Arne Næss, quelle écologie politique ?
p. 79-91
Résumés
Cette intervention a pour sujet la vie et l’œuvre d’Arne Næss, philosophe norvégien qui fut l’auteur du concept d’« écologie profonde ». Très célèbre en Norvège, Næss fut un alpiniste, un philosophe et un personnage très original. Mondialement connu comme l’un des leaders de l’écologie radicale, il mit au point une philosophie de l’engagement personnel conduisant au refus des richesses et du progrès, et à un changement radical de société. Reposant sur une stratégie subtile, non violente, dévoilée dans cette contribution, l’écologie profonde est un projet fondamentalement politique et révolutionnaire.
This paper deals with the life and works of Arne Næss, the Norwegian philosopher who created the concept of “deep ecology”. In his home country he was very famous as a mountaineer, a philosopher, and a most eccentric character. Worldwide, he is considered one of the leading figures of radical ecology, advocating a philosophy of personal commitment, and arguing the case for the refusal of riches and progress, and a radical change of society. Resting on a subtle non-violent strategy, explained in this paper, deep ecology is fundamentally a revolutionary political project.
Texte intégral
1Si la Norvège a finalement connu une marche vers la modernité des plus rapides, ayant conduit à l’édification d’un État-providence parmi les plus avancés au monde, il y a aussi, dans ce pays, des courants d’idées qui critiquent ce modèle. Et la Norvège est, ce qu’on sait moins, un pays pionnier en matière d’écologie, non seulement sur le plan législatif, avec une première loi de protection de l’environnement adoptée dès 1910, mais également sur le plan de la réflexion théorique sur l’écologie, grâce aux travaux d’Arne Næss, philosophe et alpiniste, désigné dans le monde entier comme le père de l’« écologie profonde ».
2Si Arne Næss est quasiment un inconnu en France, il est en Norvège très célèbre et très populaire, et tous les ouvrages anglo-saxons traitant de l’écologie radicale mentionnent son œuvre1. En France, on ne pouvait lire aucun de ses ouvrages jusqu’à la traduction récente de deux livres : Écologie, communauté et style de vie, publié en 2008 (réédité cinq fois en Norvège et plusieurs fois en anglais) ; et un livre d’entretiens, Vers l’écologie profonde, publié en 20092. Cet intérêt récent est à rapprocher de la vogue que connaît le thème de la décroissance actuellement en France3. Auparavant, le nom d’Arne Næss n’avait guère été prononcé qu’à l’occasion d’une polémique déclenchée en 1992 par la parution du livre de Luc Ferry, Le nouvel ordre écologique ; l’écologie profonde y était décrite comme une pensée anti-humaniste, dont les ramifications s’étendent à l’extrême droite et à l’extrême gauche4. Tout aussi critique, le livre du politiste Jean Jacob sur L’antimondialisation5 présentait la pensée de Næss comme réactionnaire, refusant l’héritage des Lumières. Les milieux écologistes répliquèrent avec une indignation portant davantage sur l’amalgame avec les idéologies réactionnaires que sur l’œuvre de Næss, qu’ils connaissaient très peu6.
3Le contraste avec la façon dont Næss est perçu en Norvège est immense… Car Arne Næss y est plus qu’une célébrité : c’est une institution, un sage, un modèle de vie, la figure d’un grand-père idéal, sain et sportif jusqu’à un âge fort avancé (il nous a quittés en 2009, peu avant son 97e anniversaire). C’est un personnage pour lequel les Norvégiens éprouvent soit une immense sympathie soit une bonne dose d’agacement, de celui qu’on éprouve pour les enfants terribles. Il n’y a pas d’équivalent en France… Il paraît que chaque Norvégien a quelque chose à dire sur Arne Næss… surtout des anecdotes… Car le grand homme était avant tout un hurluberlu, et il le disait lui-même. Interrogez des Norvégiens : les plus sportifs vous parleront de l’alpiniste qui a conduit la première ascension du Tirich Mir au Pakistan en 1950. D’autres vous raconteront comment il escaladait la façade de l’université pour rejoindre son bureau, ou comment il éructait dans les transports publics d’Oslo pour que les étudiants notent les réactions des passagers… Beaucoup évoqueront leurs études. En effet, tout étudiant norvégien doit passer un examen de philosophie à son entrée à l’université, examen créé par Næss, avec deux de ses ouvrages au programme. Allez enfin sur YouTube et vous le verrez jouer du piano, prodigieusement bien, à 95 ans. Vous le verrez aussi, vieillard chenu, boxer avec une force étonnante contre des présentateurs de télévision. Puis vous le découvrirez en train de philosopher dans la piscine de balles d’un magasin Ikea…
4Que penser, alors, de cet engouement des Norvégiens pour un personnage dont le nom est, en France, entouré d’un parfum de soufre ? Le propos de cette étude sera d’analyser l’écologie profonde de Næss sous l’angle de la science politique. Le grand homme était-il le tenant d’une idéologie réactionnaire comme l’ont prétendu certains ? Était-il au contraire un révolutionnaire, précurseur du « décroissantisme », c’est-à-dire d’une idéologie prônant un retour à la nature et une société décroissante… Nous présenterons dans un premier temps les grandes étapes de sa vie, puis les fondements de sa pensée, avant d’en proposer quelques analyses sur le plan de la théorie politique.
