Les visions du monde de Sylvie Germain et de Victor Hugo
Sylvie Germain’s and Victor Hugo’s Visions of the World
p. 79-91
Résumés
Alors qu’on ne peut parler d’influence de Victor Hugo sur Sylvie Germain, en revanche on peut constater une grande affinité de leurs univers spirituels. L’un et l’autre sont des songeurs, des voyants et des visionnaires qui savent nous transmettre et nous faire partager par leurs œuvres bien des visions de l’immensité et nous ouvrir à l’au-delà du visible. La contemplation leur est familière et tous deux, penchés « au bord de l’infini », ont accès à la « Bouche d’ombre » qui dévoile au poète l’ensemble de la création et l’unité cosmique et mystique de l’échelle des êtres qui mène de Dieu à Satan, avec, en son milieu, « l’homme qui plane et rampe ». Et tous deux mettent en évidence l’importance de la nuit, une nuit qu’il faut traverser pour accéder à la véritable clarté.
Whilst it would be inappropriate to speak of any direct influence of Victor Hugo on Sylvie Germain, there is nonetheless a close affinity in terms of their spiritual universe. Both writers are dreamers, seers, visionaries, opening up, in their works, perspectives on immensity and inviting us to see beyond the visible realm. Contemplation is their natural mode: stationed on the very brink of the infinite, they both have access to the “dark mouth” of poetic inspiration which opens up the cosmos, revealing the mystical unity of the created order that extends from God to Satan, with at its centre the figure of man who “both soars and crawls”. Night is central to both writers, for it is only by traversing it that one can reach the true light.
Texte intégral
1Parmi les sujets proposés pour les Entretiens de Pontigny de 1935 figurait celui-ci : « D’un Hugo connaisseur des “choses divines” ; coopération des songeurs romantiques, en général, à la recherche philosophique de Dieu »1. Je ne doute guère qu’aujourd’hui Sylvie Germain puisse être incluse parmi ces songeurs, elle qui, comme Victor Hugo, comme Rimbaud (qu’elle a célébré dans une de ses toutes premières nouvelles : L’Aveu) et bien d’autres poètes, est un voyant, un « mage » qui sait nous transmettre et nous faire partager dans ses romans bien des visions et nous ouvrir à l’au-delà du visible.
2Dans L’Encre du poulpe où l’on voit une jeune femme interpellée, touchée et sauvée par la grâce et le mystère de la rencontre du regard d’une pieuvre, c’est Victor Hugo qui se trouve convoqué, l’auteur des Travailleurs de la mer d’abord – roman dont le premier titre était « Les Doubles Fonds de l’abîme » –, qui interroge les profondeurs du monde et les vertiges de l’homme, orchestre la lutte de Gilliat « avec un poulpe d’une taille et d’une hideur exceptionnelle » (EP, 33), et qui, de façon plus générale, propose une vision des animaux fantômes « que le songeur entrevoit confusément par le soupirail de la nuit » et à propos desquels sont évoqués « deux visionnaires, l’un qui s’appelle Jean, l’autre qui s’appelle Dante »2.
3« Visionnaires », « contemplations »… Chez Hugo comme chez Sylvie Germain, la rencontre se fait d’abord par le regard :
Au milieu de cette viscosité il y avait deux yeux qui regardaient.
Ces yeux voyaient Gilliatt.
Gilliatt reconnut la pieuvre. […]
Il regardait la pieuvre, qui le regardait3.
Il en va de même pour la rencontre de Laure et de la pieuvre :
La masse avait des yeux proéminents qui semblaient la regarder, à la fois de tout près et d’infiniment loin. […] Son œil était toujours braqué sur Laure. Un œil comme un phare en haute mer, ou plutôt aux tréfonds de la mer ; ce phare ne l’éclairait pas, il la dénonçait à sa propre conscience. (EP, 24-25)
Pour Hugo, « ces animaux sont fantômes autant que monstres. […] Ils sont les amphibies de la mort »4 ; et chez Sylvie Germain, la pieuvre « parut préfigurer la laideur de sa mort imminente. […] Ne représentait-elle pas un esprit des ténèbres, un monstre des Enfers ? » (EP, 24-25).
4Après quoi le poulpe se met à se transformer en la « Bouche d’ombre évoquée par Victor Hugo à la fin des Contemplations » :
L’homme en songeant descend au gouffre universel… l’immensité s’écoute… Et l’oreille pourrait avoir sa vision, Car les choses et l’être ont un grand dialogue… Tout dit dans l’infini quelque chose à quelqu’un ; Une pensée emplit le tumulte superbe5…
5Ainsi Sylvie Germain, s’appropriant ces vers de Hugo, s’inscrit-elle à son insu dans le sillage des voyants que sont Dante et Jean, le visionnaire de Patmos et de l’Apocalypse, et, se coulant dans son poulpe qui « transmuait en encre le sang, les larmes, le souffle de Laure » (36), nous conduit-elle à la « Bouche d’ombre » qui nous servira de boussole pour l’exploration de son œuvre romanesque. Car si elle a déclaré avoir peu lu et mal connaître l’œuvre de Hugo6, il me semble que les deux écrivains présentent de grandes affinités dans leurs visions du monde respectives, partagent une même sensibilité à l’au-delà du visible, et sont à l’écoute de voix venues d’ailleurs, qui les interpellent et leur dévoilent les coulisses et l’unité cosmique de la création.
