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    Plan détaillé Texte intégral Paolo Corbèra, un narrateur sous le charme de Rosario La Ciura Rosario La Ciura, un narrateur à la fois envoûtant et envoûté L’entrelacement des voix, un des charmes de la nouvelle Bibliographie Notes de bas de page Auteur

    Le Charme de l’Antiquité à nos jours

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    Table des matières

    Lighea (Ligée) ou l’envoûtement d’une sirène et le charme d’une nouvelle de Giuseppe Tomasi di Lampedusa1

    Marie-Andrée Salanié

    p. 371-382

    Texte intégral Paolo Corbèra, un narrateur sous le charme de Rosario La Ciura Rosario La Ciura, un narrateur à la fois envoûtant et envoûté L’entrelacement des voix, un des charmes de la nouvelle Bibliographie Bibliographie Notes de bas de page Auteur

    Texte intégral

    1Quand le 23 juillet 1957, chez sa belle-sœur à Rome, s’éteignit le prince sicilien, Giuseppe Tomasi di Lampedusa, né en 1896, il avait eu la douleur, probablement aussi l’humiliation, de subir, de la part des maisons d’édition Mondadori et Einaudi, le refus de publication de son roman Le Guépard, qui sera publié posthume, en 1958, grâce à l’écrivain Giorgio Bassani qui a raconté2 de quelle façon il eut, entre les mains, après le décès de son auteur, le manuscrit du roman destiné à devenir un des best-sellers de la littérature italienne du siècle passé.

    2C’est également Giorgio Bassani qui permit la publication posthume de la nouvelle Lighea qui nous intéresse, dont il reçut le manuscrit des mains de la fille de Benedetto Croce, Elena. Selon Giorgio Bassani qui écrivit, en juin 1961, la préface3 des Racconti (Les Récits) de Tomasi di Lampedusa dont fait partie notre nouvelle, c’est de retour d’une promenade, au cours de l’été 1956, le long du littoral d’Augusta, sur la côte orientale de la Sicile, que Giuseppe Tomasi di Lampedusa, alors gravement malade, avait écrit ce récit auquel il n’avait pas donné de titre. C’est la veuve de l’écrivain, la baronne Alexandra Wolff Stomersee, qui choisit de l’intituler Lighea.

    3Pour la traduction française de 19624, Louis Bonalumi intitula le récit, Le professeur et la sirène, titre qui présente l’inconvénient de déflorer le sujet, puisque ce n’est que dans la seconde partie de la nouvelle que l’on découvre que cette mystérieuse Lighea, dont Louis Bonalumi n’a pas traduit le nom, est en effet une sirène. En 2014, une nouvelle édition, en italien, de cette même nouvelle a fait également disparaître le nom de Lighea, lui préférant un titre résolument informatif et dénué de mystère : La Sirena5.

    4Par deux fois, dans sa nouvelle, Tomasi di Lampedusa fait allusion à un cratère grec représentant Ulysse, les pieds liés au mât d’un navire, créant ainsi un lien tangible avec le célèbre épisode des sirènes du chant XII de l’Odyssée. Homère laissait entendre l’existence de deux sirènes mais, ultérieurement, les poètes les présentèrent en nombre variable. Dans le trio réunissant Parthénope, Leucosie et Ligée, celle dont la voix est qualifiée de claire ou perçante, nous retrouvons précisément notre Lighea que nous choisirons donc désormais d’appeler Ligée.

    5Si Homère ne fait pas allusion à l’aspect physique des sirènes, les bestiaires médiévaux les ont représentées mi femmes, mi poissons et c’est à cette catégorie qu’appartient Ligée dont la double identité, animale et humaine, constitue le modèle matriciel de la nouvelle, elle-même fondée sur la dualité des éléments.

    6À un récit initial, résolument réaliste, situé dans le Nord de l’Italie, précisément à Turin, à la fin de l’automne 1938, année des accords de Munich et de la promulgation des lois raciales fascistes, succède un récit fabuleux, correspondant à l’été 1887, situé en Sicile, à Augusta.

    7De la sorte, à l’instar de la sirène dotée d’une nature double, la nouvelle de Tomasi di Lampedusa réunit deux formes littéraires qui correspondent également à deux voix de narration : d’une part, celle d’un jeune Sicilien, Paolo Corbèra, et, d’autre part, celle d’un Sicilien âgé, Rosario La Ciura.

    8Paolo Corbèra se révèle très vite être un narrateur sous le charme de Rosario La Ciura. Ce dernier, lui, est un narrateur envoûtant, après avoir été envoûté par Ligée. Et de la nouvelle de Tomasi di Lampedusa, on peut considérer que son charme repose sur un entrelacement de voix.

    Paolo Corbèra, un narrateur sous le charme de Rosario La Ciura

    9La première voix du récit est celle d’un journaliste de vingt-cinq ans, Paolo Corbèra, et plus précisément un Corbèra di Salina, à savoir l’ultime descendant de la famille de Fabrizio di Salina, héros du Guépard, qui se déclare convaincu de réunir, en lui seul, désormais, toutes les « guéparderies6 ».

