Partager l’intime : les lettres de la prison de Torquato Tasse
p. 225-243
Texte intégral
1Pour des générations d’écrivains, le pèlerinage à l’hôpital Sainte-Anne à Ferrare a été une étape obligée du Grand Tour en Italie. Au début du XIXe siècle, peintres et écrivains élaborent le mythe du grand génie solitaire et détaché du monde dont l’une des sources d’inspiration est la figure de Torquato Tasse, le célèbre poète de La Jérusalem délivrée qui compte parmi les chefs-d’œuvre de la littérature italienne du XVIe siècle. Encore aujourd’hui, les visiteurs peuvent se recueillir à Ferrare dans les lieux où le Tasse a été emprisonné pendant sept longues années, de 1579 à 1585, par volonté du Duc Alphonse II d’Este. Le renouvellement urbain à l’époque du fascisme a profondément altéré la conformation originaire du centre historique de la ville, tout en préservant, cependant, des locaux semi-enterrés de l’ancienne bâtisse de l’hôpital qui avait été construit à proximité du château des Este et qui servait d’asile pour les pauvres et pour les aliénés. C’est donc une reconstitution qui est proposée aujourd’hui à la visite, afin de transmettre la mémoire d’un lieu qui continue de revêtir une signification symbolique importante.
2Les valeurs spatiales prennent un relief particulier dans la représentation picturale de la réclusion du Tasse à l’époque romantique. Le Tasse dans la maison des fous, d’Eugène Delacroix, est une toile de petites dimensions, peinte en 18391. Dans ce tableau, le peintre a voulu représenter le malheur du poète, en emphatisant l’opposition entre deux plans : la proximité est troublante entre l’espace intime de l’homme déchu et malade, où l’œil de l’observateur peut pénétrer librement, et l’espace des fous, placés derrière les barreaux, l’un d’eux avançant un bras vers les feuillets abandonnés sur le lit, dans un geste de profanation inquiétant.
3Dans le tableau de Richard Fleury intitulé Montaigne visitant le Tasse en prison, de 1821, la construction de l’espace suggère l’idée de l’emprisonnement tel une chute2. En bas, sur la droite, on peut voir le poète, comme enfoui dans l’obscurité au fin fond d’une cave, tandis que tout en haut de l’imposant escalier central la lumière du monde libre rayonne. Un lien d’intimité avec le prisonnier s’instaure, cependant, à travers le geste de la main et le regard d’un visiteur : Fleury a voulu représenter ainsi Montaigne qui, en 1580, se trouvant de visite à Ferrare, eut l’occasion non seulement de voir les lieux – comme le feront plus tard Goethe (1786), lord Byron, Shelley (1818) ou encore Chateaubriand3 – mais de rendre visite au poète qu’il admirait et auquel il consacre un court passage de ses Essais. Après avoir établi un rapport de proximité entre vivacité d’esprit, mélancolie et folie, Montaigne insère ainsi l’éloge du poète italien :
Qui ne sait combien est imperceptible le voisinage d’entre la folie avec les gaillardes élévations d’un esprit libre, et les effets d’une vertu suprême et extraordinaire ? Platon dit les mélancoliques plus disciplinables et excellents : aussi n’en est-il point qui aient tant de propension à la folie. Infinis esprits se trouvent ruinés par leur propre force et souplesse. Quel saut vient de prendre, de sa propre agitation et allégresse, l’un des plus judicieux, ingénieux, et plus formés à l’air de cette antique et pure poésie, qu’autre poète italien ait de longtemps été ? N’a-t-il pas de quoi savoir gré à cette sienne vivacité meurtrière ? à cette clarté qui l’a aveuglé ? à cette exacte et tendue appréhension de la raison, qui l’a mis sans raison ? […] J’eus plus de dépit encore que de compassion, de le voir à Ferrare en si piteux état, survivant à soi-même, méconnaissant et soi et ses ouvrages [… ]4.
4La pensée de Montaigne s’achemine graduellement vers un paradoxe où semble résonner l’éloge érasmien de la folie : « Il nous faut abêtir pour nous assagir et nous éblouir pour nous guider ».
5Ces thèmes de la folie, de la déchéance, du désespoir se retrouvent dans les lettres mêmes du Tasse, envoyées depuis la prison : elles sont à considérer comme le lieu littéraire où l’expérience de la réclusion devient récit, objet de discours et de partage. On y chercherait en vain le germe de la position philosophique de Montaigne, selon qui c’est dans la négation du monde que la vérité se dévoile pour le sage. À travers les différentes représentations de soi qu’il instaure, le je épistolier apparaît plutôt en quête d’une vérité qui lui échappe, il s’identifie tantôt au grand poète promis à la gloire, tantôt à la victime, au courtisan, au malade, il entretient lui-même un rapport problématique, presque de dénégation, avec les troubles physiques et psychiques qui font de lui désormais un fou aux yeux du monde. C’est parce qu’elle se nourrit de toutes ces contradictions que l’expression de l’intime se dérobe finalement aux lecteurs, quitte à envahir par moment tout l’espace, avec une force troublante, pour s’offrir en partage.
Des lettres familières
6La publication de recueils de lettres est un phénomène marquant de la Renaissance italienne, elle caractérise en particulier le marché du livre imprimé à Venise à la moitié du XVIe siècle5. Quand il fait publier ses lettres en 1588, en deux volumes6, Torquato Tasse s’insère donc dans une tradition à la fois ancienne – puisque le titre choisi, celui de Lettres familières, renvoie à des modèles tels que l’œuvre épistolaire de Cicéron et celle de Pétrarque –, et qui paraît en même temps toujours actuelle, puisque l’on compte à cette date déjà un grand nombre de correspondances publiées en langue italienne, et sous ce même titre de Lettres familières, particulièrement les volumes de Girolamo Parabosco, Annibal Caro, Veronica Franco7.
7Il s’agit donc d’un genre littéraire en vogue, qui correspond à une forme d’écriture personnelle – à classer aujourd’hui dans la catégorie des égo-documents – mais qui, du point de vue des conventions sociales ainsi que des contraintes stylistiques et rhétoriques, n’invite pas proprement au dévoilement de la sphère intime8. L’adjectif familière est issu du substantif latin familia au sens de groupe de personnes unies par des liens non exclusivement de sang, mais plus largement d’amitié ou de proximité, en raison d’intérêts en commun. Le Tasse écrit par exemple à sa sœur Cornelia et à des parents éloignés qui vivent à Bergame, mais parmi ses correspondants on trouve surtout le duc Alphonse, les princesses d’Este, les Gonzague de Mantoue, des hauts dignitaires, des ecclésiastiques, etc. Il écrit fréquemment à Maurizio Cattaneo qui est un ami d’enfance mais également le secrétaire du puissant cardinal Albano à Rome, duquel le poète espère recevoir de l’aide pour obtenir sa libération. Même avant leur publication en 1588, les lettres du Tasse circulaient, leur statut n’était pas strictement privé mais plutôt semi-public, ce qui est valable pour la plupart des correspondances à cette époque. La lettre pouvait être lue, en effet, dans l’entourage du destinataire, elle pouvait être recopiée, il arrive qu’elle soit publiée même à l’insu de l’auteur. Le Tasse est informé de l’intérêt que l’on porte à ses lettres, il en programme la publication quand il se trouve encore prisonnier à Sainte-Anne et il en parle d’un point de vue littéraire comme s’agissant de textes conformes à l’esthétique classique et cicéronienne qui veut que la lettre soit naturelle, éloignée de tout artifice9. Au-delà de leur valeur littéraire, on peut reconnaître à ces lettres une fonction stratégique ; leur circulation plaide la cause de l’injustice subie par le prisonnier, contribuant à défendre son honneur, voire à forcer le duc Alphonse à la clémence :
Le mie lettere, se gli amici le raccoglieranno, si potranno leggere come cosa ne la quale non ho posto alcuno studio; perché le scrissi non per acquistar gloria, ma per ischivar vergogna: e forse perderebbono quella bellezza ch’è propria de le lettere, s’io cercassi di farle più belle; in quella guisa c’alcune donne la sogliono perdere per troppo lisciarsi10.