6En maints endroits, l’œuvre romanesque de Sylvie Germain n’est pas sans m’évoquer le mage visionnaire qui, à la fin de ses Contemplations, déploie dans sa fantastique « Bouche d’ombre » qu’un spectre lui dévoile, une vision grandiose de l’ensemble de la création, de son unité cosmique et mystique qui met en évidence une échelle des êtres conduisant de Dieu, au zénith, pôle de lumière, à Satan, au nadir, régnant dans « l’ombre incommensurable », avec, en son milieu, « l’homme qui plane et rampe »7.
7Tout commence par la rencontre d’un « spectre » qui attend le poète et va lui servir de guide. Or, pensons à ce qu’affirme le grand Marcou dans L’Enfant Méduse :
On se moque des histoires de fantômes, on tourne en dérision les spectres qu’on déguise de draps ou autres haillons pour pouvoir en rire et n’en avoir pas peur, mais on a tort ! Parce que les revenants, ça existe ! (EM, 166)
Mais plus encore que le spectre jouant à la fois le rôle de Virgile et de Béatrice montrant et expliquant à Dante l’Enfer, le Purgatoire et le Paradis, pour Hugo, c’est le songe qui permet de descendre « au gouffre universel ». Et Sylvie Germain d’exposer longuement de son côté, à l’orée de Songes du temps, que, contrairement au rêve,
Le songe […] nous viendrait du dehors – de cet immense « ailleurs » qui nous entoure, nous accompagne, le plus souvent à notre insu – et nous permettrait d’entrer en relation avec l’invisible.
Qu’il
ondoie à la lisière du visible et de l’invisible, de la présence et de l’absence, […] déployant des espaces insoupçonnés où tout peut arriver.
Le Songe prépare le veilleur à penser bien au-delà de ses habitudes et de ses frontières, à penser l’impensable. (ST, 7 et 16)
8Pour Sylvie Germain, héritière comme Hugo de toute une tradition au confluent de la Bible et de la pensée grecque, la réalité s’ouvre tout naturellement par le Songe à un monde supérieur, infini, le monde de Dieu et des anges, dans lequel toutes les oppositions rationnelles peuvent être dépassées ou réconciliées, et où tout devient possible. Une partie de ses personnages sont doués d’une forme de voyance, au-delà du monde visible, ou plutôt, car il ne s’agit pas de mysticisme, à travers le monde visible. C’est ainsi que la malheureuse Laudes-Marie, au terme de sa marche claudicante à la rencontre de sa destinée, méditant sur son dénuement et sa solitude, constate qu’il lui reste l’essentiel :
il reste tellement à entendre dans le silence, tellement à voir alors que tout, pourtant, a disparu, et toujours à aimer quand tout le monde s’est retiré. (CM, 244)
C’est vers cet au-delà essentiel que semblent se diriger presque tous les héros de l’œuvre de Sylvie Germain à partir d’Immensités.
9De même, certains de ses personnages aux noms d’archanges, Gabriel et Raphaël, ont un rôle de passeurs, ouvrant le monde vers l’infini qu’il recèle dans ses plis, comme le fait, dans Tobie des marais, Raphaël qui, à l’écoute du vent, entend
un chant, ample et enjoué, un rire presque. Un rire sans raison ni limites, comme celui qui souvent s’empare des gens follement amoureux et qui ne trouvent aucun mot à la hauteur de leur passion, ou bien de ceux qui ont frôlé la mort et se découvrent saufs, goûtant alors la vie à l’état brut. (TM, 183)
Ou qui, plus loin,
sonde la nuit, du regard et de l’ouïe, de tous ses sens, de tout son cœur. « Les cieux racontent la gloire d’Adonaï, et l’œuvre de ses mains, le firmament l’annonce ; le jour au jour en publie le récit, et la nuit à la nuit transmet la connaissance. » Le psaume dit juste, mais à combien sur cette terre est-il donné de capter vraiment un tel message, de pouvoir l’écouter, de savoir le lire ? « Non point récit, non point langage, nulle voix qu’on puisse entendre, mais par toute la terre en ressortent les lignes, et les mots jusqu’aux limites du monde… ». (241)
10Sylvie Germain, elle, comme certains de ses personnages, parvient à capter ces messages et à les transcrire. Quant au poète des Contemplations pour qui se dévoile le « gouffre universel », c’est l’ensemble du système de la chaîne des êtres dont il a la révélation, d’un univers où, « de l’astre au ciron, l’immensité s’écoute », où « tout vit ! Tout est plein d’âmes »8 et communique avec tout, où chaque élément de la création prend place dans un système complexe aux correspondances infinies. L’homme, « qui plane et rampe », tient le milieu de « cette vie énorme […] / Qui va du roc à l’arbre et de l’arbre à la bête », puis poursuit son ascension vers Dieu, parvenant à « un monde éblouissant, miroir du monde obscur », où habitent les « esprits purs », puis les « anges »9. Et l’on y voit s’étager minéraux, végétaux, animaux, hommes, mages, esprits purs, spectres et anges, qui se dégagent progressivement du poids de la matière et de la nature pour s’approcher de l’infini de Dieu.
