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    Plan

    Plan détaillé Texte intégral Les premiers recueils : solitude et solipsisme (1930-1936)  Les recueils d’après-guerre : humanisme et scepticisme (1936-1959) Porosité des frontières et plénitude (1960-1968) Notes de bas de page Auteur

    Mosaïque des frontières dans la littérature italienne contemporaine

    Ce livre est recensé par

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    Table des matières

    « Entra nella mente/un dialogo con l’al di là1 » : porosité des frontières et construction identitaire dans l’œuvre de Salvatore Quasimodo

    Héloïse Moschetto

    p. 123-145

    Résumés

    Résumé en français

    Le rapport de Salvatore Quasimodo à l'altérité, qu'il s'agisse des autres hommes, du monde sensible qui l'entoure ou de l'invisible, évolue et se transforme au fur et à mesure des évènements qui marquent sa vie. La lecture diachronique de ses neuf recueils de poèmes, de ses discours et de certaines correspondances met en évidence à la fois l'interdépendance des frontières (physiques ou symboliques) qui définissent les rapports qu'il entretient avec ces trois instances (les autres, le sensible et l'invisible) et leur influence sur la construction identitaire du poète. L'exil et le rejet de ses semblables poussent d'abord le poète à avoir une image négative de lui-même, qu'il cherche à sublimer à travers le fantasme d'un dialogue privilégié avec Dieu. Lorsque l'histoire le contraint à partager la réalité de ses frères et lui fait prendre conscience du rôle qu'il peut jouer dans la société, donnant ainsi un sens à sa vie, les ciselures ontologiques dont il souffrait commencent à se résorber. À mesure qu'il se rapproche des hommes, Quasimodo s'éloigne d'un Dieu qu'il tient pour responsable, par son indifférence, du chaos du monde sensible. Une fois que l'ombre de la guerre commence à se dissiper et que l'exaltation de l'engagement commence à retomber, arrive le temps des voyages et du silence. L'expérience de l'étranger, dans sa paradoxale absence d'étrangeté, constitue un nouveau seuil du parcours identitaire et initiatique du poète. Celui-ci n'est plus ni l'exclu ni le héraut de ses semblables, mais l'habitant d'un monde sans frontières, « ouvrier et architecte » d'une vie dont la mort n'est plus une fin. La mouvance – voire la porosité – des frontières du sensible et de l'invisible, générant l'évolution identitaire du « je » lyrique autant qu'elle est générée par lui, permet finalement d'atteindre la plénitude.

    Résumé en italien

    Il rapporto che Salvatore Quasimodo intrattiene con l'alterità, che sia costituita dagli altri uomini, dal mondo sensibile o dall'invisibile, si evolve e si trasforma a seconda degli eventi che segnano la sua vita. La lettura diacronica delle sue nove raccolte di poesia, dei suoi discorsi e di certi carteggi mette in evidenza da una parte l'interdipendenza delle frontiere (fisiche o simboliche) che definiscono i suoi rapporti con queste tre istanze (gli altri, il sensibile e l'invisibile), dall'altra la loro influenza sulla costruzione identitaria del poeta. L'esilio e il rigetto dei suoi simili spingono il giovane poeta ad avere un'immagine negativa di sé stesso, che prova a sublimare tramite il fantasma di un dialogo privilegiato con Dio. Quando la storia lo costringe a condividere la realtà dei suoi fratelli e lo rende consapevole del ruolo che può avere nella società, dando così un senso alla sua vita, le cesellature ontologiche di cui soffriva cominciano a riassorbirsi. A mano a mano che Quasimodo si avvicina agli altri uomini, egli si allontana da un Dio che considera, a causa della sua indifferenza, come responsabile del caos del sensibile. Quando l'ombra della guerra comincia a dissiparsi e l'esaltazione dell'impegno ad assottigliarsi, arriva il tempo dei viaggi e del silenzio. L'esperienza dell'estero, nella sua paradossale assenza di estraneità, costituisce una nuova soglia del percorso identitario e iniziatico del poeta. Quest'ultimo non è più né l'escluso né l'araldo dei suoi simili; ma l'abitante di un mondo senza frontiere, “operaio e architetto” di una vita di cui la morte non costituisce più una fine. La mobilità – anzi la porosità – delle frontiere del sensibile e dell'invisibile, intrecciata con l'evoluzione identitaria dell'“io” lirico, gli consente finalmente di giungere ad uno stato di pienezza.

    Entrées d’index

    Mots-clés : frontière, identité, altérité, sensible, invisible

    Texte intégral Les premiers recueils : solitude et solipsisme (1930-1936) « Sono un uomo solo, un solo inferno » L'espace comme signe sensible d'un « plus hault sens » Fantasme de fusion avec l'invisible  Les recueils d’après-guerre : humanisme et scepticisme (1936-1959) Une irruption du réel... … qui modifie le rapport du poète au sensible... … et à l'invisible Porosité des frontières et plénitude (1960-1968) Le sensible, vaste continuum indistinct Universalisation de la quête identitaire et existentielle du poète De l'imitatio christi à l'alter christus « Entra nella mente / un dialogo con l'al di là » Notes de bas de page Auteur

    Texte intégral

    1Dès ses premiers recueils, Salvatore Quasimodo se définit par ses origines siciliennes, grecques et arabo-andalouses, sa condition d’insulaire (« siculo greco2 ») et son statut d’exilé. Il a en effet quitté sa Sicile natale à 19 ans pour étudier à Rome, puis Rome pour Milan, où il s’installe avec sa première femme, Bice Donetti. Amené à se déplacer sans cesse pour des raisons professionnelles et artistiques (il n’hésite pas à faire des heures de train pour passer ses soirées à Florence, Milan ou Genève, où se trouvent ses amis poètes et artistes), Quasimodo déménage, voyage, veut toujours être là où il n’est pas. Déchiré entre deux espaces et deux statuts (celui d’homme du Sud qui vit au Nord, et celui d’intellectuel du Nord qui écrit sur le Sud) il a l’impression, à force d’être un peu partout, de n’être finalement de nulle part. La détresse que provoque cette impression d’être apatride envahit ses lettres et ses premiers poèmes, dans lesquels revient souvent la métaphore de l’arbre déraciné, « sradicato dai vivi3 ». Cette expression, d’une grande violence, souligne son sentiment d’être doublement exclu : à la fois de sa terre et des vivants, comme mort au monde physique. Pour tenter de combler la déchirure identitaire ainsi provoquée, c’est donc vers le monde métaphysique que se tourne le poète, dans une quête spirituelle à travers laquelle il tente de comprendre et d’abolir les frontières du visible et de l’invisible. Dans les poèmes de Ed è subito sera (qui rassemble les publications de ses quatre premiers recueils, Acque e terre, Òboe sommerso, Erato e Apòllion, et Nuove poesie rédigées entre 1920 et 1942), il cherche réponses et réconfort en une transcendance qu'il se représente sous les traits du Dieu chrétien. Homo viator allant de ville en ville, de seuil en seuil, Quasimodo effectue un itinéraire physique et mystique qui se mue peu à peu en parcours initiatique. Les recueils d'après-guerre, Giorno dopo giorno (1947) et La vita non è sogno (1948) mettent en effet en évidence un premier grand changement d'indexation de son rapport aux autres, au sensible et à l'invisible, qui se cristallise dans les textes des années 1950, Il falso e verdo verde (1955) et La terra impareggiabile (1958). Le poète est projeté hors de sa « tour d'ivoire4 » par le choc de la Seconde Guerre mondiale ; son individualisme se mue en humanisme, tandis qu'il vit une crise spirituelle qui bouleverse et annihile son rapport à une transcendance dont l’existence même est remise en question. Enfin, après une décennie de voyages et de silence éditorial volontaire, à la suite de la réception du prix Nobel, il publie un dernier volume, Dare e avere (en 1966, deux ans avant sa mort) qui révèle une nouvelle métamorphose de son rapport aux autres et à lui-même, au monde et au divin. En une cinquantaine d'années, Quasimodo est passé de la solitude narcissique d’un exilé à une quête existentielle et spirituelle à valeur universelle. À travers la lecture diachronique de ces neuf recueils, on remarque que les frontières qui séparent le poète des autres, du sensible (ce qui peut être appréhendé par les sens, le monde visible) et de l'invisible (que celui-ci soit perçu comme étant Dieu, l'« au-delà » ou une transcendance plus floue et indistincte) sont intrinsèquement liées et que tout bouleversement de son rapport à l’une de ces instances entraîne systématiquement une redéfinition de son rapport aux deux autres. La mouvance de ces limites est générée par l'évolution de deux éléments : d'une part, la distance qui l'en sépare – qu'elle soit subie ou décidée –, d'autre part la relation affective que le poète entretient avec elles – qu'elles soient réelles ou fantasmées, sources de rejet ou d'attirance, de provocation ou de déférence. Chacune de ces frontières détermine donc et est déterminée par l'évolution du « je » lyrique, dont l'identité d'abord douloureuse et morcelée se construit et se consolide peu à peu, pour parvenir enfin à un sentiment de plénitude.

    Les premiers recueils : solitude et solipsisme (1930-1936)

    « Sono un uomo solo, un solo inferno »

    2La solitude est l’un des thèmes fondamentaux de l’œuvre de Quasimodo. Que ce soit dans ses poèmes ou dans sa correspondance, il insiste sur la détresse et le désespoir que génère sa condition d’exilé. À cause de l’itinérance inhérente au métier de son père, qui était chef de gare, les premières années de Quasimodo sont d’emblée placées sous le signe de l’errance. Né à Modica en 1901, il grandit d’abord entre Roccalumera, Gela, Acquaviva et Trabia. En 1908, sa famille s’installe à Messine. C’est là que le jeune garçon va à l’école, avant de poursuivre sa scolarité à Palerme, puis de partir étudier à l’Université de Rome en 1922. En 1926, il est engagé comme géomètre par le ministère des Travaux Publics et nommé au Génie Civil de Reggio Calabria, mais passe le plus de temps possible à Florence, où son beau-frère Elio Vittorini l’a introduit dans les milieux littéraires et où il fréquente – entre autres – Eugenio Montale. En 1931, Quasimodo est envoyé au Génie Civil d’Imperia, en Ligurie. C’est alors à Genève qu’il se rend fréquemment pour rencontrer des écrivains et des artistes. En 1934, après un bref passage en Sardaigne, Quasimodo est transféré en Valtellina, dans la province de Sondrio, mais se rend chaque soir à Milan retrouver ses amis peintres, écrivains, journalistes et musiciens. En 1938, le poète démissionne de son métier de géomètre et s’installe enfin à Milan. Pendant plus de trente ans, Quasimodo vagabonde, toujours écartelé entre deux villes, sans cesse affligé par sa condition d’exilé. Il n’appartient plus au Sud de la Péninsule, mais ne se résout pas à adopter le Nord. Jamais les cercles d’artistes, de poètes ou d’intellectuels qu’il fréquente ne parviennent à créer l’illusion d’une famille, le sentiment d’être entre amis. Quasimodo se sent seul, désespérément seul. Le thème de l’isolement est un fil rouge qui parcourt l’ensemble de ses textes, poétiques et privés. Dans les lettres qu’il envoie aux femmes qui ont marqué sa vie, le poète décrit, de la première à la dernière, le mur de verre invisible qui le sépare des autres. Il confie ainsi à Sibilla Aleramo :

    “[…] vedo il cielo di Lombardia nemico e lontano. Che farò senza amore, senza nessuno che mi voglia bene5?”; “Ma qui sulla soglia dei vinti, a capo chino attenderò la primavera. A Milano non trovai alcuna lettera. Nessuno si ricorda di me6. Ma il tempo è così crudele con me: ogni ora è come raddoppiata dalla solitudine sterile7”. 