    10Bien que né à Palerme, il vit à Turin où il travaille pour le journal La Stampa. C’est un piètre Don Juan, atteint de ce gallismo typiquement méridional, raillé par l’écrivain sicilien Vitaliano Brancati7, dans son roman Don Giovanni in Sicilia, mais raillé également par le professeur Rosario La Ciura lui-même qui ne manque pas de rappeler que « nous autres Catanais passons pour capables d’engrosser nos nourrices, et ce doit être vrai. Cependant pas pour ce qui me concerne8 ».

    11Après avoir été quitté par ses deux maîtresses, qui ont fait alliance contre leur même amant qui s’est révélé être un traître, Paolo Corbèra, désormais esseulé, se met à fréquenter un café turinois peuplé de militaires, magistrats et professeurs à la retraite, semblables à des ombres cherchant à remplir la vacuité de l’automne de leur vie, en jouant aux dames ou aux dominos ; un lieu comparé à l’Hadès où il découvre, à l’automne de l’année 1938, un vieil homme solitaire de soixante-quinze ans, Rosario La Ciura, obstinément plongé dans ses lectures et qui a une bien étrange manie, celle de cracher fréquemment.

    12À l’étonnement initial du jeune Paolo succède, rapidement, une réelle fascination pour le vieil homme dont il a appris, grâce à la lecture d’une nécrologie en attente, faite par son journal La Stampa, qu’il est né en Sicile, qu’il est sénateur, qu’il fut professeur de grec ancien à l’université de Pavie, puis à celle de Turin, et que c’est l’une des sommités mondiales de l’hellénisme. Aux yeux du jeune homme, qui avoue avoir été fort peu doué en grec au lycée, le vieil helléniste incarne un degré de culture d’autant plus fascinant qu’il lui paraît inaccessible.

    13Paolo, qui a ouvert le récit par une confession intime : « À la fin de l’automne de l’année 1938, je me trouvais en pleine crise de misanthropie », a dû pressentir, en connaissance de cause, une dose de misanthropie également chez le professeur qui va, ultérieurement, justifier ses crachats répétitifs en expliquant qu’ils sont révélateurs du profond mépris qu’il nourrit pour les rédacteurs des articles dont il fait la lecture : « Je crache par dégoût des inepties que je lis… Mes crachats sont symboliques et hautement culturels9.

    14Paolo met tout en œuvre pour pénétrer dans l’univers de ce vieil homme, aussi acrimonieux que cultivé, parce qu’en lui il pressent un mystère après l’avoir vu, un jour, dans le café turinois, caresser avec une étonnante délicatesse, dans une revue, l’image d’une statue grecque, une Koré, « de celles dont les yeux sont écartés du nez et dont le sourire est ambigu10 ».

    15Cinquante ans séparent les deux hommes qui ont toutefois, en commun, la Sicile dont ils sont originaires, une terre qui constitue pour eux un sujet de conversation auquel La Ciura aime inviter Paolo : « Parle-moi de notre île qui, bien que peuplée de bourricots, est une belle terre où les dieux séjournent encore11 ». Une île dont ils aiment évoquer, avec des accents lyriques et émus, le charme fait de souvenirs sensoriels inoubliables :

    Nous parlions de la Sicile éternelle, celle des choses de la nature, du parfum du romarin sur les monts Nébrodes, du goût du miel de Melilli, des moissons qui ondoient par une venteuse journée de mai, comme on peut le voir depuis Enna, de ces rafales de parfum qui, en provenance des plantations d’agrumes autour de Syracuse, se déversent sur Palerme au moment de certains couchers de soleil de juin. Nous parlions de l’enchantement de certaines nuits d’été face au golfe de Castellammare, quand les étoiles se mirent dans la mer endormie et que l’esprit de celui qui est couché, à la renverse, au milieu des lentisques, se perd dans le gouffre du ciel tandis que son corps, tendu et aux aguets, craint l’approche des démons12.

    16De la Sicile, ils connaissent un même lieu de la côte orientale, Augusta, là où comme le dit La Ciura :

    […] la mer a la couleur des plumes de paon et où, juste en face, au-delà des flots changeants, se dresse l’Etna qui, de nul autre endroit, n’est aussi beau, calme, puissant et réellement divin. L’un de ces lieux d’où l’on voit le visage éternel de cette île qui, si stupidement, a tourné le dos à sa vocation première, celle de servir de pâture aux troupeaux du soleil13.

    17Au fil du temps, entre les deux « expatriés » se tissent des liens, au point que le vieil homme semble avoir pris, dans ses rets, le jeune homme qu’il se met à tutoyer comme il le faisait, jadis, avec ses propres étudiants.

    18Toutefois Paolo reste circonspect sur la nature du sentiment supposé du vieil homme à son égard et qu’il juge non sans ironie :

    […] semblable à celui qu’une vieille fille peut éprouver pour son canari dont elle connaît la fatuité et l’inaptitude à comprendre, mais dont l’existence lui permet d’exprimer, à haute voix, des regrets auxquels la bestiole n’a aucune part mais qui, si elle était absente, lui ferait ressentir son mal-être14.

    19Le professeur qui, quasiment depuis cinquante ans, n’est pas retourné dans son île natale a conservé, de la mer Ionienne, un souvenir aussi enchanté que profondément nostalgique qu’il exprime en termes hyperboliques : « La mer de Sicile est la plus colorée, la plus romantique parmi celles que j’aie vues, ce sera la seule chose que vous ne parviendrez pas à gâcher15 ».

