L’administration comme modernité et comme solution contre la politisation : le général José de la Concha à Cuba (1850-1852)
La administración como modernidad y solución contra la politización: el general José de la Concha en Cuba (1850-1852)
The administration as modernity and as a solution against politicization: the General José de la Concha in Cuba (1850-1852)
p. 315-327
Résumés
L’objectif de ce texte est d’illustrer à quel point le gouvernement du territoire cubain est, pour le libéralisme espagnol du xixe siècle, un terrain d’expérimentation et d’innovation privilégié. Il porte sur le premier mandat du général José Gutiérrez de la Concha (1850-1852), au cours duquel il entreprit une réforme générale des institutions cubaines. Dans le cadre d’une exceptionnalité coloniale décidée en 1837 quand les territoires ultramarins espagnols furent exclus de la nouvelle constitution, ces réformes avaient comme ambition de fonder une « véritable administration », en rupture avec l’héritage d’un système de pouvoir marqué par les logiques juridictionnelles de l’Ancien Régime. Le général José de la Concha, membre d’un groupe influent de généraux de l’Espagne isabéline, avait une conception de l’administration identique à celle du groupe de penseurs appelés par les historiens « administrativistes », qui furent au cœur du projet de construction de l’État libéral espagnol. Il fut, sept ans après la publication des premiers ouvrages de ce groupe, le seul homme véritablement en position de les traduire en un plan de réforme généralisée, les enrichissant au passage de l’expérience de gouvernement de ses prédécesseurs.
El objetivo de este texto es ilustrar hasta qué punto el gobierno del territorio cubano es, para el liberalismo español del siglo XIX, un espacio privilegiado de experimentación e innovación. Estudia el primer mandato del general José Gutiérrez de la Concha (1850-1852), durante el cual este inició una reforma general de las instituciones cubanas. En el marco de una excepcionalidad colonial decidida en 1837, al excluirse a los territorios ultramarinos españoles de la nueva constitución, la ambición de estas reformas era fundar una «verdadera administración», dando la espalda al sistema de poder heredado, marcado por las lógicas jurisdiccionales del Antiguo Régimen. El general José de la Concha, miembro de un influyente grupo de generales de la España isabelina, compartía la concepción de la administración de un grupo de pensadores —calificados de «administrativistas» por los historiadores— cuyo papel fue central en el proyecto de construcción del Estado liberal español. Siete años después de la publicación de las primeras obras del grupo, Concha fue el único en poder traducirlas en un plan de reforma generalizada, enriqueciéndolas al mismo tiempo con la experiencia de gobierno de sus predecesores.
The aim of this chapter is to illustrate how much the government on Cuban territory is – for the Spanish liberalism of the 19th century – a privileged place to experiment and innovate. The chapter is about the first mandate of General José Gutiérrez de la Concha (1850-1852), during which he began a general reformation of Cuban institutions. In the context of a colonial exceptionality decided in 1837, when the Spanish overseas territories were excluded from the new constitution, these reforms were there to be a “real administration”, at odds with the heritage of a power system marked by the jurisdictional logics of the Old Regime. General José de la Concha was a member of an influential group made up of Spanish Generals under Isabella II’s reign. He had in mind to draft an administration identical to the one of a group of thinkers named the “administrativists”. They played a pivotal role in the project of construction of the Spanish liberal State. Seven years before the first publications of this group, Concha was the only man who was able to turn them into a plan of generalized reform, adding to it the governing experience of his predecessors.
Entrées d’index
Mots-clés : Cuba, Espagne, administration, politisation, police, État
Keywords : Cuba, Spain, administration, politicization, police, State
Palabras claves : Cuba, España, administración, politización, Estado
Texte intégral
1Ce texte présente la pensée du général José Gutiérrez de la Concha, capitaine général de Cuba à trois reprises dans la deuxième moitié du xixe siècle (1850-1852, 1854-1859, 1874-1875), telle que formalisée à la fin de son premier mandat dans un mémoire édité à Madrid en 1853. Cette pensée revêt une importance spéciale pour trois raisons principalement. La première est qu’elle se développe à partir de l’expérience de gouvernement de l’intéressé, une expérience située dans l’archipel cubain, dont la relation particulière à la naissance d’une conception moderne de l’administration a déjà été soulignée1. La seconde tient à la qualité de militaire de son auteur, qui oblige à réexaminer une question des rapports entre administration et armée piégée par la traditionnelle dichotomie militarisme/« civilisme ». La troisième est qu’il ne s’agit pas seulement d’une pensée, d’un schéma théorique, mais qu’elle est étroitement liée à une pratique, à un train de « réformes » entreprises par le capitaine général Concha dès son premier mandat et qui transformèrent profondément le gouvernement de l’archipel.
