Marcellin Boudet et la fausse « charte » de Landeyrat
L’invention d’une préhistoire du diocèse de Saint-Flour
p. 185-200
Dédicace
À Bernard Dompnier, pour m’avoir appris l’importance de l’étude du regard des modernes sur le Moyen Âge.
Texte intégral
1La découverte et la publication de la « charte » de Landeyrat par Marcellin Boudet dans le Cartulaire du prieuré de Saint-Flour résultent d’une transmission documentaire complexe, déjà étudiée1 : l’érudit a disposé d’une copie du xviiie siècle, elle-même prise sur un vidimus de 1347, une copie de copie donc. Ajoutons d’ores et déjà que, contrairement à ce qu’avait cru Marcellin Boudet, la « charte » de Landeyrat est bien un faux, fabriqué par un moine d’Aurillac. On ne reviendra pas ici en détail sur une critique d’authenticité déjà conduite ailleurs2.
2Ce dont il sera question, c’est d’essayer de comprendre ce qui explique que Marcellin Boudet a jugé bon d’intégrer ce document à un ouvrage qui était consacré à l’histoire du prieuré de Saint-Flour. De fait, à le lire, le texte n’a de prime abord rien à voir avec Saint-Flour : il concerne Aurillac, Landeyrat et une partie de la Haute-Auvergne. Le lien avec Saint-Flour est tout au plus très indirect, dans la mesure où Marcellin Boudet a découvert la copie de la « charte » de Landeyrat dans les archives municipales, où elle se trouve encore aujourd’hui. Faussement naïve, la question de la présence de cet acte dans l’ouvrage de Marcellin Boudet mérite d’être posée.
3Elle constitue en effet une porte d’entrée pour interroger l’objet même du Cartulaire du prieuré de Saint-Flour, beaucoup plus ambigu que ne le suggère son titre. Quand l’ouvrage fut publié en 1910, le terme de cartulaire était devenu ambivalent. Le mot pouvait désigner une opération de transcription et de mise en collection par les médiévaux d’un certain nombre d’actes (généralement sous forme de codex, mais il existe aussi de nombreux cartulaire en rouleaux) ; dans cette acception, publier un cartulaire revient alors à éditer le codex ou le rouleau avec son contenu. Toutefois, érudits et historiens du xixe et du début du xxe siècle ont pris l’habitude d’intituler cartulaires des recueils composés par leur soin de documents médiévaux qu’ils éditent ; dans ce cas, c’est l’éditeur qui effectue la sélection et la mise en collection des pièces publiées, ce qui constitue une démarche très différente. Or le livre de Marcellin Boudet participe des deux phénomènes : l’érudit édite de façon très heureuse des fragments de l’ancien cartulaire médiéval de Saint-Flour, mais il y ajoute 76 documents qui n’ont jamais été intégrés à ce cartulaire, dont la « charte » de Landeyrat. De surcroît, Marcellin Boudet a choisi de publier les textes dans un ordre chronologique qui ne permet pas de distinguer au premier coup d’œil ce qui provient de l’ancien cartulaire médiéval et ce qui relève de la sélection et de la mise en collection opérées par l’érudit. On doit dès lors se poser la question : si l’ouvrage de Marcellin Boudet est un cartulaire, ne serait-ce pas parce l’érudit s’est lui-même comporté à l’imitation d’un cartulariste médiéval ?
4C’est là notre hypothèse de travail. Le Cartulaire du prieuré de Saint-Flour doit être traité comme un document-monument3, c’est-à-dire qu’il faut en démonter l’architecture, les choix ayant présidé à la sélection des documents publiés, sans oublier d’analyser le discours qui les accompagne dans l’introduction, révélateur des intentions de Marcellin Boudet. Il s’agit de quelque chose que les historiens médiévistes savent faire depuis longtemps à propos des cartulaires médiévaux4. On veillera dans le cas présent à adapter ce savoir-faire au contexte contemporain dans lequel évoluait l’érudit. L’objectif est de proposer des pistes susceptibles d’esquisser l’historicisation de l’œuvre de Marcellin Boudet.
5L’œuvre érudite de Marcellin Boudet étant immense, il était hors de question de l’embrasser au complet dans le cadre qui était le nôtre. Le point focal de notre enquête demeure la publication de la « charte » de Landeyrat par l’érudit ; toutefois, la contextualisation de cette publication nécessite de prendre en compte l’ensemble de l’ouvrage dans lequel elle s’inscrit. Nous procéderons par conséquent par des va-et-vient entre l’étude très précise du travail conduit par Marcellin Boudet sur la « charte » de Landeyrat et des analyses plus générales conduites à l’échelle de l’ensemble du Cartulaire du prieuré de Saint-Flour, nécessitant parfois de se pencher sur d’autres points précis de l’ouvrage. On reviendra ainsi dans un premier temps sur la place de la publication de la « charte » dans l’économie générale de l’ouvrage, avant de s’intéresser à l’interprétation que Marcellin Boudet a faite de la géographie de l’acte, ce qui nous conduira à montrer que le Cartulaire du prieuré de Saint-Flour vise également à construire une mémoire unifiée de la Haute-Auvergne.
De Saint-Flour à Landeyrat
Un projet très ambitieux
6Les intentions de l’érudit ne sont pas explicitées dans son introduction, qui démarre immédiatement sur des questions érudites. On doit par conséquent les reconstruire à partir de l’étude même du livre et de son architecture. Le titre de l’ouvrage (Cartulaire du prieuré de Saint-Flour) suggère l’intention de Marcellin Boudet de faire l’histoire du prieuré de Saint-Flour. Toutefois, le seul examen de la table des matières du livre indique que le projet d’ensemble est en réalité beaucoup plus vaste. Il est certes logique que la publication se termine sur la création du diocèse, qui met fin à l’existence du prieuré en tant que tel, le prieuré clunisien devant laisser place à un chapitre cathédral après 1317. Pour autant, il faut tenir compte de la première partie, sobrement intitulée « Observations », qui pourrait paraître exclusivement réservée à des questions de critique documentaire. En fait, si Marcellin Boudet y traite bien sur un mode érudit de l’authenticité des diverses sources utilisées pour reconstruire le cartulaire, sans oublier la légende de saint Flour (et son culte) ainsi que la « charte » de Landeyrat, il y aborde également l’histoire de la Planèze, élaborant un scénario de Révolution féodale au cours du xe siècle dont certains historiens n’ont pas hésité à se réclamer encore assez récemment5. C’est bien une préhistoire du diocèse de Saint-Flour qui s’esquisse, au sens où il s’agit de remonter le temps avant 1317 pour mieux éclairer la partition du diocèse de Clermont à cette date.