11Cependant le poète et le mage penchés « au bord de l’infini » ne sont pas les seuls à percevoir ce monde de l’au-delà infini, car « dans la bête, […] L’âme entrevoit la lueur éternelle », et « Là, dans l’ombre, à tes pieds, homme, ton chien voit Dieu »10. Voilà qui n’est pas sans évoquer l’histoire de Chien dans Immensités, sous la plume de monsieur Slavík. Son chien qu’il a recueilli un jour a commencé par lui sourire, et on sait l’importance du sourire d’un chien depuis que Michel Tournier l’a célébré dans Vendredi ou les Limbes du Pacifique, lorsque Tenn, le chien de son Robinson, sauve son maître des affres de la défiguration par son sourire, et lui rend ainsi son visage d’homme11. Sylvie Germain va plus loin, Chien donne à son maître le goût de la vie :
Avec Chien j’ai appris à sentir, j’ai appris que tout a une odeur […]. J’ai appris aussi à regarder et à écouter autrement. J’ai commencé à considérer le monde et les gens avec des sens de chien. J’ai fini par aimer la vie avec un cœur de chien. […] Chien m’a conduit en vérité à travers l’immensité du dedans. Et en chemin j’ai dépisté des traces. Celles de Dieu. Ou plus exactement celles de l’absence de Dieu. J’ai écouté en moi son silence, j’ai regardé en moi son absence, j’ai touché son vide. […]
Chien avait le sourire de ceux qui voient en transparence du monde et du temps, de ceux qui sentent, par tous leurs sens, que la vraie vie n’est pleinement ici que lorsque le silence de l’infini vient palpiter au ras de l’instant présent, que le mystère de l’invisible vient cogner doucement contre les plus simples choses […]. (Im, 163-164)
12Et ce sourire de Chien conduit peu à peu son maître à percevoir les mystères de l’invisible et du monde des anges :
Chien avait le sourire des élus sur lesquels l’Ange a posé sa main. […] Chien était en fait le compagnon des Anges. […] Chien, lui, n’avait pas une âme, – il était une âme. La plus douce et la plus modeste des grandes âmes. Une âme angélique à quatre pattes et à poils fauves. Sublime d’humilité.
[…] si Dieu est descendu sur la terre en s’incarnant dans le fils de simples gens, s’il a subi le supplice et la honte de la mort d’un vulgaire brigand, pourquoi un ange ne viendrait-il pas sous la forme d’un chien […] ?
Chien était venu vers moi, il ne m’avait jamais quitté, m’avait conduit en des immensités dont j’ignorais l’existence et que personne ne m’avait montrées. Chien fut mon ange gardien, mon compagnon, mon maître. Il était la lumière de ma vie. (165-167)
13De façon plus générale, dans l’univers de Sylvie Germain comme dans celui de Victor Hugo,
[…] tout a conscience en la création ;
Et l’oreille pourrait avoir sa vision,
Car les choses et l’être ont un grand dialogue.
Tout parle ; l’air qui passe et l’alcyon qui vogue,
Le brin d’herbe, la fleur, le germe, l’élément12.
14Ainsi lorsque, sortant d’un baptême, le Gabriel d’Opéra muet se trouve enveloppé d’une neige qui tombe, il a la vision de l’enfant « soulevé jusqu’au ciel » par sa mère « afin de le présenter aux chérubins et au peuple des saints » (OM, 55). Dans ses romans, tout peut faire signe, et le monde de l’au-delà se manifeste à qui est attentif, prêt à le voir et l’entendre. C’est ainsi que l’itinéraire de Laudes-Marie est jalonné de visions d’un autre monde qui lui fait signe, à partir de cette première,
une sorte d’éblouissement [… rapporte-t-elle], comme un prélude aux quelques visions qui allaient me visiter plus tard, à divers âges de ma vie, toujours à l’improviste.
Les silhouettes des merisiers se sont détachées du groupe d’arbres et se sont avancées en ondulant, d’une démarche aussi éthérée que sensuelle, à la façon de mannequins un jour de défilé de mode […].
Ma mère se trouvait-elle parmi ces femmes échevelées, mi-végétales, mi-foudre blanche ? Venait-elle m’adresser un salut au seuil de mon adolescence ? Les femmes-merisiers ont dû percevoir mes questions et une voix a retenti, à la fois enjôleuse et moqueuse, sonore comme un éclat de rire. « Sotte ! Nulle d’entre nous n’est ta mère, nous sommes des fulgurations de la terre, des épouses-éclairs de l’instant, des amantes des saisons, des lueurs d’une mémoire à venir. » (CM, 58-59)
15De nouvelles visions se succéderont, lui révélant qu’elle n’est pas seule, qu’un monde céleste accompagne sa vie et lui confère une identité singulière. Aussi, après cette première vision, se sent-elle « plus forte [qu’elle] ne l’avai[t] jamais été. Le rire des arbres bruissait en [elle] » (59), et elle se sent la sœur des arbres :
Depuis ma vision des merisiers dansants, j’avais cessé de languir après mes parents, et ma colère contre ma génitrice s’était dissoute dans un tourbillon de fleurs blanches. Mes racines, je me les étais inventées, inspirée par les arbres. (111)
16Elle continuera à avancer vers sa mère jusqu’à la vision finale d’une « immense éclaircie souriante entrevue dans le ciel ardoise » qui lui révèle que toute sa vie « n’aura été qu’une avancée […] vers ce sourire de délivrance » (245). Cette attente de sa mère qui l’a abandonnée lui fait par exemple entrevoir en chemin « [u]ne glaneuse de pierres célestes » (99) qui lui révèle que l’accouchement d’une œuvre de mots est semblable à celle d’un enfant qu’on allaite avant de l’abandonner à sa vie propre. Ainsi se fait-elle semblable à cette créature de mots.
