Chapitre 27. Les compositions gravées en Beauce et Gâtinais
The engraved designs in Beauce and Gâtinais
p. 760-845
Résumés
La vallée de l’Essonne, sur une vingtaine de kilomètres entre Cerny et Orville, concentre plusieurs stèles, rochers isolés et grottes peu profondes marqués de représentations de haches nues et emmanchées. C’est d’ailleurs la plus forte densité de haches crossées après la Bretagne. De nouvelles interprétations (l’arc et la flèche de Bel Air) et de nouvelles découvertes (bateaux de Vallée aux Noirs, cétacé de Rouville) accréditent le lien étroit déjà pressenti pour le Ve millénaire entre cette limite occidentale du massif de Fontainebleau et l’Armorique. Les lames figurées les moins ambigües se partagent entre types Bégude, Altenstadt et Saint-Michel, entre objets alpins transférés en Bassin parisien, transformés dans cette région carrefour avant d’être remodelés en Morbihan, autrement dit les trois familles fondamentales déjà distinguées par le programme JADE dans leur dynamique européenne.
Over a twenty-kilometre stretch of the Essonne valley between Cerny and Orville, there is a cluster of several standing stones, isolated boulders and shallow caves that have been adorned with representations of axeheads, shown both on their own and as hafted in axes. This constitutes the densest concentration of axe representations after Brittany. New interpretations (of the bow and arrow at Bel Air) and new discoveries (of boats in the Vallée aux Noirs and a cetacean at Rouville) confirm suspicions that there had been a close link during the fifth millennium between this western limit of the massif of Fontainebleau and Armorica. The least ambiguously-portrayed axe- and adze-heads are those of Bégude, Altenstadt and Saint-Michel types. These are Alpine objects that had travelled to the Paris Basin and were transformed in this ‘crossroads’ region before being remodelled in the Morbihan – in other words, these represent the three fundamental families that have been identified by the JADE programme in their European dynamic.
Remerciements
En premier lieu les membres du GERSAR, qui nous ont fait l’amitié d’échanges et de visites lors du sondage à Buthiers, notamment A. Bénard pour l’aide documentaire, D. Caldwell pour son guidage sur le terrain, D. Godefroy pour être intervenu auprès du propriétaire de la dalle de Trézan ; D. Simonin et le musée de Nemours pour toute leur connaissance du contexte régional ; J.- Y. Lacroix (mairie de Buthiers) pour l’aide inestimable apportée ; J.M. Gouedo (SRA Ile-de-France) pour avoir suivi avec intérêt notre dossier en DRAC ; enfin nos remerciements à l’équipe d’intervention sur le sondage de Buthiers : C. Chaigneau, K. Martin et C. Gabilleau (LARA), C. Petit, T. Paulmier et L. Fontana (Université de Paris I, MAE Nanterre), E. Vartanian et C. Roque (Re.S.Artes, Bordeaux). Malgré la maladie, Pascale François était venue nous encourager au bout de la Vallée aux Noirs ; cet après-midi-là restera dans nos mémoires.
Texte intégral
Nanteau-sur-Essonne/Le Closeau 12 (Seine-et-Marne).

DAO S. Cassen
1Assez isolée au sud de Paris, la grotte de la Hache en Seine-et-Marne nous a semblé pouvoir être l’objet d’une nouvelle interrogation, en assumant un point de vue « ethnocentré » depuis la Bretagne (Bailloud et al. 1995). Ce fut le point d’ancrage du programme. Ce chapitre va donc tenter de prolonger l’intuition de départ, avec d’autant plus de légitimité que de nouvelles découvertes sont venues, ces dernières années, conforter l’hypothèse générale (Bénard et al. 2015). Sept sites seront décrits par le détail (Butte de Châtillon 5, La Bonde 1, Closeau 12, Bel Air 13, Vallée aux Noirs 1, Vallée aux Noirs 6, Trézan - fig. 1), en nous limitant au secteur géographique entre vallées de l’École et de l’Essonne. D’autres supports gravés ont été enregistrés mais ne contenant pas de haches (Le Paly), et bien que marqués d’un symbole typiquement armoricain (L’Ouche de Beauce), ou semblant trop éloignés de la zone de compréhension privilégiée (Le Berceau), ont été soustraits de notre exposé afin d’en rester dans le volume attribué à ce chapitre.
2Deux techniques principales ont été adoptées pour enregistrer ces gravures : la première, la photogrammétrie, restitue les supports dans leurs trois dimensions ; la seconde, la photographie sous éclairages tournants, permet le levé graphique précis des tracés en creux et des reliefs réservés. Les protocoles mis au point conjuguent par conséquent un nuage de points et la compilation de clichés numériques. Ces derniers sont ordonnés sur un même axe, pris frontalement à la dalle soumise à des éclairages tournants et rasants. Les tracés synthétisés sont ensuite inscrits dans le modèle tridimensionnel du support pour être corrigés des éventuelles déformations dues aux objectifs photographiques. La décorrélation d’image (améliorant ou étirant les différences de couleur au sein de chaque pixel) permet, dans certains cas favorables, de compléter l’information relative aux tracés, surtout quand le support est pris dans une roche dure (grès, quartz) et que le piquetage est trop superficiel pour accrocher la lumière. L’ensemble de ces procédures et les matériels utilisés pour cette mission ont été décrits par ailleurs et nous n’y reviendrons pas (Cassen et al. 2014c et d). Précisons seulement, et l’information vaut aussi pour la mission en Bourgogne (chapitre 29, dans cet ouvrage, p. 883), que les levés furent opérés de jour, au moyen d’un barnum pour établir l’obscurité quand elle était nécessaire, et de nuit quand l’objet dépassait les dimensions du précédent abri, en mobilisant cette fois un échafaudage afin d’établir un plancher suspendu propre à fixer les stations de prises de vues.
3Le descriptif des tracés va être intégralement donné, station après station. Il pourra paraître fastidieux tellement le signe est suivi en détail. Mais l’ampleur et la qualité des résultats imposaient que les documents sollicités soient correctement décrits, et qu’un opérateur puisse reproduire l’expérience en connaissance de cause et à partir des mêmes données brutes (les fichiers .nef, .jpeg, .ai devront être disponibles au téléchargement ; leur nombre, leurs identifiants et les poids des fichiers sont proposés en annexe, à la fin de ce chapitre). Le levé graphique étant une interprétation, certes guidée par un regard expert, un contrôle a posteriori doit pouvoir être effectué.
4Enfin, au-delà des conclusions particulières rédigées pour chaque site, aucune conclusion générale n’achèvera ce chapitre consacré à la vallée de l’Essonne. Une partie de la discussion est reportée au chapitre 29 dédié à la synthèse du programme qui, sans reprendre la totalité des riches thématiques ouvertes par ces premiers résultats, prendra en modèle la composition de la Vallée aux Noirs 6 afin de développer plusieurs champs interprétatifs (la hache et l’anneau, le trophée de canines, le cache-sexe).
FIG. 1 Distribution des sites à gravures de haches le long de l’Essonne.

DAO. F. Prodéo et S. Cassen.
1. L’abri de la Butte de Châtillon 5 (Milly-la-Forêt, Essonne)
5La Butte de Châtillon est située en bordure nord-est du plateau (Plaine des Six Fermes) séparant les vallées de l’Essonne à l’ouest et de l’École à l’est. L’abri, ou petite grotte, s’inscrit dans une dalle en grès formant le haut de la butte, démantelée dans la pente. L’orientation est au sud-ouest, d’où l’on domine un thalweg permettant d’accéder au plateau en venant de la vallée de l’École. Un rocher brisé en trois (fig. 2) a permis la libération d’une poche de sable et le dégagement de deux cavités se faisant face de part et d’autre de la fracture (Valois 2012). Seule la cavité au nord contient des gravures de haches sur une paroi oblique se raccordant au plancher horizontal, sur à peu près 3 m2 ; la cavité au sud ne présente qu’une incision.
6Une « gravure piquetée » est découverte par P. Bernier en 1977, dont le dessin (dans la fiche d’inventaire réalisée par G. Nehl) correspond très probablement à la hache emmanchée n° 7 du corpus actuel. Les autres signes gravés ne seront décrits qu’en 2012 et une attribution néolithique est alors proposée (Valois 2012). Il ne sera pas fait état de la relation intégrale des signes dans la cavité, qui aurait exigé beaucoup plus de temps sur le terrain (les n° 4, 5 et 8 de l’inventaire Valois, par exemple). Faute de pouvoir les reconnaître à l’œil nu, ces signes effacés ou incomplets ne semblent pourtant pas entraver une première lecture cohérente de l’ensemble. Mais, en toute rigueur, un enregistrement total des impacts pourrait être envisageable pour mieux assurer une interprétation globale du site.
7La morphologie du support (la paroi et le plancher rocheux de la cavité) a été rendue par une photogrammétrie des surfaces. Le levé photographique des gravures par éclairages tournants s’est fondé sur quatre stations d’images compilées, dont trois stations par signe identifié (haches 3, 6 et 7), puis une station unique pour deux signes voisins (haches 1 et 2), acquis simultanément. La numérotation des signes reprend celle adoptée par L. Valois (2012).
1.1. Les haches 1 et 2
8Ces deux motifs sont situés dans la partie la plus profonde de la cavité, vers son angle nord-ouest. La hauteur sous plafond est faible (50 cm) et l’inscription en creux des signes n’a pas dû être aisée… La bonne conservation des impacts verticaux (négatif d’impact circulaire, d’un diamètre allant de 3 à 8 mm) et obliques (négatif d’éclat allongé et dissymétrique, pouvant atteindre 18 mm) et la précision des coups alignés pour tracer les bords des signes plaident en faveur d’une percussion indirecte (burin et percuteur). Le sens de réalisation, donné par cette dissymétrie (point d’impact plus profond), permet de retrouver le geste du graveur (fig. 3). On constate ainsi que deux gestuelles presqu’opposées s’établissent à l’observation des manches des haches, qui peut se comprendre si le graveur change de position par une rotation du tronc de 90°, ou si deux graveurs abordent différemment le support, selon ces deux orientations.
9Des impacts sont notés en dehors de l’emplacement des signes. Tout d’abord au contact du crosseron de la hache n° 2, quatre cupules sont alignées parallèlement au talon de la lame, sans que l’on sache s’il s’agit d’un tracé avorté ; puis en haut et à la droite de ce même motif (dans l’orientation donnée ici par le levé graphique), en un groupement d’une douzaine d’impacts.
10Le placement des deux motifs suit une symétrie inverse assez étonnante. On note au surplus que le spécimen n° 2 vient faire coïncider l’extrémité distale du manche avec un creux linéaire naturel dans le plancher rocheux. D’un peu loin, ou avec un éclairage adéquat, le crosseron est ainsi considérablement allongé. L’intention semble vraisemblable. Un prolongement semblable mais moins marqué est présent en bout du manche du spécimen n° 1.
FIG. 2 Butte de Châtillon 5 (Milly-la-Forêt, Essonne).

A : emplacement de la grotte dans le chaos rocheux. B : vue du sud-est, montrant le double-accès à la cavité. C : entrée sud de la cavité. D : surface piquetée et marquée d’incisions à l’aplomb de l’entrée sud.
Photos S. Cassen et L. Lescop.
FIG. 3 Butte de Châtillon 5 (Milly-la-Forêt, Essonne).

A : inventaire des contours des motifs de haches 1 et 2 levés sous éclairages tournants (photos DSC_0414 à DSC_0458 ; 10/06/2013). B : cupules de percussion et négatifs d’éclats allongés. C : inventaire des enlèvements de matière et témoins photographiques techniques. D : chronographie des phases de réalisation, les lettres sont appelées dans le texte.
11Ces deux motifs sont indéniablement proches par leurs dimensions (lame 1 = 10,2 cm, lame 2 = 12 cm ; manche 1 = 18,5 cm, manche 2 = 17,5 cm), mais les morphologies respectives présentent quelques différences qu’il convient de décrire.
12Les signes identifiés seront désignés par des lettres capitales pour la hache 2, minuscules pour la hache 1, lettres à leur tour numérotées selon les étapes de réalisation reconnues (fig. 3).
Phases de réalisation de la hache 1
13- La lame a est réalisée en premier. La partie a2, déterminée à droite par l’inscription secondaire du manche, est elle-même reprise par un second enlèvement (a3) de matière qui semble allonger l’objet.
14- Le signe b vient s’inscrire sous la forme d’une crosse peu arquée.
Phases de réalisation de la hache 2
15- Le manche A1 est cette fois le premier réalisé. Son extrémité distale A2 a été reprise par un enlèvement B, comme si l’on avait voulu réduire la courbure du crosseron.
16- La lame C1 recoupe le manche. Sa partie proximale est soulignée par un tracé bordier C2 secondairement inscrit. Le tranchant est curieusement repris, dans un ordre de réalisation qu’il nous a été impossible de déterminer. Si un enlèvement D2 prolonge bien le corps de l’instrument, en dessinant un tranchant oblique légèrement courbe, l’enlèvement latéral D1 provoque une excroissance difficile à interpréter ; elle coïncide en tout cas avec la courbure du tranchant. Aucun point d’impact n’est ici préservé et un doute peut donc s’installer quant à la pertinence d’une action humaine en D1.
17Conclusions sur les haches n° 1 et 2 : Les deux motifs côte à côte sont installés dans la partie la plus éloignée des deux entrées à la cavité, motifs placés en symétrie inverse sur le plancher rocheux. Très semblables par leurs dimensions et leurs techniques de réalisation (contrairement à la première reconnaissance en 2012 qui n’a vu qu’un objet « en tau » pour le premier et une hache pour le second), ces motifs se distinguent néanmoins par le sens des enlèvements de matière – laissant supposer deux postures différentes – et par la morphologie des manches et des lames.
18La lame 1 est à bords rectilignes, talon pointu et tranchant courbe dissymétrique, rentrant vers le haut ; la lame 2 est à bords arqués, talon pointu et tranchant plutôt droit. Si la première peut faire penser au type Durrington de la classification européenne des instruments en jade (voire Bégude court ?), la seconde est trop extraordinaire pour être raisonnablement rangée dans cette même typologie des objets socialement valorisés. Les types Bernon court ou Puy pourraient tout aussi bien convenir. Cela dit, des lames polies courbes sont connues dans le corpus du Bassin parisien, à l’image de l’exemplaire JADE 2008_911 en omphacitite trouvé en Seine-Maritime (Giligny et al. 2012, p. 1142).
19Les manches sont semblables quant à leur dessin en crosse, mais l’exemplaire 2 est plus en courbe, proche de la forme en « point d’interrogation » connue en Bretagne et en Poitou (Cassen 2012b).
1.2. La hache 3 et les crosses 1 et 2
20Séparée des lames 1 et 2 par un signe d’une dizaine de centimètres que nous n’avons pas renseigné avec la même précision, et qui restera pour cela indéfini, la hache n° 3 est au premier regard d’une composition déroutante, non seulement par son renversement par rapport à une lecture face à la paroi, mais également par son contact avéré avec un signe circulaire qui a surpris les découvreurs (Valois 2012). Une fois bien circonscrite comme nous le verrons, ses dimensions sont cependant similaires aux deux premières (lame = 10,4 cm ; manche = 15 cm). La technique de réalisation fait également appel aux percussions lancées verticales aussi bien que obliques et les négatifs d’éclats circulaires entrent dans le même éventail de diamètres précédemment observé (3 à 8 mm) ; seuls les enlèvements obliques sont plus courts (max. 13 mm). Le sens des enlèvements, quand il est observable, démontre une certaine cohérence, en tout cas un suivi logique des impacts, notamment pour dessiner les manches des bâtons de jet 1 et 2, ainsi que le talon de la lame 3.
21Des impacts circulaires sont à noter à la périphérie des signes. Bien entendu au contact du signe indéfini (n° 4 dans la nomenclature Valois 2012), mais également entre ce signe et l’extrémité distale du manche de la hache 3. Un autre groupement est remarquable à une quinzaine de centimètres au sud-ouest de cette dernière, mais là encore sans qu’aucune configuration connue n’apparaisse clairement (le signe n° 5 de Valois 2012). Un repentir est envisageable, un début de réalisation abandonné, ou une altération différentielle mal comprise.
22Les signes identifiés seront maintenant désignés par des lettres capitales pour la hache 3, minuscules pour les crosses 1 et 2, lettres à leur tour numérotées selon les étapes de réalisation reconnues (fig. 4).
23- Le manche A est le plus ancien de la composition « hache 3 ». Il n’est pas possible de décider s’il est antérieur ou postérieur au signe a (crosse 1) qu’il tangente. Les enlèvements A3 et A4, visibles de part et d’autre de la base du manche, sont plutôt la conséquence d’une altération infra-millimétriques des bords impactés et ne déterminent pas le tracé de A1.
24- La lame B recoupe le manche crossé. Le talon n’est pas pointu, les bords sont rectilignes. Une excroissance est ajoutée en B2, qui ne coïncide pas exactement avec la largeur précédente de l’enlèvement B1. On peut bien entendu penser à un allongement ou une reprise radicale de la morphologie du tranchant ; c’est le parti qui nous prendrons pour recomposer le signe en son entier. Mais les deux angles droits bien visibles et ce manque d’adéquation des surfaces respectives B1 et B2 ne laissent pas de surprendre, surtout au souvenir de l’association régionale vérifiée de la lame de hache et du signe quadrangulaire (Vallée aux Noirs 1 et 6), pour ne pas citer ici les référents armoricains. Faute d’avoir pu déceler les deux autres angles aussi marqués, faute aussi d’éléments photographiques récurrents pour affirmer ce quatrième côté, nous mettons par conséquent et temporairement cette hypothèse de côté.
25- Un enlèvement C vient mordre sur la lame, dans le prolongement exact du manche, mais ne va pas rejoindre A2. On ne saisit pas le but de cette reprise très ponctuelle. Peut-être sommes-nous trompés par le premier enlèvement dégageant le manche, repris par l’inscription de la lame qui pourrait laisser en filigrane le premier creux ; notre matrice serait alors erronée et C devrait être confondu avec A1. Dans tous les cas, l’erreur ne porte pas à conséquence au niveau des questions posées par cette étude et nous n’insisterons pas sur le règlement de cette petite énigme.
26- a et b sont deux tracés presque symétriquement disposés de part et d’autre de l’extrémité proximale du manche de la hache. Le signe a1 est régulièrement courbe, avec une extrémité élargie où se note une reprise a2 qui vient toucher A1, mais sans permettre d’y trouver une relation d’antéro-postériorité. Le signe b est courbé mais une angulation est remarquée avant une extrémité élargie comme en a2. Ici encore, aucun recoupement ne vient aider à résoudre le rapport chronologique avec A1. Il est donc important de souligner que ces trois motifs sont autonomes. Nous considérons que la morphologie des signes a et b autorise à les classer dans la famille des « crosses » ou bâtons de jet.
27Conclusions sur la hache 3 : En position inversée pour un observateur posté à l’entrée méridionale de l’abri, position en cela similaire à l’exemplaire n° 2, la hache 3 est formée d’un manche à double courbure (manche crossé) et d’une lame à talon équarri et tranchant droit. Un doute subsiste sur la présence d’un signe quadrangulaire ajouté sur cette partie active de l’instrument. En sorte qu’il devient difficile, sans un contour assuré, d’attribuer un type en référence au catalogue des lames polies.
28Deux signes crosses sont opposés par leurs extrémités distales élargies, venant à toucher l’extrémité proximale du manche de la hache (et non reliés à un signe en U comme le proposait l’étude précédente). Leur morphologie semble similaire, bâtons courbés, mais l’une est plus grande que l’autre et ne présente pas d’angulation aux deux tiers de son développement.
FIG. 4 Butte de Châtillon 5 (Milly-la-Forêt, Essonne)

A : inventaire des contours des motifs de crosse 1 et 2 et de la hache 3 levés sous éclairages tournants (photos DSC_0457 à DSC_0494 ; 10/06/2013). B : cupules de percussion et négatifs d’éclats allongés, inventaire coloré des enlèvements de matière. C : chronographie des phases de réalisation et témoins photographiques techniques ; les lettres sont appelées dans le texte.
FIG. 5 Butte de Châtillon 5 (Milly-la-Forêt, Essonne).

A : inventaire des contours du motif de la hache 6 levés sous éclairages tournants (photos DSC_0462 à DSC_0615 ; 10/06/2013). B : cupules de percussion, inventaire coloré des enlèvements de matière. C : chronographie des phases de réalisation et témoins photographiques techniques ; les lettres sont appelées dans le texte.
1.3. La hache 6
29Cette partie basse du plancher rocheux, proche de l’entrée méridionale de la cavité, est la plus humide et, partant, une des plus altérées. S’ajoute à cela une fissure sur laquelle, manifestement, le graveur est venu jouer (manche parallèle à la fissure) puisqu’il lui était loisible de l’éviter ; elle n’en brouille pas moins notre lecture d’aujourd’hui par les faiblesses dans la pierre qu’elle a générées (courtes desquamations) au niveau de l’inscription de la lame polie.
30Ce motif de hache emmanchée est le plus grand de l’abri (27 cm de manche, 18 cm de plus grande longueur de lame), mais sans vraiment dépasser de beaucoup les calibres de ses voisins. Le traitement technique semble cependant plus soigné, avec des tracés plus étroits et précis (13 à 15 mm de largeur de manche). Les cupules de percussion inventoriées, qui sont les derniers impacts conservés en surface, s’inscrivent dans des diamètres allant de 3 à 7 mm. On les retrouve répétées en ligne, très logiquement dans les secteurs repris sur le premier signe, au niveau du manche ou de la lame ; l’inventaire des tracés va en donner maintenant le détail.
31Les signes identifiés seront désignés par des lettres, lettres à leur tour numérotées selon les étapes de réalisation reconnues (fig. 5).
32- Le signe A figurant le manche apparaît le plus ancien. Nous le suivons de part et d’autre de la lame polie (A1 et A2). Il ne s’agit pas d’un champlevé, mais bien le creusement du tracé qui détermine le signe. Une incertitude demeure dans la partie inférieure (clichés DSC_0568, 569, 570, 615) où un élargissement médian n’a pu être confirmé à l’extrémité proximale ; dans l’incertitude, nous laissons cette possibilité de reprise du signe en suspens.
33- Ce manche A va être par la suite recoupé par d’autres enlèvements, les plus visibles portant sur la partie supérieure (motif orienté verticalement). Tout d’abord en C qui élargit le passage du talon de la lame au manche, sans que nous en comprenions vraiment l’utilité, puis en G1 qui élargit la courbure première du crosseron. Notre attention sur l’extrémité distale a pendant un temps été distraite par des enlèvements et fissures naturels qui pouvaient laisser supposer que la pointe supérieure était équarrie et large ; il n’en est finalement rien et c’est une extrémité pointue qui figure.
34- Curieusement, la partie proximale du manche ne prolonge pas ce nouveau dessin, sous couvert bien entendu que l’élargissement médian précédemment évoqué ne soit pas cette éventuelle reprise ; mais elle serait décalée alors par rapport à la direction donnée par le crosseron. La seule reprise clairement notée est en G2 avec une série de petites percussions successives (clichés DSC_0567, 612). Cette notation G laisse entendre une relation de contemporanéité avec G1, mais ce choix interprétatif est arbitraire ; il ne porte cependant pas à conséquence dans la chronographie de l’ensemble.
35- Le creusement B1 détermine le signe « lame polie ». Si son bord inférieur est particulièrement net – et d’ailleurs non aligné de part et d’autre du manche – le bord supérieur, repris par D1, est difficile à percevoir, comme en négatif. Cette lame, que nous avions dans un premier temps perçue comme arrêtée par la fissure dans la roche, se prolonge en réalité en B2 après cette interruption d’1 cm, mais d’une façon à peine visible. Il est difficile d’expliquer cette différence par une altération différentielle plutôt que par un travail de gravure moins important et moins insistant.
36- Plusieurs enlèvements de matière vont ensuite affecter B1 et B2. B2 est surchargé d’impacts sur son bord inférieur droit, en D2, comme si le tranchant avait voulu être agrandi, mais sans que l’on puisse trouver d’équivalent après la fissure ; il n’est donc pas possible de conclure en ce sens. Les tracés D3 et D4 sont finement obtenus par impacts linéaires (clichés DSC_0568, 0578, 0581, 0608, 0609), qui donnent l’impression d’un soulignement de la lame et moins d’un agrandissement de son corps ou de son tranchant.
37- Il en va différemment en D1 et F, qui marquent un élargissement depuis le talon jusqu’à la partie médiane du corps de la lame polie, où malheureusement le jeu des fissures a gâté la lecture des enlèvements. On ne peut que souligner les segments E1 et E2 qui, bien placés dans le prolongement de F et D1, n’offrent pourtant pas la surface attendue pour achever un nouveau signe hache. E1 et E2 restent donc en attente d’interprétation (repentir ? signe ajouté incompris ?).
38Conclusions sur la hache n° 6 : Comme l’avait noté L. Valois, le motif est installé parallèlement à une fissure dans le plancher rocheux, manche parallèle à cette interruption ; mais à la différence du levé précédent, la lame outrepasse cette fissure naturelle. Elle est d’ailleurs placée très bas, juste au-dessus du milieu du manche, ce qui n’est pas la norme graphique usuelle. La longueur de la lame semble d’ailleurs surdimensionnée par rapport à la largeur du manche.
39Lame et manche ont été repris, la première en étant élargie depuis le talon jusqu’à la fissure, le second au niveau de son crosseron qui double de volume, comme si l’agrandissement de la lame exigeait un plus fort maintien. Dans cette configuration, la première lame, qui pourrait être du type Bégude ou Bernon allongé, outrepasse la fissure, tandis que la seconde lame, qui pourrait devenir de type Altenstadt, s’arrête sur cette fissure qui forme en quelque sorte son tranchant. Cette opposition de la partie active de l’arme à une formation naturelle rappelle bien entendu l’exemplaire du Closeau (voir infra).
1.4. La hache 7
40Placée à l’extrémité orientale du plancher rocheux de la cavité, cette hache emmanchée n° 7, supposée polie, est en partie effacée par le processus de météorisation qui a davantage affecté ce secteur, plus directement exposé aux agents atmosphériques comme le soulignait L. Valois (2012). C’est ce qui explique la différence majeure que nous noterons avec ce levé antérieur, par ailleurs semblable quant au dessin de la lame (un phénomène similaire est régionalement connu à Buno-Bonnevaux, avec la gravure de deux bovidés opposés par la croupe dont celui de droite n’existe plus qu’aux deux tiers – croupe et partie abdominale ; la zone où devraient se trouver le protomé et les membres antérieurs dépasse le surplomb de l’abri qui protège le bloc (Bénard et Valois 2014).
FIG. 6 Butte de Châtillon 5 (Milly-la-Forêt, Essonne).