7À lire de plus près l’introduction, on perçoit combien le fait de justifier l’érection de Saint-Flour en chef-lieu de diocèse est important. Il faut d’abord échapper au soupçon que la décision de Jean XXII ait obéi à des « mobiles d’intérêt politique ou financier6 ». Marcellin Boudet mentionne donc la bulle du 9 juillet 1317 qui invoque la trop grande étendue du diocèse de Clermont comme raison suffisante pour procéder au démembrement. Mais comme il sent bien que le motif donné dans la bulle pourrait être considéré comme un simple prétexte, il lui faut aussi remonter le temps afin de pouvoir montrer que cette création s’imposait absolument. Il affirme donc que la question de la partition du diocèse de Clermont avait déjà été soulevée sous Boniface VIII, ajoutant qu’Aurillac et Brioude avaient été envisagés comme chef-lieu, sans que l’on sache où il s’informe à cet égard7. Il ajoute que cette scission ne faisait que reprendre une très ancienne organisation territoriale : celle du bailliage des montagnes d’Auvergne, elle-même parallèle au choix des évêques de Clermont Guy de La Tour et Aymar de Cros d’instituer au xiiie siècle un « lieutenant des montagnes » pour les archiprêtrés d’Aurillac, Mauriac et Saint-Flour, ces décisions mêmes ne faisant que prolonger celle d’Étienne II en 972 de réorganiser son diocèse, connue par la « charte » de Landeyrat, justement publiée par Marcellin Boudet en tête des documents. L’ensemble s’inscrit dans un paradigme géographique ultra déterministe, puisque Marcellin Boudet note à propos de la création du diocèse de Saint-Flour en 1317 que « la loi de nature finissait par triompher8 ».
8Cependant, il s’agit aussi de rendre compte du choix de Saint-Flour. La première raison est qu’Aurillac et Brioude auraient décliné la proposition de devenir siège épiscopal sous Boniface VIII. En passant, Marcellin Boudet note tout de même que les habitants de Saint-Flour s’inquiétèrent d’écarter les prétentions rivales des Aurillacois, mais il le fait sans même renvoyer au document d’archives qu’il a pourtant lui-même publié dans son ouvrage et qui témoigne de ce fait9. C’est que le choix de Saint-Flour est aussi à mettre en relation avec la présence en ces lieux du corps de saint Flour, ce que fait d’ailleurs la bulle d’érection de Jean XXII. En outre – l’érudit le dit en creux à propos d’Aurillac et de Brioude – ces deux localités avaient contre elles de ne pas être « centrales », alors que Saint-Flour se trouve effectivement en position relativement médiane du nouveau territoire diocésain créé en 1317.
9On le voit, les deux pages cccxv et cccxvi du Cartulaire du prieuré de Saint-Flour synthétisent en fait l’ensemble des développements qui ont précédé et viennent donner une clé pour comprendre l’architecture de l’ouvrage : toutes les études brillamment érudites conduites par Marcellin Boudet tout au long de son introduction lui permettent de construire un discours téléologique conduisant à la nécessité de créer un nouveau diocèse en 1317 et de le créer à Saint-Flour même10. Or, on l’aura noté en passant, c’est bien dans ce cadre que se justifie la publication de la « charte » de Landeyrat.
Publier la « charte » de Landeyrat
10La « charte » de Landeyrat est le premier document publié dans le Cartulaire du prieuré de Saint-Flour. L’éditeur a accompagné cette édition d’une dissertation érudite dans l’introduction, d’une ampleur non négligeable pour un document unique11.
11Marcellin Boudet va défendre à toute force la thèse de l’authenticité ou de la sincérité (chez lui, les deux termes semblent identiques) de la « charte » de Landeyrat. Pour cela, il va insister sur le fait que la copie du xviiie siècle qu’il édite a été prise sur un vidimus de 1347, certifié par des notaires : la garantie juridique lui semble suffisante. En outre, il tente de démontrer que rien ne s’oppose au contenu de la « charte » : les dates des épiscopats des évêques de Périgueux et de Cahors ne seraient pas connues avec précision, il y aurait des vicomtes Umbert dans l’entourage des vicomtes de Clermont (dont était issu Étienne II), la mention des miracles de saint Géraud renverrait à la Vita Geraldi, tandis que les faits mêmes correspondraient bien à ce qu’on connaît de l’action d’Étienne II12. La « charte » apparaît donc comme valide, ce qui permet à l’érudit de conclure que l’évêque de Clermont avait bien créé un district de Haute-Auvergne dès 972 : la dissertation se conclut en annonçant la création du prieuré de Saint-Flour et l’érection du diocèse en 1317, en notant que « le sol a commandé aux institutions13 ». Ceci confirme d’ailleurs ce que nous avons noté ci-dessus : la pensée de Marcellin Boudet est marquée à la fois par une très grande cohérence et par une orientation téléologique redoutable.
12Ce morceau de bravoure a très longtemps pesé chez les historiens de l’Auvergne au Moyen Âge. Ainsi, Christian Lauranson-Rosaz a toujours défendu l’idée de la sincérité de la « charte » de Landeyrat14 : tout en reconnaissant qu’elle était suspecte quant à sa forme, il prétendait que l’on ne pouvait la qualifier de faux à strictement parler et donc que l’on pouvait se fier à son contenu. On mesure là l’influence qu’a pu avoir un érudit local de grande qualité comme Marcellin Boudet, jusque sur l’histoire savante et universitaire, et la nécessité d’autant plus grande de passer au crible d’une critique historicisée son œuvre, afin de mieux l’objectiver et d’en signaler les biais éventuels.
