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    Plan détaillé Texte intégral Le Festin de Trimalchion ou le règne de l’inconvenance ? La position difficile de narrateur Une revendication libertaire ? Une œuvre inconvenante ? Une réflexion sur la liberté et la création littéraire Conclusion Notes de bas de page Auteur

    L’inconvenance

    Ce livre est recensé par

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    Table des matières

    Vrbanitas et inconvenance dans le Satiricon de Pétrone : un enjeu libertaire ?

    Géraldine Puccini

    p. 27-40

    Texte intégral Le Festin de Trimalchion ou le règne de l’inconvenance ? Raffinement et distinction de Trimalchion et de son univers La première apparition de Trimalchion Réhabilitation du corps et de ses besoins physiologiques L’obsession de la nourriture et de la richesse La position difficile de narrateur Une revendication libertaire ? Une œuvre inconvenante ? Une réflexion sur la liberté et la création littéraire Conclusion Notes de bas de page Auteur

    Texte intégral

    1L’inconvenance est une catégorie de pensée qui est soumise à une relation dialectique avec la catégorie respective qui lui est opposée, la convenance. Cette dernière « tient une place précise dans la théorie de l’éloquence. Elle constitue, après la clarté, la pureté et l’ornatus, la quatrième des uirtutes dicendi, des qualités fondamentales de l’expression, que tout bon professeur doit enseigner à ses élèves1». Cette doctrine est présentée de manière détaillée dans la Rhétorique à Herennius, par Cicéron2 qui s’inspire de Platon3 et d’Aristote4, puis par Quintilien5. La notion de convenance se dit en latin par les mots de la famille de decus (decet, decorum) et par aptum. Elle possède une valeur morale, car le decus est associé aux notions morales d’honestas, de dignitas, de uirtus et s’oppose, entre autres, à dedecus, ignominia6.

    2Cette notion peut prendre un caractère plus général qui se rattache alors à la philosophie. Au decus stylistique s’ajoute le decus des comportements sociaux. « Il s’agit de savoir comment un homme doit adapter ses devoirs aux circonstances », problématique particulièrement étudiée par les Stoïciens, mais aussi par Cicéron dans le livre I du De officiis, où, s’inspirant de Panétius, il « parle de la convenance à propos de la vertu de temperantia, distingue ses différentes formes (dignitas, uenustas) et présente à son propos une théorie des “rôles” (personae) : pour constituer notre personnage, nous devons à la fois respecter la nature et nous plier aux exigences particulières impliquées par nos fonctions7». Dans l’Orator, Cicéron remarque que « rien n’est plus difficile que de voir ce qu’il convient dans la vie comme dans le discours8».

    3Cette adéquation ou non du comportement humain aux circonstances fait également l’objet d’une représentation littéraire imaginaire, quasi unique, dans la littérature latine. L’interaction entre inconvenance et urbanitas est, en effet, particulièrement prégnante dans l’œuvre romanesque de Pétrone et la singularise dans le groupe des « romans antiques » où il est convenu de la classer. « En tout état de cause, il ne faut pas perdre de vue le fait que Le Satyricon n’est réductible à aucun des autres romans antiques, qu’il s’agisse des romans grecs ou de celui d’Apulée », rappelle René Martin dans son étude de l’œuvre de Pétrone9. Atypique à bien des égards, ce roman se distingue des autres œuvres classées dans cette catégorie générique, notamment par l’inclusion d’un épisode « sociologique », le Festin de Trimalchion (Cena Trimalchionis), qui, en mettant en scène de richissimes affranchis lors d’un interminable banquet où le narrateur et ses amis sont conviés, permet de mesurer, à l’aune des notions de convenance et d’inconvenance, le comportement et le langage de ce groupe social particulier, et de les mettre en perspective par rapport au code de l’urbanitas dont se prévalent les personnages de condition libre.

    4Je souhaite montrer comment le Satiricon est, dans la fiction latine parvenue jusqu’à nous, la seule œuvre qui propose une subversion du decus comme stratégie de composition de la transgression, qui détermine l’aspect comique et humoristique du texte10. Cette subversion du decus, la déviance qu’elle suppose par rapport aux usages et aux règles de bienséance en cours dans un groupe social à une époque donnée impliquent de s’interroger sur les usages et leur respect qui, dans la Rome antique, relèvent de la notion d’urbanitas.

    5La Cena Trimalchionis est exemplaire de ce point de vue. Elle s’inscrit dans la veine du « réalisme » littéraire issu de la tradition comique et satirique et permet de combiner dans le portrait de Trimalchion la tradition de l’hôte riche et vulgaire, issue de Lucilius, reprise par Horace (Satire II, 8) et par Juvénal (Satire 11), avec la représentation d’un phénomène social contemporain — celui de la montée d’un nouveau groupe social au premier siècle de notre ère, celui des affranchis. Ce choix sans précédent de prendre pour personnages des gens n’appartenant pas à l’élite sociale est particulièrement subversif.

    6Il s’agira en premier lieu d’étudier où se situe l’inconvenance au cours de ce festin et qui se montre inconvenant, des affranchis ou des hommes de condition libre qui assistent au festin (le narrateur Encolpe et ses amis), puis de rechercher le sens de cette inconvenance qui contrevient à l’urbanitas, en principe l’apanage des hommes de condition libre. Est-ce le choc de deux cultures ? la culture de l’élite sociale et intellectuelle, celle qui est censée posséder au plus haut degré l’urbanitas, contre la culture populaire, vulgaire et grossière ?

    7Cela nous conduira à envisager pour finir une perspective métalittéraire à ce long récit, et à analyser comment la représentation d’une inconvenance sociale peut refléter celle de la création littéraire romanesque, forme originale sans précédent dans la littérature latine, qui contrevient aux normes des genres déjà existants.

    Le Festin de Trimalchion ou le règne de l’inconvenance ?