A : inventaire des contours du motif de la hache 7 levés sous éclairages tournants (photos DSC_0497 à DSC_0561 ; 10/06/2013). B : cupules de percussion et négatifs d’éclats allongés, inventaire coloré des enlèvements de matière. C : chronographie des phases de réalisation et témoins photographiques techniques ; les lettres sont appelées dans le texte.
41Ses dimensions la placent après le spécimen n° 6, avec un manche légèrement crossé de 21,3 cm pour une lame de 12,5 cm. La largeur du manche étroit (10-13 mm) est également une mesure partagée avec la hache 6, à la différence des haches 1 à 3, beaucoup plus larges (15- 30 mm). Et contrairement aux exemplaire 1 à 3 exposés tranchant vers la gauche, ce motif 7 est orienté comme la hache 6, tranchant vers la droite ; mais s’en démarque par l’inscription de la lame qui est conforme à ce que l’on sait des objets vrais alors qu’elle est irréaliste dans le cas de 6.
42La partie la mieux protégée laisse entrevoir, ici encore, les nombreux impacts et traces d’enlèvements de matière. Il est très clair, tout d’abord, que le plancher rocheux, notamment à droite du motif, a été dressé pour préparer le support (prévention des desquamations, régularisation de la surface). En dehors du motif proprement dit, plusieurs impacts verticaux peuvent être ensuite identifiés ; nous en avons enregistré une soixantaine qui s’agrègent autour de deux cuvettes naturelles (dénommées D1 et D2 dans l’étude de L. Valois 2012), voire même à l’intérieur de ces dépressions.
43Des enlèvements obtenus par percussion lancée oblique sont décelables dans le seul corps de la lame. Leur ordonnancement est beaucoup moins régulier que dans le cas observé sur les haches 1 et 2. Nous verrons qu’une difficulté de lecture est apparue en périphérie du manche, de part et d’autre de la lame, où une altération manifeste vient brouiller le contour du tracé (la série a1 à a5 de la séquence décrite ci-après), sans que l’on sache vraiment la part de l’intervention humaine
44Les signes identifiés seront désignés par des lettres capitales, lettres à leur tour numérotées selon les étapes de réalisation reconnues (fig. 6).
45- Le signe A, le manche de l’arme, est le plus anciennement tracé par percussion. Il est recoupé par l’installation de la hache (clichés DSC_0501, 0502), installation qui réduit par ailleurs le tracé antérieur au niveau de l’emmanchement (clichés DSC_0559, 0520, 0516, 0509). Il est remarquable, d’ailleurs, que le graveur ait retenu le piquetage à cet endroit exact, alors que le creusement de la lame de chaque côté est d’un niveau inférieur (voir l’extrait de DSC_0501 sur la fig. 6). Cette volonté de ne pas effacer ce premier niveau d’enlèvement ne peut s’expliquer autrement que par la volonté de réserver une partie du relief du manche pour suggérer la serre de la lame, une représentation peu fréquente qui veut ainsi se rapprocher de la réalité.
46Le contour exact du manche ne fut pas aisé à préciser dans la partie inférieure. Il est en effet comme « doublé » par un enlèvement de matière (a3, a4 et a5), dont la bordure altérée se traduit par plusieurs limites parallèles en éclairages tournants, parmi lesquelles il est difficile de proposer le meilleur tracé lissé. On voit également une distinction se faire entre a3 et a4, mais qui n’est peut-être que le résultat du passage du secteur météorisé à celui mieux protégé sous la voûte. On ne peut donc vraiment donner d’explication à cette largeur, où plusieurs impacts montrent bien qu’une intervention humaine est présente : difficile de penser à la préparation d’un champlevé qui aurait été abandonné ; une préparation de la surface déjà altérée, exigeant ces enlèvements préalables, n’est pas à exclure. En tout cas, le manche proprement dit est plus étroit et coïncide bien avec le raccord noté avec la lame.
47- La lame B est le second signe bien identifiable dans le motif. Le talon est pointu, les bords rectilignes et le tranchant tout aussi rectiligne mais oblique par rapport à l’axe longitudinal de la lame ; les angles paraissent un peu évasés mais ne sont que le résultat du dernier impact vertical circulaire (respectivement 4 et 5 mm de diamètre). Tout ce tranchant est en effet dessiné par une série alignée de 8 cupules de percussion et 1 enlèvement oblique, derniers impacts à cet endroit.
48Conclusions sur la hache n° 7 : Le motif est installé en limite orientale de l’abri rocheux, dans l’axe de vision du plancher grossièrement rectangulaire, orienté sud-est-nord-ouest. La partie inférieure du manche, mal protégée par la voûte venant ici s’interrompre, est très abîmée par la météorisation. Le dessin n’en reste pas moins lisible et montre un manche crossé peu arqué. L’inscription de la lame dans ce manche est restituée par une réserve de matière volontairement aménagée par le graveur, alors que la lame est placée postérieurement.
49S’il fallait trouver une référence à une telle morphologie, toujours dans la logique des biens socialement valorisés comme le sont les haches d’origine alpine, les types Chenoise et Puy pourraient être de bons candidats, en faisant bien entendu abstraction du dessin de leurs sections. Des tranchants droits sont connus sur quelques spécimens de type Altenstadt, mais la gravure est ici éloignée de cette dernière morphologie.
1.5. Conclusions générales sur l’abri de la Butte de Châtillon 5
50L’étroitesse de la cavité naturelle de la Butte de Châtillon 5 n’a pas empêché une concentration remarquable de gravures de haches emmanchées et, dans l’état des connaissances, la plus dense de la région avec l’abri La Bonde/Larris des Boulins, où les individus sont néanmoins dégagés par abrasion longitudinale et non par percussion.
51Ramenés dans un même système d’orientation et de présentation, différences et similitudes apparaissent plus clairement (fig. 7) :
sur les cinq armes figurées, trois lames sont dirigées vers la gauche et deux le sont vers la droite ;
sur les cinq manches gravés, deux sont droits avec un crosseron droit et trois sont courbes avec un crosseron arrondi ;
les cinq lames sont typologiquement différentes, le tranchant du n° 3 étant cependant susceptible d’être surchargé par un signe quadrangulaire ;
le talon équarri de la lame 3 est peut-être aussi le signe d’un matériau de type silex et non exclusivement une roche tenace déterminant un type Puy, par exemple.
52À cette série à la fois cohérente et diverse, s’ajoute une brève série de deux crosses indépendantes d’une serre de lame polie. Leur morphologie est voisine et pourtant distincte :
la crosse 1 présente une angulation à son tiers supérieur, identique en cela au dessin du manche de la hache 1 ;
la crosse 2 est courbe, sans angulation apparente mais également marquée d’un épaississement à son extrémité distale à l’image de la crosse 1.
53Avec l’individu atypique de la grotte Vallée aux Noirs 1 (« crochet » à boucle), ces bâtons courbés n° 1 et 2 sont les premiers exemples en Bassin parisien attestant l’autonomie du signe « crosse » vis-à-vis des représentations des manches crossés enserrant les haches polies. On retrouve au surplus, comme en Bretagne, non seulement le thème de la double crosse, mais également un rapport d’opposition et/ou de complémentarité entre ces derniers signes et les haches emmanchées. On le sait, nous avons proposé de comprendre la crosse comme l’arme par excellence des chasseurs-cueilleurs (Cassen 2000), qui vient par sa présence ajouter son pouvoir évocateur ancestral à la puissance de l’arme nouvelle introduite au début du Néolithique, la lame polie.
54Mais aux deux formes habituelles inventoriées en Armorique (la forme droite crossée et la forme arquée en « point d’interrogation ») vient s’ajouter dans ce secteur Essonne-École une forme courbe sans crosseron très recourbé, qui est en réalité la morphologie la plus connue pour les bâtons de jet conservés et datés en Europe depuis le Mésolithique jusqu’au Bronze final, en passant par leurs représentations peintes comme à Çatal Hüyük en Turquie (Cassen 2012b, p. 191 et fig. 8). Il manque a contrario, dans ces cavités et sur ces rochers, la forme à crosseron très retourné typiquement armoricaine, uniquement et symptomatiquement présente en Bassin parisien dans les sépultures mégalithiques de Changé et Mississipi (Shee-Twohig 1981).
55L’interprétation des signes dans la cavité peut dépendre enfin de l’orientation de l’observateur, posté au sud ou au contraire placé à l’entrée orientale de l’abri.
56- La lecture dans cette dernière position est peut-être la moins sujette à interrogations, puisque la superposition des armes (haches, crosses), orientées dans différentes positions, peut se comprendre au sein d’un rendu particulièrement dynamique où seul l’instrument n° 7 serait en position stable, à la verticale, dans l’axe longitudinal de l’abri.
57- La lecture depuis l’entrée principale, la mieux accessible, donne un tout autre résultat, puisque quatre instruments sont gravés « à l’envers », forçant cette fois l’idée d’un éventuel rendu dynamique. On peut ici se demander si ce monde renversé ne pourrait être une des traductions du monde des morts dans l’espace funéraire, image classique de la littérature anthropologique (van Gennep 1909).
2. La grotte de La Bonde 1, ou Larris des Boulins 1 (Buno-Bonnevaux, Essonne)
58La cavité, actuellement en sous-bois et difficilement détectable (fig. 8), est située en rive droite de l’Essonne, sur le flanc occidental et pentu du relief du Larris des Boulins, face à la commune de Gironville-sur-Essonne. L’entrée masquée domine Le Grand Marais, qui s’élargit sur 3 km en allant vers Maisse au nord, après avoir été contraint au niveau du Pont Noir juste au sud du site. Cette entrée est aujourd’hui partiellement obstruée par un rocher fracturé et tombé, et seule une fissure étroite permet de se glisser à l’intérieur. L’absence de symboles chrétiens et de graffiti modernes laisse d’ailleurs entendre une difficulté d’accès relativement ancienne (Bénard et Senée 1986).
FIG. 7 Butte de Châtillon 5 (Milly-la-Forêt, Essonne).

A : localisation des motifs de hache et de crosse dans un panoramique depuis l’entrée sud-ouest (modèle photogrammétrique texturé) et levés par Valois 2012 ; B : plan (MNT) et coupes (C, D) de la cavité (modèle photogrammétrique, occlusion ambiante).
FIG. 8 La Bonde 1, ou Larris des Boulins 1 (Buno-Bonnevaux, Essonne).

Vue vers l’entrée en façade ouest du rocher ; entrée et fond de la cavité ; plafond nord avec gravures.
Photos S. Cassen et L. Lescop.
59Le lieu-dit est donné comme La Bonde au XIXe siècle par les premiers découvreurs (André 1885), mais sera rectifié en Larris des Boulins (Bénard et Senée 1986). Or le lieu-dit se révèle bien comme étant La Bonde d’après ces derniers auteurs (information L. Valois) ; la seconde appellation ayant été depuis fréquemment reprise dans la littérature, nous maintenons ici les deux toponymes pour éviter toute confusion.
60Si G. Courty cite sans les décrire les parois gravées de la grotte (1913), seules les fouilles de 1950-52 par R. Hardouin (1953) marquent une avancée des recherches grâce à la découverte d’ossements humains, de silex taillés, mais aussi de céramiques du Bronze final (Bailloud 1967), dans une sédimentation sans stratification relevée par le fouilleur (nombreux animaux fouisseurs) sur près de 1 m de puissance. L’inventaire des haches gravées régionales par F. Beaux (1982) ne mentionne pas cet abri, alors que R. Hardouin y précise bien l’existence de « dessins de haches armoricaines » (id. 1953, p. 29), mais sans en faire de relevés pour autant.
61L’étude la plus récente propose enfin une brève analyse du mobilier lithique recueilli dans l’opération des années 50 – dont un gravoir sur lame d’épannelage en silex, aux tranchants émoussés, long de 6 cm - et un levé complet des parois gravées (Bénard et Senée 1986). Les ossements déterminés par le Dr Le Blay sont ceux d’une femme âgée d’une cinquantaine d’années, mais aucune analyse radiocarbone ne permet à ce jour de suggérer une date à cette sépulture indéfinie.
62Sur les cinq ensembles décrits par nos collègues en 1986, seul l’ensemble 4 retiendra notre attention où furent identifiés, avec précaution, deux lames de haches emmanchées (Bénard 2009 ; le site ne sera pas retenu en 2012 par Bénard et al. dans leur inventaire des stèles et rochers/abris néolithiques gravés). Il est vrai que les incisions couvrent à foison les parois, rendant leur lecture difficile, et qu’il est toujours tentant de relier certaines lignes pour en créer les figures désirées. Mais, comme il a bien été souligné, les sillons courbes ici présents sont « un caractère peu fréquent et peu commode pour le graveur étant donné la dureté de la roche » (Bénard et Senée 1986, p. 71). Nous avons donc privilégié ce caractère jugé peu ordinaire afin d’identifier les signes « hache », ou « hache emmanchée », signes qui nécessitent un minimum de courbures pour être reconnus, notamment au niveau du crosseron si l’on adopte le modèle morphologique armoricain comme fil conducteur.
FIG. 9 La Bonde 1, ou Larris des Boulins 1 (Buno-Bonnevaux, Essonne). Plan et section de la cavité.

D’après Bénard et Senée 1986.
63Le lieu d’enregistrement est une paroi oblique, offrant d’ailleurs la plus grande surface d’un seul tenant au nord de la grotte, formant également plafond puisque les deux parois opposées se rejoignent, permettant ici de se tenir debout. Nous sommes dans la partie profonde de la cavité, qu’un étranglement des parois en son milieu divise en deux secteurs (fig. 9).
FIG. 10 La Bonde 1, ou Larris des Boulins 1 (Buno-Bonnevaux, Essonne) Projection frontale de la paroi nord dans le modèle photogrammétrique (modèle texturé et MNT sous occlusion ambiante).

64La morphologie du support et son positionnement spatial dans la cavité, délicat à restituer dans le temps qui nous était imparti, ont été rendus par une photomodélisation des surfaces (fig. 10). Plusieurs modes de représentation seront ici proposés, en privilégiant la plus grande surface de présentation du support (vue de « dessous »), ou en conservant la paroi orientée de manière oblique par rapport au plan de projection (vue frontale). Le logiciel Meshlab possède un algorithme qui permet de réorienter le maillage, afin de limiter la déformation possible due à l’obliquité ; une fois l’opération réalisée, le maillage est orienté, donnant la « matrice de transformation » qui rassemble les informations relatives à la rotation, la translation et l’échelle.
65L’enregistrement des gravures sous éclairages tournants fut opéré par deux stations face à la paroi (fig. 11). La désignation des signes est la nôtre (aucune numérotation n’est disponible dans la littérature).
2.1. La station 1
66La fenêtre d’acquisition couvre la partie supérieure de la paroi gréseuse, assez lisse et parfois marquée de mouchetures sombres (charbon ?), difficiles à dater. Les gravures sont généralement rectilignes, souvent profondes, mais parfois à peine marquées ; nous y reviendrons. Aux côtés des tracés incisés, nous avons retenu toutes les marques d’impact (une centaine, d’un diamètre allant de 0,5 cm à 1,5 cm), généralement circulaires. Aucune ne recoupe les lignes gravées, alors que 5 cupules de percussion sont recoupées par ces tracés. On ne distingue pas de répartition privilégiée, ni concentration évidente, sinon par petits ensembles.
67L’enregistrement a donc privilégié les lignes où une courbure, difficile à obtenir, était bien en rapport avec des tracés conformes au modèle de la hache à manche crossé. Afin de travailler sur les relations d’antéro-postériorité, les tracés recoupant ces motifs, ou recoupés par ces derniers, seront pris en compte et peints en gris clair pour les premiers, en gris sombre pour les seconds. Ces traits gravés seront désignés par des lettres minuscules, tandis que les éléments des motifs seront nommés par des lettres capitales, déclinées par chiffre quand leur dessin est interrompu (fig. 12 et 13).
Les haches 1 et 2
68- Le trait courbé A1 est antérieur au tracé B qui s’achève à droite, en bord de paroi, par une extrémité légèrement relevée.
69- La suite du manche en A2 recoupe C1, lui-même antérieur à D.
70- Le manche C2 recoupe un tracé c, lui-même recoupé par b, deux tracés indépendants des deux motifs décrits.
71Conclusions sur les haches n° 1 et 2 : Les deux motifs de haches emmanchées se superposent exactement, la hache 1 (15 cm de lame pour 14 cm de manche, crosse comprise) étant diminuée en proportion au niveau du manche et de la lame, mais pas au niveau du crosseron, qui est d’une taille similaire à celui de la hache 2 (23 cm de lame pour 24 cm de manche, crosse comprise). L’extrémité appointée des tranchants, dirigés vers la droite, ne permet pas de proposer un type particulier à ce stade de la description du panneau, sinon en soulignant que la largeur du tranchant n’a pas été revendiquée.
FIG. 11 La Bonde 1, ou Larris des Boulins 1 (Buno-Bonnevaux, Essonne) Localisation des fenêtres d’enregistrements sous éclairages tournants sur la paroi nord (modèle photogrammétrique, graduation de radiance) ; distribution des types de lames polies selon le dessin droit ou appointé du tranchant (occlusion ambiante).

FIG. 12 La Bonde 1, ou Larris des Boulins 1 (Buno-Bonnevaux, Essonne).

Station 1. A : inventaire des contours des signes gravés levés sous éclairages tournants (photos DSC_0359 à DSC_0381 ; 10/06/2013). B : cupules de percussion, inventaire coloré des enlèvements de matière correspondant aux motifs de haches emmanchées.
Les haches 3 à 6
72- Le crosseron E1 du motif 3 recoupe la lame F (18 cm) et recoupe à son extrémité proximale le trait L1 ; il est repris par les tracés H et I2.
73- Ces deux derniers enlèvements sont respectivement postérieur et antérieur à l’inscription du manche G1-G2 de la hache 4.
74- Un manche qui est recoupé par le contour N2 de la 6e lame de hache (7,5 cm).
75- Un même processus d’alternance est notable au niveau du manche J3-J2, recoupé par L4 et recoupant L1, deux tracés formant le contour de la 5e lame polie (13 cm).
76- Plus étonnant encore, le manche G2-G3 du motif 4 est recoupéparN2,maisrecoupeO1-O2,prouvantquelahache6 est inscrite en même temps que la hache 4 (12,5 cm), entrecroisant leurs tracés.
77- On constate enfin que plusieurs lignes parallèles à cette composition de manches recoupent (en d, e, g) les signes retenus par notre descriptif ou sont recoupées (en h, f) par eux, preuve de la stricte contemporanéité de l’ensemble gravé.
78Conclusions sur les haches n° 3 à 6 : La hache 5 est donc antérieure à la hache 3, elle-même antérieure à la hache 4, la hache 6 étant inscrite simultanément à celle-ci. Mais ce jeu des successions se fait sans vraiment entraver la lecture de chacun des motifs : le manche de 3 s’arrête sur la lame de 5 ; la lame de 4 stoppe sur le manche de 3 ; le talon de 5 vient tangenter le manche de 4. Confirmant la relation synchrone faite entre les haches 4 et 6, nous posons cet assemblage comme globalement contemporain.
FIG. 13 La Bonde 1, ou Larris des Boulins 1 (Buno-Bonnevaux, Essonne).

Station 1. Chronographie des phases de réalisation et témoins photographiques techniques ; les lettres sont appelées dans le texte.
FIG. 14 La Bonde 1, ou Larris des Boulins 1 (Buno-Bonnevaux, Essonne).

Station 2. A : inventaire des contours des signes gravés levés sous éclairages tournants (photos DSC_0384 à DSC_0391 ; 10/06/2013). B : cupules de percussion, inventaire coloré des enlèvements de matière correspondant aux motifs de haches emmanchées.
La pseudo-hache 7
79C’est la « faux » dans la dénomination proposée par
80Bénard et Senée, sans que cette interprétation ne soit cependant défendue dans leur article comme la représentation d’un outil métallique.
81Nous avons retenu ce motif, encore une fois en raison d’un tracé à l’extrémité supérieure courbée (P1), auquel s’adjoignent sur la gauche deux larges tracés antérieurement réalisés (Q et R), qui déterminent entre eux une plage symétrique qui n’est bien entendu pas sans évoquer une lame polie à talon pointu et tranchant droit de 30 cm de long. Mais une lame qui ne serait pas encore introduite dans son manche, d’où la difficulté à la qualifier… Le motif est cette fois isolé, posé à part, mais joue des mêmes relations de synchronisme avec le reste des tracés verticaux et horizontaux (j, k, l et m) présents sur la paroi ; en conséquence de quoi nous défendons sa pertinence au sein de l’assemblage des autres motifs de haches emmanchées.
82Notons que l’extrémité distale du « manche » est émaillée de fines incisions plus ou moins divergentes qui pourraient tout à fait convenir aux hésitations, ébauches ou difficultés du graveur pour amorcer son tracé que mentionnent nos collègues, sans toutefois préciser les secteurs en question sur ce panneau (Bénard et Senée 1986, p. 71).
2.2- La station 2
83La fenêtre d’acquisition couvre la partie inférieure de la paroi rentrante, englobant un banc protubérant en corniche, incliné vers le sol (l’ensemble 5 de Bénard et Senée), protubérance sur laquelle nous ne porterons pas notre attention, mais qui comporte de nombreuses cupules manifestement organisées en séquences, avec ou sans lignes incisées pour les orienter (fig. 14 et 15).
84La distribution des impacts (une centaine, à nouveau) semble cette fois un peu moins aléatoire et dispersée, en se concentrant autour de chaque lame, ainsi qu’au bas de la paroi rentrante en sa jonction avec la partie inclinée vers le sol. Et, à la différence de la station 1, deux cupules recoupent le travail sur un motif (la hache 9).
85Sans nous conformer aux traitements et dénominations opérés sur les documents de la station 1, chaque signe (contour de lame, manche) n’a pas été divisé en autant de sous-ensembles (N1, N2, etc.) délimités par les recoupements d’autres tracés. La matrice s’en trouve simplifiée, mais nous ne savons pas encore quel choix entre ces deux options pourrait s’avérer le meilleur en vue de la description des entités et la compréhension du processus dynamique de gravure.
La hache 8
86- Le tracé A1 a dessiné le tranchant de la hache 8, mais fut repris par A2.
87- A3 forme le bord opposé, mais en recoupant A4 qui a précisé le contour du talon.
88- Les deux bords de la lame s’inscrivent en alternance avec le manche, autrement dit B recoupe A3 tandis que A2 est recoupé par B ; il s’agit du même processus noté sur le motif 5 de la station 1.
89- Ici encore des tracés adjacents, ne présentant pas de suivi graphique et logique avec ces motifs d’armes, recoupent A4 (en d), ou sont recoupés par B et A2 (en w, b et c)
90Conclusions sur la hache n° 8 : Tranchant dirigé vers la gauche, cette lame polie (12 cm) à talon pointu et tranchant large et droit est prise dans un manche crossé. Sa morphologie est proche d’un modèle septentrional comme le type Altenstadt (Pétrequin et al. 2012), mais on ne saurait le certifier. Il s’oppose, en tout cas, aux tranchants étroits et arrondis des référents régionaux restituant parfaitement le type Bégude (Le Closeau, Vallée aux Noirs 6).
La hache 9
91Les trois tracés formant son contour, en B1, B2 et B3, sont sans recoupements avérés ou détectables dans l’état présent.
92- Le manche crossé C leur est postérieur.
93- C est recoupé par une série de quatre traits parallèles (g, h, i, j), de même direction que la série précédente à gravures élargies et plus longues (d, e, f), dont l’une d’entre elles (f) est postérieure à B1 et B2.
94Conclusions sur la hache n° 9 : Le tranchant large et droit, dirigé vers la gauche, et un talon pointu font de cette lame de 7 cm un spécimen proche du précédent, bien que moins imposant. Le manche est par contre légèrement plus long (20 cm), mais à terminaison également crossée. L’emmanchement n’est pas des plus réalistes, le talon étant trop décalé vers la droite.
La hache 10
95- Son manche crossé D est antérieur au tracé de la lame E. Celle-ci est à tranchant étroit et arrondi, s’opposant à l’extrémité proximale appointée.
96- Deux segments (k, l) extérieurs au motif recoupent respectivement le manche et la crosse. Ils recoupent à leur tour une série, plus ou moins parallèle au sol, de segments plus étroits (m, puis m, n, o, p, q, r).
97Conclusions sur la hache n° 10 : Si le manche sous crosse se conforme en taille aux exemplaires précédents (20 cm), la lame (10 cm) est cette fois d’un rendu fort différent, puisque le signe se confond avec son tracé en creux, alors que les signes en 8 et 9 sont déterminés par un contour en creux, laissant en réserve le corps de la lame. Le tranchant arrondi étroit et le talon pointu écartent naturellement le type « générique » Altenstadt au profit de son opposé, le type Bégude.
La hache 11
98- Ici encore, le manche F2 est antérieur à l’inscription de la lame G. On note en F1 qu’un premier tracé rectiligne du manche a été repris au niveau du crosseron pour le courber.
99- Un segment x est antérieur à G. Il est plus ou moins parallèle à la série qui le précède dans le registre supérieur ; il appartiendrait à l’ensemble d’un « anthropomorphe » figuré sur la gauche de la lame polie.
100- Un segment t recoupe le manche, ainsi qu’un autre segment extérieur au motif, en s, lui-même recoupé par u.
101La « schématisation humaine finement exécutée au silex » (Hardouin 1953, p. 29), dont un levé inédit opéré par G. Lasserre en 1918 fut par la suite mentionné sans être reproduit (Bénard et Senée 1986), doit se positionner au-dessus du manche et près de la lame polie. Nous avons tenté d’enregistrer ce secteur au même niveau que les signes néolithiques, afin de retrouver les grandes lignes du dessin publié par ces derniers auteurs ; la dynamique de notre résultat est certes semblable, mais nous doutons de la réalité de ce personnage « armé » placé à l’horizontale.
102Conclusions sur la hache n° 11 : Sa lame (9 cm) est morphologiquement proche du signe 10, tandis que le manche (23 cm) est plus recourbé. Le type proposé sera donc similaire.
2.3. Conclusions générales sur les gravures de haches dans la grotte de La Bonde 1, ou Larris des Boulins 1 (Buno-Bonnevaux, Essonne)
103L’abri 1 de la Bonde, que R. Hardouin en 1953 tenait pour le plus curieux des abris de la région et un monument préhistorique d’intérêt comparable au menhir du Paly, stèle dressée sur le plateau juste au débouché du thalweg partant à gauche de l’abri, rassemble finalement sur une de ses parois le plus grand nombre de motifs de haches emmanchées de tout le Bassin parisien. Nous en dénombrons 10, et un autre plus incertain.
FIG. 15 La Bonde 1, ou Larris des Boulins 1 (Buno-Bonnevaux, Essonne).

Station 2. Chronographie des phases de réalisation et témoins photographiques techniques ; les lettres sont appelées dans le texte.
FIG. 16 La Bonde 1, ou Larris des Boulins 1 (Buno-Bonnevaux, Essonne).

Assemblage des stations 1 et 2 sur la paroi nord ; inventaire coloré des motifs de haches emmanchées.
104Sur l’ensemble de cette paroi nord, couverte non seulement de tracés incisés mais également d’impacts de percussion lithique, le processus de reconnaissance visuelle s’est fondé sur le modèle de la hache « armoricaine » à manche crossé. Sachant que la courbure d’un tracé profond est difficile à réaliser dans ces solides grès stampiens, elle devient par conséquent singulière quand elle est détectée (fig. 16).
105Deux groupements de motifs similaires (signes « lame » + signe « crosse ») ont été identifiés et séparés, caractérisés par leur emplacement distinct (l’un en haut de la paroi, l’autre vers le bas) et l’orientation divergente du tracé des manches. Le premier, dans le registre supérieur, offre en effet une série de 6 manches parallèles entre eux, proches de la verticale, tandis que le second révèle une orientation oblique des manches, eux-mêmes dévoilant deux positions différentes selon deux couples de motifs.
106Cette dernière distinction établie entre couples, sur la base des orientations des manches, se répète de façon tout aussi démonstrative en considérant maintenant les types de lame figurés. Nous avons opposé, en effet, des morphologies de lames à extrémité distale rectiligne (tranchant), anguleuse et droite, et celles à extrémité appointée. Sur cette base graphique, deux nouvelles oppositions apparaissent dans chaque groupement :
107- en haut de paroi, trois motifs conservent des tranchants rectilignes, ce sont les haches 4, 5 et 6, et trois autres motifs présentent des extrémités appointées, les haches 1, 2 et 3 ; les motifs 1 et 2 tournent d’ailleurs leurs tranchants vers la droite, à la différence des motifs 3 à 6 ; - au bas du support, les haches 8 et 9, dirigées vers la gauche, restituent des tranchants larges et rectilignes, alors que l’autre couple 10 et 11 présente des tranchants nettement arrondis et étroits, également dirigés vers la gauche (fig. 11 et 17).
108Comme isolé sur la partie gauche de la paroi, le motif 7 est en attente de qualification. Le signe « manche crossé » est bien formé, dirigé vers la droite ; le signe « lame polie » est tout aussi reconnaissable, mais tranchant opposé aux directions des haches 3 à 6, et 8 à 11. On constate seulement que la plausible lame n’est pas inscrite dans le manche, et que le tranchant s’arrête exactement sur lui, à la manière d’un dessin de hallebarde en métal. Spatialement parlant, le motif 7 semble fonctionner selon un rapport de symétrie vis-à-vis du couple 1 et 2, les deux entités encadrant la composition des haches emmanchées en opposant leurs orientations.
109Du point de vue de la chronologie relative des inscriptions, il n’y a pas lieu de séparer les lames selon leur morphologie. Traitements techniques semblables et imbrication des tracés font de cet assemblage une scène cohérente et motivée. La différenciation introduite et les oppositions marquées, en nombre, en direction et en morphologie de lame – mais non pas en dessin du manche, reproduit à l’identique sur les 11 motifs – renvoient à un très probable discours structuré, sous-tendant la gravure dans son ensemble.
110Notons enfin que l’observation des recoupements observés entre les motifs de haches inventoriés et les tracés verticaux et horizontaux couvrant toute cette paroi nord ne permet pas de dire si ces derniers relèvent d’une phase de gravure « mésolithique » plutôt que « néolithique ». S’il existe un hiatus chronologique entre ces réalisations, nous sommes incapables de le mettre en évidence ; cela concerne également le « nuage » de plus de 200 impacts en percussion normale appliqués à cette surface. À l’inverse, une relative contemporanéité de la composition semble défendable. Une telle conclusion n’est bien entendu pas sans conséquence sur le contenu à venir de nos enregistrements, jusqu’ici limité aux seuls motifs reconnus par la littérature relative aux objets néolithiques. L’acquisition réglée de l’environnement général gravé sur les supports ne fut pas posée comme un prérequis, mais pourrait le devenir.
3. Le rocher gravé du Closeau 12 (Nanteau-sur-Essonne, Seine-et-Marne)
111En rive droite de l’Essonne, le rocher du Closeau 12 est un bloc massif en grès de 4,5 m de haut, naturellement verticalisé, semble-t-il, et plutôt isolé dans une pente boisée assez prononcée, qui descend du plateau s’élevant au-dessus et au nord du village de Nanteau-sur-Essonne (Seine-et-Marne). Il est posé pour partie sur le substrat gréseux sous-jacent, une position qui permet une évaluation a minima du sol néolithique et de la hauteur à laquelle se faisait la lecture des signes (fig. 18). La section est grossièrement quadrangulaire ; de très fortes cannelures d’érosion se sont formées depuis que ce bloc est dressé, démontrant l’ancienneté de la position actuelle (fig. 19). La paroi gravée est tournée à l’est, vers le cours amont de la rivière ; elle est la face naturelle la plus plane du rocher. Cette position tournant le dos aux vents dominants et aux agents atmosphériques permet de comprendre que cette surface, beaucoup moins marquée par la végétation que la paroi orientée à l’ouest, a conservé des gravures, malgré les nombreux signes d’une météorisation poussée.
FIG. 17 La Bonde 1, ou Larris des Boulins 1 (Buno-Bonnevaux, Essonne).

