Les espaces de l’intime dans les villas impériales suburbaines
p. 39-54
Texte intégral
1Le suburbium, la vaste zone de campagne qui entourait la Rome antique et dont les limites ne sont pas définies avec précision1, était densément peuplé de nombreuses villas appartenant à l’aristocratie romaine, qui choisissait ces lieux pour l’ambiance de quiétude profonde et sereine, la beauté du paysage mais surtout pour la possibilité d’en faire un lieu de repos et de relaxatio animi. Le citoyen romain ressentait le besoin d’avoir un refuge où s’éloigner de la vie citadine et de la perturbatio animi qu’elle engendrait, afin de retrouver une dimension plus intime, reprendre ses forces et faire face aux tâches politiques avec un nouvel élan2.
2Sénèque, un des nombreux personnages illustres qui ont séjourné dans la campagne romaine, nous a laissé un témoignage de cette opposition entre l’angoisse de la vie de l’urbs et la quies de la campagne. Il écrit, dans une de ses lettres, avoir choisi de se retirer dans sa villa suburbaine sur la voie Nomentana et parle des bénéfices qu’il en a tirés :
J’ai fui dans ma terre de Nomentum […]. Tu veux savoir ce que j’ai gagné à décider mon départ ? À peine eus-je quitté le mauvais air de Rome […] je me suis aperçu aussitôt d’un changement dans mon état. Mais tu ne saurais croire à quel point ma vigueur s’est accrue, quand j’eus mis le pied dans mon vignoble. Lâché à la pâture, je m’en suis donné tout mon soûl. Je me suis pour le coup retrouvé, disparue cette langueur suspecte qui ne me disait rien qui vaille, je me remets à travailler de toute mon âme3.
3 La villa peut être considérée comme le lieu privilégié de l’otium, terme qui recouvre une grande variété de significations ; opposé au negotium, celui-ci pouvait être perçu soit comme une pause de la vie publique, soit comme un véritable état de solitude méditative, qui, grâce à la quies de la campagne, permettait de cultiver différentes activités comme la lecture, l’écriture et l’étude, et c’est pourquoi on parlait des docta otia4. Si ces dernières occupations jouent un rôle de premier plan dans la vie du citoyen romain, trouvant dans l’espace privé de la villa l’ambiance idéale pour être pratiquées, on apprend par les sources que la villa représentait également un lieu qui, grâce à ses paysages magnifiques, permettait de récupérer une dimension esthétique, difficile à trouver dans les résidences urbaines5.
4On retrouve souvent dans les textes les thématiques de la beauté esthétique et de la contemplation de la nature, comme par exemple dans les lettres que Pline le Jeune consacre à la description de ses villas6 : la grande villa de Laurentum, construite sur le bord de la mer non loin du Tibre, est décrite par l’auteur comme un lieu magique :
Vous vous étonnez que j’aime tant ma propriété du Laurentin […]. Vous ne vous étonnerez plus quand vous connaîtrez l’agrément de sa construction, la beauté de son site, l’étendue de sa plage7.
5 La joie de Pline de pouvoir se retirer dans sa villa se manifeste également dans la minutieuse description de la beauté du paysage, du climat doux et du confort de sa résidence8. De la même manière il décrit une autre villa qu’il possédait en Toscane, où la thématique de l’amoenitas de la nature est comparée avec la contemplation d’une œuvre d’art9.
6Le plaisir d’habiter dans une villa se caractérise de manière différente, en rapport avec les attentes et les désirs des propriétaires ; dans le cas des empereurs, dont la vie privée était souvent liée de façon indissoluble à la vie publique, la villa pouvait constituer un refuge loin du chaos de Rome et des intrigues politiques, dans lequel il était possible de récupérer une dimension plus intime.
7Les empereurs aimaient à tel point l’intimité et la tranquillité offertes par les grandes villas suburbaines que Tibère, surpris par un pêcheur qui avait réussi à pénétrer dans sa villa de Capri en passant par les rochers, le fit punir sévèrement :
Quelques jours après son arrivée à Caprée, il se livrait à la solitude, quand un pêcheur surgissant à l’improviste lui offrit un énorme surmulet : terrifié de voir que cet homme s’était glissé jusqu’à lui en escaladant, sur les derrières de l’île, des rochers presque inaccessibles, il lui fit labourer la face avec ce poisson ; puis, comme le pêcheur se félicitait, pendant le supplice, de ne pas lui avoir offert en même temps une très grosse langouste qu’il avait prise, Tibère lui fit encore déchirer le visage avec sa langouste10.
8L’intime est d’abord une question de lieu ; la recherche de l’intimité, rare à trouver dans une villa impériale où, plus qu’ailleurs, même les pièces les plus privées pouvaient avoir des contraintes publiques11, devait donc être poursuivie à travers la création d’espaces prévus à cet effet, où le souverain pouvait se retirer en solitude.
9 Cette réflexion a amené à s’interroger sur les lieux qui accueillaient la vie intime des empereurs dans les grandes villas impériales suburbaines ; à cet égard, deux cas semblent particulièrement révélateurs : la villa de Tibère à Sperlonga et la grande résidence d’Hadrien à Tivoli.