13Telle qu’elle est parvenue jusqu’à nous, la « charte » de Landeyrat est pourtant bel et bien un faux. La critique d’authenticité en a été faite dans un travail antérieur15, on voudra bien nous excuser de ne pas y revenir en détail. Qu’il suffise ici de rappeler que le texte résulte du montage (plus ou moins adroit) d’une notice et d’une charte, qu’il mentionne des récits de miracles qui n’ont été composés qu’entre 972 et 988, et que ni l’évêque Gauzbert ni l’évêque Frotaire ne pouvaient être présents à Aurillac en tant que tels en 972, aucun des deux n’étant encore en fonction. L’étude précédemment conduite a conclu que la falsification avait été opérée par un moine d’Aurillac agissant dans les années 1070-1080. Elle précise aussi que le faussaire s’est également appuyé sur quelques dispositions qui remontent bien à Étienne II, sur lesquelles je ne m’attarderai pas pour ne pas compliquer l’analyse et qui n’empêchent pas que le document tel que nous le connaissons aujourd’hui est bien un faux.
14L’histoire de l’usage qui a été fait du faux de Landeyrat ne s’arrête donc pas aux époques médiévales et modernes, puisque l’on a vu que ce document (pris pour argent comptant) jouait un rôle central dans la démonstration que bâtit Marcellin Boudet. C’est l’aspect territorial de l’acte qui a manifestement le plus intéressé l’érudit.
À propos de la géographie territoriale contenue dans la fausse « charte » de Landeyrat
District épiscopal ou abbatial ?
15Pour fausse qu’elle soit, la « charte » fournit un ressort territorial délimité de façon assez précise. Pour Marcellin Boudet, ce district était de nature épiscopale : il s’agissait pour l’évêque de créer une circonscription intermédiaire et subalterne au sein de son diocèse pour en faciliter la gestion. Par la suite, au fil des nombreuses publications déjà citées, Christian Lauranson-Rosaz a avancé une tout autre interprétation : la « charte » de Landeyrat aurait défini le ressort judiciaire des abbés d’Aurillac, qui auraient été les héritiers du district vicarial dans lequel aurait exercé saint Géraud, aristocrate de la fin du ixe siècle fondateur de l’abbaye d’Aurillac et héros de la Vita Geraldi16. En fait, rien ne prouve que Géraud ait été un viguier, ni qu’il ait exercé ses fonctions en Haute-Auvergne ; bien au contraire, une série d’indices forts nous a conduit à avancer l’hypothèse que le Géraud historique (à bien distinguer de la figure bâtie par Odon de Cluny dans la Vita) aurait pu être comte de Quercy17.
16Il faut sur ce point rendre justice à Marcellin Boudet : la simple lecture du texte de la notice contenue dans la « charte » de Landeyrat montre que c’est bien le district de l’évêque qui y serait défini, d’autant qu’il n’est même pas fait mention spécifiquement des abbés d’Aurillac dans le document et que ce sont bien Étienne II et ses successeurs qui sont grammaticalement les sujets de l’ensemble des verbes employés par le rédacteur18. C’est bien un territoire relevant de l’autorité épiscopale que le faux énonce. Il y a désormais consensus sur la question19.
17La délimitation du périmètre géographique concerné est plus trouble, et cette fois-ci peu à l’avantage de notre érudit.
Une géographie problématique
18Il faut ici se pencher de plus près sur le texte tel que l’a établi et édité Marcellin Boudet. En ce qui concerne la définition géographique du ressort de l’évêque de Clermont dans la « charte », Marcellin Boudet publie le texte sous la forme suivante : « a fluminibus videlicet Ruda et Lenda et a Castro quod dicitur Bresontium20. » Il ajoute certes une note (numérotée 5) après Lenda qui précise que « l’analyse de cette charte, contenue dans l’inventaire des archives de Saint-Flour, que nous avons reproduit dans la note de l’Introduction, semble corriger Lende en Vende. Ce serait alors la rivière qui passe à Vendes (commune de Bassignac), c’est-à-dire la Sumène ». À en croire l’éditeur, on aurait donc Lenda dans la copie intégrale du xviiie siècle, tandis que seul l’inventaire analytique (lui aussi du xviiie siècle) donnerait Vende. Ceci lui permet dans la dissertation consacrée à la « charte » d’identifier la Lenda à l’Ander, un cours d’eau qui coule au nord de Saint-Flour. Marcellin Boudet dessine alors une géographie englobant à la fois Aurillac, Mauriac et Saint-Flour dans le district épiscopal qu’aurait tracé Étienne II en 972. Afin de renforcer la cohérence de l’ensemble, il se livre à des contorsions permettant d’inclure Landeyrat dans ce même périmètre, en prétendant que cette localité se trouve à mi-chemin des sources de la Rhue et de l’Ander, ou tout du moins de certains de leurs affluents21 : particulièrement flou, ce passage ne peut abuser que ceux qui ne connaissent pas les lieux ou n’ont pas pris le temps de consulter une carte topographique. Il n’en demeure pas moins que l’édition du texte par Marcellin Boudet a fait autorité, au point d’aveugler bien des chercheurs par la suite22.
19On doit au contraire à Christian Lauranson-Rosaz d’avoir rétabli la lecture correcte du document. Ce dernier édite le texte ainsi : « a fluminibus videlicet Ruda et Venda et a Castro quod dicitur Bresontium23. » Or il se trouve que la consultation de la copie du xviiie siècle encore conservée aux archives municipales de Saint-Flour prouve que Christian Lauranson-Rosaz a tout à fait raison de lire Venda au lieu de Lenda ligne 1424. Il ne peut subsister aucun doute : c’est bien un V et non un L qu’il faut lire (Fig. 1) ; on retrouve exactement la même lettre cinq lignes plus bas au début du mot vel. Or il paraît difficile à croire que Marcellin Boudet se soit trompé en déchiffrant une écriture remarquablement lisible, bien plus que beaucoup d’autres auxquelles il avait eu affaire, qui étaient autrement plus ardues à lire.