Vues frontale et en coupe de la paroi nord (depuis l’est) ; inventaire des haches emmanchées et orientations des tranchants (pour comparaison le levé des haches 8 et 9 par Bénard, Senée 1986).
FIG. 18 Le Closeau 12 (Nanteau-sur-Essonne, Seine-et-Marne).

Face orientale du rocher après enlèvement de la végétation (2013 et 2014) ; clichés nocturnes sur la hache emmanchée et la face anthropomorphe.
Photos S. Cassen.
112La gravure d’une hache emmanchée fut découverte par M. Rey (Bénard 2011), puis un visage en haut du monolithe fut distingué par D. Caldwell (Caldwell 2013). Des « plumes » seront notées à cette occasion, au-dessus de l’arcade sourcilière ; nos clichés effectués la même année sous un éclairage rasant, depuis le haut du rocher, reproduits dans cette dernière publication, illustreront le développement important de signes très comparables à ceux caractérisant l’anthropomorphe du panneau Vallée aux Noirs 6.
113Une reprise du travail d’inventaire des signes fut menée en 2014, profitant de notre intervention en Vallée aux Noirs 6. Un échafaudage fut installé à 2 m de la face gravée, afin d’enregistrer le haut de l’anthropomorphe et détailler sa « coiffe », puis une seconde station en éclairages tournants a repris la partie basse du rocher, hache incluse.
114La hache emmanchée, bien visible même en plein jour, a fait l’objet de notre plus grande attention dans le cadre du programme Jade 2 (station 3 - (fig. 20). Mais une acquisition du signe anthropomorphe en haut du rocher, après un dégagement de la végétation sommitale, nous a laissé percevoir tout le développement insoupçonné des gravures au-dessus de la tête figurée (cf. notre cliché dans Caldwell 2013). Un levé par éclairages tournants a tenté depuis le sol d’inventorier les tracés (station 2), mais la trop grande obliquité de la station, cumulée au faible nombre de clichés au moyen d’un éclairage difficilement contrôlable, n’a pas permis de présenter un résultat satisfaisant ; l’opération sera donc reprise en 2014 (station 4). La totalité du rocher sera acquise en 2013 (station 1) puis répétée en 2014 (station 5) avec un plus grand nombre de clichés, pour préciser les motifs éventuellement présents dans la zone intermédiaire entre visage et hache, puis sur la partie basse de la paroi au moyen d’une station supplémentaire n° 6.
115La morphologie du support (les trois faces accessibles sans végétation, et spécialement la paroi gravée orientée à l’est) a été rendue par une photomodélisation des surfaces et le levé photographique des gravures par éclairages tournants a été conduit avec deux objectifs DX Nikkor 18- 70mm AF-S et 10.5mm f/2.8G ED.
3.1. Station 1 : le panneau entier (vue frontale)
116Cette large fenêtre d’acquisition a permis en 2013 de situer la représentation de la hache par rapport à la face anthropomorphe découverte en haut du monolithe (fig. 21). Mais plusieurs informations inattendues détectées dans l’intervalle les séparant nous poussent à les décrire en priorité, en laissant la description du « visage » et de la coiffe, ainsi que le détail sur la hache emmanchée, pour les stations 3 et 4.
117A- Deux tracés orthogonaux n’ont pu être dissociés à cette échelle d’observation.
118B- Très peu d’information ressort de ce secteur tourmenté par le relief de la roche. Le tracé B1 est supposé se prolonger en B2, notamment appuyé par le tracé C dans le prolongement.
119C- Ce signe n’a pas de contact avéré avec B, mais par contre est postérieur au tracé horizontal J.
120D et E- Deux larges segments sont inscrits à la verticale, mais décalés par rapport à un axe longitudinal imaginaire qui passerait par le centre du visage en haut du monolithe.
121FetH- Ces anomalies à la base du manche de la hache seraient restées dans l’ombre si la station rapprochée n° 3 n’avait pas attestée leur existence comme tracés anthropiques.
122G-Cet enlèvement de matière fait partie du dispositif inscrit à la base du manche, peu compréhensible à cette échelle ; il est néanmoins clairement antérieur au contour de la hache.
123I- Le champlevé autour du motif de la hache est ici uniquement reconnu sous forme d’un tracé continu, ce qu’infirmera la station 3.
124J- Ce tracé horizontal est inscrit à mi-hauteur du panneau gravé.
125K- Deux tracés K1 et K2 ont été réunis de façon temporaire, faute de pouvoir assurer un contact entre eux ; K2 forme par ailleurs l’angle supérieur gauche du « torse » de l’anthropomorphe.
126L- Trop peu d’indications permettent d’attester un vrai tracé ; seule la logique symétrique de la composition autorise cette estimation graphique.
127Conclusion intermédiaire sur la composition d’ensemble : Considérant un premier axe vertical longitudinal passant par le sommet du rocher, la composition gravée atteste bien la présence d’une face anthropomorphe centrée, surmontée de lignes divergentes, « visage » lui-même inscrit dans un ensemble de tracés rectilignes formant un « corps » éventuellement achevé au bas de la scène par deux « membres » inférieurs. Décalée sur la partie gauche, une hache emmanchée tourne sa partie active vers cette représentation. Des anomalies détectées à la base du manche doivent être précisées.
3.2. Station 2 : le motif anthropomorphe (haut - vue oblique)
128Très proche en cela des techniques employées sur le rocher Vallée aux Noirs 6, le frontal, les yeux et le nez de ce motif anthropomorphe sont dégagés par enlèvement périphérique de matière (fig. 22). Les yeux, particulièrement proéminents malgré le long processus de météorisation, devaient être nettement apparents au Néolithique.
FIG. 19 Le Closeau 12 (Nanteau-sur-Essonne, Seine-et-Marne).

Elévations des faces sud et est (modèle texturé issu de la photogrammétrie ; photos DSC_2308 à DSC_2344) et incrustation des tracés inventoriés par éclairages tournants (levés redressés).
Cassen.
FIG. 20 Le Closeau 12 (Nanteau-sur-Essonne, Seine-et-Marne).

Fenêtres d’acquisition (2013/2014) par éclairages tournants sur le modèle tridimensionnel (rendu par graduation de radiance).
129Nous ne ferons pas ici le descriptif détaillé des tracés, ni a fortiori leur chronographie. Les résultats obtenus par vues obliques sont certes encourageants, mais ne peuvent servir à établir une synthèse fiable de la composition. Les lignes émergentes et divergentes du couvre-chef sont trop incertaines à leur extrémité pour que la proposition actuellement faite ne soit qu’une approximation grossière, et seulement cela. Une station frontale à hauteur du support est donc indispensable (voir station n° 4) pour établir un descriptif contrôlable.
3.3. Station 3 : la hache emmanchée
130La gravure de hache est installée sur la partie basse et à gauche de la paroi rocheuse, la lame étant à hauteur des yeux. Son tranchant vient d’ailleurs toucher un pli naturel dans la roche qui monte selon une courbe vers la gauche ; un placement contraint qui doit être intentionnel puisqu’un travail de percussion s’ajoute à la limitation de ce creux linéaire pour former un probable côté au motif anthropomorphe. De même, le talon semble bel et bien coïncider avec une fissure horizontale dans le support qui a manifestement été exploitée pour « caler » la représentation (fig. 23).
131Si les contours supérieurs du motif sont assez prononcés et visibles, l’extrémité proximale du manche est très altérée et invisible à l’œil nu. Les excroissances en creux, de part et d’autre, ne sont d’ailleurs pas apparues en première lecture et il faudra la découverte en 2014 d’une configuration semblable à Vallée aux Noirs 6 pour que ces détails soient pleinement reconnus. Au terme du levé, les dimensions obtenues (53,3 cm de longueur de lame ; 81 cm de corde mesurée sur le manche depuis le crosseron) se rapprochent de la taille extraordinaire du spécimen de Vallée aux Noirs 6 (60,8 cm).
FIG. 21 Le Closeau 12 (Nanteau-sur-Essonne, Seine-et-Marne).

Station 1 : à gauche, inventaire des contours levés sous éclairages tournants (photos DSC_0694 à DSC_0718 ; 10/06/2013) ; à droite, inventaire des enlèvements de matière et chronographie des phases de réalisation – les lettres sont appelées dans le texte.
FIG. 22 Le Closeau 12 (Nanteau-sur-Essonne, Seine-et-Marne).

Station 2 (vue oblique) : à gauche, inventaire des contours levés sous éclairages tournants (photos DSC_0702 à DSC_0726 ; 10/06/2013) ; à droite, inventaire des enlèvements de matière.
FIG. 23 Le Closeau 12 (Nanteau-sur-Essonne, Seine-et-Marne).

Station 3 : à gauche, inventaire des contours levés sous éclairages tournants (photos DSC_0557 à DSC_0693 ; 10/06/2013) ; à droite, traitements dans Image J (plug-in DStretch) des clichés DSC_0688, 0690 et 0691 dans les espaces de couleurs respectivement établis : lds (échelle 20), ybk (éch. 20) et ybk (éch. 20).
FIG. 24 Le Closeau 12 (Nanteau-sur-Essonne, Seine-et-Marne).

Station 3 : à gauche, inventaire des enlèvements de matière et chronographie des phases de réalisation – les lettres sont appelées dans le texte ; à droite, inventaire des signes (levé D. Calwell 2013 pour comparaison).
132À la différence des observations faites dans les abris régionaux protégés, peu d’information nous est parvenue concernant les processus techniques de réalisation. Il est clair cependant que les signes ont été dégagés par champlevé, avec des surfaces dressées sur 15 cm de large vers le crosseron et d’une manière générale par le biais d’un contour évidé de 3 à 5 cm de large, laissant le signe en relief. On note au surplus, à la périphérie du talon de la lame, 11 impacts circulaires ou ovalaires allongés qui témoignent d’enlèvements par percussion verticale et oblique, que l’on ne saurait confondre avec de petites dépressions naturellement développées sous l’effet de la météorisation du grès.
133Les signes et plages de travail identifiés seront désignés par des lettres capitales, numérotées selon les étapes de réalisation reconnues (fig. 24).
134- Le sillon D (divisé en D1 et D2), dont on peut se demander s’il n’est pas primitivement une cannelure d’érosion, est le plus anciennement travaillé par percussion, recoupé par le contour de la lame. Il est également antérieur au tracé E. M lui est parallèle, recoupé par A1.
135- Le secteur A est une plage d’enlèvements qui a préparé le dessin de la hache. Il affecte la partie supérieure droite du motif. A2 semble être une fraction sous l’extrémité distale de la lame polie, à la suite d’une reprise du tracé E.
136- Le tracé B reprend cette surface dressée et dessine le crosseron et l’ensemble du talon de la lame. Le creux est ici le plus profond de la composition et conséquemment les traces d’impacts y sont les mieux conservées.
137- Recoupant B, le tracé C prend le relais pour détourer (C2) le manche d’une part, la partie droite de la lame polie d’autre part. Nous n’avons pas été en mesure de segmenter ce tracé, l’altération étant trop poussée par endroits. On note cependant que le manche fut plus allongé dans un premier temps (C1), un enlèvement qui s’inscrivait déjà dans une partie naturelle fissurée dans la roche qui aura pu dicter cette position un peu oblique de l’extrémité proximale. Ou bien ce détail est partie intégrante du dispositif « accroché » au bas du manche, comprenant des tracés recourbés vers le haut (H, I et J) ; en ce cas, il est difficile de pouvoir mieux interpréter la configuration telle qu’elle nous est parvenue.
138- On note deux enlèvements F et G, qui participent au dessin du manche, mais sur un registre différent qu’en C1 et C2, puisqu’aucune réserve en relief n’est visible au centre. Ces tracés sont peut-être directement reliés aux signes H à J, selon un dispositif difficile à restituer.
139- Ce dispositif devait être accolé au bas du manche. J vient se superposer à F, H également. Par analogie avec la composition révélée sur le panneau de Vallée aux Noirs 6, H qui est à peine perceptible (beaucoup moins marqué que le bord du manche, plus profondément inscrit, mieux conservé), devait être un élément symétrique de J. Plus bas, le tracé I devrait en théorie se composer de deux autres signes semblables (toujours par analogie avec VN6), mais l’altération empêche de le confirmer.
140- Une fois ces contours inventoriés, il est intéressant de pouvoir enregistrer trois enlèvements supplémentaires dans la zone de croisement de la lame et de son manche. K1 et K2 tout d’abord, soulignent l’emprise du manche au détriment de la lame polie, légèrement déprimée à ces endroits. L ensuite, effectue l’inverse, en marquant le bord inférieur de la lame, au détriment du manche. Mais aucun enlèvement symétrique sur l’autre bord de la lame n’est observable, sinon un creux triangulaire dû à la météorisation et à la desquamation de la roche (en gris sur le levé graphique).
141À cette séquence chronographique, nous devons maintenant ajouter un phénomène mêlant teinte et texture qui nous semble en grande partie naturel, mais dont la coïncidence avec la géométrie du motif paraît improbable s’il n’y avait pas intention manifeste du graveur de tirer partie de l’anomalie.
142Partant de l’extrémité distale du manche, plusieurs clichés ont en effet délivré des marques curvilignes régulières dans le prolongement exact du crosseron (DSC_ 0687 à DSC_0692). Mais ces bordures en relief, apparues sous éclairages rasants, n’ont pas été vérifiées par leurs symétriques qui auraient logiquement dû être restitués par un éclairage opposé, comme le stipule la méthode. Faute d’une telle validation, en règle générale le tracé est abandonné. Mais cette parfaite coïncidence nous a poussé à interroger trois photographies (DSC_ 0687, 0690, 0691) dans le plug-in DStretch du logiciel ImageJ (fig. 23). Des tracés similaires sont apparus sans ambiguïté et ont ainsi complété les précédents, plus précisément dans les espaces de couleur YBK et LDS (échelle 20). Nous avons par conséquent relevé les emprises de ces lignes teintées – qui sont des différences de texture dans la roche plutôt que des colorations nettement distinctes – en les enregistrant comme des gravures, à l’image du processus graphique adopté dans notre dernier travail sur les orthostates de la tombe à couloir de Gavrinis (Morbihan – Cassen et al. 2013 ; Lescop et al. 2013). Le résultat n’est pas sans rapport avec les signes jaillissant des têtes anthropomorphes régionales, ni d’ailleurs avec celles des « jets » relatifs aux représentations de cachalot en Armorique, pour ne pas ici évoquer les « cheveux » des figurations phalliques ou encore les demi-cercles radiés du répertoire Néolithique breton… Nous laisserons cependant cette composante graphique en suspens dans l’inventaire définitif des signes, dans l’attente d’une confirmation.
143Conclusions sur le signe hache : Cette grande figuration d’une hache emmanchée, dont la lame mesurée à 53,3 cm dépasse les dimensions des objets vrais, est placée sur la partie droite de la paroi orientée à l’est. Dégagée par champlevé, la lame est très altérée, mais son dessin est parfaitement reconnaissable, avec un talon pointu et un tranchant arrondi se raccordant progressivement aux bords légèrement arqués : il s’agit probablement du type Bégude de la terminologie pan-européenne (Pétrequin et al. 2012). Le manche est crossé, mais peu recourbé vers l’arrière ; il est au surplus détaché de la lame, marquant de façon réaliste l’emmanchement ; un trait technique des plus rares parmi les normes graphiques en France, qui étonnamment n’est pas repris sur la hache emmanchée voisine du panneau Vallée aux Noirs 6. Très effacés, des signes courbes, disposés vraisemblablement de façon symétrique de part et d’autre du manche, se comparent directement à l’exemplaire de la Vallée aux Noirs 6, ainsi qu’à un individu de Trézan. Nous proposons de voir en ces graphismes la représentation de défenses de sangliers accrochées au bas du manche de la hache.
FIG. 25 Le Closeau 12 (Nanteau-sur-Essonne, Seine-et-Marne).

Station 4 : inventaire des contours levés sous éclairages tournants (photos DSC_0173 à DSC_0219 ; 23/09/2014).
3.4. Station 4 : le motif anthropomorphe (haut – vue frontale)
144Cette station frontale, rendue possible en 2014 par l’installation d’un échafaudage fixant l’appareil photographique et par l’appoint d’échelles latérales portant l’éclairage rasant, a permis de détailler les enlèvements de matière (fig. 25). Il s’agissait de faire la part des reliefs et fissures naturels qui opposent bien entendu le plus de difficulté à la bonne reconnaissance des signes.
145Plusieurs cupules circulaires (0,5 à 1 cm de diamètre) témoignent à l’évidence d’une préparation de la paroi. Les marques sont très prononcées sur un ressaut naturel et courbe dans le grès, qui a dû être considérablement réduit et adouci pour que la partie droite de la « coiffe » de l’anthropomorphe puisse être déployée sans solution de continuité.
146- Le tracé A est certainement le plus aisé à identifier, sur le terrain comme en laboratoire, excepté à son extrémité distale où l’on manque d’occurrences en raison de la difficulté à éclairer (fig. 26 et 27). Inscrit sur une surface plane et manifestement travaillée en ce sens, il occupe la plus grande superficie possible, alors que son symétrique en T est contraint par le rebord de la paroi. T est postérieur à A.
147- B est la « plume » la plus large, au point que des lignes enregistrées en son milieu nous ont fait douter d’un seul motif. Il est probable que cette indécision provient du ressaut naturel dans la pierre, qui est le plus marqué à cet endroit. Il semble donc que le sculpteur ait envisagé dans un premier temps un contour plus étroit avant de l’élargir devant la difficulté à réaliser le motif. B est antérieur à A.
148- Les tracés C et D sont très altérés et interrompus au niveau du ressaut dans la roche. Mais leurs identifications et leurs emplacements ne font pas de doute et autorisent l’estimation des parties manquantes avec beaucoup de vraisemblance. Les relations d’antéro-postériorité sont par contre impossibles à remonter.
149- La partie gauche de la « coiffe » suit un ordre similaire, avec quatre « plumes » symétriquement disposées, mais dévoilant un plus court développement. P est postérieur à Q qui lui même recoupe R, qui à son tour surmonte S, T étant l’enlèvement le plus ancien. Le sens de réalisation est donc bien orienté de la droite vers la gauche. On note que l’extrémité proximale du motif réunissant R et Q est la plus large de toutes les « plumes ».
FIG. 26 Le Closeau 12 (Nanteau-sur-Essonne, Seine-et-Marne).

Station 4 : inventaire des enlèvements de matière et chronographie des phases de réalisation.
FIG. 27 Le Closeau 12 (Nanteau-sur-Essonne, Seine-et-Marne).

Station 4 : inventaire des signes.
150- Cette « coiffe » est inscrite sur un motif en portion de disque dégagé en champlevé et dont il est difficile de localiser les enlèvements périphériques de matière. M et F en font partie, ils sont antérieurs à toutes les « plumes ». Le tracé H marque sa limite inférieure et dégage dans le même temps une sorte d’arête frontale ou sourcilière. Le haut de l’arête nasale est d’ailleurs souligné d’une petite dépression I recoupée par H.
151- Egalement dégagés par champlevé, les yeux et le nez sont dessinés par l’enlèvement K. Il est certain que des plages plus précises ont dû conduire à ces détails, mais il est aujourd’hui impossible d’en retrouver les traces. On relève cependant une petite dépression bien visible à la base de l’arête nasale, qu’il est difficile d’interpréter comme une reprise pour raccourcir le nez plutôt qu’un élément de parure ajouté dans la pierre (fig. 26 et 27).
152- K recoupe une première surface travaillée L qui donne la forme triangulaire au visage. Cette morphologie est accentuée par un contour G également triangulaire. L’ensemble est encore limité par un tracé extérieur E et N mieux visible sur la station 5.
153Conclusions intermédiaires sur la partie haute de l’anthropomorphe : La partie supérieure du motif anthropomorphe se compose d’une coiffe et d’un visage. La coiffe est composée de deux registres à peu près symétriques comprenant quatre éléments chacun, ovales très allongés, leurs extrémités inférieures venant s’accrocher sur une forme en portion de disque. Sans être la tête proprement dite, ce support suggérant un bandeau ou un couvre-chef est détaché de l’arête sourcilière en dessous de laquelle sont dégagés en relief le nez et les yeux au milieu d’un visage triangulaire.
3.5. Station 5 : le panneau entier (vue oblique)
154Cette large fenêtre d’acquisition, levée en 2014, complète son homologue datée de 2013. La distance de prise de vue étant rapprochée pour saisir plus de détails, la déformation par l’objectif en est par conséquent augmentée (fig. 28). Le but de cette session étant de préciser la nature de l’éventuel « corps » de l’anthropomorphe, les contours de la coiffe et de la hache emmanchée n’ont pas été vraiment recherchés ; nous l’avons vu, les stations 3 et 4 ont relativement bien restitué leurs contours.
155Par rapport à la station 1, les témoins du piquetage de préparation de la paroi (négatifs d’éclats) ont été mieux documentés ; nous avons reproduit les plus évidents et les plus certains : ils plaident en faveur d’une attaque frontale de la surface, notamment au niveau des ressauts dans la roche. Une ligne assez nette de ponctuations, visible en partie basse du « corps » représenté, suggère en revanche un tracé en creux et non un dressage du grès ; mais les deux bords de la gravure n’ont malheureusement pas été détectés à cette échelle d’observation.
FIG. 28 Le Closeau 12 (Nanteau-sur-Essonne, Seine-et-Marne).

Station 5 : à gauche, inventaire des contours levés sous éclairages tournants (photos DSC_0230 à DSC_0268 ; 23/09/2014) ; à droite, inventaire des enlèvements de matière et chronographie des phases de réalisation – les lettres sont appelées dans le texte.
156Encore une fois les cannelures d’érosion rectilignes, en provenance du sommet et descendues quasiment jusqu’à la base du monolithe, ont gêné la lecture des enlèvements anthropiques d’ailleurs tout aussi météorisés. En sorte que nous avons dû limiter l’interprétation des tracés. D’autres possibilités de restitution de lignes étaient possibles, mais nous avons préféré en rester là, en attendant un enregistrement poussé par fenêtres moins larges, autrement dit un travail de longue haleine…
157Les enlèvements retenus seront ici encore décrits et nommés depuis le haut du panneau (fig. 28).
158A-Le motif de la « coiffe » est ici reconnu à travers neuf tracés rectilignes et divergents, venant jusqu’à toucher le bord supérieur gauche de la face gravée (en faisant face au rocher).
159B- Cette ligne horizontale dégage l’arête frontale et s’établit dans le prolongement de D et O.
160C- Ce motif en V est antérieur au motif O qui l’entoure vers le bas.
161D- Plusieurs lignes sont ici rassemblées sous une même dénomination, n’ayant pu les dissocier.
162E- Le tracé E a été suivi sans interruption sur les deux côtés du « torse » de l’anthropomorphe. Nous avons dissocié E1 (vertical) de E2 (horizontal), faute de pouvoir mieux conclure sur une éventuelle relation d’antéro-postériorité à l’angle droit du motif.
163F- Ce segment est dégagé du précédent tracé, mais s’arrête sur une large fissure dans la roche et n’a pu être suivi.
164G- Le même défaut de reconnaissance affecte ce signe oblique venant mourir sur la précédente fissure.
165H- Ce large tracé dirigé vers le bas est postérieur à G.
166I- Egalement postérieur à G, ce segment de longueur équivalente à H est interrompu par une desquamation ou une altération dans le grès. Il s’appuie sur le point d’inflexion marquant G.
167J- Ce signe semble être un équivalent graphique à H. Parallèlement à J et sur la gauche, une ligne en creux est interprétée comme une cannelure d’érosion, mais un plausible prolongement de N, que semble indiquer la synthèse graphique, restera une possibilité à vérifier pour tout travail détaillé sur la paroi.
168K et L- Un doute plane ici aussi sur la nature de ces deux signes qui, s’ils semblent bien suivis en partie gauche, sont au contraire désintégrés en partie droite. Une forme curviligne en « croissant », ouvert sur le haut, est une possibilité d’interprétation, a fortiori quand un rapprochement est envisagé avec la composition de Vallée aux Noirs 6, en lieu et place d’un bateau.
169M- Un seul contour a été recherché pour désigner le motif de la hache emmanchée et les signes accrochés à sa base n’ont pas été détectés. Il est néanmoins vérifié que les enlèvements autour de la lame polie recoupent bien les tracés verticaux N et O.
170N- Il n’est pas douteux que ce tracé profond a également facilité la circulation de l’eau depuis des millénaires, accentuant de facto la confusion avec une cannelure naturelle due à la météorisation. L’angle supérieur de N est mal suivi.
171O- Le signe semble être un équivalent symétrique à D.
172P- Ce tracé courbe, distingué du « visage » tout en lui étant concentrique, recoupe la ligne O.
173Q- Toute la plage piquetée dégage, par champlevé, les caractères singuliers d’un visage : le nez, les yeux, l’arcade sourcilière. Sur le côté droit, Q est recoupé par C.
174Conclusions intermédiaires sur l’anthropomorphe entier : Complétant la station 1, cette fenêtre a permis de confirmer la nature trapézoïdale du « torse » formant la partie haute d’un motif clairement anthropomorphe. Si les lignes supérieures semblent bien symétriques, le tracé extérieur gauche ne suit pas la même dynamique que son équivalent à droite, n’étant pas connecté à la ligne horizontale formant « ceinture » ou division du personnage représenté.
175Un motif quadrangulaire qui, en station 1, semblait apparaître à l’intérieur de cette surface, n’a pas été validé. Par contre, deux signes semblables dirigés vers le sol, en partie basse du motif, sont bien reproduits et pourraient alors représenter deux membres inférieurs. En sorte que le signe placé dans l’intervalle les séparant marquerait un sexe mâle, ou un cache-sexe si l’on se réfère à la composition très réaliste de la Vallée aux Noirs 6.
3.6. Station 6 : centre-bas du rocher (vue frontale)
176Cette station menée en 2014 visait l’enregistrement des parties basses sous l’anthropomorphe. Deux lignes profondément gravées laissaient en effet penser qu’un motif plus important pouvait marquer la base du monolithe.
177La figure 29 restitue une majorité des anomalies détectées. Malgré un travail poussé sur tous les clichés, il n’a malheureusement pas été possible de bien distinguer les arêtes naturellement générées par la météorisation, ou intrinsèques à la roche, des tracés anthropiques très altérés. L’intuition que les deux lignes parallèles, au côté droit du manche de la hache, aient pu appartenir à un motif d’embarcation n’a pu être vérifiée. Nous maintenons temporairement l’hypothèse interprétative, fondée bien entendu sur la scène voisine de Buthiers (VN6), en attendant qu’un enregistrement conjoint à une tracéologie des creux puisse un jour mieux documenter ce secteur du support, au même titre que le centre du motif anthropomorphe.
3.7. Conclusions générales sur le rocher gravé du Closeau 12
178Le monolithe du Closeau semble posé sur la pente dominant la vallée marécageuse de l’Essonne. Il est probablement issu d’un démantèlement du banc gréseux présent en haut de pente et s’est naturellement verticalisé dans cette position, arrêté sur un ressaut du substrat. La paroi gravée est orientée à l’est, elle est aussi la plus plane et la moins attaquée par les agents atmosphériques et par conséquent par la végétation. Sans la couverture forestière actuelle, le rocher serait remarquablement visible avec ses 5 m de hauteur ; du chaos rocheux supérieur, il est le dernier de cette dimension à être présent vers le bas de la pente, au plus près du cheminement naturel au long de la vallée. Sans végétation encore, le site serait en parfaite intervisibilité avec les hauteurs de Rouville, sur l’autre rive de l’Essonne.
179Plusieurs négatifs d’impacts conservés témoignent d’un traitement de la surface du rocher, soit pour réduire des modelés saillants dans le grès et aplanir ainsi le panneau, soit pour éliminer la première « peau » altérée qui risque d’entraîner des accidents de gravure par desquamation et écaillures au cours de la percussion (Vourc’h et al. 2014). Le diamètre des éclats au niveau des tracés laisse entendre qu’une percussion indirecte fut nécessairement employée pour le travail de précision au niveau des signes. Ces signes sont révélés par deux méthodes, d’une part par simple enlèvement de matière et la figure se confond alors avec le creux, d’autre part par champlevé et le signe est dégagé en pseudo-relief par enlèvement du grès à la périphérie.
FIG. 29 Le Closeau 12 (Nanteau-sur-Essonne, Seine-et-Marne).