8C’est à l’âge de trente et un ans que le Tasse a été incarcéré, suite à un scandale dont les historiens ne sont pas parvenus à éclairer tous les détails. Le jeune courtisan s’était déjà acquis une réputation d’original, de prétentieux, voire de violent ; il y avait eu des relations homosexuelles ébruitées, des histoires de duel, une agression au couteau à l’encontre d’un serviteur sous les yeux des princesses d’Este, et enfin, en mars 1579, une violente scène de colère devant les nobles dames réunies à la cour, le Tasse ayant proféré des injures graves, peut-être même des menaces à l’encontre du Duc. Un accès de colère qui était dû en partie à la déception, car le poète ne se sentait pas accueilli à la cour à hauteur de ses espérances, en termes d’honneurs et de position. Ce courtisan révolté représentait un danger potentiel pour le Duc, y compris sur le terrain des positions religieuses, puisqu’il avait fait appel plus d’une fois à l’Inquisition pour avouer des doutes en matière de théologie, risquant ainsi de compromettre devant le Saint Siège les dignitaires de la cour de Ferrare. Officiellement, en tous cas, le Tasse se retrouva mis en isolement et privé de liberté en tant que forsennato, à savoir fou furieux. Il jugeait cette punition démesurée et gardait le contact avec le monde extérieur par ses lettres qui peuvent être classées, selon les types épistolaires, comme appartenant surtout au genre de la supplique, de la requête, de l’auto-défense ou purgativa (selon la terminologie d’Érasme). Parfois la lettre devient un traité, au sujet des princes et de leur nécessaire clémence, également au sujet du mariage. On trouve en outre des lettres de recommandation, de négoce ou simplement d’information, sans compter les nombreux échanges à caractère savant qui concernent son œuvre poétique ou celle d’autres auteurs.
Le lieu de l’indignité
9« Je devrais être rémunéré comme un grand et célèbre écrivain » se plaint le poète dans une lettre à son ami Maurizio Cattaneo11. Ce n’est pas le Tasse « méconnaissant et soi et ses ouvrages » dont parle Montaigne dans ses Essais. Pour le poète, la prison est surtout le lieu de l’indignité et elle le devient effectivement en tant que lieu, locus, rhétorique. Dans ses lettres, le prisonnier s’applique à dénoncer le caractère inouï, inconcevable de son expérience, il se propose en monstrum, exilé même de la condition humaine. Son malheur dépasse l’entendement puisqu’aucun exemple de l’histoire passée ne peut fournir de cas comparables au sien :
Nuova ed inaudita sorte d’infelicità è la mia, ch’io debba persuadere a Vostra Signoria reverendissima di non esser forsennato, e di non dover come tale esser custodito dal signor duca di Ferrara, né tenuto prigione; nuova ed inaudita certo ai nostri tempi, ed anco a quelli de gli avoli nostri, perciochè alcuno esempio non se ne racconta12.
10Des accents encore plus pathétiques résonnent dans la lettre envoyée à la grande-duchesse de Toscane, Bianca Capello, en 1586, qui s’ouvre sur ce même thème de l’expérience indicible pour laquelle il n’est pas possible de trouver des précédents ou des analogies dans l’histoire :
E benchè la mia infelicità sia senza antico esempio, e senza nuovo paragone, grande, inaudita, insolita, miserabile e meravigliosa; laonde niuna cosa provata, letta o ascoltata può fare c’altri la conosca a bastanza, o la creda intieramente; nondimeno tanto ne può sapere, che dovrebbe esser mossa a qualche pietà: e non volendomi aver quella compassione che meriterebbe la novità de gli accidenti, e la lunghezza del tempo, e la qualità de la persona; m’abbia quella almeno che suol avere de gli altri per minore avversità [… ]13.
11Avec son ami Maurizio Cattaneo, le Tasse s’autorise des considérations plus personnelles, cédant à la mélancolie ; aussi se représente-t-il en train de soupirer devant la porte fermée de sa cellule qui le sépare du monde, quitte à rêver d’une possible révolte dont le cri serait confié à la plume et à l’encre :
O signor Maurizio, sarà quel giorno ch’io possa respirare sotto il cielo aperto, e ch’io non mi veda sempre un uscio serrato davanti, quando mi pare d’aver bisogno del medico o del confessore? Molte altre cose io direi in questo proposito, s’io non temessi che impedissero la vostra partenza, ne la quale, s’io volessi porre a campo alcun dubbio, sarei certo di non poter tacere, ma d’esser necessitato a gridar con penna e con inchiostro, come disse quel poeta migliore d’alcun altro14.
12Alors que l’épistolier cherche à exprimer avec force sa souffrance et son désir de liberté, la citation littéraire pointe dans son discours en guise d’écran à la douleur, ou peut-être parce qu’elle permet de donner à son expérience intime une représentation plus saisissante, s’agissant d’évoquer à la mémoire de Maurizio Cattaneo les tourments de Pétrarque, le poète par excellence : « ond’io gridai con carta e con incostro » est le v. 99 de la chanson Nel dolce tempo de la prima etade, où il n’est pas question d’emprisonnement, mais de la perte de liberté du poète-amant causée par l’amour pour Laure15. L’imaginaire de la mort d’amour est très présent dans cette chanson, particulièrement dans ce passage que le Tasse avait en mémoire, et qu’il convient de relire en entier (v. 95-100) :
Morte mi s’era intorno al cor avolta,
né tacendo potea di sua man trarlo,
o dar soccorso a le vertuti afflitte;
le vive voci m’erano interditte ;
ond’io gridai con carta et con incostro :
Non son mio, no. S’io moro, il danno è vostro16.
13Dans la lettre du Tasse, la citation n’est pas complète, se limitant à l’idée du silence imposé (« sarei certo di non poter tacere », chez Pétrarque « né tacendo potea » et « le vive voci m’erano interditte ») et au vers qui introduit l’exclamation à la première personne du poète qui se meurt et s’adresse à sa dame en affirmant qu’il n’est plus maître de lui-même, avant l’accusation finale « si je meurs, c’est à vos dépens ». Si l’on considère à quel point la lecture, le commentaire, la mémorisation des poèmes de Pétrarque faisaient partie de la formation culturelle des courtisans à la Renaissance, on peut facilement penser que le destinataire de la lettre, Maurizio Cattaneo, possédait les compétences et la finesse d’interprétation nécessaires au décryptage du message, lequel fait référence au danger de mort et contient une charge polémique assez forte. L’allusion à un code culturel partagé n’est pas ici un indice incompatible avec l’écriture de l’intime, puisque l’intime ne correspond pas seulement à un mouvement de retranchement dans l’intériorité du sujet, mais se construit plutôt sur une tension relationnelle avec l’autre17.
