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    Plan détaillé Texte intégral Violence politique, violence de droit commun ? L’immolation des innocents Contenir la violence La Langueur Conclusion Notes de bas de page Auteur

    Violence & politique

    Ce livre est recensé par

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    Table des matières

    L’œil des tribunaliers

    La violence politique dans les prétoires (1880-1940)

    Frédéric Chauvaud

    p. 117-129

    Texte intégral Violence politique, violence de droit commun ? L’immolation des innocents Contenir la violence La Langueur Conclusion Notes de bas de page Auteur

    Texte intégral

    1Les chroniqueurs judiciaires forment un cercle étroit. Contrairement aux faits-diversiers qui restent le plus souvent anonymes, leurs noms figurent à la fin de leurs articles. Par génération, tout aux plus une douzaine de tribunaliers, appelés aussi courriéristes des tribunaux, sont reconnus comme des plumes alertes. Célèbres, elles sont redoutées. Une formule assassine ou une expression laudative peuvent faire ou défaire une réputation. Les acteurs du procès ne s’y sont pas trompés. Les magistrats les évitent, les avocats les recherchent. Célébrés par leurs pairs, quelques noms s’imposent plus particulièrement : Henri Bataille, Maurice Talmeyr, Henri Vonoven, Georges Claretie, André Salmon, Geo London… Lorsqu’une « belle affaire » est inscrite au rôle, ce sont eux qui sont diligentés et suivent les audiences. On les retrouve sur le banc de la presse lors des procès Landru, des soeurs Papin ou encore de Weidman. Ils sont les artisans de la nouvelle chronique judiciaire1. Leur ambition ne consiste pas à proposer un compte-rendu exhaustif des débats, ils n’ont pas l’intention de présenter des sténogrammes choisis, correspondant aux moments les plus dramatiques, ils ont des ambitions plus hautes. Ils veulent saisir la vérité d’un crime, comprendre les ressorts de la psychologie des accusés, restituer les circonstances qui ont conduit au passage à l’acte. Ces grands chroniqueurs judicaires rechignent à suivre les procès politiques, s’ils se laissent faire pour restituer les débats politico-financiers, ils se montrent plus réticents à assister aux affaires proprement politiques, comme s’ils se trouvaient presque souillés par des crimes qui ne relèvent pas des assassinats ou des meurtres plus « ordinaires ». À lire entre les lignes des comptes-rendus, tout se passe comme si le chroniqueur, résigné, distillait des indices pour montrer que le procès politique possède dans l’ensemble, un statut à part, mêlant d’ennuyeuses audiences avec des faits tantôt sans grande importance, tantôt dramatiques. Les représentations que ces chroniqueurs judiciaires donnent des acteurs, des enjeux, et de la portée de la vie politique s’avèrent essentielles, car ils participent d’une culture partagée. Certains périodiques, comme les quatre grands de la presse quotidienne avoisinent chacun le million de lecteurs à la veille de la Première Guerre mondiale et sont des acteurs indispensables de la « civilisation du journal2 ». Avec les procès politiques, il n’existe pas de comptabilité pénale, car nul ne cherche à les dénombrer. Les membres des formations politiques, les observateurs sociaux où les responsables de la statistique judiciaire à la Chancellerie ne s’en préoccupent pas. De la sorte, en l’absence de pesée globale, seuls des procès singularisés retiennent l’attention.

    Violence politique, violence de droit commun ?

    2Pour que la chronique soit vivante, il importe que le chroniqueur judiciaire ait éprouvé « de la colère, du dégoût ou de la pitié3 ». Si le droit d’appréciation du journaliste reste entier, en matière politique, davantage encore que pour les affaires de crimes de sang, il importe, écrivent les maîtres des comptes rendus judiciaires, qu’il fasse preuve de « bonne foi et de sincérité ». Le 4 novembre 1924, à l’école de journalisme, Henri Vonoven, auteur célèbre d’une étude sur les erreurs judiciaires, distille dans une conférence ses conseils et revient sur trente ans d’histoire. Dans son inventaire des Belles affaires, il consacre des pages alertes aux procès des anarchistes et tout d’abord à Ravachol, dépeint comme le héros de l’« ère de la dynamite » entre 1892 et 1894. S’il est présenté comme un personnage romantique, il possède aussi d’autres facettes sur lesquelles insiste Vonoven. L’idéalisme n’est qu’un masque et le chroniqueur s’emploie à le démontrer. Lorsqu’il restitue la trajectoire de l’anarchiste le plus célèbre, il n’hésite pas à le dénigrer et à le diaboliser. En effet, Ravachol avait posé « trois bombes en trois mois » et était devenu le chantre de l’anarchisme, mais ce n’était qu’une posture. Avant, il avait commis cinq assassinats, dont « quatre de vieillards », il avait également profané une tombe pour s’emparer de bijoux. Et le reporter judiciaire d’insister sur les circonstances, la pierre tombale de 120 kg fracassée à l’aide d’un marteau, le cercueil violé, le cadavre fouillé : « ses mains palpèrent les bras, les doigts gluants et visqueux de la morte4 ». De la sorte, la simple énumération des faits permet de construire un portrait. Ravachol n’est plus le révolté mis en lumière, mais le « malfaiteur vulgaire » et Vonoven de souligner que « Ravachol eût mieux aimé qu’il ne sortit pas de l’ombre. Son personnage de justicier et de vengeur s’en trouvait dérangé5 ». Son rêve secret était de se retirer avec un magot, partageant ainsi le songe de nombre de criminels qui veulent se fondre dans la population, oublier leur passé et mener une vie « tranquille ». Non seulement il a provoqué un mouvement de panique et créer une ambiance de terreur pour servir « la cause », au mépris de vies humaines, mais surtout il est l’auteur de crimes qui n’ont rien de nobles et sont particulièrement odieux. Une telle présentation permet d’insister sur le fait que « le premier des anarchistes » n’est pas un chevalier blanc, et à lire Henri Vonoven comme les autres tribunaliers, les lecteurs en sont convaincus. Ce n’est pas la volonté du peuple qui l’anime mais des desseins égoïstes.

