Vestiges textuels de l’enseignement du théâtre au collège jésuite sous l’Ancien Régime
p. 171-183
Texte intégral
Présentation de la compagnie de Jésus
Fondation et objectifs
1La Compagnie de Jésus est fondée en 1534 par Ignace de Loyola. La particularité de l’ordre réside dans le fait qu’en même temps qu’il s’érige et définit ses missions, il s’implante partout en Europe et ouvre des collèges jusque dans les villes de petite importance. Il y a donc très rapidement, un véritable « maillage » de l’Europe par les collèges jésuites qui accueillent les séminaristes et les enfants des princes et des familles aisées.
2Quelles sont donc les missions que se donne l’ordre ? Glorifier Dieu et faire du prosélytisme catholique face à la montée en puissance de l’Islam d’un côté et du protestantisme de l’autre ; vénérer et servir le prince, représentant de Dieu sur terre ; former des hommes de qualité, dans le respect des bienséances, du prince et de Dieu, dans le souci de faciliter leur intégration dans la société de l’Ancien Régime, en cela, l’enseignement jésuite est marqué par un conservatisme affiché.
Collège et théâtre
3Le collège jésuite comporte trois niveaux : les classes de grammaire qui correspondent à nos classes de cinquième/quatrième et troisième, la classe d’humanité et de poésie qui correspond à notre classe de seconde, la classe de rhétorique correspond à notre classe de première.
4Former de futurs hommes de qualité dans le respect des bienséances passe par une maîtrise absolue du corps et du discours : la rhétorique qui forme à la belle éloquence est donc le fleuron de l’enseignement jésuite. Cet art oratoire est hérité de l’Antiquité, le grand maître reconnu en poésie est Aristote et pour la rhétorique, Cicéron.
5L’enseignement de la rhétorique se pratique de façon progressive depuis les petites classes. Les plus jeunes commencent par des exercices oratoires et gestuels, les élèves pratiquent des débats d’abord privés puis publics pour les plus grands. Le spectacle rythme la vie du collège, spectacle au sens large du terme, puisqu’il comprend des saynètes, des discours, des pièces de poésie, du théâtre et du ballet.
6Qui dit spectacle dit public : le premier public se situe au sein même du collège, les élèves étant spectateurs d’eux-mêmes, notamment pour les plus jeunes. Ensuite, le collège s’ouvre aux familles et aux puissants en visite, qu’ils soient laïcs ou religieux et finalement, dans un troisième temps, les collèges passent des contrats avec les villes qui deviennent mécènes et exigent des spectacles en retour. La scène jésuite s’ouvre alors au tout venant.
Développement et renommée du spectacle jésuite
7Présente partout en Europe, la scène jésuite est très courue, d’abord, parce qu’il y a relativement peu de salles de spectacle et dans la plupart des villes de petite et moyenne importance, la seule scène disponible est celle du collège jésuite et puis aussi parce que les puissants, à commencer par le roi Louis XIV lui-même, sont très friands de ces spectacles qui les honorent et où ils peuvent voir leurs enfants se produire.
8La production de spectacles se développe de façon continue du XVIe au XVIIIe siècles alors que la Ratio studiorum1, bulletin officiel de l’époque, qui régit la scolarité et la vie des collèges, ne mentionne le théâtre que dans un seul article sur les 527 qui la composent et encore, cette mention est très succincte et très restrictive :
[87] Tragédies et comédies
L’argument des tragédies et comédies – qui ne doivent être que latines et très rares – sera sacré et pieux ; il n’y aura aucun intermède, sinon latin et décent ; aucun personnage ni vêtement féminin n’y sera introduit.
9Il y a la loi et puis, l’esprit de la loi : dans leur souci de prosélytisme, les jésuites vont définir une ligne de conduite fondée sur deux principes : souplesse et adaptation. Ils vont donc interpréter et adapter l’article 87 aux goûts de la société dans laquelle ils s’implantent. Le roi aime le théâtre et le ballet, les jésuites se mettent au goût du jour.