Fig. 1 – Copie de la « fausse » charte de Landeyrat (xviiie siècle).

Source : A. M. de Saint-Flour, XV, 15, no 1, tous droits réservés.
20Tout porte à croire que Marcellin Boudet a en réalité rectifié de façon subreptice le texte qu’il a édité. En effet, au moment de citer l’analyse de l’inventaire de Béraud de Vaissière (« depuis les rivières de la Rue et Lende et depuis le château appelé Brezons »), Marcellin Boudet modifie la leçon du texte, dont la forme véritable est rejetée en note (« ou Vende ») comme si elle constituait une variante 25. Or, on l’a vu, dans son édition de la « charte », Marcellin Boudet a au contraire signalé que l’inventaire de Béraud de Vaissière donne bien Vende. Les faits sont là : il n’y a pas de variante, ni dans l’inventaire ni dans la copie intégrale, qui donnent deux formes parfaitement cohérentes entre elles, « Venda » et « Vende ». C’est bien Marcellin Boudet qui a littéralement fabriqué la forme Lenda. Quant à l’obscurité créée par le jeu des renvois contradictoires entre eux, signalant des variantes inexistantes, elle permet de brouiller les pistes. Une telle confusion de la part d’un érudit réputé rigoureux laisse croire qu’il ne s’agit pas ici d’une erreur de lecture mais d’une modification volontaire du texte, passée sous silence parce qu’elle se faisait contre le manuscrit. Pareil comportement ne laisse pas d’étonner de la part de Marcellin Boudet, ce qui ne peut manquer d’interroger sur les raisons graves pour lesquelles l’érudit a pu céder à la tentation d’égarer ses lecteurs.
21Au vrai, il n’y a pas à aller chercher bien loin pour trouver une explication plausible. Avec Venda au lieu de Lenda, la géographie dessinée par la « charte » est certes plus obscure mais elle demeure tout de même appréhendable : il semble qu’il faille comprendre que la Vende (c’est-à-dire la Sumène) bornait au nord le district décrit dans la fausse « charte », la Rhue prenant la suite pour la délimitation orientale, Brezons indiquant enfin le bornage méridional. Dans ces conditions, Saint-Flour et Landeyrat sont exclus du ressort ainsi délimité, qui ne comprend plus que les seules régions de Mauriac et d’Aurillac. Dès lors, le raisonnement permettant de faire de ce document (dont Marcellin Boudet défendait l’authenticité) l’acte de naissance de la Haute-Auvergne se serait effondré. Or c’est là le véritable objectif de l’érudit, ce dont témoigne le paragraphe par lequel commence la dissertation consacrée à la « charte » de Landeyrat :
Cette charte-notice a un réel prix géographique en ce qu’elle accuse la division de la province en deux régions dès la dernière moitié du xe siècle ; division politique et administrative en même temps que religieuse, car, d’après sa teneur, les magnats laïques de la Haute-Auvergne devaient être convoqués, en même temps que le clergé, aux synodes tenus tous les trois ans à Aurillac26.
22Si la « charte » de Landeyrat est aussi stratégique dans le dispositif du Cartulaire du prieuré de Saint-Flour, c’est parce qu’elle fait remonter très haut dans le temps, jusque dans le haut Moyen Âge, les origines de la Haute-Auvergne. Reste ensuite à Marcellin Boudet à démontrer que le Cantal de son époque est bien le successeur et l’héritier de l’ancienne Haute-Auvergne.
De l’histoire épiscopale à la création d’une mémoire régionale
Une géographie historique continuiste et peu scrupuleuse
23On a indiqué ci-dessus pourquoi la lecture de la « charte » par Marcellin Boudet était en réalité erronée. À présent, il s’agit plutôt de se pencher sur le raisonnement qu’il conduit à partir de cette lecture.
24Le paradigme qui structure la pensée de Marcellin Boudet, c’est celui de la continuité au fil des siècles. Laissons-lui la parole à ce sujet :
Les gouvernements les plus novateurs et les plus ordonnés devaient changer peu de chose aux limites tracées dans [la] charte de 972. Ce district devint le bailliage des Montagnes d’Auvergne organisé sous le règne de saint Louis, le diocèse de Saint-Flour créé par le pape Jean XXII en 1317, le gouvernement de Haute-Auvergne sous les Bourbons et enfin le département du Cantal avec la Constituante27.
25Si notre érudit s’est penché sur l’action d’Étienne II et sur la « charte » de Landeyrat, ce n’est pas seulement par intérêt pour l’histoire épiscopale. Il s’agit aussi de pouvoir établir une continuité pluriséculaire dans l’organisation géographique de l’Auvergne, en prouvant le caractère très ancien de l’opposition entre Haute et Basse-Auvergne.
26Pour ce faire, l’auteur met en œuvre une géographie historique dont le moins qu’on puisse dire est qu’elle est aussi cavalière qu’imprécise. Passe encore l’assimilation du district datant soi-disant de 972 tel que l’a défini Marcellin Boudet (au sud de la Rhue et de l’Ander donc) avec le périmètre du bailliage des montagnes d’Auvergne, qui se fixe définitivement à Aurillac en 136628 : la géographie des deux ensembles est assez proche, encore que le ressort du bailliage s’étende en réalité un peu au nord de l’Ander. Impossible en revanche de soutenir une continuité géographique de ces deux périmètres avec celui du diocèse de Saint-Flour en 1317 : l’ensemble de l’archiprêtré de Mauriac (pourtant au sud de la Rhue) demeure alors dans le diocèse de Clermont, tandis que le Brivadois rejoint le diocèse de Saint-Flour. Quant au département du Cantal, créé par la Révolution française, sa définition territoriale diffère très largement de celle du diocèse qu’avait créé Jean XXII : le Mauriacois rejoint cette fois-ci l’Aurillacois et l’arrondissement de Saint-Flour, tandis que le Brivadois est associé au Velay au sein de la Haute-Loire, selon une configuration géographique tout à fait inédite sur le plan historique. La continuité géographique que prétend établir Marcellin Boudet relève d’une illusion mise en scène par un prestidigitateur habile.