La villa de Tibère à Sperlonga
10Tibère, empereur décrit par les sources comme un personnage extrêmement réservé, comme nous l’avons vu auparavant, aimait quitter Rome pour se retirer de la vie publique ; avant de devenir empereur, il séjourna huit ans à Rhodes, tandis que, quelques années après avoir eu le pouvoir, il fit de l’île de Capri sa résidence permanente. Sa personnalité réservée s’exprime également dans la villa de Sperlonga12 [fig. 1], le praetorium Speluncae mentionné dans les sources comme le lieu d’un épisode dramatique : en 26 ap. J.-C., lorsque Tibère était en train de dîner avec des amis dans une grotte, un éboulement rocheux causa la mort de plusieurs personnes. L’empereur, qui faillit mourir et fut sauvé, selon Tacite, par le préfet du prétoire Séjan, décida en conséquence d’abandonner cette villa dangereuse pour se retirer à Capri13.

Fig. 1 : Sperlonga. Villa de Tibère, planimétrie (de F. Slavazzi, « La Villa della Grotta a Sperlonga : le nuove indagini », RPAA, 88, 2015-2016, p. 207, fig. 2).
11Le somptueux nymphée-triclinium, qui était au cœur de la villa, construit dans une grotte naturelle dont l’accès était surmonté d’une statue de Ganymède enlevé par l’aigle de Zeus, se composait d’un grand espace central et de deux annexes latérales. Entre la grande ouverture de la grotte et une plus petite qui se trouve à sa gauche, dans une dépression de la roche où l’eau s’écoulait, se trouvait un rocher sculpté en forme de proue de navire, ornée d’une mosaïque avec l’inscription Navis Argo P H, une allusion au mythe des Argonautes14. Sur chaque côté du bassin avaient été maçonnés contre la roche cinq sièges semi-circulaires, probablement destinés aux invités.
12Trois bassins pour l’élevage de poissons, ce qu’on appelait à Rome des piscinae, communiquant entre eux, étaient disposés à l’intérieur, devant et à côté de la grotte, mais leur dimension réduite leur conférait un rôle plus scénographique qu’utilitaire. Le système était articulé en trois bassins : le plus grand, circulaire, occupe presque toute l’abside de la grotte (avec un diamètre d’environ 30 m), au nord il y en a un autre plus petit et, en face, un bassin rectangulaire accueille l’île-triclinium, dont les parois étaient pourvues de fonds d’amphore utilisés pour la reproduction des poissons. La structure était divisée en deux parties : la plus éloignée de l’entrée de la grotte est divisée en compartiments qui servaient à l’élevage de différentes espèces de poisson, tandis que celle qui lui fait face était aménagée en triclinium d’été. Cette salle à manger à ciel ouvert, qui au besoin pouvait être couverte par un velarium, était accessible par de petits bateaux ou des passerelles en bois, qu’utilisaient aussi les serviteurs. Il s’agit d’une vraie coenatio maritima donnant sur la grotte, dont les dimensions réduites révèlent l’aspect intime des banquets qui s’y déroulaient et qui n’étaient ouverts qu’à un nombre limité de convives, qui avaient la chance de pouvoir contempler la grotte et ses sculptures.
13En effet, cette grotte constituait un vrai antrum Cyclopis, à l’intérieur duquel était placée la célèbre « Odyssée en marbre », selon l’heureuse formule de L’Orange15, un cycle statuaire composé d’au moins quatre groupes sculptés représentant des épisodes des poèmes homériques. Selon la reconstitution proposée par Baldassare Conticello et Bernard Andreae16, ces groupes, réalisés en marbre phrygien de Docimium entre l’époque augustéenne et celle de Tibère17, étaient disposés à l’intérieur ou autour du bassin circulaire, de façon à être tous visibles par les invités au banquet impérial [fig. 2] : un premier groupe, celui de l’aveuglement de Polyphème, se trouvait au fond de la grotte, derrière le bassin, tandis que à l’intérieur, émergeant de l’eau, légèrement déplacé à gauche pour laisser visible le premier groupe, se trouvait celui de Scylla, représentant le monstre attaquant le navire d’Ulysse18. De chaque côté du bassin il y avait un groupe statuaire limité à deux personnages, avec à gauche une copie du célèbre groupe du « Pasquino », dont l’identification reste controversée (on hésite entre Ulysse ou Ajax tirant le cadavre d’Achille du champ de bataille, et Ménélas sauvant le corps de Patrocle19), et à droite le groupe du Rapt du Palladion, au moment où Ulysse s’apprête à trahir et attaquer Diomède, qui tient la statue archaïque d’Athéna20.

Fig. 2 : Sperlonga. Restitution du décor sculpté de la grotte (de N. Cassieri, « La “spelunca” di Tiberio a Sperlonga », Forma Urbis a. 18, n. 12, 2013, p. 38).
14Dans la partie nord-est de la grotte on peut voir une salle entourée de banquettes dont la destination d’usage reste incertaine : il pourrait s’agir d’un autre triclinium, et/ou d’un lieu utilisé pour la mise en scène de spectacles, ou bien d’un espace d’exposition pour un autre groupe statuaire21.