14La lettre n° 124 à Scipione Gonzaga (de mai 1579) nous rapproche davantage de ce sentiment intime de révolte qui s’exprime de manière polémique par l’antithèse entre le moi passé, celui du grand poète à la cour, et le moi présent, réduit à un état de bête. « Il nous faut abêtir », disait Montaigne, cet aspect lui avait donc paru saisissant après sa visite à Saint-Anne. Le poète prisonnier insiste sur son sentiment d’humiliation et se voit rabaissé à une condition inférieure même à celle des animaux, qui sont libres de satisfaire leurs besoins naturels, comme la soif :
Oi me! misero me! Io aveva disegnato di scrivere, oltre due poemi eroici di nobilissimo ed onestissimo argomento, quattro tragedie […]. Ma ora, oppresso dal peso di tante sciagure, ho messo in abbandono ogni pensiero di gloria e d’onore; ed assai felice d’esser mi parrebbe se senza sospetto potessi trarmi la sete da la quale continuamente son travagliato, e se, com’uno di questi uomini ordinari, potessi in qualche povero albergo menar la mia vita in libertà; se non sano, che più non posso essere, almeno non così angosciosamente infermo; se non onorato, almeno non abbominato; se non con le leggi de gli uomini, con quelle de’ bruti almeno, che ne’ fiumi e ne’ fonti liberamente spengono la sete de la quale (e mi giova il replicarlo) tutto sono acceso18.
15Après avoir rappelé de nouveau à son correspondant comment le traitement humiliant qu’il reçoit l’empêche de se consacrer aux études et aux projets littéraires, le Tasse en vient à brosser son autoportrait en homme sauvage, forcé à l’isolement et à la solitude :
E ’l timor di continua prigionia molto accresce la mia mestizia; e l’accresce l’indegnità che mi conviene usare; e lo squallore de la barba e de le chiome e de gli abiti, e la sordidezza e ’l sudiciume fieramente m’annoiano; e sovra tutto m’affligge la solitudine, mia crudele e natural nemica, da la quale anco nel mio buono stato era talvolta così molestato che in ore intempestive m’andava cercando o andava ritrovando compagnia. E son sicuro, che se colei che così poco a la mia amorevolezza ha corrisposto, in tale stato ed in tale afflizione mi vedesse, avrebbe alcuna compassione di me19.
16Outre le rapprochement à la bête, ce passage se signale par sa concentration sur le corps souffrant, avec tout d’abord l’évocation de la soif, puis le portrait hideux qui prête au discours le caractère illusionniste de l’evidentia, censée remporter l’adhésion (« vous auriez pour moi de la compassion »). Ce même motif de la perte de dignité associée à un comportement presque animal revient dans une autre lettre, dont le destinataire est encore M. Cattaneo, une lettre écrite le jour de Noël, qui évoque un appétit démesuré, ou mieux la volonté de s’étourdir à travers un comportement que l’on qualifierait de boulimique, censé procurer au malheureux l’oubli de soi :
Sono infelice d’ogni tempo, ma più la notte: né so se il mio male sia di frenesia o d’altro; né ci ritrovo miglior rimedio che ’l mangiar molto, e compiacere a l’appetito, per dormir profondamente. Digiuno spesso; e spesso, senza digiuno fatto per divozione, digiuno perché sento lo stomaco pieno: ma quelle volte non dormo. Abbiatemi compassione, e sappiate ch’io son misero perch’il mondo è ingiusto. E vi bacio le mani. Di Ferrara (25 dicembre)20.
17L’attention au corps se double ici d’une tentative d’analyse médicale portant sur l’état mental de l’épistolier, qui avance un doute sur le diagnostic posé à la base de son internement à l’hôpital des fous : « je ne sais pas dire si je souffre de frénésie ou autre chose ».
Les plages de la folie
18Lieu de privation et d’indignité, l’espace de la prison est en réalité très peu décrit d’un point de vue matériel. On pourrait dire que l’évocation de cet espace devient intime dans la mesure où elle reproduit la vision subjective et cauchemardesque qu’en a le prisonnier quand il essaie d’en rendre compte : s’ouvrent alors aux lecteurs les plages de la folie. Avec certains correspondants, sur le ton de la confidence, le poète se déclare victime d’un mauvais sort et désigne comme responsable de sa disgrâce le prieur même de l’hôpital, le frère Agostino Mosti qu’il traite de magicien. Un lien de cause à effet est établi, dans ces récits de l’aliénation, entre les nuisances des lieux et de ses habitants – hommes et animaux – les symptômes physiques de la maladie et enfin les manifestations du surnaturel : rêves, cauchemars, imaginations et visions qui produisent des effets inquiétants. La formule « sappia dunque » (« sachez donc que ») utilisée dans les lettres à Cattaneo marque la transition vers cette partie sensible de la narration qui rompt avec les normes de la confidence épistolaire. On pourrait penser presque à une formule de la confession :
[…] darò solamente avviso a Vostra Signoria de’ disturbi ch’io ricevo ne lo studiare e ne lo scrivere. Sappia dunque, che questi sono di due sorte: umani e diabolici. Gli umani sono grida di uomini, e particolarmente di donne e di fanciulli, e risa piene di scherni, e varie voci d’animali che da gli uomini per inquietudine mia sono agitati, e strepiti di cose inanimate che da le mani degli uomini sono mosse. I diabolici sono incanti e malìe; e come che de gl’incanti non sia assai certo, percioché i topi, de’ quali è piena la camera, che a me paiono indemoniati, naturalmente ancora, non solo per arte diabolica, potrebbono far quello strepito che fanno; ed alcuni altri suoni ch’io odo, potrebbono ad umano artificio, com’a sua cagione, esser recati; nondimeno mi pare d’esser assai certo, ch’io sono stato ammaliato: e l’operazioni de la malìa sono potentissime, conciosia che quando io prendo il libro per studiare, o la penna, odo sonarmi gli orecchi d’alcune voci ne le quali quasi distinguo i nomi di Pavolo, di Giacomo, di Girolamo, di Francesco, di Fulvio, e d’altri, che forse sono maligni e de la mia quiete invidiosi. E se tali non sono, cortesemente opererebbono, se la mala opinione che per le male arti di loro ho conceputa, cercassero di rimovere. M’ascendono ancora, più in quel tempo che in alcun altro, molti vapori a la testa, quantunque assai volte scriva innanzi al mangiare, in modo che i fantasmi ne sono assai perturbati. […] E s’avviene che con questi interni impedimenti s’accordino gli esterni, come il più de le volte avviene, mi muovo ad ira grandissima [… ]21.