5Arne Næss est né en 1912 dans une famille bourgeoise de Bergen7. Ayant perdu son père alors qu’il était âgé de quelques mois, le jeune Arne, enfant solitaire, trouva un réconfort dans la nature et assimila la montagne à une figure paternelle bienveillante. Il se lança dans l’alpinisme avec passion : entre 16 et 17 ans, il escalada les 106 plus hauts sommets de Norvège. Il fut aussi un étudiant brillant, membre à 20 ans du Cercle de Vienne, ce qui l’amena à s’intéresser au langage. Il acheva une thèse de doctorat dans laquelle il élabora une épistémologie comportementaliste, puis séjourna à l’université de Berkeley, temple du behaviorisme, où il étudia la capacité des rats à prendre des décisions lorsqu’ils sont confrontés à des choix multiples. Mais il finit par observer les scientifiques qui observent les rats… considérant que le problème du choix est un problème général du vivant, ce qui était annonciateur de sa philosophie holiste.
6Næss occupa ensuite la première chaire de philosophie à l’université d’Oslo, à l’âge remarquable de 27 ans. Demeurant le seul professeur titulaire de philosophie entre 1939 et 1954, il entreprit de réformer le système universitaire norvégien, instaurant l’examen obligatoire de philosophie et s’attachant à favoriser le pluralisme et l’interdisciplinarité ; aujourd’hui, la Norvège est un des pays au monde les mieux dotés en matière de philosophie (plus de 60 titulaires à l’université d’Oslo, et une vingtaine à Bergen, Trondheim et Tromsø)8. On comprendra pourquoi on a pu qualifier Næss de « père fondateur de la philosophie norvégienne »9.
7Lors de l’occupation nazie, Næss, admirateur de Gandhi et pacifiste, s’engagea dans les services secrets alliés, et tenta de sauver les étudiants de l’internement en camp de concentration qui avait été planifié. Après la guerre, l’Unesco l’invita à diriger un projet sur la controverse entre l’Est et l’Ouest à propos de la définition de la démocratie. Il y travailla avec Stein Rokkan (qui devint un politiste de renom) et le résultat fut un livre assez subversif, soulignant l’ambiguïté du concept de démocratie : Democracy in a world of tensions, publié par l’Unesco en 1951. Næss a confié par la suite qu’il était surtout motivé par le fait que ce travail allait financer un voyage dans l’Himalaya ; il qualifiait le mot « démocratie » de « slogan soporifique »10 : tout le monde y est favorable, mais sans mesurer la profondeur de l’intention qu’il contient.
8Næss se définissait lui-même comme un philosophe généraliste, un philosophe au sens ancien du terme11. Il racontait que l’ennui l’avait poussé à abandonner le behaviorisme en 1939, puis l’empirisme en 1950, puis qu’il s’intéressa au possibilisme qu’il jugea être une impasse12. Néanmoins, celui qui se définissait lui-même comme un « dilettante » a engendré une œuvre foisonnante et développé une influence considérable : il a laissé une trentaine d’ouvrages et quelque 400 articles dans des domaines très divers, allant d’une introduction au sanskrit à un ouvrage sur l’approche gandhienne des conflits, en passant par la philosophie des sciences, du langage, de la communication, l’éthique, la logique, les systèmes normatifs, etc. Une somme de ses œuvres a récemment été publiée en anglais sous le titre The Selected Works of Arne Næss, en 10 volumes, chez Springer13. Il a fondé la revue Inquiry en 1958 (journal interdisciplinaire de philosophie et sciences sociales), et a donné des conférences dans le monde entier… Il s’est attaché à présenter ses idées aussi bien dans les cercles professionnels qu’auprès du grand public (il ne négligeait ni la télévision ni la mise en scène de son propre personnage), et, surtout, il encourageait tout individu à développer sa propre réflexion.
9En 1970, Arne Næss décida de mettre un terme à sa carrière universitaire pour se consacrer à l’écologie. Il faut dire que l’amour de la montagne n’a jamais cessé de l’habiter. Dès 1939, il fit construire son repaire de Tvergastein, un chalet à 2 000 mètres d’altitude où il aimait à se rendre lorsqu’il avait terminé la semaine universitaire qu’il concentrait sur trois jours. La vie à Tvergastein, au cœur des montagnes, était frugale – dans les premiers temps sans chauffage ou presque, et avec très peu d’eau. Cependant Næss n’y vivait pas totalement en ermite. Tvergastein devint quasiment un lieu de pèlerinage pour toute une école d’alpinistes-philosophes-écologistes qui se constitua en Norvège.