15Mais à l’intérieur de cette somptueuse salle de réception, l’empereur avait réservé pour lui un espace privé et privilégié : un cubiculum cruciforme à trois alcôves. Cette pièce était richement décorée : les parois étaient revêtues de mosaïques avec tesselles en pâte de verre, coquillages et incrustations de pierre ponce ; le décor était organisé selon un système tripartite, avec une plinthe de couleur foncée, surmontée par des panneaux rectangulaires encadrés par des coquilles et dont la partie inférieure présente une corbeille de feuilles allongées de trois nuances différentes de vert22. Ce décor, qui date du début de la seconde moitié du Ier siècle, remplace l’ornement d’époque tibérienne, également riche et caractérisé par la prédominance de la couleur bleu égyptien. Dans un deuxième temps fut ouvert, dans la paroi sud du cubiculum, un passage qui conduisait dans une autre pièce dont il ne nous reste quasiment plus rien. L’emplacement et la fonction de cette chambre sont encore plus significatifs si on les considère en rapport avec le décor sculptural de la grotte et la personnalité de l’empereur : le point de vue privilégié offert par le cubiculum permettait de voir un spectacle qui exerçait sur lui un charme incontestable ; obsédé par l’insularité, à partir de son séjour à Rhodes jusqu’à Capri, en passant par Sperlonga, Tibère pouvait contempler la vie d’Ulysse, héros navigateur par excellence, mise en scène dans la grotte, au bord d’une côte où l’on situait l’épisode des Lestrygons, à proximité du mont dédié à la magicienne Circé. Qu’il s’agisse d’une représentation liée à des méditations de type stoïcien23 ou de la mise en scène astrologique de son destin24, on est devant un lieu tellement chargé de significations intimes pour l’empereur qu’il avait créé un espace privilégié et privé pour le contempler.
Le « Théâtre Maritime » de la villa d’Hadrien
16Ainsi le thème maritime est central dans un autre édifice, emblématique de la recherche d’intimité de la part des empereurs : le « Théâtre Maritime » de la villa d’Hadrien à Tivoli25 [fig. 3, en rouge sur le plan]. Tout d’abord il faut souligner qu’il s’agit d’un de premiers édifices bâtis dans la villa, dont la construction débuta autour de 117-118 et continua tout au long du règne d’Hadrien. En effet, cette résidence se présente comme un chantier continu26, qui s’installe sur le noyau républicain d’une villa d’environ deux hectares27.

Fig. 3 : Tivoli. Villa d’Hadrien, planimétrie (Scuola degli Ingegneri di Roma, 1905, élaborée par l’auteur).
17Cet édifice, qui doit son nom à la forme et au décor inspiré par des motifs marins qui le caractérisent, présente une architecture extrêmement particulière, mais en même temps très pratique et fonctionnelle ; il s’agit d’une île parfaitement circulaire qui mesure environ 25 m de diamètre, entourée d’un canal, profond de 1, 50 m, et d’un portique ionique de quarante colonnes en marbre cipolin [fig. 4]. L’accès se faisait au nord par deux ponts-levis, précédés d’un petit pronaos et qui pouvaient être levés et baissés exclusivement par les personnes qui se trouvaient sur l’île, de façon à assurer sécurité mais surtout intimité. Par la suite, les deux ponts-levis furent remplacés par deux ponts fixes en maçonnerie.
18L’intérieur était pourvu de toutes les pièces d’une domus romaine : les deux ponts donnaient accès à un atrium central avec impluvium, au nord duquel se trouvait une exèdre à portique semi-circulaire ; au sud on retrouve le tablinum, avec une grande fenêtre qui donnait sur le canal, et, de chaque côté, deux cubicula pour les invités, qui pouvaient y accéder par deux portes donnant sur la salle à manger. Une latrine était également à disposition des hôtes, tandis que la chambre impériale, située dans la partie orientale de l’île, était pourvue d’une latrine privée et d’une pièce à vivre, probablement un bureau ou un petit séjour privé. À l’est, on retrouve aussi deux petits triclinia d’été, une salle à manger pour l’hiver et, à côté d’un des deux accès, une latrine réservée aux personnes arrivant de l’extérieur. Il y avait également de petits thermes, avec deux tepidaria et un frigidarium à exèdre, duquel on pouvait descendre nager dans le canal revêtu de marbre, le seul exemple connu de piscine en forme d’anneau. L’édifice était richement décoré, avec des colonnes en marbre jaune de Chemtou surmontées par des frises avec un décor de thiasos marin et de courses de chars guidés par des Erotes28. Les sols étaient revêtus de mosaïques et d’opus sectile, tandis que les parois conservent les traces d’un revêtement de marbre à l’intérieur et à l’extérieur des murs29.

Fig. 4 : Tivoli. Planimétrie du « Théâtre Maritime » (de E. Salza Prina Ricotti, Villa Adriana : il sogno di un imperatore, Roma, L’« Erma » di Bretschneider, 2001, p. 131, fig. 43)
19Il s’agit d’un édifice tout à fait exceptionnel, une vraie villa en miniature où tout était parfaitement conçu, à partir de la disposition des pièces jusqu’aux parcours internes, afin de garantir l’intimité de l’empereur. De plus, ses dimensions réduites permettaient de l’entretenir facilement, pour que l’empereur pût y aller quand il voulait, sans aucun préavis30. Le fait qu’il soit un des premiers bâtiments construits dans la villa montre que son rôle était prioritaire pour Hadrien ; la recherche d’un espace de l’intime, d’un lieu réservé, tranquille et doté de tout confort, a guidé la création du projet architectural.