27Fausse du point de vue des configurations territoriales, la thèse de la continuité ne tient pas plus si l’on s’attache seulement à l’histoire des chefs-lieux. Certes, Aurillac se trouve avoir été à la fois le centre du gouvernement épiscopal dans la fausse « charte » de Landeyrat, le siège du bailliage des montagnes et celui du département. Encore faut-il tenir compte du fait que, de ce point de vue, l’érection du diocèse en 1317 avec Saint-Flour pour chef-lieu a produit une profonde rupture dans l’histoire des territoires du sud de l’Auvergne. Au point d’ailleurs qu’en réalité, durant les premières années d’existence du département, il était prévu que le chef-lieu de la nouvelle circonscription alterne entre les deux cités cantaliennes. Dans le temps long, il en est résulté une situation dichotomique qui persistait à l’époque de Marcellin Boudet et qui dure encore aujourd’hui : c’est celle de la disjonction, assez rare en France, entre chef-lieu du département (Aurillac) et chef-lieu de diocèse (Saint-Flour).
28Avec le talent qui était le sien, Marcellin Boudet s’est d’ailleurs efforcé d’estomper cet effet de rupture en insistant sur le rôle de Bernard de Vernet. Cet archiprêtre de Saint-Flour de la seconde moitié du xiiie siècle aurait été au dire de l’érudit le représentant en Haute-Auvergne de l’évêque de Clermont, au temporel comme au spirituel, au point qu’il le qualifie trois fois de « petit évêque », la dernière précisant même « petit évêque de Haute-Auvergne »29. Or une telle appellation n’existe nulle part dans la documentation à notre connaissance : les actes publiés par Marcellin Boudet lui-même désignent Bernard de Vernet comme archiprêtre de Saint-Flour30, auquel on ajoute parfois qu’il est le lieutenant de l’évêque de Clermont, au sens de tenant lieu (« tenens locum31 »). Quant à dire qu’« on le trouve donc un peu partout dans la région cantalienne de 1255 à 1289 », c’est une exagération manifeste : Bernard de Vernet est totalement absent des nombreux documents publiés par Gustave Saige et Édouard de Dienne s’agissant du Carladès32. En réalité, Bernard de Vernet intervient surtout en Planèze. Pourquoi ces exagérations ? La réponse est dans la conclusion de la section par l’érudit :
Servi par la configuration géographique et répondant à ses besoins naturels, il en fut le petit évêque. Vingt-huit ans après sa mort l’œuvre qu’il avait préparée, consciemment ou non, s’accomplissait, et le diocèse de Saint-Flour était démembré de celui de Clermont.
29L’appellation de « petit évêque » appliquée par Marcellin Boudet à Bernard de Vernet ne relève pas d’une simple coquetterie érudite : elle sert doublement sa démonstration en suggérant une première étape de l’inexorable mouvement vers la création du diocèse de Saint-Flour, dictée par un déterminisme géographique particulièrement fort, et initié par la « charte » de Landeyrat.
30Loin de la réputation de grande probité qu’on lui reconnaît généralement, Marcellin Boudet a manipulé les données historiques qu’il avait mises au jour pour rétablir une continuité dans la géographie historique de la Haute-Auvergne, laquelle s’avère parfaitement fantomatique quand on veut bien l’examiner de plus près. Ce faisant, il cherchait certainement à construire une mémoire unifiée de la Haute-Auvergne.
Le cartulaire du prieuré de Saint-Flour, monument de l’histoire de la Haute-Auvergne
31On comprend dès lors mieux pourquoi le Cartulaire du prieuré de Saint-Flour inclut la « charte » de Landeyrat et pourquoi cette dernière ouvre la série des documents publiés par Marcellin Boudet dans un recueil théoriquement destiné à l’histoire du prieuré de Saint-Flour. C’est qu’en réalité le prieuré n’est qu’un prétexte qui justifie le fait de construire une histoire de la Haute-Auvergne écrite du point de vue de Saint-Flour, parce que la cité est considérée comme un des deux cœurs de l’identité de la Haute-Auvergne. La préface d’Alexandre Bruel est révélatrice de cet enjeu élargi par rapport à la seule histoire locale de Saint-Flour : le chef de section honoraire des archives nationales loue Marcellin Boudet d’avoir enfin corrigé le fait que « peu de régions ont été jusqu’à ce jour aussi dépourvues que la Haute-Auvergne de ces précieux recueils de vieux textes que sont les Cartulaires33 ». Alexandre Bruel ajoute immédiatement qu’hélas Aurillac n’aurait pu répondre au besoin de doter la Haute-Auvergne d’un cartulaire, ses archives ayant subi des destructions trop importantes au fil des siècles. La fin de la préface range l’ouvrage de Marcellin Boudet aux côtés des travaux de Gustave Saige et Édouard de Dienne sur la vicomté de Carlat, avec d’autant plus de facilité que les deux œuvres ont le même éditeur, à savoir le prince de Monaco, intéressé à la Haute-Auvergne en tant qu’héritier des vicomtes de Carlat. La préface d’Alexandre Bruel révèle que le Cartulaire du prieuré de Saint-Flour ne relève pas d’enjeux strictement locaux ; il s’agit d’un monument qui doit contribuer à bâtir l’histoire de la Haute-Auvergne et aussi à lui rendre sa fierté.