2La pensée de l’administration dans l’Espagne du xixe siècle a fait ces dernières années l’objet d’un regain d’intérêt lié sans aucun doute au travail de nombreux chercheurs sur la « construction de l’État2 ». Ce développement s’est réalisé à la fois dans un dialogue entre historiographies espagnole et française, et dans le cadre renouvelé d’interrogations à l’échelle impériale3. La question particulière de l’affirmation d’une notion d’administration contemporaine dans le cadre de l’émergence de l’État de droit est passée dans plusieurs travaux par la mise en valeur de figures d’écrivains ou de théoriciens qualifiés « d’administrativistes4 ». L’étude de ces auteurs de traités sur l’administration entre les années 1820 et 1850, de Pedro Sainz de Andino, Luis López Ballesteros, Javier de Burgos, jusqu’à Francisco Agustín Silvela et Manuel Colmeiro, en passant par la figure centrale d’Alejandro Oliván, a permis de renforcer l’idée d’une construction institutionnelle nouvelle correspondant à l’affirmation de l’État-nation aux xixe et xxe siècles5. Elle accrédite l’hypothèse du développement d’une « culture d’État » à partir du modèle théorique que ces hommes dessinent, un idéal étatique, identifié à l’expansion d’une administration publique centralisée. L’historien Juan Pro Ruiz postule qu’en dépit de la non-réalisation de cet idéal ou utopie administrativiste – attribuée à divers facteurs, dont l’obstruction des militaires – cette activité idéologique fit naître une culture politique capable d’orienter la construction de l’État sur le long terme.
3On peut sans aucun doute compter le général Concha au nombre de ces auteurs, ce qui devrait nuancer l’idée d’un désaccord profond entre les administrativistes civils et l’élite militaire espagnole. En réalité, le présent exposé élaboré à partir de Cuba veut montrer qu’un décentrement du regard sur l’histoire institutionnelle de la Péninsule peut amener à reconsidérer deux éléments situés au cœur de l’approche historienne d’une « construction de l’État » comme résultat de projets d’État6. Le premier élément est l’idée de « l’application » d’une volonté de « construction de l’État », dont il a été démontré récemment par Darío Barriera pour l’époque moderne qu’elle était insuffisante7. Et il y a de fortes chances que l’intérêt porté par Barriera à la capacité d’agir des populations locales et au poids de leurs demandes d’équipement institutionnel soit tout aussi fructueux pour l’époque contemporaine ; ceci d’autant plus que l’image de « l’application » post 1789 du système légal est en cours de révision jusque et y compris pour le cas français lui-même8. Le deuxième élément, sans doute lié au premier, c’est-à-dire aux problèmes posés par une approche qui part de projets d’États ou de théorisations, est l’alternative entre continuités et ruptures sur le plan de l’évolution des institutions.
4On peut en effet examiner, à travers par exemple les débats au sein du Consulat de commerce de La Havane dans les années 1820, le développement d’une pensée pragmatique du gouvernement administratif qui tend à rompre avec la prééminence de la logique juridictionnelle, dans la continuité d’expérimentations gouvernementales datant des années 17609. Cette institution pour laquelle travaillait Alejandro Oliván, grand ami du fondateur du Consulat Francisco de Arango y Parreño, élabora un véritable plan de réformes institutionnelles pour Cuba, faisant émerger une logique administrativiste à partir d’une projection de l’œconomia des plantations, c’est-à-dire du pouvoir paternel des propriétaires. Ce plan de réforme fut ensuite un véritable serpent de mer au cours des années trente et quarante, mais il garde un rapport étroit avec les mesures très importantes prises par le capitaine général José de la Concha à partir de son premier mandat. Ses principes sont surtout intéressants quand on lit l’œuvre postérieure d’Oliván, De la administración pública en relación a España parue en 1843. Il est ainsi possible d’envisager l’émergence conjointe d’une pensée et d’une pratique administrativistes comme une nouveauté liée à la mise en œuvre d’un système économique, social et politique récemment identifié comme « plantatiocène10 ». Cette « invention » de l’administration présente l’intérêt supplémentaire d’avoir été réalisée dans les limbes constitutionnelles que représentait le statut de Cuba et des autres territoires exclus du champ d’application de la constitution votée en 1837 : les « lois spéciales » censées remplacer la constitution ne furent jamais votées et l’administration « moderne » y poussa sur le terreau toujours vivant de la tradition juridictionnelle11.
L’ordre social de la richesse sucrière
5Fils d’un général important qui fut le dernier gouverneur de Córdoba del Tucumán, dans le Río de la Plata, José Gutiérrez de la Concha (1809-1895) fut d’abord à vingt ans professeur de mathématiques au collège des artilleurs de Madrid avant de gagner ses galons au cours de diverses campagnes dans des interventions extérieures (Portugal, 1833) comme dans la guerre carliste. Rallié à l’opposition au général progresista Espartero, il participe au coup d’État contre celui-ci mené par le général moderado Narváez en 1843 et continue de mener par la suite sa carrière politique et sa carrière militaire. Il participe ainsi à la formation d’un groupe de généraux qui constituent la colonne vertébrale du parti Unión liberal dont le général O’Donnell, capitaine général de Cuba entre 1844 et 1848, est le chef de file12. Ce groupe d’intérêt né au cours des années 1840 parvient même à s’organiser au sein d’une institution présidée par Manuel Gutiérrez de la Concha, frère du précédent : la Junte de Défense de la Grande Antille. Les liens multiples de ses membres avec les fortunes liées à l’économie cubaine sont bien connus.