    Raffinement et distinction de Trimalchion et de son univers

    8La première mention de Trimalchion dans le texte intervient dans la bouche d’un esclave qui vient rappeler à Encolpe et ses amis qu’ils ont reçu une invitation à dîner pour le soir chez un affranchi qui a amassé une fortune colossale : aux yeux de l’esclave, il est Trimalchio, lautissimus homo11. L’adjectif lautus désigne une personne distinguée et brillante et est associé à la sphère de l’urbanitas, comme en atteste l’emploi couplé des deux adjectifs lautus et urbanus chez Cicéron12. L’urbanitas permet de désigner les traits caractéristiques de la ville de Rome, et en particulier, le bon ton, la politesse de mœurs du citadin, son esprit fin et spirituel, capable de faire des plaisanteries, des jeux de mots raffinés. Cette urbanitas, le narrateur Encolpe croit la percevoir dans l’ordonnancement du festin, dans sa spectacularisation fondée sur l’esthétique de la surprise et de l’inattendu13. Ne la comprenant pas, parce qu’il n’est pas initié au code du festin, il s’en émerveille au début et ne perçoit pas qu’il s’agit de « fausses élégances ». Lorsqu’il est obligé de questionner son voisin de table sur le sens de ce qu’il mange ou voit, celui-ci se moque de lui. Encolpe maudit alors sa stupidité et n’ose plus lui poser de questions sur les truquages du festin : « Je ne voulais pas avoir l’air de ne jamais avoir dîné chez des gens distingués » (inter honestos cenasse)14. Encolpe a oublié la distinction qu’opérait Cicéron dans le De oratore entre les orateurs romains et les orateurs non romains qui ne peuvent, quoi qu’ils fassent, jamais atteindre la qualité d’urbanitas, précisément parce qu’ils ne sont pas de Rome15.

    La première apparition de Trimalchion

    9La première apparition de Trimalchion est un véritable « coup de théâtre » et offre un spectacle inouï : Encolpe aperçoit soudain « un vieillard chauve, vêtu d’une tunique rouge foncé, qui jouait à la balle au milieu de jeunes esclaves à la longue chevelure »16. Chaussé de pantoufles, il s’exerce avec une balle verte. Le « portrait-charge » joue sur l’association de deux couleurs criardes, considérées dans l’Antiquité comme de très mauvais goût, sur l’accumulation écœurante de luxe et de richesse, et sur l’idée de gâchis qui s’y ajoute. On ne ramasse pas les balles tombées à terre, car un esclave, pourvu d’un sac plein, les distribue aux joueurs.

    10Il faut attendre la véritable entrée spectaculaire de Trimalchion au chapitre 32 pour qu’elle arrache un rire de moquerie à Encolpe et ses amis :

    Trimalchion fut amené au son de l’orchestre et déposé sur de minuscules coussins, ce qui nous fit éclater de rire, tant cette entrée était inattendue. Figurez-vous que sa tête rasée émergeait d’un manteau écarlate et, autour de son cou emmailloté dans une tunique, il avait encore jeté un foulard orné d’une bande pourpre et de franges qui pendaient de tous côtés17.

    11Le caractère comique et ridicule de l’apparence de Trimalchion est complété par un comportement tout à fait inconvenant : il s’est fait attendre de ses invités, et qui plus est, il s’est réservé la place d’honneur, ce qui est un manquement à la politesse. Encolpe perçoit bien l’incongruité indécente de Trimalchion, le caractère « décalé » du festin, lorsqu’il commente le fait que les esclaves font leur service en chantant : « On aurait cru un chœur de pantomime, non la salle à manger d’un maître de maison18». Mais il reste « bluffé » en quelque sorte par le clinquant du spectacle et son rire, qui signale l’écart par rapport à la norme, est mêlé d’admiration devant ce qu’il continue de considérer comme de la distinction.

    Réhabilitation du corps et de ses besoins physiologiques

    12L’inconvenance dans le festin met en jeu le corps et ses besoins physiologiques, mais aussi le langage. Je ne reviendrai pas sur ce dernier aspect qui a été maintes fois étudié19 et concentrerai mon analyse sur l’exacerbation de l’attention au corps.

    13L’excès signale l’inconvenance de ces hommes qui ne possèderont jamais les codes de la convenance : exubérance criarde des couleurs, profusion des bijoux précieux, excès de nourriture et de boisson. Le corps est l’objet de toutes les attentions : il est massé, lavé, huilé, parfumé à outrance, soigné à la moindre blessure. Cette importance accordée au corps peut s’expliquer par le fait que, lorsque Trimalchion et ses acolytes étaient esclaves, leur corps ne leur appartenait nullement et ne bénéficiait d’aucune protection20 ; l’affranchissement leur donne en quelque sorte un corps.

    14Le narrateur note d’autres « faits nouveaux » (res nouas) qui montrent cette réhabilitation du corps et de ses besoins physiologiques, même les plus intimes. Un eunuque se tient dans la salle à manger, avec un pot de chambre en argent :

    Trimalchion claqua des doigts : à ce signal, l’eunuque lui tendit le pot de chambre, sans qu’il cessât de jouer. Sa vessie soulagée, il réclama de l’eau pour les mains, et, ayant trempé juste le bout des doigts, il les essuya à la chevelure d’un esclave21.

    15Encolpe se contente alors d’expliquer qu’il serait trop long pour lui de raconter tout en détail. Ses premières réactions sont au départ un émerveillement béat devant ce qu’il considère lui aussi comme des lautitiae, des « raffinements », et une stupéfaction sans bornes devant des détails ou des comportements inouïs. La nouitas et l’effet de surprise qui frappe les convives est en effet au cœur de la mise en scène du festin. Les personnages sont enfermés dans la maison de Trimalchion comme dans un « labyrinthe d’un nouveau genre »22, où des règles nouvelles sont imposées par le maître de maison23. Lorsque des esclaves versent du vin sur les mains des convives, au lieu d’eau, Trimalchion est « loué pour ces élégances » par ses convives24. Le narrateur, loin de signaler l’inconvenance du comportement de Trimalchion, le place au contraire du côté de la convenance la plus distinguée.

    16Après le service d’un sanglier coiffé d’un bonnet d’affranchi, Trimalchion se lève pour aller sur son pot de chambre, laissant seuls ses convives (chap. 41). Lorsqu’il revient, il se met à raconter avec force détails que cela fait plusieurs jours que son ventre ne lui obéit plus et qu’il résonne fort ; « on croirait entendre mugir un taureau », précise-t-il. Aussi, Trimalchion accorde-t-il généreusement à tous la possibilité de se soulager sans gêne, car « personne parmi nous n’est né sans un trou. Moi, je ne connais pas de plus grand tourment que de se retenir. C’est le seul acte que Jupiter lui-même ne puisse pas interdire »25. Fortunata son épouse ne peut s’empêcher de rire, tandis qu’Encolpe et ses amis dissimulent leurs rires en buvant plusieurs petits coups à la suite. L’inconvenance de Trimalchion, qui étale au grand jour ce qui devrait rester dans la sphère de l’intime, commence à être perçue du narrateur : elle suscite la gêne, une forme de rire conjuratoire devant l’obscène.

    17Trimalchion rejette tous les usages de la bienséance en société, comme s’il cherchait à réhabiliter le corps, et en particulier le bas corporel que la convenance invite à occulter. C’est ainsi qu’il utilise un cure-dents d’argent devant ses convives avant de prendre la parole26. Il a prévu que des esclaves s’agenouillent aux pieds des convives pour leur faire les ongles des pieds tout en chantant. Encolpe note simplement que cette besogne est « désagréable » à faire27.