    3Les procès politiques, tels qu’ils sont restitués par les chroniqueurs judicaires présentent un immense avantage. Ils permettent en effet de désigner un ennemi à l’ensemble de la société qui incarne la figure du mal. Dissimulé, tapi dans les anfractuosités de la ville, complotant seul ou avec des complices, s’il est jugé, il est mis subitement en pleine lumière. Bertrand Russell avait su trouver quelques mots simples pour le souligner :

    Nous n’aimons pas être privé d’un ennemi ; nous avons besoin de haïr quelqu’un (…). Pour cette raison, aucun parti politique ne peut acquérir une forte influence sans exciter à la haine ; il doit toujours avoir quelqu’un à réprouver6.

    4Si Ravachol a fait preuve de crânerie, s’il a chanté en marchant à l’échafaud : « Pour être heureux, nom de Dieu, /Il faut tuer tous les propriétaires7… », il a conservé, souligne à gros trait, un chroniqueur judiciaire, 8 000 francs qu’il avait confié à sa maîtresse, pour un usage personnel. La manière de rendre compte du procès est souvent à charge, notamment le passage de l’interrogatoire où Ravachol doit décrire le seul des crimes qu’il a reconnu, celui d’un vieil ermite. Longuement présenté, le crime s’avère épouvantable. L’échange verbal entre le président et l’accusé insiste sur l’horreur. Pour autant le dialogue n’est pas fluide, il faut pratiquement arracher à Ravachol les mots de son récit. Au début, il se montre discret et allusif : « puisque j’ai avoué, on est bien au courant de la chose » et le président Darigrand de rétorquer : « Les jurés ne savent pas. Racontez ! Vous l’avez renversé ? ». Et Ravachol retrace les étapes de l’assassinat, comment il avait allongé sur le lit le vieillard, lui avait mis un mouchoir dans la bouche, s’était placé à genoux sur sa poitrine jusqu’à l’issue fatale, avait eu faim, avait chanté à tue-tête dans la voiture qu’il avait prise avec sa maîtresse… La restitution du crime n’a rien de glorieuse et il est vrai que présenter ainsi la mise à mort suscite l’indignation, qui est une émotion à la fois politique et morale8. La restitution du procès a un autre effet qui consiste à faire disparaître le mobile politique et les aspirations anarchistes. Seul subsiste le crime de droit commun, à la fois crime crapuleux et crime d’une extrême lâcheté. Albert Bataille insiste, lui, sur le cynisme de Ravachol qui réduit le crime de l’ermite de Chambles à une « pécadille9 ». Les attentats politiques postérieurs ne sont lus qu’à l’aune de ce crime, disqualifiant à la fois l’homme et son idéologie.

    5Henri Vonoven, lorsqu’il prend la plume, n’est plus seulement un journaliste, il semble investi d’une mission. Il lui est dévolu de contrebalancer la légende de Ravachol. Et quoi de mieux que le crime sordide appelé à la barre pour discréditer l’homme ? Mais le chroniqueur judiciaire devine que l’entreprise de désacralisation ne sera pas facile. Cette même année 1892, Paul Adam signe un « Éloge de Ravachol » dans lequel il écrit que l’on se désespérait des temps nouveaux qui ne connaissaient plus ni saints ni esprit de sacrifice, qu’une force neuve se manifeste grâce à Ravachol qu’il faudrait appeler le Rédempteur et surtout qu’il convient de combattre « les invectives de la presse bourgeoise10 ». Ici Le Gaulois et Le Figaro sont plus particulièrement visés et il est vrai qu’Albert Bataille, présenté comme le « 13e juré », chroniqueur attitré du Figaro, est aussi le secrétaire de l’association de la presse parisienne. Il est le journaliste le plus visible parmi les professionnels. Ses comptes-rendus constituent pour un large public, allant de Fernand de Rodays à Paul Bourget un modèle du genre. Renouant avec une certaine tradition11, il contribue à construire ou à consolider la perception des procès anarchistes réduits aux jugements de monstres ou de brigands sans scrupules. Pour renforcer cette image mortifère, il convient aussi d’insister sur les lieux et les gestes des anarchistes ou des auteurs d’attentats. Dans les comptes-rendus judiciaires qui forment plus qu’un dispositif rhétorique, la description joue un rôle essentiel. Il faut montrer aux lecteurs les effets des crimes commis.

    L’immolation des innocents

    6Publiés sous le Second Empire, Les crimes célèbres ou Les causes célèbres de tous les peuples ont donné l’exemple du récit de l’attentat, mêlant narration alerte et images du crime. Les gravures publiées à propos de l’attentat de Fieschi ou d’Orsini insistent sur la violence du souffle de l’explosion et sur le nombre de victimes12. Ces vignettes aux allures d’un instantané montrent des corps disloqués semblables à des pantins désarticulés.

    7De la sorte, est inventée la figure du fanatique. Il est une sorte de monstre humain qui se situe en dehors de l’humanité car, qu’il participe à un complot ou bien qu’il prépare un guet-apens, il est prêt à sacrifier la vie d’innocents pour obtenir gain de cause. Pour les chroniqueurs judicaires, il ne fait aucun doute qu’il n’appartient ni à la « maçonnerie du crime » ni aux « êtres dégradés » qui peuplent les prisons. L’attentat doit non seulement influer sur les événements mais infléchir le cours de l’histoire. Le criminel mystique ou le conspirateur appartiennent bien à la catégorie du fanatique qui sera défini comme un personnage qui ne recule devant rien et « va dans ses actes jusqu’au bout de leurs conséquences13 ».