6Dans le rapport que publie José de la Concha en 1853 après son premier mandat comme capitaine général de la Grande île, la première partie part de la prospérité matérielle de Cuba pour contester l’opinion commune sur son origine et bien sûr, en tirer des conclusions sur sa conservation sous souveraineté espagnole13. Au-delà de la considération de ce territoire comme un bien, un joyau de la couronne ou un objet de rapport, cette manière d’aborder les choses situe également la nature de l’ordre à préserver sur place : il s’agit d’un ordre économique. La richesse en question vient évidemment de l’agriculture et du commerce et elle est naturalisée comme émanant des ressources naturelles du pays, une manne, un flux que les mesures de relâchement de la législation des Indes permirent d’élargir, développant ainsi toutes les « sources de la richesse publique14 ».
7En effet, Cuba était devenue depuis la fin du xviiie siècle le lieu d’une richesse incroyable, le premier producteur mondial de sucre, un des tout premiers produits du commerce international. Des fortunes immenses avaient été édifiées sur la base de l’exploitation intensive de la main-d’œuvre esclave, dont l’importation depuis l’Afrique occidentale et australe augmenta jusqu’aux années 1840. Le système esclavagiste tournait à plein régime, entre les bénéfices du sucre, ceux du commerce des esclaves, et ceux réalisés dans l’importation de denrées de toutes sortes, en passant par la spéculation et la satisfaction de la demande du gouvernorat militaire chargé d’assurer la sécurité de l’ensemble. Les grandes familles de l’aristocratie du sucre, la « saccharocratie » cubaine et de grands groupes de commerçants avaient un poids décisif au sein de la monarchie espagnole. Le financement de celle-ci, dont au moins la moitié du budget correspondait aux dépenses militaires – entre les tentatives de rétablir la souveraineté espagnole sur le continent américain et la guerre carliste qui débuta en 1833 – dut beaucoup à cette manne, de même que l’accumulation primitive réalisée à travers le système esclavagiste fut essentielle à la naissance de l’industrie et de la banque en Espagne15. Ces classes dominantes cubaines ne limitaient pas leurs liens au cadre de la monarchie espagnole, bien au contraire ; elles étaient liées aux grandes banques d’affaires du monde, envoyaient leurs enfants dans les meilleures universités d’Europe et des États-Unis et étaient attentives aux développements de la technique et de la pensée économiques. La première machine à vapeur fut mise en service sur l’île quelques années avant le xixe siècle, les premiers cours d’économie politique inspirés d’Adam Smith y furent dispensés dans la décennie suivante au collège-séminaire de San Jerónimo de La Havane, et le premier chemin de fer d’Amérique latine relia, dix ans avant la pose des premiers rails en Espagne, la grande ville cubaine aux premières vallées sucrières de Güines.
8Le portrait de cette prospérité dressé par le général Concha au début de son mémoire en fait un « cours des choses » profond et imparable, que les années « d’agitation et de graves conflits » comme ceux du trienio constitutionnel de 1820 à 1823 furent incapables d’arrêter et de freiner. Au passage, non seulement la constitution est marquée d’un signe négatif, mais c’est l’ensemble de la politique qui est située aux antipodes de l’ordre car synonyme d’insurrection : « Cuba vécut dans la tranquillité jusqu’en 1836, sans qu’aucun mouvement insurrectionnel ou grand événement politique, si nous ne voulons pas qualifier ainsi quelque soulèvement de nègres ou autre conspiration en tout genre, ne vînt troubler sa paix profonde16. » La proclamation en 1836 à Santiago de Cuba de la constitution de 1812, en écho à celle réalisée en Péninsule peu de temps auparavant, proclamation faite par le général Lorenzo, gouverneur de la province, et qui provoqua force réjouissances citoyennes dans la capitale orientale, fut considérée comme un attentat contre l’ordre par le capitaine général de l’île du moment, Miguel Tacón, qui réprima le mouvement immédiatement, « pour que l’ordre se maintienne inaltérable » selon les mots du général Concha.
9Le fait de poser ainsi l’intemporalité, la naturalité de cet ordre économique et social n’est sans doute pas surprenant au milieu du xixe siècle ; ce n’est pas non plus complètement trivial dans une monarchie catholique encore profondément imprégnée du jusnaturalisme catholique dont elle était l’incarnation institutionnelle depuis plusieurs siècles. Il s’agit bien d’un déplacement, à défaut d’un renversement, du centre de gravité conceptuel de l’ordre naturel : la naturalité des lois de l’économie, de la physique du commerce, développée par l’économie politique, fondait la société comme un système naturellement ordonné, un « ordre social » susceptible d’être étudié et défendu, dans un monde où l’ordre juridique et institutionnel s’était finalement révélé depuis 1789 à portée des manipulations humaines et même de la « volonté générale ». L’ordre éternel divin dont l’indisponibilité avait été jetée à bas par les révolutions pouvait être retrouvé dans les lois de la société et de l’économie, et la défense de celles-ci pouvait justifier comme une nécessité absolue l’autorité des gouvernements.