20En effet, l’emplacement central mais en même temps isolé du « Théâtre Maritime » en fait un lieu stratégique pour l’empereur, une vraie charnière entre les différents édifices où il pouvait se retirer tout en gardant la possibilité de se déplacer rapidement à l’intérieur de la villa. Plusieurs portes mettaient en communication le portique circulaire avec les autres bâtiments, comme la « Bibliothèque Grecque », la « Cour des Bibliothèques », la « Salle des Philosophes », où il faut probablement reconnaître la salle des audiences, et, grâce à un passage souterrain, l’ensemble de structures qui gravitait autour du Nymphée-Stade31.
21Trouver des comparaisons pour cet édifice extraordinaire est difficile ; du point de vue planimétrique, W. MacDonald a mis en évidence la ressemblance avec le plan du palais fortifié de l’Hérodion, construit par Hérode Ier le Grand à environ 12 km au sud de Jérusalem32, tandis que M. Torelli a proposé une comparaison avec le Plataniste, le gymnase de Sparte décrit par Pausanias33 comme une île circulaire entourée d’un canal et identifié avec le prétendu hémicycle des « thermes d’Arapissa34 ».
22Selon l’hypothèse formulée par F. Coarelli, Hadrien se serait inspiré pour son projet du palais de Denys l’Ancien à Syracuse35 ; en effet le tyran avait fait réaliser une petite île entourée d’un canal et accessible par un seul pont-levis, qu’il pouvait lever pour être en sécurité. À cela pourrait faire allusion Suétone, dans un passage de la vie d’Auguste où il parle d’un édifice similaire appelé « Syracuse » et construit par l’empereur sur le Palatin pour en faire un lieu de retraite et d’intimité, tout comme l’île du « Théâtre Maritime36 ».
23Le « Théâtre Maritime » constitue donc un unicum dans l’architecture romaine, l’architecte (peut-être Hadrien lui-même) réussit à concentrer dans un petit espace tout le nécessaire pour en faire une vraie résidence impériale. En outre, la présence du pronaos rectangulaire pourrait nous rappeler le plan du Panthéon : de cette manière l’édifice se qualifie à l’extérieur comme la résidence de l’empereur-dieu, bien qu’à l’intérieur on retrouve, au lieu d’un temple, la demeure privée de l’empereur-homme. Sa forme circulaire pourrait aussi faire allusion au cosmos, comme si cette villa en miniature était au centre de l’univers37.
24Ce qui est commun aux deux aménagements impériaux de Sperlonga et Tivoli, est sans doute le thème de l’insularité, centrale dans la recherche et la construction d’espaces de l’intime dans les villas impériales38. Si l’île-triclinium de la villa de Sperlonga ainsi que son petit cubiculum laissaient le propriétaire et les invités isolés et encourageaient la contemplation de la grotte et de son programme décoratif, dans l’île-villa du « Théâtre Maritime » l’isolement demandé était assuré à travers le canal et le mur circulaire du périmètre, qui, à la différence de Sperlonga, cachait à la vue ce qui se passait à l’intérieur.
25L’île, qui servait accessoirement de lieu d’exil forcé, comme nous le montre le cas de Julie confinée dans l’île de Pandataria39, pouvait être également considérée comme le lieu de retraite volontaire par excellence chez les nobles romains. Songeons, par exemple, à l’un des dialogues entre Cicéron et Atticus :
Atticus : Veux-tu, puisque nous nous sommes déjà bien assez promenés et que tu dois aborder un autre sujet de discours, veux-tu que nous changions de place et que nous allions nous asseoir dans l’île, au milieu du Fibrène – car c’est ainsi, je pense, que s’appelle ce deuxième cours d’eau – pour nous consacrer à la suite de cet entretien ? Marcus : Oui, car c’est un endroit qu’il m’est très agréable de fréquenter, soit que je veuille m’y livrer seul à mes réflexions, soit que j’aie quelque ouvrage à écrire ou à lire40.
26Nous savons que les Romains ne se contentaient pas de faire aménager des retraites à l’intérieur de leurs villas, mais ils conféraient à ces espaces isolés une vraie coloration morale ou spirituelle. C’est le cas de Marc Antoine, qui, au témoignage de son biographe Plutarque41 et de Strabon42, avait fait construire une diaeta, un pavillon isolé, auquel il avait donné le nom de Timon, le célèbre misanthrope athénien43, pour s’éloigner du commerce de ses contemporains, qui étaient de plus en plus nombreux à le trahir. Ce palais, appelé Timoneion, était le lieu où il souhaitait se retirer pour vivre une vie de reclus après la défaite d’Actium.