    8Selon les chroniqueurs judiciaires, l’attentat14 peut en effet terroriser une population ou au contraire assurer sa cohésion. Albert Bataille consacre près de soixante-dix pages à Ravachol, et plus de deux cents pages aux autres procès anarchistes de 1893. Sont passés en revue la bombe lancée par Auguste Vaillant dans la Chambre des députés, le coup de poignard de Léauthier contre un ministre de la Serbie à Paris, l’assassinat d’un gardien de la paix par l’anarchiste Marpeaux, l’explosion du café Terminus et l’attentat à la bombe du commissariat de police de la rue des Bons-Enfants par Émile Henry, l’attentat contre le restaurant Véry par François Meunier et l’assassinat du président de la République perpétré par Santo Caserio.

    9La persévérance dans le crime fortifie le dégoût ressenti et renforce le rejet du criminel politique. Mais dans les perceptions collectives, il existe plusieurs sortes d’attentats. Tout d’abord le geste d’un homme contre un autre, ce qui équivaut à une sorte de corps à corps, puisque l’auteur du crime se tient à proximité de sa victime et parfois entre en contact corporel avec elle. L’assassinat de deux présidents de la République, Sadi Carnot et Paul Doumer, entre 1880 et 1940 correspond à cette perception. La seconde variété d’ « attaques », c’est le déchaînement de la violence aveugle qui fait plusieurs morts, souvent à la suite d’une déflagration. En fonction de l’actualité judiciaire et politique, les chroniqueurs traitent de ces deux grands types. Les lieux sont toujours des espaces publics. Ils se déroulent sur une scène, médiatisée aussitôt l’acte commis. En fonction du traitement journalistique et de la riposte policière, de la réaction judiciaire et des transformations apportées par le législateur, le crime politique est aussi pour les journalistes un révélateur des transformations de l’État et de l’adoption de lois répressives15.

    10Les lieux sont évoqués par les différents acteurs du procès, qui en donnent des descriptions plus ou moins longues et précises, retranscrites par les courriéristes des tribunaux, mais aussi par leur présence matérielle dans l’enceinte des palais de justice. Tandis que des témoins commotionnés et traumatisés ne se souviennent de rien ou n’ont pas la force de raviver des souvenirs pénibles, la table des pièces à conviction atteste de la matérialité du crime. Lors du procès Emile Henry qui s’ouvre le 28 avril 1894, les éléments réunis ressemblent à un musée miniature, plus proche du cabinet de curiosité morbide que de la galerie scientifique exposant toutes les pièces d’une section. En effet, les jurés et le public peuvent apercevoir « des paquets de linge ensanglantés, des marmites, deux ou trois dessus de table du café Terminus, criblés de coups de mitraille, des planches, des lambeaux de parquet déchiquetés16 ». Sinistres, ces traces de l’attentat ont pour fonction de témoigner de la violence mais aussi de la culpabilité des accusés. En soi, elles ont beau être des témoins muets, elles ne se suffisent pas. Il faut les accompagner de commentaires qui redoublent l’horreur du crime. C’est ainsi que le résumé du procès-verbal du juge d’instruction, qui quelques heures après l’explosion se rendit sur les lieux, est lu lentement, à voix haute, dans un silence de plus en plus pesant :

    […] il ne restait plus que des lambeaux de chairs ensanglantées. Un paquet d’entrailles était accroché à un bec de gaz tordu par l’explosion. On marchait sur des débris de foie, de poumons, de cervelle, d’organes hachés17.

    11D’autres détails sont ajoutés qui ont pour fonction de montrer la force de la déflagration de la bombe à renversement contenant vingt cartouches de dynamite, confectionnée par l’accusé. En effet, pour souligner l’horreur, il est précisé que dans la mesure où les fragments humains étaient éparpillés et mélangés, il a été impossible d’identifier les quatre victimes, à l’exception partielle d’un garçon de bureau car un bouton de la veste qu’il portait avait été retrouvé sur une « masse de chair ». La cinquième victime gisait près de la porte du commissariat et a pu, elle, être identifiée. Comme pour ajouter encore à l’horreur, en provoquant un effet de sidération et de dégoût, le président des assises demande qu’une photographie, qui avait fixé la scène, soit apportée au jury. Chacun de ses membres a sous les yeux une vision insoutenable, même s’il ne s’agit que de papier glacé. Lors des procès des auteurs des attentats du café Terminus, du café Véry et de celui de la rue des Bons-Enfants, les témoins meurtris, blessés ou handicapés défilent. C’est une sorte de cour des miracles qui se présente aux douze jurés.

