous leur avons dit aussi que doresnavant ils fissent leurs forts quarrez, et tirassent leurs pieux en ligne droicte, et qu’au moyen de quatre petites tourelles aux quatre coings, quatre François pourroient facilement avec leur arquebuses ou mousquets conserver et défendre tout un village (Lejeune, 1972, p. 86).

    63L’œuvre des ingénieurs militaires dans le domaine de la planification urbaine constitue « l’effort le plus soutenu et l’approche la plus homogène » en la matière de la part des autorités françaises à l’époque de la Nouvelle-France. L’étude des nombreux projets et réalisations, surtout à Québec, révèle l’existence d’un certain nombre de critères auxquels la plupart des ingénieurs militaires adhèrent. À ce sujet, mon collègue Marc Lafrance a déjà observé :

    Ces critères sont définitivement militaires ; ils ont été fixés de façon à ce que chaque élément urbain, qu’il soit physique ou humain, puisse remplir son rôle principal. À travers presque tous les projets, les rues des remparts conservent une importance primordiale. Les secteurs militaires sont presque tous établis près des fortifications. Les places d’armes sont distribuées en fonction des besoins défensifs, mais aussi pour la commodité de la population. On déploie souvent un effort important pour établir une liaison commode entre les vieux et les nouveaux réseaux de rues de la ville, sans pour autant hypothéquer le fonctionnement de la place de guerre. À quelques exceptions près, les largeurs des rues et les dimensions des îlots d’habitation suivent les critères établis par Vauban. On ne néglige pas pour autant le bien-être de la population. On prévoit une limite de constructions pour la ville intra-muros ; l’entassement des structures est déconseillé. L’intérêt militaire à ce sujet n’est pas dissimulé. Les plans d’extension et de remembrement parcellaire sont effectivement des corollaires aux projets de fortifications. Le tracé des rues se fait en fonction du tracé de l’enceinte. D’une part, le balayage de rues doit être prévu et d’autre part le rassemblement de la garnison se fait toujours à la place d’armes (Charbonneau, Desloges et Lafrance, 1982, p. 380).

    64Même si le contexte colonial a souvent réduit l’envergure des réalisations, même si les responsabilités partagées et les nombreux intervenants ont souvent freiné ou rendu plus difficile leur mise en œuvre, l’action des ingénieurs militaires, dans le domaine de l’urbanisme comme dans celui de la construction des fortifications d’ailleurs, traduit une démarche professionnelle particulière. Ici, comme du grand ingénieur de Louis XIV, la pratique de l’ingénieur militaire est rationnelle et mathématique. Elle se démarque par une approche qui repose sur la cueillette d’informations, leur analyse au regard des modèles théoriques, le calcul ou l’expérimentation préalable de chaque intervention sur le territoire ou l’environnement concerné. En ce sens, plusieurs des ingénieurs militaires qui ont œuvré dans le Nouveau-Monde sont très représentatifs de la tradition des ingénieurs du roi dans le domaine de la planification urbaine, à l’instar de leur pratique dans l’attaque ou la défense des places.

    65Aujourd’hui, le paysage patrimonial de plusieurs endroits au Canada rend hommage à l’œuvre urbaine des ingénieurs militaires français ; on y retrouve nombre de témoins d’une pratique fortement influencée par Vauban.

    Notes de bas de page

    1 Ce texte s’inspire des ouvrages suivants et emprunte aux analyses de mon collègue Marc Lafrance, à qui je rends hommage. Voir Charbonneau, Desloges et Lafrance, 1982 ; Charbonneau et Lafrance, 1999, p. 78-87 ; Charbonneau et Lafrance, 1987.

    2 Voir les mémoires de Vauban intitulé « Moyen de rétablir nos colonies d’Amérique et de les accroître en peu de temps » et « État raisonné des provisions les plus nécessaires quand il s’agit de donner commencement à des colonies étrangères », dans Vauban 2007, p. 551-586 ; Vauban, 1968.

    3 On connaît peu ses antécédents professionnels dans la métropole. Voir sa biographie écrite par Jean Hamelin, dans Dictionnaire biographique du Canada, en ligne.

    4 Ce mot signifiait la ligne défensive que les assiégeants aménageaient devant une ville fortifiée pour se protéger contre les sorties éventuelles des défenseurs. Ici, ce terme fait évidemment référence aux limites de la ville ; ni la fortification et encore moins une véritable circonvallation n’existaient vraiment à l’époque (Trudel, 1973, p. 157 et carte n° 18).