Quand la lactation a pris fin, la femme s’est penchée vers le corps tout blanchi et l’a caressé, à moins qu’elle ne l’ait essuyé. Était-ce un allaitement, une onction ou une ablution funéraire ?
Mes questions sont restées sans réponse. (101)
17Cependant la réponse est bien là, puisque c’est elle-même qu’elle voit, et qu’elle est elle-même la réponse aux questions qu’elle se pose devant ses visions : c’est elle qui s’est trouvée abandonnée après un allaitement en forme d’« onction-ablution funéraire » ; et elle est devenue elle-même, au terme de son itinéraire, créature de papier et de mots du livre qu’elle est en train d’écrire avec les lignes de sa vie !
18Parmi toutes ses visions, penchons-nous plus particulièrement sur celle des « poubelles à baisers » qui apparaît réconfortante et salvatrice dans une situation critique et périlleuse, lorsque Laudes-Marie pense mourir à la vue du massacre abominable dont a été victime Philomène, qui ravive son souvenir de celui d’Eurydice. C’est une vision qui fait défiler devant ses yeux et récapitule son propre développement affectif, depuis sa première condition de petite fille insouciante jusqu’à celle de la femme âgée qu’elle est devenue et qui écrit ses mémoires. Au départ, « une petite fille sur une balançoire [… donnant] de brusques coups de reins », expérience connue pour provoquer les premiers émois de nature sexuelle, et cette découverte du plaisir l’envoie « dans les nuages » (177). Puis elle se met à creuser « le sol lunaire » avec acharnement, armée d’« une petite pelle en plastique rouge » et d’« un balancier d’horloge », entendons que la jeune fille qu’elle est devenue approfondit son expérience amoureuse au fil du temps (voir le « balancier d’horloge »), un temps rythmé par ses cycles menstruels, avec les armes de sa féminité (« pelle en plastique rouge »). Et voilà qu’« un pied a pointé le bout de ses orteils », matérialisant le désir de la fillette qui a grandi, avec sa fantaisie, sa légèreté, sa liberté, tandis que la « poubelle » mise au jour – avec sa « nuée de […] baisers de toute sorte, des doux et des câlins, des sensuels, des taquins, des mordants, des timides, des suaves, des rieurs, des brutaux, des distraits… » – récapitule les différentes expériences amoureuses de la jeune fille et de la femme, avec ses drames parfois dont témoignent les « [b]aisers reniés, répudiés ». Après quoi la femme âgée, frustrée toute sa vie de baisers et d’amour, contemple les souvenirs et les ruines de sa vie amoureuse ainsi que de ceux dont elle a été témoin, constatant le gâchis des baisers sans valeur ou sans suite, mis au rebut, ainsi que la permanence d’un désir en elle qui « avançait d’un pas incertain, louvoyait, sautillait par moments ». Il lui reste maintenant à considérer ce qu’a été sa vie affective, à se souvenir, se rassembler, « balayer » ce qui reste, les « monticules de baisers » ; et la narratrice devenue songeuse et triste se met « à souffl[er] sur tous ces résidus » qui s’envolent. Alors se forme, « dans la nuit galactique[,] [u]ne nébuleuse de baisers en déshérence » : l’opération de sublimation des résidus de la poubelle est réussie et la voilà sauvée, cependant qu’elle constate qu’elle aimerait encore étancher son désir toujours là (« “J’ai soif !…” soupirait-elle »), qu’elle reste avide d’amour (177-179). On pense à la complainte d’Aragon :
Est-ce ainsi que les hommes vivent
Et leurs baisers au loin les suivent
Comme des soleils révolus13.
19Ainsi se poursuivent les visions de Laudes-Marie, fantastiques et souvent énigmatiques, qui mettent en relief divers aspects de la réalité humaine ; visions qui s’ouvrent, comme chez Hugo, à la contemplation des arbres, de la brume, de la mer ou de l’air du soir, constituant autant de leçons et de révélations de soi et du sens et de la valeur de la vie, ce qui n’est pas si loin de la conception de l’éthique selon Levinas qui se construit par la rencontre de l’Autre. On songe par exemple comment l’âme et la vie de Prokop Poupa, dans Immensités, s’ouvrent au fil d’une série de rencontres ; et comment chacune d’elles prend une valeur exemplaire et universelle.