10Cet ordre naturellement inaltérable avait un contenu et une justification, « le véritable bien-être social », dont la base était « la sécurité des personnes et de la propriété ». À la suite de cette précision, Concha fermait son raisonnement en nouant étroitement le lien entre une hiérarchie sociale fondée sur la propriété et la stabilité de l’ordre : « On ne peut concevoir de stabilité pour un pouvoir qui laisserait son inertie mettre en danger ces éléments primordiaux de l’ordre et qui, confiant leur préservation à la seule force, irait jusqu’à oublier que l’ordre est la première condition de l’efficacité de celle-ci17. » L’affirmation est ainsi parfaitement circulaire : l’ordre est la condition de sa propre préservation ; mais ceci à condition de ne pas être immobile, à condition que le gouvernement ne gouverne pas seulement par la force.
L’administration comme antidote au désordre… et à la politique
11La suite du développement fait intervenir l’élément indispensable pour parvenir à la conclusion que cherche l’auteur : le désordre. Le général Concha reprend à son compte la description faite quinze ans auparavant par le général Tacón de l’état de désordre de l’île, soumise à la tyrannie permanente des vagabonds, voleurs, bandits et autres assassins. Cette rhétorique, Tacón lui-même l’avait héritée des premières manifestations d’inquiétude de la saccharocratie face aux dangers conjugués de la révolte esclave et de la politisation de la plèbe18. Le portrait de ce désordre est celui d’une permanente anarchie où tous les malfaiteurs semblent « conjurés contre l’ordre public » et menacent de « détruire tous les liens sociaux ». L’explication de ce désordre est double : d’une part, « les vices de la constitution administrative » et de l’autre, « la démoralisation publique », c’est-à-dire l’état lamentable de la morale publique. Les mesures du général Tacón sont alors exposées et louées : « le rétablissement de l’ordre public et avec lui du respect à l’autorité » passent par « l’organisation d’une espèce de police » urbaine et l’établissement d’une pyramide de l’autorité reposant d’une part sur le rétablissement de la discipline au sein de l’armée, et de l’autre sur l’affirmation de la supériorité du capitaine général, à défaut de l’unité nécessaire dans le gouvernement de l’île.
12La solution à tout cela, la clef permettant d’asseoir la paix et la prospérité sur la stabilité de l’ordre, de rétablir la circularité de celui-ci sans avoir à dépendre de manifestations sporadiques de force a pour nom l’Administration. Les mesures gouvernementales de Tacón doivent donc être systématisées pour rétablir l’unité d’un pouvoir dont, selon Concha, disposaient les vice-rois d’antan. Cette unité déjà brisée par l’attribution de pouvoirs importants au surintendant des finances à partir de 1764, se heurtait en outre aux pouvoirs traditionnels des corps juridiques de l’île. Le discours du capitaine général n’est en effet pas nostalgique ; il est au contraire tourné tout entier vers le présent et l’avenir et énonce pour cela un élément clef : la nécessité pour faire naître une véritable administration, d’un changement de principes, d’une rupture avec la logique juridictionnelle. Il ne s’agit plus seulement de réclamer les pleins pouvoirs pour une durée provisoire comme pour le général Vives en 1825, dont Concha souligne qu’il avait « toutes les attributions d’un chef de place forte assiégée au moment où il le juge indispensable19 ». L’état d’exception étant par essence limité, il s’agit de changer l’état de normalité.
13Or, malgré les progrès de la logique administrative depuis le dernier tiers du xviiie siècle, dont Campomanes reste un des symboles, l’organisation générale des pouvoirs de la monarchie était toujours, dans les colonies, d’ordre juridictionnel, sans séparation étanche des matières de justice et de gouvernement – et la situation en péninsule n’était sans doute pas si différente dans la pratique, à bien des égards20. Il était toujours parfaitement normal pour la plupart des sujets, au début du xixe siècle, que celui qui juge et celui qui gouverne fussent la même personne. Les matières de gouvernement étaient examinées à Cuba par la réunion des magistrats de la Real Audiencia21, et à l’échelle des villes, par les corps municipaux, et en termes d’autorité, c’est la qualité de magistrats qui primait. Concha déplore clairement dans son mémoire que « sont considérés comme profanes en matière de gouvernement tous ceux qui ne sont pas revêtus d’une magistrature22 ». Toutes les décisions sur les chemins, le rail, la navigation, le courrier, l’instruction publique, etc., devaient donc passer par des dossiers examinés au sein de ces corps dont le verdict n’était pas rendu, pour le général, en fonction d’une vision systématique du gouvernement ni ne s’appuyait sur une quelconque expertise. Sa capacité comme capitaine général à s’opposer à des décisions des corps constitués restait de l’ordre de l’exception et était légitime en vertu de la nécessité de défense de l’île et de l’ordre public. Il formule alors clairement l’exigence d’autonomisation de la raison administrative par rapport à la raison judiciaire : les affaires « de pur gouvernement » doivent primer et être réglées par un personnel spécialisé hiérarchisé selon une chaîne de commandement stricte23. L’évidence classique du caractère indissociable du gouvernement et de la justice n’est plus, du moins, aux étages supérieurs du gouvernement. Il déploie un discours qui curieusement rappelle la dénonciation révolutionnaire de l’anarchie féodale : « l’anarchie que produisent inévitablement ces conseils dotés de pouvoirs exécutifs », un non-système qu’il juge complètement anachronique « au temps de la navigation à vapeur et des chemins de fer24 ». Il s’agit bien d’un discours de modernité.