27Pour conclure, le dialogue muet de Tibère avec Ulysse, l’île circulaire d’Hadrien, comme suspendue au centre de l’univers, et le Timoneion d’Alexandrie de Marc Antoine, présentent trois variations sur le thème de l’intimité chez les Romains, qui trouvaient dans les moments de solitude volontaire l’occasion de se confronter seuls à seuls avec leur destin.
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Notes de bas de page
1 Pour la problématique concernant la définition et les limites du suburbium de Rome, voir X. Lafon, « Le Suburbium », Pallas, 55, 2001, p. 199-214, et M. J. Mandich, « Re-defining the Roman ‘suburbium’ from Republic to Empire : A Theoretical Approach », TRAC 24, Oxford, 2015, p. 81-99, avec bibliographie précédente.
2 Voir L. Zerbini, « Il piacere di vivere in villa : testimonianze letterarie », dans J. Ortalli (dir.), Vivere in villa. Le qualità delle residenze agresti in età romana, Atti del Convegno tenutosi all’Università di Ferrara, 10-11 gennaio 2003, Firenze, Le Lettere, 2006.
3 Sénèque, Epist. 104, 1, 6 : In Nomentanum meum fugi […]. Quaeris ergo quomodo mihi consilium profectionis cesserit ? Ut primum grauitatem urbis excessi […], protinus mutatam ualetudinem sensi. Quantum deinde adiectum putas uiribus postquam uineas attigi ? In pascuum emissus cibum meum inuasi. Repetiui ergo iam me ; non permansit marcor ille corporis dubii et male cogitantis. Incipio toto animo studere. (éd. et trad. H. Noblot, Paris, Les Belles Lettres, 1962). Pour la villa dans les lettres de Sénèque voir, entre autres, G. Tosi, « La villa romana nelle Epistulae ad Lucilium di L. Anneo Seneca », AN, 45-46, 1974-1975, p. 217-226 et L. Castagna, « Ville, villeggiatura, viaggi di piacere in Seneca e Plinio il Giovane », dans O. Devillers (dir.), Neronia IX. La villégiature dans le monde romain de Tibère à Hadrien, Actes du IXe congrès de la SIEN (Villa Vigoni, Loveno di Menaggio, 3-6 octobre 2012), Pessac/ Paris, Ausonius/De Boccard, coll. « Scripta Antiqua », 62, 2014, p. 47-54, avec bibliographie.
4 Sur la thématique de l’otium voir, en particulier, J.-M. André, L’otium dans la vie morale et intellectuelle romaine des origines à l’époque augustéenne, Paris, Presses Universitaires de France, 1966 ; A. Zaccaria Ruggiu, Spazio privato e spazio pubblico nella città romana, Roma, École française de Rome, 1995, p. 339-342 ; A. Donati, « Vivere in villa : l’otium del bonus agricola », Atti e Memorie della Deputazione di Storia Patria per le province di Romagna, N. S., 48, 1997, p. 323-328 ; C. Bertelli, L. Malnati et G. Montevecchi (dir.), Otium : l’arte di vivere nelle domus romane di età imperiale (Catalogue de l’exposition homonyme tenue à Ravenne, Complesso di San Nicolò, du 15 mars au 5 octobre 2008), Milano, Skira, 2008. Pour les docta otia, voir K. S. Myers, « Docta otia : Garden Ownership and Configurations of Leisure in Statius and Pliny the Younger », Arethusa, 38, 2005, p. 103-129.
5 Voir L. Zerbini, « Il piacere di vivere in villa : testimonianze letterarie », dans J. Ortalli (dir.), Vivere in villa. Le qualità delle residenze agresti in età romana, art. cit.
6 Voir G. A. Mansuelli, « La villa nelle Epistulae di C. Plinio Secondo », StudRomagn, 29, 1978, p. 59-76.
7 Pline., Epist. 2, 17, 1 : Miraris, cur me Laurentinum […] meum tanto opere delectet ; desines mirari, cum cognoueris gratiam uillae, opportunitatem loci, litoris spatium. (éd. et trad. A.-M. Guillemin, Paris, Les Belles Lettres, 1927)
8 Ibid., 2, 17.
9 Ibid., 5, 6, 13 : Magnam capies uoluptatem, si hunc regionis situm ex monte prospexeris. Neque enim terras tibi, sed formam aliquam ad eximiam pulchritudinem pictam uideberis cernere ; ea uarietate, ea descriptione, quocumque inciderint oculi, reficientur. Pour la thématique de l’amoenitas dans les lettres de Pline voir G. Galimberti Biffino, « Amoenitas, utilitas e voluptas in ville e villeggiatura : testimonianze di Vitruvio e di Plinio il Giovane », dans O. Devillers (dir.), Neronia IX. La villégiature dans le monde romain de Tibère à Hadrien, op. cit., p. 37-46 (avec bibliographie précédente).
10 Suétone, Tib., 60, 1 : In paucis diebus quam Capreas attigit piscatori, qui sibi secretum agenti grandem mullum inopinanter obtulerat, perfricari eodem pisce faciem iussit, territus quod is a tergo insulae per aspera et deuia erepsisset ad se ; gratulanti autem inter poenam, quod non et lucustam, quam praegrandem ceperat, obtulisset, lucusta quoque lacerari os imperauit. (éd. et trad. H. Ailloud, Paris, Les Belles Lettres, 1932). Sur cet épisode voir E. Champlin, « Tiberius the Wise », Historia, 57, 2008, p. 408-425.