    18Trimalchion va jusqu’à vouloir que son épouse Fortunata danse la cordax, danse lascive d’origine grecque que ne pratiquaient guère que les courtisanes, parfaitement inconvenante pour une honnête femme. Lui-même est prêt à s’exhiber au centre de la salle quand Fortunata lui glisse à l’oreille que sa dignité ne peut s’accorder avec des inepties aussi vulgaires28. Fortunata, qui pourtant appartient au même milieu que son mari, semble être la seule de son groupe social à percevoir l’inconvenance du comportement de Trimalchion.

    L’obsession de la nourriture et de la richesse

    19Les affranchis sont des hommes de quantité. La profusion de nourriture et de boisson semble être un moyen de prouver leur existence. L’essentiel est de « s’en mettre plein la panse », comme le dit Echion le chiffonnier au chapitre 46. L’un des convives, attablé aux côtés de Trimalchion, entrepreneur de pompes funèbres, menait grand train du temps de sa fortune :

    Il dînait d’ordinaire comme un roi : sangliers dans une enveloppe de pâte, pièces montées, volailles, cuisiniers, pâtissiers. On renversait plus de vin sous sa table que quiconque en possède dans sa cave29.

    20Vivre, c’est manger. Comme le dit l’affranchi Dama, « le jour n’est rien. Le temps que tu te retournes, il fait nuit. Aussi, le mieux, c’est d’aller tout droit du lit à la table30». Cet hédonisme vulgaire est une manière de détourner l’angoisse terrible de la mort et du néant qui hante Trimalchion et ses amis. Cette frénésie de vivre une vie de rêve, au mépris de toute convenance, trahit la conscience de leur passé d’esclave dont ils ne peuvent se défaire, la conscience de la brièveté de la vie. Vivre, c’est boire jusqu’à plus soif. Le narrateur exprime à la fin du festin sa profonde réprobation du comportement de Trimalchion, abruti par une ivresse qu’il qualifie d’ignoble31. L’excès va de pair avec la laideur, laideur physique qui dit la laideur morale. L’esclave qui sert de mignon à Trimalchion est décrit comme étant très laid ; il est accompagné de sa petite chienne noire « si grasse que cela en était choquant », et la force à avaler du pain, malgré ses refus et ses nausées32. L’adverbe indecenter indique que l’inconvenance repose sur la laideur, decus pouvant signifier la beauté physique, toujours en accord avec la dignité morale.

    21Pour satisfaire les besoins du corps, il faut être riche. C’est la raison pour laquelle les affranchis portent un véritable culte à l’argent. Les objets précieux constituent le support existentiel de Trimalchion et le définissent. L’inconvenance ne réside pas dans la richesse elle-même (on rappellera que la société romaine est fondée sur l’argent), mais dans le fait de dire qu’on est riche et de l’exhiber. L’ostentation de richesse est une véritable obsession chez Trimalchion.

    22Cette situation peut paraître compréhensible : ces affranchis découvrent une situation nouvelle qui leur permet l’accès à ce qui leur était refusé du temps de leur esclavage, à savoir la libre disposition de leur corps et le bien-être matériel. C’est la raison pour laquelle ils sont convaincus que la richesse est le souverain bien : l’argent, c’est le bonheur ; seul, il permet la satisfaction des sens. Leur philosophie est un épicurisme dévoyé dans la recherche du plaisir immédiat, qui s’exprime par un souci obsessionnel de boire et de manger, et de satisfaire les besoins du corps, même ceux considérés comme les plus vils. Si cela relève de l’inconvenance, en tant que transgression des codes de la bienséance, cela montre aussi le désir pathétique de ces hommes d’être considérés dans leur corporéité, de rétablir les droits de leur corps, y compris ceux que la bienséance occulte, de profiter de manière forcenée, jusqu’à en vomir, de la vie et de ses plaisirs.

    23Le texte donne à voir une « humanité » qui se découvre et cherche à jouir pleinement de cette nouvelle acquisition du corps. Lorsque l’affranchi Herméros s’en prend violemment à Ascylte qui se moque ouvertement de Trimalchion, il réclame précisément une dignité que les hommes libres lui refusent, il veut être respecté tout simplement en tant qu’être humain33. Il remercie son patron d’avoir voulu faire de lui « un homme parmi les hommes », il a racheté sa compagne d’esclavage pour en faire un être humain34. Mais les affranchis continuent de subir une exclusion sociale et n’appartiendront jamais à la noblesse qui leur refuse le rang que leur fortune pourrait leur accorder.

    24Être affranchi, c’est donc d’abord obtenir un corps dont on était dépossédé auparavant et dont on dispose et jouit pleinement dorénavant, en tentant d’en repousser les limites le plus loin possible. Trimalchion cherche à ne pas subir les besoins de son corps et l’excès répond peut-être à la frustration qu’il a vécue en tant qu’esclave. Serait-ce une satire du comportement inconvenant de ces affranchis parvenus scandaleusement au faîte de la richesse ou bien un regard critique sur l’inégalité d’une société qui engendre de telles frustrations qu’elle conduit ces affranchis à une transgression des normes en vigueur ?

    La position difficile de narrateur

    25Le statut du narrateur Encolpe est ambigu dans la Cena, car, tout en participant au festin, « il observe comme de l’extérieur le comportement d’un groupe social auquel il est étranger et sur lequel il jette un regard tantôt amusé, tantôt effaré35». La supériorité que l’auteur lui prête momentanément sur les affranchis et sur ses propres compagnons interroge précisément la question de la convenance. Paul Veyne a vu en lui le professeur d’élégance que Pétrone devait jouer à la table de Néron36, mais cette interprétation nous paraît erronée.

    26Certes, à la fois il se moque des moqués — les affranchis — et blâme les moqueurs — ses compagnons qui ne cessent de s’esclaffer en entendant les convives tenter d’instaurer une conversation entre eux : son ami Ascylte « faisant preuve d’une impertinence sans bornes, se gaussait de tout, les mains levées au plafond, et riait aux larmes37», tandis que Giton, qui se retenait depuis longtemps, ne peut s’empêcher d’éclater de rire à son tour « d’une manière tout à fait inconvenante » (indecenter)38 et reçoit un flot d’injures de la part d’un affranchi vexé. Echion le chiffonnier interpelle à un moment donné Agamemnon, le professeur de rhétorique d’Encolpe, pour exprimer son malaise d’être en présence d’intellectuels, férus de littérature, d’appartenir à la classe des « pauvres gens » dont on se moque39. Mais en même temps, Encolpe et ses amis sont l’objet du mépris des affranchis : ils sont traités de babaeculi, de « crétins » par l’un d’entre eux40 et reçoivent bien d’autres injures.