14En affirmant que son intention avait été pendant son mandat d’« introduire dans les provinces de l’Outremer une organisation de l’administration civile analogue à celle qui avait été établie pour la Péninsule25 » le général ne mettait pas en question la décision de 1837 d’exclure Cuba de l’espace constitutionnel. Bien au contraire, en terminant par ces mots « [administration] dont les principes fondamentaux sont étrangers à la forme des gouvernements », il souscrivait pleinement à l’opinion des administrativistes selon laquelle l’administration devait être séparée absolument de la politique : « moins de politique, plus d’administration » était aussi son slogan26. Il faut bien prendre la mesure de cette opinion : la construction d’un pouvoir administratif était indépendante de l’existence d’une constitution – avec les droits y afférents –, indépendante donc de la façon dont les lois étaient produites et même de la nature de la souveraineté. Cette pensée politique que l’on illustre d’habitude par le projet « dictatorial » de Bravo Murillo en 1852, auquel se seraient opposés les militaires en tant que tels, était donc bien partagée au-delà des administrativistes civils, ce qui en définitive fait un argument de plus pour la considérer comme une véritable culture politique.
15La suite du mémoire du capitaine général Gutiérrez de la Concha mêle alors deux grands motifs : d’une part ses réalisations, de l’autre les obstacles au bon fonctionnement de l’ensemble et les mesures qui resteraient à prendre pour un gouvernement de l’île propre à garantir sa prospérité. Sa description détaillée de ce que serait une bonne administration est parfaitement cohérente avec l’idéal formulé par un Oliván et ne lui cède rien en ambition, sauf qu’elle est toujours amenée à partir d’une critique détaillée des problèmes existants, qu’il a rencontrés dans son mandat et prend la forme de suggestions très concrètes pour les régler. Le catalogue des mesures déjà engagées par l’auteur les détaille dans leurs multiples directions – par exemple sur le terrain central et plus urgent de la « police », au sens large, c’est-à-dire englobant en partie le sens classique et celui plus moderne d’une institution spécialisée dans l’obéissance. Au fil des pages cependant, de multiples « vices de la constitution administrative » de l’île apparaissent, sur lesquels le capitaine général ne peut intervenir et qui réclament de la part du gouvernement de la monarchie des mesures nécessaires pour faire fonctionner véritablement ensemble ces réformes. Le général Concha a les idées claires : l’administration est un système et elle doit s’incarner dans une hiérarchie institutionnelle régulière capable à la fois de déployer un travail systématique et multidirectionnel, et aussi de garantir la continuité du gouvernement.
Conclusion : Cuba comme laboratoire de la modernité administrative
16La suite de l’histoire demanderait de longs développements : les réformes entreprises par le général Concha sont multiples et touchent le pouvoir municipal, la justice, l’armée et peut-être surtout la police, qu’il qualifie « d’élément principal du gouvernement ». Il institue à Cuba la Garde civile, créée en 1844 en Espagne et organise parallèlement un corps de police salariée en civil, policías et salvaguardias, dans la capitale et les villes secondaires27. Ce faisant, il achève de redéfinir les significations du mot police, même si l’on trouve encore dans ses écrits des mentions qui renvoient au sens traditionnel de la « bonne police ». Il faut cependant souligner la primauté de l’instauration d’une police civile des villes et des campagnes dans la Grande île, bien avant qu’une telle institution ne devienne une réalité en Péninsule, et dans ce même mitan du siècle qui voit la police moderne s’affirmer en Angleterre et en France28.
17Au-delà, à la fin de son deuxième mandat, en 1859, le général Concha parvient à mettre fin à la capacité de l’Audiencia de Cuba d’examiner et de se prononcer sur les dossiers de gouvernement. En lieu et place, est créée une instance dont le nom illustre tout le programme développé depuis 1850 : le Conseil d’Administration de Cuba. Finalement, on peut considérer que l’aspiration à l’établissement d’un « système de police », formulée depuis le gouvernement de l’île et parmi les saccharocrates depuis la première décennie du siècle trouve dans la politique de ce personnage sa première réalisation.
Bibliographie
Álvarez Chillida, Gonzalo, Elizalde, María Dolores et Huetz de Lemps, Xavier (dir.), Gobernar colonias, administrar almas. Poder colonial y órdenes religiosas en los imperios ibéricos (1808-1930), Madrid, Casa de Velázquez, 2018.
Barriera, Darío G., « Gouverner les campagnes », Annales. Histoire, Sciences Sociales, no 73-1, 2018, p. 57-82.
Castellanos Rubio, Alina, « La construcción judicial del orden social en Cuba (1820-1868) », thèse de doctorat, Université Bordeaux Montaigne - Universidad del País Vasco (UPV-EHU), Bordeaux, 2019.
Castellanos Rubio, Alina et Godicheau, François, « L’ordre social et son gouvernement en perspective coloniale. Pour une histoire trans-territoriale de l’Espagne contemporaine », Amnis. Revue d’étude des sociétés et cultures contemporaines Europe-Amérique [En ligne], no 20, 2021. URL : http://journals.openedition.org/amnis/6454.
Cayuela Fernández, José, « Los capitanes generales de Cuba. Elites coloniales y elites metropolitanas (1823-1898) », Historia contemporánea, no 13-14, 1996, p. 197-222.