    5 Inventaire général du patrimoine culturel de France, en ligne.

    6 Vauban à Seignelay, 21 mars 1686.

    7 Voir sa biographie (Zoltvany, en ligne).

    8 Archives nationales de l’Outre-mer (dorénavant ANOM), COL. C11E 14/fol. 116-126, Mémoire de Lamothe-Cadillac au Ministre donnant la description du Détroit, 25 septembre 1702.

    9 Voir aussi ANOM, COL. C11E 13/fol.156-157, Extrait du registre du Conseil d’État relatif à la délimitation de la banlieue, 22 juin 1712 ; COL. C11G 8/fol.35-35v, Arrêt du Conseil d’État, portant règlement de la banlieue du fort Pontchartrain de Chambly, 22 juin 1712.

    10 ANOM, COL. C11A 118/fol.175-176v, lettre de La Galissonière et Bigot au ministre, 26 juin 1749.

    11 ANOM, COL. C11A 106/fol. 32-35, Mémoire des Sulpiciens au Conseil de la Marine, [1723], C11A 124/fol. 627-630v, Délibération du Conseil sur la lettre de Vaudreuil et Bégon datée du 17 octobre 1722, 28 février 1723.

    12 L’auteur ajoute : « Un canal est projeté entre le lac Pontchartrain et le Mississippi : Périer ignore l’existence du bayou Saint-Jean, tout comme il ignore que le Mississippi forme un croissant de 90° de rayon à cet endroit ».

    13 Texte en marge du plan de l’ingénieur.

    14 Sur les fortifications de Louisbourg, voir Fry, 1984.

    15 Au sujet de Montréal, voir Charbonneau, Lafrance, et Poirier, 1992.

    16 ANOM, COL. C11A 38/fol. 232-235, Mémoire et état de la ville de Montréal, 10 août 1717.

    17 ANOM, COL. C11A 106/fol.522-523v, Projet d’arrêt du Conseil d’État du roi sur le terrain à réserver pour l’enceinte de la ville de Montréal, 1723.

    18 ANOM, COL. B 17/fol. 73-73v, Mémoire du roi à Frontenac et Champigny, 14 juin 1695.

    19 Vauban à Callière, 17 mai 1700.

    20 ANOM, COL. C11A 19/fol. 254, Levasseur au ministre, 10 octobre 1701.

    21 ANOM, COL. B 23/fol. 81-82, Mémoire à Levasseur, 6 mai 1702 ; C11A 20/fol. 72, Callière et Beauharnois au ministre, 3 novembre 1702 ; B 23/fol. 55, Mémoire du roi à Callière, 3 mai 1702.

    22 ANOM, COL. B 93/fol. 375, Instructions à La Jonquière et Bigot, 25 juin 1751.

    23 ANOM, DFC no 417, Projet nouveau pour fortifier la ville de Québec, Chaussegros de Léry, 20 octobre 1740.

    24 ANOM, COL. C11A 84/fol. 209, Chaussegros de Léry au ministre, 9 novembre 1745.

    Auteur

    • André Charbonneau

      Est responsable des Services historiques de Parcs Canada pour le Québec. Il s’intéresse à l’art militaire colonial au Canada depuis plusieurs années. Il est coauteur de Québec ville fortifiée du XVIIe au XIXe siècle ; il a de plus signé plusieurs ouvrages sur l’œuvre des ingénieurs militaires au Canada et sur l’histoire des fortifications. Il a participé récemment à l’édition critique des Oisivetés de Monsieur de Vauban, (dir. M. Virol, Paris, Champ Vallon, 2007).

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    1 Ce texte s’inspire des ouvrages suivants et emprunte aux analyses de mon collègue Marc Lafrance, à qui je rends hommage. Voir Charbonneau, Desloges et Lafrance, 1982 ; Charbonneau et Lafrance, 1999, p. 78-87 ; Charbonneau et Lafrance, 1987.

    2 Voir les mémoires de Vauban intitulé « Moyen de rétablir nos colonies d’Amérique et de les accroître en peu de temps » et « État raisonné des provisions les plus nécessaires quand il s’agit de donner commencement à des colonies étrangères », dans Vauban 2007, p. 551-586 ; Vauban, 1968.

    3 On connaît peu ses antécédents professionnels dans la métropole. Voir sa biographie écrite par Jean Hamelin, dans Dictionnaire biographique du Canada, en ligne.

    4 Ce mot signifiait la ligne défensive que les assiégeants aménageaient devant une ville fortifiée pour se protéger contre les sorties éventuelles des défenseurs. Ici, ce terme fait évidemment référence aux limites de la ville ; ni la fortification et encore moins une véritable circonvallation n’existaient vraiment à l’époque (Trudel, 1973, p. 157 et carte n° 18).