Le théâtre et son extension, le ballet, comme axes centraux de la pédagogie
Le théâtre, un outil de formation
10Pour atteindre les objectifs précédemment cités (glorifier Dieu, vénérer le prince, former l’homme de qualité), le théâtre est un outil de formation intellectuelle mais aussi morale et spirituelle.
11Pour séduire et convaincre, les jésuites concurrencent la scène professionnelle et proposent des spectacles de qualité équivalente. Cet extrait tiré de L’Éducation des jésuites2 de François de Dainville compare deux mise en scènes : celle d’un ballet joué au collège d’Auch en 1676 et intitulé L’Alliance de Tolose et des Pyrénées et la mise en scène d’Andromède de Corneille, jouée à Paris en 1650 et met en exergue le parallélisme entre la scène professionnelle et la scène scolaire jésuite :

12Il reste très peu de traces écrites de mentions de décors et de mise en scènes du spectacle jésuite. Voici un autre exemple, rare donc, toujours tiré de l’ouvrage de François de Dainville, l’Éducation des jésuites : il s’agit d’indications de mise en scène d’une tragédie intitulée Saint Luperculus archevesque d’Auch et martyr3, jouée en 1665 au collège d’Auch et conservées à la bibliothèque municipale de la ville.
Le programme d’une tragédie tirée de l’hagiographie locale, Saint Luperculus archevesque d’Auch et martyr, tragédie chrétienne représentée dans la cour du collège d’Auch de la Compagnie de Jésus en 1665, nous a conservé le détail précieux d’une mise en scène très variée. De telles précisions sont si rares qu’il vaut de reproduire le passage en son entier.
Au premier acte. La scène représentera un grand portique du palais du préfet. Accompagné de deux autres dont les colonnes termineront la vue sur les deux côtés au milieu sera l’autel d’Apollon et le fond sera terminé par une balustrade de marbre chargée de pots de jasmin et d’oranger, laissant au milieu une large ouverture, pour la sortie qui aboutira à une place entourée de divers palais, et ouverte à perte de vue, par une rue également agréable pour sa largeur, pour le bel ordre et pour la magnificence des bastimens.
Au deuxième acte. Un espace vuide au milieu des bois, aux arbres remarquables pour la grosseur de leurs troncs. Au fond une vaste étendue.
Au troisième acte. Même scène. Mais on verra saint Cérat descendant du ciel dans une nuée de gloire qui le soutiendra en l’air par un artifice qui ne sera point aperçu des spectateurs.
Pendant qu’il exhortera saint Luperculus à la constance, par l’espérance de la gloire dont il luy fera voir un rayon par l’ouverture d’une nue dans laquelle on verra les anges chantans et jouant divers instruments.
Au quatrième acte, les spectateurs se trouveront transportés au portique du palais préfectoral. L’idole d’Apollon tombera en pièces, le portique d’Apollon rentrera dans la terre qui s’ouvrira.
Au cinquième acte, apparition d’un ange dans une nue semblable à celle qui avait porté saint Cératius dans la solitude.
On aura remarqué l’alternance des décors d’intérieur et d’extérieur. Les machines renouvellent l’intérêt aux actes où le décor n’a point changé4.