Cayuela Fernández, José, Bahía de Ultramar. España y Cuba en el siglo XIX. El control de las relaciones coloniales, Madrid, Siglo XXI, 1993.
Emsley, Clive, Policing and its Context. 1750-1870, Londres, Macmillan, 1983.
Emsley, Clive, Crime, Police, and Penal Policy: European Experiences 1750-1940, Oxford, Oxford University Press, 2007.
Garriga, Carlos, « Gobierno y justicia: el gobierno de la justicia », in Marta Lorente Sariñena (coord.), La jurisdicción contencioso-administrativa en España. Una historia de sus orígenes, Madrid, Consejo General del Poder Judicial, 2009, p. 45-113.
Godicheau, François, « La Guardia Civil en Cuba, del control del territorio a la guerra permanente (1851-1898) », Nuevo Mundo, Mundos Nuevos, 2014.
Godicheau, François, « Gobierno, œconomía y territorio en Cuba: algunas reflexiones sobre la policía entre dos siglos (1764-1855) », in Alejandro Agüero, Andréa Slemian et Rafael Diego-Fernández Sotelo (dir.), Jurisdicciones, Soberanías, Administraciones. Configuración de los espacios políticos en la construcción de los Estados nacionales en Iberoamérica, Córdoba/Morelia, Universidad Nacional de Córdoba - El Colegio de Michoacán, 2018, p. 25-59.
Godicheau, François, « Un sistema para toda la Isla: la organización policial en Cuba, 1808-1842 », in François Godicheau et Darío G. Barriera (dir.), Del buen gobierno al orden público. Distancias, actores y conceptos en dos laboratorios: Cuba y el Río de la Plata (1760-1860), Madrid, Fondo de Cultura Económica, 2022, p. 163-194.
Godicheau, François, « La experiencia cubana y el orden público de la Monarquía católica », in Oscar Mazín et Gibrán Bautista y Lugo (coord.), El espejo de las Indias Occidentales. Iberoamérica en la Historia Global, Mexico, Historia Mexicana, sous presse.
González Lonor, María del Carmen, El pensamiento de los primeros administrativistas españoles y su plasmación en la estructura de la administración del Estado, thèse de doctorat, Université Complutense de Madrid, 2004.
Gutiérrez de la Concha, José, Memorias sobre el estado político, gobierno y administración de la isla de Cuba, Madrid, Establecimiento tipográfico de D. José Trujillo, 1853.
Ingold, Alice, « Les communs au prisme de l’État au xixe siècle. Propositions pour sortir l’histoire des communs de l’ombre portée de l’administration étatique », in Fabien Locher (dir.), La nature en communs. Ressources, environnement et communauté (France et Empire français xviie-xxie siècle), Paris, Champ Vallon, 2020, p. 77-100.
Lorente, Marta, La voz del Estado. La publicación de las normas (1810-1889), Madrid, Centro de Estudios Políticos y Constitucionales, 2001.
Lowenhaupt Tsing, Anna, Le champignon de la fin du monde. Sur la possibilité de vivre dans les ruines du capitalisme, Paris, La Découverte, 2017 [Princeton, 2015].
Luis, Jean-Philippe, L’État dans ses colonies. Les administrateurs de l’Empire espagnol au xixe siècle, Madrid, Casa de Velázquez, 2015.
Moreno Fraginals, Manuel, Cuba/España, España/Cuba: historia común, Barcelone, Crítica, 1996.
Pro Ruiz, Juan, « El Estado grande de los moderados en la España del siglo XIX », Historia y Política, no 36, 2016, p. 19-48.
Pro Ruiz, Juan, La construcción del Estado en España. Una historia del siglo XIX, Madrid, Alianza, 2019.
Rodrigo y Alharilla, Martín, et Chaviano Pérez, Lizbeth J., Negreros y esclavos: Barcelona y la esclavitud atlántica (siglos XVI-XIX), Barcelone, Icaria, 2017.
Notes de bas de page
1Alina Castellanos Rubio, « La construcción judicial del orden social en Cuba (1820-1868) », thèse de doctorat, Université Bordeaux Montaigne - Universidad del País Vasco (UPV-EHU), Bordeaux, 2019 ; François Godicheau, « Un sistema para toda la Isla: la organización policial en Cuba, 1808-1842 », in François Godicheau et Darío G. Barriera (dir.), Del buen gobierno al orden público. Distancias, actores y conceptos en dos laboratorios: Cuba y el Río de la Plata (1760-1860), Madrid, Fondo de Cultura Económica, 2022, p. 163-194.
2Je mets cette expression entre guillemets car au-delà du thème qui rassemble nombre d’historiens, il me semble nécessaire de la discuter. Elle peut en effet tout aussi bien illustrer une démarche constructiviste que s’inscrire dans une téléologie de l’État ; du moins, les intentions contraires à cette téléologie peuvent se trouver contrariées par l’idée d’un chantier, certes compliqué et heurté, mais qui finit par aboutir, un chantier dont l’aboutissement échappe finalement à certaines interrogations cruciales. La réunion au sein du même objet « histoire de l’État », de l’histoire de l’administration comme pouvoir et de l’histoire de la souveraineté ne va pas sans difficultés, de même que l’oubli fréquent que la définition wéberienne couramment admise de l’État met en son centre le monopole de production des normes juridiques – la fameuse expropriation multiséculaire des pouvoirs locaux – qui n’intervient dans le cas de l’Espagne que très tardivement, au xxe siècle. Rappelons simplement qu’à la fin du xixe siècle, il n’existe pas de dispositif centralisé de publication de la loi en Espagne, et que d’autre part, les juges n’ont pas le pouvoir d’annuler les règlements (municipaux par exemple) illégaux. Cf. Marta Lorente Sariñena, La voz del Estado. La publicación de las normas (1810-1889), Madrid, Centro de Estudios Políticos y Constitucionales, 2001.