    3Dès l'année suivante, c'est à la danseuse Maria Cumani qu'il écrit : « Ora tra me e quelli che “credono” di vivermi vicino, s’è scavato un abisso8. » Cette image de l'abîme, d'une frontière irrémédiable et invisible le séparant de ceux qui l'entourent, est présente dès les années 1930 et perdure jusqu'à la fin de sa vie. Quelques années avant sa mort, il dit à celle qui sera sa dernière compagne, Curzia Ferrari, « sono qui fra gente estranea (in ogni senso)9 ». La lecture croisée de ses poèmes et de sa correspondance semble lier intimement ce rapport (ou plutôt cette absence de rapport) aux autres à son déracinement. Dans une « lettre » adressée à sa mère dans le recueil La vita non è sogno (rassemblant les poèmes rédigés entre 1946 et 1948) Quasimodo lui explique : « […] non sono triste nel Nord: non sono / in pace con me, ma non aspetto / perdono da nessuno, molti mi devono lacrime, da uomo a uomo10 ». C'est déjà ce qu'il disait à Sibilla Aleramo dans une lettre datée de 1935 (« Io non tradisco nessuno; […] sono sempre stati gli altri a tradirmi11 ») et c'est aussi ce qu'il dira – en creux – dans l'hommage rendu à son père dans le recueil La terra impareggiabile (regroupant les textes écrits entre 1955 et 1958). Il y dénonce en effet les injustices infligées à ce dernier, dont la patience et la délicatesse ne s'amenuisent pas malgré « il poco spazio che sempre [gli] hanno dato12 ». Le rapport aux autres est, là encore, symbolisé par les frontières terrestres : l'exiguïté de l'espace accordé à son père, dont les limites sont décidées par un « ils » flou et totalisant, manifeste non seulement un isolement physique et affectif, mais aussi un préjudice causé par la malveillance d'autrui. Quasimodo fait donc remonter à la génération précédente la persécution dont il se sent victime et inscrit sa résistance personnelle dans la réparation d'un tort qui le dépasse : « Anche a me misurarono ogni cosa / e ho portato il tuo nom / un pò più in là dell'odio e dell'invidia13. » Les frontières physiques, affectives et symboliques se superposent : sicilien condamné au Nord, il est séparé de sa famille sicilienne et ne parvient pas à se faire adopter par celle, intellectuelle, à laquelle il aspire. Doublement exilé, il cherche à franchir métaphoriquement les barrières qui circonscrivent son existence à un périmètre toujours trop étroit, toujours plus aliénant. Apatride et solitaire, « povero dio senza cielo né terra14 », le poète a l'impression que pas un aspect de sa vie n'échappe à la déréliction. C'est la raison pour laquelle, bien que l'on assiste parfois à une projection du « moi » dans la figure héroïque et mythique d'Ulysse, éternel exilé pour qui la mer est sans limites, Quasimodo emploie souvent pour se décrire la métaphore du naufrage. Il écrit dans une lettre à Sibilla Aleramo : « Sono ancora senza più speranza ; ogni mio atto è destinato al naufragio15 » et déclare, dans ce qui s'apparente à une prière adressée à Dieu : « Al tuo lume naufrago16. » Dans le poème éponyme, on retrouve l'image d'une frontière qui le sépare des autres hommes et engendre une terrible souffrance : « Sono un uomo solo, / un solo inferno17. » Que ce soit en tant qu'individu ou qu'être humain, Quasimodo se sent perdu, « albero malnato18 » et « sradicato dei vivi19 ». Il cherche une cause à sa douleur, un rempart à sa solitude et, surtout, un sens à son existence. Ne trouvant auprès de ses semblables ni réponses, ni réconfort, c'est donc vers le ciel que se tourne le poète, vers une transcendance qui prend le visage du Dieu chrétien. Il théorise lui-même cette tendance à s'en remettre à une entité supérieure dans un de ses « Discours20 » où il déclare : « Dobbiamo ammettere che l’uomo contemporaneo […] cerca interlocutori […] che debbano decidere dei suoi errori e delle sue verità21. » C'est pourquoi le poète supplie le Seigneur de lui faire don de ses mots (« Il tuo dono tremendo / di parole, Signore, / sconto assiduamente22 ») et de lui envoyer un signe. Ces manifestations d'une transcendance, Quasimodo les cherche autour de lui, faisant de la nature l'émissaire de messages divins qu'il doit ensuite décrypter. Bien que considéré comme un espace hostile et étranger, un voile tendu entre lui et les autres, le sensible peut également être perçu comme une interface poreuse qui, loin de le séparer de l'invisible, permet au poète d'établir un dialogue avec lui. Autrement dit, à mesure que son questionnement identitaire se transforme peu à peu en questionnement spirituel ou existentiel, le limes (en tant que frontière physique) se fait donc catalyseur du limen (en tant que seuil, lieu de passage d’une étape initiatique).

    L'espace comme signe sensible d'un « plus hault sens »

    4Dans les quatre premiers recueils de Quasimodo, rassemblés sous le titre Ed è subito sera, on remarque la présence récurrente de deux types de poèmes : ceux qui sont en réalité des prières adressées à Dieu23 et ceux qui mettent en évidence une extrême attention au sensible, dans ses détails les plus infimes, les plus humbles et les plus secrets. En lisant les uns à la lumière des autres, on perçoit une forme de panthéisme latent, la conviction que le sensible est mû par une entité supérieure dont il se fait le signe. Il est d'ailleurs difficile de comprendre où se situe la frontière entre paysage décrit et paysage fantasmé. En effet, tout est silence et immobilité : pas un homme, pas un animal ne vient troubler une nature décrite comme un écrin auquel seul le poète a accès. Abstraite et irréelle, ne faisant référence à aucun lieu précis, elle est réduite à une série d’éléments naturels primitifs (terre, eau, air, vent, feuille, pierres, arbres, etc.) qui lui confèrent une dimension cosmique, voire onirique. À l’exception de quelques poèmes dans lesquels on retrouve des toponymes siciliens24 situant la diégèse dans des endroits concrets et connus, l’espace est décrit comme une cosmogonie qui semble s’auto-générer, animée par un souffle invisible (« Da piante pietre acque / nascono gli animali / al soffio dell'aria25 »). On perçoit dans ce traitement de l’espace l’influence symboliste des lectures de jeunesse de Quasimodo, en particulier le Baudelaire du poème « Correspondances », où il est révélé que « La nature est un temple où de vivants piliers / Laissent parfois sortir de confuses paroles ; / L’homme y passe à travers une forêt de symboles / Qui l’observent avec des regards familiers26 » et dont le vers de Quasimodo « Gli uccelli ti guardano dagli alberi e le foglie27 […] » est presque une citation. Dans ses premiers recueils, le poète interprète le sensible comme une constellation de signes dont il faut chercher un « plus hault sens28 », car le souffle invisible qui meut les éléments n'est autre que Dieu, « centro d’ogni cosa, / del sereno e del vento del mare e della nube29 », dont le poète considère être un interlocuteur privilégié. La nature est perçue comme une frontière poreuse lui offrant un accès à des vérités cachées. La pluie le fait, par exemple, « d'altra vita sorpreso e d'ogni moto / di subite resurrezioni / che il buio esprime e trasfigura30 ». Doublement exilé (socialement et géographiquement), le poète sublime sa difficulté à gérer les frontières du visible en se présentant comme l'interlocuteur privilégié de l'invisible, le gardien des secrets d’une nature « occulte » dont les éléments « [lo] traevano in angoli segreti / per dir[gli] / […] del senso della vita31 ». Cette tendance à considérer ce qui l'entoure comme des messages d'une transcendance ne se limite pas à ses poèmes. La lecture de ses correspondances révèle, dans sa vie quotidienne, une attention scrupuleuse aux moindres détails et une interprétation systématique de tout ce qu'il perçoit comme étant un signe. Ainsi, dans une lettre à Maria Cumani écrite en 1936, il remarque la citation latine du timbre accompagnant une précédente missive, Non omnis moriar, et déclare : « Ma quelle parole io prendo come forte presagio, ora che sono nella città deserta32. » Chargé de signes, le sensible est donc vécu comme un lieu de frontière. Mais loin d'être un obstacle, celle-ci se fait passage entre deux mondes, seuil symbolique sur lequel se tient le poète dans l'espoir de combler le silence des hommes par un « dialogue » avec Dieu. Si ce mot revient régulièrement sous la plume quasimodienne, c'est exclusivement dans le contexte d'un échange avec une transcendance. En effet, pas une seule fois le poète ne fait allusion à un dialogue avec un être humain et le poème intitulé « Dialogo » se révèle n'être finalement qu'un monologue de plus.