    27L’inconvenance est donc aussi du côté des hommes de condition libre. Ils partagent avec les affranchis le même comportement indécent : lorsqu’ils cheminent vers Crotone, leur domestique Corax ne cesse de débiter des injures et d’emplir la route « d’un bruit et d’une puanteur indécents. Giton riait de le voir se rebeller et accompagnait chacun de ses pets d’un bruit semblable de la bouche41».

    28La position de supériorité momentanée d’Encolpe est, elle aussi, mise à mal dans certaines situations. Au début du roman, il parvient dans une ville inconnue dans laquelle il ne retrouve pas le chemin de son auberge. Il finit par demander à une vieille femme qui vend des légumes dans la rue si elle ne sait pas où il loge. La femme s’amuse de cette « plaisanterie si sotte » (urbanitas tam stulta) et la prend au mot42. À l’urbanitas supposée d’Encolpe, répond l’urbanitas de cette femme du peuple qui lui propose obligeamment de lui servir de guide et le conduit tout droit dans un lupanar… Le naïf Encolpe est ridiculisé par la rouerie d’une vieille perverse !

    29De même, lorsqu’il est enfermé dans la maison de Quartilla pour y subir toutes sortes d’humiliations physiques, son urbanitas invoquée par la servante au début de l’épisode, de manière tout ironique, est rapidement tournée en dérision :

    Je ne pus retenir plus longtemps mes larmes et, réduit au suprême désespoir, je m’écriai : « De grâce, maîtresse, n’avais-tu pas dit qu’on nous donne un embasicète ? » Elle battit des mains avec une grâce légère : « Oh ! l’homme fin et le puits de science ! Quoi ! tu ne savais pas qu’un embasicète veut dire en grec un inverti ?43 »

    30Et l’inverti leur fait subir de multiples humiliations sexuelles. Encolpe n’a pas saisi le jeu de mots de Quartilla sur le mot grec embasicoetan et lui donne le sens de « coupe à boire », ignorant qu’il possède aussi le sens de cinaedus, un « mignon ». L’échec interprétatif d’Encolpe sert de miroir à l’expérience du lecteur. C’est tout le processus de lecture de l’œuvre entière qui est remis en question sans cesse.

    31Encolpe est donc, tout au long du récit, objet de suspicion et de dérision. Il est un personnage en marge de la cité et de ses valeurs. Au chapitre 81, il se présente lui-même comme un repris de justice, un ancien gladiateur et un assassin. Ascylte, son meilleur ami, aurait été, quant à lui, un ancien esclave prostituant ses charmes comme « travesti » ; Giton, le petit esclave qui les accompagne, aurait servi de femme dans une prison d’esclaves.

    32Ces personnages errants sont des scholastici, des étudiants en rhétorique. En tant qu’intellectuels, ils pourraient prétendre à discerner le beau du laid, selon les critères des ingenui (« hommes de condition libre »), et à maîtriser les codes de la bienséance. Mais le narrateur se qualifie aussi de mendicus (« mendiant »), d’exul (« exilé »)44. Le point de vue extérieur apporte un éclairage troublant : un des convives de Trimalchion suspecte Ascylte d’être « un vagabond, un rôdeur de nuit, qui ne vaut pas même son urine45». Personnages éminemment ambigus, « problématiques » au sens de Georg Lukacs dans sa Théorie du roman46, personnages à la marge de la cité, qui échappent à toute classification, comment pourraient-ils être garants des usages du monde, tant en matière de langage que de comportement ? Encolpe et ses amis ne sont pas en position de juger de la qualité de convenance chez autrui47. « L’auteur caché », selon l’analyse de G. B. Conte, se tenant en dehors des limites traditionnelles du genre romanesque, jouerait à manipuler la voix narrative d’Encolpe48.

    Une revendication libertaire ?

    33Trimalchion exprime un besoin de liberté, qui n’est pas sans rappeler une forme de doctrine stoïcienne, telle qu’elle s’exprime chez Sénèque dans la lettre 47 qu’il écrit à Lucilius. Il a la prétention d’échapper à sa condition d’affranchi : c’est la raison pour laquelle il porte un anneau d’or comme les chevaliers, arbore un foulard orné d’une bande pourpre, qui rappelle la toge des sénateurs (chap. 32), a fait fixer aux jambages de sa porte d’entrée des faisceaux et des haches auxquels il n’a pas droit (chap. 30) ; il usurpe les privilèges de l’élite à laquelle il ne peut appartenir. Il ne fait que singer l’ordre sénatorial et l’ordre équestre.

    34Il a fait représenter sur les murs de son atrium son parcours : il n’a pas hésité à se faire représenter en jeune esclave, arrivé d’Asie Mineure et vendu à Rome. Le détail des cheveux longs indique qu’il était destiné au service sexuel de son maître. Cette fresque est complétée par quelques objets qui montrent qu’il cherche désespérément à accéder à un statut social qui lui est à jamais interdit : il exhibe un coffret où il a enfermé sa première barbe (alors que la fête de la depositio barbae n’a lieu que pour les jeunes gens de condition libre), un coffret, qui plus est, en or, comme celui qu’aurait possédé Néron, d’après Suétone49. Trimalchion revendique sa dignité d’homme, mais le résultat est pitoyable et pathétique. Dans son atrium, il a cherché à imiter les familles nobles, mais là où celles-ci conservaient les masques en cire de leurs ancêtres avec l’inscription de leurs hauts faits, il ne montre pas autre chose qu’un esclave qui a commencé par la prostitution. Le récit autobiographique qu’il fait lui-même au chapitre 76 vient compléter l’image qu’il a voulu donner de lui-même à tous ses visiteurs. Il n’hésite pas à rappeler son temps de l’esclavage, ce qui est choquant pour des convives de condition libre50.

    35La cuisine met en scène cette obsession de la liberté. Un des plats confectionnés par le cuisinier Dédale est un énorme sanglier, coiffé d’un bonnet d’affranchi (chap. 40). Encolpe se met à la torture pour comprendre la signification de cette mise en scène. Son voisin de table se moque de son ignorance :

    Même ton esclave pourrait parfaitement te le dire, me répondit-il. Ce n’est pas une énigme, mais une évidence. Lors du dîner d’hier soir, ce sanglier fut servi en dernier, mais les convives l’ont renvoyé intact ; il revient donc aujourd’hui à table en qualité d’affranchi. » Je maudis ma stupidité et ne posai plus de questions ; je ne voulais pas avoir l’air de ne jamais avoir dîné chez des gens distingués51.