19L’enregistrement des nuisances sonores du milieu hospitalier est précis et participe à la définition du chronotope de l’enfermement dans ces lettres22. Il évoque un espace grouillant où règne la promiscuité, un espace-temps de l’agitation fébrile qui s’oppose à l’otium et au besoin de recueillement de l’homme de lettres. Le Tasse s’en montre agressé au plus profond de lui, son attention est d’autant plus aiguisée que la source exacte de ces bruits est placée hors de son champ de vision, comme l’indique en particulier l’expression « des bruits produits par des choses inanimées que des mains d’homme agitent ». Sous ses yeux, en revanche, les rats envahissent la chambre et se dressent devant lui comme une présence bien réelle : ils ne sont pas le produit d’un enchantement, bien qu’ils lui paraissent indemoniati, « possédés par les démons ». Par ces nombreux éléments descriptifs, le destinataire de la lettre est invité à ressentir lui aussi l’horreur et l’épouvante qui sont celles du captif. Qui plus est, il est entraîné à s’approcher davantage de la sphère intime de celui-ci, puisque les confidences glissent vers une tentative d’appréhension de ce qui échappe à l’analyse rationnelle, avec l’évocation des fantasmi, à savoir des imaginations. Le Tasse attribue à un sortilège dont il se croit victime les acouphènes qui le tourmentent (« j’entends des voix qui résonnent dans mes oreilles et où je reconnais des noms comme Paul, Jacques, Jérôme, François, Fulvio et d’autres, des gens qui me veulent peut-être du mal »), ce qui laisse émerger un sentiment de persécution. Il semble hésiter entre une approche objective, de type médical, qui décrit son corps souffrant (les bourdonnements dans les oreilles, les montées de température, les difficultés digestives, les défauts de concentration dans les études et la lecture) et l’abandon aux croyances où se matérialise son hantise effrayante des présences démoniaques (les rats, les esprits maléfiques, le mauvais sort).
20Un tel partage entre réalité et imagination, analyse médicale et concession aux croyances surnaturelles ne donne pas à ces pages du Tasse un caractère exclusif, puisque comme l’a montré Michel Foucault dans son Histoire de la folie, les troubles psychiatriques ne font pas l’objet d’un discours spécialisé et scientifiquement prouvé à cette époque ; encore aux XVIIe et XVIIIe siècles, la folie attire parfois l’attention des médecins et des philosophes sans que l’on parvienne à élaborer une théorie claire des déviances qui étaient considérées comme la manifestation d’une maladie de l’esprit : « il n’y a pas pour la folie un langage autonome, une possibilité pour qu’elle pût tenir sur soi un langage qui fût vrai », et encore « sa vérité ne pouvait qu’être enveloppée dans un discours qui lui demeurait extérieur23 ».
21La récurrence de quelques éléments descriptifs caractérise le discours que le Tasse élabore à partir de sa propre expérience, comme on peut le voir en comparant la lettre déjà citée à Maurizio Cattaneo (n° 190, qui est d’octobre 1581) à d’autres de dates différentes. S’adressant, par exemple, au célèbre médecin de Padoue Girolamo Mercuriale, en 1583, le poète a l’occasion de dresser le bilan de ses symptômes dans une missive finalisée à la demande d’un avis médical. Cette lettre n’a pas été publiée dans le recueil de 1588, mais on en garde une copie dans un manuscrit de la bibliothèque Ambrosienne de Milan qui a servi de base à l’édition de Guasti24. Le Tasse se dit encore une fois victime d’ensorcèlement et ne souhaite pas s’ouvrir entièrement par lettre sur sa condition, préférant confier quelques détails secrets au frère capucin chargé de remettre la lettre à Mercuriale. Les causes de cet état qui se configure aux yeux du prisonnier comme une maladie (« Depuis quelques années je suis malade ») restent incertaines, alors que ses effets sont énumérés avec précision : on retrouve les douleurs abdominales associées cette fois à des pertes de sang, ensuite les acouphènes (comparés au cliquetis d’une horloge mécanique), les difficultés de concentration et enfin les hallucinations qui, avec les voix imaginaires, peuvent évoquer un cadre clinique de schizophrénie. Qui plus est, ces hallucinations provoquent des accès de colère chez le malade, qui se dit souvent en proie aux cauchemars nocturnes. Un dernier symptôme, que la lettre de 1581 à Cattaneo enregistre également, concerne les difficultés digestives et la fièvre consécutive à la prise des repas (« après les repas la vapeur me monte à la tête, laquelle se réchauffe énormément »).
22Ces trois aspects qui permettent à l’épistolier de structurer son propre discours sur sa vie intime et ses peurs, à savoir la perception sinistre des lieux, les signes de sa maladie et l’irruption du surnaturel, se retrouvent enfin dans une lettre bouleversante écrite en 1585 toujours à l’ami Cattaneo, et publiée dans le recueil des Lettres familières de 1588. Comme déjà dans les lettres précédentes et dans la missive à Mercuriale, la prison de Sainte-Anne est évoquée comme un lieu bruyant, rempli de nuisances sonores qui attisent l’angoisse du poète parce que leur source matérielle n’est pas visible ni bien reconnaissable. La narration se concentre fortement sur la dimension organique du corps souffrant. À cet état d’altération physique s’associe une forte activité d’imagination qui est à l’origine de rêves angoissants voire de multiples formes d’hallucinations. Puisque la voix énonciatrice assume un point de vue incertain sur les faits qu’elle relate, en avouant ne pas savoir les interpréter, la frontière entre le réel et le surnaturel en est troublée. À la différence de la lettre pour Mercuriale, où l’épistolier s’affichait comme victime d’un mauvais sort (« j’ai la certitude d’avoir été ensorcelé »), le style plus familier de cette missive pour Cattaneo permet de découvrir des préoccupations qui appartiennent à un autre ordre d’idée, puisqu’elles font référence à la religion. Ici, en effet, la description des troubles se trouve insérée entre une profession de foi catholique et un récit de dévotion, évoquant une sorte de ravissement mystique devant l’apparition de la Vierge. Le premier temps est marqué par ces aveux insistants : « je n’ai jamais été magicien ni luthérien, […] je n’ai jamais lu de livres hérétiques ou de nécromancie, ni d’autre chose interdite ». On pourra lire entre les lignes la peur du Tasse que l’on associe ses écarts de conduite à une déviance de sa foi chrétienne, ce qui le rendrait suspect à l’Inquisition. Bien sûr, ce n’était pas un sujet à aborder avec n’importe quel correspondant. Avec Cattaneo, le poète peut se permettre de laisser ouverte la question de savoir si l’apparition qu’il a eue un jour dans son cachot « de la glorieuse Vierge Marie, tenant son Fils dans les bras » a été une vision miraculeuse promettant la grâce, comme il souhaiterait le croire, ou s’il ne s’agit pas plutôt d’une fausse imagination, voire peut-être d’une illusion démoniaque à l’instar des ombres des rats qu’il lui semble voir dans des endroits où ils ne peuvent pas se trouver « pour des raisons naturelles ».