    12Quarante ans plus tard les mêmes impressions d’audience persistent. Un des moments les plus émouvants du procès Gorgulof se trouve dans la description du crime. Tous les témoins à proximité du président de la République disent d’abord leur incrédulité, aucun ne songeait à un attentat. Quand les premiers coups de feu ont retenti, l’un, Paul Raynaud, alors garde des Sceaux, a cru à un bruit provoqué par un éclair de magnésium ; un autre, Claude Farrère, officier de marine, a songé à « un coup de fouet » et il relate, prenant conscience de la gravité de la situation, qu’il s’est interposé, essayant de protéger de son corps Paul Doumer. Lui-même est touché au bras et à l’épaule. La soudaineté et le caractère incroyable du crime ont suscité un tel traumatisme qu’à la barre, les témoins sont incapables de dire précisément le temps écoulé entre le premier coup de feu et le deuxième, ni combien ont été tirés en tout. Pour établir les faits, il faut la déposition du Docteur Paul, le médecin légiste le plus célèbre de son temps, surnommé l’homme qui parle avec les morts. Il a déjà effectué un nombre impressionnant d’autopsies et les responsables de l’enquête lui avaient confié la dépouille mortelle du président de la République. Sa déposition, très attendue, est écoutée avec fascination par un public placé au plus prêt de l’intimité du défunt, la parole de l’expert se faisant presque tactile, comme s’il donnait la possibilité à son auditoire d’effleurer les blessures mortelles du président. Mais le procès est aussi l’occasion d’accorder une place à d’autres épisodes du drame, en particulier l’agonie, la veillée funèbre, l’attente et l’émotion du « peuple » et puis la conduite de Madame Doumer qui se jette à genoux devant le « corps troué et sanglant » de son mari18. La brutalité apparaît d’autant plus incongrue que la violence politique depuis la Commune et la semaine sanglante semblait refluer, même si l’assassinat de Jaurès reste présent dans les mémoires. L’appel aux armes se trouvait discrédité et l’émeute déconsidérée19. De la sorte, l’usage de la force et l’emploi d’une arme pour affirmer une opinion ou régler un différend idéologique semble incongru et menace la société tout entière. C’est comme si le vernis de la civilisation se trouvait, de temps à autre, brusquement fendu20, laissant apparaître des forces souterraines et incontrôlées.

    Contenir la violence

    13Une fois le crime commis et le jugement annoncé, tout est fait pour discipliner les débats et dominer le déroulement du procès. Après le déchaînement de la violence, le contrôle strict du rituel judiciaire s’impose. Si les victimes intéressent peu à cette époque la justice21, il importe que le jugement des coupables supposés se déroule dans le calme, voire le recueillement, car les lieux de la violence politique peuvent aussi être ceux du procès. En 1887, s’ouvre le procès Clément Duval, membre du groupe anarchiste La Panthère des Batignolles qui professait, selon le chroniqueur judiciaire, le principe du droit au vol et du droit au meurtre. Le palais de justice de Paris connaît de multiples incidents. Le 12 février 1887, jour de la seconde audience, le chroniqueur qui écrit sur le vif note : « On sent que la journée sera chaude ». Dans la salle, des sympathisants de la cause anarchiste. Des membres de La Panthère des Batignolles mais aussi des compagnons appartenant aux Déshérités de Clichy22. Duval, lui-même présenté comme le défenseur du droit à l’extermination des riches, prend la parole avant que les jurés se retirent dans la salle des délibérations. Le chroniqueur judiciaire restitue ses paroles accompagnées de ses commentaires :

    […] il commence son grand air, puis de sa voix faubourienne et traînarde de gueulard de club : Vive l’anarchie ! Vive la révolution sociale ! Vous avez de la chance ! Je vous ferai sauter, je n’ai volé l’argent que pour mieux vous faire sauter ! Vous tremblez sur vos tibias23 !

    14Le président ordonne l’expulsion de Clément Duval. Aussitôt, dans le public, des cris et des « vociférations violentes » se font entendre. Les chefs et sous-chef de la sûreté, des gardes municipaux et d’autres agents tentent de maintenir l’ordre : « une mêlée s’engage dans laquelle des coups sont échangés ». Peu après, des gardiens de la paix sont placés au fond de la salle tandis que les environs de la cour d’assises sont « occupés militairement24 ». Maîtriser le public, c’est bien maîtriser le procès et conforter la sacralité de la justice.

    15Ce quadrillage se retrouve à d’autres occasions. Lors du procès de Santo Caserio qui s’était ouvert à Lyon le 2 août 1893, l’armée avait été déployée au point de donner l’impression qu’une « muraille humaine » avait été dressée tout autour du palais de justice, « cerné par un cordon de troupes, baïonnette au canon, composée d’un bataillon du 98e de ligne25 ». Toutefois, pour un des grands chroniqueurs du début du xxe siècle, Georges Claretie, le spectacle le plus désolant eut lieu le 22 février 1910, lors du procès Hervé. Les délits de presse étaient jugés par la cour d’assises. Dans La Guerrre sociale, Gustave Hervé avait écrit un article qui transfigurait le geste de l’apache Liabeauf en « action d’éclat ». Jusqu’au verdict, les audiences furent calmes mais ensuite « quel tumulte ! Nous avons eu une de ces audiences mouvementées, incohérentes, qui font date dans l’histoire de la justice ». Il ne s’agit pas seulement d’un moment particulier que l’on peut oublier :

    Ce fut un spectacle navrant, écœurant. Une audience épileptiforme. Un prétoire envahi, des jurés insultés à leur banc26.

    16L’audience est suspendue, la salle est évacuée, des clameurs se font entendre ainsi que des hurlements. Les incidents ont duré, conclut, Georges Claretie, deux heures27. Ce trouble dans l’ordre judiciaire est sans équivalent, mais jusqu’au prononcé de la peine, se défendent les acteurs de la justice, chroniqueurs compris, le rite a pu être suivi sans connaître d’interruption.

    17Après la Première Guerre mondiale les procès des autonomistes alsaciens occupent une place significative et sont suivis par de grands chroniqueurs judiciaires, ce qui n’était pas le cas pour Émile Cottin qui avait tiré à sept reprises sur la voiture de Clemenceau en 1919, ni pour Germaine Berton, qui tua à défaut de Léon Daudet, Marius Plateau dans les locaux de l’Action Française. En 1928, pendant plus de vingt jours se tient à Colmar le premier procès des autonomistes. Selon Geo London, des bruits les plus alarmistes avaient couru, les autorités craignant une émeute. Dans le box des accusés, 15 personnes. Pour prendre place dans la salle d’audience, il faut se présenter à un commandant de gendarmerie28. L’année suivante, Philippe Roos, condamné par contumace, revenu depuis peu en France, est arrêté et jugé par la cour d’assises du Doubs en juin 1929. Lors de la dernière journée des débats 200 autonomistes, venant de Strasbourg, étaient arrivés. En fonction du verdict, ils devaient pousser un cri, non celui de « Vive l’Alsace » mais « Vive la Franche Comté » afin de s’assurer de la bienveillance du public29. Mais aucun son ne filtra et ce silence signifia pour tous : autorité, distance et triomphe du rituel judiciaire.