Station 6 : inventaire des contours levés sous éclairages tournants (photos IMG_3322 à IMG_3356 ; 14/11/2014).
180Deux grandes entités sémiotiques ont été identifiées sans ambigüité, une hache emmanchée et une représentation anthropomorphe (fig. 30).
181La plus importante en taille (3,2 m) restitue un assemblage de signes d’apparence humaine, comprenant au sommet un visage aisément reconnaissable (yeux, arcade sourcilière et nez en relief), surmonté d’une sorte de coiffe rayonnante partant d’une portion de disque. Huit éléments ovalaires allongés sont symétriquement disposés de part et d’autre de ce qui pourrait être leur support afin de former, parmi d’autres hypothèses, un couvre-chef. La taille des éléments varie entre partie droite et partie gauche, selon que les extrémités de ces « plumes » vont venir effleurer la limite de la surface plane disponible. Le visage triangulaire semble souligné et encadré par une ligne courbe dont le placement pourrait correspondre à un élément de vêtement (plastron) ou de parure suspendue (collier).
182Intégrant ces lignes identifiables comme « tête », une forme trapézoïdale dessine l’aspect d’un « torse » par tracés rectilignes. Si des « épaules » semblent se dégager sans grande discussion et malgré le mauvais état de la documentation, les « bras » sont plus difficiles à suivre, d’autant plus qu’une dissymétrie est actuellement lisible entre les deux bords droit et gauche, sans que l’on sache si l’information est pertinente, se rattachant par conséquent à un fait graphique semblable relevé sur le personnage de Vallée aux Noirs 6, ou s’il ne s’agit que d’un manque de tracés en raison de l’altération de la paroi. Une ligne horizontale de division est en tous cas présente, marquant la base rétrécie de cette forme trapézoïdale. Au-dessous, les signes sont difficilement traduisibles et nécessiteront à l’avenir une investigation plus poussée pour tenter de compléter la figure en son ensemble. Un contour courbe pourrait achever le « corps », auquel sont postérieurement accrochés trois segments rectilignes descendus vers le bas. Ces quatre signes sont d’une plus grande largeur de réalisation que tous les tracés de la partie haute. Par analogie avec les personnages connus dans le registre de la vallée de l’Essonne (Rouville, Maisse, Vallée aux Noirs 6) (Bénard 2011a, Bénard et al. 2015, Cassen et al. 2014b, Devilliers 2005, Tarrête 2001), les segments latéraux peuvent être interprétés comme des « jambes » et le signe du milieu soit comme pénis, soit comme élément d’un cache-sexe.
183Recoupant la composition précédente, la figuration réaliste d’une hache emmanchée est placée sur la paroi gauche du panneau. La lame polie, mesurée à 53,3 cm, dépasse les dimensions des objets vrais inventoriés (la plus grande lame européenne en roche alpine est celle du Mané-er-Hroëck, avec 46,6 cm), mais reste d’une taille inférieure au spécimen gravé de la Vallée aux Noirs 6 (60,5 cm). À l’image de cette dernière gravure, le dessin de son contour plaide en faveur du type Bégude dans la classification européenne des haches en roches alpines (Pétrequin et al. 2012). Le tranchant est dirigé vers l’intérieur de la scène, à la jonction notée entre le « corps » et une « jambe », et se superpose exactement au point de convergence de quatre tracés figurant le côté du personnage. Le manche crossé est peu recourbé à son extrémité distale et se compare aisément aux armes de jet les plus courantes du registre ethnographique (Cassen 2012). Sa base est enrichie de plusieurs signes, qui n’auraient sans doute pas trouvé de solution si nous n’avions découvert l’assemblage de Buthiers (voir point 6). À la différence de ce dernier site, les signes sont ici confondus avec les enlèvements de matière et non pas dégagés par champlevé, mais restituent pareillement à VN6 la superposition de paires distinctes, formes courbes relevées vers le haut. Nous proposons de voir, dans ces appariements, un trophée assez classique rassemblant défenses (canines inférieures) et grès (canines supérieures) de sanglier accrochés au manche d’une hache, objet-signe par excellence.
184Au contact de la « défense » droite appartenant au trophée en question, un tracé incomplet n’a pu être suivi vers le centre-bas du panneau. Il semble avoir fonctionné avec un autre tracé de même courbure, lui aussi tronqué par l’érosion. Une plausible morphologie en « croissant » du motif originel laisserait supposer le dessin d’une embarcation, si nous suivons là encore l’information bien enregistrée sur le site de Vallée aux Noirs 6.
4. La grotte Bel Air 13, dite « Grotte à deux étages » (Buthiers, Seine-et-Marne)
185La cavité, d’accès peu aisé car haut perchée par rapport au niveau du sol actuel (fig. 31), est localisée sur le versant méridional du plateau de Bel Air. Son entrée ouvre vers le sud en dominant le débouché de la Vallée aux Noirs, à la jonction du Marais d’Auxy et celui de Malesherbes qui le prolonge au nord, tous deux bordant la rive droite de l’Essonne.
186A. Mallet semble le premier à bien reconnaître une « gravure très nette d’une grande hache polie, très régulière, du type des haches des tourbières, assimilable également aux grandes haches votives de certains dolmens » (Mallet 1910, p. 438) dans la grotte qu’il ne nomme pas. Son dessin (id. 1910, planche II) se réfère à notre individu n° 2, qu’il mesure à 26 cm pour 8 cm de plus grande largeur ; ce sont les mesures prises à l’extérieur des tracés et non la limite du signe déterminé par le creux périphérique (24,5 x 7 cm).
187G. Courty désigne la grotte comme « Roche aux deux cavités superposées » et dénombre « trois haches polies, non emmanchées. La plus grande n’a pas moins de 0,50 m de longueur ; il en est une autre, dont deux traits verticaux, situés sur le talon, semblent simuler une sorte d’emmanchement » (Courty 1913a, p. 53). C’est bien entendu cet exemplaire qu’avait dessiné A. Mallet (fig. 32). La dimension de l’autre est exagérée (en réalité 43,5 cm). Des rapports analogiques qu’il entrevoit, il conclut que « les haches polies figurées de Malesherbes, rappellent celles des dolmens de Gavrinis (Bretagne), d’Epône (Seine-et-Oise) et de Fontenille (Charente) » [et qu’il] « est rationnel d’admettre que nous avons affaire à des pétroglyphes de l’âge de la pierre polie. » (id. 1913b). Une publication suivante précise un fait technique sur lequel nous reviendrons : « Ces haches apparaissent en relief, par suite d’une usure intentionnelle de la roche gréseuse » (Courty 1913b, p. 171). Les procédés sont d’ailleurs précisés, distingués entre « frottement » et « piquage » : « Il semble que le premier mode ait été le plus anciennement employé, car les dessins par piquage se rapprochent de ceux de Bretagne et du lac des Merveilles » (Courty 1913c, p. 173).
FIG. 30 Le Closeau 12 (Nanteau-sur-Essonne, Seine-et-Marne).

Elévations des faces sud et est (MNT et modèles en graduation de radiance et occlusion ambiante issus de la photogrammétrie) avec incrustation des tracés inventoriés par éclairages tournants (levés redressés) ; propositions sur les signes recensés.
188La « Grotte à deux étages » est ainsi nommée par J.L. Baudet qui restitue un levé graphique assez précis des lames 1 et 2 (Baudet 1950, fig. 2). Enfin F. Beaux décrit en 1982 trois représentations de haches non emmanchées dont l’exemplaire central (notre n° 1) pourrait, selon lui, figurer un manche. Mais les deux traits qui le constituent faisant partie d’une série de traits parallèles gravés sur le bord du support, l’auteur doute de cette intention. Sa figure (n° 4) du panneau en question est le premier levé partiel de la banquette avec une échelle bien marquée, dessin qui sera d’ailleurs repris tel quel par la suite (Bénard 2009).
189Devant l’exiguïté des lieux et une hauteur sous plafond (50 cm) insuffisante pour prendre du recul afin d’enregistrer la banquette en son ensemble, trois stations séparées se sont respectivement attachées aux deux lames polies supposées et au motif adjacent qui, à notre connaissance, n’avait pas encore été interprété (fig. 33). Nous verrons que la troisième lame des inventaires précédents ne semble pas pertinente.
FIG. 31 Bel Air 13 (Buthiers, Seine-et-Marne).

La façade sud de Bel Air 13 (photo S. Cassen) ; vue planaire et élévation sud de la falaise de Bel Air 13 ; modèle issu de la photogrammétrie (occlusion ambiante et MNT).
190La morphologie du support (la banquette en surplomb et le plancher rocheux de la cavité) a été rendue par une photomodélisation des surfaces. Le levé photographique des gravures par éclairages tournants, sur lequel va porter notre descriptif, s’est fondé sur trois stations d’images compilées formant un total de 164 clichés. La désignation des signes est la nôtre (aucune numérotation n’est disponible dans la littérature).
4.1. La hache 1
191Le support est une plateforme gréseuse horizontale, en surplomb d’un plancher rocheux sous-jacent sur lequel il était possible de se positionner pour graver la tranche de cette table, ou sa surface (fig. 34). La position est inconfortable, mais tenable. Un autre placement est possible sur le support lui-même (le sol de cette cavité), mais en s’affranchissant du bloc qui gêne actuellement l’installation d’un graveur et qui, d’ailleurs, a pu s’effondrer depuis le Néolithique.
192Il n’apparaît pas de différence de patine flagrante entre les sillons gravés sur le bord du support, répertoire classique dans la région, et le contour de la lame. La largeur de son tracé est cependant inférieure, car plus soignée, que les larges incisions parallèles.
193Le rapport chronologique entre ces deux ensembles de réalisations peut être établi grâce à deux observations, l’une directe, l’autre indirecte (fig. 35) :
le tracé a est recoupé par le bord de la lame (qui contredit par conséquent une première conclusion – Bénard 2009, p. 18) ;
le corps central de la lame est déformé, et simultanément sur ses deux bords, en quelque sorte « dévié » par ces deux longs tracés parallèles, parfois assimilés, mais avec prudence, à un manche (Courty 1913, Baudet 1950) ; cet évitement peut se comprendre si le corps ne devait pas être brouillé par les extrémités des deux segments.
FIG. 32 Bel Air 13 (Buthiers, Seine-et-Marne).

Les différents levés graphiques des lames de haches polies.
D’après Mallet 1910, Courty 1913, Baudet 1950, Beaux 1982.
FIG. 33 Bel Air 13 (Buthiers, Seine-et-Marne).

Section de la grotte en façade de la falaise ; modèle (occlusion ambiante et MNT) issu de la photogrammétrie et incrustation des tracés inventoriés par éclairages tournants. Localisation des trois fenêtres d’acquisition sous éclairages tournants.
FIG. 34 Bel Air 13 (Buthiers, Seine-et-Marne).

Station 1. A : inventaire des contours des signes gravés levés sous éclairages tournants (photos DSC_0115 à DSC_0175 ; 10/06/2013). B : cupules de percussion, inventaire coloré des enlèvements de matière.
FIG. 35 Bel Air 13 (Buthiers, Seine-et-Marne).

Station 1. Inventaire des enlèvements de matière et chronographie des phases de réalisation ; les lettres sont appelées dans le texte. En encadré et pour comparaison, la hache de Reims, au corps et au tranchant dissymétriques (250 × 52 × 33 mm ; Museum d’Histoire naturelle de Toulouse, collection Damour ; réf. PRE.2009.0.215.1 ; photo D. Descouens, CC BY SA 4.0).
FIG. 36 Bel Air 13 (Buthiers, Seine-et-Marne).

Station 2. A : inventaire des contours des signes gravés levés sous éclairages tournants (photos DSC_0183 à DSC_0223 ; 10/06/2013). B : cupules de percussion, inventaire coloré des enlèvements de matière.
194Techniquement, le contour A1 est donc obtenu par gravure, frottement longitudinal à l’aide d’une pointe ou d’une plaquette (« scie ») en pierre, dont on sait que la courbe n’est pas aisée à obtenir sur ces surfaces en grès relativement dures. On note, au surplus, que deux tracés moins profonds et moins larges, en A2 et A3, parallèles à A1, sont très probablement une première tentative d’inscrire la limite. Ces deux tracés, mais également A1 à leur niveau, disparaissent presque sous l’action d’un piquetage du support en d et e.
195Cette seconde technique d’enlèvement de la matière affecte principalement la partie horizontale du support, d’un seul côté du signe hache. Le résultat visuel est une surface qui n’est plus unie, qui conserve de nombreux points d’impact, et qui est bien entendu plus basse que le sol naturellement érodé et uni. C’est en somme un véritable champlevé, à l’image de ce que nous pouvons observer dans la grotte « Vallée aux Noirs 1 », sur le versant opposé et au sud-est de cette même vallée sèche.
196Mais il est patent que le travail ne semble pas avoir été mené jusqu’au bout, puisque une petite moitié du bord de la lame est ainsi dégagée. Toute la question réside dans cette alternative :
est-ce un travail inachevé, qui aurait dû dégager tout ce bord ou même toute la périphérie de la lame ?
ou est-ce un évitement volontaire, puisque la surface préservée le long du talon de la lame est aussi celle qui conserve un petit ensemble de tracés sécants peu spectaculaires, en en faisant le tour ?
197Il est en tout cas loisible de déceler, dans les phases de piquetage détectées, un élément de réponse. En effet, si le champ b est en gros parallèle au bord du support, on remarque que le champ d’enlèvement c qui lui succède, plus avancé et donc légèrement plus profond, contourne manifestement ce secteur gravé plus ancien.
198Enfin, toujours au registre technique des enlèvements de matière, l’attention est attirée par une série de quatre tracés linéaires (de f à i) sur ces surfaces martelées, qui furent tout d’abord pris pour des signes à part entière, seulement moins marqués. Mais l’emploi des foyers d’éclairage opposés durant l’enregistrement photographique a vite démenti cette impression de terrain en ne restituant que des arêtes et non les bords d’un tracé en creux. L’explication ne pouvant provenir de nervures naturelles qui seraient inscrites dans le grès, nous proposons de reconnaître différentes étapes de réalisation, par un ou plusieurs opérateurs. Une expérimentation sur un support gréseux pourrait valider cette hypothèse. En sorte que les plages parallèles f à i illustreraient autant de phases de travail, sans pour autant que le sens de réalisation puisse être donné.
199Le dessin du motif est finalement dissymétrique, bien que sa reconnaissance en tant que lame polie ne fasse pas de doute. Le talon est bien pointu, mais le tranchant se raccorde d’un côté par un angle marqué, de l’autre par une courbe régulière, en sorte que cette dernière morphologie pourrait assurément figurer un type Bégude, alors que la première pourrait illustrer un type Bernon allongé (et non pas Puy tant l’extrémité proximale est pointue). Il n’y a pourtant pas d’erreur, le soin apporté de part et d’autre au contour démontre bien l’intention du graveur. Sans trop solliciter l’exercice, on proposera une ressemblance typographique avec la hache trouvée à Reims (120 km de Buthiers), marquée d’une dissymétrie au niveau du tranchant et d’un corps étroit aux bords parallèles non symétriques (la nature de la roche « diorite » serait à reconsidérer).
200On notera que de nombreuses cupules de percussion affectent la surface du support, entre le bord de la corniche et la lame de hache, et entre les larges incisions parallèles. Elles sont de même calibre et profondeur que les dernières préservées sur les surfaces dressées sur l’autre côté de la hache, et nous semblent pour cela plutôt contemporaines.
201Conclusions sur la hache 1 : La plus grande lame de la composition est réalisée après une série de traits incisés marquant le support horizontal ; elle est disposée parallèlement à ce dernier, tranchant dirigé vers l’intérieur de la grotte. Bien que son contour gravé soit très visible, un enlèvement de matière affecte une moitié de son bord, pour la poser en champlevé. Ce dégagement n’a pas été poursuivi et semble s’arrêter sur la surface conservant quelques incisions sécantes plus anciennes. Aucun manche ne la maintient. La forme atypique rend difficile un diagnostic. La morphologie du tranchant et son raccord avec les bords étant distincts pour chaque côté, ils peuvent tout aussi bien faire pencher en faveur du type Bégude que Bernon long, voire même du côté des haches-ciseaux à la chronologie plus lâche en Europe.
4.2. La hache 2
202Cet individu plus petit en taille, le premier en réalité à avoir été signalé en tant qu’instrument poli par A. Mallet en 1910, est placé en symétrie miroir par rapport à la hache 1, presqu’en opposition par le talon. La surface est en partie endommagée par un décollement superficiel de la roche (fig. 36).
203Phases et détails de réalisation seront décrits au moyen de lettres capitales relativement au signe, de lettres minuscules pour le travail périphérique (fig. 37).
204La gravure de la lame polie est déterminée par frottements longitudinaux profondément inscrits :
205- le bord A2, dont l’extrémité vers le tranchant est manquant à la suite d’une desquamation, laisse apparaître un tracé sous-jacent A1 qui donne la direction originale du bord, sans pour autant que la jonction puisse être suivie jusqu’à l’angle du tranchant ;
206- cette partie active de l’arme est décelable à travers trois inscriptions, sans malheureusement qu’une chronologie interne puisse être donnée à leur réalisation : B1 est le plus large et se termine, à gauche du tranchant (orienté en bas selon les normes JADE), par un amincissement qui trahit une intervention différente du large tracé B1 mais que nous n’avons pu délimiter ; B2 marque, à la base du tracé, la direction originale du tranchant abîmé par la desquamation, tranchant qui se courbait légèrement ; B3 est une incision plus profonde témoignant de la mise en forme de l’autre angle du tranchant ;
207- C dessine l’autre bord de la lame, et l’on note que l’extrémité vers le tranchant, qui aurait pu être directement reliée à B1, laisse une petite angulation dont il faut tenir compte dans l’analyse du type représenté ;
FIG. 37 Bel Air 13 (Buthiers, Seine-et-Marne).

Station 2. Inventaire des enlèvements de matière et chronographie des phases de réalisation ; les lettres sont appelées dans le texte.
FIG. 38 Bel Air 13 (Buthiers, Seine-et-Marne).

Station 3. A : inventaire des contours des signes gravés levés sous éclairages tournants (photos DSC_0226 à DSC_0264 ; 10/06/2013). B : cupules de percussion, inventaire coloré des enlèvements de matière.
FIG. 39 Bel Air 13 (Buthiers, Seine-et-Marne).

Station 3. Inventaire des enlèvements de matière et chronographie des phases de réalisation ; les lettres sont appelées dans le texte.
208- les deux bords A2 et C sont interrompus par deux segments parallèles D1 et D2 ; ces deux enlèvements frottés (percussion posée sans percuteur) recèlent en réalité 2 tracés de largeur distincte, mais qu’il est impossible de bien délimiter et de hiérarchiser ;
209- enfin, au-dessus de l’inscription du signe, la surface du grès est piquetée et dressée en deux plages (a et b) conformes à celles précédemment décrites au contact de la hache 1.
210Concernant les larges traits incisés sur l’arête arrondie de la plateforme-support, on notera simplement que le tracé perpendiculaire à la série est postérieur tout en présentant la même patine.
211Conclusions sur la hache 2 : Opposée par le talon à la hache 1, ce second individu présente son tranchant vers l’extérieur de la grotte. Bien qu’altérés par une desquamation sur un côté, les tracés des bords sont suffisamment profonds pour permettre de reconnaître le dessin général, qui se rapproche des instruments marqués d’une « ouverture » du tranchant, à l’image des types Saint-Michel, Pauilhac, Rarogne et Krk parmi lesquels il sera difficile de décider ; le bord convexe éliminerait en toute logique les Saint-Michel et Pauilhac.
4.3. La composition 3
212Les plus récentes descriptions des gravures (Beaux 1982, Bénard 2009) n’ont jamais démenti le diagnostic d’une troisième lame polie, introduit par G. Courty en 1913. On devra cependant distinguer, grâce aux relations d’antéro-postériorité, la première phase d’inscription sur ce support (le répertoire régional classique, majoritairement illustré par les segments parallèles et croisés) de celle qui lui succède à travers ces signes néolithiques.
213Phases et détails de réalisation seront décrits au moyen de lettres capitales relativement aux signes considérés, de lettres minuscules pour les signes antérieurs compris comme une étape distincte d’intervention dans la grotte (fig. 38 et 39).
214- Sous la hache 1, un segment légèrement courbe A2 (27 cm de long) se termine par une sorte de crochet, tandis qu’à son autre extrémité deux petits segments de 2 cm sont symétriquement disposés de part et d’autre et à une égale distance de A2. L’interprétation du signe longiligne va dépendre de la manière de lire ce « crochet » : ou bien nous prenons en compte le dessin du tracé en creux et l’on visualise un retour qui ne vient pas se refermer en touchant le segment, en sorte que le signe forme une sorte de canne crossée ; ou bien l’enlèvement périphérique n’est là que pour mettre en exergue la matière réservée, qui conserve dans cette éventualité une forme triangulaire.
FIG. 40 Bel Air 13 (Buthiers, Seine-et-Marne).

Vue planaire et élévation Est du support gravé ; modèle texturé issu de la photogrammétrie et incrustation des tracés néolithiques inventoriés par éclairages tournants. En encadré, un motif de « grille » sur le sol.
Photo S. Cassen.
215La décision quant à l’interprétation du signe A dans sa totalité (A3 compris) est en réalité dépendante de la résolution du signe voisin.
216- Un tracé curviligne B recoupe pour une part un large segment c et vient s’arrêter sur le rebord de la plateforme naturelle servant de support. Une observation attentive des clichés (clichés DSC_ 0231, 0232, 0234, 0236) permet de déceler un premier tracé en B1, recouvert par B2.
217- Un tracé C2, cette fois rectiligne, s’appuie sur ce précédent segment c (clichés DSC_ 0243, 0244, 0246, 0249) et vient s’arrêter sur la courbure de l’extrémité de B. On note à cet endroit qu’un premier enlèvement C1 refermait davantage avant d’être repris. C2 recoupe par ailleurs un segment D parallèle au bord du support (clichés DSC_ 0231, 0232, 0235, 0236), lui-même venant recouper le large tracé b (clichés DSC_ 0229, 0239, 0250, 0251, 0259).
218Ce sont les tracés D, b et C2 qui furent considérés par les auteurs précités comme le contour d’une lame de hache polie. Or, nous constatons un changement manifeste de nature de tracé entre b et C2, qui empêche de les considérer comme contemporains, ce que ne dément pas la patine différentielle des creux. D nous semble également faire partie intégrante de la composition primitive, à l’image de l’autre tracé parallèle au bord qui fut décrit avec la station 2, limitant et recoupant partiellement la séquence des segments larges. D est d’ailleurs recoupé par C2. Par conséquent, l’hypothèse d’une troisième lame de hache ne semble plus fondée.
219Dans cette reformulation des tracés, B et C sont à considérer ensemble, qui s’évitent et se rejoignent, et nous suggérons, en les fusionnant, d’y voir la représentation d’un arc de 40 cm de long. Un arc à simple courbure, mais dissymétrique, dont une poupée est bien visible mais dont l’autre se confond avec le tracé ancien ou bien n’est pas signifiée.
220On remarque que le signe ainsi perçu occupe l’espace laissé vacant par le registre le plus ancien, en s’appuyant sur c, en évitant b par une tangente et en venant s’arrêter en limite du support. Ainsi pourrait s’expliquer l’obliquité de l’instrument.
221Entre la hache 1 et cet arc, le signe A peut alors être reconstruit, et tout naturellement être investi de la fonction de flèche, avec pointe (le « crochet ») et empennage (les deux segments parallèles et détachés en A3). Dans cette hypothèse, la morphologie de la partie active devient prépondérante. La fonction de « crochet » devenant inopérante, seule la partie réservée en relief reflètera la pointe. On comprend aussi pourquoi elle n’est pas « détachée » de la hampe, ce que le graveur aurait pu obtenir en achevant le pourtour du signe.
222Cette morphologie triangulaire, ou trapézoïdale, de l’armature ne s’est pas immédiatement imposée puisqu’une partie des éclairages rasants (clichés DSC_ 0242, 0245, 0246, 0248, 0249) fait ressortir une sorte de pointe dans l’axe de la hampe. Dans ce cas, une armature perçante pouvait être envisagée. Mais la validation n’est pas venue des éclairages opposés et seuls les clichés DSC_ 0234 et 0238 offrent un retour similaire, mais sans raccord et à une distance trop importante pour signifier la pointe. Nous voyons dans cette forme quadrangulaire générale du pourtour le reflet de cette difficulté à détourer une forme sur 2 à 3 cm de côté, sinon en traçant des segments rectilignes. Le tranchant de l’armature est cependant bien rendu, mais légèrement courbe. Certaines armatures à tranchant transversal intact trouvées régionalement en contexte funéraire Cerny reproduisent un tel dessin.
223Avant d’achever ce descriptif, une mention doit être faite au sujet d’un tracé énigmatique a, recoupé par le signe B2. Il n’apparaît pas à l’œil nu et seuls les éclairages rasants l’ont posé en évidence. Sa géométrie régulière semble a priori lui conférer un statut anthropique indéniable, mais trop peu de tracés récurrents en éclairage opposé permettent de valider son existence. Le creux ne présente aucun des critères de forme, couleur et texture rencontrés sur les signes voisins, et la coïncidence avec un changement d’état de conservation de la surface de la pierre à cet endroit nous fait finalement douter. Une observation spécifique devra donc être portée sur ce pseudo-chevron pour conclure.
224Conclusions sur la composition 3 : Après avoir pris en compte la chronographie des tracés et leur état de conservation, la réalité d’une troisième lame de hache gravée doit être abandonnée sur ce support commun, plateforme en surplomb. En revanche, des tracés juxtaposés postérieurs se répartissent en deux motifs cohérents. D’une part un arc non armé de 40 cm de long, qui occupe l’espace laissé vacant par la composition antérieure formée d’une séquence de larges segments parallèles, inscrits sur le rebord du ressaut rocheux ; d’autre part une flèche comprenant une hampe de 24 cm, un empennage et une armature tranchante (22 mm de long), qui vient s’inscrire entre l’arc et la hache n° 1, et dont la courbure d’ensemble suit celle donnée par l’arc. Cette structure d’assemblage – arc détendu à poupées dissymétriques, flèche du côté du manche de l’arc, puis lame polie non emmanchée orientée suivant un même axe – est identique à celle décrite sur l’orthostate L6 de Gavrinis (composition morbihannaise qui contient néanmoins deux flèches tranchantes ; Cassen et al. 2015).
4.4. Conclusions générales sur la grotte Bel Air 13
225Les gravures identifiées comme néolithiques dans la grotte de Bel Air 13 sont localisées sur un rebord plan de corniche, auprès de la paroi orientale de la grotte, vers son entrée naturellement éclairée. Leur position horizontale en bordure de la roche en surplomb n’est pas sans rappeler celle de la grande hache de l’abri (Vallée aux Noirs 1) implantée en face, sur l’autre versant de cette vallée sèche.
226La composition est formée de deux ensembles techniques et sémiotiques (fig. 40). D’une part, plus proches de l’entrée, deux lames polies sont opposées par leur talon, le contour gravé dégage le signe ; d’autre part, vers la paroi, deux signes arc et flèche placés côte-à-côte se confondent avec leurs tracés.
227L’agencement structural (orientation de l’arc, orientation de la flèche tranchante, juxtaposition de lames nues en symétrie inverse) est similaire à celui relevé sur l’orthostate L6 de Gavrinis.
5. La grotte Vallée aux Noirs 1 (« Grotte de la Hache », « Abri Vaucelet 3 » - Buthiers, Seine-et-Marne)
228Au-dessus d’une vallée sèche et en arrière d’un versant abrupt formé de gros blocs de grès dénudés par l’érosion, la grotte « à platière » Vallée aux Noirs 1 (dite aussi grotte de la Hache, ou abri Vaucelet) s’ouvre sur une sorte de parvis plan, limité par une curieuse bordure de dalles de grès et un relief curviligne dont on se demande jusqu’à quel point l’ensemble est naturellement disposé (fig. 41)…
FIG. 41 Vallée aux Noirs 1 (Buthiers, Seine-et-Marne).