32N’oublions pas en effet qu’Alexandre Bruel comme Marcellin Boudet sont alors tous deux membres de la Société des lettres, sciences et arts de la Haute-Auvergne. Le premier fait d’ailleurs explicitement allusion à cette société et précise que le second en a été le président34. Fondée en 1898 à l’instigation de Roger Grand, jeune directeur des archives départementales du Cantal à Aurillac, la Société s’inscrit dans un climat intellectuel marqué par un régionalisme puissant35. La nouvelle société savante avait la double mission de faire aimer et d’étudier de façon critique le passé du département, avec dans l’idée de combler le retard pris par comparaison avec les autres régions de France36. Si elle est installée à Aurillac, la société ne néglige pas Saint-Flour qui fait l’objet d’un article dès le premier numéro de la revue. Si la naissance de la Société de la Haute-Auvergne est perturbée par l’affaire Dreyfus37, elle ne semble pas avoir donné lieu à des tensions particulières entre les érudits aurillacois et leurs homologues de Saint-Flour, pour autant qu’on sache. Il faut dire qu’en l’occurrence, le choix de Marcellin Boudet comme premier président était particulièrement habile. Outre ses qualités d’historien alors reconnues de tous, l’homme avait pour lui d’être étranger au pays (donc neutre) puisqu’il était né dans le Puy-de-Dôme et était alors en poste à Grenoble. Mais il avait aussi l’avantage d’être très lié à Saint-Flour où il avait exercé des fonctions judiciaires par deux fois (procureur puis président de tribunal)38, d’autant qu’il travaillait alors à sa monumentale édition des registres consulaires de la cité39. En élisant Marcellin Boudet à la présidence, les fondateurs de « La Haute-Auvergne » avaient corrigé le caractère trop aurillacois qu’aurait pu sembler avoir la jeune société savante.
33Ce souci d’équilibre entre Aurillac et Saint-Flour se retrouve dans l’histoire de la Haute-Auvergne telle que l’écrit notre érudit dans le Cartulaire du prieuré de Saint-Flour. Si la « charte » de Landeyrat ouvre la série des documents publiés, c’est aussi parce qu’il s’agit de justifier le transfert d’une partie de la centralité aurillacoise vers Saint-Flour. Le paragraphe qui conclut la section consacrée à l’étude de la « charte » de Landeyrat est particulièrement révélateur de cet état de fait :
La nature cependant ne permettait pas l’homogénéité complète à ce pays de l’Auvergne supérieure ; la chaîne du Cantal qui le coupe en deux séparait des populations trop dissemblables de mœurs, de caractère, de sang mêlé, l’une ayant son pôle à Toulouse, l’autre évoluant vers Clermont, pour ne pas éprouver le besoin de chefs-lieux différents. À ce besoin répondit la fondation du prieuré de Saint-Flour, quelques années après la mort d’Étienne II, puis son érection en siège épiscopal ; mais s’il devint la capitale religieuse, Aurillac resta le chef-lieu administratif et judiciaire pendant tout le surplus du moyen âge. Le sol a commandé aux institutions40.
34Le paradigme déterministe permet d’inscrire dans l’histoire de la longue durée les causes de la dissociation géographique des centres politico-administratif et religieux dans le Cantal.
35S’il est explicitement revendiqué, sans doute parce que son caractère scientifique le rend plus facilement acceptable dans une société déjà largement déconfessionnalisée, ce paradigme n’est pas le seul à l’œuvre dans le Cartulaire du prieuré de Saint-Flour. La dissertation sur la « charte » de Landeyrat vient en effet après deux très longs morceaux de bravoure consacrés aux légendes de saint Flour et à la diffusion de son culte41. Or, si Marcellin Boudet fait justice, en bon érudit critique, des récits ayant revendiqué au cours du Moyen Âge la qualité d’apôtre du Christ pour saint Flour, il le fait dans un esprit consistant à consolider par ailleurs l’historicité du saint et son action d’évangélisateur en Haute-Auvergne : son travail s’inscrit explicitement dans le droit fil de celui des Bollandistes, consistant à épurer l’histoire des saints pour la rendre moins susceptible de prêter le flanc à la critique et asseoir leur historicité42. Dès lors, il semble que l’ouvrage constitue aussi un plaidoyer en faveur de la centralité religieuse de Saint-Flour, conçue comme étant une conséquence même du processus d’évangélisation de la Haute-Auvergne. Que ce soit consciemment ou à son corps défendant, le discours de l’érudit donne l’impression, au fond, que l’érection de Saint-Flour en diocèse en 1317 ne fit qu’actualiser quelque chose qui était en germes non seulement depuis des siècles, mais depuis la diffusion même du christianisme dans le Cantal.
36Examiné du point de vue de l’insertion en son sein d’un document qui n’avait à voir que de très loin avec Saint-Flour, le Cartulaire du prieuré de Saint-Flour s’avère être un monument destiné à consolider la fierté cantalienne et à produire une mémoire unifiée de la Haute-Auvergne, rendant compte à la fois de l’ancienneté de l’identité cantalienne et de l’organisation bipolaire de la Haute-Auvergne, partagée entre un centre religieux à Saint-Flour et un siège du pouvoir civil à Aurillac.
***
37L’étude qui précède peut paraître sévère à l’égard de Marcellin Boudet et elle l’est dans une certaine mesure. Elle ne vise pourtant qu’à le prendre au sérieux, en le traitant comme on le ferait de tout historien du début du xxe siècle. On s’aperçoit alors que, oui, Marcellin Boudet a été un immense érudit. Mais on réalise peut-être aussi que les productions de l’érudition locale ne sont pas neutres, pas plus que celles des historiens, et qu’à les utiliser comme des carrières de données facilement accessibles (ce que nous faisons tous), les historiens courent le risque d’être pris par des biais d’autant plus pernicieux qu’ils sont peu visibles. Quoi que son auteur lui-même ait pu prétendre, et ses collègues et successeurs érudits avec et après lui, le Cartulaire du prieuré de Saint-Flour n’est pas un simple recueil de documents : c’est un monument qui vise à inscrire l’érection du diocèse de Saint-Flour en 1317 dans le temps long d’une histoire de la Haute-Auvergne qu’il invente (dans tous les sens du terme) très largement. Reconnaissons d’ailleurs à notre érudit qu’il n’a rien fait pour dissimuler ses intentions. Discerner ces dernières demeure toutefois d’autant plus nécessaire qu’elles ont pesé lourdement sur les opérations de critique documentaire et d’édition, s’agissant de la « charte » de Landeyrat. Souhaitons donc que notre travail serve également de mise en garde à l’égard des éditions de Marcellin Boudet, peut-être pas toujours aussi scrupuleuses qu’on le prétend généralement. En l’espèce, il se pourrait que nous ayons eu affaire à une défaillance momentanée, mais on ne pourra en être certain que le jour où un étudiant se sera attelé à l’étude de l’œuvre et des méthodes de travail de notre érudit : tâche ingrate en apparence, mais ô combien nécessaire, qui permettrait de mieux historiciser et objectiver les travaux de Marcellin Boudet. Et si cela rend nécessaire la collaboration entre médiévistes et contemporanéistes, tant mieux, tout ce qui permet aux historiens spécialistes de différentes périodes de travailler et de dialoguer ensemble est bon à prendre. En attendant, on prendra garde de retourner aux manuscrits chaque fois que c’est possible.