11 Pour le rapport entre public et privé dans les résidences romaines, voir A. Wallace-Hadrill, « The Social Structure of the Roman House », PBSR, 56, 1988, p. 43-97 et A. Zaccaria Ruggiu, Spazio privato e spazio pubblico nella città romana, op. cit., p. 406-409.
12 Pour la villa, qui n’a jamais fait l’objet d’une publication globale et exhaustive, voir G. Jacopi, L’antro di Tiberio a Sperlonga, Roma, Istituto di studi romani, coll. « Monumenti Romani », 4, 1963 ; B. Andreae, Praetorium Speluncae : Tiberius und Ovid in Sperlonga, Mainz, Akademie der Wissenschaften und der Literatur, 1994 ; N. Cassieri, La Grotta di Tiberio e il Museo Archeologico Nazionale di Sperlonga, Roma, Istituto Poligrafico e Zecca dello Stato, 2000 ; Ead., « La “spelunca” di Tiberio a Sperlonga », Forma Urbis a. 18, n° 12, 2013, p. 24-48. Pour les nouvelles recherches sur la villa voir F. Slavazzi, « La Villa della Grotta a Sperlonga : le nuove indagini », RPAA, 88, 2015-2016, p. 203-220. Pour la grotte voir H. Lavagne, Operosa antra. Recherches sur la grotte à Rome de Sylla à Hadrien, Roma, École Française de Rome, coll. « Bibliothèques des Écoles Françaises d’Athènes et de Rome », série I, 272, 1988, p. 513-572 et, en dernier lieu, E. Calandra, « Banchettare sull’acqua : Tiberio e gli altri », dans F. Slavazzi et C. Torre (dir.), Intorno a Tiberio 1. Archeologia, cultura e letteratura del Principe e della sua epoca, Firenze, All’Insegna del Giglio, 2016, p. 11-17, avec bibliographie précédente. Des doutes sur l’appartenance de la villa à Tibère ont été exprimés par S. Panciera, « Procurator huius praetori », dans M. Tačeva et D. Bojadžiev (dir.), Studia in honorem Borisi Gerov, Sofia, Sofia Press, 1990, p. 174-189.
13 Tacite, Ann., 4, 59 : Ac forte illis diebus oblatum Caesari anceps periculum auxit uana rumoris praebuitque ipsi materiem cur amicitiae constantiaeque Seiani magis fideret. Uescebantur in uilla cui uocabulum Speluncae mare Amunclanum inter et Fundanos montis natiuo in specu. Eius os lapsis repente saxis obruit quosdam ministros : hinc metus in omnis et fuga eorum qui conuiuium celebrabant. Seianus genu uoltuque et manibus super Caesarem suspensus opposuit sese incidentibus atque habitu tali repertus est a militibus qui subsidio uenerant. L’épisode est raconté aussi par Suétone, Tib. 39.
14 Pour le débat sur l’interprétation des lettres P H, voir B. Andreae, Praetorium Speluncae : Tiberius und Ovid in Sperlonga, op. cit., p. 25-28, et F. Pesando, « Navis Argo PH(AEACUM). Sperlonga e un’esegesi tiberiana ? », dans J. Bonetto et alii (dir.), I mille volti del passato. Scritti in onore di Francesca Ghedini, Roma, 2016, p. 811-816.
15 H. P. L’Orange, « Odysseen i marmor. De store nye funn av hellenistisk og romersk originalskulptur i Tiberiusgrotten i sperlonga », Kunst og Kultur, 47, 1964, p. 193-228.
16 Pour l’étude des sculptures voir B. Andreae et B. Conticello, Die Skulpturen von Sperlonga. I gruppi scultorei di soggetto mitologico a Sperlonga, Berlin, G. Mann, 1974, et B. Andreae, Praetorium Speluncae : Tiberius und Ovid in Sperlonga, op. cit.
17 Pour l’analyse des marbres et la datation des sculptures voir D. Attanasio, M. Bruno et W. Prochaska, « I marmi docimeni dei gruppi scultorei dell’antro di Tiberio a Sperlonga », dans G. Ghini et Z. Mari (dir.), Lazio e Sabina 8, Atti del Convegno, Roma, 30-31 marzo, 1 aprile 2011, Roma, Quasar, 2012, p. 403-417.
18 Ce dernier a conservé la signature des artistes, les trois sculpteurs rhodiens Hagésandre, Polydore et Athénodore, à qui Pline attribue la réalisation du Laocoon (Pline, Nat., 36.37) ; pour le rapport entre cette statue et les sculptures de Sperlonga voir, entre autres, E. La Rocca, « Artisti rodii negli horti romani », dans M. Cima et E. La Rocca (dir.), Horti Romani, Atti del Convegno Internazionale. Roma, 4-6 maggio 1995, Roma, L’« Erma » di Bretschneider, 1998, p. 203-274 ; S. Settis, Laocoonte. Fama e stile, Roma, Donzelli, 1999, p. 51-55 ; P. Liverani, « Il Laocoonte in età antica », dans F. Buranelli, P. Liverani, A. Nesselrath (dir.), Laocoonte. Alle origini dei Musei Vaticani, Roma, « L’Erma » di Bretschneider, 2006, p. 23-40, en particulier p. 26-35.