A : Entrée de la grotte ; B : vue sur le « parvis » plan devant l’entrée ; C : la salle principale ; D : la banquette gravée ; E : vue en direction de la chatière vers la première salle ; F : la corniche gravée.
Photos S. Cassen et V. Grimaud.
229Une sorte d’anté-chambre, ouverte au nord-ouest, précède une salle (4 x 2 m) accessible par un passage à plafond surbaissé (50 cm), peu large (1,5 m). Les gravures sont disposées sur une corniche, ou banquette, en surplomb du sol aujourd’hui dénudé, dans la première partie de la cavité. L’implantation rappelle l’utilisation opportuniste de la corniche plane également en ressaut au-dessus du plancher rocheux à Bel Air 13 (voir infra).
230D’un accès aisé, l’abri n’est cependant pas mentionné dans l’inventaire des gravures de haches par G. Courty en 1913 et ne révèlera ses gravures qu’en 1940. Le découvreur compare le dessin de la grande hache, bien visible et aisément identifiable, à l’exemplaire fameux de la Table des Marchands (Locmariaquer) et, influencé par l’acceptation du signe en Morbihan, suppose qu’elle a pu être une charrue (Loiseau 1970). Il note au surplus que la technique employée (piquetage) est inhabituelle aux rochers de Fontainebleau.
231Mais la première mention dans la littérature est plutôt redevable à J.L. Baudet qui se fonde sur les gravures de cette grotte et sur celles de sa voisine (« Grotte à Deux Etages », ou Bel Air 13) pour établir le diagnostic du « type armoricain » afin de qualifier ces lames nues ou à « manche retourné » (Baudet 1950, p. 335).
232Une meilleure synthèse suivra avec F. Beaux qui, malgré l’absence d’indices osseux ou viatiques mobiliers, s’interroge sur une possible utilisation de la cavité comme lieu sépulcral, à l’image de l’inscription de signes similaires dans les dolmens bretons (fig. 42). Il décrit, en effet, la hache emmanchée (en réfutant l’acceptation d’un araire) et un « crochet » à ses côtés, en les comparant directement aux exemplaires relevés dans les monuments de Gavrinis, Kerlud, Table des Marchands, etc. (Beaux 1982b). Les haches polies en dolérite de type A récoltées en prospection dans la région lui suggèrent à cet égard des « relations culturelles ou commerciales avec l’Armorique au Néolithique » (Beaux 1982a, p. 82). Mais les analogies régionales ne sont pas oubliées, notamment avec la gravure d’une hache sur une dalle de l’allée couverte de Mississipi (Marly-le-Roi). Enfin, l’auteur souligne l’existence d’une seconde hache à l’extrémité du manche de la première, puis une troisième et une quatrième lame emmanchée sur le même support. Un oiseau gravé, d’âge indéterminé, complète les figurations sur un fonds d’incisions particulièrement dense.
233L’apport de F. Beaux est important relativement aux modes d’extraction de la matière. Il observe en effet deux techniques qui se complètent : d’une part les contours de la hache sont tracés à l’aide de sillons en creux obtenus par frottements avec un « gravoir », traitement habituel du grès stampien dans le massif de Fontainebleau ; d’autre part un piquetage affecte les parties extérieures de façon à laisser apparaître le dessin en bas-relief (Beaux 1982b, p. 21). Il rappelle que cette technique est moins adaptée au support, car le grès réagit de façon très aléatoire, en cédant sous l’effet d’un choc.
234Des éléments de chronologie relative sont esquissés à travers une ligne incisée oblique réalisée après l’exécution de la grande hache (un fait qui s’avèrera juste), tandis que la partie piquetée au bout du manche de ce signe semble respecter l’autre hache n° 2 (ce qui cette fois ne pourra être validé par nos relevés). La dernière publication en date consacrée au sujet stipule que le piquetage est réalisé après rainurage du contour (Bénard 2009) ; notons que la numérotation des motifs dans ce dernier article ne suit pas l’ordre instauré par F. Beaux. Enfin, la récente découverte d’une dalle gravée de haches emmanchées à Malesherbes permettra de nouvelles comparaisons avec le site de Vallée aux Noirs 1 (Bénard 2011).
235La morphologie du support (sorte de terrasse en ressaut entre le plancher rocheux et la paroi du fond) a été rendue par une photomodélisation des surfaces. Le levé photographique des gravures par éclairages tournants s’est fondé sur trois stations d’images compilées, une station par signe identifié (fig. 43). La numérotation des signes suivra l’ordre choisi par A. Bénard.
5.1. Station 1 : la Hache 1 et la crosse 1
236C’est le signe le plus connu de la cavité, car immédiatement reconnaissable par son dessin non surchargé et bien délimité quand il fait davantage appel à l’incision qu’au piquetage (fig. 44 et 45). Installée sur la plateforme en ressaut du plancher rocheux, la gravure mobilise en effet la percussion lancée (piquetage des surfaces périphériques assurant une forme de champlevé) et la percussion posée (abrasion longitudinale des bordures des signes).
237Plusieurs dizaines de cupules ont été enregistrées (diamètres de 3 à 15 mm), les plus évidentes sous éclairages rasants ; elles sont bien entendu les dernières dans le déroulement technique des opérations, effaçant le témoignage des précédentes. Des enchaînements sont parfois décelables, démontrant une succession linéaire de coups. Cette façon d’opérer se détecte d’ailleurs beaucoup mieux dans le travail en oblique sur la pierre, qui affecte, là où il est le mieux conservé, le contour du manche de la hache (fig. 44). Les enlèvements de matière se font de l’extérieur vers l’intérieur du signe, la direction de l’enlèvement étant donné par la dissymétrie des négatifs d’éclats (fig. 45). Il est difficile d’être affirmatif quant au positionnement du graveur, mais la faible hauteur sous plafond ne plaide pas pour un placement agenouillé sur le support. Dans l’hypothèse d’une installation au sud face à la plateforme, les coups portés de la gauche vers la droite, très probablement par percussion indirecte avec burin (en silex ?), seraient en ce cas l’œuvre d’un gaucher.
FIG. 42 Vallée aux Noirs 1 (Buthiers, Seine-et-Marne).

Planche comparative des différentes restitutions graphiques relatives aux signes néolithiques.
D’après Beaux 1982 et Bénard 2009.
238On note une série d’incisions fines (boucle basale de la crosse 1, milieu de la lame polie, bordure du champlevé à droite du manche) que nous interprétons comme les restes d’une esquisse.
239Enfin un doute persiste sur l’existence d’un secteur abrasé sur la lame de hache, à l’emplacement de son emmanchement, qui coïncide, quoi qu’il en soit, avec une série de cupules superposées. Cette partie que nous supposons travaillée par frottements apparaît mieux en éclairage rasant. Si elle est bien dans le prolongement de l’extrémité distale du bâton crossé, elle est décalée par rapport au manche proprement dit, ce qui ne peut donc correspondre en toute rigueur à la matérialisation de ces parties annulaires piquetées réservées, que l’on connaît à de nombreux exemplaires pour avoir assuré un meilleur maintien des lames polies, notamment sur des haches de type Bégude (Cordier et Bocquet 1973, Richard 2009). Une autre interprétation peut faire valoir le fait qu’une forme en crosse est ainsi dégagée (manche + talon de la lame polie), mais son peu de visibilité fait douter de l’intention.
FIG. 43 Vallée aux Noirs 1 (Buthiers, Seine-et-Marne).

Vue planaire et élévation de la banquette (modèle texturé issu de la photogrammétrie) ; grille d’enregistrement décimétrique. Localisation des trois fenêtres d’acquisition sous éclairages tournants.
FIG. 44 Vallée aux Noirs 1 (Buthiers, Seine-et-Marne).

Station 1. A : inventaire des contours des signes gravés levés sous éclairages tournants (photos DSC_0561 à DSC_0616 ; 12/06/2013). B : cupules de percussion, enlèvements obliques et directions des impacts ; la photo DSC_0596 montre le recoupement des négatifs 1, 2 et 3, donnant l’orientation du tracé ; la photo DSC_0580 montre sur la gauche les enlèvements allongés pour créer le champlevé.
Photos S. Cassen.
240Pour en venir maintenant au descriptif des gravures, les signes identifiés seront désignés par des lettres capitales, les signes périphériques au motif néolithique par des minuscules (fig. 46).
241- La surface A est l’enlèvement de matière le plus ancien, pris au-delà du signe pour régulariser rapidement sans doute ce secteur en relief du support.
FIG. 45 Vallée aux Noirs 1 (Buthiers, Seine-et-Marne).

Station 1. Témoins techniques et chronologiques. Photo DSC_0590 : dégagement de la boucle, postérieurement au dégagement de la crosse ; photo DSC_0597 : suite de négatifs punctiformes marquant le bord du tracé ; photo DSC_0569 : incisions dégageant le bord de la lame polie ; photos DSC_0596 et DSC_0591 le trait incisé recoupe les négatifs d’éclats (au niveau des flèches).
Photos S. Cassen.
242- La surface B est la surface déprimée qui crée véritablement le champlevé. Nous l’avons identifiée autour des deux signes principaux (hache + crosse), sans pouvoir détecter de rupture d’un secteur à l’autre. Cette surface se superpose aux larges tracés incisés (a) et parallèles et sécants présents antérieurement sur cette plateforme.
243- Ce sont ces enlèvements surfaciques obtenus par percussions verticales et obliques qui vont être recoupés par des tracés majoritairement creusés par frottement et moins par percussion lancée. Il en est ainsi de O mar quant le bord droit du manche (orienté à la verticale), J assurant le dessin du bord gauche mais également celui de la partie gauche et basse de la lame polie.
244- Le talon pointu de la lame a subi plusieurs interventions. Le premier (C) reprend la surface préalablement piquetée ; puis F recoupe ce secteur C, pour être à son tour repris par des incisions étroites de part et d’autre de la lame (en E, puis G1 et G2).
245- Le crosseron du manche est lui aussi souligné par deux tracés (H et I) postérieurs aux contours du talon de la lame.
246- L’incision K dessinant le corps supérieur de la lame polie vient ensuite. Un tracé L vient reprendre la courbure du tranchant sans que l’on puisse assurer sa relation chronologique avec K.
FIG. 46 Vallée aux Noirs 1 (Buthiers, Seine-et-Marne).

Station 1. Inventaire des enlèvements de matière et chronographie des phases de réalisation ; les lettres sont appelées dans le texte.
247On voit par cette recomposition que la réalisation du motif s’est faite de la droite vers la gauche (orienté à la verticale), dans le sens inverse des aiguilles d’une montre. Ajoutons qu’un tracé M vient mordre sur le tracé périphérique J, mais également sur le corps du manche ; il est difficile d’en proposer une interprétation.
248- Postérieurement à l’enlèvement de B, le secteur a contourne le signe crosse, mais sans en faire le périmètre complet. Les surfaces b1 et b2 reprennent la base du manche de la crosse pour en faire ressortir une sorte de poignée, ou boucle latérale, à l’image de certaines haches emmanchées armoricaines (Dissignac, Table des Marchands, Mané er Hroëck) ou encore de celle du site beauceron de Changé, mais également certaines crosses (Les Trois Squelettes, Grah Niol). Suivant ces relations d’antéro-postériorité, il semble probable que le sens de réalisation a pu être le même que pour le motif précédent.
249Conclusions sur La Hache 1 et la crosse 1 : Deux signes « hache » et « crosse » traités en champlevé sur un ressaut rocheux, dont l’un (la hache) est au surplus accentué par incision sur son contour, présentent la réalisation la plus soignée et la plus précise de la cavité. La lame de hache polie à talon pointu et tranchant droit sur un corps élargi rassemble plusieurs des critères du type Altenstadt dans la famille des instruments en jade alpin. Le manche outrepasse la lame en se retournant obliquement vers l’arrière, rendant la morphologie la plus classique des bâtons de jet. Le signe crosse, qui semble lui aussi posé à plat puisqu’il n’est pas verticalisé dans l’axe du manche de la hache, alors que la place ne manquait pas, présente un crosseron anguleux moins courant, plus proche de la famille des « crochets » (voir Cassen 2012b). Sa dimension moindre au côté de la hache emmanchée est similaire aux proportions systématiquement observées en Morbihan quand les deux signes sont associés dans la même composition.
5.2. Station 2 : la Hache 2
250En position moins haute que la hache n° 3, la hache n° 2 est la première visible et bien reconnaissable en sortant du goulot d’étranglement marquant le passage entre le porche d’entrée et la cavité proprement dite. Manche à l’horizontal, le signe se repère également aisément par rapport à la figuration d’un oiseau sur pattes, ailes repliées, qui vient à toucher ce manche. Le support est un ressaut rocheux arrondi, intermédiaire entre le sol et la courte paroi en arrière-plan, raccordée à la voûte (fig. 47).
251Plusieurs tracés incisés, verticaux et parallèles, s’inscrivent en deux séries superposées à gauche de la hache emmanchée, alors que des tracés plus récents (blancs sans patine, obtenus par raclage) s’intercalent entre ces deux ensembles. Une autre figuration d’un visage plus ou moins « cornu », et de date toute aussi récente, est placée au-dessus du manche de l’instrument : il s’agit d’un raclage maladroit et superficiel, avec deux yeux inscrits sans profondeur.
252Une première observation visuelle sur le signe hache laisse clairement entendre différentes techniques de réalisation, par percussion lancée et posée indirecte (piquetage) et percussion posée (incision, abrasion). Ces moyens, combinés ou concurrents, n’aident pas, nous le verrons, à la détection des relations d’antéro-postériorité, malgré le bon état de conservation des surfaces. La petite dimension du motif (23 cm de développement axial, 14 cm au plus large) est également un handicap à une bonne perception des lignes de recoupements (d’échelle millimétrique) au vu du diamètre centimétrique des enlèvements. L’inventaire des enlèvements ovalaires conservés (89 impacts ; fig. 48), outre la variabilité des diamètres des négatifs (de 3 à 9 mm) qui plaident bien entendu pour un percuteur lithique et non métallique (Devlet et Girya 2012, Girya et al. 2011), démontre une distribution préférentielle (81 %) sur le manche crossé, avec une tendance à se cantonner sur les bords du tracé, en alignements rectilignes. Il est difficile d’expliquer ces faits observés en l’absence d’une véritable analyse tracéologique et micro-topographique de la surface. Mais on peut avancer qu’ils pourraient être les derniers coups à avoir été portés pour souligner le contour du manche. Quant à ceux reconnus dans le contour de la lame polie, soit ils correspondent à une surface préalablement dressée par piquetage avant qu’elle ne soit abrasée, en sorte qu’ils en seraient les témoins résiduels, soit une intervention par percussion s’est ajoutée sur la surface abrasée, pour une raison qui nous échappe. Notons que d’autres impacts d’origine lithique sont identifiés sur, et autour, du signe C (oiseau).
253Les signes identifiés seront désignés par des lettres, lettres à leur tour numérotées selon les étapes de réalisation reconnues (fig. 48).
254A- Le manche est un tracé recoupé à différentes reprises par le signe B (contour en creux de la lame de hache), sans que nous puissions avec assurance en retrouver toute la chronographie exacte.
255- En A1, la partie proximale du manche est clairement antérieure au tracé B3.1 (clichés DSC_0461, 0458, 0430, 0426, 0419, 0417 pour un bord de B3.1) ;
256- en A2, le bord opposé de B3.1 est nettement identifié (clichés DSC_0406, 0440, 0449, 0455, 0461, 0440egal), mais avec moins d’occurrences pour vérifier le recoupement par B3.2 (clichés DSC_0425, 0418) ;
257- en A3, plusieurs recoupements embrouillent quelque peu la décomposition. B3.2 est bien postérieur à A3 (cliché DSC_0440), tandis que B4 vient mordre dans le contour B3.2 de la lame (clichés DSC_0459, 0426, 0419, 0418, 0410, 0408).
258B- La lame polie est surtout détectable par les enlèvements périphériques de matière qui devraient en principe clairement la poser en champlevé, mais compliquent, dans l’état actuel du registre surchargé, la lecture du contour du signe.
FIG. 47 Vallée aux Noirs 1 (Buthiers, Seine-et-Marne).

Station 2. Inventaire des contours des signes gravés levés sous éclairages tournants ; position de la hache emmanchée 2 sur la banquette.
259- B1 est le tracé le plus ancien. Bien que très partiellement conservé, et au surplus venant coïncider avec un pli naturel dans la roche, il est important de bien l’apprécier dans la mesure où il peut se faire l’écho du dessin originel du tranchant de la lame. Autrement dit un tranchant large (par rapport à la longueur de la lame) et assez droit, mais pas du tout rectiligne (clichés DSC_0444, 0454, 0455). L’angle raccordant le corps au tranchant conserve un ancien tracé qui pourrait tout à fait être contemporain du précédent, que nous distinguerons en ce cas de B1.1 en précisant B1.2.
260- B2 reprend B1.1, mais reste superficiel.
261- B3 est plus profondément ancré que B1 et B2 et devait assurer le contour de la lame. B3.1 et B3.2, tracés plus abrasés que martelés, viennent se superposer au signe A piqueté. Le suivi de B3.3 permet d’affirmer que le talon de la lame était pointu (clichés DSC_0418, 0419, 0425). B3.2 semble reprendre l’angle B1.2, réduisant ainsi la largeur du tranchant, mais nous ne sommes pas certains de l’ordre chronologique pour cette intervention.
262On éprouve en effet bien des difficultés à retrouver le dessin de cette lame. Tout d’abord en raison d’un mélange de techniques :
percussion pour le manche crossé dont le creux dans la pierre se confond avec le signe ;
tracé abrasé (après piquetage ?) pour le dégagement du champlevé devant mettre en exergue la lame polie, le creux dans la pierre dessinant le contour du signe.
FIG. 48 Vallée aux Noirs 1 (Buthiers, Seine-et-Marne).

Station 2. A : inventaire des contours des signes gravés levés sous éclairages tournants (photos DSC_0403 à DSC_0442 ; 12/06/2013). B : cupules de percussion. C : inventaire coloré des enlèvements de matière et chronographie des phases de réalisation ; les lettres sont appelées dans le texte.
263Ensuite, une série d’interventions ponctuelles va brouiller ce qui était probablement lisible et immédiatement reconnaissable. Nous les décrirons comme suit, en allant du talon au tranchant :
B4 est une reprise de chaque côté du talon, le rendant certainement plus mince, avec un écourtement de l’extrémité pointue ;
B5 est le résultat d’une gravure en va-et-vient, qui est peut-être la partie la plus évidente d’un processus d’amincissement général sur ce côté ;
B6 est un tracé rectiligne, techniquement proche de B5, qui « coupe » et transforme ainsi le tranchant.
264Nous pouvons donc résumer la chronologie de réalisation en trois grandes étapes (fig. 49) :
le manche crossé (25 cm de long) est dégagé en creux par percussion, il est appuyé sur une saillie dans la roche et court parallèlement au sol, crosseron dirigé vers le bas (1) ;
la lame de hache polie (13 cm de long) à talon pointu et large tranchant est dégagée par champlevé, enlèvement de matière abrasée en périphérie du signe, et l’on suppose que le tranchant devait être légèrement courbe (2) ;
car des interventions inexpliquées au niveau du talon, des flancs et sur le tranchant lui-même vont ensuite modifier la morphologie originelle du motif, réduisant sa longueur à 11 cm (3).
265Notre restitution théorique du motif entier n’est sans doute pas éloignée du modèle originel, mais nous ne pouvons l’affirmer (5). Quoi qu’il en soit, le type vrai évoqué par cette lame est sans doute plus proche d’une lame Altenstadt que d’une Bégude.
266C- Ce signe oiseau est obtenu par tracés incisés répétés, dans le style technique habituel rencontré dans les abris du massif de Fontainebleau. Il ne présume cependant pas d’une date préhistorique plutôt que protohistorique ou plus récente encore. Nous ne pouvons affirmer que la postériorité du motif (au niveau de la tête) sur le manche de la hache (clichés DSC_0449, 0454, 0460). Le motif, examiné par l’un d’entre nous (LV), pourrait être d’une date assez récente : les tracés (notamment ceux du corps) sont plus clairs que la surface de la roche ; la gravure n’a donc pas eu le temps de se repatiner entièrement depuis son exécution, à la différence des traits parallèles incisés sur le même support.
267Le cou haut perché, le bec long et pointu et enfin les pattes allongées plaident en faveur de la représentation d’un échassier.
268Conclusions sur la hache 2 : Disposée sur le flanc d’un ressaut rocheux, cette lame polie inscrite dans un manche crossé était visible depuis le goulot d’entrée de la grotte. Le manche orienté à l’horizontale « repose » en quelque sorte l’instrument, à la différence des haches verticales sur pierres dressées. Ce manche est physiquement limité à son extrémité proximale par une saillie naturelle. Deux techniques de réalisation des gravures coexistent, le « piquetage » du grès dont plusieurs impacts sont encore intégralement préservés, et l’abrasion. Le manche crossé est réalisé en premier et en creux par martelage, alors que la lame de hache est dégagée en champlevé par abrasion du contour, occasionnant de fait un contraste de textures peu courant. La lame est à tranchant large et talon pointu (type Altenstadt ?), mais sera reprise par abrasion pour être raccourcie aussi bien au talon qu’au tranchant.
FIG. 49 Vallée aux Noirs 1 (Buthiers, Seine-et-Marne). Chronologie des enlèvements de matière pour former la hache emmanchée n° 2.

FIG. 50 Vallée aux Noirs 1 (Buthiers, Seine-et-Marne)

Station 3. Inventaire des contours des signes gravés levés sous éclairages tournants ; position de la hache emmanchée 3 sur la banquette.
269Un oiseau (échassier) est inscrit dans un second temps, venant tangenter le manche de l’arme.
5.3. Station 3 : la Hache 3
270À la différence de la hache n° 2 positionnée à sa droite et un peu plus bas sur le ressaut rocheux, le motif dit hache 3 est beaucoup plus inséré dans un semis de tracés incisés qui brouillent sa lecture (fig. 50). Une desquamation sur une vingtaine de cm2 contribue à cette difficulté de perception. La plateforme-support présente ici une avancée en angle arrondie, dont une arête en relief à mi-hauteur est incisée de courts traits verticaux parallèles. Le motif est placé à la transition entre cette face et la surface plane supérieure.
271Les tracés sont piquetés et aucune opération d’abrasion ne transparaît en surface du document actuel. Deux sortes d’impacts ressortent en lumière rasante : des enlèvements punctiformes, allant de 3 à 13 mm de diamètre, grossièrement circulaires, et des enlèvements allongés et étroits, mesurant de 10 à 15 mm. Les premiers sont très probablement le résultat d’une percussion verticale, tandis que les seconds témoignent d’une percussion oblique, dont la dissymétrie du négatif d’éclat indique d’ailleurs le sens de l’enlèvement, avec un creux plus important du côté de l’impact. Il va de soi qu’une procédure expérimentale sur grès permettrait de mieux valider ces observations. Elle permettrait en outre de tester l’hypothèse très vraisemblable selon laquelle de tels enlèvements aussi précis et répétés, selon une séquence de coups parallèles et réguliers, sont le résultat d’une percussion indirecte (burin et percuteur) qui permet de guider et maîtriser le tracé.
272Les signes identifiés seront désignés par des lettres (capitales pour les signes néolithiques, minuscules pour les tracés antérieurs), lettres à leur tour numérotées selon les étapes de réalisation reconnues (fig. 51).
273- une phase de gravure ancienne est révélée par des tracés incisés profondément :
a et c sont entièrement recoupés et effacés par les tracés respectifs de A1 et G ;
e est amoindri en largeur par la superposition de E ;
l’extrémité de d est interrompue par ce même tracé E ;
enfin le bord droit de b est repris en percussion par F dont on ne saisit pas bien la finalité, tracé peut-être entamé et abandonné.
274Ce fond ancien de segments rectilignes restitue le registre classique rencontré dans une majorité de cavités du massif de Fontainebleau, un registre ici clairement antérieur à l’inscription de la hache.
275- Une phase beaucoup plus récente est visible à travers le motif f, recoupant le tracé néolithique E au moyen d’incisions de section droite, probablement faites au moyen d’un instrument métallique.
FIG. 51 Vallée aux Noirs 1 (Buthiers, Seine-et-Marne).

Station 3, hache 3. A : inventaire des contours des signes gravés levés sous éclairages tournants (photos DSC_0443 à DSC_0559 ; 12/06/2013). B : cupules de percussion, enlèvements obliques et directions des impacts ; la photo DSC_0502 montre le recoupement d’un tracé incisé par les négatifs d’éclats obliques. C : inventaire coloré des enlèvements de matière et chronographie des phases de réalisation ; les lettres sont appelées dans le texte. D : la photo DSC_0539 montre le tracé du côté droit du signe quadrangulaire par impacts très ponctuels ; les photos DSC_0518 et 0527 démontrent le tracé de la lame polie recoupant une incision (réduction de l’information colorée aux seuls signes « crosse » et « hache » + « quadrangulaire »).
Photos S. Cassen.
FIG. 52 Vallée aux Noirs 1 (Buthiers, Seine-et-Marne).

Coupe et plan de la cavité ; modèle issu de la photogrammétrie (occlusion ambiante et MNT).
276- Le signe A a été assimilé à une lame de hache, mais son identification n’est pas aisée. Si le contour A1 dégage nettement une forme de lame de hache polie à talon pointu et tranchant droit (2,5 x 10 cm), deux tracés distincts A2 et A3 semblent former un prolongement, en témoignant ainsi d’un même motif originel. À l’image d’ailleurs de la hache voisine 2, où l’on a précédemment noté cette absence de correspondance graphique et logique entre les parties proximales et distales de la lame polie, de chaque côté du manche crossé. C’est encore plus flagrant ici avec la courbure de l’instrument, une courbure de lame que l’on retrouve dans l’abri Butte de Châtillon 5 (cf. infra).
277- Le signe B est une surface quadrangulaire (presque carrée) fort réduite (18 x 20 mm), mais bien circonscrite, notamment par ses impacts alignés sur le côté droit (cliché DSC_0527). B est placé devant A1 et en son milieu.
278- Le signe C semble plutôt un « remplissage » postérieur qui fait se rejoindre partiellement B et A, sans structuration évidente. Les impacts sont épars ; ils brouillent finalement la lecture.
279- Le signe D est un segment court (40 x 10 mm), recoupé par le tracé E, sans que nous puissions l’interpréter plus avant.
280- Le signe E fut réalisé en deux fois. La partie inférieure, sur 80 mm, est assez large (22 mm), avant qu’elle ne soit reprise par un tracé plus étroit (15 mm) qui prolonge le bord gauche antérieur. Nous n’avons pas dissocié ces deux étapes, qui semblent assez cohérentes pour ne former qu’un seul signe « crosse ». Le crosseron distal recoupe A2 et A3, comme nous l’avons précédemment mentionné.
281- Le signe F est une suite d’impacts formant un tracé à cheval sur le bord droit de l’incision b. Il n’y a aucune raison d’écarter cette réalisation, comme non contemporaine ; les impacts sont similaires. Nous n’en voyons pas pour autant la finalité, le tracé b aurait pu être effacé par un travail plus insistant. Le signe G n’est pas davantage compris, il est d’ailleurs à peine marqué.
282Conclusions sur la hache 3 : Le motif retenu peut être interprété de deux manières : ou bien être la représentation d’une lame polie inscrite dans un manche crossé, mais reprise et surchargée d’impacts qui ont pu déformer le projet initial ; ou bien représenter le démanchement d’une lame polie hors de son bâton en forme de crosse. Dans le premier cas, il n’apparaît pas de prolongement exact de chaque côté du manche, et la lame polie en question serait arquée et non rectiligne, à l’image des objets enregistrés à la Butte de Châtillon 5. Dans le second cas, le type reconnaissable est difficile à traduire, une forme Bernon courte est envisageable.
283Quoi qu’il en soit, l’association du signe quadrangulaire et de la lame polie et du bâton de jet est une caractéristique importante du répertoire armoricain (Cassen 2007, 2011), un modèle sémiotique d’ailleurs reproduit sur le panneau gravé de la Vallée aux Noirs 6.
5.4. Conclusions sur la grotte Vallée aux Noirs 1
284La cavité n° 1 dite « de la Hache », en bordure méridionale de la Vallée aux Noirs, rassemble trois représentations de haches polies sur manches crossés, et un signe crosse muni d’une « poignée » habituellement accrochée aux signes précédents. Tous ces motifs sont inscrits « à plat », en repos en quelque sorte, et non pas verticalisés sur le support si l’on adopte le sens naturel de lecture frontalement à la paroi (fig. 52).
FIG. 53 Vallée aux Noirs 6 (Buthiers, Seine-et-Marne).