20Nous avons vu l’importance et la signification de Chien dans Immensités, mais on peut constater que tout le monde animal peut être, pour Sylvie Germain, messager du monde de Dieu ou auxiliaire de vie. Pendant près de trois ans, Lucie Daubigné a subi les assauts incestueux de son demi-frère qui l’isolent, la laissent en proie à une détresse dont elle ne peut parler à personne, et elle se sent comme « naufragée sur une île déserte » (EM, 126). Or, de cet isolement et de cet abaissement extrême, elle parviendra à se redresser grâce à ses amis les animaux dont la compagnie la console et l’instruit : il y a d’abord ceux qui sont si différents de l’Ogre poilu qui la viole, les « bestioles à membranes et élytres, animaux à peau lisse ou à plumes. Et surtout, bêtes à métamorphoses, à mues et à camouflages » (127), dont elle voudrait ravir les secrets pour échapper au prédateur ! Il y a surtout ceux qui lui enseignent à regarder, à vaincre du regard, et elle s’émerveille devant « les yeux des grenouilles et des crapauds, globuleux et splendides », les « yeux géants [des libellules] taillés en milliers de miroirs ardents dans lesquels scintille une insatiable faim », les « papillons aux ailes ornées d’ocelles », « les paons-de-jour, les machaons », ou encore les « sphinx-tête-de-mort » qui « sont par excellence les yeux de la nuit ; des yeux hantés de mort et qui, dans leur terreur, ne versent nulle larme, mais pleurent le bruit des larmes » :
Des yeux ! Voilà ce qui fascine tant Lucie chez les crapauds et les papillons : ces deux espèces, au terme de leurs diverses métamorphoses, se transforment en yeux. Volumineux globes d’or et d’airain flottant au ras des herbes et des eaux mortes, larges fleurs bariolées comme des kaléidoscopes virevoltant dans l’air, ou encore sombres pleurs couleur d’automne louvoyant dans la nuit, ainsi apparaissent grenouilles et crapauds, papillons diurnes et nocturnes, à l’enfant qui elle-même n’est plus que regard. Et de même aime-t-elle les hiboux, les effraies, les chevêches, parce que leurs faces plates ne sont qu’immenses yeux aussi fixes que lumineux. (133-134)
21La voilà donc, à leur exemple, armée de son « regard de Méduse », de son « arme de vengeance forgée auprès des bêtes des marais », qu’elle saura brandir comme « un glaive, un éclair, pour foudroyer l’ogre blond » (145).
22Il y avait eu, dans l’enfance de Lucie, la présence tutélaire du vieux crapaud Melchior, « ce doux génie du lieu qui veille sur la nuit, sur la mémoire, sur la paix de la terre » (70), qui avait cessé son chant après les agressions de Ferdinand sur elle. Réfugiée ensuite dans ses marais, la fillette y retrouve ces animaux méprisés que célébrait Hugo : le crapaud, l’araignée, ou la chouette14 clouée comme « le Christ sur la porte des cieux ! »15, auprès desquels elle trouve de grandes leçons, mais dont surtout elle se fait des alliés, et « [c]’est à ce bestiaire rampant, barbotant, voletant, qu’elle doit la chance d’une seconde vue » (135). Il y a plus : de même que Hugo avait puisé sa voyance chtonienne par sa traversée de la mort de Léopoldine et sa plongée dans l’exil considérée comme une mort symbolique16, elle saura se relever dotée d’un savoir et d’un pouvoir qui participe du divin parce qu’elle est passée elle aussi par une mort symbolique et qu’elle s’est ressourcée auprès des mortes qu’il lui faut venger : Anne-Lise Limbourg et Irène Vassalle, autres victimes de son frère. « […] elle avait redressé son regard parmi la faune des marais et recouvré une nouvelle vue. Et à présent elle voit autrement, tant le monde extérieur que les choses invisibles. […] il fallait les venger, leur rendre justice » (190, 198).
23De façon générale, Sylvie Germain, comme Victor Hugo, porte une vive attention à toutes les manifestations de la vie universelle, même sous ses formes les plus secrètes, étranges ou mystérieuses comme le parcours des astres ou les éclipses où « le loup céleste dévore la lumière » sous le « froid regard d’or » des étoiles (EM, 16) ; ou comme les arbres qui, soudain, s’arrachent à leur immobilité et se mettent « à glisser lentement le long du ciel jusqu’à échapper à la vue », comme le hêtre à l’orée d’Éclats de sel, et surtout comme l’if qui, dans Nuit-d’Ambre, se met à marcher jusqu’au cimetière et à s’enraciner sur la tombe de Petit-Tambour (NA, 33).
24Chez Hugo comme chez Sylvie Germain, on note une grande affinité avec la nuit, la nuit qu’il faut traverser pour accéder à la véritable clarté, celle des mystiques dont parle saint Jean de la Croix. On a remarqué que maintes scènes essentielles des Misérables se déroulaient la nuit, telles que le vol des chandeliers ou l’arrivée de Jean Valjean auprès de Cosette, par une nuit terrifiante :
L’obscurité est vertigineuse. Il faut à l’homme de la clarté. Quiconque s’enfonce dans le contraire du jour se sent le cœur serré. Quand l’œil voit noir, l’esprit voit trouble. Dans l’éclipse, dans la nuit, dans l’opacité fuligineuse, il y a de l’anxiété, même pour les plus forts. Nul ne marche seul la nuit dans la forêt sans tremblement. Ombres et arbres, deux épaisseurs redoutables. Une réalité chimérique apparaît dans la profondeur indistincte. L’inconcevable s’ébauche à quelques pas de vous avec une netteté spectrale. On voit flotter, dans l’espace ou dans son propre cerveau, on ne sait quoi de vague et d’insaisissable comme les rêves des fleurs endormies. Il y a des attitudes farouches sur l’horizon. On aspire les effluves du grand vide noir. On a peur et envie de regarder derrière soi. […] Cette pénétration des ténèbres est inexprimablement sinistre dans un enfant17.
Et il y a surtout les grandes nuits où le héros se débat et lutte avec l’ange :
La vieille lutte formidable, dont nous avons déjà vu plusieurs phases, recommença.