    36C’est l’occasion pour Trimalchion d’inaugurer une série d’imitations. Un esclave déguisé en Bacchus écorche les oreilles de l’assistance en déclamant, d’une voix suraiguë, des poèmes de son maître (chap. 41, 6). La scène mime son affranchissement et se fonde sur un jeu de mots de Trimalchion sur l’adjectif liber :

    « Dionysos, sois libre », ordonna-t-il. (…) L’esclave ôta le bonnet au sanglier et le mit sur sa tête. Et Trimalchion d’ajouter : « Vous n’irez pas dire que je n’ai pas un père libre (ou Liber pour père) »52.

    37L’adjectif liber signifie « libre », mais il est aussi l’épithète latine du dieu Dionysos-Bacchus et pater liber désigne le nom rituel de Dionysos53. Nous avons là une représentation grotesque de la manière dont Trimalchion est devenu romain : en étant esclave, puis affranchi.

    38Trimalchion recherche désespérément un corps libre, dégagé de toute entrave, qui n’est pas obligé de se retenir. Son festin se veut libéré des contraintes ordinaires du temps, du corps, du passé en général. Ce qui relève de la sexualité exprime la même aspiration vers une liberté totale. Mais à chaque fois, Trimalchion refuse le partage entre sphère privée et sphère publique ; il affiche ses pulsions érotiques comme ses besoins naturels au mépris du pudor dont il n’a aucune notion. Braver les codes en vigueur, c’est bien sûr le signe de sa vulgarité, mais c’est aussi la revendication d’un corps totalement libéré, d’un monde créé à sa mesure où il serait le maître des règles et des normes.

    39Malheureusement, cette volonté de tout contrôler aboutit à une forme d’autodestruction. Plus l’affranchi cherche à dominer la nature et le temps, plus il paraît ridicule et pitoyable. Plus il prêche la libéralité dans tous les domaines — de l’excès de luxe, de nourriture, de boisson au relâchement des intestins —, plus il affiche son incapacité à transcender sa propre corporalité, et c’est là son ultime inconvenance. Il ne parvient qu’à une parodie de liberté. En expérimentant tous les excès, en repoussant les limites de la convenance le plus loin possible, il reste à jamais dominé par les limites de son propre corps et de son destin.

    40La fin abrupte du festin sonne la victoire du chaos et l’échec de Trimalchion. Celui-ci a ordonné de faire jouer son banquet funèbre, les trompettes retentissent et des pompiers qui passaient par là font irruption avec des haches et des seaux, cassant et inondant tout. Le festin se termine dans un vacarme général.

    Une œuvre inconvenante ? Une réflexion sur la liberté et la création littéraire

    41Le silence qui entoure la création et la réception du Satiricon laisse perplexe. René Martin se demande à juste titre si les contemporains de Pétrone ont eu « une réaction de rejet devant ces personnages déroutants, comme devant l’irruption de la langue populaire dans une œuvre littéraire54». Aujourd’hui encore, les lectures sont plurielles et sujettes à controverse.

    42L’auteur, dans les manuscrits, est désigné par le cognomen Arbiter (« surnom d’Arbitre ») : un terme fort dans le langage du pouvoir à l’époque impériale, qui désigne celui qui voit sans être vu, qui domine une situation de l’extérieur, qui contrôle sans être contrôlé par autrui. L’œuvre fonctionne en tout cas à l’image de la Cena, comme un piège labyrinthique où le lecteur peine à trouver des repères.

    43À défaut d’une morale explicite, nous avons le spectacle d’un univers humain bas et sordide, d’une société décadente, sans repères précisément. Le texte recourt aux ressorts de la satire, mais nous en avons seulement les données extérieures, les effets de caricature, de risible, de ridicule. Le « découronnement » systématique des structures nobles de l’épopée55 invite à penser que le Satiricon fait le procès de la poésie épique, guerrière et héroïque, et cherche à opposer à cette littérature, totalement dépassée, une autre forme d’écriture : celle qui prend pour sujet la vie de tous les jours et pour personnages ceux que l’on croise dans la rue56. Le programme de Pétrone serait de faire entrer la vie réelle dans la littérature, suprême inconvenance. Le texte se donne à voir comme une représentation totale du comportement humain et se concentre sur les aspects les plus bas et les plus intimes de la vie ordinaire qu’il n’est pas convenable de représenter.

    44Cette inconvenance littéraire, nous pouvons la percevoir dès les premiers chapitres 1 à 5 qui forment une unité cohérente autour d’un débat sur l’enseignement des rhéteurs. Agamemnon exprime son sentiment par un petit poème improvisé où se fait jour un jeu métrique savant qui fait ressortir un jeu de contraste sémantique : les vers 1 à 8 sont composés en choliambes, « iambes boîteux », vers au caractère populaire, et donnent des conseils prohibitifs : ne pas succomber à la débauche, au luxe, au plaisir ; puis les vers suivants sont constitués d’hexamètres dactyliques destinés à exprimer un bon usage du code poétique. L’adjectif liber rejeté au début du vers 14 permet de mettre en valeur l’esprit d’indépendance, opposé à la condition servile. Après s’être abreuvé aux sources des plus illustres auteurs, le génie doit pouvoir se libérer de cette autorité culturelle et s’élancer en toute liberté. De la contrainte doit jaillir la liberté créatrice. La création littéraire devient libération des contraintes de la tradition représentée par Homère, Socrate et tous les auteurs grecs que l’on commence par étudier, afin de développer une voix originale. Audace extraordinaire quand tout acte d’écriture s’inscrit dans le cadre de l’imitatio et de l’aemulatio !

    45Cette notion de liberté est importante dans l’économie de l’œuvre et nous paraît être une clé possible pour mieux cerner les enjeux de la création pétronienne. Cet esprit d’indépendance, Quartilla, prêtresse de Priape débauchée, le possède elle aussi et elle revendique dans un petit poème la possibilité de vivre à sa guise : « J’aime pouvoir suivre la route qui me plaît57».

    46Mais le problème est qu’il est difficile de prendre au premier degré le poème d’Agamemnon, qui offre une belle subversion métrique, mais aussi une belle ironie : le message qu’il véhicule est totalement perverti par le fait que ce qu’il dénonce avec virulence, c’est précisément ce qu’il est, un parasite en quête d’un repas. Il prône sévérité et frugalité, ce que précisément il ne pratique pas. Quant à Encolpe son étudiant, il est lui aussi la caricature d’un homme de lettres58. Comment le lecteur pourrait-il prendre les personnages au sérieux ?