23Du point de vue de l’analyse formelle, cette lettre présente des éléments d’écriture qui paraissent étranges ou insolites à l’intérieur d’un échange épistolaire entre amis, autrement dit dans une lettre familière. La narration est fortement concentrée sur le ressenti intime, à la fois physique et psychique, de sorte que les moindres douleurs, les bruits, les lumières sont enregistrés (« j’ai vu, j’ai entendu, etc. »). Les expressions du doute telles que « il m’a semblé », « j’ai cru entendre », côtoient des affirmations surprenantes comme « on pouvait vraiment voir des étincelles sortir de mes yeux ». L’accumulation des détails peut traduire un état d’anxiété : « j’ai mal aux flancs, aux cuisses », etc. La nature ponctuelle ou réitérée des phénomènes décrits n’est pas toujours claire pour les lecteurs, à cause des temps verbaux qui oscillent entre le passé composé (pas toujours accompagné de l’adverbe « souvent »), le passé simple (la Vierge « m’apparut ») et enfin également le présent de narration dans ce passage consacré aux cauchemars nocturnes : « […] ho udito strepiti spaventosi ; e spesso ne gli orecchi ho sentito fischi, tintinni, campanelle, e romore quasi d’orologi da corda ; e spesso è battuta un’ora ; e dormendo m’è paruto che mi si butti un cavallo addosso ; e mi son poi sentito alquanto dirotto25 ». La tournure passive au présent évoque l’horloge qui scande les heures de la nuit (« le coup de l’heure est sonné (par l’horloge) »), tandis que le passé composé (« il m’a semblé ») rend la sensation ponctuelle et soudaine de l’agression physique de la part d’un cheval, suivie par les sensations qui engourdissent les membres de l’insomniaque pendant longtemps à la suite de ses cauchemars : littéralement « après, je me suis senti tout fracassé ». L’association entre le cauchemar et l’image du cheval appartient à la tradition et aux superstitions populaires, elle indique donc probablement, dans ce passage, l’adoption d’un langage colloquial, voire influencé par le dialecte. Dans le folklore germanique, le fantôme qui vient se poser la nuit sur la poitrine d’une personne endormie lui procurant une sensation d’oppression et d’écrasement est souvent un esprit ou bien une sorcière à l’aspect de cheval, dans d’autres cas une sorcière ou un démon arrivé à dos d’un cheval26.
24C’est cette dernière version de l’imaginaire populaire lié au cauchemar qui a sans doute influencé le célèbre tableau de Johann Heinrich Füssli intitulé The Nightmare (ca. 1782), qui montre l’image inquiétante d’une jeune femme endormie, renversée sur son lit et écrasée par un esprit velu, tandis que la tête d’un cheval fait irruption de la pénombre du fond. Comme l’a rappelé Jean Starobinski dans sa lecture du tableau de Füssli, ces éléments de folklore s’expliquent en raison d’une confusion linguistique très ancienne : « en anglais, la confusion populaire est très tôt survenue entre le mot “mare” qui désigne la créature démoniaque, et son homonyme “mare” qui désigne la jument27 ». Ce qui explique l’étymologie du mot nightmare, la jument (ou le fantôme) de la nuit, ainsi que du fr. cauchemar, attesté au début du XVIe siècle, à partir de l’a. fr. chauchier « fouler, presser » (du latin calcare) associé au moyen néerlandais mare au sens de « fantôme, esprit ». Pour l’aire germanique, les considérations linguistiques des spécialistes vont dans le même sens : « Le cheval est couramment confondu avec le/la Ma(h)r ; au Moyen Âge, il se disait marh. En allemand moderne, Mähre signifie “la jument” et Mahr “le cauchemar”28 ». Cette racine germanique mara a été productive également dans l’espace italien, où par exemple on retrouve l’expression « la zmara la m’è montà sul stomego » (« la sorcière/jument s’est posée sur mon estomac ») documentée pour l’aire occidentale de la Vénétie29. L’image employée par le Tasse dans sa lettre nous apparaît en lien avec les dialectes du nord de l’Italie, si l’on considère que plus au sud, et notamment dans l’Italie médiane, les types fantasma et incubo sont majoritaires. Mais au-delà de l’interprétation linguistique, ce cauchemar évoquant le cheval attire l’attention pour sa probable référence aux superstitions populaires et aux peurs liées à la possession démoniaque. Sorcière, esprit maléfique, démon portant atteinte à l’intégrité du corps des dormants, le cauchemar se présentait depuis le Moyen Âge comme un phénomène dont les causes échappaient à une approche purement rationnelle et médicale, au seuil entre le visible et le surnaturel.
25L’ouverture sur ces thèmes confère aux lettres du Tasse depuis Sainte-Anne un caractère singulier, qui se démarque du reste des correspondances publiées à cette époque et laisse enregistrer par moments l’émergence d’une écriture de l’intime. Elles occupent une place particulière, également, à l’intérieur du sous-genre représenté par les lettres de prisonniers, que l’on pense par exemple aux Lettres morales d’Honoré d’Urfé ou, pour l’Italie, aux lettres de Marino ou de Ferrante Pallavicino30. Si tout recueil de lettres de l’époque prémoderne vise la construction d’une exemplarité autour du je épistolier, qui peut être morale, politique, intellectuelle, pour le Tasse l’expérience de l’internement représente le risque de l’effacement de tout son être, la perte de son statut d’homme de lettre et de courtisan. Témoigner de cette condition d’aliénation représente alors une expérience inouïe, qui ne peut pas être dite, bien que le sort du reclus soit suspendu en partie aux effets d’un tel partage. Se basant sur son expérience de lecture des correspondances familiales du XIXe siècle, C. Dauphin a tenu à préciser que « les lettres ne montrent pas l’intime, elles le rendent sensible », puisque l’historien « n’est pas en mesure d’atteindre le for clos des épistoliers, ni de ressusciter une essence quelconque de l’intime31 ». L’opacité intrinsèque de cet objet de discours est sans doute en relation avec sa nature dialogique, dans la mesure où l’être intime est traversé par de multiples systèmes de signes dessinant le champ de la culture, de la morale, du savoir médical, de la religion, etc., comme l’analyse des lettres tassiennes a pu le montrer. Une telle pluralité assigne à l’écriture de l’intime un caractère mouvant et provisoire, ce qui est particulièrement vrai pour l’époque où le témoignage du Tasse a été produit, bien avant les acquisitions modernes en matière de psychologie, de philosophie ou de sociologie concernant la représentation de la vie intérieure et des états d’aliénation.
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Annexe
Annexes
1) T. Tasso, Lettere, éd. Guasti, vol. II, n 244, p. 237, à Girolamo Mercuriale médecin à Padoue, 1583.
Sono alcuni anni ch’io sono infermo, e l’infermità mia non è conosciuta da me : nondimeno io ho certa opinione di essere stato ammaliato. Ma qualunque sia stata la cagione del mio male, gli effetti sono questi : rodimento d’intestino, con un poco di flusso di sangue ; tintinni ne gli orecchi e ne la testa, alcuna volta sì forti che mi pare di averci un di questi orioli da corda ; imaginazione continua di varie cose, e tutte spiacevoli, la qual mi perturba in modo, ch’io non posso applicar la mente a gli studi per un sestodecimo d’ora ; e quanto più mi sforzo di tenervela intenta, tanto più sono distratto da varie imaginazioni, e qualche volta da sdegni grandissimi, i quali si muovono in me secondo le varie fantasie che mi nascono. Oltra di ciò, sempre dopo il mangiare la testa mi fuma fuor di modo, e si riscalda grandemente ; ed in tutto ciò ch’io odo, vo, per così dire, fingendo con la fantasia alcuna voce umana, di maniera che mi pare assai spesso che parlino le cose inanimate ; e la notte sono perturbato da vari sogni ; e talora sono stato rapito da l’imaginazione in modo, che mi pare d’aver udito (se pur non voglio dire d’aver udito certo) alcune cose, le quali io ho conferito co ’l padre fra Marco capuccino apportator de la presente […].
