Introduction
p. 9-18
Texte intégral
1Îles Fortunées, Îles des Bienheureux, îles éternelles, Îles des Démons, îles enchantées, îles fantômes, îles errantes, îles chimériques, îles mystérieuses, autant d’hypostases qui renvoient à la diversité de visages qu’a pu prendre à travers les âges un espace singulier entre tous : l’île. À la fois attrayantes et effrayantes, les îles ont fait couler beaucoup d’encre, sans avoir épuisé pour autant leur potentiel envoûtant que l’on s’accorde toujours à leur attribuer. Une spécialiste des îles comme Françoise Péron remarquait il n’y a pas très longtemps que « malgré les transformations des quarante dernières années, l’île est toujours vue comme un milieu naturel et humain exotique, différent du reste du monde1 », en faisant ressortir l’« impression d’étrangeté unique2 » que ce type d’espace ne cesse d’inspirer. Il n’y a dès lors rien d’étonnant à ce qu’il ait depuis longtemps constitué un thème de prédilection pour la littérature en général, et pour la littérature de voyage en particulier, les auteurs et les voyageurs s’étant ingéniés à rendre compte, chacun à sa manière, de ses multiples facettes.
[Car,…] si l’île se situe quelque part entre rêve et réalité, si son mythe tient beaucoup, grâce ou à cause des écrivains, de la construction culturelle, son image peut être ambivalente et les imaginaires qu’elle suscite extrêmement variés3.
2De nos jours encore, l’île de Robinson est baptisée4 tantôt l’île de la Désolation, tantôt Speranza, trahissant l’ambivalence du vécu du protagoniste de Michel Tournier. Et c’est le même auteur qui nous signale, dans Le Vent Paraclet, que Robinson, captif sur son île déserte, est à la fois la victime et le héros de la solitude, sa condition renvoyant par là à celle de l’homme occidental contemporain, ce qui témoigne de l’actualité de cette problématique.
3Le thème insulaire semble représenter, en fait, une véritable constante archétypale. Mais, si nous avons affaire à un « désir d’île » qui se manifeste tout au long des siècles, celui-ci prend, à chaque fois, les couleurs du contexte particulier qui le voit émerger. Cette nécessité d’une historicisation de l’imaginaire insulaire n’a d’ailleurs pas échappé à ceux qui, venant de disciplines différentes, se sont penchés sur la question, en faisant de l’île, depuis un certain temps déjà5, l’objet d’une réflexion interdisciplinaire.
4« Depuis Homère et Hésiode, les îles reçoivent un traitement à part dans le savoir géographique6 […]. » Lieu de rencontre entre les dieux et les hommes, les îles des Anciens acquièrent très tôt une épaisseur symbolique et mythologique à part. Le Moyen Âge en héritera, en concevant l’île soit comme un espace paradisiaque – ces îles fabuleuses, merveilleuses7, appartenant à la tradition des mirabilia –, soit comme un entre-deux, un pont reliant le ciel et le gouffre, un « abrégé de tous les lieux privilégiés des épreuves et des théophanies8 ».
5Il y aurait ainsi « plusieurs temps des îles9 », dont le plus glorieux, pour ainsi dire, et peut-être le premier dans l’ordre du réel, serait à situer à l’époque de la Renaissance. C’est, en effet, le xve siècle qui voit émerger le genre de l’Insulaire – Isolario –, défini comme « un atlas exclusivement composé de cartes d’îles10 », mais qui devance de plus d’un siècle l’atlas au sens strict du terme, et dont le prototype sera le Liber insularum Archipelagi du moine florentin Christophe Buondelmonti, paru en 1420 et consacré à la description des îles de la mer Egée. Mais, si les premiers « livres des îles » sont essentiellement à usage pratique, conçus principalement pour les gens de mer et pour les voyageurs, petit à petit, au xvie siècle, le public visé s’élargit considérablement, leur vogue allant croissant, comme dans le cas du fameux Isolario du cartographe padouan Benedetto Bordone. Tout en étendant les limites de l’espace représenté et en s’efforçant d’insérer les nouvelles découvertes géographiques, ce nouveau genre n’arrive toutefois pas à s’affranchir de « l’idéalisation cartographique11 » et du paradigme du merveilleux, la réalité insulaire restant encore immergée, sinon submergée par l’histoire, l’érudition, le mythe, le symbole, le fabuleux.