    Conclusion

    47C’est toujours à travers le regard et la voix d’un personnage que nous percevons Trimalchion et son univers d’affranchi. Qu’il s’agisse d’un esclave, d’un affranchi ou d’un homme libre qui s’exprime, nous avons affaire à un subjectivisme radical qui interdit au lecteur de saisir la voix auctoriale de Pétrone. Différents points de vue s’entremêlent et empêchent celui du narrateur principal, Encolpe, de prédominer et de s’imposer à l’esprit du lecteur. C’est la raison pour laquelle les notions de convenance et d’inconvenance sont mouvantes et font voler en éclats les préjugés sociaux selon lesquels l’inconvenance serait du côté des affranchis et l’urbanitas du côté des hommes libres. Les comportements des uns et des autres, fondés sur une prétendue urbanitas, ne permettent pas de distinguer des groupes sociaux et d’établir une hiérarchie des valeurs. La convenance est battue en brèche systématiquement parce qu’elle n’est jamais en lien avec l’honestum et l’utile, éléments essentiels dans la doctrine rhétorique du decorum, telle qu’elle est exposée par Quintilien, dans la lignée de Cicéron59.

    48L’ironie du texte est double : elle prend pour cible Trimalchion et ses acolytes dans leur recherche pitoyable d’une vie urbana, à l’opposé de leur existence précédente d’esclaves ; mais elle n’épargne pas non plus le narrateur et ses compagnons d’infortune dont les comportements immoraux mettent en échec leur prétention à l’urbanitas60 et qui sont les victimes des moqueries d’autres personnages. L’auteur alors lui-même serait-il l’arbitre ultime de l’urbanitas ? Son œuvre signifierait-elle l’échec de sa génération à atteindre l’urbanitas, valeur au cœur de la cité romaine, au cœur de la parole et de son enseignement ? La Rome impériale serait-elle condamnée à n’être que le pâle reflet de la Rome républicaine ? La fiction burlesque semble empreinte d’une forme de malaise et de désenchantement et, dans cette confusion des repères, si inconfortable pour le lecteur, elle semble signer la mort spirituelle d’une société rassasiée de ses propres excès61.

    Notes de bas de page

    1 A. Michel, « La théorie platonicienne de la convenance et la pédagogie de la parole chez les Anciens », dans H. Zehnacker et G. Hentz (dir.), Hommages à Robert Schilling, Paris, Les Belles Lettres, 1983, p. 361.

    2 Cicéron analyse la notion de convenance d’un point de vue stylistique et définit la convenance comme une adéquation du style au sujet, à l’auditoire, au rang de l’orateur, aux circonstances (De orat., III, 212). La convenance relève à la fois de l’ars, de la natura et de la prudentia (connaissances théoriques, dispositions naturelles, sagesse pratique).

    3 La source platonicienne de la théorie cicéronienne a été trouvée par A. Michel, « La théorie platonicienne de la convenance et la pédagogie de la parole chez les Anciens », art. cit., p. 364 : il s’agit de Phèdre, 269 d, où la convenance tient une place importante dans la brève réflexion que nous trouvons sur l’éloquence.

    4 Aristote, Rhet., III, 2, 1404 b.

    5 Quintilien, Inst. orat., XIII, 2 : la convenance est l’unique fin de l’éducation oratoire.

    6 Voir Cicéron, De re publica (fragmenta in aliis scriptis seruata, 4, 7) : quicumque epulis et conuiuiis et sumptibus existimationem hominum sibi conciliant, palam ostendunt sibi uerum decus quod ex uirtute ac dignitate nascitur deficere. (Anon. Paradoxa Koronne apud Bielowski, Pompeii Trogi fragmenta p. XV sq. : recte Cicero in libris de re publica scripsit).

    7 A. Michel, « La théorie platonicienne de la convenance et la pédagogie de la parole chez les Anciens », dans H. Zehnacker et G. Hentz (dir.), Hommages à Robert Schilling, Paris, Les Belles Lettres, 1983, p. 361.

    8 Cicéron, Orator, XXI, 70 : Vt enim in uita sic in oratione nihil est difficilius quam quid deceat uidere. Les citations latines sont empruntées à la Collection des Universités de France, Paris, Les Belles Lettres, et les traductions nous sont personnelles.

    9 R. Martin, Le Satyricon. Pétrone, Paris, Ellipses, 1999, p. 26.

    10 M. A. Steinberg analyse l’inversion du decus dans le Satyricon « como estrategia compositiva de la transgresion, que determina la comicidad y el humor del texto de Petronio » (« El decus o su inversion : estilo y comportamientos sociales en Satyricon de Petronio », dans E. Caballero de del Sastre et A. Schniebs (dir.), La Fides en Roma : aproximaciones, Buenos Aires, 2001, p. 156).

    11 Pétrone, Sat., 26. Toutes les citations latines de Pétrone sont empruntées à Pétrone. Le Satiricon, texte établi et traduit par A. Ernout, Paris, Les Belles Lettres, coll. « CUF », 1967 [1923].

    12 Cicéron, Verr., 1, 17 : homines lauti et urbani.

    13 Pétrone, Sat., 36, 7.

    14 Ibid., 41. Toutes les traductions sont tirées de notre ouvrage Pétrone. Satiricon, traduit du latin et présenté par G. Puccini, Paris, Arléa, 1992.

    15 Cicéron, De orat., III, 43.

    16 Pétrone, Sat., 27, 1 : […] cum subito uidemus senem caluum, tunica uestitum russea, inter pueros capillatos ludentem pila.

    17 Pétrone, Sat., 32, 1-2.

    18 Ibid., 31.

    19 « Les affranchis à la Trimalchion, qui tiennent le haut du pavé, sont d’une vulgarité écœurante » (R. Martin, Le Satyricon. Pétrone, op. cit., 1999, p. 43). Pétrone reproduit une forme de langage tel qu’il pouvait être parlé dans les milieux populaires. Ce langage est caractérisé par la confusion des genres, de nombreuses incorrections syntaxiques, par l’emploi de clichés, de proverbes, de diminutifs, d’hellénismes. Trimalchion débite au chapitre 33 « tous les bons mots des tisserands », c’est-à-dire soit des plaisanteries stupides soit des jurons, car les tisserands passaient pour être très grossiers. Le langage est celui d’un homme de basse condition devenu riche, mais resté inculte. Voir sur ce point le commentaire très complet de P. Perrochat, Pétrone. Le Festin de Trimalchion. Commentaire exégétique et critique, Paris, Les Belles Lettres, 1939.
    Le départ momentané de Trimalchion permet la libération de la parole et, tour à tour, les affranchis vont prendre la parole (Sat., 64). Mais le monologue de chacun, en proie à l’ivresse, est une accumulation de ragots, d’anecdotes triviales, de dictons populaires, qui s’enchaînent sans queue ni tête, en dehors de toute logique, et ruine toute tentative de dialogue véritable. Et ceux qui monopolisent trop longtemps la parole se rendent insupportables aux autres et se font insulter.