Jacob ne lutta avec l’ange qu’une nuit. Hélas ! combien de fois avons-nous vu Jean Valjean saisi corps à corps dans les ténèbres par sa conscience, et luttant éperdument contre elle !
Lutte inouïe ! […]
Il était parvenu au suprême croisement du bien et du mal. Il avait cette ténébreuse intersection sous les yeux. Cette fois encore, comme cela lui était déjà arrivé dans d’autres péripéties douloureuses, deux routes s’ouvraient devant lui ; l’une tentante, l’autre effrayante. Laquelle prendre ? […]
De quelle façon Jean Valjean allait-il se comporter avec le bonheur de Cosette et de Marius18 ?
25De même les romans de Sylvie Germain sont d’abord des traversées de la nuit, de nuits terribles, et après toutes celles du Livre des Nuits qui s’ouvre avec « la nuit hauturière » des ancêtres de Charles-Victor Péniel et dont l’auteur disait que son « thème est la nuit, celle de la douleur, de la mort, de la sauvagerie des hommes et des femmes »19, puis de Nuit-d’Ambre, arrive la nuit décisive de la lutte avec l’ange, scène fondamentale génératrice de l’œuvre entière. Écoutons Sylvie Germain :
L’univers de la nuit me fascine. […] J’aime la nuit. J’écris la nuit. […] Ces nuits de mon roman – nuits de l’eau, de la terre, des roses, du sang et des cendres –, ce sont des nuits au sens que l’entendent les mystiques. Des retournements. Ces nuits que traverse l’Homme. C’est un univers auquel je suis sensible et qui me hante. Pour moi, on est toujours dans des nuits avant d’atteindre à la lumière, à la clarté, à la raison, à l’éblouissement, à l’illumination. L’humanité n’est pas sortie de ses nuits. Il suffit de voir ce qui se passe dans le monde. On est vraiment au plus profond des nuits. Nous avons une lutte à livrer avec les éléments, avec soi-même, avec les autres20.
Mais privilégier la nuit ne signifie nullement un rejet total de la lumière. Celle-ci, comme une source discrète, menue, s’est lentement mise à sourdre, à prendre mouvement, ampleur et nuances. Et elle se lève toujours plus comme un appel, une invitation à s’étonner, à réfléchir, une incitation au songe, au voyage intérieur, – et comme une exigence de la pensée. La lumière n’en finit pas de se déployer, fragile et souveraine, à l’horizon du regard et de la pensée, ouvrant des clairières dans l’obscurité21.
26Le mystère et le sacré s’immiscent partout dans les poèmes de l’un, dans les romans de l’autre, enchantant le monde et ouvrant à toutes sortes de réalités secrètes, à un au-delà qui se manifeste soudain dans l’ici-bas, comme lorsqu’à la mort de Déborah une source apparaît autour de sa tombe, qui n’est « autre que Déborah dont le corps exsudait une à une les larmes qu’elle avait si longtemps retenues » (TM, 119). Ou lorsque, dans ses tableaux, un peintre comme Rothko dévoile « l’inexploré du monde », un « inaperçu de drames où le visible et l’invisible, la lumière et la nuit se frôlent, en s’éraflant ou se caressant, où les couleurs se meuvent à fleur d’immobilité en un double mouvement de contraction et de dilatation, où une aventure silencieuse se joue dans l’inconnu d’un espace en expansion » (In, 229-230).
27Ces modes d’apparition et de présence d’un autre monde dans la réalité du nôtre sont donc un des grands apanages de l’art, comme l’on voit dans les photos de Jonáš, où « confluaient le réel et l’imaginaire », où « le familier se hissait, ou plutôt s’effondrait, aux confins de l’inconnu, de l’inquiétant » (Im, 134). Ce sont aussi une source essentielle et la vocation de la littérature que de faire voir ce que notre œil ne voit pas ou ne sait pas voir, faisant surgir de l’inconnu encore jamais représenté, et dont les mots tracent ce qui n’avait jamais été dit. Ce qui est montré peut être parfois là, sous nos yeux pourtant, sans que nous sachions le voir, et c’est cet invisible de notre quotidien que Sylvie Germain a eu à cœur de montrer dans ses derniers romans en particulier, aux titres révélateurs : L’Inaperçu et Hors champ. C’est ce qu’elle mettait déjà en scène avec le leitmotiv de la disparition dans son Opéra muet, issu d’une de ses premières nouvelles restées inédites : comme dans l’art du photographe, il s’agit de révéler une image là où l’on ne voyait d’abord rien – ou de rendre visible ce qui était devenu invisible.
28On pense à nouveau à Victor Hugo qui, dans Les Misérables, s’est longuement penché sur le sort des humbles et des oubliés, et qui achève son roman par le chapitre : « L’herbe cache et la pluie efface », soulignant l’importance et le poids des mots contre l’oubli du temps. Et pensons à la préface de Notre-Dame de Paris où l’auteur indique l’origine de son roman :
en furetant Notre-Dame, l’auteur de ce livre trouva, dans un recoin obscur de l’une des tours ce mot, gravé à la main sur le mur : ἈΝΆΓΚΗ [= nécessité, fatalité]
[…] C’est sur ce mot qu’on a fait ce livre22.