Notes de bas de page
1Marcellin Boudet, Cartulaire du prieuré de Saint-Flour, Monaco, Imprimerie de Monaco, coll. « Documents historiques », 1910, no i, p. 1-3. Édition critique et traduction par Christian Lauranson-Rosaz, « La “Charte de Landeyrat” », in Olivier Guyotjeannin et Emmanuel Poule (dir.), Autour de Gerbert d’Aurillac. Le pape de l’an Mil. Album de documents commentés, Paris, École des chartes, coll. « Matériaux pour l’histoire », 1, 1996, p. 9-11.
2Sébastien Fray, « Le cas de la fausse “charteˮ de Landeyrat », Questes, t. 29, 2015, p. 69-85, [en ligne : http://questes.revues.org/3549].
3Pierre Toubert, « Tout est document », in Jacques Revel, Jean-Claude Schmitt (éd.), L’Ogre historien. Autour de Jacques Le Goff, Paris, Gallimard, p. 85-105.
4Pierre Chastang, « Cartulaires, cartularisation et scripturalité médiévale : la structuration d’un nouveau champ de recherche », Cahiers de civilisation médiévale, 49e année, no 193, 2006, p. 21-31.
5Christian Lauranson-Rosaz, « La Paix des montagnes : les origines auvergnates de la Paix de Dieu », in Maisons de Dieu et hommes d’Église : florilège en l’honneur de Pierre-Roger Gaussin, Saint-Étienne, Publications de l’université de Saint-Étienne, 1992, p. 289-333 (spéc. p. 292 n. 11).
6M. Boudet, Cartulaire […], op. cit., p. cccxv.
7La Gallia christiana, seu series omnium archiepiscoporum, episcoporum et abbatum Franciae… etc. Aucta opera et studio Dion. Sammarthani et aliorum monachorum ex ordin. S. Benedicti et B. Hauréau, Paris, s.n., 1715-1865, 16 vol., t. I et II (1720), ne mentionne rien de tel. On rencontre partiellement les mêmes données chez Lambert Elisabeth d’Aubert, comte de Résie, Histoire de l’Église d’Auvergne, t. III, Clermont-Ferrand, Librairie catholique, 1855, p. 233-235, mais avec un scénario un peu différent : Boniface VIII aurait bien pensé à démembrer le diocèse de Clermont, mais c’est sous Jean XXII qu’Aurillac et Brioude auraient refusé de devenir chef-lieu, ce qui aurait ouvert la voie à Saint-Flour.
8M. Boudet, Cartulaire […], op. cit., p. cccxvi. Cette façon de concevoir la nature comme déterminant essentiel de l’histoire humaine semble assez identique au déterminisme géographique de Carl Ritter (1779-1859), pour qui le géographe doit étudier « l’influence fatale de la nature » sur les sociétés humaines. On sait que Ritter avait été traduit par Élisée Reclus (1830-1905), mais on ignore comment Marcellin Boudet aurait pu être en contact avec la pensée de ces géographes.
9M. Boudet, Cartulaire […], op. cit., p. 462.
10Cet aspect est aussi très visible dans le titre et le sous-titre de la seconde partie : « Histoire du prieuré de Saint-Flour. Avant l’érection de son église en chef de diocèse. »
11Ibid., p. clvii-clxvi. Toutes les autres dissertations concernent des séries documentaires.
12Ibid., p. clvii-clxii.
13Ibid., p. clvi.
14Christian Lauranson-Rosaz, L’Auvergne et ses marges (Velay, Gévaudan) du viiie au xie siècle. La fin du monde antique ?, Le Puy-en-Velay, Les Cahiers de la Haute-Loire, 1987, p. 347-351. Voir aussi C. Lauranson-Rosaz, « La Paix des montagnes […] », p. 298-304 ; Id., « La “Charte de Landeyrat” […] », op. cit., p. 11 ; Id., « La vicaria en Auvergne et dans ses marges (ixe-xe siècle). Le cadre politique, spatial et social d’une circonscription civile carolingienne », Annales du Midi, t. 121, 2009, p. 215-235 (spéc. p. 231-234) ; Id., « À l’origine des territoires de justice : vicaria, districtus et périmètres de paix », in Jacques Poumarède (dir.), Territoires et lieux de justice, Paris, La documentation française, coll. « Histoire de la justice », 2011 p. 11-28 (en particulier p. 17-19).
15S. Fray, « Le cas de […] », op. cit., p. 69-85. Voir aussi la thèse de Jean Berger, Droit, société et parenté en Auvergne médiévale (vie-xive siècles). Les écritures de la basilique Saint-Julien de Brioude, thèse dactylographiée de doctorat d’histoire, sous la direction d’Alain Dubreucq, université Jean-Moulin Lyon-III, 2016, p. 325-326 et 344, qui valide globalement notre démonstration tout en la précisant et en la nuançant sur certains points de détail. Je remercie l’auteur de m’avoir fait l’amitié de me transmettre son travail.
16Odon de Cluny, Vita sancti Geraldi Auriliacencis, Anne-Marie Bultot-Verleysen éd., Bruxelles, Société des Bollandistes, coll. « Subsidia hagiographica », 89, 2009.