    20 En témoigne l’anecdote rapportée par un secrétaire concernant l’esclave Mithridate qui a été mis en croix pour avoir blasphémé contre le génie de Trimalchion (Sat., 53, 3).

    21 Pétrone, Sat., 27, 5-6.

    22 Ibid., 73, 1 : noui generis labyrintho inclusi.

    23 Ibid., 31, 8 : nouo more ; 70, 8 : inaudito more.

    24 Ibid., 34, 4-5.

    25 Ibid., 47, 4-5.

    26 Ibid., 33.

    27 Ibid., 31.

    28 Ibid., 52, 8-10.

    29 Ibid., 38.

    30 Ibid., 41, 10.

    31 Ibid., , 78, 5 : ebrietate turpissima.

    32 Ibid., , 64, 6.

    33 Ibid., 57-58.

    34 Ibid., 74.

    35 R. Martin, Le Satyricon. Pétrone, op. cit., p. 30.

    36 Paul Veyne, « Le “Je” dans le Satyricon », Revue des Études Latines, 42, 1964, p. 301-324.

    37 Pétrone, Sat., 57.

    38 Ibid., 58.

    39 Ibid., 46.

    40 Ibid., 37, 10.

    41 Ibid., 117, 12-13.

    42 Ibid., 7, 1-2.

    43 Ibid., 16, 4.

    44 Ibid., 81, 3.

    45 Ibid., 57, 3.

    46 G. Lukacs, Théorie du roman [1920], Paris, Gallimard, 1989.

    47 B. Halvonik, « The Ethos of Vrbanitas in the Satyricon », dans C. Deroux (dir.), Studies in Latin Literature & Roman History, Bruxelles, Latomus, 2005, p. 321.

    48 G. B. Conte, The Hidden Author : An Interpretation of Petronius’Satyricon, Berkeley, University of California Press, 1996.

    49 Suétone, Vie de Néron, 12.

    50 P. Veyne, La Société romaine, Paris, Seuil, coll. « Des Travaux », 1991.

    51 Pétrone, Sat., 41, 3-5.

    52 Ibid., 41, 7-8.

    53 Même jeu de mots chez Plaute, Capt., 577, 8.

    54 R. Martin, op. cit., p. 94.

    55 J. Thomas, Le Dépassement du quotidien dans l’Énéide, les Métamorphoses d’Apulée, le Satyricon de Pétrone. Essai sur trois univers imaginaires, Paris, Les Belles Lettres, 1986.

    56 Pétrone rejoindrait alors l’épigrammatiste Martial, comme en témoigne le poème 8, 3 : « Laisse donc aux écrivains austères la poésie guerrière et assaisonne plutôt de sel romain des poèmes qui soient comme un miroir où la vie se contemple, en y lisant ses mœurs et ses comportements ! »

    57 Pétrone, Sat., 18, 6, v. 2 : Hoc amo quod possum qua libet ire uia.

    58 C. Panayotakis, Theatrum Arbitri. Theatrical elements in the Satirica of Petronius, Leiden/New York/Köln, E. J. Brill, 1995, p. 2-9.

    59 Quintilien, Inst. orat., XI, 1.

    60 B. Halvonik, « The Ethos of Vrbanitas in the Satyricon », art. cit., p. 321.

    61 W. Arrowsmith, « Luxury and Death in the Satyricon », Arion, 5, 1966, p. 304-331.

    Auteur

    • Géraldine Puccini

      Université Bordeaux Montaigne CLARE EA 4593

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    1 A. Michel, « La théorie platonicienne de la convenance et la pédagogie de la parole chez les Anciens », dans H. Zehnacker et G. Hentz (dir.), Hommages à Robert Schilling, Paris, Les Belles Lettres, 1983, p. 361.

    2 Cicéron analyse la notion de convenance d’un point de vue stylistique et définit la convenance comme une adéquation du style au sujet, à l’auditoire, au rang de l’orateur, aux circonstances (De orat., III, 212). La convenance relève à la fois de l’ars, de la natura et de la prudentia (connaissances théoriques, dispositions naturelles, sagesse pratique).

    3 La source platonicienne de la théorie cicéronienne a été trouvée par A. Michel, « La théorie platonicienne de la convenance et la pédagogie de la parole chez les Anciens », art. cit., p. 364 : il s’agit de Phèdre, 269 d, où la convenance tient une place importante dans la brève réflexion que nous trouvons sur l’éloquence.

    4 Aristote, Rhet., III, 2, 1404 b.

    5 Quintilien, Inst. orat., XIII, 2 : la convenance est l’unique fin de l’éducation oratoire.

    6 Voir Cicéron, De re publica (fragmenta in aliis scriptis seruata, 4, 7) : quicumque epulis et conuiuiis et sumptibus existimationem hominum sibi conciliant, palam ostendunt sibi uerum decus quod ex uirtute ac dignitate nascitur deficere. (Anon. Paradoxa Koronne apud Bielowski, Pompeii Trogi fragmenta p. XV sq. : recte Cicero in libris de re publica scripsit).

    7 A. Michel, « La théorie platonicienne de la convenance et la pédagogie de la parole chez les Anciens », dans H. Zehnacker et G. Hentz (dir.), Hommages à Robert Schilling, Paris, Les Belles Lettres, 1983, p. 361.

    8 Cicéron, Orator, XXI, 70 : Vt enim in uita sic in oratione nihil est difficilius quam quid deceat uidere. Les citations latines sont empruntées à la Collection des Universités de France, Paris, Les Belles Lettres, et les traductions nous sont personnelles.

    9 R. Martin, Le Satyricon. Pétrone, Paris, Ellipses, 1999, p. 26.

    10 M. A. Steinberg analyse l’inversion du decus dans le Satyricon « como estrategia compositiva de la transgresion, que determina la comicidad y el humor del texto de Petronio » (« El decus o su inversion : estilo y comportamientos sociales en Satyricon de Petronio », dans E. Caballero de del Sastre et A. Schniebs (dir.), La Fides en Roma : aproximaciones, Buenos Aires, 2001, p. 156).

    11 Pétrone, Sat., 26. Toutes les citations latines de Pétrone sont empruntées à Pétrone. Le Satiricon, texte établi et traduit par A. Ernout, Paris, Les Belles Lettres, coll. « CUF », 1967 [1923].

    12 Cicéron, Verr., 1, 17 : homines lauti et urbani.

    13 Pétrone, Sat., 36, 7.

    14 Ibid., 41. Toutes les traductions sont tirées de notre ouvrage Pétrone. Satiricon, traduit du latin et présenté par G. Puccini, Paris, Arléa, 1992.