10Dans les années 1960-1970, l’université d’Oslo fut un haut lieu de l’écologie, autour de deux pôles constitués par l’écologie scientifique d’une part, et la philosophie d’autre part. En 1965, l’université mit en place une station de recherche sur la haute montagne et l’écologie à Finse, non loin de Tvergastein14. L’école norvégienne des écophilosophes était composée de Peter Wessel Zapffe (1899-1990), le précurseur, alpiniste, esprit original qui produisit une philosophie du sac de couchage à côté de son grand ouvrage Sur le tragique15 ; Næss le rencontra en faisant de l’alpinisme et ils travaillèrent ensemble ; mais Zapffe était un pessimiste qui en vint à la conclusion que l’être humain était si nuisible pour la planète qu’il valait mieux qu’il disparaisse. Il finit par se brouiller avec Næss qui, lui, était un authentique optimiste. Les autres écophilosophes alpinistes furent inspirés par Næss, car plus jeunes que lui : Nils Faarlund créa l’école norvégienne de montagne en 1967 et enseigna à l’école des sciences du sport ; il formula une philosophie de la friluftsliv (« vie en plein air »). Sigmund Kvaløy, étudiant de Næss et ami d’enfance de Faarlund, combina l’écologie au marxisme et fut un activiste célèbre. Les trois alpinistes réalisèrent une série d’expéditions au Pakistan, en Inde et au Népal. Ils prirent aussi part à des manifestations telles que celle de Mardøla, en 1970. On se souvient de la célèbre photo montrant Næss emmené par deux policiers.
Cliché : Grete Sandberg / NTB scanpix

11Ainsi on comprend mieux le contexte culturel de l’« écosophie » de Næss : son inspiration puise tout d’abord dans la tradition norvégienne de la friluftsliv, qui désigne l’amour typiquement norvégien des activités de plein air, reposant sur une pratique sportive intense et sur la vogue des chalets de plein air, qui se développa dans les années 196016. Mais la racine norvégienne de la philosophie de Næss puise plus profond encore dans la culture de son pays, pays fait de vallées encaissées, peuplé jusqu’au début du siècle de petites communautés rurales isolées, menant une vie modeste, proche de la nature. Næss raconte qu’une expérience déterminante pour lui fut le séjour qu’il fit, à l’âge de 15 ans, chez un paysan qui l’hébergea en attendant que la météo permette de faire l’ascension du Jothunheim : ils se nourrirent pendant une semaine de la même bouillie d’avoine, parlèrent de montagne et de rennes, et jouèrent du violon. Næss écrivit :
[L]’effet de cette semaine me convainquit de la relation innée entre la montagne et ses habitants : il y avait là une certaine grandeur, de la pureté, un intérêt fondamental porté à ce qui est essentiel, et de l’autosuffisance ; et par conséquent, un désintérêt pour le luxe et pour toutes sortes de choses compliquées17.
Cette prise de conscience que la sobriété d’une vie proche de la nature peut apporter une richesse différente allait être au cœur de sa philosophie. Ces racines norvégiennes expliquent aussi pourquoi Næss prenait toujours le soin de rappeler que l’écologie profonde, si elle critique la modernité, n’est pas un renoncement à la culture occidentale, mais puise au contraire dans ses traditions anciennes.
12L’autre source d’inspiration déterminante de sa philosophie fut la rencontre avec les peuples de l’Himalaya, expérience de sociétés en harmonie avec la nature, ainsi que l’étude des philosophies bouddhiste et hindouiste. Næss devint un fervent admirateur de Gandhi après son expédition au Tirich Mir en 195018. Il publia avec Johan Galtung un livre sur l’éthique politique de Gandhi19. Næss fut également influencé par sa lecture de la Bhagavad-Gita, et notamment par l’idée que l’individu est une partie du tout que forme l’univers. Par ailleurs, Spinoza est une de ses références majeures – et l’on se souviendra que Spinoza attribuait un caractère divin à la nature. Næss, enfin, est proche de nombreux auteurs des années 1960, tels que l’écologiste allemand Hans Jonas ou l’anarchiste Murray Bookchin.
13Mais précisons à présent quelle est la philosophie de l’écologie selon Næss. Son point de départ est identique à celui des écologistes radicaux ; c’est une vision catastrophiste selon laquelle le mode de vie occidental, fondé sur une croissance et une consommation exponentielles, conduit à la destruction de l’environnement et finalement à la mise en danger de l’espèce humaine. Dès 1973, Næss fit une distinction entre shallow ecology et deep ecology20 : la première est une écologie « superficielle » réformiste, qui s’attaque seulement aux symptômes. L’écologie « profonde », au contraire, est radicale et s’attaque aux racines du mal.
14Selon Næss, la science écologique est incapable de dénoncer efficacement la situation, car elle ne donne que des éléments partiels et ne nous permet pas de connaître toutes les conséquences de nos interventions sur la nature. Il faut donc une approche radicalement nouvelle de l’écologie, fondée sur la philosophie, qu’il baptise « écosophie » : il s’agit non plus de se fonder sur des faits, mais sur des valeurs, et sur une démarche de questionnement personnel, tous nos actes devant être rapportés à ces valeurs21. Mais Næss se garde de faire de l’écosophie un système philosophique total. Restant à l’écart – pour ne pas dire au-dessus – des féroces luttes idéologiques de son temps, il se veut pluraliste, et invite tout individu à se forger sa propre écosophie (il baptise la sienne « écosophie T » comme Tvergastein).
15Néanmoins, sa philosophie est loin d’être neutre. Næss propose de se fonder sur une nouvelle ontologie, c’est-à-dire de changer la façon dont nous percevons les choses ; cette ontologie doit provenir d’un processus qu’il nomme « identification » : c’est la prise de conscience que l’homme est connecté avec la nature, qu’il n’est qu’une infime partie de l’écosphère. Ce processus d’identification, de dévoilement de la réalité comme totalité22 est une expérience personnelle – proche de l’illumination bouddhiste. Il se fait au contact de la nature – c’est pourquoi Næss encourage l’éducation à la nature et la friluftsliv (« une route vers le changement de paradigme »). Il postule que la reconnaissance de la biodiversité est essentielle, et va jusqu’à prôner l’égalitarisme biosphérique : toutes les formes de vie humaines et non humaines ont une valeur intrinsèque, indépendante de l’utilité qu’elles ont pour les humains ; en conséquence, ceux-ci n’ont pas forcément droit à une quelconque priorité23.