    Fantasme de fusion avec l'invisible

    5C'est ainsi que, dans le discours intitulé Il poeta e il politico, Quasimodo annonce que « Il poeta, dalla notte, cioè dalla solitudine, trova il suo giorno […]; il paesaggio oscuro cede al dialogo33 ». Trahi par ses semblables, il pense ne pouvoir se fier qu'à Dieu, à qui il déclare : « Non m'hai tradito, Signore: / d'ogni dolore / son fatto primo nato34. » Ces quelques mots mettent en évidence, à travers l'évocation d'un rapport de confiance et l'expression d'une prééminence, un désir d'instaurer un lien privilégié avec une divinité par laquelle il lui semble avoir été élu, choisi. On retrouve exactement les mêmes mots dans les poèmes adressés aux éléments de la nature35. Le fait de revendiquer une filiation avec l'une et l'autre de ces entités met en évidence un désir de sublimer un « moi » morcelé et mésestimé en l'apparentant à quelque chose de plus grand. Nombre de poèmes mettent en effet en scène une immedesimazione du sujet lyrique dans les éléments naturels (il murmure par exemple à un arbre : « sul mio viso tocco la tua scorza36 »), mais font aussi et surtout mention d'une appartenance du poète à un au-delà de sa vie terrestre et humaine. Dans le poème « Del mio odore di uomo », le poète parle de son « cuore celeste37 », soulignant par ces images oxymoriques son double enracinement dans le visible et l'invisible. Dans un autre, il se fait mémoire de l'ensemble des éléments du sensible (« Nessuna cosa muore / che in me non viva38 »). De même que « les plantes de l'hémisphère sud fleurissent lorsque c'est le printemps dans leur patrie d'origine39 », le poète semble viscéralement lié à un monde dont il ressent intimement même ce qu'il en ignore (« Dolore di cose che ignoro / mi nasce40 »), un monde lié à la mort (« E un sepolto in me canta41 ») et à Dieu (« sono la tua reliquia / patita42 »). Si un mur de verre demeure entre lui et les hommes, nulle frontière ne semble le séparer du divin. Non seulement le « moi » met en scène sa fusion avec les éléments du sensible qui manifestent l'invisible, mais il revendique aussi une égalité avec Dieu lui-même. On remarque, dans le vers « È tuo il mio sangue, / Signore : moriamo43 », que le tutoiement est devenu un « nous » ; le « je » se considère comme le frère du Créateur, dont il partage le même sang. La douleur et la solitude engendrées par la conscience de l'imperméabilité des frontières qui s'élèvent entre lui et les hommes provoquent une crise identitaire que le poète tente d'apaiser par une fusion fantasmée avec l'invisible. Perdu et accablé, en quête de sens, il supplie Dieu de lui envoyer des mots, des signes, les preuves d'une élection qui le placerait, lui qui se sent si misérable, au-dessus de ceux qui le rejettent.

     Les recueils d’après-guerre : humanisme et scepticisme (1936-1959)

    Une irruption du réel...

    6Les recueils d'après-guerre mettent cependant en évidence un véritable bouleversement du rapport du poète au sensible et à l'invisible. Les horreurs de la Seconde Guerre mondiale l'arrachent à sa « tour d'ivoire » et le forcent à renoncer au solipsisme. Si Quasimodo ne participe pas activement à la Résistance, il est ouvertement antifasciste. Une nuit de 1942, il est agressé par une patrouille fasciste du groupe Corridoni. Deux ans plus tard, un espion fasciste dirigeant la revue Voce Repubblicana le dénonce dans les pages de son journal, contraignant le poète à vivre dans la semi-clandestinité jusqu'à la Libération. En 1945, il s'inscrit au Parti Communiste, où il milite activement pendant deux ans. Bien qu'il s'en éloigne par la suite, le poète ne cesse jamais de se considérer comme viscéralement de gauche et fait de l'homme le nouveau centre de son univers, le protagoniste principal des paysages qu'il décrit. Lié par la douleur à ceux qui lui étaient étrangers, c'est désormais avec eux qu'il revendique un lien de fraternité, d'égalité et une quête commune.

    “Il poeta s’è trovato improvvisamente gettato fuori dalla sua storia interna: in guerra, la sua intelligenza particolare aveva lo stesso valore di quella proletaria e collettiva […]. Il problema del ‘perché’ della vita s’era trasformato nel ‘come’ si vive […]”; “Il discorso privato […] s’è fatto corale44”.

    7La frontière entre le « je » et le « nous » s'est déplacée, puisque c'est maintenant du côté des hommes qu'elle situe le poète, qui cherche dans les cendres d'Auschwitz les signes de « la nostra sorte45 ». La présence de l’envahisseur nazi, le véritable étranger (« il piede straniero sopra il cuore46 » de l’Italie) remet complètement en question le rapport du poète aux frontières : il ne s’agit plus, désormais, de savoir s’il est un homme du Sud ou du Nord, mélancolique de sa terre natale ou indifférent à sa terre d’adoption. Les lignes de démarcation se sont déplacées : Quasimodo se considère maintenant comme un Italien, un Européen, le frère et le compagnon des milliers de gens qui souffrent, dans les villes ou dans les champs, quelles que soient leurs langues ou leurs nationalités. En l'arrachant à la solitude, l'histoire a brisé le mur de verre et a offert au poète la place à laquelle il aspirait, lui permettant de repenser son identité. C'est ainsi, désormais, qu'il perçoit son rôle au sein de la société.

    La posizione del poeta non può essere passiva nella società; egli “modifica il mondo”, abbiamo detto. Le sue immagini forti, quelle create, battono sul cuore dell’uomo più della filosofia e della storia. La poesia si trasforma in etica, proprio per la sua resa di bellezza: la sua responsabilità è in diretto rapporto con la sua perfezione. [...] Ma un poeta è tale quando non rinuncia alla sua presenza in una data terra; in un tempo esatto, definito politicamente. E poesia è libertà e verità di quel tempo e non modulazioni astratte del sentimento47.

    8La conscience qu'a maintenant Quasimodo d'appartenir à une « terre donnée », un « temps précis » et d'agir sur un monde dont il se sent en partie responsable, transforme son rapport à lui-même, en tant qu'individu et en tant que poète. Il n'a plus besoin d'une transcendance à laquelle adresser ses « pourquoi ? » – au contraire, c'est lui qui s'attache à répondre aux « comment ? » de ses semblables. Ne ressentant plus la nécessité de se projeter dans une identité divine qui le lierait à l'invisible, le poète peut enfin s'approprier le sensible. Le Nord, qui représentait une limite infranchissable, fait maintenant pleinement partie de son univers. Dans les textes d'après-guerre, la Lombardie est aussi présente que la Sicile, preuve du fait que la frontière symbolique qui empêchait le « je » lyrique de se sentir appartenir à ce lieu a progressivement disparu. Yannick Gouchan décrit cette période comme celle d’une « désabsolutisation48 » du paysage. En effet, ce dernier est maintenant coloré, parfumé, vivant et concret (comme l’attestent les nombreux déictiques et noms de lieux), empli d’une faune et d’une flore déclinées en de multiples espèces. Mais, surtout, des hommes viennent peupler les pages qui étaient auparavant exclusivement consacrées au narrateur.

    … qui modifie le rapport du poète au sensible...

    9En cela encore, on remarque un changement radical par rapport aux quatre premiers recueils : d’abord purement absents ou très discrets, relégués au second plan, les hommes sont maintenant au centre des poèmes. Ce n'est plus sur la nature mais sur les corps éventrés, les « morti abbandonati sulle piazze49 » et la « povera gente chiusa dentro i mantelli dei soldati, madri / dal ventre inaridito dalle lacrime50 » que s'arrêtent les minutieuses descriptions de Quasimodo. Ce dernier considère non seulement qu'il est de son devoir d'être témoin et mémoire des victimes de son temps, mais aussi qu'il relève de sa responsabilité de les faire changer, de les transformer. De ne plus être parmi, mais au cœur des hommes.

    Oggi, poi, dopo due guerre nelle quali l’“eroe” è diventato un numero sterminato di morti, l’impegno del poeta è ancora più grave, perché deve “rifare” l’uomo, quest’uomo disperso sulla terra, del quale conosce i più oscuri pensieri, quest’uomo che giustifica il male come una necessità, un bisogno al quale non ci si può sottrarre, [...] quest’uomo che aspetta il perdono evangelico tenendo in tasca le mani sporche di sangue51. 

    10Et comme à chaque fois qu'un glissement s'opère dans les frontières qui déterminent le rapport du poète au sensible et à l'invisible, toute modification de l'une implique une modification de l'autre. Maintenant qu'il fait corps avec les hommes au point de connaître « leurs plus obscures pensées », Quasimodo ne parvient plus à déchiffrer la nature où il cherchait les signes d'une transcendance. Le sensible devient fou, ambigu, n’a plus rien de céleste, de bucolique ou d’onirique. Au contraire, la description qui en est faite témoigne d’une véritable crise, qui lui fait voir les choses par un prisme géométrique. Tout n'est plus qu'arcs, cercles, difforme (« Dalla natura deforme la foglia / simmetrica fugge52 »). Les éléments qui composent le paysage sont muets ou transparents et, loin de donner accès à une autre dimension, ne renvoient plus le poète qu’à une ombre de lui-même (« Il suono non ha eco, prende un cerchio / trasparente, mi ricorda il mio nome53 »). L'invisible est voilé, le dialogue interrompu. Maintenant que Quasimodo est fermement ancré parmi les hommes, ses véritables frères de sang, débarrassé du poids de la solitude qui lui faisait lever les yeux vers Dieu, la redéfinition de son rapport au monde entraîne inévitablement une transformation de celui qu’il entretient avec l’au-delà.