6En effet, malgré l’existence d’îles réelles découvertes, explorées et, à partir du xve siècle, cartographiées, leurs représentations textuelles, imagées et mentales n’échappent jamais complètement à une projection fantasmatique. Îles mythologiques, séjours des morts, des âmes des justes ou peuplées de démons, îles paradisiaques ou infernales, pour ne prendre que les versions extrêmes, les espaces « îliens » s’avèrent être des cadres propices aux (re)constructions imaginaires de toutes sortes. Ce phénomène est toujours manifeste au xvie siècle où à l’essor des explorations géographiques du monde visible fait pendant une exploitation imaginaire et fictionnelle sans précédent du motif de l’île, placé cette fois-ci sous le signe du dynamisme, de l’instabilité et d’une bigarrure qui, malgré un certain discrédit moral qui plane sur elle – car doit-elle être interprétée comme un signe divin ou diabolique ? – ne cesse de séduire :
En raison de son inconstance, l’île fascine. Elle symbolise la dérive, tout à la fois honnie et désirée, dénoncée à la mesure de l’attraction qu’elle exerce12 […].
7L’île enchantée, domaine de Circé et des métamorphoses, devient ainsi un véritable topos du xviie siècle, relevant toujours d’une « esthétique baroque de l’île mythologique, aventureuse, ensorceleuse13. »
8Le siècle des Lumières voit émerger une nouvelle sensibilité et, avec elle, de nouveau mythes îliens :
La figure idéalisée de l’île telle que nous la connaissons est une production historique de la culture occidentale. La construction moderne du « désir d’île » est née à la fin du xviiie siècle. Elle se précise au siècle suivant14.
9En effet, le progrès industriel allant de pair avec une conquête accélérée de l’espace amènera également un rétrécissement sans précédent des régions inconnues, ayant comme résultat une homogénéisation croissante de l’espace ainsi qu’une linéarité du temps tendu vers un avenir plus ou moins angoissant et sans attaches. Dans ce contexte, les îles apparaissent comme une chance de recouvrer une harmonie paradisiaque et comme une promesse de retour aux sources du passé que les territoires de plus en plus urbanisés ne semblent plus en mesure de tenir.
10Le paradoxe contemporain des îles résiderait ainsi en une coexistence de deux phénomènes antagoniques. D’un côté la (post)-modernité se confronte à un processus de désinsularisation consistant en une sorte de continentalisation progressive des îles reliées de manière de plus en plus efficace à la terre ferme à travers le développement sans précédent des moyens technologiques à même de réduire les distances, allant parfois jusqu’à les annuler. Cette désinsularisation réelle serait pourtant doublée d’un processus inverse de « réinsularisation », se traduisant en partie par les efforts conjugués des habitants des îles de réintroduire et de renforcer les discontinuités entre île et continent afin de rétablir tant que faire se peut le caractère proprement îlien de leur espace.
11Mais, à part les moyens concrets mis en œuvre afin de remettre à l’honneur des particularités locales souvent négligées et de réinstaller la coupure au sein d’un univers de la continuité, cette « réinsularisation » est aussi et surtout une tentative de récupération imaginaire. Abraham Moles remarquait déjà il y a plus de trente ans que si, d’un côté, « les îles sont de moins en moins insulaires15 », d’un autre côté :
Même s’il n’y a plus d’îles, nous en cherchons encore ; leur valeur n’a pas disparu quand leur marché est épuisé16.
12On dirait ainsi que le phénomène avéré de la désinsularisation réelle est contrecarré par une réinsularisation imaginaire. Et c’est peut-être cette « îléité idéale17 » vers laquelle l’on tend encore et toujours qui fait que, même s’il y a de moins en moins d’îles, le « désir d’île » semble être aujourd’hui, peut-être plus que jamais, au rendez-vous.