    18Pour éviter toute manifestation bruyante ou tout incident dramatique, le procès Gorguloff, l’assassin du président Doumer, est l’occasion d’innover. De nouvelles consignes de sécurité sont ordonnées. Le public fait l’objet d’un triage strict : seules cinquante personnes pourront pénétrer dans la salle et n’occuperont pas les places assises. Elles resteront debout pendant toute la durée des audiences30. Le banc de la presse a été considérablement agrandi : cent journalistes français et étrangers sont attendus. Des banquettes ont été aménagées derrière la barre des témoins pour recevoir les avocats et avocates invités à assister au procès, au point de voir « déferler un flot impétueux » de ces derniers et tous n’ont pas une place assise31. Réguler le flot des curieux, transformer la foule en public assagi, déployer des gardes ou des gendarmes, c’est avoir recours aux gardiens de Thémis, garant que la violence sera bien contenue.

    19Mais pour la contenir, un procédé d’écriture s’avère efficient, il convient de présenter les accusés comme des pleutres. Un accusé veule ne saurait revendiquer la force brute. S’il a des morts sur la conscience et s’il n’exprime aucun regret pour ses victimes, il en va tout autrement de lui-même, suggèrent parfois sans nuance des chroniqueurs. Il a abandonné la violence. Pêle-mêle, les anarchistes, les royalistes, les communistes, les autonomistes et les autres ne sont que des lâches dès lors qu’ils se retrouvent isolés. Les procès des autonomistes l’illustrent. Ils ne peuvent apparaître comme des personnages qui suscitent le respect. Soit ce sont des individus lâches qui n’osent affirmer leurs convictions, soit ce sont des traîtres assujettis à une nation hostile et belliqueuse, crachant ainsi sur « un million cinq cent mille croix de bois32 ». Avant eux, les anarchistes ont été l’objet de railleries. Ainsi, Vaillant est présenté aux lecteurs comme un individu pusillanime et non comme un « apôtre », Après l’attentat contre l’Assemblée Nationale il a voulu s’enfuir ; son système de défense, écrit Albert Bataille, est enfantin car il prétend avoir voulu tout au plus effrayer sans jamais chercher à tuer33. Lorsque Caserio marcha à l’échafaud, il était épouvanté souligne le chroniqueur qui l’a suivi. Il s’est mis à pleurer, ajoute-t-il, et il a fallu le soutenir pour le conduire au pied de la guillotine34. Couards, les accusés politiques ont un comportement qui n’est pas conforme à leurs déclarations. Lorsqu’ils font preuve de courage, ils se montrent hâbleurs, voudraient haranguer la foule réunie, mais ne peuvent aller jusqu’au terme de leurs propos, le couperet de la guillotine s’abattant sur le cou du condamné, à l’instar de Ravachol qui laissa une phrase inachevée en suspension35. Les chroniqueurs judiciaires font tomber de leur piédestal, pour leurs lecteurs, ces accusés politiques. Leur chute a pour visée de montrer que la violence des derniers instants et celle du châtiment constituent des moments de vérité qui condamnent, mieux que des discours, la violence politique dont il conviendrait de faire le deuil.

    La Langueur

    20Pour nombre de chroniqueurs judiciaires les procès politiques, une fois les procès des anarchistes refermés, ne sentent pas le soufre mais l’ennui. Les débats apparaissent interminables et le nombre de témoins convoqués que l’on laisse parler semble inépuisable. Léon Werth, dont le talent littéraire sera reconnu plus tardivement, suit pendant une année, en 1931, l’actualité de la cour d’assises parisienne. Dès qu’il aborde les procès politiques, il lui semble remonter le temps. Il a l’impression que le passé l’a rattrapé et l’a conduit en classe d’histoire au lycée. C’est pour lui une véritable épreuve car il retrouve dans la salle d’audience l’atmosphère « anesthésiante des classes d’histoire ». En effet, le temps semblait alors presque suspendu : « L’histoire se divise pour nous en quarts d’heure. Quand sonnera le dernier quart d’heure, le concierge Zouzou battra le tambour libérateur36 ». Lorsqu’il retrouve ses esprits, Léon Werth ne peut s’empêcher d’éprouver une profonde lassitude et de s’exclamer, à la fois pour lui et pour ses lecteurs : « Mais que la critique judiciaire, en tous pays du monde, est timide, s’il s’agit d’affaires politiques37 ». Toutefois des procès politiques sortent de l’ordinaire, il ne s’agit pas de procès pour faux ou escroquerie, mais bien de procès pour des crimes de sang. Ainsi en est-il de l’affaire Damrémont qui avait vu les jeunesses communistes et les jeunesses patriotes s’affronter, laissant plusieurs morts et blessés sur le pavé parisien. Regardant du côté des jurés, Léon Werth ne voit que des hommes presque immobiles et silencieux car « s’ils interrogeaient sur la hiérarchie des centuries fascistes ou sur l’organisation du parti communiste, ils auraient l’air de faire de la politique38 ». Ils ne veulent surtout pas qu’une telle suspicion puisse voir le jour. Aussi le mutisme semble être pour eux la meilleure attitude à adopter. Les rares témoins se mettent à l’unisson et n’ont rien vu. Une partie des débats tourne autour de la clarté du bec de gaz.