    20À la mer, il associe les oursins (qu’il désigne toujours, non pas par le terme italien ricci, mais par le terme dialectal rizzi), traditionnellement offerts à la dégustation, ouverts en deux, et dont Paolo rappelle que la consommation peut être cause de typhus ; la réponse de La Ciura se fait alors, cinglante, en ces termes :

    C’est la plus belle chose que vous ayez là-bas, ces cartilages couleur de sang, ces simulacres d’organes féminins au parfum de sel et d’algues. Qu’est-ce que tu me racontes avec ton typhus ! Les oursins sont aussi dangereux que tous les cadeaux de la mer, qui donne la mort en même temps que l’immortalité16.

    21On comprendra ultérieurement que les oursins sont à l’image des organes féminins de Ligée qui fut, elle-même, un envoûtant cadeau de la mer.

    22Paolo, pour le moment, a compris que le partage d’un plat d’oursins, à son domicile, pourrait fortifier leur amitié, et son intuition est payante car cela suscite une intense émotion chez le professeur qui, soudain, va ouvrir son cœur à celui pour lequel il éprouve, désormais, des sentiments dont il lui fait l’aveu en ces termes : « Tu sais, au fond, je t’aime bien et ton ingénuité m’émeut17 ».

    23Le professeur, indubitablement charmé par ce jeune homme de vingt-cinq ans qui lui rappelle probablement celui qu’il fut jadis, semble alors le considérer digne d’être le légataire d’une histoire d’envoûtement qui n’est autre que la sienne.

    24C’est ainsi qu’il se transforme en narrateur, à la fois envoûtant et envoûté.

    Rosario La Ciura, un narrateur à la fois envoûtant et envoûté

    25Pour entrer dans cette phase du récit, dans laquelle se mêlent merveilleux, réalisme et érotisme, le lecteur a été invité à faire fi de toute réticence par Paolo lui-même qui a avoué :

    Pas un instant je ne soupçonnai qu’il se fût agi de balivernes et n’importe qui présent à ce moment-là, fût-ce le plus sceptique, aurait perçu une indéniable vérité dans le ton du vieil homme18.

    26C’est à ce moment du récit que la voix du professeur se substitue à celle de Paolo. Le vieil homme va lui révéler un secret, toujours tu jusqu’alors, à savoir son extraordinaire histoire d’amour avec l’ensorcelante Ligée, alors qu’il avait vingt-quatre ans, en somme quasiment l’âge de Paolo dont il fait son confident. Toutefois, avant de passer aux aveux, Rosario La Ciura prend quelques précautions oratoires :

    Je m’en excuse, tu sais, mais il va me falloir ensuite parler à voix basse. Les mots importants ne peuvent être braillés, les hurlements d’amour et de haine ne se rencontrent que dans les mélodrames ou encore chez les gens les plus incultes, ce qui, d’ailleurs, revient au même19.

    27C’est donc à mi-voix, avec le ton qui sied à la confidence intime, que La Ciura accomplit un voyage à rebours vers sa lointaine jeunesse, au mois d’août 1887.

    28Après une éruption de l’Etna, la chaleur était torride et insoutenable, Rosario, qui préparait le concours pour obtenir la chaire de grec ancien de l’université de Pavie, s’était installé à Augusta, à quelques mètres de la mer, seule susceptible de lui apporter un soupçon de fraîcheur matinale. Le 5 août 1887, à six heures du matin, s’était accompli le Prodige. Tandis que Rosario déclamait des vers grecs, en pleine mer, le flanc de sa barque s’était brusquement abaissé sous le poids d’une belle adolescente désireuse de monter à bord.

    29C’est par le mot sortilège que le professeur définit le sourire envoûtant de cette créature jaillie des flots, « à la chevelure en bataille, couleur de soleil, aux immenses yeux verts et aux traits d’une pureté enfantine ». « Son sourire n’exprimait que lui-même, à savoir une joie d’exister quasi animale et une liesse quasi divine20. »

    30Cette radieuse adolescente n’est autre que la sirène Ligée. Ce n’est pas tant son apparition qui crée l’hésitation du lecteur, mais plutôt le fait que ce soit une sirène qui soit charmée par la voix d’un jeune mortel déclamant des vers dans une langue proche de la sienne. C’est alors que Ligée, charmée, s’était faite charmeuse :

    […] elle me prit par le cou, m’enveloppa d’un parfum que je n’avais jamais senti et se laissa glisser dans ma barque ; sous le pli de l’aine, sous les fesses, son corps était celui d’un poisson, recouvert de minuscules écailles bleu pâle nacrées et il se terminait par une queue fourchue qui, lentement, battait contre le fond de la barque21.

    31La Ciura tomba immédiatement sous le charme de la belle sirène, et il en fait l’aveu avec une totale franchise : « Ma nudité presque totale cachait mal mon émotion ». Il raconte comment il fut envoûté par le sourire de Ligée, par son odeur, « une odeur magique de mer et de volupté extrêmement juvénile » mais également par sa voix :

    Elle était un peu gutturale, voilée, vibrante d’innombrables harmoniques et, dans la musique de fond de ses mots, on retrouvait les ressacs alanguis des flots marins en été, le frôlement de la dernière écume sur la plage, la course des vents sur les vagues, sous la lune. Le chant des sirènes n’existe pas, Corbèra, la musique à laquelle on ne peut échapper n’est autre que celle de leur voix22.