13Mais d’où vient que cette fascination si ancienne ne cesse de perdurer, au point d’engendrer une véritable science des îles, une « nissonologie18 », doublée d’ailleurs, dans le domaine de la fiction et du rêve, d’une « nissonostalgie19 » ? Qu’est-ce qui fait que, malgré les divers usages des îles ayant finalement mené à une certaine usure de cet espace et à une perte massive de l’insularité, nous soyons de plus en plus – et parfois à notre insu –, sinon de véritables « nissonologues », du moins des « inventeurs d’îles », moins réelles qu’imaginaires et fictionnelles, à l’exemple d’un Flaubert20 ? La réponse à de telles interrogations serait peut-être à chercher, au-delà des nombreuses hypostases historiquement déterminées de l’île, dans une structure spatiale particulière qu’elle ne cesse de reproduire. En effet, malgré d’innombrables variations, l’île en tant qu’idéal-type imaginaire semble témoigner d’une série de caractéristiques qui, quel qu’en soit l’ancrage réel, la voueraient à devenir un réservoir inépuisable de rêves, de fictions et d’autres fantasmes.
14Premièrement et fondamentalement, l’île – du latin i(n)sula21 – se caractérise par son isolement22, par sa séparation absolue d’avec l’espace continental, en constituant par là même une singularité au double sens du terme, ce qui fait qu’elle rime aussi bien avec solitude qu’avec étrangeté. Mais cette séparation géographique est en même temps doublée d’une séparation qu’on pourrait qualifier d’ontologique :
C’est qu’entre la terre ferme et les îles, la différence n’est pas seulement de dessin et de contours […] il s’agit aussi et d’abord d’une distinction de nature23.
15Ce statut ontologique particulier repose non seulement sur son isolement absolu, mais aussi sur le rapport de contiguïté qu’elle entretient avec l’eau. Entourée de tous côtés par l’élément aquatique, l’île témoigne d’un ancrage paradoxal dans la perpétuelle mouvance des flots, en évoquant ainsi à la fois l’irréalité des commencements et l’évanescence de la fin du monde et des êtres, dans une confusion des règnes et des âges tout aussi délicieuse qu’inquiétante :
Émergence solitaire au milieu des flots, l’île raconte la rencontre originelle de l’eau et de la terre. Elle revêt une ambiguïté constitutive : formée de terre, elle se définit néanmoins par la mer24 […]
16L’île apparaît ainsi comme un lieu essentiellement hybride, frappé des ambiguïtés les plus profondes qui découlent, entre autres, de son caractère microcosmique. En effet, ces terres flottantes renferment en leur sein une telle variété qu’elles constituent autant de petits mondes en miniature, autant d’« infinis en petitesse » convoités à travers le temps par les voyageurs et les aventuriers, avides d’inconnu, d’évasion et de délices exotiques. Conçue depuis longtemps comme un « abrégé du monde25 », l’île – véritable « superlatif spatial26 » s’il en est – est cette petite partie de l’univers reflétant la totalité englobante de la création, la merveilleuse diversité qu’elle recèle étant en même temps un rassemblement de toutes les « contrariétés » et contradictions imaginables.
17C’est pourquoi, sur une île, tout peut arriver. Et cela en vertu d’un rapport privilégié qu’elle entretient avec l’univers du possible27, aussi bien dans sa dimension objective d’île réelle que dans celle, subjective, d’île fictionnelle. L’île comme structure du possible28 – voici une autre définition « possible » de cette configuration spatiale, à même de rendre compte de son potentiel indéfectible d’enchantement. Aussi n’est-ce pas un hasard si l’Utopie de Thomas More fut une île, de même que l’esprit philosophique des Lumières s’exerça à travers le motif de l’île, devenue véritable laboratoire expérimental, comme cette île de Tahiti explorée par Bougainville lors de son Voyage autour du monde, qui ne tardera pas à inspirer à Diderot tout un dialogue philosophique29. C’est la même époque qui voyait fleurir la fortune des robinsonnades30 avec la vogue d’une nouvelle figure îlienne, celle de l’île déserte qui enflammera désormais les imaginations. Et c’est en s’inscrivant dans la même lignée que Michel Tournier proposera deux siècles plus tard, en 1967, sa réécriture de Robinson Crusoé « en tenant compte des acquisitions de l’ethnographie31 », ce qui, dans les termes de Gilles Deleuze, prendra la forme d’« un roman expérimental inductif32 » censé cerner les « effets de l’absence d’autrui33 ». Ce ne sont que quelques exemples, parmi les plus célèbres, qui nous convient à envisager l’île comme une source intarissable de possible(s).