3Dans les deux cas, la figure de Jean-Philippe Luis a été centrale, que ce soit dans le dialogue avec Juan Pro Ruiz dont l’ouvrage de synthèse – La construcción del Estado en España. Una historia del siglo XIX, Madrid, Alianza, 2019 –, qui contient une bibliographie très récente à laquelle je renvoie pour ne pas alourdir ces bas de pages, est un écho fort à L’utopie réactionnaire ; que ce soit également dans le dialogue avec Josep Maria Fradera, organisé dans le cadre du projet ANR Glob-Iber et dont le premier résultat éditorial a été l’ouvrage dirigé par Jean-Philippe : L’État dans ses colonies. Les administrateurs de l’Empire espagnol au xixe siècle, Madrid, Casa de Velázquez, 2015. Deux autres volumes ont depuis prolongé cet effort collectif du projet coordonné par Stéphane Michonneau et hébergé à la Casa de Velázquez : celui que Xavier Huetz de Lemps a co-dirigé avec Gonzalo Alvarez Chillida et María Dolores Elizalde, Gobernar colonias, administrar almas. Poder colonial y órdenes religiosas en los imperios ibéricos (1808-1930), Madrid, Casa de Velázquez, 2018 ; et celui que j’ai co-dirigé avec Mathieu Grenet, Raison administrative et logiques d’empire (xvie-xixe siècle), Rome-Madrid, École française de Rome-Casa de Velázquez, 2021.
4En 2004, María del Carmen González Lonor a soutenu à l’Université Complutense une thèse de doctorat intitulée El pensamiento de los primeros administrativistas españoles y su plasmación en la estructura de la administración del Estado et préparée sous la direction de Juan Pablo Fusi. En ce qui concerne les articles, il faut retenir celui publié par Juan Pro Ruiz en 2016 dans Historia y política : « El Estado grande de los moderados en la España del siglo XIX », no 36, p. 19-48.
5Juan Pro Ruiz, « El Estado grande […] », art. cit. Cette position historiographique se démarque nettement d’une conception continuiste de l’histoire de l’État depuis le bas Moyen Âge ; elle incorpore à la fois les leçons de l’histoire culturelle du droit concernant notamment le premier constitutionnalisme moderne espagnol, celui de Cadix (1812), et celle de l’histoire sociale des employés et fonctionnaires telle que développée par Jean-Philippe Luis.
6Pour un exposé plus général de la démarche, voir mon chapitre intitulé « La experiencia cubana y el orden público de la Monarquía católica », in Oscar Mazín et Gibrán Bautista y Lugo (coord.), El espejo de las Indias Occidentales. Iberoamérica en la Historia Global, Mexico, Historia Mexicana, sous presse.
7Darío G. Barriera, « Gouverner les campagnes », Annales. Histoire, Sciences Sociales, no 73-1, 2018, p. 57-82.
8Alice Ingold, « Les communs au prisme de l’État au xixe siècle. Propositions pour sortir l’histoire des communs de l’ombre portée de l’administration étatique », in Fabien Locher (dir.), La nature en communs. Ressources, environnement et communauté (France et Empire français xviie-xxie siècle), Paris, Champ Vallon, 2020, p. 77-100.
9François Godicheau, « Gobierno, œconomía y territorio en Cuba: algunas reflexiones sobre la policía entre dos siglos (1764-1855) », in Alejandro Agüero, Andréa Slemian et Rafael Diego-Fernández Sotelo (dir.), Jurisdicciones, Soberanías, Administraciones. Configuración de los espacios políticos en la construcción de los Estados nacionales en Iberoamérica, Córdoba/Morelia, Universidad Nacional de Córdoba - El Colegio de Michoacán, 2018, p. 25-59.
10Cet étiquetage est le fait de l’anthropologue Anna Lowenhaupt Tsing dans son ouvrage Le champignon de la fin du monde. Sur la possibilité de vivre dans les ruines du capitalisme, Paris, La Découverte, 2017 [Princeton, 2015].
11Alina Castellanos Rubio et François Godicheau, « L’ordre social et son gouvernement en perspective coloniale. Pour une histoire trans-territoriale de l’Espagne contemporaine », Amnis. Revue d’étude des sociétés et cultures contemporaines Europe-Amérique [En ligne], no 20, 2021. URL : http://journals.openedition.org/amnis/6454.
12Cela a été mis en valeur par José Cayuela Fernández dans « Los capitanes generales de Cuba. Elites coloniales y elites metropolitanas (1823-1898) », Historia contemporánea, no 13-14, 1996, p. 197-222 et dans son livre Bahía de Ultramar. España y Cuba en el siglo XIX. El control de las relaciones coloniales, Madrid, Siglo XXI, 1993.