16La norme fondamentale de l’écosophie est la « Réalisation de soi » (selv-realisering). Mais le Soi tel que l’envisage Næss dans sa perspective holiste, est un soi avec un S majuscule, connecté à la nature :
[N]ous découvrons que les parties de la nature sont des parties de nous-mêmes. Nous ne pouvons pas exister séparés d’elle sans bloquer notre Réalisation de soi24.
Ainsi, à la question de savoir si Næss est un humaniste, on peut répondre par l’affirmative en ce qu’il place l’individu au cœur de sa théorie ; mais le sens de cet humanisme est particulier : la mesure n’en est pas l’homme cartésien, être supérieur à tout ce qui est naturel, c’est celle de l’homme intégré, immergé dans la biosphère par une « identification si profonde que l’ego personnel ou l’organisme ne sont plus des limites adéquates à son propre soi »25. C’est un humanisme qui rejette l’anthropocentrisme consistant à attribuer une valeur à toute chose en fonction de l’humanité26. Et ce rejet va très loin. Dans la plate-forme de l’écologie profonde en huit points que Næss a rédigée27, on peut lire qu’une diminution substantielle de la population humaine est nécessaire. Næss estimait le chiffre optimal du peuplement humain à 100 millions d’individus28, sans préciser par quel moyen on pourrait atteindre ce but. On comprendra pourquoi de nombreuses critiques ont mis en doute son humanisme…
17L’écosophie est une philosophie tournée vers l’action. Son impact est clairement économique et politique. En effet, l’adoption de l’ontologie écosophique doit conduire à une véritable révolution, à un bouleversement des paradigmes dominants des sociétés industrielles29. Ce que Næss appelle « l’idéologie de la croissance »30, typique des sociétés modernes, n’est selon lui pas tenable, si on la confronte à la « Réalisation de soi », car elle n’est pas compatible avec le maintien de la biodiversité. Le progrès technique n’est qu’une illusion : il faut le redéfinir par rapport à l’idéal et aux buts culturels que se fixe la société – et si la société fait le choix de l’écosophie, elle rejettera les technologies lourdes au profit de technologies légères. Cependant, Næss n’encourage pas la révolution au sens marxiste, trop violente : selon la formule qu’il affectionne, « la direction est révolutionnaire, la voie est réformiste »31.
18Sans proposer une utopie aux contours très précis, Næss imagine toutefois un modèle de société très décentralisée, dont la cellule de base serait la communauté locale de petite taille, autosuffisante et autonome, utilisant des technologies légères. Chaque être vivant y serait proche des sources de satisfaction de ses besoins fondamentaux32. Les communautés de ce type, ayant renoncé à l’idéologie de la consommation, vivraient dans une plus grande égalité : Næss prône une répartition équitable des ressources et envisage même de prendre aux riches pour donner aux pauvres ; reprenant l’argumentaire marxiste des années 1970, il pense que les différences de classe nuisent à l’objectif de la « Réalisation de soi »33… D’autre part, Næss estime que la frugalité, la pauvreté des moyens irait de pair avec une richesse des fins34 : une société en communion avec la nature, où chacun serait libre des initiatives conduisant à la « Réalisation de soi » serait plus créative, plus solidaire, et finalement plus riche. Il décrit ce que nous appellerions aujourd’hui une utopie décroissante, où seraient présents le luxe et l’opulence, mais redéfinis en termes de qualité de vie et non de niveau de vie35. L’organisation sociale en petites communautés permettrait aussi de maintenir la diversité culturelle qui, pense-t-il, est menacée par la société consumériste.
19Enfin, la petite taille des communautés permettrait de se passer de structures de pouvoir hiérarchisées. Sur ce point Næss précise que « tout dépend du changement de mentalité » : c’est lui qui rendra la régulation inutile, et permettra la « neutralisation cordiale des conflits sociaux »36. Cela n’est pas sans rappeler l’utopie léniniste, qui prétendait qu’au stade du communisme il n’y aura plus d’État ni de droit, car les hommes auront intériorisé les règles de vie en société… Et comme Lénine ou Marx, Næss recommande que l’éducation soit réduite aux connaissances nécessaires à la (micro)société… Mais le projet de Næss, sans État ni pouvoir hiérarchique, est un projet essentiellement anarchiste. Il préconise toutefois la création d’organismes globaux capables de réguler les problèmes environnementaux, et les anarchistes l’ont critiqué sur ce point37 ; mais on peut rappeler que certaines versions de l’anarchisme, comme celle de Proudhon, donnent une place au fédéralisme. Enfin, Næss pense que les décisions pourront être prises à travers la communication directe, étant donné la petite taille des communautés. Il évoque très succinctement « une sorte » de démocratie directe, sans donner plus de précisions. De plus, il mise sur le fait que les « naturalistes », c’est-à-dire des personnes qui auront intégré les valeurs de l’écologie profonde, donneront l’exemple38 – ce qui n’est pas sans rappeler les propos de Majid Rahnema ou d’autres auteurs « décroissants » sur le rôle des sages bienveillants dans les écocommunautés39. Comme eux, Arne Næss se méfie d’ailleurs de la démocratie, car selon lui, la règle de la majorité exclut la minorité40.