18C’est d’ailleurs sous le signe de l’exploration de ces possibles que se place le présent volume, fruit de travaux de chercheurs venus d’horizons géographiques et culturels différents. L’ensemble assez hétérogène des contributions est d’ailleurs à l’image de l’objet d’étude multiforme qu’est l’île. Les études ici réunies suivent cependant une double progression, chronologique et thématique, étant censées rendre compte – comme le titre du volume l’indique – des rapports complexes qui s’établissent à des époques variées entre les réalités insulaires et leurs diverses représentations. Ainsi peut-on observer que le réel est sujet à un processus plus ou moins accentué de fictionnalisation, comme si le « désir d’île » se muait à chaque fois en « désir de fiction ».
19Reliant à travers un pont d’îléité Moyen-Âge et Renaissance, la première partie de l’ouvrage se présente comme une (re)visitation, selon des angles divers, de ce qui se constituait déjà à ces époques-là comme un topos. Qu’elle soit envisagée dans sa dimension spirituelle (Cătălina Gîrbea), cartographique (Sarah Spinella), satirique (Vincent Robert-Nicoud) ou livresque (Eduard Florin Tudor), le constat général qui s’impose semble être celui d’une permanente et inquiétante ambiguïté insulaire qui traverse d’ailleurs en filigrane le volume en son entier.
20Prenant en compte l’imaginaire îlien déployé à travers des récits de voyage de l’âge classique ou reflété dans des productions littéraires, journalistiques ou cinématographiques plus récentes, les contributions de la deuxième partie s’organisent autour d’une série de récupérations du réel insulaire dans l’ordre du récit, voire dans celui de la fiction. Qu’il s’agisse d’un affrontement entre la pulsion conquérante du voyageur occidental aux prises avec une nature insulaire indomptable (Vanezia Pârlea), d’un pouvoir subversif de la nomination (Christina Kullberg) ou du « pouvoir subversif de l’île » (Elena Tyushova), des visions fantasmées des îles polaires (Nadège Langbour) ou des mirages de la « Babel océanienne » (Johanna Cappi), forces destructrices et créatrices, humaines et îliennes, se rejoignent et/ou s’affrontent, comme dans la transmutation d’une île qui fut réelle en une Ada-Kaleh fictionnelle à la suite d’une « longue série d’amputations spatiales » (Mihaela Chapelan).
21Nous retrouvons les dualités spécifiques à l’ambivalence constitutive de l’île dans la troisième partie de l’ouvrage, où les extrêmes anciens, démoniaques ou paradisiaques, se présentent sous la forme d’utopies et/ou de dystopies nouvelles. L’ambiguïté plane ainsi sur les constructions insulaires de Flaubert (Thierry Poyet), sur l’île Maurice d’Ananda Devi, à la fois conservatrice et libertaire (Zouhour Besrour), et même sur l’île mortifère de Makronissos, ce « laboratoire insulaire barbare » racheté par la poésie résistante du vent et des flots (Corinne Maury).
22La « propension à l’insularisation », que Thierry Poyet identifiait chez Flaubert, est identifiable également à travers des œuvres qui, allant des Rêveries du promeneur solitaire de Rousseau jusqu’au roman Longtemps d’Erik Orsenna, appellent de leurs vœux « la possibilité d’une île ». Les articles constituant cette quatrième et dernière partie du volume s’attachent en effet à mettre en lumière et à analyser une série de stratégies d’insularisation qu’on pourrait qualifier d’identitaires. C’est ainsi que l’île maternante de Rousseau amène l’auteur, à travers un regressus ad uterum, vers un retour sur soi (Josiane Guitard-Morel) et que le personnage gracquien réussit, l’espace d’un hiver, à neutraliser la réalité de la guerre grâce à une stratégie de retraite insulaire sur son « Toit » microcosmique, sur le fond d’un vécu bipolaire où le bien-être îlien côtoie l’« angoisse crépusculaire » (Diana Samarineanu). Des stratégies insulaires de résistance, on en retrouve aussi du côté d’Erik Orsenna et de Michel Houellebecq, le premier moteur résidant parfois dans la quête de ces « rives insulaires d’un ailleurs sous forme de femme » (Simona Modreanu).