    32Bien qu’ayant eu quelques difficultés à comprendre chacun des mots prononcés par la sirène, Rosario en a entendu l’essentiel : « Tu me plais, prends-moi, je m’appelle Ligée, je suis la fille de Calliope23 ».

    33Trois semaines durant, la sirène et le jeune helléniste vont vivre une histoire d’amour extraordinaire et, pour lui, aussi singulière qu’inoubliable. Le jeune homme, demeuré chaste jusqu’à ce jour, découvre soudain tous les charmes d’une passion charnelle pour « un animal mais qui, en même temps, était une immortelle24 ».

    34Mais, à partir du 20 août 1887, la mer s’était teintée de nouvelles couleurs, peut-être celles que vit Giuseppe Tomasi di Lampedusa durant sa promenade de l’été 1956 sur le rivage, elle avait enflé sous le vent et avait appelé Ligée, devenue alors incapable de résister à la voix de la mer, à son injonction à un retour aux sources.

    35Bien que Ligée eût incité Rosario à la suivre dans les flots pour s’épargner les maux inhérents à la condition des mortels, celui-ci avait décliné l’invitation. En souvenir de leur histoire d’amour, l’immortelle avait laissé à son amant une branche de corail pourpre, incrustée de coquillages, qui devint une sorte d’objet magique auquel La Ciura voua quasiment un culte jusqu’à ce qu’il lui fût dérobé par une domestique sans scrupules.

    36Une fois Ligée partie, les deux amants furent désormais séparés, mais comme le dit la racine grecque du mot sirène, Ligée l’avait lié à elle, et pour toujours. La belle, désormais absente, allait devenir l’objet de quête de Rosario qui n’aura de cesse de la rechercher dans le son de la langue grecque ancienne et dans toutes les images de statues grecques découvertes dans des revues culturelles.

    37Le lendemain de son récit-confidence, comme désormais délié d’un secret à nul autre confié, le professeur, qui devait se rendre à un colloque d’hellénistes à l’université de Coimbra, monta à bord du navire le Rex dans le port de Gênes.

    38C’est par un appel téléphonique, laconique, reçu à son journal, que Paolo va apprendre la disparition de son vieil ami en mer. S’agirait-il d’un suicide ? Non, plutôt d’une façon d’obéir, cinquante ans plus tard, à l’invitation de Ligée :

    […] quand tu seras las et que tu n’en pourras vraiment plus, il te suffira de te pencher sur la mer et de m’appeler ; je serai toujours là car je suis partout, ainsi ton rêve de sommeil sera-t-il exaucé25.

    39Mais avant « d’exaucer son rêve de sommeil », le professeur, par un codicille, a transmis à Paolo deux objets en héritage : la photographie de la Koré de l’Acropole26 qui ornait le mur de son appartement, et un cratère représentant Ulysse attaché au mât d’un navire tandis que des sirènes, désespérées de n’avoir pu attirer leur proie, se jettent dans les flots.

    40Les deux objets seront envoyés, par Paolo, dans sa demeure de Palerme qui, malheureusement, va subir les outrages des Liberators qui, s’y étant introduits en 1943, ont lacéré la photographie et brisé le cratère dont Paolo conservera le plus gros fragment représentant les pieds liés d’Ulysse ; une belle image symbolique du professeur qui fut, à tout jamais, enchaîné au souvenir de son envoûtante Ligée, figure primordiale d’un récit dont l’entrelacement des voix constitue un des charmes.

    L’entrelacement des voix, un des charmes de la nouvelle

    41Au début était la voix, ou mieux encore au début étaient les voix, dans l’introduction de La Sirena, on peut « entendre », par l’imagination, la voix de Giuseppe Tomasi di Lampedusa parlant à la première personne et transcrivant, en style direct, des propos prononcés par sa femme, la baronne et psychanalyste Alexandra Wolff Stomersee, qu’il appelait Licy :

    « As-tu jamais imaginé la façon dont on fait l’amour avec une sirène ? » me dit un jour Licy Lampedusa, en posant sur moi ses yeux affûtés de psychanalyste, ce regard complaisant de celui qui sait tout ce que son interlocuteur ignore. « Et te souviens-tu de ce passage du Guépard, quand le prince s’attarde à admirer les fesses d’Amphitrite ? » Dans sa voix s’exprimait son regret à l’égard d’un époux s’étant refusé à l’analyse, mais dont les récits révélaient a posteriori l’indice de pulsions, peut-être testées, voire seulement entrevues, peut-être soupçonnées27.

    42L’écrivain raconte également qu’il apprit à lire tardivement, à l’âge de huit ans seulement et, qu’avant d’être un lecteur autonome, il écoutait des lectures qui lui étaient faites, à haute voix, selon un calendrier très précis :

    […] le mardi, le jeudi et le samedi, on me lisait l’Histoire Sainte et une sorte de résumé de la Bible et des Évangiles ; et le lundi, le mercredi et le vendredi, la mythologie classique. Si bien que j’ai pu acquérir de « solides » connaissances dans ces deux disciplines, je suis encore en mesure de dire combien, et qui, étaient les frères de Joseph et je me repère au milieu des querelles familiales complexes des Atrides28.

