Lichens et mousses, lierres et graminées

Bruno Phalip

p. 295-296


Texte intégral

1En préalable, plusieurs aspects sont à préciser. Si nos choix sont évidents, ils n’infirment pas forcément les résultats des laboratoires et des recherches associées en partenariat avec les Monuments historiques. Les problématiques et études majoritaires sont d’abord le fait d’une société interventionniste et de contextes qui ne favorisent pas l’émergence de nouvelles questions scientifiques, ce qui n’excuse pas le silence des Lettres.

Des publications orientées

2Ainsi, nous avons mené une étude des bibliographies présentes sur le site du LRMH dans sa base Castor, bel outil dont de nombreux articles restent peu accessibles ou en communication restreinte. Par le biais des universités scientifiques, nous avons eu accès à une bonne part des titres nous intéressant. En considérant les entrées possibles, des occurrences pertinentes permettent de sélectionner 587 articles ou travaux dont les contenus sont relatifs aux questions de conservation, tentent de cerner les agents jugés responsables des altérations, les causes et les solutions préconisées pour la pierre monumentale. Ce premier état révèle une discussion, des interrogations, entre autres exemples, quant à l’action de l’eau, des sels ou encore de la pollution110.

3À ces 587 titres, 186 autres sont adossés au domaine biologique, désigné comme un responsable évident et dangereux. L’intervention est alors implicite, alors que la discussion disparaît ou perd en visibilité. Seule une poignée d’articles et de travaux interrogent et préconisent des prudences, voire des alternatives. Si la pluie, le gel, la neige ne sont jamais nommément désignés comme néfastes, le vivant biologique l’est en majorité111. Dès lors, sur 773 titres112, 24 % concernent le biologique articulé à un interventionnisme évident. 76 % des titres font état de constats, de tentatives de compréhension et de solutions, souvent définies comme provisoires. La certitude règne dans le premier cas, le doute positif dans le second.

4Néanmoins, à examiner les articles enregistrés, les occurrences concernant le biologique montrent des partis pris mal contrebalancés par des travaux contradictoires. En considérant ce seul domaine, 467 titres sont comptabilisés pour 186 insistant sur la nécessité d’une intervention et les nuisances attribuées aux mousses, lichens ou cyanobactéries. 40 % (186 titres), ce chiffre montre à quel point l’intervention et ses certitudes sont ancrées. Parmi les 281 titres s’en différenciant (soit 60 %), le doute et les interrogations existent en concluant souvent à l’intervention. Mais au moins leurs auteurs se sont-ils interrogés. Dans ce dernier cas, les « nuisances » sont discutées comme la « protection apportée » ; le biologique est alors distingué de l’environnement pollué ce qui est important. Le biologique devient ainsi un auxiliaire indicateur ou marqueur : distribution des lichens, faiblesse de l’érosion, bio-protection, méthodologies, relativité des solutions et interventions néfastes (biocides), bactéries nuisibles ou utiles. En dépit de ces nuances, la recherche est peu assurée. À l’inverse, dans près de 40 % des cas, le biologique est séparé du monumental, jugé parasite, sale, nuisible, inesthétique. Les termes sont sans équivoque : symptôme, maladie, problème (et non « question »), détérioration, agression, dégradation, dommages, contamination ou nuisances. Cela mérite d’être discuté en ouvrant à d’autres bibliographies.

Notes de bas de page

110Giovanna Alessandrini, R. Peruzzi, et alii, « Conservative treatments on archaeological stones », in Altération et protection des monuments en pierre, Deterioration and Protection of Stone Monuments, colloque UNESCO, Paris, RILEM, 1978. M. Benarie, “Research directions on the environmental deterioration and on the conservation of historic buildings and monuments”, in The Effects of Air Pollution on Historic Buildings and Monuments, report on the meeting held in Padua, Italy, 1985, Environment research program; Directorate-General for science, research and development, Commission of the European Communities, p. II/1-II/33. Claire Moreau, Vieillissement naturel en milieu urbain de pierres calcaires hydrofuges : évaluation de la durabilité des traitements et de leur impact sur le nettoyage, thèse, Université de Reims, 2008.

111M. Bengson and J. Gillis, “Protection of sensitive components from microbial contamination”, in Biodeterioration of Materials. Microbiological and Allied Aspects; Proceedings of the Ist International Biodeterioration Symposium, Southampton, 1968, ed. A. Harry Walters and John J. Elphick, Amsterdam, London, New York: Elsevier publishing co., p. 99-110. Claudio Bettini e Alberto Villa, “Il problema della vegetazione infestante nelle aree archeologiche”, Rapporti della Soprintendenza alle Gallerie di Bologna, dir. by Maria Vittoria Brugnoli, in The Conservation of Stone, Proceedings of the International symposium, Bologna, 1975, Centro per la conservazione delle sculture all’aperto, p. 191-204. Geneviève Orial et Alice Brunet, « Les lichens : impact sur les matériaux pierreux et recherche d’une thérapie », in Patrimoine culturel et altérations biologiques, Actes des journées d’études de la SFIIC, Poitiers, 1988, p. 119-133.

112Occurrences : biodétérioration, absorption par capillarité, algue et algicide, altération biologique, alvéolisation, appréciation des risques, archéobactérie et bactérie, bactéricides, badigeons, biocides, bio-indication végétale, calcin, coefficient de dilatation thermique, dessalement, encrassement, évaporation, lichen, lichénicide, mortier biologique, nano-climat.


Le texte seul est utilisable sous licence Licence OpenEdition Books. Les autres éléments (illustrations, fichiers annexes importés) sont « Tous droits réservés », sauf mention contraire.