29L’écrivain est celui qui, inlassablement, fait voir ce que nous ne savons pas voir, témoigne de l’invisible et du disparu, du mystère qui nous entoure de toutes parts, de ce qui demeure au-delà de toute explication, qui résiste à toute explication, comme le rêve par exemple. Ainsi celui de Sang-Bleu, dans Le Livre des Nuits : l’image d’éclipse du soleil a eu en elle un effet si violent quand elle avait quinze ans qu’elle l’a rendue « totalement absente au monde » et lui a fait perdre « toute mémoire » (LN, 217-218). Aucun commentaire ne saurait prétendre rendre compte de ce qui s’est passé en elle, du mystère de l’événement et de l’existence. Et c’est bien en cela que Sylvie Germain, comme Victor Hugo, est poète, car la parole poétique est faite pour être indéfiniment reprise, demeurant à jamais réfractaire à la glose. Comme l’écrit Paul Valéry dans son « Victor Hugo créateur par la forme » :
Quels que soient […] les problèmes dont l’esprit s’inquiète, quelles que soient les solutions qu’il s’arrête à leur donner, ce ne sont […] que des combinaisons de mots, des arrangements de termes […]. Chez lui [Hugo], la forme est toute maîtresse. […] Il est comme le possédé du langage poétique. […] La Pensée devient en lui le moyen et non la fin de l’expression23.
Et dans ses « Propos sur la poésie » :
Le poème ne meurt pas pour avoir servi ; il est fait expressément pour renaître de ses cendres et redevenir indéfiniment ce qu’il vient d’être24.
30De telles considérations s’appliquent également à bien des passages des romans de Sylvie Germain.
31En deçà de cet usage poétique du langage, il y a, chez Sylvie Germain comme chez Victor Hugo, toute une problématique de la contemplation sur laquelle s’est longuement penché Jean Gaudon25, de la contemplation qui conduit à la mystique du voyant aveuglé car, écrit Hugo, « le plus aveuglé, c’est le plus ébloui »26. Et l’on pense à Taddeo Gaddi qui, rapporte Louis-Félix, « avait […] gravement endommagé sa vue à la suite de la contemplation d’une éclipse solaire », ce que celui-ci commente : « À trop aimer les astres et les mystères du ciel il s’est ruiné les yeux, mais il a aussi trouvé une inspiration tout à fait originale pour traiter le problème de la lumière » (EM, 264).
32Dans le même ordre d’idée, Hugo a longuement parlé de La Pente de la rêverie qui peut conduire à d’insondables abîmes :
Une pente insensible
Va du monde réel à la sphère invisible ;
La spirale est profonde, et quand on y descend,
Sans cesse se prolonge et va s’élargissant,
Et pour avoir touché quelque énigme fatale,
De ce voyage obscur souvent on revient pâle27 !
Pensons par exemple à Hyacinthe Daubigné qui reçoit par les ondes des textes issus d’une « source enfouie au plus obscur, au plus brûlant de la chair amoureuse, […] à fleur des sens tendus dans la contemplation du monde et accordés à l’écoulement du temps » (EM, 231) ; à la vieille Madeleine Ancelot qui s’abîme dans la contemplation du ciel, prenant « enfin conscience de ce que c’est que le visible » :
« Je regarde de toute la force de mon attention, jusqu’à faire coïncider le visible et mon regard… mes yeux avec le ciel, avec la lumière, les nuages… alors, alors je deviens presque nuage ! […] je me sens comme emportée dans les remous des nuages, dissoute dans la lumière, dans le brouillard, je suis la pluie, le vent… […] L’immensité est là, derrière mes vitres. » (275-276)
Ou encore à Prokop qui, tout à sa « patiente contemplation d’images oniriques », s’adonne à de « longue[s] rêverie[s] entre les quatre murs de ses toilettes », préparant en lui « un terreau propice à la germination d’un peu n’importe quoi », mais qui, en l’occurrence, le conduira à percevoir « l’immensité […] enclose en notre finitude » (Im, 47 et 255).
33Victor Hugo, Sylvie Germain : si l’on ne peut parler d’influence de l’un sur l’autre, en revanche il me semble vraiment qu’il y a rencontre et dialogue de leurs univers respectifs, de leur sensibilité, de leurs affinités avec tout ce qui constitue la vie, la société, la nature, et toute une réalité qui nous demeure inaccessible, mais sur laquelle ils ouvrent l’un et l’autre toutes sortes de perspectives. Ces deux noms s’associent dans mon esprit comme ceux de voyants inlassablement penchés sur l’au-delà du visible28, tout en éclairant leur monde familier qu’ils nous aident à percevoir et à comprendre.
Notes de bas de page
1Archives de Cerisy-Pontigny. Cette décade eut lieu du 3 au 13 août 1935.
2Victor Hugo, Les Travailleurs de la mer, in Œuvres complètes, édition chronologique, Jean Massin (éd.), Paris, Le Club français du livre, t. XII, 1969, p. 743.
3Ibid., p. 739-744.
4Ibid., p. 742-743.
5EP, 36. Les citations de « Ce que dit la bouche d’ombre » vont du vers 1 à 43.
6Voir Sylvie Germain : « Pendant longtemps je n’ai connu de Victor Hugo que les textes figurant dans le Lagarde et Michard et dans des anthologies. J’ai tout de même lu L’Homme qui rit, roman que j’ai trouvé prodigieux, et Les Travailleurs de la mer, il y a seulement une dizaine d’années. J’ai été éblouie par le mélange de force, d’énergie, par l’ampleur de l’écriture, le souffle de l’inspiration qui n’exclut pas le souci des détails » (« Rencontre avec Sylvie Germain, animée par Daniel Martin, Le Lieu unique, Université populaire de Nantes, 2 février 2005 (extrait) », Littera. Edebiyat Yazıları (Ankara), no 24, Sylvie Germain, juin 2009, p. 127).