    … et à l'invisible

    11Si la réalité historique modifie positivement les limites qui déterminent le rapport du poète au sensible, elle génère une crise spirituelle qui remet radicalement en question la porosité de la frontière qui semblait unir Quasimodo à l’invisible. En effet, le poème « Thànatos atànatos », publié en 1949, constitue une véritable remise en cause de la bienveillance – voire de l'existence – de Dieu et dénonce l'indifférence dont ce dernier semble faire preuve : « E dovremo dunque negarti, Dio / dei tumori, Dio del fiore vivo […] e consentire alla morte / e su ogni tomba scrivere la la sola /nostra certezza: “thànatos athànatos54”? » Comment croire à un Dieu octroyant indistinctement la vie et la mort, acceptant tranquillement que les hommes meurent et n'accordant d'autre certitude que celle de « l'immortalité de la mort » ? Dans les textes d'après-guerre, pour la première fois, on note l'apparition de mythes bibliques renvoyant l'image d'un Dieu cruel ou désinvolte. Le premier poème du recueil Giorno dopo giorno (publié en 1947), « Alle fronde dei salici », rappelle l'épisode au cours duquel, après la chute de Jérusalem, les Juifs se retrouvent aux mains de leurs ennemis à Babylone. Quand les soldats leur demandent de chanter, ces derniers suspendent leurs harpes aux frondaisons des saules en signe de refus55, loyaux envers un Dieu qui les a pourtant abandonnés. Dans le dernier poème de ce même recueil, « Uomo del mio tempo », Quasimodo décrit la violence fratricide dont font preuve les hommes les uns envers les autres (« Hai ucciso ancora, / come sempre, come uccisero i padri56 […] ») et la fait remonter à un événement originel : « E questo sangue odora come nel giorno / quando il fratello disse all'altro fratello : / “Andiamo ai campi”57. » Ces deux frères ne sont autres que Caïn et Abel. Ils décidèrent un jour de faire ensemble des offrandes à Dieu, qui accepta celle du second et refusa celle du premier. Fou de jalousie, Caïn tua celui à qui il était lié par le sang. À travers ces références, on comprend que le poète – loin de la subir comme autrefois – instaure lui-même une frontière avec un divin désormais perçu comme malveillant. L'invisible est considéré comme responsable du chaos du sensible. Et ce n'est pas seulement en tant qu'être humain que Quasimodo se sent trahi par Dieu, mais aussi en tant qu'individu. Lui qui écrivait déjà à Sibilla Aleramo en 1935 « A volte mi domando se mi merito tanto male; ma nella mia vita di uomo non trovo che “deviazioni” volute dalla pietà cristiana. Pietà cristiana che mi ha perduto58 », il adresse maintenant au Seigneur des reproches sans équivoques : « Ancora mi lasci / son solo nell'ombra / che sulla terra si spande59 […].» On remarque, là encore, à quel point la mouvance des frontières qui déterminent son rapport aux autres et à Dieu participe à la construction identitaire du poète. Quand il se sentait seul et tentait de forcer les limites du visible et de l'invisible, Quasimodo se voyait comme un étranger. Désormais conscient d'appartenir à un monde dont il se sent solidaire, il rejette une transcendance qui l'a de toute façon doublement trahi, puisque « […] non risponde l’invisibile / se chiam[a] come un tempo nel silenzio60! ». La manifestation la plus éloquente de cette frontière nouvelle que le poète instaure entre le Dieu chrétien et le monde des hommes est son silence. Après la publication du poème « Thànatos athànatos », plus aucun texte n'est directement adressé au divin. Ce n'est qu'en 1958, lors de la parution de La terra impareggiabile, que l'on retrouve sous la plume quasimodienne la mention d'une transcendance, dont la perception et la représentation ont été bouleversées par ce que le poète a vécu entre-temps.

    Porosité des frontières et plénitude (1960-1968)

    Le sensible, vaste continuum indistinct

    12En 1959, Quasimodo obtient le prix Nobel de littérature. Celui-ci étant moins connu pour ses poèmes que pour ses traductions – qui suscitent d'ailleurs de virulentes polémiques – nombre sont ceux qui contestent l'attribution de cette reconnaissance littéraire. Affecté par ce qu'il vit comme de nouvelles et injustes persécutions, le poète cesse momentanément d'écrire et consacre la décennie qui suit aux voyages, aux conférences et aux lectures. Sa seule publication est celle des Discours (en 1960), dans lesquels il livre ses réflexions sur l’homme, l’art, la vie et la politique. Il parcourt l'Europe, l'Amérique du Nord et du Sud, découvre l'URSS. Ce n'est qu'en 1966 que voit le jour son dernier recueil, Dare e avere, dans lequel se cristallisent les fruits de cette nouvelle période de réflexion et de redéfinition. Il est surprenant de constater que – paradoxalement – l’élargissement des frontières géographiques et la découverte de terres étrangères n’amènent pas le poète à une description curieuse et détaillée des paysages, mais au contraire à une esquisse assez floue de l’espace. Les poèmes ont beau mentionner des lieux aussi hétérogènes que la Bavière, la Hongrie, le Mexique, l'Angleterre, l’Irlande, les États-Unis, l'Italie ou la Bulgarie, ces derniers ne sont pas décrits dans leur spécificité, mais au contraire comme des endroits complètement interchangeables. Quasimodo amorce par exemple la description d’une ville de Bavière par un laconique « Ancora una città straniera61 ». Il mentionne dans un poème anonymement intitulé « In questa città » : « […] un bar d’angolo laggiù alla svolta / dei platani, qui nella mia metropoli / o altrove62 ». Les déictiques mettent sur le même plan l'ici et l'ailleurs, comme si le sensible n'était plus qu'un vaste continuum indistinct. Les lieux étrangers sont souvent décrits dans leurs ressemblances avec les lieux connus, à travers des comparaisons qui tendent à donner un caractère uniforme à la diversité des paysages décrits. Dans « Lungo l’Isar » le poète voit le fleuve allemand « come / se l’Isar fosse fiume della mia isola63 » ; et il décrit ainsi « La chiesa dei negri ad Harlem » : «  Il luogo ha un altare decorato / come certi dolci del Sud64 […] ». La question des frontières nord/sud et de son appartenance à l'un ou l'autre de ces espaces n'a plus de sens pour le Quasimodo des années 1960. Il est chez lui partout, voit un frère en son ami Szabò qui tous les ans lui envoie de Bavière quelques feuilles d'un tilleul planté en son honneur et qui porte son nom ; il trouve une mère en Varvàra Alexandrovna, l'infirmière de l'hôpital Botkin à Moscou (où il est admis à la suite d’un infarctus), à qui il déclare :

    Scotta la tua mano, Varvàra / Alexandrovna ; sono le dita di mia madre / che stringono per lasciare lunga pace / sotto la violenza […] sei una moltitudine di mani che cercano altre mani65. 

    Universalisation de la quête identitaire et existentielle du poète

    13Cette décennie de rencontres et d'expérience de l'étranger semble avoir aboli une à une les frontières physiques et symboliques du sensible, maintenant décrit comme étant « visibile, invisibile66 ». Le poète se détache du paysage pour se concentrer sur ceux qui l'habitent et donne à la quête existentielle qu'il mène depuis toujours une dimension universelle, passant du « qui suis-je ? » des premiers recueils à un « qui sommes-nous ? » collectif. La récurrence du verbe « être » au sein de ce dernier recueil révèle la dimension fondamentalement identitaire de cette recherche. Quasimodo multiplie les formules comme « Essere come potrei essere67 » et, dans le poème « Solo che amore ti colpisca », tente d'amener son interlocuteur à une révélation qu’il a lui-même vécue : « […] ricorda che puoi essere l’essere dell’essere / solo che amore ti colpisca bene alle viscere68. » Ce qui était obscur semble progressivement s’éclaircir (« Il silenzio non m’inganna, […]. Ciò che deve venire è qui69 […] ») et abolir, véritablement cette fois, la frontière qui sépare le visible de l’invisible.

    De l'imitatio christi à l'alter christus

    14Peu à peu, on retrouve au fil des poèmes la mention d'une transcendance envers laquelle le « je » semble avoir un rapport moins déférent et plus apaisé. Dans les recueils d'avant-guerre celui-ci avait une attitude d'imitatio christi et cherchait à se rapprocher de Dieu par mimétisme, acceptant de tout supporter, même l'absurde ; de tout croire, même l'invisible et de prier même sans réponse. À partir de 1958, il n'est plus question de soumission ou de hiérarchie. Le premier poème de la section « Domande e risposte » du recueil La terra impareggibile (dont le titre est éloquent puisqu'il suggère que le poète apporte désormais lui-même des réponses aux questions qu'il s'est toujours posées), peut être lu comme une réécriture de la Genèse, dont l'homme n'est plus la créature, mais bien le créateur.

    In principio Dio creò il cielo

    e la terra, poi nel suo giorno

    esatto mise i luminari in cielo

    e al settimo giorno si riposò.

    Dopo miliardi di anni l’uomo,

    fatto a sua immagine e somiglianza,

    senza mai riposare, con la sua

    intelligenza laica,

    senza timore, nel cielo sereno

    d’una notte d’ottobre

    mise altri luminari uguali

    a quelli che giravano

    dalla creazione del mondo. Amen70.

    15Il ne s'agit plus d'un fantasme de fusion avec le divin, mais de la revendication métaphoriquement d'une égalité entre Dieu et les hommes. Dans le texte qui suit, intitulé « Una risposta », on retrouve le même type de comparaison : « Se in riva al mare di Aci […] io potessi dal nulla dell'aria […] formare dal nulla / una formica […] forse allora sarei simile a Dio71. » Mais cette image de l'homme comme alter christus semble n'être qu'une étape teintée d'ironie de la construction identitaire d'un « je » débarrassé de son sentiment d'infériorité. On retrouve en effet dans Dare e avere, sur un ton plus grave, l'idée hugolienne selon laquelle l'homme porterait en lui une parcelle de divin qui l'apparente et qui le lie à une transcendance. À la fois « operaio e architetto72 » de sa vie, le poète se rend compte que le signe qu'il a cherché à lire dans le sensible pendant des décennies se trouve en fait à l'intérieur de lui : « Nella mia voce, c’è almeno un segno73 […] ».

    « Entra nella mente / un dialogo con l'al di là »

    16Cette prise de conscience s'accompagne de multiples métaphores de l'absence de limites. Le « je », se sentant désormais puissant et clairvoyant, « tent[a] di tracciare un rapporto possibile / tra vita e morte74 » ; déclare à son interlocutrice : « Ma ci sei tu e non hai limiti75 », et affirme que « Qui / è possibile separare l'interno dall'esterno, / usare la mente al di là del paesaggio76 ». Certains poèmes, à travers des scènes de transe (« La chiesa dei negri ad Harlem »), suggèrent une communication directe avec l'invisible, tandis que d'autres évoquent des images de palingénésie (« E ricomincia il tempo visibile / nell’occhio che riscopre la luce77 »). Cette transgression métaphorique et fantasmée de la frontière la plus absolue, entre vie et trépas, permet de combler les dernières inquiétudes d'un « moi » désormais serein face à la mort, l'évènement qu'il redoutait le plus. Gardien et garant de son immortalité, le tilleul planté en son honneur sur les rives du lac Balaton, dont les feuilles se retrouvent chaque printemps gorgées d'une sève nouvelle « dirà il [suo] nome liberò dall'al di là78 ». Cet apaisement permet de rétablir des liens avec une entité transcendante. Après le fantasme d'un dialogue avec Dieu et le constat de son échec (« Il nostro dialogo muta ; diventa / ora possibile l'assurdo79 »), le poète affirme maintenant qu'« Entra nella mente / un dialogo con l’al di là80 ». Dans ce dernier recueil, il ne tutoie plus le Seigneur et ne s'adresse plus à lui en son seul nom. Sa quête est celle d'un homme parmi les autres, une quête identitaire, existentielle et spirituelle qui le conduit à un divin qui n'a plus le visage de Dieu, mais prend la forme d'un au-delà rassurant. Le second et le dernier poème du recueil, qui décrivent deux hospitalisations du poète (au Botkin de Moscou et à l'hôpital de Sesto San Giovanni près de Milan), sont empreints d'une grande sérénité.