20Sur le plan économique et politique, la vision de Næss a de quoi surprendre. Car le sympathique fantaisiste révèle un projet radical, fondamentalement anarchiste et décroissant, totalement révolutionnaire, même s’il est pacifiste. Il s’agit, à l’issue de « l’identification », sorte de conversion des consciences mystique, de rejeter totalement les bases de l’économie pluraliste, mais aussi de la démocratie représentative et de l’État-nation, pour adopter un modèle d’anarchie verte décroissante, proche des thèses de Hans Jonas, d’Ivan Illich, de Murray Bookchin (avec qui il se brouilla toutefois), ou plus récemment en France, des thèses décroissantes portées par Serge Latouche, Fabrice Flipo ou Pierre Rahbi41.
21L’œuvre n’est pas dénuée de contradictions. Næss se veut pluraliste : il ne prétend pas formuler de système achevé, et incite chacun à développer sa propre philosophie. Pourtant, on peut s’interroger sur la place qu’il laisse à la liberté individuelle : les écologistes profonds doivent œuvrer à la prise de conscience de leurs concitoyens, laquelle débouchera sur l’enchaînement logique unique – puisqu’il est logique – qui conduira à la société décroissante. D’ailleurs Næss avertit à plusieurs reprises qu’en dehors de cette solution, il n’y a pas d’alternative viable pour notre planète. C’est sans doute la raison pour laquelle il attache si peu d’importance à la démocratie : il est vain de dessiner a priori les contours d’un système qui découleront en pratique d’un enchaînement logique. Il ne mentionne pas non plus les Droits de l’homme, et pour cause : sa version d’un humanisme élargi à la biosphère fait en réalité peu de cas d’une espèce humaine dont il reconnaît certes le caractère unique, mais qu’il juge fondamentalement destructrice et qu’il est nécessaire de réduire à un cheptel de 100 millions…
22Si Næss semble modéré et rassurant dans ses propos, mettant en garde ses lecteurs contre les excès du totalitarisme de droite comme de gauche, et appelant à une action pacifiste, il n’en reste pas moins que le modèle de société qu’il envisage a de quoi inquiéter sur le plan politique. Le modèle anarchique de microsociété autorégulée grâce à une intériorisation des valeurs et à l’exemple donné par quelques sages, risque de constituer une utopie au sens le plus négatif du terme, et de déboucher sur un micrototalitarisme. Rien ne garantit que la vie serait plus riche de sens, plus « conviviale », pour reprendre le terme d’Ivan Illich, dans un horizon réduit à quelques hectares, où chacun serait contraint – après avoir abandonné les technologies, le fruit de millions d’années d’évolution – de produire pour assumer ses propres – et très modestes – besoins. Rien ne garantit que dans cet univers où la seule liberté serait celle de se conformer à l’idéologie de l’écologie profonde, l’égalité serait plus réelle, la justice meilleure. D’autant que cette idéologie ne repose, au fond, que sur la conviction d’une illumination mystique.
23La réalité pourrait bien, au contraire, ressembler à un cauchemar42. Car l’utopie décroissante ne peut séduire que dans l’ignorance la plus parfaite des données de la psychosociologie43. Pire, elle risque de susciter un processus sectaire, conduisant l’individu à renier son existence au profit d’une croyance mise en pratique dans une forme de vie radicalement nouvelle, dans l’espoir d’une promesse improbable, dont les clés seraient détenues par tel ou tel gourou44. De ce point de vue, l’imprécision de Næss semble dangereuse.
24On a beaucoup insisté en effet sur le caractère ambigu de l’œuvre de Næss, sur l’imprécision – volontaire – des concepts qu’il emploie45. Mais à la lecture de son ouvrage Écologie, communauté et style de vie, on peut se demander si son ambiguïté n’est pas, avant tout, fonctionnelle. L’objectif de l’écologie profonde est l’adoption d’un nouveau système de valeurs que Næss présente sous forme de pyramide, ayant à son sommet la norme de la « Réalisation de soi », dont toutes les normes subordonnées sont dérivées logiquement : cela ne dispense-t-il pas de tous les détails formels (type de régime politique, mécanismes économiques) ? Le principe de la dérivation logique, pratiquée individuellement en toute occasion, devrait par lui-même assurer le résultat recherché. Ce choix tactique de ne pas édifier de système politique ou économique précis permit aussi à Næss de rester au-dessus des débats interminables et souvent stériles entre mouvements écologistes. De fait, son ambiguïté lui a permis d’être reconnu comme le père de l’écologie profonde. Mais ce mouvement mondial, extrêmement divers, regroupe le meilleur comme le pire… On y trouve des ONG (organisations non gouvernementales) reconnues, telles que l’association norvégienne The Future in Our Hands, des activistes de la désobéissance et pas toujours pacifistes, comme les Américains de Earth First !… Il existe même une Église de l’écologie profonde, enregistrée dans l’État du Minnesota, et dont « l’évangile » est constitué par les huit principes de la plate-forme de l’écologie profonde formulée par Næss et George Sessions (voir infra)46…
25On peut tout à fait considérer Næss comme un stratège. Son ouvrage Écologie, communauté et style de vie est aussi un véritable manuel pour l’action. Il faut rappeler le point 8 de la plate-forme de l’écologie profonde qui énonce que ceux qui adhèrent à ses principes ont l’obligation morale d’essayer, directement ou non, de mettre en œuvre les changements nécessaires (voir l’annexe de cet article). De plus, Næss, ayant quitté la carrière universitaire pour se consacrer à l’écologie, doit être lu autant comme un philosophe que comme un activiste. Or, on peut constater qu’il ne cesse de donner des conseils sur la tactique qui permettra aux écologistes profonds de mener à bien leurs actions : le changement des consciences sera facilité si les activistes donnent l’exemple d’un autre style de vie ; il faut concentrer ses efforts, exposer clairement des normes et valeurs compréhensibles, que les opposants ne pourront négliger, tout en surprenant l’opinion ; il faut utiliser les techniques gandhiennes d’action non violente – ne jamais dénigrer l’adversaire, mais communiquer avec lui, essayer de comprendre son point de vue pour mieux le gagner à la cause.