    43S’il ne fait pas mention de l’identité du ou des lecteur(s) de sa prime jeunesse, il serait plaisant de penser que c’est l’écho de cette voix qui avait su jadis le charmer qui, des années plus tard, lui souffla l’idée de devenir à son tour conteur, en quelque sorte un charmeur par les mots, un peu ensorceleur. Un conteur qui s’accorde quelque licence, d’une part en faisant sienne Ligée et, d’autre part, en lui faisant réfuter la fonction mortifère traditionnellement assignée aux sirènes quand il lui fait dire : « N’accorde aucun crédit aux fables que l’on invente sur nous, nous ne tuons personne, nous ne faisons qu’aimer29 ».

    44Ainsi Tomasi di Lampedusa fait-il de Rosario La Ciura, non plus un marin tel Ulysse, mais un explorateur de voix éteintes, puisque c’est un professeur de grec ancien à qui il fait vivre le fantasme absolu, celui de la fusion charnelle et cosmique avec l’incarnation d’une héroïne mythologique et envoûtante.

    45L’écrivain dote aussi le professeur d’une voix qui a, sur Paolo, un réel pouvoir d’envoûtement qui ne manque pas de faire penser, bien évidemment, à celui des sirènes. En divers passages du récit, Paolo, tel un musicologue attentif, repère les nuances du timbre de voix du vieux professeur : « une voix ô combien cultivée et à l’accent impeccable », une voix « étrangement musicale, aux modulations fascinantes, un flot harmonieux d’orgueil et d’insolence, mêlé d’allusions disparates et de touches de poésie incompréhensible30 ».

    46« J’étais confus et fasciné31 », avoue Paolo, totalement subjugué par ce vieil homme à la fois érudit et passionnant, mais probablement aussi par sa capacité à formuler des propos cinglants dont les exemples sont nombreux.

    47Par exemple, quand La Ciura parle de ses confrères hellénistes : « au fond, ils ne connaissent du grec que ses formes extérieures, ses bizarreries et ses difformités. L’esprit vivant de cette langue, sottement appelée « morte », ne leur a d’ailleurs pas été révélé32 ».

    48Quand il parle des deux ex-maîtresses de Paolo, deux simples mortelles turinoises pour lesquelles il exprime son dégoût d’un jet de salive et en rappelant « qu’elles sont malades, j’ai bien dit malades, dans cinquante ou soixante ans, peut-être moins, elles vont crever, elles sont donc, d’ores et déjà, malades33 ».

    49Quand il parle des Siciliens avec des accents qui ne sont pas sans rappeler Le Guépard : « Si la Sicile est encore comme à mon époque, j’imagine qu’il ne s’y passe jamais rien de bon, comme depuis trois mille ans ».

    50Paolo et le professeur pourraient sembler aux antipodes l’un de l’autre puisque cinquante ans les séparent et, comme le dit Paolo, des « milliers d’années-lumière… séparaient leurs deux cultures », néanmoins un rapprochement s’instaure quand le jeune journaliste devient le dépositaire du récit-confidence du vieil homme.

    51Après cette confidence très intime, va s’opérer une sorte de passage de témoin, plus précisément de passage de voix, et cette transmission du vieil homme à son jeune ami advient, à la gare où Paolo l’a accompagné, le jour où il doit rejoindre Gênes pour y embarquer. Le professeur avait alors effleuré la tête de Paolo, d’un geste semblable à celui qu’il avait eu pour caresser, avec une infinie tendresse, l’image d’une divinité grecque dans le café de Turin.

    52Un beau geste de tendresse paternelle, qui pourrait être symboliquement considéré comme une sorte de viatique afin que Paolo, devenu le « fils » de cœur, le « descendant » choisi, devienne à son tour un conteur, un aède digne d’avoir sa place parmi tous les créateurs de naïades et de sirènes : d’Homère à Giraudoux, l’auteur d’Ondine dont un volume, dans la bibliothèque de La Ciura, côtoie l’Undine du romantique allemand Friedrich de la Motte-Fouqué, en passant par Shakespeare dont La Ciura lit deux vers extraits d’un ouvrage de la bibliothèque de Paolo : un vers de La Tempête : « a sea change… into something rich and strange » (référence au chant d’Ariel, acte 1, scène 234) et un vers du sonnet 119 : « What potions have I drunk of Syren tears35 ».

    53Deux vers qui avaient conduit La Ciura à dire, avec une admiration presque un peu triviale à propos de Shakespeare, que « celui-là au moins s’y entendait », et l’on comprend qu’il sous-entendait qu’il s’y entendait en matière d’amour.

    54Pour poursuivre l’idée de la double identité de Ligée comme modèle matriciel de la nouvelle, l’Italie présentée par Tomasi di Lampedusa réunit des disparités tant géographiques que linguistiques. À l’univers brumeux et froid de la septentrionale Turin, s’oppose, et s’unit en même temps, la méridionale Augusta, située dans cette Sicile originelle, berceau de la Magna Graecia, solaire, charnelle et fascinante dont le professeur, derrière lequel semble se dissimuler l’auteur, chante les louanges. Deux univers géographiquement dissemblables qui constituent, néanmoins, une seule Italie qui, bien qu’unifiée depuis 1861, résonnait, et résonne encore, de langues très différentes.