23Cette réflexion collective autour d’un corpus varié de textes littéraires, viatiques, mais aussi de productions journalistiques et cinématographiques, françaises et étrangères, est le résultat d’un colloque international organisé au printemps 2016 par un groupe d’enseignants-chercheurs du centre de recherche HETEROTOPOS de l’Université de Bucarest, en collaboration avec le CEREFREA de Bucarest (Centre Régional Francophone de Recherches Avancées en Sciences Sociales). En rouvrant le dossier déjà épais de la problématique insulaire, le colloque qui a réuni des chercheurs venant de Roumanie, de France, de Suède, de Tunisie et d’Italie se proposait de relancer, à nouveau frais, l’exploration de potentialités encore insondées de cet objet d’étude interdisciplinaire, en s’efforçant d’en mettre au jour aussi bien les versants lumineux que ténébreux. L’impression qui se dégage de la progression des contributions du présent volume est que, mesurée à une « échelle d’îléité34 », notre époque pourrait être conçue en quelque sorte comme « post-îlienne ». Mais, s’il y a de moins en moins d’îles réelles, l’insularité semble y trouver son compte à travers des représentations et des pratiques témoignant d’un taux d’îléité élevé, comme ces diverses stratégies d’insularisation, qu’elles soient identitaires, fictionnelles et, pourquoi pas, académiques. L’îlot textuel et réflexif que représente le présent volume, loin de vouloir clore le débat, se propose de le relancer et d’ouvrir la voie à de nouveaux questionnements autour de la problématique insulaire. Que soient remerciés les institutions ayant rendu possible cette rencontre, ainsi que le professeur Alain Montandon qui a bien voulu accueillir cet ouvrage dans sa collection « Littératures » des Presses universitaires Blaise Pascal.
Notes de bas de page
1 Françoise Péron, « Fonctions sociales et dimensions subjectives des espaces insulaires (à partir de l’exemple des îles du Ponant) », Annales de géographie, n° 644, 2005/4, p. 422-436, p. 428.
2 Ibid., p. 424.
3 Diana Cooper-Richet, Carlota Vicens-Pujol, « Introduction », in Diana Cooper-Richet et Carlota Vicens-Pujol (dir.), De l’île réelle à l’île fantasmée. Voyages, littérature(s) et insularité (xviie-xxe siècles), Paris, Éditions Nouveau Monde, 2012, p. 11.
4 La nomination est d’ailleurs de la plus haute importance dans le processus d’« invention » des îles : « une île sans nom n’est au plus qu’une tache sur une carte, un îlot plus qu’une île. C’est la nomination, l’entrée de l’île dans le parler des hommes qui fait vraiment l’île. […] l’inventeur d’îles semble avoir pour rôle premier de nommer, faisant entrer les territoires découverts sur les cartes » dans Françoise Létoublon, Paola Ceccarelli, Jean Sgard, « Qu’est-ce qu’une île ? » in Françoise Létoublon (dir.), Impressions d’îles, Toulouse, Presses Universitaires du Mirail, 1996, p. 17-18.
5 À commencer surtout avec le numéro 14 de la revue Silex, « Iles », 1979.
6 Frank Lestringant, « La voie des îles », Médiévales [En ligne], n° 47, automne 2004, mis en ligne le 2 septembre 2006, consulté le 25 juillet 2017.
7 Sur les liens qui unissent l’île et le merveilleux ainsi qu’au sujet des multiples décalages sur lesquels ils reposent et qu’ils engendrent tout à la fois, voir Daniel Reig (dir.), Iles des merveilles. Mirage, miroir, mythe – Colloque de Cerisy, Paris, L’Harmattan, 1997.
8 Voir la contribution de Cătălina Gîrbea dans ce volume.
9 Frank Lestringant, Le livre des îles. Atlas et récits insulaires de la Genèse à Jules Verne, Genève, Droz, 2002, p. 52.
10 Ibid., p. 16.
11 Voir la contribution de Sarah Spinella dans ce volume.
12 Frank Lestringant, « L’île des démons dans la cosmographie de la Renaissance », in Grégoire Holtz, Thibaut Maus de Rolley (dir.), Voyager avec le diable : voyages réels, voyages imaginaires et discours démonologiques, xve-xviie siècles, Paris, Presses de l’université Paris-Sorbonne, 2008, p. 100.