26Cela nous amène à une autre tactique utilisée par le philosophe, le « glissement de sens » : il propose d’utiliser les mêmes concepts que l’adversaire, mais en en remplaçant le sens par un contenu compatible avec l’écosophie. Par exemple : il recommande de ne pas « émettre de slogan général contre la technologie ou déprécier son importance »47, car les technologies sont un élément des cultures au sens anthropologique du terme. Mais il faut :
se souvenir que les technologies avancées doivent être considérées par nous comme celles qui font progresser les buts fondamentaux d’une culture et non pas celles dont l’équipement est le plus compliqué48.
La même technique du glissement de sens est utilisée pour les concepts d’humanisme (humanisme élargi à l’être humain appartenant à la biosphère) ou de richesse (richesse non matérielle)49. Næss est bel et bien un tacticien de l’activisme, dont la technique est infiniment plus subtile que celle qui est employée par les décroissants contemporains, qui condamnent de façon frontale et radicale la modernité. Certains anarchistes et marxistes s’y sont même trompés, reprochant à Næss de ne pas avoir critiqué le capitalisme : mais s’il n’utilise pas le mot, tout le sens de son message porte vers cette condamnation. En réalité, la tactique de Næss rappelle celle des grands stratèges asiatiques, tel Sun Tzu50 : on évite l’affrontement direct qui ne serait pas productif en termes de conversions aux valeurs écologistes, on utilise la force de l’adversaire – en suscitant son adhésion à des valeurs très générales, on l’encercle en l’amenant à soi, mais il s’agit bel et bien, au bout du compte, de le faire tomber et de lui imposer un ordre nouveau… Si la tactique est subtile, l’objectif n’en est pas moins subversif et révolutionnaire… La stratégie fluide et indirecte de Næss explique pourquoi le philosophe a pu à la fois recevoir tous les honneurs d’un pays dont la prospérité doit beaucoup à l’industrie pétrolière51, et symboliser le refus de la modernité pour les écologistes radicaux du monde entier. Mais il n’y a là rien de contradictoire, si l’on comprend bien la nature de sa stratégie, qui est une stratégie indirecte, de type asiatique, et non violente.
27Beaucoup de témoignages présentent d’ailleurs Næss comme un homme doté d’un caractère complexe, mêlant le sérieux et le jeu, alternant la réflexion et l’activité physique, ermite aimant les plateaux de télévision. Son œuvre est aride et souvent impénétrable ; de plus, il a été longtemps difficile de se la procurer, même dans les pays anglo-saxons où elle a fait l’objet de rééditions récentes.
28Elle mérite cependant d’être analysée en détail, pour trois raisons au moins : premièrement, parce que son influence est immense auprès des mouvements écologistes radicaux du monde entier, acteurs aujourd’hui du mouvement altermondialiste. Ensuite, parce que son contenu est hautement subversif, visant à ébranler les fondements mêmes des sociétés modernes. Enfin, parce que, si les propositions de Næss sont extrêmes, il n’en reste pas moins que son invitation à repenser nos valeurs et notre rapport à la nature est loin d’être inutile dans des sociétés s’interrogeant sur leur avenir écologique.
Annexe
La plate-forme de l’écologie profonde, Arne Næss et George Sessions, version de 1984 (dernière version)52 :
- Le bien-être et l’épanouissement des formes de vie humaines et non humaines de la Terre ont une valeur intrinsèque. Ces valeurs sont indépendantes de l’utilité du monde non humain pour les besoins humains.
- La richesse et la diversité des formes de vie contribuent à l’accomplissement de ces valeurs et sont également des valeurs en elles-mêmes.
- L’homme n’a aucun droit de réduire cette richesse et cette diversité, sauf pour satisfaire des besoins vitaux.
- L’épanouissement de la vie et des cultures humaines est compatible avec une décroissance substantielle de la population humaine. Le développement des formes de vie non humaines requiert une telle décroissance.
- L’interférence humaine actuelle avec le monde non humain est excessive, et la situation s’aggrave rapidement.