    55Dans le récit, deux langues se côtoient, d’une part celle des deux narrateurs, Siciliens « expatriés » qui ne font pas usage du dialecte sicilien, mais du toscan, la langue de l’Italie unifiée, usuellement appelée l’italien standard et, d’autre part, celle des jeunes maîtresses de Corbèra, qui s’expriment en dialecte turinois, tout comme les différentes domestiques qui se succèdent au service de La Ciura.

    56Ainsi, à partir de l’image d’une sirène, créature composite par excellence, Tomasi di Lampedusa offre-t-il l’image d’une Italie dont il soude les disparités.

    57Dans le fait d’avoir choisi deux personnages venus de la Sicile, où il est lui-même né, à Palerme, Tomasi di Lampedusa incite à penser qu’il a voulu, en créant le rapprochement entre deux personnages masculins appartenant à deux périodes différentes de la vie, réunir deux images de sa propre existence. Dans la photographie un peu pâlie de Rosario La Ciura, âgé de vingt ans et d’une rare beauté, que Paolo peut voir sur un guéridon de l’appartement du professeur, on pourrait imaginer le regard de l’écrivain vieillissant sur l’image de sa propre jeunesse.

    58Et puisque la voix constitue le fil rouge de son récit, c’est celle de l’écrivain lui-même dont on a l’impression de percevoir le souffle dans la partie finale de la nouvelle.

    59Quand Paolo Corbèra, qui a repris les rênes du récit, fait allusion au codicille qui a fait de lui, officiellement, le légataire de deux objets symboliques de l’existence de La Ciura (la Koré et le cratère), on est tenté d’entendre, derrière la voix de Paolo, ultime descendant du protagoniste défunt du Guépard, celle de Giuseppe Tomasi di Lampedusa invitant à penser que l’on vient de lire son propre récit-testament.

    60Dans l’excipit, il est fait allusion aux innombrables livres, légués par le professeur Rosario La Ciura à l’Université de Catane et « qui, faute de crédits pour des rayonnages, vont lentement pourrissant ». Comment ne pas entendre, dans cette ultime phrase, la voix de l’écrivain indubitablement conscient, au moment où il mettait un point final à sa nouvelle, qu’elle allait, tout comme son manuscrit précédent, refusé par les maisons d’édition, probablement subir ce même triste sort après son décès ?

    61D’ailleurs il vient l’envie de rapprocher l’incipit et l’excipit : « À la fin de l’automne de l’année 1938, je me trouvais en pleine crise de misanthropie » et « Les livres furent déposés dans le sous-sol de l’Université où, faute de crédits pour les rayonnages, ils vont lentement pourrissant ». Dans ce rapprochement, on peut alors percevoir une sorte de complainte, celle d’un écrivain que les affres de la maladie devaient éloigner des autres, dont les jours étaient comptés, indubitablement conscient qu’il ne pourrait jamais créer, avec des lecteurs, ce lien spécifique qui est de l’ordre du charme, charme auquel succomba Giorgio Bassani, à la lecture des pages manuscrites de Lighea et qu’il exprime dans la préface des Racconti :

    62Le poète a insufflé beaucoup plus de lui-même dans le professeur La Ciura, illustre vieil homme, demeuré chaste tout le reste de sa vie après avoir connu, jeune, l’amour d’une sirène, que dans don Fabrizio Salina qui, particulièrement à l’heure de sa mort, est pourtant un personnage tellement proche de l’écrivain, si douloureusement autobiographique36.

    63C’est grâce à Gioacchino Lanza Tomasi, musicologue, adopté en 1957 par Giuseppe Tomasi di Lampedusa, son lointain cousin, qu’il est encore possible d’entendre, non sans émotion, la voix de ce dernier faisant la lecture de sa propre nouvelle, fin février 1957, quelques mois avant sa mort. Gioacchino Lanza Tomasi raconte que sa fiancée, qui lui avait offert pour son anniversaire, le 11 février de cette même année, un magnétophone Grundig, lui avait suggéré d’enregistrer Tomasi di Lampedusa. L’enregistrement qui eut lieu, deux heures durant, et dans des conditions très artisanales puisqu’on y entend le bruissement des pages tournées, a fait l’objet d’un audio livre, publié par la maison d’édition Feltrinelli en 2014 en accompagnement de la réédition de la nouvelle.

    64Outre l’émotion que l’on ressent en écoutant la voix de l’écrivain, par un jeu de mise en abyme, écouter sa voix équivaut à nous rendre un peu semblables à Paolo Corbèra écoutant Rosario La Ciura, à savoir à devenir un peu ses légataires, tombés sous le charme et susceptibles, à leur tour, de transmettre la connaissance de sa nouvelle et d’inciter à en faire la lecture.

    Bibliographie

    Bibliographie

    Bassani G., Opere, Milano, Mondadori, coll. « I Meridiani », 2001.

    Brancati V., Don Giovanni in Sicilia, Milano/Roma, Rizzoli & C., 1941.