13 André Bourde, « L’île dans l’opéra baroque », in François Moureau (dir.), L’île, territoire mythique, Paris, Aux Amateurs de Livres, 1989, p. 45. Sur les particularités de l’île baroque, voir aussi Gilles Ernst, « L’île baroque : pour quelles métamorphoses ? », in Jean-Claude Carpanin Marimoutou et Jean-Michel Racault (dir.), L’Insularité. Thématique et représentations, Université de la Réunion, Paris, L’Harmattan, 1995 ; Marie-Christine Pioffet, « Le mythe des îles bienheureuses et quelques-uns de ses avatars romanesques au xviie siècle », in Mustapha Trabelsi (dir.), L’insularité, Presses universitaires Blaise Pascal, Clermont-Ferrand, 2005.
14 Françoise Péron, art.cit., p. 426.
15 Abraham Moles, « Nissonologie ou science des îles », in Espace géographique, vol. 11, n° 4, 1982, p. 281-289, p. 288.
16 Ibid.
17 Abraham Moles, art.cit., p. 284. Tout comme le terme d’« insularité », l’« îléité » renvoie à l’île et à ce que cet espace a de caractéristique. Malgré les nuances différentes attribuées par divers auteurs à ces deux notions qui se recoupent dans une large mesure, l’insularité relèverait du niveau plus proprement géographique, matériel, voire social et culturel, donc du versant concret, plus ou moins objectif, alors que l’îléité ferait plutôt signe à la dimension subjective, voire fantasmée et symbolique, de l’imaginaire îlien. Selon Éric Fougère notamment, l’insularité représente « le site de l’île », alors que l’îléité en serait « le signe » in Éric Fougère, Les voyages et l’ancrage : représentation de l’espace insulaire à l’Âge classique et aux Lumières (1615-1797), Paris, L’Harmattan, 1995, p. 15.
18 Ibid., p. 281.
19 Ibid., p. 285.
20 Voir la contribution de Thierry Poyet dans ce volume.
21 Devenu isula en latin populaire.
22 Parmi les notions auxquelles l’insularité renvoie d’habitude et qui pourraient être déclinées sous la forme des quatre « i », Nathalie Bernardie-Tahir range aussi, à part l’isolement, l’imaginaire, l’immobilité et l’identité. Pour plus de détails, voir Nathalie Bernardie-Tahir, L’usage de l’île, Paris, Éditions Pétra, 2011.
23 Frank Lestringant, Le livre des îles […], op. cit., p. 25.
24 Mustapha Trabelsi, « Avant-propos » in Mustapha Trabelsi (dir.), L’insularité, Clermont-Ferrand, Presses Universitaires Blaise Pascal, 2005, p. 6.
25 Voir notre contribution dans ce volume.
26 Éric Fougère, Les voyages et l’ancrage : représentation de l’espace insulaire à l’Âge classique et aux Lumières (1615-1797), Paris, L’Harmattan, 1995, p. 7.
27 Michel Houellebecq en a déjà eu l’intuition, avec son roman La possibilité d’une île.
28 Dans sa postface au roman Vendredi ou les limbes du Pacifique de Michel Tournier, Gilles Deleuze proposait une analyse très pertinente d’Autrui en tant que structure du possible, qui a inspiré notre propre développement.
29 Il s’agit du Supplément au voyage de Bougainville.
30 À part les robinsonnades conventionnelles, qu’elles soient classiques, utopiques, pédagogiques ou, ces derniers temps, post-modernes, il y aurait aussi ce que Florence Lojacono appelle la « robinsonnade ontologique », qui se développe surtout au xxe siècle. Ayant partie liée avec la théorie du désir mimétique de René Girard, cette notion repose, entre autres, sur le rôle central joué par le personnage du Prédécesseur. Faisant figure de médiateur entre le protagoniste de ce type particulier de robinsonnade et son désir d’île, le Prédécesseur faciliterait au protagoniste l’acquisition d’un savoir-être ontologique, ainsi que la renaissance de celui-ci sous les traits d’un Nouvel Homme. Pour plus de détails, voir Florence Lojacono, Roman de l’île et robinsonnade ontologique, Paris, Éditions Pétra, 2014.
31 « Tournier face aux lycéens », in Le Magazine littéraire, n° 226, janvier 1986, p. 20.
32 Gilles Deleuze, « Postface : Michel Tournier et le monde dans autrui » in Michel Tournier, Vendredi ou les limbes du Pacifique, Paris, Gallimard, 1967, p. 261.
33 Ibid.
34 Abraham Moles, art.cit., p. 283.
Auteur
-
Vanezia Pârlea
Université de Bucarest
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