13Les jésuites ne se refusent rien, que ce soit pour la formation de leurs élèves ou pour leurs spectateurs, puisqu’ils utilisent les meilleurs artisans, décorateurs, architectes, compositeurs, musiciens et maîtres de ballet de leur temps. Le plaisir du spectateur à la scène scolaire jésuite est à l’image du plaisir qu’il éprouve à la scène professionnelle, le plaisir de la fable tout d’abord, celui de l’histoire que l’on raconte et des dispositifs mis en place pour surprendre et étonner, du point de vue technique. Dans un second temps, un plaisir « à retardement » : les machines, l’utilisation de la perspective et d’artifices divers créant un inganno degli occhi, une illusion de l’œil, après avoir été ébloui, le spectateur cherche alors, à comprendre comment l’illusion a été créée sur la scène. La découverte des mécanismes pourvoyeurs d’illusion est un plaisir aussi en soi pour le spectateur de l’époque. Qu’il parvienne ou non à découvrir les mécanismes des artifices, il tombe sous le coup de l’émerveillement et éprouve du plaisir à se laisser abuser, dans un pacte d’illusion consentie, entre la scène et le spectateur.
14Afin de se faire une idée au plus près de la réalité de l’époque, il faut examiner un répertoire qui nous est parvenu presque dans son intégralité, celui du collège jésuite français le plus réputé, le collège Louis-Le-Grand à Paris.
Le collège Louis-le-Grand, un exemple de répertoire
15Le corpus utilisé ici est tiré du Théâtre des jésuites5 d’Ernest Boysse qui a retranscrit la totalité du répertoire de ce collège dans son ouvrage.
Historique du collège et du répertoire
16Le collège de Clermont est inauguré en 1564 et sur ordre de Louis XIV, il est rebaptisé collège Louis-Le-Grand, en 1683, c’est dire l’intérêt que le roi porte à l’éducation jésuite et à ce collège particulièrement.
17Le répertoire qui nous est parvenu court de 1635 à 1761, soit cent vingt-six ans de pratique théâtrale au collège. La première mention de spectacle apparaît soixante et onze ans après l’ouverture du collège : cela ne veut pas dire qu’il n’y avait pas de spectacle avant mais que l’utilisation du spectacle dans la pédagogie jésuite s’est développée progressivement, jusqu’à la nécessité de constituer un répertoire officiel des travaux présentés.
18L’année est rythmée par les spectacles dans tous les collèges européens : deux spectacles fixes (fin août à l’occasion de la remise des prix pour célébrer la fin de l’année scolaire avec un spectacle traditionnellement composé d’une tragédie et d’un ballet et lors des fêtes de Carnaval afin de proposer une alternative, un contre-point, aux débauches jugées licencieuses de cette fête païenne). À ces spectacles fixes, il faut ajouter des spectacles « à la demande », au grès des évènements que l’on veut honorer : à l’occasion de la fête d’un saint (saint Nicolas, patron des écoliers, le saint patron du collège ou de la ville), pour célébrer un événement important (anniversaire, mariage ou naissance princiers, victoires militaires ou diplomatiques, visite d’un prélat ou d’un notable, etc.).
19La répartition des spectacles à Louis-Le-Grand auprès des classes se fait en fonction de l’importance accordée à l’événement célébré et on peut raisonnablement supposer qu’un tel dispositif était appliqué dans les autres collèges. Les élèves de la classe de rhétorique jouent la grande tragédie et dansent le ballet pour le spectacle de fin d’année, les élèves de la classe de poésie et d’humanités jouent la petite tragédie de Carnaval et les drames comiques, les plus jeunes, ceux issus des classes de grammaire, jouent des tragédies françaises en petit comité. Concernant les spectacles « à la demande », les jésuites s’adaptent au rang de la personne à honorer et à l’importance de l’événement : pour honorer le roi dont c’est l’anniversaire, on aura recours aux élèves de rhétorique ; pour un événement de moindre importance, comme une manifestation festive à l’occasion de la foire annuelle de la ville, on fera jouer les élèves de la classe de poésie et d’humanités.
Le contenu du répertoire
20On recense environ 120 tragédies et 80 ballets. Certains spectacles se jouent plusieurs fois à plusieurs années d’intervalle : pour répondre à la demande croissante, les jésuites se sont donc constitué un fonds dans lequel ils puisent selon les besoins.