« Depuis quelques années je suis malade, et je n’en connais pas la cause, mais j’ai la certitude d’avoir été ensorcelé. Quelle que soit la raison de mon mal, voici les effets : des douleurs d’intestin, avec quelques pertes de sang, des cliquetis dans mes oreilles et dans la tête, parfois tellement forts qu’il me semble avoir dedans une de ces horloges à corde ; je suis tout le temps plongé dans des imaginations de différentes sortes, toutes inquiétantes et j’en suis tellement troublé que je n’arrive pas à me concentrer sur mes études plus de trois minutes et plus je m’efforce de me concentrer, plus je suis distrait par différentes fantaisies et parfois par de grosses colères qui surgissent en moi en fonction des imaginations qui se présentent. En outre après les repas la vapeur me monte à la tête laquelle se réchauffe énormément, et parmi tous les bruits que j’entends je me mets à imaginer, pour ainsi dire, quelque voix humaine, au point que j’ai l’impression souvent que les choses inanimées se mettent à parler ; et la nuit je suis troublé par plusieurs rêves, et parfois mon imagination m’a si envoûté qu’il me semble avoir entendu (si je ne veux pas dire que j’ai entendu avec certitude) des choses dont j’ai parlé avec frère Marco, le frère capucin qui vous apporte cette lettre […]. »
2) T. Tasso, Lettere, éd. Guasti, vol. II, n 456, p. 477, à Maurizio Cattaneo à Rome.
Ma Iddio sa ch’io non fui né mago né luterano giamai ; né lessi libri eretici o di negromanzia, né d’altra arte proibita ; né mi piacque la conversazione d’Ugonotti, né di lodarne la dottrina, anzi la biasmai con le parole e con gli scritti : né ebbi opinione contra la santa Chiesa cattolica […] Fra tanto io sono infelice, né voglio tacer le mie infelicità ; perché Vostra Signoria ci rimedi con tutto il suo sforzo, con tutta la diligenza, con tutta la fede. Sappia dunque, c’oltre que’ miracoli del folletto, i quali si potrebbono numerare per trattenimenti in altra occasione, vi sono molti spaventi notturni, perché, essendo io desto, mi è paruto di vedere alcune fiammette ne l’aria : ed alcuna volta gli occhi mi sono scintillati in modo ch’io ho temuto di perder la vista ; e me ne sono uscite faville visibilmente. Ho veduto ancora nel mezzo dello sparviero ombre de’ topi, che per ragione naturale non potevano farsi in quel luogo : ho udito strepiti spaventosi ; e spesso ne gli orecchi ho sentito fischi, tintinni, campanelle, e romore quasi d’orologi da corda ; e spesso è battuta un’ora ; e dormendo m’è paruto che mi si butti un cavallo addosso ; e mi son poi sentito alquanto dirotto : ho dubitato del mal caduco, de la gocciola, de la vista : ho avuto dolori di testa, ma non eccessivi ; d’intestino, di fianco, di cosce, di gambe, ma piccioli : sono stato indebolito da vomiti, da flusso di sangue, da febbre. E fra tanti terrori e tanti dolori, m’apparve in aria l’imagine de la gloriosa Vergine, co ’l figlio in braccio, in un mezzo cerchio di colori e di vapori : laonde io non debbo disperar de la sua grazia. E benché potesse facilmente essere una fantasia, perch’io sono frenetico, e quasi sempre perturbato da vari fantasmi, e pieno di maninconia infinita ; nondimeno, per la grazia d’Iddio, posso cohibere assensum alcuna volta : la quale operazione è del savio, come piace a Cicerone ; laonde più tosto devrei credere che quello fosse un miracolo della Vergine.
« Dieu sait que je n’ai jamais été magicien ni luthérien, que je n’ai jamais lu de livres hérétiques ou de nécromancie, ni d’autre chose interdite, que je ne fréquente pas les huguenots et je n’apprécie pas leur doctrine, au contraire je l’ai condamnée par mes paroles et mes écrits. Je n’ai jamais eu d’opinion contraire à la Sainte Église catholique, bien que je ne puisse pas nier avoir prêté trop l’oreille à l’opinion des philosophes, mais en tout cas pas à tel point que je ne place la raison en dessous de la théologie et que je ne préfère apprendre plutôt que contredire. Mais à présent mon malheur m’a confirmé dans ma bonne foi […]. Mais à présent je suis malheureux et je ne veux pas taire ma souffrance afin que votre Seigneurie y trouve remède à tout prix, avec la plus grande sollicitude et la plus grande fidélité. Sachez donc qu’outre les miracles du farfadet, dont je me réserve de vous parler à une autre occasion pour vous entretenir, j’ai de nombreuses peurs nocturnes car tout en étant éveillé il m’a semblé voir de petites flammes en l’air et parfois mes yeux ont été éblouis de telle manière que j’ai craint la perte de la vue, et vraiment on pouvait voir des étincelles sortir de mes yeux. J’ai vu encore au milieu de mon ciel de lit des ombres de rats qui pour des raisons naturelles ne pouvaient pas se trouver là-haut. J’ai entendu des bruits épouvantables et souvent dans mes oreilles ont résonné des sifflements, des cliquetis, des sons de clochettes, et le bruit comme d’horloges à corde : souvent on sonne une heure et alors que je dors j’ai eu l’impression qu’un cheval me tombait dessus et ensuite j’ai eu l’impression d’avoir les membres tous cassés. J’ai cru souffrir d’épilepsie, d’apoplexie, d’une maladie des yeux. J’ai eu des migraines, mais pas excessives. J’ai eu mal aux intestins, aux flancs, aux cuisses, aux jambes, mais sans gravité. J’ai été affaibli par des vomissements, des pertes de sang, des accès de fièvre. Et au milieu de toutes ces peurs et ces douleurs m’est apparue en l’air, devant moi, l’image de la glorieuse Vierge Marie, tenant son Fils dans les bras, au milieu d’un cercle de couleurs et de vapeurs, ce pourquoi je ne dois pas désespérer de sa grâce. Peut-être qu’il s’agit d’une imagination, car je suis frénétique et presque tout le temps obsédé par plusieurs visions et plongé dans un état de mélancolie infini. Cependant, grâce à Dieu, je suis en mesure parfois de cohibere assensum, prérogative des sages selon Cicéron, je devrais donc plutôt croire qu’il s’agissait d’un miracle de la Vierge. »
Notes de bas de page
1 Ce tableau se trouve aujourd’hui dans la collection Reinhart à Winterthour (Suisse) ; voir http://www.bundesmuseen.ch/roemerholz/00440/00657/00737/00827/00843/ index.html?lang=fr.