- Les politiques publiques doivent donc être changées. Ces changements affecteront les structures économiques, technologiques et idéologiques fondamentales. Il en résultera une organisation politique profondément différente de l’organisation politique actuelle.
- Sur le plan idéologique, le changement tiendra essentiellement dans la capacité à apprécier la qualité de la vie (qui réside dans les situations ayant une valeur en elles-mêmes), plutôt que dans l’adhésion à des niveaux de vie toujours plus élevés. Chacun aura alors profondément conscience de la différence entre quantité et qualité.
- Ceux qui souscrivent aux points précédents s’engagent à tenter de mettre en œuvre, directement ou indirectement, les changements nécessaires.
Notes de bas de page
1 Par exemple : Carolyn Merchant, Radical Ecology : The Search for a Livable World, 2e éd., New York – Londres, Routledge, 2005 ; Michael Zimmerman, Contesting Earth’s Future : Radical Ecology and Postmodernity, Berkeley – Los Angeles – Londres, University of California Press, 1994. En France, il faut mentionner François Duban, L’écologisme aux États-Unis : histoire et aspects contemporains de l’environnementalisme américain, Paris – Saint-Denis-de-la-Réunion, L’Harmattan – Université de la Réunion, 2000.
2 Arne Næss, Écologie, communauté et style de vie, Charles Ruelle (trad.), Paris, Éditions MF (Dehors), 2008. Arne Næss et David Rothenberg, Vers l’écologie profonde, Dominique Bellec (trad.), Marseille, Éditions Wildproject (Domaine sauvage), 2009.
3 Nathalie Blanc-Noël, « Décroissance ou “décroissantisme” : les filiations intellectuelles d’une idéologie politique », in Annuaire français de relations internationales, Bruxelles, Bruylant, 2010, vol. XI, p. 93-122.
4 Luc Ferry, Le nouvel ordre écologique : l’arbre, l’animal et l’homme, Paris, Grasset, 1992.
5 Jean Jacob, L’antimondialisation : aspects méconnus d’une nébuleuse, Paris, Berg International, 2006.
6 Fabrice Flipo, « Arne Næss et la deep ecology : aux sources de l’inquiétude écologiste », La Revue internationale des livres et des idées, no 16, mars-avril 2010, en ligne à l’adresse suivante : http://www.revuedeslivres.onoma6.com/articles.php?idArt=509&PHPSESSID=7a0aced1f720843068a3bc908dbd738e.
7 Nous nous référons ici principalement à l’ouvrage d’entretiens qu’il a accordés à David Rothenberg : Arne Næss et David Rothenberg, Vers l’écologie profonde.
8 Gunnar Skirbekk, « La philosophie gagne du terrain en Norvège. Vogue ou instrument pour surmonter la crise des sociétés modernes ? », Nordiques, no 3, hiver 2003-2004, p. 65-77.
9 Arild Utaker, « La philosophie norvégienne et quelques difficultés quant à la réception de la philosophie française », Nordiques, no 3, hiver 2003-2004, p. 85-95.
10 Arne Næss et David Rothenberg, Vers l’écologie profonde, p. 209.
11 Ibid., p. 145.
12 Ibid., p. 180.
13 Arne Næss, The Selected Works of Arne Næss, Dordrecht, Springer, 2005, 10 vol.
14 Peder Anker, « Science as a Vacation : A History of Ecology in Norway », History of Science, vol. 45-4, no 150, 2007, p. 455-479. Le parlement norvégien débloqua des fonds en 1970 qui permirent de bâtir un local de 700 mètres carrés. La station était un lieu de recherche et des cours y étaient donnés en été.
15 Om det tragiske fut sa thèse de doctorat.
16 Selon le SSB (Statistisk sentralbyrå / Bureau central des statistiques de Norvège), dans les années 1960, des milliers de chalets furent construits dans les fjords et les montagnes par des Norvégiens cherchant à se rapprocher, pendant leur temps libre, de la nature ainsi que d’un style de vie rustique. Dans les années 1970, 3,7 millions de Norvégiens possédaient quelque 190 000 chalets, tandis que les non-propriétaires louaient ou séjournaient à l’hôtel. L’engouement pour la vie en plein air était la marque à la fois d’une société qui s’était développée très rapidement et de la richesse nationale. À la même époque, on se préoccupa également de conserver la nature en créant des parcs nationaux (le premier vit le jour en 1962 et d’autres suivirent dans les années 1970).
17 Arne Næss, Écologie, communauté…, p. 24.
18 Kvaløy, quant à lui, se convertit au bouddhisme.
19 Johan Galtung et Arne Næss, Gandhis politiske etikk, Oslo, J. G. Tanum, 1955. Næss publia également plusieurs articles sur le sujet ainsi qu’un ouvrage dans lequel il expliquait que le pacifisme de Gandhi pouvait aider à sortir de l’impasse de la guerre froide : Arne Næss, Gandhi og atomalderen, Oslo, Universitetsforlaget, 1960. Il publia aussi un ouvrage sur les techniques d’action non violentes : Arne Næss, Gandhi and Group Conflict, Oslo, Universitetsforlaget, 1974.
20 Arne Næss, « The Shallow and the Deep, Long-Range Ecology Movements », Inquiry, no 16, 1973, p. 95-100.
21 Il donne un exemple dans Écologie, communauté et style de vie : si je dois faire un déplacement pour me procurer un bien, je dois examiner si ce déplacement est bon pour moi en termes de « Réalisation de soi » (la « Réalisation de soi » étant la valeur fondamentale de son système).