21Les premières tragédies datent de 1635 et le premier ballet attesté date de 1650. Il n’a pas de titre mais une appellation : « Intermède de la tragédie du collège de Clermont, dédiée au roy pour la distribution des prix de l’année 1650 », ceci atteste de la présence du monarque lors de cette manifestation.
22L’examen de la tragédie associée à ce ballet est très intéressant parce qu’il nous renseigne sur l’interprétation de l’article 87 de la Ratio studiorum : on trouve dans cette tragédie, intitulée Taprobana christiana6, deux personnages féminins (Nitaris, reine de Candy et Nigaritas, sa suivante) et le programme est bilingue latin / français : les jésuites se sont donc largement émancipés de la règle et ce, cinquante et un ans à peine après qu’elle ait été promulguée. On peut vraisemblablement en déduire que les personnages féminins et l’utilisation même minime du français remontent à bien plus longtemps encore que ce que le répertoire permet d’attester.
23Le répertoire mentionne aussi des genres plus légers, tournés vers le lyrisme et le divertissement : cinq pastorales, neuf drames, une tragicomédie, quatre drames comiques, une comédie héroïque et une vingtaine de comédies, la première, Ostentatores7, datant de 1663.
24La comédie se développe surtout sous la régence de Philippe d’Orléans et sous le règne de Louis XV. Son extension va de pair avec une démocratisation croissante de la scène jésuite : les spectacles sont nombreux, de plus en plus ouverts à un public tout venant, qui maîtrise mal, voire pas du tout le latin et les pièces sont de plus en plus écrites en français. On voit bien l’évolution et l’adaptation par rapport au fameux article prescriptif 87 de la Ratio studiorum.
25Afin de mieux saisir ce que pouvait être le spectacle jésuite, examinons un exemple concret tiré du répertoire de Louis-Le-Grand. Ce programme s’est déroulé le 7 août 1686, à 13h00, à l’occasion de la fête de fin d’année. Il comprend une tragédie historique, Clovis : là encore, on s’est émancipé de la tradition humaniste puisqu’on puise dans le fonds historique français. Cette tragédie est suivie d’un ballet, allégorique, Les Travaux d’Hercule, à la gloire de Louis XIV.
Exemple d’un spectacle jésuite : le programme du 7 août 16868
Ce ballet est cité comme « très ingénieux » par le Père Lejay, dans son traité De Choreis. […] l’auteur a trouvé dans les travaux d’Hercule une allégorie continuelle des faits et gestes de Louis XIV.
Les travaux d’Hercule sont divisés en quatre groupes. Le héros entreprend les uns pour sa propre gloire, les autres pour l’utilité des peuples qu’il protège, les troisièmes pour défendre et venger ses amis, les derniers pour rendre aux dieux les honneurs qui leur sont dus.
Première partie. – Hercule tue le lion de Némée, et par ce premier exploit fait bien augurer de son courage. – C’est la conquête de la Flandre.
Vainqueur du lion de Némée, Hercule est, pendant son sommeil, entouré de Pygmées qui veulent lui enlever sa massue. Il se réveille et met en fuite cette troupe débile. – Ce sont les troubles, au dedans et au dehors, apaisés par le roi.
Géryon, fier de son triple corps, attaque Hercule. Il est terrassé et vaincu. – c’est la rupture de la triple alliance.
Hercule franchit le fleuve Alphée, malgré les Centaures qui s’opposent à son passage. – Allusion au passage du Rhin.
Il pénètre dans le fertile royaume des Hespérides, et satisfait de ce succès, il n’en emporte que quelques pommes d’or qu’il distribue à ses compagnons d’expédition. – La Hollande occupée et abandonnée après une heureuse conquête.
[…]
Quatrième partie. – Hercule résiste aux efforts des Géants qui menacent le ciel ; il terrasse le plus redoutable et met les autres en fuite. – Allusion à la guerre faite à l’impiété.
Il punit Laomédon, oublieux de la foi jurée aux dieux, en détruisant Ilion de fond en comble. – C’est la démolition des temples protestants.