En haut : vue orientale sur le rocher principal ; au centre : le panneau gravé en 2014 après la fouille archéologique ; en bas : le panneau gravé en 2013.
Photos S. Cassen.
285La technique inhabituelle (et difficile sur le grès) de la percussion posée indirecte est employée pour dégager un champlevé autour de la hache 1 et de la crosse 1, enlèvement qui n’est pas vraiment utile au dessin des signes. Pour les haches 2 et 3, ce piquetage est utilisé pour inscrire les deux manches crossés, signes qui se confondent ainsi avec leur tracé, alors que les deux lames de haches demeurent en relief.
286Le spécimen n° 3 présente la particularité d’avoir sa lame comme « extraite » de son manche, ce qui répéterait une observation faite dans l’abri de la Bonde 1 (voir infra). Les types pouvant être reconnus dans le corpus européen des objets en jade se limitent au modèle dit septentrional, à tranchant large et droit.
287Notons enfin que plusieurs incisions larges, censées appartenir au « vieux fonds mésolithique » couvrant les parois régionales, recoupent en réalité les signes néolithiques. D’autres encore sont antérieures aux tracés des haches.
6. Le rocher de la Vallée aux Noirs 6 (Buthiers, Seine-et-Marne)
288C’est au cours d’une journée d’acquisition sur le secteur Buthiers/Malesherbes (9-15 juin 2013), notamment après avoir repris l’enregistrement de la cavité Vallée aux Noirs 1 (dite « Grotte de la Hache »), que fut menée l’inspection des énormes rochers dégagés par l’érosion, présents en contrebas et au nord de ce bord de plateau. Le bloc gravé fut découvert par l’un d’entre nous (SC) le 12 juin 2013 (Cassen et al. 2014b et c) et un levé nocturne fut mené le soir même pour proposer un premier diagnostic (fig. 53). Un projet de sondage programmé fut déposé au SRA d’Ile-de-France à l’automne 2013 ; il sera accepté en CIRA au premier trimestre de l’année 2014.
FIG. 54 Vallée aux Noirs 6 (Buthiers, Seine-et-Marne).

Elévation du rocher : modèle texturé issu de la photogrammétrie (photos DSC_7132 à DSC_7375, sept. 2014) et incrustation des tracés néolithiques inventoriés par éclairages tournants.
289- Le premier objectif stipulé par notre dossier scientifique visait à acquérir le contour complet de la hache crossée, puis de l’anthropomorphe disposé à ses côtés. L’ouverture du sondage devait en ce cas être assez large pour intégrer le bas de la composition de l’anthropomorphe afin d’apprécier sa profondeur (fig. 54).
290- Le second objectif proposé dans notre demande consistait à reconnaître ou estimer la puissance de la sédimentation couvrant les gravures au pied de la paroi et de remonter l’histoire de ces accumulations. On sait que la hache crossée du Closeau (Bénard 2011a, Caldwell 2013), très similaire à celle de la Vallée aux Noirs, s’arrête à 50 cm du sol rocheux actuel ; une puissance de 1m était donc ici envisageable. La possibilité de trouver un paléosol n’était pas exclue dans notre argumentaire et sera d’ailleurs vérifiée en fin d’opération de fouille : en tout cas la nature de cette sédimentation devait être éclaircie, en regard notamment du niveau supérieur actuel de la vallée sèche visible en contrebas. Une ou plusieurs mesures par OSL (directe sur paroi, indirecte sur l’encaissant) pouvaient compléter la présence éventuelle de charbons dans les unités stratigraphiques (C14), en datant la dernière fois qu’une surface ponctuelle sur la paroi a pu voir le jour.
291- Le troisième objectif étant bien entendu un levé complet de la scène gravée et du support rocheux, en déroulant la chronographie interne de chaque motif.
FIG. 55 Vallée aux Noirs 6 (Buthiers, Seine-et-Marne).

Elévation du rocher (modèle en occlusion ambiante issu de la photogrammétrie), microtopographie du support et inventaire coloré des signes levés par éclairages tournants. Localisation des dix fenêtres d’acquisition sous éclairages tournants.
292Dans le volume accordé à notre tâche, nous limiterons ce compte-rendu et ces premières analyses aux seuls levés pariétaux, en reportant dans une autre publication l’ouverture du sondage, la lithostratigraphie observée et la datation des épisodes sédimentaires, ainsi que le déroulé chronographique de la scène en son ensemble. Au total, sur les années 2013 et 2014, dix stations photographiques ont été menées (fig. 55), vues générales (frontale et oblique) et cadrages sur les trois scènes principales (hache à gauche, anthropomorphe au milieu, « bateau » sur la droite). Les indications données dans les lignes qui suivent doivent donc être prises comme un vocabulaire d’attente et une aide pratique à la nomination, et non comme une démonstration graphique ou sémiotique de la totalité de la composition gravée, travail de hiérarchisation et d’interprétation qui sera produit dans un second temps. Enfin, sans que la démarche soit systématique, les numéros des clichés mobilisés seront parfois précisés.
6.1. La hache emmanchée
293La hache emmanchée a fait l’objet de deux séances d’acquisitions, l’une menée en 2013 au moment de la découverte, l’autre au terme du sondage 2014 qui devait dégager la partie basse du motif (fig. 56).
294Station 1 (2013) : haut du motif
295Le motif s’inscrit entre un ressaut naturel dans la roche sur la gauche et un tracé vertical appartenant au motif central sur la droite (fig. 57). Le ressaut est repris par percussion afin d’adoucir cette marche ; l‘observation ponctuelle sera par la suite confirmée.
296La base du manche de l’instrument est, à ce stade, encore enfouie dans le sol. Sur la base des dimensions connues pour un signe similaire au Closeau, on pouvait envisager 40 cm de développement caché en terre et sans doute autant avant d’atteindre le sol contemporain de l’époque de réalisation. Un sondage à l’aplomb du signe devrait donc pourvoir traverser 1 m de sédiments. On estimait en 2013 à 1,5 m la puissance de sédiments pour atteindre le niveau plan de la route en contrebas, elle-même au niveau de la vallée sèche plane, à cet endroit aménagée en parc à voitures.
297La chronologie des tracés s’établit en suivant la reconnaissance de deux signes formant le motif « hache emmanchée » : A pour « crosse » et B pour « hache » (fig. 57) :
2981- Un secteur déprimé par martelage en A1 est le plus ancien (DSC_0110, 0111, 0123, 0126), recoupé par le secteur A2 (+DSC_0130). Il est d’ailleurs possible que A3 soit la continuité de A2, mais aucun raccord ne permet de l’affirmer.
299Nous pensons que cette intervention est une préparation de la surface, plus qu’un enlèvement en vue d’un champlevé ; les bords sont irréguliers suivant en cela la surface de la roche plus ou moins altérée.
3002- Le tracé A5 (qui recoupe un précédent A4, trop réduit pour être davantage commenté) est l’enlèvement de matière qui dessine le contour du signe (crosseron) – (DSC_0117 à 0122).
301Il est très intéressant de noter que ce contour semble mordre sur la lame de hache polie (en A5.1 (DSC_0106, 0112) bien visible, et A5.2 moins bien circonscrit - DSC_0127, 0128). Mais il ne s’agit pas d’un tracé postérieur à la lame. C’est en réalité le fantôme d’un premier piquetage qui a tout d’abord inscrit la crosse. Le travail sur la lame (voir ci-après) l’a en grande partie effacée. Il ne s’agit donc pas d’une « erreur » ou d’un repentir du sculpteur. Seule la méthode d’enregistrement et une surface bien préparée et bien conservée permettent de restituer ce palimpseste.
3023- Un travail de préparation de la surface du rocher est visible en B1 et B2 (DSC_0126, 0128), similaire à A1 et A2. Ces secteurs coïncident avec une surface desquamée qui devait être fragilisée. Le sculpteur a donc assuré l’inscription de la lame de hache en évitant les accidents possibles sur une surface brute (écailles, fentes, etc.).
3034- En suite de quoi le tracé B3 a préparé le champlevé permettant de faire ressortir la lame polie (DSC_0112 à 0124, 0128). Cette surface déprimée devait faire le tour complet du signe.
3045-Enfin le contour B4, plus étroit et plus précis, a détouré la lame polie (DSC_0122 à 0127, 0131). B5 ne peut être rapporté à cet épisode plutôt qu’au précédent. Il est en fait un témoin du champlevé qui a entièrement disparu sur l’autre bord de la lame, juste au-dessus. La surface du crosseron y est en effet entièrement travaillée, faisant disparaître ce contour. De même le manche présente encore une surface dressée, malgré l’altération évidente du support.
305Conclusion intermédiaire sur la hache (station 1) : Le motif bien reconnaissable est une hache au manche crossé. Les deux signes « crosse » et « hache » se suivent dans cet ordre. Un ordre de réalisation qui est bien entendu voulu, car une réalisation simultanée du manche et de la lame eut été possible. Nous retrouvons ici une chronologie interne des signes vérifiée en Bretagne (Mens 2004) où la crosse, comprise comme « ancienne » arme de jet, n’est pas en position de préséance vis-à-vis de la lame polie (Cassen et Vaquero Lastres 2003). La morphologie de la lame polie est suffisamment bien restituée pour autoriser l’identification d’un type précis proposé ces dernières années pour les haches en jade (Pétrequin et al. 2012). Car nous posons par hypothèse qu’un tel instrument représenté à cette taille et dans cette configuration spatiale et architectonique aussi spécifiques ne peut être compris en dehors de la problématique plus générale des haches socialement valorisées en provenance des Alpes. La région connaît d’ailleurs plusieurs de ces instruments rares (Pétrequin et al. 2012). En sorte que nous proposons le type Bégude comme celui figuré sur cette paroi, en conformité à la représentation du Closeau ; le type Durrington pourrait être proposé comme le second terme d’une alternative, mais la linéarité des bords ne plaide pas en faveur d’un tel classement.
FIG. 56 Vallée aux Noirs 6 (Buthiers, Seine-et-Marne).

La hache emmanchée en 2014 après la fouille archéologique.
Photo S. Cassen.
FIG. 57 Vallée aux Noirs 6 (Buthiers, Seine-et-Marne).

Station 1. Gauche : inventaire des contours des signes gravés levés sous éclairages tournants (photos DSC_0106 à DSC_0131 ; 12/06/2013) ; droite : inventaire coloré des enlèvements de matière dégageant la hache et chronographie des phases de réalisation ; les lettres sont appelées dans le texte.
306Station 2 (2014) : bas du motif
307Cette partie enterrée ne présente pas, à première vue, d’états de surface mieux préservés de l’action des agents érosifs atmosphériques, ou qui seraient au contraire plus endommagés par un long enfouissement au contact de systèmes radiculaires. On y repère assez aisément les cupules de percussion qui témoignent à la fois de la préparation du support (avec des enlèvements d’éclats centimétriques sur le secteur gauche), de l’amaigrissement des ressauts naturels et du percement des contours de la figure. On note cependant la tendance à un effacement des contours des creux à la base du motif, sans que l’on puisse affirmer qu’il est plutôt dû aux conditions pédologiques qu’à la nature altérée du support.
308On aura soin, cependant, de préciser un trait technique que nous n’avions pas relevé en 2013. Il s’agit du contour du manche dans sa partie médiane la mieux conservée, d’une part, et du contour de la lame polie au niveau de son talon, d’autre part (fig. 58). En plus du piquetage de la roche, de calibre millimétrique (cupules de percussion d’un diamètre moyen de 5 mm), apparaît nettement une surface beaucoup plus réfléchissante au creux de certaines parties des tracés. Ici, non seulement les cupules disparaissent ou se réduisent à des creux de l’ordre du millimètre, mais des rayures rectilignes sont observables à l’œil nu, orientées dans le sens du tracé. Au toucher, le résultat ne fait aucun doute : la surface est polie, résultat d’une abrasion longitudinale qui s’est superposée à l’enlèvement de matière par percussion posée. Ce polissage est plus poussé et plus étroit sur les côtés du manche que sur le contour de la lame, peut-être parce que le rainurage était facilité dans cette position verticale (fig. 58).
309L’extrémité proximale du manche sera seule décrite et détaillée, la lame polie et l’extrémité distale du manche ayant été bien enregistrées et hiérarchisées en 2013. Les enlèvements de matière seront désignés par des lettres capitales, de A à L (fig. 59 et 60).
310- Le contour A du manche est la plus ancienne réalisation. A1 et A4 se font face, distingués en raison d’une solution de continuité au bas de la figure. A2 et A3 sont en effet le résultat de nombreuses superpositions d’autres tracés.
311- B est un enlèvement surfacique qui semble avoir eu pour objectif de réduire la surface endommagée du grès.
312- C est la poursuite postérieure de cette volonté, avec probablement un second percuteur qui affine les impacts et donc les cupules qui en témoignent.
313- Le piquetage en D détermine cette fois le dégagement d’un signe courbe appuyé sur le manche.
314- E est la réplique du précédent, mais « dessiné » postérieurement.
315Symétriquement disposés et réalisés de façon similaire, plusieurs enlèvements marquent la droite du manche.
316- En F, le piquetage est apparent mais moins bien conservé, au point que nous ne pouvons assurer qu’il se développait davantage vers la droite, le long de J.
317- L’enlèvement J est très marqué, aisément décelable à l’œil nu, et il s’appuie en partie sur un pli naturel dans la roche.
318- K est à l’image de son homologue E, postérieur au tracé supérieur.
FIG. 58 Vallée aux Noirs 6 (Buthiers, Seine-et-Marne).

Station 2. À gauche, détails sur le traitement des contours du manche de la hache ; trois gros plans sur le tracé où le polissage du grès est visible qui fait disparaître toute aspérité. À droite, le contour piqueté du talon de la lame est également poli, les cupules de percussion ont presque disparu.
FIG. 59 Vallée aux Noirs 6 (Buthiers, Seine-et-Marne).

Station 2. Gauche : inventaire des contours des signes gravés levés sous éclairages tournants (photos DSC_0189 à DSC_0262 ; 22/09/2014) ; droite : cupules de percussion.
319- Enfin, recoupant l’ensemble des tracés réunis à la base du manche, l’enlèvement L se confond avec le signe, car si un disque avait dû être dégagé, la totalité des enlèvements antérieurs aurait été soustraite. Il s’agit donc bien d’un « anneau » et non d’un « disque » que le graveur a fait figurer.
320Conclusion intermédiaire sur la hache (station 2) : Sur une surface largement préparée par au moins deux types de percuteurs, quatre signes « s’accrochent » en quelque sorte et se superposent à la base du manche de la hache polie. Au centre, et englobant exactement l’extrémité proximale du manche, un anneau de 16 cm de diamètre (maximal) est le dernier signe à être réalisé ; il peut être interprété comme un bracelet (en pierre ?) dont il présente de pertinentes caractéristiques. Il est placé sous un jeu de quatre tracés courbes symétriquement disposé en deux paires de signes « cornus », la paire supérieure étant plus grande que la paire inférieure. Rapportés à l’échelle de la hache emmanchée et de l’anneau compris comme parure, des cornes animales (ex. : bovin) semblent trop réduites pour pouvoir être assimilées au motif figuré. Nous proposons d’y voir les grès et défenses d’un sanglier mâle, canines présentées en trophée (mais en position anatomique inversée) et accrochées au manche de l’arme.
6.2. L’anthropomorphe et la petite embarcation
321Ici encore, une première session d’acquisition menée en 2013 a englobé dans une large fenêtre le motif anthropomorphe et le motif « bateau » immédiatement placé sur le côté droit (fig. 61). Le sondage permit ensuite en 2014 de suivre le développement de l’anthropomorphe dans sa partie basale. Station 3 (2013) : haut du motif anthropomorphe et petite embarcation
322Le motif principal s’étale sur trois pentes distinctes de la paroi : la première en bas est sub-verticale voire rentrante vers le sol sur 0,7 m, la seconde au centre est verticale sur 0,5 m, la troisième partant vers le haut jusqu’au sommet est légèrement inclinée vers l’arrière et présente conséquemment les marques les plus évidentes de la météorisation (cannelures plus ou moins verticales). L’état de conservation des gravures suit logiquement cette gradation.
323Ces trois secteurs sont limités par deux lignes naturelles dans la roche, l’une horizontale dans la partie basse, l’autre oblique et relevée vers la gauche (fig. 62). Deux parties du motif anthropomorphe se rejoignent à cheval sur l’arête naturelle parallèle au sol ; d’où la difficulté à différencier le tracé artificiel du pli dans le grès. Ce placement opportuniste des figures, en fonction de la morphologie de la paroi, ne se répète pas dans la composition supérieure. En revanche, les tracés de la partie haute du motif se superposent à des plissements et ondulés naturels dans la pierre, ajoutant une autre difficulté de lecture ; il n’est pas exclu que de nouvelles acquisitions avec des outils plus performants et une tracéologie adaptée pourront mieux préciser ces dessins, parfois en modifiant nos choix, et faire ainsi la part des choses entre toutes ces lignes à peine apparentes. En attendant, les propositions faites dans ce registre supérieur très altéré seront un terme d’attente acceptable, la dynamique des tracés et l’inventaire des signes ne devant pas être remis en cause.
324Nous décomposerons l’ensemble du motif en différentes entités graphiques (de A à D), comprenant un ou plusieurs signes, arbitrairement séparées par commodité (fig. 62). La chronologie des réalisations sera ici encore soulignée chaque fois que des relations d’antériorité/postériorité pourront être établies.
325A- Cette entité est placé dans le registre supérieur et couronne en quelque sorte la composition. Elle consiste en tracés curvilignes à peu près symétriquement disposés autour d’un axe vertical, cinq sur la droite (Ad1 à 5) et cinq sur la gauche (Ag1 à 5). Ces larges contours (entre 3 et 7 cm) ont formé un véritable champlevé à l’origine, de nos jours presqu’entièrement altéré.
326Reprenons le détail des tracés.
327- Les extrémités supérieures de Ag1 et Ad1 n’ont pu être aussi bien enregistrées que nous aurions voulu, en raison de leur position très haute qui prive d’éclairages opposés depuis le sommet du rocher. L’incertitude sera probablement levée par une station photographique supplémentaire que nous n’avons pu mener en 2014, faute de temps.
328- Ag1 et Ad1 sont tous deux respectivement recoupés par les tracés sous-jacents Ag3 (DSC_0139, 0147 à 0149) et Ad3 (DSC_0139, 0141, 0145, 0150).
329- Ag1 repasse sur un premier signe Ag1-1 similaire mais plus allongé, sans que l’on comprenne le motif de cette reprise (DSC_0147).
330- Ag2 et Ad2 sont recoupés par les tracés Ag3 et Ad3, mais leur ordre d’apparition dans la séquence n’est pas celle attendue. À droite de l’axe de symétrie, Ad3 et Ad2 présentent leurs extrémités distales nettement séparées, déterminant en réserve deux signes individualisés (DSC_0151). Dans le secteur gauche, Ag2 est englobé par Ag3, comme si un signe en champlevé avait été inscrit a posteriori, en quelque sorte « oublié » dans un premier état de réalisation.
331- Par conséquent, la séquence est modifiée sur les tracés suivants et Ag4 à gauche recoupe Ag3, alors qu’à droite Ad4 est postérieur à Ad2 (DSC_0148 à 0151).
332- Les derniers tracés vers le bas, Ag5 et Ad5, ne présentent aucune relation chronologique avec leurs voisins qui permettrait de les inscrire dans la séquence précédente. L’extrémité distale de Ad5 est marquée en grisé sur notre synthèse graphique, le support altéré ne permettant pas de trancher sur différentes orientations du micro-relief. On verra par la suite qu’une station supplémentaire résoudra cette incertitude.
FIG. 60 Vallée aux Noirs 6 (Buthiers, Seine-et-Marne).

Station 2. Inventaire coloré des enlèvements de matière dégageant le bas du manche de la hache et chronographie des phases de réalisation ; les lettres sont appelées dans le texte.
FIG. 61 Vallée aux Noirs 6 (Buthiers, Seine-et-Marne).

Le haut du motif anthropomorphe et les deux motifs (hache, bateau) qui le jouxtent.
Photos S. Cassen.
333Conclusion intermédiaire sur le motif A : L’ensemble des larges tracés plaide pour la technique du champlevé ayant permis de dégager 10 signes plus ou moins rayonnants, symétriquement disposés autour d’un axe vertical passant par le centre de l’anthropomorphe. Deux d’entre eux en partie inférieure sont clairement dégagés des 8 autres rassemblés et jointifs, mais en laissant un espace libre de tracés, au centre et en haut de la composition. Le sens de la réalisation pour ces 8 signes s’établit du haut vers le bas.
334B- Seront ici regroupés les tracés donnant forme à une face « humaine » et ceux étroitement imbriqués par ce motif, formant pour ainsi dire par extension le tronc du personnage.
335- B1 est au sommet de la composition, déployé exactement de part et d’autre de l’axe vertical virtuel déjà évoqué. Il est recoupé par le tracé B3 (DSC_0139, 0141, 0147), mais lui-même est postérieur au tracé Ag1 sus-jacent (DSC_0149 à 0152). Le secteur droit est cependant endommagé par plusieurs desquamations dans la roche et plusieurs défauts naturels qui empêchent de restituer l’intégralité de la figure (les tracés estimés sont figurés en gris sur notre levé). Le sculpteur fut d’ailleurs gêné par cette surface tourmentée, occasionnant un fléchissement de la ligne d’épaule.
336- C’est dans la dépression B2 dessinant le plein du visage que furent réservés les deux protubérances figurant les yeux. - B1 et B3 déterminent ainsi le relief du nez et de l’arcade sourcilière, voire le sommet de la tête, sur laquelle vient s’attacher les signes rayonnants précédents. Mais ces deux secteurs dressés présentent une surface continue à l’œil nu et seul l’éclairage frisant permet de retrouver le contour du nez.
337- B3 assure également le contour du torse de l’anthropomorphe, en se superposant au signe quadrangulaire sous-jacent, avec lequel il semble coïncider en partie basale (DSC_0135, 0137, 0138, 0143, 0146) ; nous verrons par la suite qu’il n’en est rien. De meilleurs levés photographiques devront également préciser le statut du segment B3-1, pour lequel il est – par cette station – difficile de dire s’il prolonge le bord gauche ou s’il est antérieur à B3 et par conséquent en rapport avec un autre signe.
338- Les segments verticaux en B4, numérotés de 1 à 6 sont postérieurs à B2 (DSC_0136 à 0139, 0141, 0143, 0147 à 0149, 0152). Ils ne présentent entre eux aucune superposition de tracés qui permettraient d’affirmer un sens de réalisation. On note cependant que B4-3 s’inscrit secondairement dans un espace laissé vacant par une plausible mauvaise appréciation dans le placement du segment central (B4-4), le seul des cinq tracés à être tordu vers la droite.
339- Enfin B4-7 recoupe la totalité des six segments verticaux. Il est aussi superposé au tracé du quadrangulaire sous-jacent (DSC_0156 à 161, 0164).
340Conclusion intermédiaire sur le motif B : Ce motif est la plausible représentation d’une face « humaine », semble-t-il « barbue ». Il est premier dans le cours de la chaine opératoire relative à l’anthropomorphe en son ensemble. Le dégagement du frontal est en effet antérieur aux signes « plumes ». Le sens de réalisation s’effectue du haut vers le bas.
341C- Ce motif est volontairement limité à des tracés rectilignes dans notre partition générale. Il est situé derrière le contour reconnu comme anthropomorphe et il est en partie effacé dans la zone supérieure de transition entre les surfaces différemment inclinées du panneau.
342- La ligne horizontale C1 est la plus ancienne. Elle court en suivant une ligne naturelle dans la roche, surtout perceptible sur la partie gauche. Cette extrémité est d’ailleurs laissée en suspens, car on ne peut garantir en l’état de la documentation un prolongement de cette base au delà du contour de l’anthropomorphe. Une nouvelle station d’acquisition plus proche devrait pouvoir lever cette incertitude.
343- Entre C2 et C3, il est difficile de conclure sur la relation chronologique pouvant les lier. C3 recoupe C1 (DSC_0134 à 0137, 0151, 0162) ; C3 est recoupé par B4-7 (DSC_0157 à 0164). Le côté gauche de C3 est oblique, générant ainsi une forme trapézoïdale.
344- Le signe quadrangulaire déterminé par C3 n’est pas bien centré sur l’axe vertical virtuel jusqu’ici adopté, déporté à droite. Il en serait de même avec un signe plus grand contenant C2, cette fois franchement rectangulaire, déporté à gauche.
345Conclusion intermédiaire sur le motif C : Le motif consiste en une base rectiligne horizontale sur laquelle est secondairement inscrit un signe trapézoïdal, du point de vue géométrique (côtés droit et gauche égaux, bases inférieure et supérieure inégales), mais pouvant s’apparenter aux signes quadrangulaires connus dans la région (stèle de Paly ; Caldwell 2013a) et en Bourgogne (Massy, voir infra). Ce motif est antérieur à l’emprise de l’anthropomorphe stricto sensu ; il est peut-être la plus ancienne réalisation de toute cette composition.
FIG. 62 Vallée aux Noirs 6 (Buthiers, Seine-et-Marne).

Station 3. Inventaire des contours des signes gravés levés sous éclairages tournants (photos DSC_0132 à DSC_0164 ; 12/06/2013), inventaire coloré des enlèvements de matière ; les lettres sont appelées dans le texte.
FIG. 63 Vallée aux Noirs 6 (Buthiers, Seine-et-Marne).

Station 4. Base du motif anthropomorphe : secteur du panneau gravé découvert par la fouille archéologique.
Photos S. Cassen.
346Le sens de réalisation ne peut être pas restitué avec assurance, du bas vers le haut.
347D- La partie basse de l’anthropomorphe n’est pas atteinte par le relevé, encore enfouie dans le sol.
348- En l’absence d’une vision totale du contour du motif, les limites droite et gauche seront distinguées en D1-1 et D1-2. Il semble que D1-1 soit tracé en continu, mais des vérifications seront nécessaires pour le valider.
349- En bord droit, D1-2 vient mordre sur le quadrangulaire C3 (DSC_0151, 0153, 0156). Et D2 est postérieur à D1-2 (DSC_0159, 0160, 0162). Il n’est par contre pas aisé, avec cette station, de conclure que D5 est postérieur ou antérieur à ces deux tracés dans leur confluence, une nouvelle fenêtre d’acquisition doit clarifier ce point de chronologie. Mais l’extrémité inférieure de D5 recoupe bien D1-2 (DSC_0134 à 0138, 0142, 0154 à 0160).
350- Les deux « boucles » latérales D4-1 et D4-2 sont postérieures à D1-1 (DSC_0134, 0137, 0138, 0143) et D1-2 (DSC_0150 à 0162).
351- Les trois signes circulaires D3 dégagés par champlevé sont sans relation stratigraphique avérée. Deux d’entre eux (D3-1 et D3-3) sont placés approximativement sur l’axe vertical du motif, mais décalés vers la gauche. D3-2 ne présente aucun signe symétrique sur la partie gauche.
352Conclusion intermédiaire sur le motif D : Incomplet, ce motif est postérieur à la composition qui le surmonte. Asymétrique, il présente un contour gauche enveloppant le motif sus-jacent, tandis que le contour droit vient coïncider avec le signe quadrangulaire. Une relative symétrie est obtenue en venant placer une branche oblique sur le côté droit.
353E- Ce motif est formé d’un tracé continu qui a tenté de s’inscrire entre plusieurs plis naturels dans la roche. Dans le détail de son développement, on notera :
354- E1 est postérieur à C1 (DSC_0134 à 0138, 0151, 0154, 0156, 0159 à 0162).
355- E1 vient presque au contact de D2, et E2 en fait de même, en étant encore plus proche. Il s’agit d’une volonté manifeste, l’espace étant suffisamment dégagé à droite pour éviter un tel rapprochement. En sorte que l’inclinaison du motif, encore plus prononcée que ce levé ne le montre à travers cette station photographique déformant le sujet posé en marge du cadre, est bien entendu une volonté du graveur, introduisant peut-être une dynamique à la scène telle que nous pouvons la reconnaître sur certaines compositions armoricaines (cf. Kermaillard, Mané Lud, Vieux Moulin, etc.).
356- Cet évitement permet d’en déduire que le motif E est postérieur à l’anthropomorphe dans sa version la plus récente. - E3 s’appuie sur un ressaut naturel dans la roche.
357- E4 est incertain et devra être confirmé par une station plus rapprochée. Cette forme serait en effet semblable à celle marquant la partie droite de la grande embarcation.
358Conclusion intermédiaire sur le motif E : Il s’agit d’un disque tronqué aux pointes étirées vers le haut, muni de deux excroissances latérales symétriquement disposées. L’ensemble vient buter sur le côté de l’anthropomorphe, postérieurement à la réalisation de ce dernier, la surface de contact maximale amenant l’inclinaison du contour par rapport à un axe vertical. Ce motif paraît tout à fait similaire à la représentation d’une embarcation symétrique à proue et poupe dégagées, sans équipage.
359Station 4 (2014) : bas du motif anthropomorphe
360Cette station n’a pas été frontalement menée en raison du manque de recul (fig. 63). Nous aurions certes pu traiter cette partie du motif avec un objectif très grand angle (10 mm), mais en perdant de la définition sur les côtés de la fenêtre d’enregistrement, ce qu’il nous fallait éviter pour recueillir un maximum d’informations en surface de la paroi. L’appareil photographique a donc été installé sur le carré H16 du sondage métrique, en limite avec I16, décalé par rapport au centre géométrique de la composition. Le résultat des levés est alors marqué d’une déformation, qui se traduit par une expansion des tracés en haut de la fenêtre et une compression vers le bas. La synthèse utilisera bien entendu le nuage de points de la photomodélisation pour corriger cette distorsion.
FIG. 64 Vallée aux Noirs 6 (Buthiers, Seine-et-Marne).