    21Un autre chroniqueur judiciaire ne dit pas autre chose. André Salmon, écrivain connu pour son roman Tendres canailles, a mené pendant de longues années une carrière de chroniqueur judiciaire. À la demande de Colette, il avait suivi à Versailles le procès Landru. Pour lui, le crime est un événement mais son auteur n’en garde aucun souvenir sauf « le cas du crime politique déterminé par une conviction39 ». La ligne de démarcation entre les criminels de droit commun et les politiques est ainsi tracée de manière définitive en fonction de l’état d’esprit au moment du passage à l’acte et de la conscience que l’auteur du crime en a gardé. S’ajoutent les questions de l’intention et de la préméditation avec lesquelles le crime politique se confond40. Dans les procès politiques, écrit encore André Salmon, fort de son expérience :

    […] les juges se résignent à laisser parler, je ne dis pas à écouter, autant de témoins qu’il plaît aux parties de leur en présenter. Ils peuvent éjaculer tout ce qu’ils veulent, les témoins politiques. La Cour s’en fout41.

    22Et de fait, pour ne pas être suspectés de partialité, le nombre de témoins à charge et de témoins à décharge s’avère souvent considérable. Les audiences deviennent anesthésiantes et Léon Werth, fin analyste, évoque, dans certains procès politiques, « l’atmosphère refroidie de ces intrigues de mélodramaturges et de ces ragots de mythomanes42 ». Geo London, quant à lui, donne l’impression de supplier que l’on passe les témoignages. À ses lecteurs, il leur écrit qu’il les épargne. « Brûlons les témoignages », écrit-il, pour arriver tout de suite au réquisitoire. Les crimes politiques ne suscitent guère l’enthousiasme des plumes célèbres qui craignent de se morfondre et de perdre des lecteurs. Les dépositions des témoins ressemblent à d’interminables énumérations, une longue litanie de faits médiocres, de noms sans importance et de références obscures, pour, au final, livrer un tableau souvent incompréhensible.

    Conclusion

    23En fonction des moments et des perceptions de la violence politique, les chroniqueurs judiciaires ne délivrent pas tout à fait les mêmes messages, mais tous s’accordent à écrire qu’en République, les crimes politiques n’existent plus, ce sont des assassinats ignominieux et méprisables. Les accusés ne sont ni des réfractaires ni des rebelles mais des nihilistes. Sans le dire les tribunaliers se muent en moralistes. Avec insistance, mais par intermittence, ils s’adressent à un vaste lectorat pour lui signifier que le crime politique est soit une affaire de brigandage soit une affaire d’illuminés ou de désaxés. Pour autant, ils ne commettent pas de demi-crime. Leurs agissements sont odieux. Ils adoptent le point de vue de Gabriel Tarde qui voyait dans l’attentat une régression en barbarie, puisque les victimes expiatoires sont choisies au hasard et considérées comme responsables de toute une collectivité43. Les chroniqueurs sont aussi des adeptes de la physiognomonie. Certes il ne cherche pas à appliquer des théories psychologiques ou anthropologiques en vogue mais ils sont persuadés que les traits d’un visage ou les expressions faciales permettent d’atteindre l’intimité d’une âme, autrement dit de mettre à nu les ressorts mentaux des accusés, qu’ils soient politiques ou de droit commun. Concernant ces derniers, ils se ressemblent souvent, mais presque tous ont le même regard44 : « l’œil, petit et clignotant, est dur et impitoyable. Rien de généreux, rien d’ouvert dans ce visage ingrat que crispe par instants un ricanement forcé45 ». D’emblée le dispositif rhétorique disqualifie l’accusé et entraîne l’adhésion du lecteur qui ne voit plus que des êtres ignobles et haïssables. Lorsqu’ils parlent ou bien quand les témoins s’expriment, dès qu’ils abandonnent l’invective, ils sont gris et ennuyeux, mais pour juger la violence prétendument politique, il faut bien, consentent les grandes plumes de la chronique, en passer par là. Le procès connaît une sorte de recodage rituel car l’infraction politique met en danger la société. S’y rendre ce n’est pas seulement se déplacer dans la salle d’audience, c’est davantage une sorte de pèlerinage qui a pour objet de rendre évident le châtiment. Bien souvent c’est l’ombre de la peine de la guillotine qui plane au-dessus des prétoires, ou à défaut les travaux forcés.

    Notes de bas de page

    1Sylvie Humbert et Denis Salas (dir.), La chronique judiciaire. Mille ans d’histoire, Paris, La documentation française, Coll. « Histoire de la justice », 2010.

    2Dominique Kalifa, Philippe Régnier, Marie-Ève Thérendy et Alain Vaillant (dir.), La civilisation du journal, Paris, Nouveau Monde, 2011 ; voir aussi Christophe Charle, Le siècle de la presse, Paris, Seuil, coll. « Univers Historique », 2004.

    3Henri Vonoven, La Belle affaire, Paris, Gallimard, coll. « Les Cahiers bleus », p. 18.

    4Ibid., p. 151.

    5Ibid., p. 164.

    6Bertrand Russel, Essais sceptiques, Paris, Les Belles Lettres, 2011 [1923], p. 145.

    7H. Vonoven, La Belle affaire […], op. cit., p. 165.

    8Anne-Claude Ambroise-Rendu et Christian Delporte (dir.), L’indignation. Histoire d’une émotion politique et morale, xixe-xxe siècles, Paris, Nouveau Monde éditions, 2008.

    9Albert Bataille, Causes criminelles et mondaines de 1892, Paris, E. Dentu, 1893, p. 47.

    10Paul Adam, « Éloge de Ravachol », Entretiens politiques et littéraires, vol. 5, no 28, juillet 1892, p. 27-29.