13José Gutiérrez de la Concha, Memorias sobre el estado político, gobierno y administración de la isla de Cuba, Madrid, Establecimiento tipográfico de D. José Trujillo, 1853, chapitre 1 : « Prosperidad material de Cuba, su verdadero origen e influencia en el bienestar social y errores dimanados de su falsa apreciación », p. 1-26.
14Ibid., p. 10.
15Pour une synthèse vigoureuse, voir le livre classique de Manuel Moreno Fraginals, Cuba/España, España/Cuba: historia común, Barcelone, Crítica, 1996, et sur ce dernier aspect, il faut lire les travaux de Martín Rodrigo y Alharilla et en particulier son récent Negreros y esclavos: Barcelona y la esclavitud atlántica (siglos XVI-XIX), Barcelone, Icaria, 2017.
16José Gutiérrez de la Concha, Memorias […], op. cit., p. 10-11. « Cuba continuó tranquila, sin que hasta 1836 viniese a interrumpir su paz profunda, ni a detener el rápido curso de su prosperidad ningún movimiento insurreccional o gran suceso político, si no queremos dar este nombre a algún otro levantamiento de negros y a alguna otra conspiración de diverso género. »
17Ibid., « no se concibe estabilidad en un poder que lleva su inercia hasta descuidar esos primordiales elementos del orden y que, aun fiando su existencia en la fuerza, llega a olvidar que para ésta es el orden la primera condición de su eficacia », p. 11.
18François Godicheau, « Un sistema […] », op. cit.
19José Gutiérrez de la Concha, Memorias […], op. cit., « todas las atribuciones de un jefe de plaza sitiada en el momento que lo juzgase indispensable », p. 10.
20Carlos Garriga, « Gobierno y justicia: el gobierno de la justicia », in Marta Lorente Sariñena (coord.), La jurisdicción contencioso-administrativa en España. Una historia de sus orígenes, Madrid, Consejo General del Poder Judicial, 2009, p. 45-113.
21Les Reales Audiencias étaient les tribunaux d’appel avec des ressorts juridiques régionaux très larges, au sein desquelles, la réunion des juges – les oidores, littéralement ceux qui écoutent – ou Real Acuerdo représentait la figure royale du juge souverain.
22José Gutiérrez de la Concha, Memorias […], op. cit., « son legos para gobernar todos los que no están revestidos de alguna magistratura en el poder judicial », p. 107.
23Ibid.
24Ibid., p. 112.
25« llevar a las provincias de Ultramar una organización de la administración civil análoga a la que se estableciera para la Península », ibid., p. 84.
26« [administración] cuyos principios fundamentales son extraños a la forma de los gobiernos », ibid.
27Pour une première approche, voir François Godicheau, « La Guardia Civil en Cuba, del control del territorio a la guerra permanente (1851-1898) », Nuevo Mundo, Mundos Nuevos, 2014.
28D’après Clive Emsley, Policing and its Context. 1750-1870, Londres, Macmillan, 1983 ; Crime, Police, and Penal Policy: European Experiences 1750-1940, Oxford, Oxford University Press, 2007.
Auteur
-
François Godicheau
Professeur d’histoire contemporaine
Université de Toulouse, UMR 5136 FRAMESPA - France, Amérique, Espagne, Sociétés, Pouvoirs, Acteurs
Le texte seul est utilisable sous licence Licence OpenEdition Books. Les autres éléments (illustrations, fichiers annexes importés) sont « Tous droits réservés », sauf mention contraire.
Pour une histoire de la restauration monumentale (xixe-début xxe siècle)
Un manifeste pour le temps présent
Bruno Phalip et Fabienne Chevallier (dir.)
2021
Aristocratie révolutionnaire en Espagne
La concession de nouveaux titres de Castille (1808-1854)
Arnaud Pierre
2024
Les nouveaux territoires diocésains
De l’époque médiévale à nos jours
Vincent Flauraud et Stéphane Gomis (dir.)
2021
De la parole du prédicateur au discours politique
Jalons pour une histoire de la critique religieuse du politique (du Moyen Âge à l’époque contemporaine)
Vincent Flauraud et Ludovic Viallet (dir.)
2022
Les mises à l'écart politiques
Des périphéricités paradoxales
Laurent Lamoine et Julien Bouchet (dir.)
2022
Les espaces du spectacle vivant dans la ville
Permanences, mutations, hybridité (xviiie-xxie siècles)
Pauline Beaucé, Sandrine Dubouilh et Cyril Triolaire (dir.)
2021
La modernisation de l’Espagne
Entre réformes et conflits (xixe-xxe siècles)
Jean-Claude Caron et Anne Dubet (dir.)
2023
Prendre la plume des Lumières au Romantisme
Pratiques de l’écrit dans l’Europe de la fin de l’époque moderne
Matthieu Magne (dir.)
2019
Joconde ou madone ? La Tête de cire de Lille, énigme de la collection Wicar
Fortune et réception (1834-2021)
Laurence Riviale
2022
Statuts personnels et main-d’œuvre en Méditerranée hellénistique
Stéphanie Maillot et Julien Zurbach (dir.)
2021