19 Pour l’état de la question, très débattue, voir M. Maiuro, « Oltre il Pasquino. Achille, il culto imperiale e l’istituzione ginnasiale tra oriente e occidente nell’Impero romano », ArchClass, 58, 2007, p. 165-246, et E. Champlin, « The Odyssey of Tiberius Caesar », C & M, 64, 2013, p. 199-246, avec bibliographie précédente.
20 Du groupe il reste seulement le corps acéphale d’Ulysse et la main de Diomède qui tient le Palladion, mais son apparence peut être restituée à travers la comparaison avec un relief funéraire d’Athènes (voir B. Andreae et B. Conticello, Die Skulpturen von Sperlonga, op. cit., p. 95-108).
21 Pour cette dernière hypothèse voir B. Andreae (dir.), Odysseus : Mythos und Erinnerung. Catalog of exhibition held at Haus der Kunst, München, Oct. 1, 1999-Jan. 9, 2000, Mainz, P. von Zabern, 1999, p. 185-188.
22 Le décor des panneaux présente des comparaisons strictes avec les peintures de iiie et surtout de ive style (voir N. Cassieri, « La “spelunca” di Tiberio a Sperlonga », art. cit., p. 38-40).
23 H. Lavagne, op. cit., p. 550-551.
24 G. Sauron, Dans l’intimité des maîtres du monde. Les décors privés des Romains, Paris, Picard, 2009, p. 174-185.
25 La bibliographie sur cette villa est extrêmement vaste et variée ; parmi les innombrables ouvrages, je me limite, ici, à signaler ceux de S. Aurigemma, Villa Adriana, Roma, Istituto Poligrafico dello Stato, 1961 ; M. De Franceschini, Villa Adriana. Mosaici, pavimenti, edifici, Roma, L’« Erma » di Bretschneider, 1991 ; E. Salza Prina Ricotti, Villa Adriana : sogno di un imperatore, Roma, L’« Erma » di Bretschneider, 2001. Pour une étude monographique de l’édifice connu sous le nom de « Théâtre Maritime », voir M. Ueblacker, Das Teatro marittimo in der Villa Hadriana, Mainz am Rhein, P. von Zabern, coll. « Deutsches Archäologisches Institut. Römische Abteilung. Sonderschriften 5 », 1985.
26 La distinction conventionnelle de trois phases dans la construction de la villa (la première de 118 à 121, la deuxième de 125 à 128 et la troisième de 134 à 138, voir H. Bloch, I bolli laterizi e la storia dell’edilizia romana : contributi all’archeologia e alla storia di Roma, Roma, Anastatica, 1947, p. 117-183), partiellement liée à la chronologie des timbres sur les briques et aux longues périodes d’absence de l’empereur (de 121 à 125 et de 128 à 134), ne semble pas refléter la complexité de ce chantier, qui fut objet de nombreux remaniements et modifications. Cependant, il est probable que la présence de l’empereur dans la villa donna un nouvel élan à l’avancement des travaux (voir F. C. Giuliani, « La Villa », dans A. Giuliano (dir.), Villa Adriana, Milano, Silvana Editoriale, 1988, p. 86-87).
27 Le respect des structures précédentes et le développement de la planimétrie de la villa à partir de ce noyau suggèrent l’hypothèse que les travaux de construction commencèrent peu avant le début du règne d’Hadrien et que, après 117, ils se poursuivirent avec un nouveau projet plus grandiose (F. C. Giuliani, « La Villa », art. cit., p. 86).
28 C. Caprino, « Fregi Architettonici Figurati », dans M. Ueblacker, Das Teatro marittimo in der Villa Hadriana, op. cit., p. 61-84, pl. 56-79.
29 Pour le décor de l’édifice voir M. Ueblacker, Das Teatro marittimo in der Villa Hadriana, op. cit., p. 34-40 et M. De Franceschini, Villa Adriana. Mosaici, pavimenti, edifici, op. cit., p. 431-433.
30 E. Salza Prina Ricotti, Villa Adriana : il sogno di un imperatore, op. cit., p. 130.
31 M. De Franceschini, Villa Adriana. Mosaici, pavimenti, edifici, op. cit., p. 435.
32 W. L. MacDonald, « Hadrian’s Circles », dans R. T. Scott et A. Reynolds Scott (dir.), Eius Virtutis Studiosi : Classical and Postclassical Studies in Memory of Frank Edward Brown (1908-1988), Washington DC, National Gallery of Art, 1993, p. 399-400 ; W. L. MacDonald et J. A. Pinto, Hadrian’s Villa and Its Legacy, New Haven/London, Yale University Press, 1995, p. 87-88. Le palais présente un plan circulaire, avec trois bastions semi-circulaires au nord, au sud et à l’ouest (voir E. Netzer (dir.), Herodium : Final Reports of the 1972-2010 Excavations, Jerusalem, Israel Exploration Society, 2015).