Il vient soulager Atlas, fatigué de porter le ciel sur ses épaules. – On entend par là le support donné à la religion.
L’hydre, ayant pris naissance dans les entrailles de la terre, les dieux des marais veulent en faire une divinité pour faire injure aux dieux de l’Olympe. – Hercule se met en devoir de la combattre. – C’est la guerre au protestantisme.
Hercule montre les têtes de l’hydre vaincue. – C’est l’hérésie détruite. Enfin, pour couronner l’ouvrage, tous les peuples de la terre élèvent deux colonnes à Hercule, comme un monument de son courage et de leur reconnaissance. – Ce sont les monuments élevés à Louis le Grand et qui recommanderont sa mémoire à la postérité.
26Le théâtre jésuite est bel et bien une façon d’honorer le pouvoir en place et de le servir, les parallélismes entre le texte du livret et les actes politiques du roi sont ici mis en évidence. La distribution aussi nous renseigne sur la popularité nationale et européenne de cet établissement :
Acteurs du ballet :
René de Tournemine, de Bretagne,
Antoine de Luna, de Gand,
Louis Regnault, de Valence,
Joseph de Chevierry, de Bayonne,
François Clermont, de Paris,
Louis-François de Sourches, de Paris,
Louis-Vincent de Sourches, de Paris,
Charles de Morangie, de Mende,
Jacques Bulkeley, de Londres,
Jean-Jacques de Mesmes, de Paris,
Malo-Jean-Baptiste de Couesquen, de Bretagne,
François-Paul de Villeroy, de Paris, Louis de Villeroy, de Paris,
Laurent Galvou, de Lisbonne.
27On remarque les origines géographiques variées des élèves : des Parisiens, bien sûr, mais aussi des élèves venus d’autres régions françaises, ainsi que des élèves étrangers puisqu’il est question de Gand, de Londres et de Lisbonne : le collège Louis-Le-Grand est l’un des plus prestigieux d’Europe.
28Si le répertoire du collège Louis-Le-Grand est une source inestimable de renseignements concernant le spectacle dans les collèges jésuites, il n’en demeure pas moins que peu de textes nous sont parvenus.
Les vestiges textuels
29Que nous reste-t-il en matière de textes de théâtre jésuite ? Très peu de choses en fait : quelques références de décors et de mise en scènes, quelques vestiges de répertoires, mais nous avons perdu la majeure partie des pièces écrites dans les collèges jésuites. Le siècle des Lumières considérait déjà l’enseignement jésuite comme le symbole du conservatisme et donc comme un danger pour la formation de l’enfant, les prémices de la Révolution s’avancent : le Parlement de Paris prononce la dissolution de l’ordre en 1762 ce qui signe l’arrêt de la prise en charge de la scolarité par les jésuites et donc l’arrêt du théâtre à l’école. Les jésuites sont riches. Louis XV prend un arrêté qui les expulse en 1767, après confiscation de leurs biens et cette décision est officialisée par la dissolution de la Compagnie en 1773, par le pape Clément XIV. Partout en Europe, le vent du changement souffle, la rébellion gronde, la Révolution française éclate et les textes jésuites partent en fumée dans les incendies révolutionnaires et il ne reste que fort peu de documents directs.
30Indirectement, par contre, il nous reste beaucoup de textes puisque de nombreux penseurs et écrivains des XVIIe et XVIIIe siècles sont passés sur les bancs du collège jésuite : formés à la belle éloquence, ils ont écrit, mis en scène et joué, sous la houlette des Pères de la Compagnie de Jésus et sous la conduite éclairée des meilleurs artistes et artisans de leur temps. Voici quelques auteurs, penseurs et philosophes de l’Ancien Régime, formés par le collège jésuite et cités par ordre chronologique : Descartes (collège Henry IV), Corneille (collège de Rouen), Perrault (collège d’Harcourt), Molière (collège Louis-Le-Grand), Boileau (collège d’Harcourt), Montesquieu (collège d’Harcourt), Voltaire (collège Louis-Le-Grand), Diderot (collège d’Harcourt puis collège Louis-Le-Grand), et un élève que les jésuites désavoueraient très certainement, le marquis de Sade (élève du collège Louis-Le-Grand).