    “Non ho paura della morte / come non ho avuto timore della vita81”; “Non devo confessioni alla terra, / nemmeno a te morte82”; “Mi sembra di essere un emigrante / che vegli chiuso nelle sue coperte, / tranquillo, per terra. Forse muoio sempre. / Ma ascolto volentieri le parole della vita / che non ho mai inteso, mi fermo / su lunghe ipotesi. Certo non potrò sfuggire; / sarò fedele alla vita e alla morte / nel corpo e nello spirito83 […]. 

    17On est bien loin de la détresse désespérée du jeune Quasimodo. On découvre çà et là, dans les textes de Dare e avere, des retours du « moi » sur celui qu'il a été. Le poète prend rétrospectivement conscience de la façon dont les frontières régissant son rapport aux autres, au sensible et à l'invisible ont informé (voire, parfois, déformé) ce qu'il était et ce qu'il écrivait (« Scrivevo versi della più oscura / materia delle cose, / volendo mutare la distruzione / cercando amore e sagezza / nella solitudine84 […] »). Au crépuscule de sa vie, après avoir trouvé sa place sur terre et établi une juste distance avec le ciel, Quasimodo peut mettre fin à sa quête et confier avec plénitude : « la mia domanda assoluta / [che] si chiude85. »

    18La lecture diachronique des neuf recueils de Quasimodo met en évidence d'une part la transformation constante de son rapport aux autres, au sensible et à l’invisible ; d'autre part la façon dont les frontières qui l'en séparent déterminent et sont déterminées par l'évolution identitaire d'un « moi » qui se définit progressivement. L'exil et le rejet de ses semblables poussent le poète à avoir une image négative de lui-même, qu'il cherche à sublimer à travers le fantasme d'un dialogue privilégié avec Dieu. Lorsque l'histoire le contraint à partager la réalité de ses frères et lui fait prendre conscience du rôle qu'il peut jouer dans la société, donnant ainsi un sens à sa vie, les ciselures ontologiques dont il souffrait commencent à se résorber. À mesure qu'il se rapproche des hommes, Quasimodo s'éloigne d'un Dieu qu'il tient pour responsable, par son indifférence, du chaos du monde sensible. Une fois que l'ombre de la guerre commence à se dissiper et que l'exaltation de l'engagement commence à retomber, arrive le temps des voyages et du silence. L'expérience de l'étranger, dans sa paradoxale absence d'étrangeté, constitue un nouveau seuil du parcours identitaire et initiatique du poète. Celui-ci n'est plus ni l'exclu ni le héraut de ses semblables, mais l'habitant d'un monde sans frontières, « ouvrier et architecte » d'une vie dont la mort n'est plus une fin. La mouvance – voire la porosité – des frontières du sensible et de l'invisible, générant l'évolution identitaire du « je » lyrique autant qu'elle est générée par lui, permet finalement d'atteindre la plénitude apportée par la certitude que « l'uomo non muore, / è un soldato d'amore dalla vittoria continua86 ».

    Notes de bas de page

    1 « Entre dans l’esprit/un dialogue avec l’au-delà », Salvatore Quasimodo, « Una notte di settembre », Dare e avere, in Poesie e discorsi sulla poesia, a cura di Gilberto Finzi, Milano, Mondadori, “Meridiani”, 1971, p. 238. Toutes les citations des poèmes et des discours de Quasimodo sont tirées de cette édition. Toutes les traductions des citations sont de notre main.

    2 « Sicule grec », Salvatore Quasimodo, « Micene », La terra impareggiabile, op. cit., p. 217.

    3 « Déraciné des vivants », Salvatore Quasimodo, « Al tuo lume naufrago », Erato e Apòllion, op. cit., p. 86.

    4 Expression employée par Quasimodo dans Il poeta e il politico, op. cit., p. 317.

    5 « Je vois le ciel de Lombardie ennemi et lointain. Que ferai-je sans amour, sans personne qui m'aime ? », Salvatore Quasimodo, lettre du 6 février 1935, A Sibilla, Milano, Rizzoli Editore, 1983, p. 11.

    6 « Mais ici sur le seuil des vaincus, la tête baissée j'attendrai le printemps. Je n'ai trouvé aucune lettre à Milan. Personne ne se souvient de moi », lettre du 5 mars 1935, ibid., p. 17.

    7 « Mais le temps est si cruel avec moi : chaque heure est comme redoublée par la stérile solitude », lettre du 29 mars 1935, ibid., p. 27.

    8 « Désormais, entre ceux qui “croient” m’être proches et moi, un abîme s’est creusé », lettre du 21 août 1936, Salvatore Quasimodo, Lettere d'amore a Maria Cumani, Milano, Mondadori, 1973, p. 37.

    9 « Je suis ici au milieu d'étrangers (dans tous les sens du terme) », Salvatore Quasimodo, Senza di te la morte : Lettere a Curzia Ferrari (1963-1968), Milano, Archinto, 2001, p. 23.

    10 « […] Je ne suis pas triste au Nord : je ne suis pas / en paix avec moi, mais je n'attends / de pardon de personne, beaucoup me doivent des larmes / d'homme à homme », Salvatore Quasimodo, « Lettera alla madre », La vita non è sogno, op. cit., p. 157.

    11 « Moi je ne trahis personne ; ce sont toujours les autres qui m'ont trahi », lettre du 9 mai 1935, Salvatore Quasimodo, A Sibilla, op. cit., p. 46.

    12 « Le peu d'espace qu'ils [lui] ont toujours donné », Salvatore Quasimodo, « Al padre », La terra impareggiabile, op. cit., p. 201.

    13 « À moi aussi ils mesurèrent toute chose / et j'ai porté ton nom / par delà la haine et l'envie », Salvatore Quasimodo, « Al padre », La terra impareggiabile, op. cit., p. 201.

    14 « Pauvre dieu sans ciel ni terre », Salvatore Quasimodo, A Sibilla, op. cit., p. 53.

    15 « Je suis à nouveau sans espoir ; chacun de mes actes est voué au naufrage », lettre du 25 mars 1935, ibid., p. 25.

    16 « À ta lumière je fais naufrage », Salvatore Quasimodo, « Al tuo lume naufrago », Erato e Apòllion, op. cit., p. 86.

    17 « Je suis un homme seul, / un seul enfer », Salvatore Quasimodo, ibid..

    18 « Arbre mal-né », Salvatore Quasimodo, « A me discesa per nuova innocenza », Òboe sommerso, op. cit., p. 59.

    19 « Déraciné des vivants », Salvatore Quasimodo, « Al tuo lume naufrago », Erato e Apòllion, op. cit., p. 86.

    20 Qui sont en réalité des textes de poétique et de prises de positions littéraires, politiques et philosophiques.

    21 « Nous devons admettre que l'homme contemporain […] cherche des interlocuteurs […] qui doivent décider de ses erreurs et de ses vérités », Salvatore Quasimodo, Poesia del dopoguerra, op. cit., p. 299.

    22 « J’attends assidûment, / Seigneur, le don / terrible de tes mots », Salvatore Quasimodo, « Al tuo lume naufrago », Erato e Apòllion, op. cit., p. 86.

    23 Ils sont en tous cas considérés comme tels par son fervent ami Giorgio la Pira, tertiaire dominicain : « […] alle volte una tua poesia – tra le più pure, si intende – è per me quasi motivo di preghiera e cagione di interiore devozione », « […] parfois un de tes poèmes – parmi les plus purs, j'entends – est pour moi presque un motif de prière et source de dévotion intérieure », Giorgio La Pira, Carteggio, Milano, All'insegna del Pesce d'oro, 1980, p. 80.

    24 « Vento a Tindari », « Foce del fiume Roia », « L'Ànapo », etc.

    25 « Des plantes pierres eaux / naissent les animaux / au souffle de l'air », Salvatore Quasimodo, « Senza memoria di morte », Òboe sommerso, op. cit., p. 51.

    26 Charles Baudelaire, « Correspondances », Les Fleurs du mal, in Œuvres complètes, tome 1, Paris, Gallimard, Bibliothèque de la Pléiade, 1975 (1re éd. : Poulet-Malassis et De Broise, 1857).

    27 « Les oiseaux te regardent depuis les arbres et les feuilles […] », Salvatore Quasimodo, « Solo che amore ti colpisca », Dare e avere, op. cit., p. 237.

    28 Expression utilisée par Rabelais dans le « Prologue de l'auteur » de Gargantua, où il explique qu'il ne faut pas se contenter du sens littéral du texte mais « ains à plus hault sens interpreter ». François Rabelais, Gargantua, Paris, Point, 1997 (1re éd. : Juste, 1535). Dans les poèmes de Quasimodo, il en va de même avec les éléments du sensible, qu'il s'agit de reconnaître comme signes et d'interpréter selon un « plus hault sens ».

    29 « […] Centre de toute chose / du ciel et du vent de la mer et des nuages », Salvatore Quasimodo, « Mai ti vinse notte così chiara », Acque e terre, op. cit., p. 24.

    30 « D'autre vie surpris et de chaque mouvement / de subites résurrections / que l'obscurité exprime et transfigure », Salvatore Quasimodo, « Preghiera alla pioggia », Òboe sommerso, op. cit., p. 52.

    31 « [L’]entraînaient dans des recoins secrets / pour [lui] parler / […] du sens de la vie », Salvatore Quasimodo, « Di fresca donna riversa in mezzo ai fiori », Oboè sommerso, op. cit., p. 46.

    32 « Je prends ces mots comme un fort présage, maintenant que je suis dans la ville déserte », Salvatore Quasimodo, Lettere d'amore a Maria Cumani, op. cit., p. 21.

    33 « Le poète, depuis la nuit, c'est-à-dire depuis la solitude, trouve son jour [...] ; le paysage obscur cède au dialogue », Salvatore Quasimodo, Il poeta e il politico, 1959, op. cit., p. 307.

    34 « Tu ne m'as pas trahi, Seigneur : / de chaque douleur / je suis fait premier né », Salvatore Quasimodo, « Amen per la domenica in Albis », Òboe sommerso, op. cit., p. 76.

    35 Par exemple, dans le poème « Alla notte » : « Il tuo primo uomo / non sa, ma dolora », « Ton premier homme ne sait pas / mais souffre », Salvatore Quasimodo, « Alla notte », Òboe sommerso, op. cit., p. 56.