7Victor Hugo, « Ce que dit la bouche d’ombre », in Les Contemplations, Jacques Seebacher (éd.), Paris, A. Colin, 1964, t. II, v. 527 et 391-392, p. 266 et 261.
8Victor Hugo, « Ce que dit la bouche d’ombre », v. 1, 8, 48.
9Ibid., v. 120-186, et 391.
10Ibid., v. 301-304, 477.
11Voir Michel Tournier, Vendredi ou les Limbes du Pacifique, Paris, Gallimard (Folio no 959), 1984, p. 89-91 (« son sourire de chien se reflétait de jour en jour plus distinctement sur le visage humain de son maître »).
12Victor Hugo, « Ce que dit la bouche d’ombre », v. 8-13.
13Louis Aragon, Le Roman inachevé, Paris, Gallimard (Poésie no 7), 1972, p. 72-75.
14Voir Victor Hugo, « Le Crapaud », in La Légende des siècles, LIII : « Ô spectacle sacré ! l’ombre secourant l’ombre » ; « La Chouette », et « J’aime l’araignée et j’aime l’ortie », in Les Contemplations, Livre III (XIII et XXVII).
15Victor Hugo, « La Chouette », in Les Contemplations, v. 92.
16Dans Les Contemplations, entre « Autrefois » et « Aujourd’hui » s’inscrit la date du « 4 septembre 1843 », jour de la mort de Léopoldine, qui signifie aussi la mort symbolique de l’exil pour le poète. Voir : « Ce livre doit être lu comme on lirait le livre d’un mort » (préface des Contemplations).
17Victor Hugo, Les Misérables, II, 3, 5, Paris, Garnier frères (Classiques Garnier), 1963, t. I, p. 468-469.
18Ibid., V, 6, 4, t. II, p. 650-652.
19Sylvie Germain citée par Jacques Folch-Ribas, « Une sorte d’envoûtement », La Presse (Canada), 9 novembre 1985.
20« Sylvie Germain. Le dernier mot n’existe pas », entretien avec Jean Royer, Le Devoir (Canada), 18 octobre 1986, p. 19 et 22-23.
21« Quelques mots pour une rencontre avec Sylvie Germain… », entretien avec Chantal Portillo, Nouvelle Donne, no 9, avril 1996.
22Victor Hugo, Notre-Dame de Paris, Paris, Garnier frères, 1961, p. 3-4.
23Paul Valéry, « Victor Hugo créateur par la forme », in Variété, in Œuvres, Jean Hytier (éd.), Paris, Gallimard (Pléiade no 127), t. I, 1957, p. 588-589.
24Paul Valéry, « Propos sur la poésie », ibid., p. 1373.
25Jean Gaudon, Le Temps de la contemplation, Paris, Flammarion, 1969.
26Victor Hugo, La Fin de Satan, in Œuvres complètes, édition chronologique, Jean Massin (éd.), t. X, 1970, p. 1674.
27Victor Hugo, Les Feuilles d’Automne, in Œuvres complètes, édition chronologique, Jean Massin (éd.), t. IV, 1967, p. 426.
28Voir Alain Goulet, « Voir l’au-delà du visible, dans les romans de Sylvie Germain », in Le Regard à l’œuvre. Lecteurs de l’image, spectateurs du texte, Teresa Orecchia-Havas, Anne Surgers, Marie-José Tramuta, Baptiste Villenave et Julie Wolkenstein (dir.), Caen, mars 2014, p. 145-154 : [http://www.unicaen.fr/recherche/mrsh/laslar/2661] ; et « Sylvie Germain : éclairer la nuit », in À la recherche d’un sens : littérature et vérité. Mélanges offerts à Monique Gosselin-Noat, Yves Baudelle, Jacques Deguy et Christian Morzewski (éd.), Lille, Société Roman 20-50 (Actes), 2014, t. II, p. 285-293.
Auteur
-
Alain Goulet
Université de Caen Basse-Normandie
Alain Goulet, professeur émérite de l’université de Caen Basse-Normandie, est l’auteur de nombreuses études sur l’œuvre d’André Gide, notamment : Fiction et Vie sociale dans l’œuvre d’André Gide, Paris, Minard, 1986 ; André Gide : écrire pour vivre, Paris, J. Corti, 2002 ; le cédérom Édition génétique des “Caves du Vatican”, Sheffield – Paris, Université de Sheffield – Gallimard, 2001. Il a participé à la nouvelle édition d’André Gide, Romans et récits. Œuvres lyriques et dramatiques, Paris, Gallimard (Pléiade), 2 volumes, 2009. Ses autres publications portent essentiellement sur Robbe-Grillet, Sarraute, Duras, Perec, Modiano, et Sylvie Germain (Sylvie Germain : œuvre romanesque. Un monde de cryptes et de fantômes, Paris, L’Harmattan, 2006 ; L’Univers de Sylvie Germain, Caen, Presses universitaires de Caen, 2008). Il est aussi l’auteur d’une chronique romanesque : La Vie d’une femme à des messieurs sans compréhension, MJW Fédition, 2011, et membre de l’académie des sciences, arts et belles-lettres de Caen.
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