    11Jean-Claude Vimont, La prison politique en France. Genèse d’un mode d’incarcération spécifique, xviiie-xxe siècles, Paris, Anthropos-Economica, 1993.

    12Voir par exemple, « L’attentat d’Orsini », gravure de la fin du xixe siècle, dans Mémoires de Monsieur Claude, Paris, vers 1880, Rouff, vol. I, p. 121.

    13Henri Urtin, L’action criminelle, Paris, Félix Alcan, 1911, p. 191.

    14Sur l’attentat en général voir, Karen Vincent, Le régicide de Saint Réjant à Gorguloff. Perception et représentations, thèse de doctorat, Université de Bourgogne, 2000, 3 vol. Voir aussi Frédéric Chauvaud, « L’imaginaire de l‘attentat politique », dans Justice et déviance à l’époque contemporaine. L’imaginaire, l’enquête et le scandale, Rennes, PUR, coll. « Histoire », 2007, p. 47-64. Voir également Karine Salomé, L’ouragan Homicide. L’attentat politique en France au xixe siècle, Paris, Champ Vallon, coll. « Époques », 2010.

    15Albert Bataille, « Coup d’œil sur l’anarchisme », dans Causes criminelles et mondaines de 1894, Paris, E. Dentu, 1895, p. XIII.

    16A. Bataille, Causes criminelles […], op. cit., p. 51.

    17Ibid., p. 61.

    18Geo London, Les Grands procès de l’année 1932, Paris, Les éditions de France, 1933, p. 100-103.

    19Anne Steiner, Le goût de l’émeute. Manifestations et violences de rue dans Paris et sa banlieue à la « Belle Époque », Montreuil, Éditions de l’Échappée, 2012.

    20Hans Magnus Enzensberger, Politique et crime, Paris, Gallimard, 1967 [1964], p. 273.

    21Sur les victimes, voir Benoît Garnot (dir.), Les victimes, des oubliés de l’histoire, Rennes, PUR, coll. « Histoire », 2002.

    22A. Bataille, Causes criminelles […], op. cit., p. 323.

    23A. Bataille, Causes criminelles […], op. cit., p. 327.

    24Ibid., p. 328.

    25Ibid., p. 110.

    26Georges Claretie, Drames et comédies judiciaires. Chroniques du palais, Deuxième année, 1910, Paris-Nancy, Berger-Levrault, 1911, p. 92.

    27Ibid., p. 98.

    28G. London, Les grands procès de l’année 1928 […], op. cit., p. 49.

    29Ibid., p. 198.

    30Ibid., p. 85.

    31Ibid., p. 88.

    32Ibid., p. 147.

    33A. Bataille, Causes criminelles […], op. cit., p. 9.

    34H. Vonoven, La Belle affaire […], op. cit., p. 173.

    35A. Bataille, Causes criminelles […], op. cit., p. 68.

    36Léon Werth, Cour d’assises, Paris, Les éditions Rieder, 1932, p. 305-306.

    37bid., p. 307.

    38Ibid., p. 313.

    39André Salmon, Souvenirs sans fin, Troisième époque (1920-1940), Paris, Gallimard, 1961, p. 299.

    40Anne-Claude Ambroise-Rendu et Frédéric Chauvaud (dir.), La préméditation, Limoges, PULIM, coll. «Constellations », 2016.

    41A. Salmon, Souvenirs sans fin […], op. cit., p. 317.

    42L. Werth, Cour d’assises […], op. cit., p. 307.

    43Gabriel Tarde, « Les crimes de haines », Archives d’Anthropologie criminelle, de criminologie et de psychopathologie normale et pathologiques, 1894, p. 252.

    44Geo London consacre plusieurs pages à « l’oeil de Gorguloff », en effet « ce qui frappe en Gorguloff, ce sont ces petits yeux ronds. Ah ces yeux qui ne sont ni cruels, ni méchants, ni sournois, comment n’être pas fasciné par eux ? ». Et chacun de les scruter plus attentivement, même lorsque l’accusé, derrière son banc, penche ou tourne la tête. Tout le procès se trouve ici : « Ils s’éclairent d’un regard qui n’est pas celui d’un humain, un regard d’on ne sait quel oiseau de proie ! ». G. London, Les grands procès de l’année 1928 […], op. cit., p. 90.

    45A. Bataille, Causes criminelles […], op. cit., p. 2.

    Auteur

    • Frédéric Chauvaud

      CRIHAM et MSHS, Université de Poitiers

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    1Sylvie Humbert et Denis Salas (dir.), La chronique judiciaire. Mille ans d’histoire, Paris, La documentation française, Coll. « Histoire de la justice », 2010.

    2Dominique Kalifa, Philippe Régnier, Marie-Ève Thérendy et Alain Vaillant (dir.), La civilisation du journal, Paris, Nouveau Monde, 2011 ; voir aussi Christophe Charle, Le siècle de la presse, Paris, Seuil, coll. « Univers Historique », 2004.

    3Henri Vonoven, La Belle affaire, Paris, Gallimard, coll. « Les Cahiers bleus », p. 18.

    4Ibid., p. 151.

    5Ibid., p. 164.

    6Bertrand Russel, Essais sceptiques, Paris, Les Belles Lettres, 2011 [1923], p. 145.

    7H. Vonoven, La Belle affaire […], op. cit., p. 165.

    8Anne-Claude Ambroise-Rendu et Christian Delporte (dir.), L’indignation. Histoire d’une émotion politique et morale, xixe-xxe siècles, Paris, Nouveau Monde éditions, 2008.

    9Albert Bataille, Causes criminelles et mondaines de 1892, Paris, E. Dentu, 1893, p. 47.