    36 « Sur mon visage je touche ton écorce », Salvatore Quasimodo, « Albero », Acque e terre, op. cit., p. 14.

    37 « De mon odeur d'homme » ; « mon cœur céleste », Salvatore Quasimodo, « Del mio odore di uomo », Erato e Apòllion, op. cit., p. 94.

    38 « Aucune chose ne meurt / qui ne vive en moi », Salvatore Quasimodo, « Seme », Òboe sommesro, op. cit., p. 69.

    39 Ernst Mach, L'analyse des sensations. Le rapport du physique au psychique, Nîmes, Éditions Jacqueline Chambon, 1996, p. 70.

    40 « Douleur de choses que j'ignore / me fait naître », Salvatore Quasimodo, « Dolore di cose che ignoro », Acque e terre, op. cit., p. 21.

    41 « Et un mort chante en moi », Salvatore Quasimodo, « E un sepolto in me canta », Òboe sommerso, op. cit., p. 48.

    42 « Je suis ta relique / souffrante », Salvatore Quasimodo, « Metamorfosi nell'urna del santo », Òboe sommerso, op. cit., p. 58.

    43 « Mon sang est tien, / Seigneur, mourons », Salvatore Quasimodo, « Primo giorno », Òboe sommerso, op. cit., p. 70.

    44 « Le poète s'est brusquement trouvé jeté hors de son histoire individuelle : en temps de guerre, son intelligence particulière avait la même valeur que l'intelligence prolétarienne ou collective […]. Le problème du “pourquoi” de la vie s'était transformé en “comment” on vit […] » ; « Le discours privé […] s'était fait choral », Salvatore Quasimodo, Poesia del dopoguerra, op. cit., p. 297.

    45 « Notre destin », Salvatore Quasimodo, « Auschwitz », Il falso e vero verde, op. cit., p. 182.

    46 « Le pied étranger sur le cœur », ibid.

    47 « La position du poète ne peut pas être passive dans la société ; celui-ci “modifie le monde”, comme nous l'avons dit. Ses images fortes, celles qu'il a créées, battent sur le cœur de l'homme plus que la philosophie et l'histoire. La poésie se transforme en éthique, précisément par la beauté qu'elle dégage : sa responsabilité est en rapport direct avec sa perfection. […] Mais un poète est tel quand il ne renonce pas à être présent sur une terre donnée, dans un temps précis, défini politiquement. La poésie est liberté et vérité de ce temps, et pas modulations abstraites du sentiment », Salvatore Quasimodo, Discorso sulla poesia, op. cit., p. 293.

    48 Yannick Gouchan, « “

    Eco d’una voce chiusa nella mente / che risale dal tempo

    ”. Une poétique de l’eau chez Salvatore Quasimodo

     »

    , Journée d'études « La nouvelle italienne au xvie siècle – L'oeuvre poétique de Salvatore Quasimodo », janvier 2013, Nancy, France, http://ticri.univ-lorraine.fr/wicri-lor.fr/index.php/Nouvelle_italienne_au_XVIe_si.

    49 « Morts abandonnés sur les places », Salvatore Quasimodo, « Alle fronde dei salici », Giorno dopo giorno, op. cit., p. 125.

    50 « Les pauvres gens enserrés dans les manteaux des soldats, les mères / au ventre tari par les larmes », Salvatore Quasimodo, « Neve », Giorno dopo giorno, op. cit., p. 128.

    51 « Aujourd'hui, après deux guerres pendant lesquelles le “héros” est devenu un nombre de morts infini, l'engagement du poète est encore plus grave, car il doit “refaire” l'homme, cet homme dispersé sur la terre, dont il connaît les plus obscures pensées, cet homme qui justifie le mal comme une nécessité, un besoin auquel on ne peut se soustraire, […] cet homme qui attend le pardon évangélique en gardant dans ses poches ses mains sales de sang », Salvatore Quasimodo, Poesia contemporanea, op. cit., p. 273.

    52 « La feuille symétrique fuit / la nature difforme », Salvatore Quasimodo, « Dalla natura deforme », La terra impareggiabile, op. cit., p. 198.

    53 « Le son n’a pas d’écho, il prend un cercle / transparent, me rappelle mon nom », Salvatore Quasimodo, « Il silenzio non m’inganna », Dare e avere, op. cit., p. 244.

    54 « Et nous devrons donc te nier, Dieu / des tumeurs, Dieu de la fleur vivante, […] et consentir à la mort / et sur chaque tombe écrire notre seule / certitude : “thànatos athànatos” ? », Salvatore Quasimodo, « Thànatos athànatos », La vita non è sogno, op. cit., p. 156.

    55 « Comment chanterions-nous un chant du Seigneur sur une terre étrangère ? », Ancien Testament, Livre des psaumes, 137.4.

    56 « Tu as encore tué, / comme toujours, comme tuèrent nos pères », Salvatore Quasimodo, « Uomo del mio tempo », Giorno dopo giorno, op. cit., p. 144.

    57 « Et ce sang a la même odeur que le jour / où un frère dit à son frère : / “Allons aux champs” », ibid..

    58 « Je me demande parfois si je mérite tant de malheur ; mais dans ma vie d'homme je ne trouve que “déviations” voulues par la miséricorde chrétienne. Miséricorde chrétienne qui m'a perdu », Salvatore Quasimodo, A Sibilla, op. cit., p. 27.

    59 « Tu me laisses à nouveau : je suis seul / dans l'ombre qui sur la terre se répand […] », Salvatore Quasimodo, « Curva minore », Òboe sommerso, op. cit., p. 47.

    60 « L'invisible ne répond plus, / si comme avant [il] l'appelle dans le silence », Salvatore Quasimodo, « A me pellegrino », Giorno dopo giorno, op. cit., p. 136.

    61 « Encore une ville étrangère », Salvatore Quasimodo, « Lungo l'Isar », Dare e avere, op. cit., p. 239.

    62 « […] Un bar au coin d'une rue, là-bas à l'angle / des platanes, ici dans ma métropole / ou ailleurs », Salvatore Quasimodo, « In questa città », La terra impareggiabile, op. cit., p. 208.

    63 « Comme / si l'Isar était un fleuve de mon île », Salvatore Quasimodo, « Lungo l'Isar », Dare e avere, op. cit., p. 239.

    64 « Dans ce lieu se trouve un autel décoré / comme certaines pâtisseries du Sud […] », Salvatore Quasimodo, « La chiesa dei negri ad Harlem », Dare e avere, op. cit., p. 242.

    65 « Ta main brûle, Varvàra Alexandrovna ; ce sont les doigts de ma mère / qui m'étreignent pour laisser une longue paix sous la violence […] tu es une multitude de mains qui cherchent d'autres mains », Salvatore Quasimodo, « Varvàra Alexandrovna », Dare e avere, op. cit., p. 236.

    66 « Visible, invisible », Salvatore Quasimodo, « Visibile, invisibile », La terra impareggiabile, op. cit., p. 159.

    67 « Être comme je pourrais être », Salvatore Quasimodo, « Lungo l'Isar », Dare e avere, op. cit., p. 239.

    68 « […] Rappelle-toi que tu peux être l'être de l'être / il suffit que l'amour te frappe au creux des entrailles », Salvatore Quasimodo, « Solo che amore ti colpisca », Dare e avere, op. cit., p. 237.

    69 « Le silence ne me trompe pas, […]. Ce qui doit venir est là […] », Salvatore Quasimodo, « Il silenzio non m'inganna », Dare e avere, op. cit., p. 244.

    70 « Au commencement Dieu créa le ciel / et la terre, puis le jour qu’il jugea / exact mis les lumières dans le ciel / et le septième jour se reposa. // Après des milliards d’années l’homme, / fait à son image et à sa ressemblance, / sans jamais reposer, avec son / intelligence laïque, / sans crainte, dans le ciel dégagé / d’une nuit d’octobre / mit d’autre lumières pareilles / à celles qui gravitaient / depuis la création du monde. Amen », Salvatore Quasimodo, « Alla nuova luna », La terra impareggiabile, op. cit., p. 225. Ce poème est également une allusion au satellite Spoutnik, lancé dans l'espace par l'URSS le 4 octobre 1957.

    71 « Si au bord de la mer d'Acis […] je pouvais du rien de l'air […] former du rien une fourmi […] peut-être qu'alors je serais pareil à Dieu », Salvatore Quasimodo, « Una risposta », La terra impareggiabile, op. cit., p. 226.

    72 « Ouvrier et architecte », Salvatore Quasimodo, « Nell'isola », Dare e avere, op. cit., p. 252.

    73 « Dans ma voix / il y a au moins un signe », Salvatore Quasimodo, Dare e avere, op. cit., p. 235.

    74 « [J']essaie de tracer un rapport possible / entre vie et mort », Salvatore Quasimodo, « Il silenzio non m'inganna », Dare e avere, op. cit., p. 244.

    75 « Mais toi tu es là et n'as pas de limites », Salvatore Quasimodo, « Poesia d'amore », Dare e avere, op. cit., p. 250.

    76 « Il est ici possible de séparer l'intérieur de l'extérieur / d'utiliser l'esprit par-delà le paysage », Salvatore Quasimodo, « Capo Caliakra », Dare e avere, op. cit., p. 243.

    77 « Et recommence le temps visible / dans l'oeil qui redécouvre la lumière », Salvatore Quasimodo, « Non ho perduto nulla », Dare e avere, op. cit., p. 251.

    78 « […] Dira [son] nom libre depuis l'au-delà », Salvatore Quasimodo, « Dalle rive del Balaton », Dare e avere, op. cit., p. 240.

    79 « Notre dialogue change ; l'absurde / est désormais possible », Salvatore Quasimodo, « Thànatos atnànatos », La vita non è sogno, op. cit., p. 156.

    80 « Entre dans l'esprit / un dialogue avec l'au-delà », Salvatore Quasimodo, « Una notte di settembre », Dare e avere, op. cit., p. 238.

    81 « Je n'ai pas peur de la mort / tout comme je n'ai pas craint la vie », Salvatore Quasimodo, « Varvàra Alexandrovna », Dare e avere, op. cit., p. 236.

    82 « Je ne dois pas de confessions à la terre, / et pas même à toi, mort », Salvatore Quasimodo, « Una notte di settembre », Dare e avere, op. cit., p. 238.