2 La toile de Fleury est conservée au musée des Beaux-Arts de Lyon.
3 Voir pour les peintres et les artistes de l’époque romantique qui font référence au Tasse S. Jossa, « Il luogo della poesia : la prigione del Tasso a Sant’Anna », dans S. Sgavicchia (dir.), Spazi, geografie, testi, Roma, Bulzoni, 2003, p. 45-57. Jossa étudie également l’imaginaire lié à l’emprisonnement du Tasse chez Baudelaire et Franco Fortini.
4 Michel de Montaigne, Essais, Paris, Gallimard, 2009, t. II, chap. XII, p. 239.
5 Voir à ce sujet A. Quondam (dir.), Le “carte messaggiere”. Retorica e modelli di comunicazione epistolare : per un indice dei libri di lettere del Cinquecento, Roma, Bulzoni, 1981 ; L. Braida, Libri di lettere. Le raccolte epistolari del Cinquecento tra inquietudini religiose e “buon volgare”, Roma/Bari, Laterza, 2009 et en français M. C. Panzera (dir.), L’exemplarité épistolaire, Pessac, PUB, coll. « Eidôlon », n° 107, 2013.
6 T. Tasso, Delle lettere familiari, Libro primo, Bergamo, Comino Ventura, 1588, et Id., Delle lettere familiari, Libro secondo, Bergamo, Comino Ventura, 1588. L’édition encore utilisée aujourd’hui est la suivante : T. Tasso, Lettere, éd. C. Guasti, Firenze, Le Monnier, 1853-55, 5 vol. (pour un total de 1600 lettres) ; nous citerons en particulier le vol. II qui comprend 478 lettres, dont celles de la réclusion à Sainte-Anne. Pour la reprise des recherches finalisées à une nouvelle édition de cette importante correspondance, voir les travaux d’E. Russo, à commencer par « Per l’epistolario del Tasso (1). Appunti su tradizione e questioni critiche », dans L. Fortini, G. Izzi, L. Marcozzi, C. Ranieri (dir.), Scrivere lettere nel Cinquecento, Roma, Edizioni di Storia e Letteratura, 2016, p. 185-198. En outre, C. Carminati et E. Russo (dir.), Ricerche sulle lettere di Torquato Tasso, Sarnico (Bergamo), Edizioni di archilet, 2016 ; en ligne, URL : http://www.archilet.it/Pubblicazioni.aspx.
7 J. Basso, Le genre épistolaire en langue italienne (1538-1622). Répertoire chronologique et analytique, Roma/Nancy, Bulzoni, Presses Universitaires de Nancy, 1990, 2 vol.
8 J. Basso, « La lettera familiare nella retorica epistolare del XVI e del XVII secolo in Italia », Quaderni di retorica e poetica, I, 1985, p. 57-65, qui définit les lettres familières comme étant des lettres d’intérêt privé, adressées plutôt à des amis qu’à des membres de la famille, ou à des proches avec qui existent des liens. Comme le dit J. Basso, p. 59, derrière le choix du titre lettres familières « se cache toujours une ambition littéraire avec des références précises, déclarées ou pas, à des modèles qui peuvent orienter aussi bien le choix des thèmes que celui du style. » (Nous avons traduit)
9 Voir pour un encadrement de la question G. Resta, Studi sulle lettere del Tasso, Firenze, Le Monnier, 1957 et D. Della Terza, « Tasso epistolografo », Quaderni di Retorica e Poetica, I, 1985, p. 123-30.
10 T. Tasso, Lettere, éd. Guasti, vol. II, p. 429 (Lettre n° 426 à Maurizio Cattaneo à Rome). Nous traduisons : « Mes lettres, si mes amis veulent les recueillir, pourront être lues comme quelque chose que je n’ai pas particulièrement travaillé, car je ne les ai pas écrites pour me procurer la gloire, mais pour défendre mon honneur. Si je cherchais à les faire plus belles, elles perdraient sans doute la beauté naturelle des lettres, de même que certaines femmes perdent leur beauté sous un maquillage excessif. »
11 Ibid., p. 522, lettre à Maurizio Cattaneo (n° 523) : « Devrei dunque esser pagato come letterato grande, e di gran fama. »
12 Ibid., p. 119 (n° 162 au cardinal Giovanni Girolamo Albano à Rome, 23 mai 1581) : « Qu’il est nouveau et inouï mon malheur, si je me trouve à devoir persuader votre Seigneurie que je ne suis pas un fou furieux et que je ne mérite pas d’être gardé comme tel par le duc de Ferrare et mis en prison. Quel malheur inouï, certes, de nos temps, tout comme au temps de nos ancêtres et des générations encore antérieures, puisqu’on ne trouve pas un exemple qui soit comparable au mien. »
13 Ibid., p. 552 (n° 526, le 28 juin 1586) : « Bien qu’il n’y ait pas d’exemples anciens comparables à mon malheur, ni de comparaisons possibles à notre époque, puisque mon malheur est grand, inouï, insolite, misérable et extraordinaire, de sorte que rien ne peut venir de l’expérience, ni de la lecture, ni de discours entendus, qui puisse aider à comprendre suffisamment ce mal, ou à le croire entièrement possible, toutefois vous devriez en savoir assez pour éprouver de la compassion, et si vous ne sentiez pas cette pitié que les peines insolites, leur durée, la qualité de la victime méritent, témoignez-moi au moins cette pitié que vous avez pour les autres, moins affligés que moi […]. »
14 Ibid., p. 432 (n° 429 à Maurizio Cattaneo à Rome) : « Monsieur Maurizio, quand est-ce que je pourrai respirer sous le ciel ouvert sans plus voir devant moi toujours cette porte fermée lorsque j’ai besoin de voir un médecin ou un confesseur ? Je pourrais dire plusieurs choses à ce sujet, si ce n’est que je crains retarder votre départ. Si je n’avais pas ce doute, je ne pourrais pas me taire et au contraire je serais obligé de crier par ma plume et mon encre, comme l’a dit ce poète qui est le meilleur de tous. »