    5 Inventaire général du patrimoine culturel de France, en ligne.

    6 Vauban à Seignelay, 21 mars 1686.

    7 Voir sa biographie (Zoltvany, en ligne).

    8 Archives nationales de l’Outre-mer (dorénavant ANOM), COL. C11E 14/fol. 116-126, Mémoire de Lamothe-Cadillac au Ministre donnant la description du Détroit, 25 septembre 1702.

    9 Voir aussi ANOM, COL. C11E 13/fol.156-157, Extrait du registre du Conseil d’État relatif à la délimitation de la banlieue, 22 juin 1712 ; COL. C11G 8/fol.35-35v, Arrêt du Conseil d’État, portant règlement de la banlieue du fort Pontchartrain de Chambly, 22 juin 1712.

    10 ANOM, COL. C11A 118/fol.175-176v, lettre de La Galissonière et Bigot au ministre, 26 juin 1749.

    11 ANOM, COL. C11A 106/fol. 32-35, Mémoire des Sulpiciens au Conseil de la Marine, [1723], C11A 124/fol. 627-630v, Délibération du Conseil sur la lettre de Vaudreuil et Bégon datée du 17 octobre 1722, 28 février 1723.

    12 L’auteur ajoute : « Un canal est projeté entre le lac Pontchartrain et le Mississippi : Périer ignore l’existence du bayou Saint-Jean, tout comme il ignore que le Mississippi forme un croissant de 90° de rayon à cet endroit ».

    13 Texte en marge du plan de l’ingénieur.

    14 Sur les fortifications de Louisbourg, voir Fry, 1984.

    15 Au sujet de Montréal, voir Charbonneau, Lafrance, et Poirier, 1992.

    16 ANOM, COL. C11A 38/fol. 232-235, Mémoire et état de la ville de Montréal, 10 août 1717.

    17 ANOM, COL. C11A 106/fol.522-523v, Projet d’arrêt du Conseil d’État du roi sur le terrain à réserver pour l’enceinte de la ville de Montréal, 1723.

    18 ANOM, COL. B 17/fol. 73-73v, Mémoire du roi à Frontenac et Champigny, 14 juin 1695.

    19 Vauban à Callière, 17 mai 1700.

    20 ANOM, COL. C11A 19/fol. 254, Levasseur au ministre, 10 octobre 1701.

    21 ANOM, COL. B 23/fol. 81-82, Mémoire à Levasseur, 6 mai 1702 ; C11A 20/fol. 72, Callière et Beauharnois au ministre, 3 novembre 1702 ; B 23/fol. 55, Mémoire du roi à Callière, 3 mai 1702.

    22 ANOM, COL. B 93/fol. 375, Instructions à La Jonquière et Bigot, 25 juin 1751.

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    Charbonneau, A. (2008). 10. Les diverses formes d’expression des modèles français d’urbanisme militaire dans les agglomérations de la Nouvelle-France. In T. Martin & M. Virol (éds.), Vauban, architecte de la modernité ?. Besançon: Presses universitaires de Franche-Comté. https://doi.org/10.4000/books.pufc.25987
    Charbonneau, André. « 10. Les diverses formes d’expression des modèles français d’urbanisme militaire dans les agglomérations de la Nouvelle-France ». In Vauban, architecte de la modernité ?, édité par Thierry Martin et Michèle Virol. Besançon: Presses universitaires de Franche-Comté, 2008. doi:10.4000/books.pufc.25987.
    Charbonneau, André. « 10. Les diverses formes d’expression des modèles français d’urbanisme militaire dans les agglomérations de la Nouvelle-France ». Vauban, architecte de la modernité ?, édité par Thierry Martin et Michèle Virol, Presses universitaires de Franche-Comté, 2008, https://doi.org/10.4000/books.pufc.25987.

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    Martin, T., & Virol, M. (éds.). (2008). Vauban, architecte de la modernité ?. Besançon: Presses universitaires de Franche-Comté. https://doi.org/10.4000/books.pufc.25837
    Martin, Thierry, et Michèle Virol, éd. Vauban, architecte de la modernité ?. Besançon: Presses universitaires de Franche-Comté, 2008. doi:10.4000/books.pufc.25837.
    Martin, Thierry, et Michèle Virol, éditeurs. Vauban, architecte de la modernité ?. Presses universitaires de Franche-Comté, 2008, https://doi.org/10.4000/books.pufc.25837.
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