    83 « Il me semble être un migrant / qui veille enfermé dans ses couvertures, / tranquille, par terre. Peut-être que je meurs toujours. / Mais j'écoute volontiers les mots de la vie / que je n'ai jamais compris, je m'arrête sur de longues hypothèses. Je ne pourrai certes pas fuir ; / je serai fidèle à la vie et à la mort / dans mon corps et dans mon esprit », Salvatore Quasimodo, « Ho fiori e di notte invito i pioppi », Dare e avere, op. cit., p. 257.

    84 « J'écrivais des vers de la plus obscure / matière des choses, / voulant transformer la destruction, / cherchant amour et sagesse / dans la solitude […] », Salvatore Quasimodo, « Alla Liguria », Dare e avere, op. cit., p 254.

    85 « Ma demande absolue / se ferme », Salvatore Quasimodo, « Lungo l'Isar », Dare e avere, op. cit., p. 239.

    86 « […] L'homme ne meurt pas / c'est un soldat d'amour à la victoire continue », Salvatore Quasimodo, « Balestrieri toscani », Dare e avere, op. cit., p. 246.

    Auteur

    • Héloïse Moschetto

      Doctorante en études italiennes, CAER, Université d’Aix-Marseille

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    Table des matières

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    1 « Entre dans l’esprit/un dialogue avec l’au-delà », Salvatore Quasimodo, « Una notte di settembre », Dare e avere, in Poesie e discorsi sulla poesia, a cura di Gilberto Finzi, Milano, Mondadori, “Meridiani”, 1971, p. 238. Toutes les citations des poèmes et des discours de Quasimodo sont tirées de cette édition. Toutes les traductions des citations sont de notre main.

    2 « Sicule grec », Salvatore Quasimodo, « Micene », La terra impareggiabile, op. cit., p. 217.

    3 « Déraciné des vivants », Salvatore Quasimodo, « Al tuo lume naufrago », Erato e Apòllion, op. cit., p. 86.

    4 Expression employée par Quasimodo dans Il poeta e il politico, op. cit., p. 317.

    5 « Je vois le ciel de Lombardie ennemi et lointain. Que ferai-je sans amour, sans personne qui m'aime ? », Salvatore Quasimodo, lettre du 6 février 1935, A Sibilla, Milano, Rizzoli Editore, 1983, p. 11.

    6 « Mais ici sur le seuil des vaincus, la tête baissée j'attendrai le printemps. Je n'ai trouvé aucune lettre à Milan. Personne ne se souvient de moi », lettre du 5 mars 1935, ibid., p. 17.

    7 « Mais le temps est si cruel avec moi : chaque heure est comme redoublée par la stérile solitude », lettre du 29 mars 1935, ibid., p. 27.

    8 « Désormais, entre ceux qui “croient” m’être proches et moi, un abîme s’est creusé », lettre du 21 août 1936, Salvatore Quasimodo, Lettere d'amore a Maria Cumani, Milano, Mondadori, 1973, p. 37.

    9 « Je suis ici au milieu d'étrangers (dans tous les sens du terme) », Salvatore Quasimodo, Senza di te la morte : Lettere a Curzia Ferrari (1963-1968), Milano, Archinto, 2001, p. 23.

    10 « […] Je ne suis pas triste au Nord : je ne suis pas / en paix avec moi, mais je n'attends / de pardon de personne, beaucoup me doivent des larmes / d'homme à homme », Salvatore Quasimodo, « Lettera alla madre », La vita non è sogno, op. cit., p. 157.

    11 « Moi je ne trahis personne ; ce sont toujours les autres qui m'ont trahi », lettre du 9 mai 1935, Salvatore Quasimodo, A Sibilla, op. cit., p. 46.

    12 « Le peu d'espace qu'ils [lui] ont toujours donné », Salvatore Quasimodo, « Al padre », La terra impareggiabile, op. cit., p. 201.

    13 « À moi aussi ils mesurèrent toute chose / et j'ai porté ton nom / par delà la haine et l'envie », Salvatore Quasimodo, « Al padre », La terra impareggiabile, op. cit., p. 201.

    14 « Pauvre dieu sans ciel ni terre », Salvatore Quasimodo, A Sibilla, op. cit., p. 53.

    15 « Je suis à nouveau sans espoir ; chacun de mes actes est voué au naufrage », lettre du 25 mars 1935, ibid., p. 25.

    16 « À ta lumière je fais naufrage », Salvatore Quasimodo, « Al tuo lume naufrago », Erato e Apòllion, op. cit., p. 86.

    17 « Je suis un homme seul, / un seul enfer », Salvatore Quasimodo, ibid..

    18 « Arbre mal-né », Salvatore Quasimodo, « A me discesa per nuova innocenza », Òboe sommerso, op. cit., p. 59.

    19 « Déraciné des vivants », Salvatore Quasimodo, « Al tuo lume naufrago », Erato e Apòllion, op. cit., p. 86.

    20 Qui sont en réalité des textes de poétique et de prises de positions littéraires, politiques et philosophiques.

    21 « Nous devons admettre que l'homme contemporain […] cherche des interlocuteurs […] qui doivent décider de ses erreurs et de ses vérités », Salvatore Quasimodo, Poesia del dopoguerra, op. cit., p. 299.

    22 « J’attends assidûment, / Seigneur, le don / terrible de tes mots », Salvatore Quasimodo, « Al tuo lume naufrago », Erato e Apòllion, op. cit., p. 86.

    23 Ils sont en tous cas considérés comme tels par son fervent ami Giorgio la Pira, tertiaire dominicain : « […] alle volte una tua poesia – tra le più pure, si intende – è per me quasi motivo di preghiera e cagione di interiore devozione », « […] parfois un de tes poèmes – parmi les plus purs, j'entends – est pour moi presque un motif de prière et source de dévotion intérieure », Giorgio La Pira, Carteggio, Milano, All'insegna del Pesce d'oro, 1980, p. 80.

    24 « Vento a Tindari », « Foce del fiume Roia », « L'Ànapo », etc.

    25 « Des plantes pierres eaux / naissent les animaux / au souffle de l'air », Salvatore Quasimodo, « Senza memoria di morte », Òboe sommerso, op. cit., p. 51.

    26 Charles Baudelaire, « Correspondances », Les Fleurs du mal, in Œuvres complètes, tome 1, Paris, Gallimard, Bibliothèque de la Pléiade, 1975 (1re éd. : Poulet-Malassis et De Broise, 1857).

    27 « Les oiseaux te regardent depuis les arbres et les feuilles […] », Salvatore Quasimodo, « Solo che amore ti colpisca », Dare e avere, op. cit., p. 237.

    28 Expression utilisée par Rabelais dans le « Prologue de l'auteur » de Gargantua, où il explique qu'il ne faut pas se contenter du sens littéral du texte mais « ains à plus hault sens interpreter ». François Rabelais, Gargantua, Paris, Point, 1997 (1re éd. : Juste, 1535). Dans les poèmes de Quasimodo, il en va de même avec les éléments du sensible, qu'il s'agit de reconnaître comme signes et d'interpréter selon un « plus hault sens ».

    29 « […] Centre de toute chose / du ciel et du vent de la mer et des nuages », Salvatore Quasimodo, « Mai ti vinse notte così chiara », Acque e terre, op. cit., p. 24.

    30 « D'autre vie surpris et de chaque mouvement / de subites résurrections / que l'obscurité exprime et transfigure », Salvatore Quasimodo, « Preghiera alla pioggia », Òboe sommerso, op. cit., p. 52.

    31 « [L’]entraînaient dans des recoins secrets / pour [lui] parler / […] du sens de la vie », Salvatore Quasimodo, « Di fresca donna riversa in mezzo ai fiori », Oboè sommerso, op. cit., p. 46.

    32 « Je prends ces mots comme un fort présage, maintenant que je suis dans la ville déserte », Salvatore Quasimodo, Lettere d'amore a Maria Cumani, op. cit., p. 21.

    33 « Le poète, depuis la nuit, c'est-à-dire depuis la solitude, trouve son jour [...] ; le paysage obscur cède au dialogue », Salvatore Quasimodo, Il poeta e il politico, 1959, op. cit., p. 307.

    34 « Tu ne m'as pas trahi, Seigneur : / de chaque douleur / je suis fait premier né », Salvatore Quasimodo, « Amen per la domenica in Albis », Òboe sommerso, op. cit., p. 76.

    35 Par exemple, dans le poème « Alla notte » : « Il tuo primo uomo / non sa, ma dolora », « Ton premier homme ne sait pas / mais souffre », Salvatore Quasimodo, « Alla notte », Òboe sommerso, op. cit., p. 56.

    36 « Sur mon visage je touche ton écorce », Salvatore Quasimodo, « Albero », Acque e terre, op. cit., p. 14.

    37 « De mon odeur d'homme » ; « mon cœur céleste », Salvatore Quasimodo, « Del mio odore di uomo », Erato e Apòllion, op. cit., p. 94.

    38 « Aucune chose ne meurt / qui ne vive en moi », Salvatore Quasimodo, « Seme », Òboe sommesro, op. cit., p. 69.

    39 Ernst Mach, L'analyse des sensations. Le rapport du physique au psychique, Nîmes, Éditions Jacqueline Chambon, 1996, p. 70.

    40 « Douleur de choses que j'ignore / me fait naître », Salvatore Quasimodo, « Dolore di cose che ignoro », Acque e terre, op. cit., p. 21.

    41 « Et un mort chante en moi », Salvatore Quasimodo, « E un sepolto in me canta », Òboe sommerso, op. cit., p. 48.

    42 « Je suis ta relique / souffrante », Salvatore Quasimodo, « Metamorfosi nell'urna del santo », Òboe sommerso, op. cit., p. 58.

    43 « Mon sang est tien, / Seigneur, mourons », Salvatore Quasimodo, « Primo giorno », Òboe sommerso, op. cit., p. 70.

    44 « Le poète s'est brusquement trouvé jeté hors de son histoire individuelle : en temps de guerre, son intelligence particulière avait la même valeur que l'intelligence prolétarienne ou collective […]. Le problème du “pourquoi” de la vie s'était transformé en “comment” on vit […] » ; « Le discours privé […] s'était fait choral », Salvatore Quasimodo, Poesia del dopoguerra, op. cit., p. 297.

    45 « Notre destin », Salvatore Quasimodo, « Auschwitz », Il falso e vero verde, op. cit., p. 182.

    46 « Le pied étranger sur le cœur », ibid.