17Sébastien Fray, L’aristocratie laïque au miroir des récits hagiographiques des pays d’Olt et de Dordogne (xe-xie siècles), thèse dactylographiée de doctorat d’histoire médiévale, sous la direction de Dominique Barthélemy, université Paris-IV-Sorbonne, 2011 [en ligne : http://tel.archives-ouvertes.fr/tel-00853564], p. 661-665.
18Démonstration complète dans Sébastien Fray, Une mémoire mutilée. Les chartes médiévales de Saint-Géraud d’Aurillac (899-1300), mémoire dactylographié de DEA d’histoire sous la direction de Bernard Dompnier, université Blaise-Pascal, Clermont-Ferrand, 2002, p. 144-145.
19Dominique Barthélemy, Chevaliers et miracles. La violence et le sacré dans la société féodale, Paris, Armand Colin, 2004, p. 50, n. 11 ; Odon de Cluny, Vita […], A.-M. Bultot-Verleysen éd., op. cit., p. 55, n. 239 ; Pierre-Éric Poble, « Les structures territoriales en Auvergne méridionale au temps de Géraud d’Aurillac », Revue de la Haute-Auvergne, t. 72, 2010, p. 47-69 (spéc. p. 52, n. 22 et 23) ; J. Berger, Droit […], op. cit., p. 344.
20M. Boudet, Cartulaire […], op. cit., no i, p. 2.
21Ibid., p. clxiv-clxv.
22Il nous faut avouer au lecteur que nous avons nous-même été trop sensible à l’autorité de Marcellin Boudet dans notre précédent travail, qui suit l’érudit cantalien contre tout bon sens : S. Fray, « Le cas de […] », op. cit., p. 71, n. 1, qui justifie Lenda au lieu de Venda d’une façon particulièrement malvenue.
23C. Lauranson-Rosaz, « La “Charte de Landeyrat” […] », op. cit., p. 9.
24A. M. de Saint-Flour, XV, 15, no 1. Nous remercions monsieur Gilles Albaret de nous avoir fourni avec la plus grande obligeance et une extrême diligence le document photographique dont nous faisons état ici.
25M. Boudet, Cartulaire […], op. cit., p. clviii et n. 2.
26Ibid., p. clvii.
27M. Boudet, Cartulaire […], op. cit., p. clxiv.
28Béatrice Fourniel, Du bailliage des montagnes d’Auvergne au siège présidial d’Aurillac. Institution, société et droit (1366-1790), Toulouse, Presses de l’université Toulouse I Capitole, coll. « Études d’histoire du droit et des idées politiques », 14, 2009.
29M. Boudet, Cartulaire […], op. cit., p. ccxxxv, ccxxxvii et encore cclii.
30Ibid., no xxviii, p. 69 (1252) ; no xxxix, p. 90 (1257) ; no xlviii, p. 103-105 (1261) ; no liii, p. 112-114 (1262) ; no lvi, p. 118-123 (1265) ; no lxi, p. 128 (1268) ; no lxiii, p. 135 (1268) ; no lxv, p. 139-141 (1269) ; no xcix, p. 224 (1279) ; no cii, p. 229 (1279, l’analyse de Marcellin Boudet qualifie Bernard de « lieutenant de l’évêque », mais cela ne se retrouve pas dans le texte !) ; no cx, p. 253 (1280) ; no cxxvii, p. 287 (1284) ; no cxxxvi, p. 305 (1286) ; no cxlii, p. 320 (1286) ; appendice no iii, p. 454 (1266).
31Ibid., no lxxvii, p. 157 (1275) ; no lxxxviii, p. 189 (1276) ; no lxxxix, p. 198 (1277) ; no xci, p. 203-210 (1277) ; no cl, p. 348-349 (1289).
32Gustave Saige et Édouard de Dienne, Documents historiques relatifs à la vicomté de Carlat. Recueillis et publiés par ordre de S. A. S. le prince Albert Ier, Monaco, Imprimerie de Monaco, coll. « Documents historiques », 1900, 2 vol.
33M. Boudet, Cartulaire […], op. cit., préface, p. v.
34M. Boudet, Cartulaire […], op. cit., préface, p. viii.
35René Monboisse, « Les initiateurs de la société “La Haute-Auvergne” », Revue de Haute-Auvergne, t. 61, 1999, p. 115-131.
36Voir « Compte-rendu des séances. Assemblée générale du 18 décembre 1898 », Revue de la Haute-Auvergne, t. 1, 1899, p. 4-5 : « Bercé par cette illusion, le Cantal s’est laissé distancer par ses voisins. »
37R. Monboisse, « Les initiateurs […] », op. cit., p. 118-119.
38Antoine Thomas, « Nécrologie », Annales du Midi, t. 114, 1917, p. 116-121.
39Marcellin Boudet, Les registres consulaires de Saint-Flour, Paris, Honoré Champion, 1900.
40M. Boudet, Cartulaire […], op. cit., p. clxv-clxvi.
41Ibid., p. liii-xcii.
42Ibid., p. lxviii à propos des Bollandistes : « Aussi avons-nous tenu d’une part à rectifier leur erreur certaine, de l’autre à compléter leur œuvre en purifiant la légende sacrée d’une quantité de fables indignes du nom de légende et qui vraiment faisaient trop beau jeu à la critique hostile. »
Auteur
-
Sébastien Fray
IdRef : 158259270
Sébastien Fray, maître de conférences en histoire du Moyen Âge à l’université de Saint-Étienne, travaille au sein du LEM-CERCOR (UMR 8584) à l’histoire des seigneuries ecclésiastiques dans le Massif central, problématique qu’il croise avec les questions de transmission documentaire dans la longue durée à l’occasion d’une délégation CNRS à l’IHRIM (UMR 5317) (2020/2021). Il s’intéresse en particulier à la manière dont s’exerce concrètement la seigneurie. Il est membre du comité scientifique en charge de l’organisation annuelle des colloques d’art roman d’Issoire.
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