Station 4. Témoins techniques de la gravure : en règle générale, pour les tracés une percussion posée indirecte, normale au support (négatifs d’éclats circulaires ; diam. = 3-7 mm) et pour les surfaces dressées une percussion directe (diam. = 6-12 mm).
Photos S. Cassen.
361La préparation de la paroi suit ce qui fut observé précédemment avec l’inscription du motif de hache emmanchée. Les impacts semblent parfois plus variés ou bien leur conservation est meilleure dans cette partie enterrée. On distingue en effet les négatifs de percussion plutôt circulaires et de diamètre millimétrique (autour de 5 mm), des enlèvements centimétriques dont la morphologie est rarement circulaire mais plutôt ovale, voire triangulaire, traduisant des coups portés par le côté, de façon oblique.
362Une limite inférieure témoignant du dressage de la pierre est clairement visible sous éclairage rasant (fig. 64), que n’avait pas révélé la station précédente consacrée à la hache, le cadrage s’étant arrêté plus haut que ce changement d’état. Sous cette limite, c’est-à-dire à 1 m/1,2 m sous le niveau du sol actuel, la surface de la paroi retrouve l’état naturel du grès bien visible sur le haut du monolithe ou sur ses faces latérales orientale et occidentale. La roche a donc été percutée depuis une hauteur variant entre 50 cm et 80 cm au-dessus du sol hypothétique de circulation au Néolithique (niveau du paléosol).
FIG. 65 Vallée aux Noirs 6 (Buthiers, Seine-et-Marne).

Station 4. Inventaire des contours des signes gravés levés sous éclairages tournants (photos DSC_0094 à DSC_0188 ; 20/09/2014), cupules de percussion, inventaire coloré des enlèvements de matière et chronographie des phases de réalisation ; les lettres sont appelées dans le texte.
FIG. 66 Vallée aux Noirs 6 (Buthiers, Seine-et-Marne).

Station 5. Haut : inventaire des contours des signes gravés levés sous éclairages tournants (photos DSC_0093 à DSC_0124 ; 22/09/2014) et cupules de percussion. Bas : inventaire coloré des enlèvements de matière et chronographie des phases de réalisation ; les lettres sont appelées dans le texte.
363Il ne s’agit pas d’un dressage systématique couvrant la paroi depuis ce niveau de travail, mais l’intervention sur la roche est indéniable, plus marquée sur les ressauts et les arêtes naturelles. Le temps de réalisation doit par conséquent intégrer cette préparation du support.
364Deux ensembles sémiotiques vont être décrits, l’un composé de tracés linéaires (désignés par des lettres capitales), l’autre de tracés circulaires (nommés par lettres minuscules). À la différence des premiers, les seconds ne peuvent témoigner entre eux d’aucune relation d’antéro-postériorité (fig. 65).
365- Le long tracé curviligne A, qui ceinture une grande partie du motif, est interrompu par plusieurs signes. Il est donc le plus ancien. A1 est recoupé par les signes B, E et F, tandis que A2 est recoupé par U, R et Q, auxquels s’ajoute le signe T.
366- B nous a semblé un premier temps pouvoir être prolongé de quelques centimètres, sur la foi de quelques indices. Mais, par comparaison avec l’envergure du signe symétriquement disposé en U, nous préférons nous limiter à la configuration actuelle, l’extrémité étant appuyée sur une fissure naturelle dans le support.
367- Les signes F et R sont là encore installés en symétrie axiale, plus étroits et plus allongés cependant que les précédents B et U.
368- Antérieurement à F et R, les tracés rectilignes E et Q recoupent la ligne A et outrepassent sa limite. Il était permis de s’arrêter, à l’image des quatre précédents signes B, U, F et R qui jamais n’ont dépassé ce tracé. En sorte que nous considérons ce dépassement comme très significatif à l’heure d’interpréter l’ensemble.
369- Les lignes descendantes E et Q recoupent à leurs extrémités intérieures deux autres tracés C et G qui en limitent leur extension vers le bas.
370- Eux-mêmes sont à leur tout recoupés par deux tracés I et H, concentriques, le premier étant postérieur au second. Ces signes semblent avoir eu du mal à se frayer un chemin dans une partie tourmentée du support. Notons que I, en reprenant le contour de H, a réduit la largeur de la forme interne ainsi déterminée. Une forme marquée par deux segments horizontaux et parallèles K et L.
371- D’autres segments horizontaux et parallèles sont notables sur les deux portions de paroi délimitées par E, C, I et Q : à gauche les tracés D1 à D3, sur la droite les tracés J1 à J3.
372- À noter, dans le prolongement exact des trois entités ainsi délimitées par ces différents tracés, trois dépressions circulaires M, N, O, obtenues par piquetage répété. Elles forment ainsi des « cupules », mais moins régulières que celles habituellement trouvées sur affleurements ou encore dans certaines cavités régionales. La cupule centrale N est plus large que les deux autres, comme un écho à la forme allongée sus-jacente, plus longue et plus large que ses voisines.
373- Une autre dépression P est visible vers le centre (de la fenêtre actuelle) et à l’extrémité inférieure du tracé A. Il nous est cependant difficile de trancher devant cette petite partie où plusieurs impacts sont répétés au même endroit entre des fissures naturelles qui brouillent la lecture. Une cupule semble en tout cas se dessiner, au surplus placée sur l’axe longitudinal de la composition.
374Cernées par le tracé A, six gravures circulaires, plus une hypothétique, ainsi que deux petites cupules, sont distribuées dans un ordre déroutant :
le « cercle » a, qui était à peine apparu en 2013, et n’avait donc pas été qualifié, est bel et bien inscrit dans la roche, mais abîmé par une desquamation de la paroi ; il fait exactement face à B ;
le signe b est disposé sur l’axe longitudinal de l’anthropomorphe ;
le signe c pourrait logiquement faire le pendant du a, mais il n’est ni accolé à A2, ni placé au contact de U ;
d est inscrit au-dessous, venant presque tangenter A2, mais tandis que les trois précédents signes présentent un diamètre externe similaire (9 cm), la dimension du signe est cette fois plus réduite (7 cm) ;
un possible signe e semble accolé à d, et lui être antérieur, mais nous manquons de contrôles sous éclairages opposés et surtout d’une délimitation interne du tracé circulaire, en sorte que nous le laissons incertain, sans pouvoir le comptabiliser dans l’état actuel de l’enregistrement technique ;
le signe f reproduit le même diamètre que e, il surmonte deux petites cupules h et i (2 cm de diamètre) disposées sans symétrie par rapport à ce dernier ;
enfin g est encore d’un diamètre équivalent, il est inscrit à la même hauteur que f, mais sans vraiment partager un ordre symétrique par rapport au tracé de ceinture A.
375Il est en définitive assez difficile d’affirmer que des anneaux ont été voulus par le graveur plutôt que des disques, aucun recoupement ne permet de définir l’intérieur comme un « creux » et non comme un « plein », à la différence de l’anneau inscrit à la base du manche de la hache.
376Conclusion intermédiaire sur la station 4 : Le tracé périphérique reconnu en 2013 a bien été suivi sous terre et délimite le corps d’un anthropomorphe suivant un modèle similaire inventorié à Rouville (Malesherbes, Loiret ; Devilliers 2005, Bénard 2011). Selon cette norme de représentation, si des « bras » ont été identifiés à Rouville, des bras et des jambes semblent en effet pouvoir être reconnus de part et d’autre de l’exemplaire de la Vallée aux Noirs. Inscrits dans le corps de l’anthropomorphe, six motifs circulaires se partagent en deux ensembles égaux, opposés par leurs diamètres respectifs (9 et 7 cm), la première série distribuée au-dessus de l’assemblage, la seconde plutôt réservée en partie basse. On ne peut affirmer en l’état que des anneaux ont été gravés plutôt que des disques ; mais des disques (des objets pleins) auraient fort bien pu être obtenus par le graveur, à l’image du volume bien rendu sur la lame polie contiguë. Finalement, aucun ordonnancement « logique » n’anime cet assemblage d’anneaux, auquel s’ajoutent deux petites cupules qui semblent bien faire partie intégrante de la scène projetée.
377Station 5 (2014) : secteur médian du motif anthropomorphe
378C’est un secteur-clé de l’anthropomorphe, où différents tracés se rejoignent et autorisent la recherche des relations d’antéro-postériorité (fig. 66). C’est malheureusement aussi un lieu de convergence de nombreuses fractures, desquamations et fissures dans le support… Cette station menée en 2014 a cependant permis de lever plusieurs des incertitudes soulignées dans la partie 3.1.
379- Le « tracé » E est bien vérifié comme le plus ancien, mais en confirmant également qu’il est mêlé à une faille naturelle dans la roche qui ne contribue pas à éclaircir son emprise exacte. Un piquetage d’un ressaut linéaire pour en amoindrir le relief peut prêter à confusion avec une gravure volontaire. Il semble comme en support du tracé A.
380- A, le motif quadrangulaire (trapézoïdal mais tout de même évasé par la déformation de l’objectif sur la figure 66 non redressée) est postérieur à la ligne E.
FIG. 67 Vallée aux Noirs 6 (Buthiers, Seine-et-Marne).

Station 6. Témoins techniques de la gravure : à gauche, un signe linéaire tracé par percussion posée indirecte, normale au support (négatifs d’éclats circulaires ; diam.= 5-7 mm) ; à droite, deux états d’une surface dressée, le corps de l’anthropomorphe (négatifs d’éclats circulaires ; diam.= 6-10 mm) et le visage (3-6 mm).
Photos S. Cassen.
381Le tracé F doit être son prolongement, mais nous n’avons aucun lien pour l’affirmer par cette station ; le tracé sera cependant bien confirmé par la station suivante. A est recoupé par les tracés obliques latéraux et symétriques C et G, relation qui corrige le résultat obtenu de la station 2013-1, trop éloignée. Le « torse » du personnage ne vient donc pas se fondre dans la base du quadrangulaire.
382- D et H sont aussi des tracés symétriquement disposés, parallèles aux précédents, mais leur longueur respective diffère, et H, plus long, vient manifestement et volontairement au contact d’un autre signe I. Si H recoupe bien B2, il est délicat d’assurer que I est bien postérieur à H, car le support très tourmenté à cet endroit brouille la lecture.
383Station 6 (2014) : partie céphalique du motif anthropomorphe
384Le traitement du secteur environnant le visage, nettement desquamé sur la gauche, fut plus particulièrement l’objectif de la campagne complémentaire menée en novembre 2014. L’expérience nous a appris, au surplus, qu’une fenêtre d’acquisition supérieure à 1 m2 avec un capteur à 16 millions de pixels (déterminant le potentiel d’agrandissement de la photo) ne permet pas de retrouver le détail nécessaire à l’obtention des relations chronologiques inter-tracés.
385La préparation de la paroi est ici encore un fait attesté par les nombreux négatifs d’impacts visibles sous éclairages rasants (fig. 67). Se distinguent des cupules grossièrement circulaires, de diamètre millimétrique, qui se repèrent aisément alignées au sein des lignes en creux de la gravure, et des enlèvements centimétriques, affectant plus particulièrement la bande naturelle oblique qui traverse la composition et marque une rupture de pente majeure sur la paroi en grès. À l’évidence, deux outils distincts et deux gestes dissemblables ont généré ces traces d’enlèvements.
386L’iconographie peut maintenant être dissociée et décrite comme suit (fig. 68).
387Rattaché au bas de la composition, un motif quadrangulaire se compose ici de quatre rectilignes :
le tracé L, recoupé par les lignes B et M du motif anthropomorphe, vient au contact du tracé K, formant avec lui le côté gauche du trapèze-rectangle ; il est difficile à suivre, d’autant plus que le tronçon L2 a manifestement été redressé, éliminant presque ses contours ; le différentiel de profondeur de gravure entre B-M et L-K est évident et plaide pour deux phases de réalisation, mais dont la dernière a manifestement tenté d’estomper la première, ce qui pourrait plaider pour un espace de temps plus grand que la simple préséance de signes ;
le tracé K se superpose à la branche H2 du tracé horizontal, en sorte qu’il apparaît difficile de dire si L et H font partie de la même rectiligne assurant le côté supérieur du quadrangulaire ;
H1 et H2 sont les deux extrémités d’un même tracé horizontal, séparées par les signes I et J qui les surmontent et au travers desquels le palimpseste de la figure est encore détectable ;
enfin le tracé G ferme sur la droite le motif quadrangulaire et, comme sur le côté gauche, recoupe la barre horizontale H1 ; il est recoupé par la ligne de contour B de l’anthropomorphe.
388Ces relations confirment bien l’antériorité de ce motif rectangulaire sur la partie haute du personnage gravé.
389Le « visage » de la représentation est cette fois plus détaillé dans sa chronique interne :
un bandeau C, à double inclinaison, est le plus ancien tracé, recoupé par les signes A5 et A7 qui intègrent le spectaculaire registre supérieur de traits divergents ; - les signes latéraux de ce registre A, A1 à A3 sur la gauche, ainsi que A13 et A14 sur la droite, sont recoupés par la ligne continue B qui délimite le « corps » de l’anthropomorphe, mais également l’arête nasale et les arcades sourcilières ;
cette ligne B est à son tour recoupée par deux enlèvements circulaires E1 et E2 qui dégagent un relief figurant les deux yeux ;
mais on note aussi que B reprend une surface piquetée D formant la partie ovalaire de la face ;
se superposant à cette surface aplanie D, cinq segments du motif I (I1, I3, I5 à I7) se dirigent de façon divergente vers le signe J qu’ils viennent également surmonter (en I3, I5 à I7) ; un segment supplémentaire est donc recensé par rapport au levé 2013.
FIG. 68 Vallée aux Noirs 6 (Buthiers, Seine-et-Marne).

Station 6. Haut : inventaire des contours des signes gravés levés sous éclairages tournants (photos DSC_0147 à DSC_0218 ; 10/11/2014) et cupules de percussion. Bas : inventaire coloré des enlèvements de matière et chronographie des phases de réalisation ; les lettres sont appelées dans le texte.
FIG. 69 Vallée aux Noirs 6 (Buthiers, Seine-et-Marne).

Station 7. Inventaire des contours des signes levés sous éclairages tournants (photos DSC_0165 à DSC_0193 ; 25/06/2013) et inventaire coloré des enlèvements de matière ; les lettres sont appelées dans le texte. Témoins techniques de la gravure : à gauche, différents états de surfaces dressées (négatifs d’éclats diam.= 5-15 mm) ; à droite, effet de bas-relief pour la partie basse de l’embarcation à la proue.
Photos S. Cassen.
390Grâce à ce levé plus précis, les contours sont mieux reconnus et suivis, et les relations d’antéro-postériorité inventoriées. L’agencement de l’ensemble et l’interprétation qui peut en découler vont donc modifier notre première approche.
Discussion :
391La « coiffe » du registre supérieure est confirmée dans ses unités graphiques, mais les points d’ancrage sur l’anthropomorphe sont mieux identifiés, en faisant la part des formations naturelles qui ont pu brouiller la lecture de la première fenêtre d’acquisition. Il en est ainsi de la « plume » à l’extrémité droite (A14) :
tout d’abord son accroche sur l’angle droit du « corps » du personnage est modifiée ;
son développé est ensuite corrigé, puisqu’au lieu de se poursuivre vers le haut, comme le fut notre première proposition qui avait en réalité privilégié des fissures prolongeant naturellement les tracés, les deux lignes de contour se courbent vers la droite, retrouvant par la même occasion une orientation symétrique au signe de l’extrémité gauche (A1).
392On note, sur le secteur droit de la « tête », une dissymétrie probablement due à la mauvaise qualité de la paroi. Non seulement le support de la coiffe est déporté vers la droite en comparaison avec le versant gauche, mais un décalage vers le bas affecte conjointement les deux signes B et C. Ces deux tracés sont d’ailleurs interrompus par des desquamations qui témoignent des difficultés que le sculpteur a dû rencontrer pour inscrire son image au point de rencontre avec une ligne de rupture de pente, bien visible sur la façade du rocher.
393Enfin, troisième remarque interprétative, la « barbe » (I) sous le visage, si elle semble en effet en position anatomique vraisemblable, ne laisse cependant pas d’intriguer. Son extrémité inférieure est barrée par un signe rectiligne horizontal aux extrémités recourbées vers le haut (J), lui-même superposé au motif quadrangulaire H développé vers le bas. La coïncidence entre ces deux derniers signes n’est évidemment pas accidentelle et J semble bien « posé » sur H. On peine à concevoir, finalement, comment cette barbe pouvait se terminer et quel moyen était mis en œuvre pour assurer cette forme de parure, faute de comparatif dans le Néolithique de l’Europe de l’Ouest. Il est par contre une forme similaire bien connue des contextes pariétaux, allant du Mésolithique aux âges des Métaux, le plus souvent qualifiée de bateau avec équipage, et qui s’apparente fortement et curieusement avec cette figuration de Buthiers…
6.3. La grande embarcation
394Trois stations seront nécessaires pour établir une bonne chronographie des signes et préciser les secteurs érodés. Tout d’abord en 2013 avec l’ouverture d’une fenêtre générale, puis à l’issue du sondage, en enregistrant en 2014 les deux extrémités droite et gauche du motif.
395Station 7 (2013)
396Ce grand motif (désigné par A), qui atteint 1,8 m de long, est clairement contraint par deux modelés naturels dans la roche, voire trois (fig. 69). Une faille tout d’abord limite les tracés vers le haut, tandis qu’un drapé courbe est plutôt mis à profit au bas du motif qui semble comme posé dessus. Cette courbe, qui ressemble à une « vague », est encore mieux visible sur la partie gauche du support où elle semble recouvrir l’anthropomorphe debout. Ajoutons que le haut de l’extrémité gauche est aussi arrêté par une rupture de pente naturelle dans la roche, en gros parallèle aux deux autres modelés précités.
397Un tracé continu A1-2 crée une forme dissymétrique, sorte de croissant aux extrémités différemment relevées, arrondies à droite, anguleuses à gauche. Un possible tracé antérieur A1-1 est cependant noté à l’extrémité droite qui pourrait avoir donné une morphologie différente de l’actuelle, la plus visible car la plus profondément inscrite dans la roche. Une nouvelle série photographique rapprochée devra décider de la pertinence de cette gravure ancienne.
398À cette forme s’ajoutent deux signes « accrochés » au tracé extérieur de A1 :
399- A2 est une ligne ovalaire appuyée au-dessus de l’angulation du tracé A1 antérieur ; un levé plus précis devrait pouvoir conclure sur l’intentionnalité du segment repéré à l’intérieur de cette figure courbe ;
400- A3 est une forme crossée, mais très altérée et aux prises avec un état plus tourmenté du grès à cet endroit ; un pli naturel semble d’ailleurs prolonger cette forme vers l’intérieur de A1 et seule une reprise en vues rapprochées pourra accréditer cette ligne ; ce tracé est postérieur à A1.
401Conclusion intermédiaire 1 sur le motif « grande embarcation » : La forme en croissant profondément inscrite dans la roche est dissymétrique. Son extrémité droite est curviligne, s’arrête sur une diaclase dans la roche ; son extrémité gauche est marquée d’une angulation très nette, relevée presqu’à la verticale. Sous ce point d’inflexion est accroché un signe semi-circulaire, tandis que sur l’extrémité droite s’ajoute une forme crossée. L’ensemble de la composition peut être temporairement interprétée comme une embarcation sans équipage avec aviron de gouverne. Le motif s’appuie d’ailleurs sur un modelé naturel remarquable qui s’étend vers la gauche sur l’ensemble du panneau, sorte de « vague » venant traverser et surmonter l’anthropomorphe debout.
402Station 8 (2014) : l’extrémité gauche du motif « grande embarcation »
403La station a été centrée sur le signe curviligne singulier marquant le point d’inflexion du signe principal (« bateau »).
404Techniquement parlant, le piquetage ponctuel en percussion posée indirecte est clairement visible à travers plusieurs cupules qui bordent parfois le creux linéaire, cupules ayant été par chance préservées sur certaines surfaces plus résistantes ou mieux protégées. Mais à ces lignes assez profondément inscrites, qui délimitent le motif dans son registre supérieur, s’ajoute un lourd travail d’enlèvement de la matière en partie inférieure (la coque du bateau et le secteur sous-jacent), modelant en quelque sorte le motif dans son environnement rocheux. En sorte que le tracé devient ici étroit, coïncidant en réalité avec deux surfaces différemment orientées par le martelage du grès.
FIG. 70 Vallée aux Noirs 6 (Buthiers, Seine-et-Marne).

Station 8. Inventaire des contours des signes levés sous éclairages tournants (photos DSC_0344 à DSC_0376 ; 22/09/2014) et inventaire coloré des enlèvements de matière ; les lettres sont appelées dans le texte. Détail sur le motif curviligne à la proue de l’embarcation.
Photo S. Cassen.
FIG. 71 Vallée aux Noirs 6 (Buthiers, Seine-et-Marne).

Station 9. Inventaire des contours des signes levés sous éclairages tournants (photos DSC_0302 à DSC_0332 ; 22/09.2014) et inventaire coloré des enlèvements de matière ; les lettres sont appelées dans le texte. Clichés suggérant le prolongement d’un signe en travers de la poupe du navire.
Photos S. Cassen.
405Les cupules représentées sur la planche ne sont cependant pas un inventaire complet des traces d’impacts et des négatifs d’enlèvements. Nous n’avions pas cet objectif d’étude et de représentation en abordant la paroi. Un travail futur, qui pourrait s’allier à la tracéologie, ne manquerait pas d’établir l’analyse complète de la surface pour détailler les interventions humaines et les détacher des formations naturelles dans le grès qui peuvent parfois prêter à confusion.
406Quant aux signes inventoriés, ils sont simples à décrire (fig. 70) :
Le tracé A est le plus ancien de la séquence, il dessine le contour du motif. Comme nous l’avons dit, sa partie basale est davantage le résultat d’une ronde-bosse que d’un tracé linéaire.
En B se superposent deux tracés : B1 comprend un signe hémi-circulaire interrompu par une échancrure ; B2 reprend le même patron, mais légèrement décalé vers le haut, sans rentrer dans l’échancrure. Si B1 n’est pas clairement ordonné par rapport à A, B2 est tout à fait postérieur à ce dernier.
407Station 9 (2014) : l’extrémité droite du motif (fig. 71)
408- Un premier tracé A est décelé sans que l’on puisse conclure en faveur d’un repentir ou bien d’un premier signe qui aurait formé une extrémité appointée plutôt que quadrangulaire.
409- Le tracé B, tout comme il fut mentionné dans la station précédente, est bien suivi avec un enlèvement d’à peu près 20 mm de large dans sa partie haute, alors qu’il se résume davantage à la ligne de contact entre des surfaces travaillées dans la partie basale. Ici encore, il ne s’agit ni d’un contour ni d’un champlevé, mais bien d’un relief entièrement dégagé de la surface de la roche.
410- Le tracé C1 est continu, postérieur à B. La station 2013 n’avait pu clairement lever son extrémité inférieure, en raison de l’altération du support à cet endroit, mais l’acquisition 2014 confirme le dessin général d’un signe crossé à l’emplacement attendu pour un aviron de gouverne.
411- Le pseudo-tracé C2 fut considéré comme une fissure naturelle dans la roche lors de l’exploitation de la session 2013. Mais la session 2014 confirme une anomalie linéaire dans le parfait prolongement de C1. Un seul trait est vérifié par les éclairages opposés, tandis que l’autre tracé en vis-à-vis, qui fermerait le signe, ne l’a pas été. De plus, on note qu’un mouvement naturel dans la roche est bien disposé à cet endroit et qu’il court en une rectiligne vers le bord droit du rocher. En sorte qu’il est difficile de conclure, faute de confirmations plus explicites. Il est exact que le support a été préparé par de nombreux piquetages jusqu’à cette hauteur, mais on ne voit pas pourquoi le tracé serait aussi profond et bien conservé en C1, alors qu’il ne le serait pas en C2.
412Nous préférons nous en tenir, dans l’état actuel de la documentation, à un signe C1 manifeste, peut-être placé à cet endroit pour mieux coïncider avec un pli naturel qui donnerait (et donnait peut-être encore mieux au Néolithique, altération millénaire en moins) l’idée d’un aviron de gouverne traversant, en bonne position fonctionnelle.
413Conclusion intermédiaire 2 sur le motif « grande embarcation » : Les levés 2014 confirment notre première interprétation : le motif rassemble toutes les unités graphiques signifiantes pour exprimer une embarcation sans équipage. Il ne s’agit pas à l’évidence d’une pirogue monoxyle, la dissymétrie et la complexité de l’architecture milite au contraire pour une construction composite à base de planches cousues ou/et assemblées par tenons et mortaises.
414Proue et poupe ne se démarquent pas franchement pour qualifier l’avant et l’arrière d’un navire. Il est vrai que nous manquons sérieusement de référentiel pour asseoir un diagnostic. Mais, sur la base de morphologies connues, par exemple dans les séries égyptiennes, depuis les peintures de la culture de Nagada (IVe millénaire) jusqu’aux embarcations funéraires bien conservées et datées du IIe millénaire (Carlens 2003, Wirsching 1999), les extrémités du motif de Buthiers pourraient indifféremment être comprises comme proue ou poupe. C’est bien entendu la présence du signe disposé en oblique sur la partie droite qui fait pencher la balance, si nous l’interprétons comme aviron de gouverne.
FIG. 72 Vallée aux Noirs 6 (Buthiers, Seine-et-Marne).