    47 « La position du poète ne peut pas être passive dans la société ; celui-ci “modifie le monde”, comme nous l'avons dit. Ses images fortes, celles qu'il a créées, battent sur le cœur de l'homme plus que la philosophie et l'histoire. La poésie se transforme en éthique, précisément par la beauté qu'elle dégage : sa responsabilité est en rapport direct avec sa perfection. […] Mais un poète est tel quand il ne renonce pas à être présent sur une terre donnée, dans un temps précis, défini politiquement. La poésie est liberté et vérité de ce temps, et pas modulations abstraites du sentiment », Salvatore Quasimodo, Discorso sulla poesia, op. cit., p. 293.

    48 Yannick Gouchan, « “

    Eco d’una voce chiusa nella mente / che risale dal tempo

    ”. Une poétique de l’eau chez Salvatore Quasimodo

     »

    , Journée d'études « La nouvelle italienne au xvie siècle – L'oeuvre poétique de Salvatore Quasimodo », janvier 2013, Nancy, France, http://ticri.univ-lorraine.fr/wicri-lor.fr/index.php/Nouvelle_italienne_au_XVIe_si.

    49 « Morts abandonnés sur les places », Salvatore Quasimodo, « Alle fronde dei salici », Giorno dopo giorno, op. cit., p. 125.

    50 « Les pauvres gens enserrés dans les manteaux des soldats, les mères / au ventre tari par les larmes », Salvatore Quasimodo, « Neve », Giorno dopo giorno, op. cit., p. 128.

    51 « Aujourd'hui, après deux guerres pendant lesquelles le “héros” est devenu un nombre de morts infini, l'engagement du poète est encore plus grave, car il doit “refaire” l'homme, cet homme dispersé sur la terre, dont il connaît les plus obscures pensées, cet homme qui justifie le mal comme une nécessité, un besoin auquel on ne peut se soustraire, […] cet homme qui attend le pardon évangélique en gardant dans ses poches ses mains sales de sang », Salvatore Quasimodo, Poesia contemporanea, op. cit., p. 273.

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    54 « Et nous devrons donc te nier, Dieu / des tumeurs, Dieu de la fleur vivante, […] et consentir à la mort / et sur chaque tombe écrire notre seule / certitude : “thànatos athànatos” ? », Salvatore Quasimodo, « Thànatos athànatos », La vita non è sogno, op. cit., p. 156.

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    56 « Tu as encore tué, / comme toujours, comme tuèrent nos pères », Salvatore Quasimodo, « Uomo del mio tempo », Giorno dopo giorno, op. cit., p. 144.

    57 « Et ce sang a la même odeur que le jour / où un frère dit à son frère : / “Allons aux champs” », ibid..

    58 « Je me demande parfois si je mérite tant de malheur ; mais dans ma vie d'homme je ne trouve que “déviations” voulues par la miséricorde chrétienne. Miséricorde chrétienne qui m'a perdu », Salvatore Quasimodo, A Sibilla, op. cit., p. 27.

    59 « Tu me laisses à nouveau : je suis seul / dans l'ombre qui sur la terre se répand […] », Salvatore Quasimodo, « Curva minore », Òboe sommerso, op. cit., p. 47.

    60 « L'invisible ne répond plus, / si comme avant [il] l'appelle dans le silence », Salvatore Quasimodo, « A me pellegrino », Giorno dopo giorno, op. cit., p. 136.

    61 « Encore une ville étrangère », Salvatore Quasimodo, « Lungo l'Isar », Dare e avere, op. cit., p. 239.

    62 « […] Un bar au coin d'une rue, là-bas à l'angle / des platanes, ici dans ma métropole / ou ailleurs », Salvatore Quasimodo, « In questa città », La terra impareggiabile, op. cit., p. 208.

    63 « Comme / si l'Isar était un fleuve de mon île », Salvatore Quasimodo, « Lungo l'Isar », Dare e avere, op. cit., p. 239.

    64 « Dans ce lieu se trouve un autel décoré / comme certaines pâtisseries du Sud […] », Salvatore Quasimodo, « La chiesa dei negri ad Harlem », Dare e avere, op. cit., p. 242.

    65 « Ta main brûle, Varvàra Alexandrovna ; ce sont les doigts de ma mère / qui m'étreignent pour laisser une longue paix sous la violence […] tu es une multitude de mains qui cherchent d'autres mains », Salvatore Quasimodo, « Varvàra Alexandrovna », Dare e avere, op. cit., p. 236.

    66 « Visible, invisible », Salvatore Quasimodo, « Visibile, invisibile », La terra impareggiabile, op. cit., p. 159.

    67 « Être comme je pourrais être », Salvatore Quasimodo, « Lungo l'Isar », Dare e avere, op. cit., p. 239.

    68 « […] Rappelle-toi que tu peux être l'être de l'être / il suffit que l'amour te frappe au creux des entrailles », Salvatore Quasimodo, « Solo che amore ti colpisca », Dare e avere, op. cit., p. 237.

    69 « Le silence ne me trompe pas, […]. Ce qui doit venir est là […] », Salvatore Quasimodo, « Il silenzio non m'inganna », Dare e avere, op. cit., p. 244.

    70 « Au commencement Dieu créa le ciel / et la terre, puis le jour qu’il jugea / exact mis les lumières dans le ciel / et le septième jour se reposa. // Après des milliards d’années l’homme, / fait à son image et à sa ressemblance, / sans jamais reposer, avec son / intelligence laïque, / sans crainte, dans le ciel dégagé / d’une nuit d’octobre / mit d’autre lumières pareilles / à celles qui gravitaient / depuis la création du monde. Amen », Salvatore Quasimodo, « Alla nuova luna », La terra impareggiabile, op. cit., p. 225. Ce poème est également une allusion au satellite Spoutnik, lancé dans l'espace par l'URSS le 4 octobre 1957.

    71 « Si au bord de la mer d'Acis […] je pouvais du rien de l'air […] former du rien une fourmi […] peut-être qu'alors je serais pareil à Dieu », Salvatore Quasimodo, « Una risposta », La terra impareggiabile, op. cit., p. 226.

    72 « Ouvrier et architecte », Salvatore Quasimodo, « Nell'isola », Dare e avere, op. cit., p. 252.

    73 « Dans ma voix / il y a au moins un signe », Salvatore Quasimodo, Dare e avere, op. cit., p. 235.

    74 « [J']essaie de tracer un rapport possible / entre vie et mort », Salvatore Quasimodo, « Il silenzio non m'inganna », Dare e avere, op. cit., p. 244.

    75 « Mais toi tu es là et n'as pas de limites », Salvatore Quasimodo, « Poesia d'amore », Dare e avere, op. cit., p. 250.

    76 « Il est ici possible de séparer l'intérieur de l'extérieur / d'utiliser l'esprit par-delà le paysage », Salvatore Quasimodo, « Capo Caliakra », Dare e avere, op. cit., p. 243.

    77 « Et recommence le temps visible / dans l'oeil qui redécouvre la lumière », Salvatore Quasimodo, « Non ho perduto nulla », Dare e avere, op. cit., p. 251.

    78 « […] Dira [son] nom libre depuis l'au-delà », Salvatore Quasimodo, « Dalle rive del Balaton », Dare e avere, op. cit., p. 240.

    79 « Notre dialogue change ; l'absurde / est désormais possible », Salvatore Quasimodo, « Thànatos atnànatos », La vita non è sogno, op. cit., p. 156.

    80 « Entre dans l'esprit / un dialogue avec l'au-delà », Salvatore Quasimodo, « Una notte di settembre », Dare e avere, op. cit., p. 238.

    81 « Je n'ai pas peur de la mort / tout comme je n'ai pas craint la vie », Salvatore Quasimodo, « Varvàra Alexandrovna », Dare e avere, op. cit., p. 236.

    82 « Je ne dois pas de confessions à la terre, / et pas même à toi, mort », Salvatore Quasimodo, « Una notte di settembre », Dare e avere, op. cit., p. 238.

    83 « Il me semble être un migrant / qui veille enfermé dans ses couvertures, / tranquille, par terre. Peut-être que je meurs toujours. / Mais j'écoute volontiers les mots de la vie / que je n'ai jamais compris, je m'arrête sur de longues hypothèses. Je ne pourrai certes pas fuir ; / je serai fidèle à la vie et à la mort / dans mon corps et dans mon esprit », Salvatore Quasimodo, « Ho fiori e di notte invito i pioppi », Dare e avere, op. cit., p. 257.

    84 « J'écrivais des vers de la plus obscure / matière des choses, / voulant transformer la destruction, / cherchant amour et sagesse / dans la solitude […] », Salvatore Quasimodo, « Alla Liguria », Dare e avere, op. cit., p 254.

    85 « Ma demande absolue / se ferme », Salvatore Quasimodo, « Lungo l'Isar », Dare e avere, op. cit., p. 239.

    86 « […] L'homme ne meurt pas / c'est un soldat d'amour à la victoire continue », Salvatore Quasimodo, « Balestrieri toscani », Dare e avere, op. cit., p. 246.

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    Moschetto, H. (2018). « Entra nella mente/un dialogo con l’al di là » : porosité des frontières et construction identitaire dans l’œuvre de Salvatore Quasimodo. In Mosaïque des frontières dans la littérature italienne contemporaine. Clermont-Ferrand: Presses universitaires Blaise-Pascal. https://doi.org/10.4000/books.pubp.4163
    Moschetto, Héloïse. « “Entra nella mente/un dialogo con l’al di là” : porosité des frontières et construction identitaire dans l’œuvre de Salvatore Quasimodo ». In Mosaïque des frontières dans la littérature italienne contemporaine. Clermont-Ferrand: Presses universitaires Blaise-Pascal, 2018. doi:10.4000/books.pubp.4163.
    Moschetto, Héloïse. « “Entra nella mente/un dialogo con l’al di là” : porosité des frontières et construction identitaire dans l’œuvre de Salvatore Quasimodo ». Mosaïque des frontières dans la littérature italienne contemporaine, Presses universitaires Blaise-Pascal, 2018, https://doi.org/10.4000/books.pubp.4163.

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    Ghidina, J.-I. (2018). Mosaïque des frontières dans la littérature italienne contemporaine. Clermont-Ferrand: Presses universitaires Blaise-Pascal. https://doi.org/10.4000/books.pubp.4013
    Ghidina, Jean-Igor. Mosaïque des frontières dans la littérature italienne contemporaine. Clermont-Ferrand: Presses universitaires Blaise-Pascal, 2018. doi:10.4000/books.pubp.4013.
    Ghidina, Jean-Igor. Mosaïque des frontières dans la littérature italienne contemporaine. Presses universitaires Blaise-Pascal, 2018, https://doi.org/10.4000/books.pubp.4013.
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