    10Paul Adam, « Éloge de Ravachol », Entretiens politiques et littéraires, vol. 5, no 28, juillet 1892, p. 27-29.

    11Jean-Claude Vimont, La prison politique en France. Genèse d’un mode d’incarcération spécifique, xviiie-xxe siècles, Paris, Anthropos-Economica, 1993.

    12Voir par exemple, « L’attentat d’Orsini », gravure de la fin du xixe siècle, dans Mémoires de Monsieur Claude, Paris, vers 1880, Rouff, vol. I, p. 121.

    13Henri Urtin, L’action criminelle, Paris, Félix Alcan, 1911, p. 191.

    14Sur l’attentat en général voir, Karen Vincent, Le régicide de Saint Réjant à Gorguloff. Perception et représentations, thèse de doctorat, Université de Bourgogne, 2000, 3 vol. Voir aussi Frédéric Chauvaud, « L’imaginaire de l‘attentat politique », dans Justice et déviance à l’époque contemporaine. L’imaginaire, l’enquête et le scandale, Rennes, PUR, coll. « Histoire », 2007, p. 47-64. Voir également Karine Salomé, L’ouragan Homicide. L’attentat politique en France au xixe siècle, Paris, Champ Vallon, coll. « Époques », 2010.

    15Albert Bataille, « Coup d’œil sur l’anarchisme », dans Causes criminelles et mondaines de 1894, Paris, E. Dentu, 1895, p. XIII.

    16A. Bataille, Causes criminelles […], op. cit., p. 51.

    17Ibid., p. 61.

    18Geo London, Les Grands procès de l’année 1932, Paris, Les éditions de France, 1933, p. 100-103.

    19Anne Steiner, Le goût de l’émeute. Manifestations et violences de rue dans Paris et sa banlieue à la « Belle Époque », Montreuil, Éditions de l’Échappée, 2012.

    20Hans Magnus Enzensberger, Politique et crime, Paris, Gallimard, 1967 [1964], p. 273.

    21Sur les victimes, voir Benoît Garnot (dir.), Les victimes, des oubliés de l’histoire, Rennes, PUR, coll. « Histoire », 2002.

    22A. Bataille, Causes criminelles […], op. cit., p. 323.

    23A. Bataille, Causes criminelles […], op. cit., p. 327.

    24Ibid., p. 328.

    25Ibid., p. 110.

    26Georges Claretie, Drames et comédies judiciaires. Chroniques du palais, Deuxième année, 1910, Paris-Nancy, Berger-Levrault, 1911, p. 92.

    27Ibid., p. 98.

    28G. London, Les grands procès de l’année 1928 […], op. cit., p. 49.

    29Ibid., p. 198.

    30Ibid., p. 85.

    31Ibid., p. 88.

    32Ibid., p. 147.

    33A. Bataille, Causes criminelles […], op. cit., p. 9.

    34H. Vonoven, La Belle affaire […], op. cit., p. 173.

    35A. Bataille, Causes criminelles […], op. cit., p. 68.

    36Léon Werth, Cour d’assises, Paris, Les éditions Rieder, 1932, p. 305-306.

    37bid., p. 307.

    38Ibid., p. 313.

    39André Salmon, Souvenirs sans fin, Troisième époque (1920-1940), Paris, Gallimard, 1961, p. 299.

    40Anne-Claude Ambroise-Rendu et Frédéric Chauvaud (dir.), La préméditation, Limoges, PULIM, coll. «Constellations », 2016.

    41A. Salmon, Souvenirs sans fin […], op. cit., p. 317.

    42L. Werth, Cour d’assises […], op. cit., p. 307.

    43Gabriel Tarde, « Les crimes de haines », Archives d’Anthropologie criminelle, de criminologie et de psychopathologie normale et pathologiques, 1894, p. 252.

    44Geo London consacre plusieurs pages à « l’oeil de Gorguloff », en effet « ce qui frappe en Gorguloff, ce sont ces petits yeux ronds. Ah ces yeux qui ne sont ni cruels, ni méchants, ni sournois, comment n’être pas fasciné par eux ? ». Et chacun de les scruter plus attentivement, même lorsque l’accusé, derrière son banc, penche ou tourne la tête. Tout le procès se trouve ici : « Ils s’éclairent d’un regard qui n’est pas celui d’un humain, un regard d’on ne sait quel oiseau de proie ! ». G. London, Les grands procès de l’année 1928 […], op. cit., p. 90.

    45A. Bataille, Causes criminelles […], op. cit., p. 2.

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    Chauvaud, F. (2019). L’œil des tribunaliers. In J.-P. Luis & F. Conord (éds.), Violence & politique. Clermont-Ferrand: Presses universitaires Blaise-Pascal. https://doi.org/10.4000/145cs
    Chauvaud, Frédéric. « L’œil des tribunaliers ». In Violence & politique, édité par Jean-Philippe Luis et Fabien Conord. Clermont-Ferrand: Presses universitaires Blaise-Pascal, 2019. doi:10.4000/145cs.
    Chauvaud, Frédéric. « L’œil des tribunaliers ». Violence & politique, édité par Jean-Philippe Luis et Fabien Conord, Presses universitaires Blaise-Pascal, 2019, https://doi.org/10.4000/145cs.

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    Luis, J.-P., & Conord, F. (éds.). (2019). Violence & politique. Clermont-Ferrand: Presses universitaires Blaise-Pascal. https://doi.org/10.4000/145cv
    Luis, Jean-Philippe, et Fabien Conord, éd. Violence & politique. Clermont-Ferrand: Presses universitaires Blaise-Pascal, 2019. doi:10.4000/145cv.
    Luis, Jean-Philippe, et Fabien Conord, éditeurs. Violence & politique. Presses universitaires Blaise-Pascal, 2019, https://doi.org/10.4000/145cv.
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