Station 10. A : inventaire des contours des signes levés sous éclairages tournants (photos DSC_0096 à DSC_0140 ; 14/11/2014). B : cupules de percussion et négatifs d’éclats allongés. Dessous : inventaire coloré des enlèvements de matière et chronographie des phases de réalisation ; les lettres sont appelées dans le texte.
415En sorte que la proue ainsi déterminée se voit munie d’une protubérance énigmatique sur laquelle nous n’insisterons pas dans l’immédiat, l’interprétation nécessitant de plus amples développements.
6.4. Station 10 : la petite embarcation
416Cette séance, menée en 2014, devait lever plusieurs ambigüités sur les extrémités supérieures du motif et sur l’appendice latéral droit que nous avons dans un premier temps synthétisé symétriquement au signe disposé à la même hauteur, sur la gauche, faute de pouvoir conclure dans la première fenêtre d’acquisition trop élargie.
417Plusieurs secteurs du panneau gravé conservent encore des points d’impact très visibles sous éclairages rasants, révélés par les négatifs d’enlèvements (cupules de percussion circulaires, d’un diamètre de 5 à 10 mm). Ces cupules témoignent à la fois d’un dressage de la surface (en particulier sur le joint de silice naturellement lissé en partie basse de la composition) et des tracés en creux limitant les signes (ou se confondant avec les signes) (fig. 72).
418- On note au surplus que des arêtes naturelles dans le grès ont été réduites par des lignes de percussion, au point que l’on pourrait penser se trouver devant un tracé gravé ; le fait est remarquable entre les deux branches du motif, vers son milieu.
419- Egalement dignes d’intérêt, plusieurs enlèvements allongés laissent entendre le travail de percussion oblique sur la paroi, manifestement réalisé avec un autre outil et appliqué avec une autre force de frappe pour dégrossir et aplanir le panneau.
420Une plaque de grès s’est probablement détachée au cours de la gravure dans le bas du motif, mais n’a pas empêché le travail de se poursuivre puisque les impacts sont visibles, alors que le tracé du signe est moins profond. Il est à se demander si ce défaut de relief ne serait pas aussi dû à la météorisation, qui aurait pu trouver un terrain favorable sur cette partie fragilisée : à l’expérimentation, en effet, il s’avère qu’une fois la « peau » très dure percée, la sous-couche du grès apparaît beaucoup plus tendre.
421La dynamique générale du motif est rendue par deux arcs radiés, entre lesquels il est impossible de remonter une relation chronologique, aucune sécante ne les mettant en rapport.
422- Un tracé A est donc arbitrairement décidé pour débuter la séquence.
423- Un étroit tracé B pourrait être un guide ou un repentir (une ligne inachevée devant séparer l’excroissance à gauche et la portion de disque formant le motif ?) ; il est recouvert par C3.
424Le contour C fut opéré en plusieurs tracés :
425C1 est placé en parallèle à la branche gauche de A ; il ne recoupe ni ne vient au contact du motif anthropomorphe ;
426- C2 lui succède pour définir l’appendice gauche du motif, mais sans le contourner entièrement ;
427- C3, en effet, prolonge – après un arrêt au milieu du signe
428– le même tracé qui épouse la dynamique courbe de A et ne sera interrompu que sur le versant symétrique, par les deux retours du signe D.
429- Comparé à l’excroissance gauche, le signe D est clairement d’une forme dissymétrique et vient d’ailleurs recouper le contour C3.
430- Enfin, pour une raison qui nous échappe, mais qui est peut-être à mettre en relation avec la surface tourmentée et irrégulière du support à cet endroit, un tracé E se superpose à C3 et vient recouvrir D, en s’arrêtant sur des fissures et micro-reliefs naturels dans le grès.
431Conclusions sur le motif « petite embarcation » : Ce motif dissymétrique, en forme de fragment de disque, est principalement composé de deux arcs radiés. Contrairement au dessin de synthèse proposé précédemment depuis une fenêtre d’acquisition élargie contenant l’anthropomorphe, deux interprétations des tracés doivent être corrigées. Premièrement, ces deux arcs concentriques ne se rejoignent pas en leurs extrémités supérieures, plusieurs fissures naturelles nous ont induits en erreur au moment d’extrapoler le tracé. Deuxièmement, l’excroissance dessinée à gauche dans le prolongement du contour inférieur du motif n’est pas reprise telle quelle sur le versant droit ; il s’agit ici d’un signe à part entière, déconnecté du contour inférieur et le recoupant.
432Dans cette nouvelle configuration, il est patent que le motif général s’apparente encore davantage au dessin de la grande embarcation, notamment en comparant ses excroissances courbes, arrondie sur la gauche, courbée sur la droite, qui reproduisent un même schéma conceptuel. Nous maintenons l’interprétation d’une embarcation sans équipage, probablement munie d’un aviron de gouverne et d’une figure de proue. Le qualificatif de « petite » ne vaut que par comparaison avec les deux motifs voisins.
6.5. Synthèse générale sur le rocher de la Vallée aux Noirs 6 : sondage archéologique et levé d’art rupestre
433Les gravures du rocher désigné Vallée aux Noirs 6 dans l’inventaire et la nomenclature du GERSAR, sont authentifiées et en partie datées. Elles ont été suivies sous terre après l’enlèvement partiel d’une masse sédimentaire de 2 m de puissance ayant permis d’atteindre un paléosol puis le substrat sableux à galets, géologiquement en place (fig. 73).
434La surface ouverte par le sondage est de 6 m2, mais un seul secteur de 1x1 m (H17-18) a été descendu jusqu’au substrat, à 215 cm sous la surface ; deux autres carrés (I17 et H16) ont été décapés respectivement à 1 m et 90 cm pour assurer la protection du sondage et des fouilleurs ; le carré H15 fut limité à 40 cm de profondeur, tandis que les carrés J17 et K17 furent descendus à 20 et 50 cm pour dégager le bas de la paroi tout en suivant la partie basale d’une dépression récente.
435La séquence sédimentaire est donc en partie perturbée en secteur occidental par des intrusions modernes (ferraille, faïence, verre), trouvées dans un comblement organique sombre, très visible en I17 jusqu’à -60 cm, au contact d’un pivot de chêne anciennement abattu. Puis une succession de strates sableuses jaune clair, argilo-sableuses brun clair, viennent s’accumuler au-dessus d’une couche gris-sombre, paléosol préservé à la base de la séquence. Ce paléosol est en légère pente en direction de la vallée sèche ; il contient des charbons millimétriques dont deux échantillons ont été envoyés pour datation AMS au centre de Tucson, USA (programme JADE 2).
FIG. 73 Vallée aux Noirs 6 (Buthiers, Seine-et-Marne).

Elévation du rocher (modèle carte des normales issu de la photogrammétrie), tracés levés par éclairages tournants et inventaire coloré des entités sémiotiques.
436Aucun vestige céramique n’a été récolté dans ces couches, ni industrie des roches coupantes. On note cependant l’existence de plusieurs éclats anguleux centimétriques en grès, dans le paléosol basal, de même nature pétrographique que la paroi, ainsi qu’un éclat mince sur lequel est encore bien préservée une surface finement piquetée, qui donne la mesure du travail considérable accompli pour dresser le support.
437À la détection des gravures s’est en effet ajoutée la reconnaissance d’une préparation de la paroi qui débute entre 50 et 80 cm au-dessus du paléosol, sol supposé d’une fréquentation des lieux au Néolithique. Cette préparation a consisté d’une part à réduire les ressauts naturels les plus anguleux, d’autre part à aplanir les surfaces non seulement au contact des signes, mais également en périphérie de la composition. Ce dressage a pu servir aussi à anticiper les accidents de taille en agissant par soustraction de matière sur les parties fragilisées par une desquamation du grès.
438Les gravures proprement dites se rencontrent jusqu’à 1,2 m sous la surface actuelle. Les plus profondes se rapportent à un motif anthropomorphe qui émerge à 2,6 m au-dessus du sol moderne ; la hauteur totale de la scène est donc de 3,8 m pour un encombrement latéral maximal de 4,1 m, soit un panneau de 16 m2. Quatre ensembles sémiotiques ont été identifiés (hache emmanchée, motif anthropomorphe, petite et grande embarcation sans équipage, avec aviron de gouverne courbé), chacun étant en mesure de contenir plusieurs motifs, un motif pouvant se confondre avec un signe ou se prévaloir de l’assemblage de plusieurs signes.
439Une relation analogique évidente assure un lien étroit avec les « plumes » des représentations anthropomorphes régionales sur stèle (Rouville à Malesherbes, Loiret ; Devilliers 2005, Bénard 2011) ou sur bloc naturel (Closeau à Nanteau-sur-Essonne ; Bénard 2011a, Caldwell 2013).
440La prochaine étape dans l’interprétation de la paroi sera d’établir précisément la séquence chronologique, autrement dit d’assurer les relations d’antéro-postériorités à l’échelle de la scène en son entier. Cette étape est pour l’heure reportée, car elle nécessite un autre travail d’analyse et un descriptif supplémentaire qui ne pouvait intégrer le présent chapitre.
441Nous n’avons pas voulu non plus ouvrir la totalité du panneau enfoui. Il nous a semblé important qu’une réserve soit maintenue pour des recherches futures, notamment en intégrant des techniques et méthodes de datation ou de détection qui nécessiteraient l’accès à une surface vierge d’intervention moderne. En sorte qu’un doute légitime subsiste sur l’inventaire complet de la composition qui pourrait ne pas se limiter aux quatre ensembles définis par ce sondage et ces relevés.
442L’absence de mobilier archéologique diagnostique, soit au niveau de la sédimentation post-néolithique, soit à la hauteur du paléosol, n’implique pas que ces accumulations soient vierges de témoignages. La surface très réduite fouillée en partie basale ne peut être représentative de la cinquantaine de mètres-carrés potentiellement explorables devant et au pied de la paroi du rocher. La pente ascendante prise vers la vallée par les accumulations sableuses au-dessus du paléosol, qui est orienté à l’inverse, ne laisse pas d’intriguer…
443Une prospection géophysique et des sondages à la tarière, menés sur ce parvis horizontal, ainsi que sur la rupture de pente notée au-delà vers la vallée (prévue en 2016), permettraient peut-être de localiser des anomalies structurales dans le sol, tout en suivant le paléosol.
7. La dalle couchée de Trézan (Malesherbes, Loiret)
444La dalle en grès, à peine affleurante en 2000 lors d’un bûcheronnage sur la parcelle, permit à M. Lejour d’y détecter plusieurs surfaces piquetées. Un premier rapport (inédit) établi en 2010 par D. Godefroy, en visite sur les lieux, concluait sur la présence de deux formes gravées, dont probablement une hache emmanchée et de nombreuses stries rectilignes parallèles (Godefroy et Lejour 2010). Deux fragments en connexion, dans la partie élancée du bloc, laissèrent supposer aux auteurs qu’il fut initialement, dressé puis brisé lors d’une chute.
445Cette découverte une fois divulguée, une intervention de terrain associa en 2010 des membres de la Société Archéologique de la Région de Puiseaux et des adhérents du GERSAR. La dalle, dégagée sur son pourtour, s’avéra plus longue que les 4,3 m mesurés auparavant et atteint finalement 6,5 m de longueur (fig. 74) ; nous n’en connaissons ni la largeur ni l’épaisseur, aucun plan du support n’étant publié à l’issue de l’intervention (Bénard 2011c et d). Ce bloc, en grande partie recouvert de limons et reposant sur des argiles, n’est donc pas à son emplacement géologique et provient peut-être du banc gréseux présent à une vingtaine de mètres au sommet de la parcelle. Une fracture en porte-à-faux, après glissement sur la pente, est l’hypothèse privilégiée (Bénard 2011d). Selon notre collègue, la forme et l’orientation des gravures ne permettent pas non plus de conclure à une ancienne stèle dressée ; nous reviendrons sur ce constat en fin d’analyse descriptive.
446Les signes gravés sont répartis entre tracés fins linéaires formant « une marelle inachevée, une représentation étoilée et divers sillons non organisés » (Bénard 2011d, p. 9), des représentations de trois haches – peut-être une quatrième – et une figuration animalière, décrite avec ventre, queue, sexe, quatre membres, tête et ramure (cerf ou chevreuil). La morphologie des objets gravés permet une juste comparaison avec l’abri de la Vallée aux Noirs 6, situé presqu’en face sur l’autre rive de l’Essonne, rivière qui coule en contrebas, ainsi qu’avec les signes connus sur un orthostate dans la tombe mégalithique du Berceau (Changé/Saint-Piat, Eure-et-Loir), au plafond de la chambre de Dissignac (Saint-Nazaire, Loire-Atlantique) et sur une petite stèle trouvée dans l’entrée du caveau du Mané-er-Hroëck (Locmariaquer, Morbihan).
447La fouille, limitée à l’emplacement et au contour strict de la dalle, permit néanmoins de récolter plusieurs fragments de lames en silex, mais surtout une pièce plus robuste à l’extrémité mâchée que les auteurs attribuent, par comparaison avec les « gravoirs » trouvés dans la région, au probable travail de piquetage sur la dalle.
FIG. 74 Trézan (Malesherbes, Loiret).

En bas, dégagement de la dalle brisée par le GERSAR (photo D. Godefroy 31/07/2010) ; en encadré, prise de vue sous tente du secteur gravé (photo L. Valois 23/09/2014).
448Nous sommes finalement intervenus en 2014, grâce à l’aide de D. Godefroy et l’obligeance du propriétaire des lieux. Mais en quatre ans, les coupes se sont éboulées, la végétation a repris, y compris sur la pierre (mousses). Enfin la surface accessible est aujourd’hui beaucoup plus réduite qu’en 2010 ; il manque notamment les deux fragments au nord, sans doute remblayés. Une fracture nette reste encore accessible à l’observateur entre le bloc gravé et son suivant. Un nettoyage préalable a tenté d’accéder à toute la surface gravée, sans parvenir à dégager la bordure de la dalle qui aurait nécessité une fouille.
449La surface naturellement lisse (par érosion) de la dalle est constellée d’impacts plus ou moins profonds, mais qui ont tous nécessité une force importante pour marquer à ce point le support dur en grès ; ils sont parfois très comparables à ceux dessinant les signes néolithiques. L’extrémité distale de l’instrument employé pour graver devait être assez aiguë pour limiter l’impact à une cupule généralement mesurée en deçà du centimètre. Ces marques se cantonnent au secteur couvert par les motifs qui seront ci-après décrits. Il est difficile d’interpréter leur présence et leur dispersion.
450Plusieurs incisions marquent également la dalle, notamment sur son arête sommitale au nord, rapprochées et parallèles, parfois orthogonales mais en moindre nombre, au point que nous avons tout d’abord pensé retrouver le schéma assez courant des traces de socs de charrue sur des blocs non visibles dans la terre arable. Mais plusieurs de ces sillons non oxydés sont manifestement recoupés par le piquetage des signes ; ils leur sont donc antérieurs pour une part, voire contemporains comme nous le verrons.
7.1. Photogrammétrie et enregistrements photographiques sous éclairages tournants et frisants
451La photogrammétrie s’est établie sur un corpus de 75 clichés. L’enregistrement par éclairages tournants s’est fait de jour sous tente noire (fig. 74). Une première fenêtre d’acquisition a enregistré l’ensemble de la dalle visible, une seconde station a détaillé la hache E.
452Station 1
453Les motifs seront désignés par des lettres capitales, à leur tour dénombrées selon les signes identifiés, en débutant à l’est et en suivant la bordure de la dalle (fig. 75 et 76).
454- Le motif A est clairement une lame de hache emmanchée. Cette lame A1, que l’on suppose polie, est réalisée avant le manche A5 ; elle est formée d’un corps dégagé par piquetage. Mais la séquence est plus complexe qu’il n’y paraît. Tout d’abord un renflement en limite méridionale de la lame, à la gauche du manche, doit être mis en rapport avec un arrêt du piquetage profond dans le corps du signe : A1 se singularise ainsi de A2 qui prolonge celui-là en étant plus étroit, jusqu’à finir en pointe. Mais rien ne permet de dire, de ces deux évènements, lequel est antérieur à l’autre. Ensuite, à droite du manche, deux surfaces concurrentes forment la partie proximale de la lame : d’une part un enlèvement par percussion au contact du manche (A3), d’autre part un large trait incisé (A4) qui est cette fois postérieur au piquetage précédent.
FIG. 75 Trézan (Malesherbes, Loiret).

Station 1 : inventaire des contours des signes levés sous éclairages tournants (photos DSC_0196 à DSC_0275 ; 23/09/2014) ; cupules de percussion et inventaire coloré des enlèvements de matière.
FIG. 76 Trézan (Malesherbes, Loiret).

Station 1 : inventaire coloré des enlèvements de matière et chronographie des phases de réalisation ; les lettres sont appelées dans le texte.
Photos S. Cassen.
455Enfin, au bas du manche de l’instrument figuré, un segment A6 barre l’ensemble et lui est postérieur. On constate, à cet endroit, qu’une strie dans le support est surmontée par le travail occasionné par ce dernier signe. Par contre, on note que ces parties d’incisions – qui présentent toutes un aspect similaire – entourent l’extrémité distale du manche crossé, comme si un tracé préparatoire avait guidé le graveur. On ne saurait en exposer davantage, seule une analyse tracéologique permettrait de développer chronologie et fonction de ces fines incisions.
456- Le motif B est un segment courbe entièrement dégagé par impacts verticaux.
457- Le motif C se compose de 7 tracés principaux, plutôt parallèles, dont 4 sont joints à une extrémité par un tracé transversal (C8). Un autre segment C9 semble parallèle à ce dernier et conjoindre quatre de ces signes par leur milieu, mais cette ligne se limite à une suite de cupules de percussion.
458Il est difficile de comprendre le motif. Dans le corpus à notre disposition, les « grilles » s’adaptent mal au présent dessin, a fortiori s’il fallait envisager un tel traitement technique. Dans le registre armoricain, seuls les « bateaux avec équipage » reproduisent cette ligne directrice. Mais le défaut de continuité en bordure de la dalle enterrée nous prive d’une lecture plus complète susceptible de modifier l’information.
459- Le motif D semble prolonger le signe B, comme en symétrie miroir. On se doute d’un lien entre ces tracés, mais sans pouvoir conclure fermement. B, D1 et D2 laissent transparaître un même schéma graphique, simplement plus dissymétrique pour B, qui s’apparente par ce détail aux crosses de jet. Mais si B et D sont réunis, le dessin courbe rappelle alors une embarcation sans équipage, qui serait symétriquement disposée par rapport à C.
460- Le motif E est le mieux défini de toute la composition, en tant que les coups portés à la roche sont exécutés avec davantage de maîtrise, laissant un contour bien marqué au moyen d’impacts de faible diamètre (2-5 mm).
461Le manche crossé E1 est la réalisation la plus ancienne. La lame polie E2 vient ensuite et l’on note un talon pointu et surtout un tranchant évasé trop proche d’un type comme le Saint-Michel pour que ce dessin soit accidentel ou inventé.
462À la base du manche, deux « crochets » symétriques forment comme un pommeau. En réalité, l’enregistrement soigné permet de dissocier, sur le secteur gauche, deux enlèvements successifs qui n’ont pas été fusionnés par le graveur. Ce détail est d’importance, car à l’évidence la scène se compare directement au panneau de la Vallée aux Noirs 6, où quatre signes semblables se répartissent de part et d’autre de l’extrémité proximale du manche. La station supplémentaire suivante reviendra sur ces appendices.
463- Le motif F est encore une fois une hache à manche crossé, mais d’une orientation distincte des deux précédentes, oblique par rapport à un axe longitudinal virtuel dans le support.
464Contrairement au motif précédent, la lame F1 est antérieure au manche F2. Ses deux extrémités sont équarries et le corps en son ensemble est courbé.
465Le manche présente une extrémité proximale recoupée par un signe difficile à comprendre, sinon par analogie avec le motif voisin. Seulement, dans cette configuration, les « crochets » sont dirigés vers le bas et non vers le haut. Une autre possibilité réside alors dans le dessin d’une crosse de jet venant au contact de ce manche, qui expliquerait la dissymétrie du signe.
466- Le motif G est la quatrième hache crossée inscrite sur la dalle. Sa réalisation est beaucoup moins soignée que le motif E, au point que l’on doute qu’il puisse s’agir du même graveur. Les impacts sont désordonnés, irréguliers, les contours ressortent mal sans offrir une limite continue révélant le motif clairement. Plusieurs enlèvements sont effectués en oblique, en chassant à coups répétés.
467Comme pour F, la lame G1 est antérieure au manche G2, dont le crosseron est peu marqué. Le type de hache est difficile à évaluer, le talon étant davantage sorti que la partie active de la lame, témoignage de ce manque d’attention à la gravure. Le tranchant est en tout cas droit et se raccorde par des angles aux bords de la lame ; un type opposé aurait pu être signifié, même sans apporter beaucoup de soin à son inscription. S’ajoute, encore une fois, un segment G3 qui barre l’extrémité proximale du manche.
468On note enfin qu’au moins une des stries qui entourent le motif est interrompue par la gravure du manche tandis qu’une autre, orthogonale à celle-là, recoupe la lame polie.
7.2. Station 2
469Ces prises de vues ont recherché des détails en vues approchées sur le motif E qui est vite apparu, à l’observation sous éclairages obliques, muni d’une lame au tranchant divergent et arrondi. Il ne s’est pas agit d’une station sur trépied, mais d’une saisie manuelle sans pivoter le corps et à une relative égale distance du support ; une dizaine de clichés a suffit à documenter ce qui avait déjà été levé et redressé (sur un corpus de 26 clichés : DSC_0276 à DSC_0301).
470- L’inventaire des contours (enlèvements, limites du motif) révèle – on s’en doute – une plus grande complexité du dessin par rapport à la fenêtre précédente, longue de 2 m, qui est une dimension trop importante dans l’enregistrement des gravures altérées, mais reste acceptable dans le cas présent (fig. 77). On note d’emblée que le manche n’est pas vraiment rectiligne et qu’un décalage est bien visible en son tiers inférieur.
471- La lecture technique est sans aucun doute facilitée par la bonne conservation des négatifs d’enlèvements préservés sous la couche limoneuse. En plus des cupules de percussion circulaires qui atteignent parfois 10 mm, se remarquent des séries linéaires formées de plusieurs négatifs se recoupant sur 2 à 3 cm en donnant ainsi le sens de réalisation. La restitution graphique de ces enlèvements en série est difficile à fixer, il manque souvent une partie des négatifs repris par d’autres pour égaliser la surface. Mais au total, les témoins restants sont assez démonstratifs (fig. 77). Et, sans surprise, une percussion probablement indirecte est menée depuis le bord du signe. Vers le talon, le travail se fait parallèlement aux bords et depuis l’extrémité de la lame afin d’éviter d’outrepasser un bord en percutant depuis l’autre bord dans sa direction. Cette lecture permet enfin une chronologie relative et le phasage des enlèvements.
472- Le manche A est antérieur à l’inscription de la lame. Mais son tracé rectiligne est interrompu en son tiers inférieur, comme si deux phases de réalisation étaient ici décelables, sans qu’une relation d’antéro-postériorité n’apparaisse à la lecture des impacts.
FIG. 77 Trézan (Malesherbes, Loiret).

Station 2, hache E : inventaire des contours des signes levés sous éclairages tournants (photos DSC_0278 à DSC_0293 ; 17/09/2014), cupules de percussion, inventaire coloré des enlèvements de matière et chronographie des phases de réalisation ; les lettres sont appelées dans le texte.
Photos S. Cassen.
473- Cette lame B, qui recoupe la surface piquetée du manche crossé, présente un corps dissymétrique, puisque la partie droite du talon prend un écartement qui va être réduit au niveau de la « mortaise ». La morphologie de la lame reprend donc sur une largeur un peu plus étroite et se développe affectée d’une légère courbure des deux bords au lieu de les rendre rectilignes.
474Le dessin de la pierre prend bien sûr tout son intérêt à travers la forme du tranchant qui est manifestement évasé, sans qu’il puisse être envisagé un accident de gravure. Il existe, par comparaison directe, trois types bien inventoriés par le programme JADE qui pourraient se superposer au signe : le type Saint-Michel, le type Pauilhac et possiblement le type Rarogne. Faute de connaître la section qui ferait la distinction, difficile de partager entre Saint-Michel et Pauilhac. Rarogne ne semble pas emporter l’adhésion sur la foi du talon rectiligne et du corps qui n’en restitue pas la ligne directrice. En sorte qu’en se fondant sur les rapports privilégiés recensés avec la Bretagne à partir des représentations régionales, le type Saint-Michel pourrait bien être ici en Gâtinais l’instrument figuré.
475- Enfin un motif C marque l’extrémité proximale du manche. Et comme nous l’avions déterminé à partir de la station précédente, trois surfaces autonomes s’inscrivent de part et d’autre de cette extrémité. Il est difficile de dire si C1 et C2 sont le résultat d’une intention du graveur ou simplement l’écho d’un repentir, étant donné l’absence de correspondance symétrique sur la partie droite.
FIG. 78 Trézan (Malesherbes, Loiret).

Modèle texturé issu de la photogrammétrie (photos IMG_8760 à DSC_8834, sept. 2014), MNT (occlusion ambiante) et incrustation des tracés néolithiques inventoriés par éclairages tournants ; en encadré, la dalle dressée dans l’hypothèse d’une stèle (départ du second fragment en connexion sur le terrain).
7.3. Conclusions sur la scène
476La dalle dite de Trézan est une plaque en grès stampien, découverte allongée en début de pente sur la rive gauche de l’Essonne qu’elle domine d’une trentaine de mètres. Sans végétation arbustive dans la parcelle actuelle, l’entrée de la Vallée aux Noirs serait visible à 2 km au nord-ouest, sur l’autre rive.
477Le bloc de 6,5 m de long n’est pas géologiquement rattaché au substrat et ne semble pas s’être déplacé sur ce haut de pente par simple gravité. Brisé en trois fragments nets, encore en connexion mais affectés de décalages décimétriques, un tel monolithe ne peut se casser non plus par porte-à-faux dans l’encaissant limoneux (sauf mouvements sismiques). L’hypothèse d’une pierre dressée puis chutée, suggérée par les premiers inventeurs, semble par conséquent recevable et testable si une fouille pouvait être conduite vers l’extrémité distale, lieu de la probable fosse de fondation (fig. 78).
478L’implantation d’une stèle à cet endroit serait tout à fait en accord avec d’autres logiques de placement topographique, à l’image de la stèle Pierre Droite à Prunay-sur-Essonne (Essonne), sur cette même rive gauche à 10 km plus au nord, qui n’est pas érigée en sommet et bordure du plateau, d’où elle serait invisible pour un observateur cheminant au bas de la vallée, mais bien sur la pente pour assurer cette co-visibilité.
479Dans cette hypothèse, les gravures ici commentées seraient tournées vers l’ouest et le dégagement du plateau. Une fouille permettrait aussi, à l’évidence, de retourner le premier bloc occidental et savoir s’il est gravé sur l’autre face.
480La scène se compose en définitive de quatre haches à manches crossés : deux seraient verticales, tranchants dirigés à gauche, dans l’éventualité d’une stèle redressée vers l’ouest ; une serait renversée à presque 180° entre ces dernières ; enfin, et alors que les trois spécimens précédents sont hauts de 35-37 cm, une petite hache également crossée d’une douzaine de centimètres seulement vient en oblique au contact de la gravure de hache la plus occidentale. Celle-ci est assez soigneusement inscrite dans la pierre, au point que le tranchant évasé permet de proposer le type Saint-Michel comme modèle le plus acceptable, avant les types Pauilhac et Rarogne du tableau européen des objets en jade socialement valorisés. Ce type d’instrument est rare en dehors de l’épicentre morbihannais ; ainsi un exemplaire découvert à Zermatt (Valais, Suisse) ne manque pas de souligner la proximité des carrières du Mont Viso, d’où il est originaire ; quant aux deux exemplaires signalés en Allemagne, ils sont très probablement originaires de Bretagne (Pétrequin et al. 2012, tome 1, p. 646). S’ajoute à Buthiers, et sur cette hache en particulier, la représentation d’objets recourbés au bas du manche qui assure la liaison avec la scène décrite en Vallée aux Noirs 6 ; ici comme là-bas, nous maintenons la possibilité d’y reconnaître un trophée de défenses de sanglier. Les trois autres spécimens sur la dalle de Trézan n’offrent pas de signes aussi bien reproduits.
481Accompagnant ces quatre motifs très cohérents, deux assemblages de signes difficiles à interpréter bordent le côté gauche de la dalle, rectilignes pour les uns, curvilignes pour les autres. Les deux propositions de lecture nous ont porté, à chaque fois, vers une embarcation, avec et sans équipage, opposées par le fond des coques. Une troisième voie peut être mentionnée qui, en fusionnant ces deux images jusqu’ici séparées, retrouve la même idée d’un mobile par le fait que le motif en croissant serait l’embarcation et que l’autre, à segments parallèles, illustrerait les rames de la propulsion, à l’instar de bien des représentations de par le monde. Dans ce cas, les deux extrémités relevés et parallèles seraient l’exacte réplique des proue et poupe de la petite embarcation dans la scène figurée en Vallée aux Noirs 6.
482La reprise des motifs dans la micro-topographie du support gréseux permet enfin d’expliquer leur disposition, qui semble curieusement se limiter à un seul côté de la dalle et à la hauteur d’un homme dans l’hypothèse où elle aurait été dressée. En réalité, la hache finement gravée, du type Saint-Michel, est à cheval sur l’arête sommitale du bloc, tandis que les deux autres haches de taille similaire se répartissent de part et d’autre de cette ligne de relief. Enfin les « bateaux » verticaux et la hache renversée sont distribués à égale distance d’une large cupule naturelle et profonde dans la pierre (diamètre 10 cm). Il semble que cet arrangement soit par conséquent étroitement dépendant de la morphologie et des accidents naturels, sans souci d’une plus large occupation de la surface de la pierre.
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