31Le théâtre jésuite a marqué durablement l’enseignement en France, notamment celui des élites et s’inscrit dans un cadre plus large que la simple transmission des savoirs, dans celui de l’éducation. Au départ, simple outil de formation intellectuelle, morale et spirituelle, il devient une fin en soi, rythmant l’année scolaire de façon incontournable, au grès des évènements politiques locaux, nationaux et internationaux.
32Dans sa radicalité, la Révolution raye l’enseignement jésuite et se réclame de la seule raison dans l’éducation, dans la lignée de Rousseau, reprise par Condorcet, laissant sur place les tenants de Le Peletier de Saint Fargeau qui défendent l’art dans l’éducation. Descartes, Voltaire, Montesquieu, Diderot et d’autres, la pratique du théâtre scolaire, à l’évidence, ne se résume pas à un outil de perversion, pourvoyeur d’illusion, mais sait aussi former la logistikôn, la partie « raisonnable » du cerveau, chère à Platon.
Bibliographie
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Format
Bibliographie
10.4000/ht.2469 :LARTIGAU Pascale, « À l’école du théâtre jésuite », Horizons/Théâtre n° 2 (octobre 2012 - mars 2013), Pessac, Presses Universitaires de Bordeaux.
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Notes de bas de page
1 Adrien Demoustier, Dominique Julia, Ratio studiorum, Plan raisonné et institution des études dans la Compagnie de Jésus, tr.fr. éd bilingue latin-français Léone Albrieux et Dolorès Pralon-Julia, Paris, Belin, « Histoire de l’éducation », 1997, p. 93.
2 François de Dainville, L’Éducation des jésuites (XVIe-XVIIIe siècles), Paris, Les Éditions de minuit, « Le Sens commun », 1978, p. 501-502.
3 Bibl. mun. Auch, ms. 61, f° 310 in id., François de Dainville, L’Éducation des jésuites, p. 493-494.
4 Ibid., p. 493-494.
5 Ernest Boysse, Le Théâtre des jésuites, Paris, Henri Vaton Libraire-Éditeur, 1880, réed. Genève, Slatkine Reprints, 2011.
6 Ernest Boysse, Le Théâtre des jésuites, p. 114.
7 In id. p. 142.
8 In id. p. 189-192.
Auteur
-
Pascale Lartigau
Collège Nelson Mandela (Floirac) Université Michel de Montaigne Bordeaux 3
Est professeure certifiée de lettres modernes au collège ZEP Nelson Mandela de Floirac en Gironde. Elle est certifiée complémentaire en théâtre qu’elle pratique avec ses élèves, en classe entière, depuis quatorze années, en partenariat avec un artiste et une compagnie associés au projet culturel ainsi qu’avec la structure culturelle de proximité, la M270 de Floirac. Elle a reçu une formation pratique au sein de l’École Régionale d’Art Dramatique de Marignane et a repris des études en arts du spectacle-théâtre à l’université Michel de Montaigne Bordeaux 3 où elle dispense des cours en méthodologie sur des textes de critique et d’esthétique théâtrales et en histoire du théâtre, dans les départements arts du spectacle-théâtre et culture humaniste et scientifique. Actuellement doctorante en troisième année à l’université de Caen Basse-Normandie, elle travaille sous la direction du professeure Anne Surgers, dans le domaine de la pratique théâtrale en partenariat dans l’enseignement. Elle milite au sein de l’association ANRAT-TEA qui promeut la pratique artistique en partenariat à l’école.
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