33 Pausanias, 3, 14, 8-11 : « Vous arrivez ensuite au Plataniste, endroit qu’on nomme ainsi, parce qu’il est entouré de platanes très hauts et qui se touchent. Cet endroit destiné aux combats des adolescents est entouré d’un Euripe (un canal plein d’eau) qui en forme une île. Deux ponts y conduisent ; sur l’un on voit la statue d’Hercule, et sur l’autre celle de Lycurgue. » (trad. M. Clavier, Société Royale Académique de France, 1821).
34 M. Torelli, « Da Sparta a Villa Adriana : le terme d’Arapissa, il ginnasio del Platanistas e il Teatro Marittimo », dans M. Gnade (dir.), Stips votiva : Papers presented to C. M. Stibbe, Amsterdam, Allard Pierson Museum, University of Amsterdam, 1991, p. 225-232 ; le rapprochement a été fait en raison de la planimétrie particulière des deux édifices et de l’accès, qui se faisait, dans les deux cas, à travers deux ponts-levis.
35 F. Coarelli., Sicilia, Roma, Guide Archeologiche Laterza, 1984, p. 223.
36 Suétone., Aug. 72, 4 : Si quando quid secreto aut sine interpellatione agere proposuisset, erat illi locus in edito singularis, quem Syracusas et technophyon uocaba ; huc transibat aut in alicuius libertorum suburbanum.
37 Voir M. De Franceschini, Villa Adriana. Mosaici, pavimenti, edifici, op. cit., p. 436. Pour le rapport entre le « Théâtre Maritime » et le Panthéon, voir A. K. Frazer, « Hadrian’s Villa at Tivoli, Teatro Marittimo and Pantheon », dans C. L. Striker (dir.), Architectural Studies in Memory of Richard Krautheimer, Mainz am Rhein, P. von Zabern, 1996, p. 77-78.
38 Pour la thématique de l’insularité en rapport avec le « Théâtre Maritime » voir W. MacDonald, qui définit l’édifice « Island Enclosure » (W. L. MacDonald, art. cit., p. 398 ; W. L. MacDonald et J. A. Pinto, Hadrian’s Villa and Its Legacy, op. cit., p. 89).
39 Dion Cassius, 55,10.
40 Cicéron, Leg., 2, 1, 1 : Atticus : Sed uisne, quoniam et satis iam ambulatum est, et tibi aliud dicendi initium sumendum est, locum mutemus et in insula quae est in Fibreno (nam opinor hoc illi alteri flumini nomen esse) sermoni reliquo demus operam sedentes ? — Marcus : Sane quidem. Nam illo loco libentissime soleo uti, siue quid mecum ipse cogito, siue aliquid scribo aut lego. (éd. et trad. G. de Plinval, Paris, Les Belles Lettres, 1959)
41 Plutarque, Ant., 69, 6-70 : « Antoine, quittant la ville et cessant toute relation avec ses amis, fit établir une jetée sur la mer près de Pharos et construire là pour lui-même une demeure maritime, où il vécut, fuyant la société des hommes. Il disait qu’il aimait et voulait imiter la vie de Timon, puisqu’il avait fait des expériences analogues aux siennes : victime lui-même de l’injustice et de l’ingratitude de ses amis, pour cette raison il avait pris en défiance et en haine l’humanité entière. » (éd. et trad. R. Flacelière et E. Chambry, Paris, Les Belles Lettres, 1977).
42 Strabon, 17, 1, 9 : « Antoine le prolongea encore davantage [le Poséidion] par un môle au milieu du port, au bout duquel il fit construire une résidence royale surnommée le Timoneion : ce fut la dernière chose qu’il fit lorsqu’après la défaite d’Actium il revint à Alexandrie abandonné par ses amis et décidé à passer, comme Timon, le reste de sa vie à l’écart de tant de soi-disant amis. » (éd. et trad. B. Laudenbach, Paris, Les Belles Lettres, 2015). Les indications topographiques de Strabon semblent être confirmées par les dernières fouilles archéologiques, qui ont mis au jour les vestiges d’un important bâtiment, construit sur un môle situé à l’extrémité d’une digue partant de la péninsule du Poseidion à Alexandrie. Il s’agit de soubassements datant de la fin du Ier siècle av. J.-C., avec des réaménagements de l’époque des Antonins (voir F. Goddio, « La redécouverte des sites : Alexandrie », dans D. Fabre et F. Goddio (dir.), Trésors engloutis d’Égypte, Catalogue de l’exposition, Paris/Milano, Seuil, 2006, p. 50-53).
43 Pour l’histoire et la fortune du personnage, voir T. Lenschau, s. v. Timon, 12, dans R. E., VI A2 (1937), coll. 1299-1301. Sur le rôle joué par Timon dans la vie de Marc Antoine, voir M. G. Angeli Bertinelli, « Gli epitafi di Timone, modello di Antonio dopo Azio », dans G. Paci (dir.), Contributi all’epigrafia d’età augustea, Actes de la XIIIe rencontre franco-italienne sur l’épigraphie du monde romain. Macerata 9-11 settembre 2005, Tivoli, Editrice Tipigraf, 2007, p. 15-30, en particulier p. 22-26.
Auteur
-
Eleonora Malizia
Université de Strasbourg UMR 7044 ArcHIMèdE
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