    Notturno italiano, racconti fantastici del Novecento, a cura di E. Ghidetti et L. Lattarulo, Roma, Editori Riuniti, 1985.

    Tommasi di Lampedusa G., Il Gattopardo, Milano, Feltrinelli, 1958.

    —, Racconti, Milano, Feltrinelli, 1988.

    —, La Sirena, Milano, Feltrinelli, 2014 (con CD).

    —, Le professeur et la sirène, Paris, Seuil, coll. « Littérature italienne », 1962.

    Notes de bas de page

    1 Le texte italien peut être lu dans le recueil intitulé Racconti, publié en 1961 par Feltrinelli, et également dans le recueil Notturno italiano, Racconti fantastici del Novecento, éd. E. Ghidetti et L. Lattarulo, Roma, Riuniti, 1985. C’est aux pages de ce texte qu’il sera fait référence pour toutes les citations qui vont suivre et dont j’ai proposé la traduction.

    2 Di là dal cuore, dans Giorgio Bassani, Opere, Milano, Mondadori, coll. « I Meridiani », 2001, p. 1156.

    3 Préface que l’on peut lire aussi dans Giorgio Bassani, Opere, op. cit., p. 1202.

    4 G. Tomasi di Lampedusa, Le professeur et la sirène, Paris, Seuil, coll. « Littérature italienne », 1962.

    5 Id., La Sirena, Milano, Feltrinelli, 2014.

    6 Notturno italiano, Racconti fantastici del Novecento, op. cit., p. 326.

    7 Le mot gallismo qui dérive de gallo, à savoir le coq, a été forgé par Vitaliano Brancati (1907-1954) pour désigner, de façon satirique, cette façon qu’ont, selon lui, les Siciliens de se vanter de leur excellence en matière amoureuse.

    8 Notturno italiano, op. cit., p. 335.

    9 Ibid., p. 328.

    10 Ibid., p. 322.

    11 Ibid., p. 326.

    12 Ibid., p. 326.

    13 Ibid., p. 333.

    14 Ibid., p. 327.

    15 Ibid.

    16 Ibid.

    17 Ibid., p. 334.

    18 Ibid., p. 338.

    19 Ibid., p. 334.

    20 Ibid., p. 337.

    21 Ibid.

    22 Ibid., p. 338.

    23 Ibid.

    24 Ibid., p. 339.

    25 Ibid., p. 340.

    26 Dans le Dictionnaire de l’Académie, on lit que Korê ou Koré, n. f. xxe siècle, emprunté au grec korê, « jeune fille », désigne une statue de l’art grec archaïque représentant une jeune fille debout. Dans le nouveau musée d’Athènes, sur l’Acropole, se trouvent ces gracieuses jeunes filles exhumées de terre par les archéologues grecs dans les vingt dernières années du xixe siècle, c’est-à-dire vers 1880 (rappelons que la rencontre du professeur et de la sirène date de 1887). Alain Pasquier parle d’un « sourire archaïque » car ce sourire, spécifique des artistes de l’Hellade du vie siècle avant J.-C., n’apparaît que dans l’art archaïque grec. Ce sourire est bien plus qu’un simple mouvement labial, explique ce spécialiste qui rappelle que beaucoup d’autres statues de la Grèce sourient. Mais le sourire des Korès est de loin le plus gracieux. C’est donc à ce sourire si envoûtant que fait référence La Ciura quand il parle de celui de Ligée.

    27 G. Tommasi di Lampedusa, La Sirena, op. cit., p. 12.

    28 Id., Racconti, Milano, Feltrinelli, 1988, p. 137.

    29 Notturno italiano, op. cit., p. 338.

    30 Ibid., p. 327.

    31 Ibid.

    32 Ibid., p. 325.

    33 Ibid., p. 329.

    34 Your father lies five whole
    His bones have turned to coral now.
    His eyes have turned to pearls.
    Here’s nothing left of him,
    He’s undergone a complete sea change
    And become something rich and strange.
    Sea nymphs ring his death bell every hour.
    « À cinq brasses sous les eaux ton père est gisant
    Ses os sont changés en corail
    Ses yeux sont devenus deux perles
    Rien de lui ne s’est flétri
    Mais tout a subi dans la mer un changement
    En quelque chose de riche et de rare
    D’heure en heure les nymphes de la mer tintent son glas. »

    35 « Que de fois je me suis abreuvé de larmes de sirène. »

    36 G. Bassani, Di là dal cuore, dans G. Bassani, Opere, Milano, Mondadori, coll. « I Meridiani », 2001, p. 1204.

    Auteur

    • Marie-Andrée Salanié

      Université Bordeaux Montaigne
      CLARE EA 4593

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    1 Le texte italien peut être lu dans le recueil intitulé Racconti, publié en 1961 par Feltrinelli, et également dans le recueil Notturno italiano, Racconti fantastici del Novecento, éd. E. Ghidetti et L. Lattarulo, Roma, Riuniti, 1985. C’est aux pages de ce texte qu’il sera fait référence pour toutes les citations qui vont suivre et dont j’ai proposé la traduction.