    15 Cicéron, De orat., III, 43.

    16 Pétrone, Sat., 27, 1 : […] cum subito uidemus senem caluum, tunica uestitum russea, inter pueros capillatos ludentem pila.

    17 Pétrone, Sat., 32, 1-2.

    18 Ibid., 31.

    19 « Les affranchis à la Trimalchion, qui tiennent le haut du pavé, sont d’une vulgarité écœurante » (R. Martin, Le Satyricon. Pétrone, op. cit., 1999, p. 43). Pétrone reproduit une forme de langage tel qu’il pouvait être parlé dans les milieux populaires. Ce langage est caractérisé par la confusion des genres, de nombreuses incorrections syntaxiques, par l’emploi de clichés, de proverbes, de diminutifs, d’hellénismes. Trimalchion débite au chapitre 33 « tous les bons mots des tisserands », c’est-à-dire soit des plaisanteries stupides soit des jurons, car les tisserands passaient pour être très grossiers. Le langage est celui d’un homme de basse condition devenu riche, mais resté inculte. Voir sur ce point le commentaire très complet de P. Perrochat, Pétrone. Le Festin de Trimalchion. Commentaire exégétique et critique, Paris, Les Belles Lettres, 1939.
    Le départ momentané de Trimalchion permet la libération de la parole et, tour à tour, les affranchis vont prendre la parole (Sat., 64). Mais le monologue de chacun, en proie à l’ivresse, est une accumulation de ragots, d’anecdotes triviales, de dictons populaires, qui s’enchaînent sans queue ni tête, en dehors de toute logique, et ruine toute tentative de dialogue véritable. Et ceux qui monopolisent trop longtemps la parole se rendent insupportables aux autres et se font insulter.

    20 En témoigne l’anecdote rapportée par un secrétaire concernant l’esclave Mithridate qui a été mis en croix pour avoir blasphémé contre le génie de Trimalchion (Sat., 53, 3).

    21 Pétrone, Sat., 27, 5-6.

    22 Ibid., 73, 1 : noui generis labyrintho inclusi.

    23 Ibid., 31, 8 : nouo more ; 70, 8 : inaudito more.

    24 Ibid., 34, 4-5.

    25 Ibid., 47, 4-5.

    26 Ibid., 33.

    27 Ibid., 31.

    28 Ibid., 52, 8-10.

    29 Ibid., 38.

    30 Ibid., 41, 10.

    31 Ibid., , 78, 5 : ebrietate turpissima.

    32 Ibid., , 64, 6.

    33 Ibid., 57-58.

    34 Ibid., 74.

    35 R. Martin, Le Satyricon. Pétrone, op. cit., p. 30.

    36 Paul Veyne, « Le “Je” dans le Satyricon », Revue des Études Latines, 42, 1964, p. 301-324.

    37 Pétrone, Sat., 57.

    38 Ibid., 58.

    39 Ibid., 46.

    40 Ibid., 37, 10.

    41 Ibid., 117, 12-13.

    42 Ibid., 7, 1-2.

    43 Ibid., 16, 4.

    44 Ibid., 81, 3.

    45 Ibid., 57, 3.

    46 G. Lukacs, Théorie du roman [1920], Paris, Gallimard, 1989.

    47 B. Halvonik, « The Ethos of Vrbanitas in the Satyricon », dans C. Deroux (dir.), Studies in Latin Literature & Roman History, Bruxelles, Latomus, 2005, p. 321.

    48 G. B. Conte, The Hidden Author : An Interpretation of Petronius’Satyricon, Berkeley, University of California Press, 1996.

    49 Suétone, Vie de Néron, 12.

    50 P. Veyne, La Société romaine, Paris, Seuil, coll. « Des Travaux », 1991.

    51 Pétrone, Sat., 41, 3-5.

    52 Ibid., 41, 7-8.

    53 Même jeu de mots chez Plaute, Capt., 577, 8.

    54 R. Martin, op. cit., p. 94.

    55 J. Thomas, Le Dépassement du quotidien dans l’Énéide, les Métamorphoses d’Apulée, le Satyricon de Pétrone. Essai sur trois univers imaginaires, Paris, Les Belles Lettres, 1986.

    56 Pétrone rejoindrait alors l’épigrammatiste Martial, comme en témoigne le poème 8, 3 : « Laisse donc aux écrivains austères la poésie guerrière et assaisonne plutôt de sel romain des poèmes qui soient comme un miroir où la vie se contemple, en y lisant ses mœurs et ses comportements ! »

    57 Pétrone, Sat., 18, 6, v. 2 : Hoc amo quod possum qua libet ire uia.

    58 C. Panayotakis, Theatrum Arbitri. Theatrical elements in the Satirica of Petronius, Leiden/New York/Köln, E. J. Brill, 1995, p. 2-9.

    59 Quintilien, Inst. orat., XI, 1.

    60 B. Halvonik, « The Ethos of Vrbanitas in the Satyricon », art. cit., p. 321.

    61 W. Arrowsmith, « Luxury and Death in the Satyricon », Arion, 5, 1966, p. 304-331.

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    Puccini, G. (2017). Vrbanitas et inconvenance dans le Satiricon de Pétrone : un enjeu libertaire ?. In B. Laville, Élisabeth Magne, & F. Plet (éds.), L’inconvenance. Pessac: Presses Universitaires de Bordeaux. https://doi.org/10.4000/books.pub.40952
    Puccini, Géraldine. «  Vrbanitas et inconvenance dans le Satiricon de Pétrone : un enjeu libertaire ? ». In L’inconvenance, édité par Béatrice Laville, Élisabeth Magne, et Florence Plet. Pessac: Presses Universitaires de Bordeaux, 2017. doi:10.4000/books.pub.40952.
    Puccini, Géraldine. «  Vrbanitas et inconvenance dans le Satiricon de Pétrone : un enjeu libertaire ? ». L’inconvenance, édité par Béatrice Laville et al., Presses Universitaires de Bordeaux, 2017, https://doi.org/10.4000/books.pub.40952.

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    Laville, B., Magne, Élisabeth, & Plet, F. (éds.). (2017). L’inconvenance. Pessac: Presses Universitaires de Bordeaux. https://doi.org/10.4000/books.pub.40892
    Laville, Béatrice, Élisabeth Magne, et Florence Plet, éd. L’inconvenance. Pessac: Presses Universitaires de Bordeaux, 2017. doi:10.4000/books.pub.40892.
    Laville, Béatrice, et al., éditeurs. L’inconvenance. Presses Universitaires de Bordeaux, 2017, https://doi.org/10.4000/books.pub.40892.
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