15 F. Pétrarque, Le Chansonnier, trad. P. Blanc, Paris, Classiques Garnier, 2004, p. 80.
16 Ibid., p. 81 : « La mort s’était à mon cœur enlacée : / me taisant ne pouvais de sa main l’enlever, / ou secourir mes facultés meurtries ; / les paroles de vie ne m’étaient point permises, / aussi je criai donc avec encre et papier : / Je ne suis plus à moi ! Je meurs à vos dépens. »
17 M. Foessel, La privation de l’intime. Mises en scènes politiques des sentiments, Paris, Seuil, 2008, p. 13, définit l’intime comme « un concept relationnel » distingué de l’idée d’intériorité, et il observe que « nos sentiments “intérieurs” sont des rapports avec les autres et non pas les propriétés d’un Moi solitaire. »
18 Ibid., p. 60 (n° 124, à Scipione Gonzaga, mai 1579) : « Hélas ! J’avais pensé écrire deux poèmes héroïques de noble et beau sujet, quatre tragédies […]. Mais à présent, accablé par tant de malheurs, j’ai abandonné tout désir de gloire et d’honneur. Je m’estimerais assez heureux si je pouvais tranquillement calmer cette soif qui m’afflige en continuation et si je pouvais mener ma vie libre dans un logement modeste, comme un homme d’origine ordinaire. Je ne dis pas en bonne santé, car je ne le serai plus jamais, mais au moins pas affreusement malade comme je le suis. Honoré, je ne le demande pas, mais au moins pas détesté. Vivre selon les lois humaines, je ne dis pas, mais au moins selon celles des bêtes, qui peuvent assouvir librement leur soif dans les fleuves et les sources, alors que je meurs de soif, je le redis. »
19 Ibid. : « La peur d’un long emprisonnement redouble ma douleur, aggravée par l’indignité de mes conditions de détention : l’aspect inculte de ma barbe, de mes cheveux, de mes habits, la saleté et l’encrassement me sont insupportables et surtout je souffre à cause de la solitude, ma cruelle et naturelle ennemie, qui déjà auparavant, au temps où j’étais libre, m’affligeait à tel point que j’allais chercher ou retrouver de la compagnie même à des heures inopportunes. Je suis sûr que même vous, qui ne me connaissez pas depuis très longtemps, me voyant dans un état pareil et dans une telle affliction, vous auriez pour moi de la compassion. »
20 Ibid., p. 575 (n° 454 à Maurizio Cattaneo à Rome) : « Je suis malheureux toute la journée, mais plus encore la nuit. Le seul remède que je trouve consiste à manger beaucoup et à satisfaire mon appétit de manière à plonger ensuite dans un profond sommeil. Souvent je fais le jeûne et souvent ce n’est pas par dévotion mais parce que je sens que mon estomac est plein, toutefois quand cela m’arrive je ne peux pas dormir. Ayez compassion de moi et sachez que je suis malheureux à cause de l’injustice de ce monde. Je baise vos mains. De Ferrare, le 25 décembre. »
21 Ibid., p. 161 (n° 190 à Maurizio Cattaneo, à Rome) : « […] j’informerai simplement Votre Seigneurie des dérangements que je subis lorsque je veux étudier ou écrire. Sachez donc que ces derniers sont de deux types : humains et diaboliques. Les humains consistent dans des cris d’hommes, mais particulièrement aussi de femmes et d’enfants, des rires pleins de moqueries et plusieurs cris d’animaux que les hommes simulent pour me torturer et des bruits produits par des choses inanimées que des mains d’homme agitent. Les diaboliques sont des enchantements et des sortilèges : bien que je ne puisse pas être sûr quant aux enchantements car les rats, dont ma chambre est pleine et qui me paraissent possédés par les démons, pourraient produire tout le bruit qu’ils font de manière naturelle, et pas seulement par art diabolique. D’autres bruits que j’entends pourraient venir d’un artifice humain, quant à leur source. Je suis presque sûr, cependant, qu’on m’a jeté un sort et le pouvoir de ces sortilèges est extraordinaire, puisque, lorsque je prends un livre pour étudier, ou la plume, j’entends des voix qui résonnent dans mes oreilles, et dans ces voix je reconnais des noms tels que Paul, Jacques, Jérôme, François, Fulvio et d’autres ; ce sont des gens qui me veulent peut-être du mal et qui ne souhaitent pas que je reste tranquille. S’ils n’étaient pas malveillants, ils prendraient soin de me faire changer gentiment d’avis par rapport à la mauvaise opinion que j’ai conçue d’eux à cause de leur art diabolique. Dans ces moments-là plus que le reste du temps, de grandes vapeurs me montent à la tête, bien que souvent je me mette à écrire avant les repas, et mes visions en sont toutes perturbées. […] Et s’il arrive que ces dérangements intérieurs s’ajoutent aux extérieurs, ce qui se produit la plupart du temps, j’entre dans une grande colère, et souvent je ne termine pas mes lettres, mais je les déchire […]. »
22 M. Bakhtine, Esthétique et théorie du roman, Paris, Gallimard, 1978, p. 237, définit le chronotope dans l’art littéraire comme « la fusion des indices spatio-temporels en un tout intelligible et sensible. […] Les indices du temps se découvrent dans l’espace, celui-ci est perçu et mesuré d’après le temps ».
23 M. Foucault [1972], Histoire de la folie à l’âge classique, Paris, Gallimard, 1998, p. 638.
24 Ms. R96 de la Bibliothèque Ambrosienne de Milan, copie de la lettre du Tasse que V. Pinelli a fait réaliser. Voir les Annexes pour un extrait de cette lettre, publiée dans l’éd. Guasti, vol. II, n° 244, p. 237.
25 Tasso, Lettere, vol. II, p. 477 : « J’ai entendu des bruits épouvantables et souvent dans mes oreilles ont résonné des sifflements, des cliquetis, des sons de clochettes, et le bruit comme d’horloges à corde : souvent on sonne une heure et alors que je dors j’ai eu l’impression qu’un cheval me tombait dessus et ensuite j’ai eu l’impression d’avoir les membres tous cassés. »
26 S. Bridier, Le cauchemar. Étude d’une figure mythique, Paris, Presses Universitaires de la Sorbonne, 2002. Je remercie Danielle Gourevitch pour ses remarques sur l’étymologie des mots nightmare et cauchemar.
27 J. Starobinski, Trois fureurs, Paris, Gallimard, 1974, p. 133 (chap. « La vision de la dormeuse »). Avant lui, pour l’étude de ce rapprochement entre les deux mots germaniques désignant le fantôme et la jument, voir E. Jones, Le cauchemar, Paris, Payot, 1973, p. 212.
28 Cl. Lecouteux, Fées, sorcières et loups-garous au Moyen Âge, Paris, Imago, 1992, p. 117 ; « Mara, Ephialtes, Incubus. Le cauchemar chez les peuples germaniques », Études germaniques, 42, 1987, p. 1-24.
29 K. Jaberg et J. Jud, Atlante linguistico ed etnografico dell’Italia e della Svizzera meridionale (Sprach- und Sachatlas Italiens und der Südschweiz), 1928-1940, Band IV, carte n° 812 (incubo), en ligne, URL : http://www3.pd.istc.cnr.it/navigais-web/
30 Voir en général G. Traina et N. Zago (dir.), Carceri vere e d’invenzione dal tardo Cinquecento al Novecento, Colloque international Ragusa-Comiso, 14-16 novembre 2007, Acireale/Roma, Bonanno Editore, 2009 ; pour H. d’Urfé, voir V. Mellinghoff Bourgerie, « Imago vitae. L’ambiguïté du modèle annéen dans le Premier Livre d’Epistres morales d’Honoré d’Urfé », dans M. C. Panzera (dir.), L’exemplarité épistolaire, Pessac, PUB, coll. « Eidôlon », n° 107, 2013, p. 63-83. Pour le cadre italien, C. Carminati, « Pubblico e privato : lettere dalla prigione di Giovan Battista Marino e Ferrante Pallavicino », ibid., p. 85-99.
31 C. Dauphin, « Les correspondances comme objet historique, un travail sur les limites », dans Ph. Artières et D. Kalifa (dir.), « Histoire et archives de soi », Sociétés & représentations, 13, 2002, p. 48e.
Auteur
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Maria Cristina Panzera
Université Bordeaux Montaigne CLARE EA 4593 CESCM de Poitiers CNRS
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