22 Arne Næss, Écologie, communauté…, p. 136.
23 C’est le point 1 de la plate-forme de l’écologie profonde rédigée par Arne Næss et le philosophe George Sessions (voir l’annexe de cet article).
24 Arne Næss, Écologie, communauté…, p. 35.
25 Ibid.
26 Ibid., p. 259.
27 Voir l’annexe de cet article.
28 Arne Næss, Écologie, communauté…, passim.
29 Le point 6 de la plate-forme de l’écologie profonde est révélateur : « Les politiques publiques doivent être changées. Ces changements affecteront les structures économiques, technologiques et idéologiques fondamentales. Il en résultera une organisation politique profondément différente de l’organisation politique actuelle » (voir l’annexe de cet article).
30 Arne Næss, Écologie, communauté…, p. 56.
31 Ibid., p. 231.
32 Ibid., p. 296.
33 Ibid., p. 298.
34 Ibid., p. 67.
35 Ibid., p. 142.
36 Ibid., p. 215.
37 Murray Bookchin et al., Deep Ecology and Anarchism, Londres, Freedom Press, 1997.
38 Arne Næss, Écologie, communauté…, p. 235.
39 Voir la contribution de Majid Rahnema, « Towards Post-Development : Searching for Signposts, a New Language and New Paradigms », in The Post-Development Reader, Majid Rahnema (dir.), Londres, Zed Books, 1997, p. 377-403.
40 Arne Næss, Écologie, communauté…, p. 188.
41 Nathalie Blanc-Noël, « Décroissance ou “décroissantisme”… ».
42 Ce sont probablement les écrivains et les cinéastes qui ont le mieux réfléchi à l’échec de l’utopie communautaire, notamment après le mouvement hippie : on peut citer dans cette veine les films de Barbet Schroeder, La vallée (1972), et de Robin Hardy, The Wicker Man (1973), ou plus récemment le roman de Douglas Kennedy, Piège nuptial…
43 Et même de l’anthropologie. Ces disciplines montrent, par exemple, que les « sages » ne sont pas forcément bienveillants, et que même dans de microsociétés où tout le monde se connaît il y a des phénomènes de pouvoir, d’intimidation (loi du plus fort), de populisme…
44 Le psychiatre Jean-Marie Abgrall a démontré que ce sont là les étapes caractéristiques de l’endoctrinement sectaire (Jean-Marie Abgrall, La mécanique des sectes, Paris, Payot, 2002).
45 Næss a développé une théorie de la communication, analysant la façon dont les gens utilisent les mots : lorsque deux personnes communiquent, elles n’utilisent pas un langage commun mais interprètent ce que dit l’autre. Cependant, il y a un fond commun auquel elles se réfèrent que Næss nomme Gestalt. C’est pourquoi il encourage ses lecteurs à se forger une compréhension personnelle des termes qu’il utilise, tels que « Réalisation de soi », « écophilosophie », « diversité », etc. Arne Næss, Interpretation and Preciseness : A Contribution to the Theory of Communication, Oslo, J. Dybwad, 1953. Arne Næss, Communication and Argument, Oslo, Universitetsforlaget, 1975.
46 Site : http://www.churchofdeepecology.org.
47 Arne Næss, Écologie, communauté…, p. 229.
48 Ibid., p. 230.
49 Næss recommande de ne pas attaquer frontalement l’industrie, mais d’expliquer qu’historiquement, elle a été très différente de la « grande industrie » qu’elle est aujourd’hui. Ibid., p. 229.
50 Næss a aussi étudié la pensée chinoise.
51 Næss obtint de nombreuses distinctions et décorations dans son pays – ainsi qu’à l’étranger – et le parlement norvégien prit la décision de lui organiser des funérailles nationales.
52 Voir Arne Næss et David Rothenberg, Vers l’écologie profonde, p. 223.
Auteur
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Nathalie Blanc-Noël
Université Montesquieu – Bordeaux IV
Née en 1963, Nathalie Blanc-Noël est maître de conférences en sciences politiques à l’université de Bordeaux IV et chercheuse au GRECCAP – CMRP (Groupement de recherche comparative en droit constitutionnel, administratif et politique – Centre Montesquieu de recherches politiques). Elle est également rédactrice en chef de la revue Nordiques. Elle a publié notamment La politique suédoise de neutralité active (Paris, Institut de stratégie comparée – Économica, 1997), Changements de cap en mer Baltique (Paris, Fondation pour les études de défense nationale, 1992) et dirigé la publication intitulée La Baltique, une nouvelle région en Europe (Paris – Budapest – Turin, L’Harmattan, 2002). Ses travaux les plus récents concernent les cultures politiques nordiques et accessoirement le « décroissantisme ». Voir notamment : « Multicultural Sweden, Assimilationist France : How and Why National Identity Narratives Evolve », Sens public, 4 octobre 2010 (en ligne à l’adresse suivante : http://www.sens-public.org/spip.php?article768) ; « Décroissance ou “décroissantisme” : les filiations intellectuelles d’une idéologie », in Annuaire français de relations internationales (Bruxelles, Bruylant, 2010, vol. XI, p. 93-122).
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