    2 Di là dal cuore, dans Giorgio Bassani, Opere, Milano, Mondadori, coll. « I Meridiani », 2001, p. 1156.

    3 Préface que l’on peut lire aussi dans Giorgio Bassani, Opere, op. cit., p. 1202.

    4 G. Tomasi di Lampedusa, Le professeur et la sirène, Paris, Seuil, coll. « Littérature italienne », 1962.

    5 Id., La Sirena, Milano, Feltrinelli, 2014.

    6 Notturno italiano, Racconti fantastici del Novecento, op. cit., p. 326.

    7 Le mot gallismo qui dérive de gallo, à savoir le coq, a été forgé par Vitaliano Brancati (1907-1954) pour désigner, de façon satirique, cette façon qu’ont, selon lui, les Siciliens de se vanter de leur excellence en matière amoureuse.

    8 Notturno italiano, op. cit., p. 335.

    9 Ibid., p. 328.

    10 Ibid., p. 322.

    11 Ibid., p. 326.

    12 Ibid., p. 326.

    13 Ibid., p. 333.

    14 Ibid., p. 327.

    15 Ibid.

    16 Ibid.

    17 Ibid., p. 334.

    18 Ibid., p. 338.

    19 Ibid., p. 334.

    20 Ibid., p. 337.

    21 Ibid.

    22 Ibid., p. 338.

    23 Ibid.

    24 Ibid., p. 339.

    25 Ibid., p. 340.

    26 Dans le Dictionnaire de l’Académie, on lit que Korê ou Koré, n. f. xxe siècle, emprunté au grec korê, « jeune fille », désigne une statue de l’art grec archaïque représentant une jeune fille debout. Dans le nouveau musée d’Athènes, sur l’Acropole, se trouvent ces gracieuses jeunes filles exhumées de terre par les archéologues grecs dans les vingt dernières années du xixe siècle, c’est-à-dire vers 1880 (rappelons que la rencontre du professeur et de la sirène date de 1887). Alain Pasquier parle d’un « sourire archaïque » car ce sourire, spécifique des artistes de l’Hellade du vie siècle avant J.-C., n’apparaît que dans l’art archaïque grec. Ce sourire est bien plus qu’un simple mouvement labial, explique ce spécialiste qui rappelle que beaucoup d’autres statues de la Grèce sourient. Mais le sourire des Korès est de loin le plus gracieux. C’est donc à ce sourire si envoûtant que fait référence La Ciura quand il parle de celui de Ligée.

    27 G. Tommasi di Lampedusa, La Sirena, op. cit., p. 12.

    28 Id., Racconti, Milano, Feltrinelli, 1988, p. 137.

    29 Notturno italiano, op. cit., p. 338.

    30 Ibid., p. 327.

    31 Ibid.

    32 Ibid., p. 325.

    33 Ibid., p. 329.

    34 Your father lies five whole
    His bones have turned to coral now.
    His eyes have turned to pearls.
    Here’s nothing left of him,
    He’s undergone a complete sea change
    And become something rich and strange.
    Sea nymphs ring his death bell every hour.
    « À cinq brasses sous les eaux ton père est gisant
    Ses os sont changés en corail
    Ses yeux sont devenus deux perles
    Rien de lui ne s’est flétri
    Mais tout a subi dans la mer un changement
    En quelque chose de riche et de rare
    D’heure en heure les nymphes de la mer tintent son glas. »

    35 « Que de fois je me suis abreuvé de larmes de sirène. »

    36 G. Bassani, Di là dal cuore, dans G. Bassani, Opere, Milano, Mondadori, coll. « I Meridiani », 2001, p. 1204.

    Le Charme de l’Antiquité à nos jours

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    Salanié, M.-A. (2018). Lighea (Ligée) ou l’envoûtement d’une sirène et le charme d’une nouvelle de Giuseppe Tomasi di Lampedusa. In G. Puccini (éd.), Le Charme de l’Antiquité à nos jours. Pessac: Presses Universitaires de Bordeaux. https://doi.org/10.4000/books.pub.40569
    Salanié, Marie-Andrée. «  Lighea (Ligée) ou l’envoûtement d’une sirène et le charme d’une nouvelle de Giuseppe Tomasi di Lampedusa ». In Le Charme de l’Antiquité à nos jours, édité par Géraldine Puccini. Pessac: Presses Universitaires de Bordeaux, 2018. doi:10.4000/books.pub.40569.
    Salanié, Marie-Andrée. «  Lighea (Ligée) ou l’envoûtement d’une sirène et le charme d’une nouvelle de Giuseppe Tomasi di Lampedusa ». Le Charme de l’Antiquité à nos jours, édité par Géraldine Puccini, Presses Universitaires de Bordeaux, 2018, https://doi.org/10.4000/books.pub.40569.

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    Puccini, G. (éd.). (2018). Le Charme de l’Antiquité à nos jours. Pessac: Presses Universitaires de Bordeaux. https://doi.org/10.4000/books.pub.40349
    Puccini, Géraldine, éd. Le Charme de l’Antiquité à nos jours. Pessac: Presses Universitaires de Bordeaux, 2018. doi:10.4000/books.pub.40349.
    Puccini, Géraldine, éditeur. Le Charme de l’Antiquité à nos jours. Presses Universitaires de Bordeaux, 2018, https://doi.org/10.4000/books.pub.40349.
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