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    Plan détaillé Texte intégral Étudier l’évolution des normes de masculinité dans les livres : dans quelle perspective ? Le caractère genré des jeux enfantins et des relations garçons/filles dans les albums Les attributs de la masculinité dans les activités enfantines évoquées par l’album Les attributs de la masculinité dans les métiers et dans les classes sociales Les attributs du masculin dans l’aventure Prémisses d’évolutions des normes dominantes de masculinité Notes de bas de page Auteur

    Être une fille, un garçon dans la littérature pour la jeunesse

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    Table des matières

    Les albums, supports de socialisation masculine et de socialisation lectorale

    Stéphane Bonnéry

    p. 209-223

    Texte intégral Étudier l’évolution des normes de masculinité dans les livres : dans quelle perspective ? Le caractère genré des jeux enfantins et des relations garçons/filles dans les albums Les attributs de la masculinité dans les activités enfantines évoquées par l’album Les attributs de la masculinité dans les métiers et dans les classes sociales Les attributs du masculin dans l’aventure Prémisses d’évolutions des normes dominantes de masculinité Notes de bas de page Auteur

    Texte intégral

    Étudier l’évolution des normes de masculinité dans les livres : dans quelle perspective ?

    1Dans les années d’après-guerre, un ensemble de transformations économiques, politiques et sociales contribue à modifier les normes sexuées, ainsi que les définitions sociales de l’enfance et de la culture. Le développement industriel de la France durant les Trente Glorieuses permet une amélioration relative des conditions de travail, dont le procès nécessite aussi bien une part grandissante de travailleurs de plus en plus formés, mais aussi de producteurs dont l’action est basée sur la force physique ou la maîtrise de machines dans les filières qui emploient presque exclusivement des hommes (les renouvellements entre générations vont être bouleversés à partir des années 19801). Par ailleurs, l’allongement progressif des scolarités contribue à produire, notamment dans les fractions intellectuelles des nouvelles catégories de salariés, des parents porteurs d’une bonne volonté culturelle qui se traduit dans l’éducation de leurs enfants. L’évolution des modes de fabrication des livres permet un abaissement des coûts et donc un élargissement relatif du lectorat « acheteur », en même temps que la politique de constitution de bibliothèques publiques et de leurs sections « jeunesse », qui profite au premier chef à ces « classes moyennes » mais aussi aux familles populaires2.

    2Pour partie, notre étude des albums de littérature de jeunesse vise à comprendre, dans une perspective sociologique, en quoi ils donnent à voir ou pas ces évolutions des socialisations masculine et lectorale.

    3D’abord, nous nous intéressons à la socialisation à laquelle peuvent contribuer les modèles identificatoires véhiculés par les livres, pour comprendre ce qui, dans les histoires racontées, incite le jeune lecteur à se reconnaître dans le récit, ou à découvrir de nouvelles façons d’être. Il s’agit des personnages mis en scène et de leurs comportements, mais aussi de l’évocation de thèmes, de valeurs qui sont traditionnellement associés à un sexe ou à un groupe social. Les approches sociologiques des livres enfantins ont fréquemment identifié les stéréotypes sexués et la domination masculine3, et moins les modèles selon les classes sociales. Nous avons articulé ces deux dimensions identificatoires, car la socialisation genrée est particulièrement marquée selon les classes sociales4.

    4Les études précédentes ont privilégié les lectures adolescentes, en montrant notamment que les personnages de filles ont évolué, conquérant des espaces jusqu’alors réservés aux garçons5. Plus rares sont les travaux sur les normes de masculinité. Le choix d’axer notre enquête sur la diffusion de repères identificatoires ou de « répertoires d’action6 » masculins ne va donc pas de soi. Depuis une quarantaine d’années, les recherches ont plutôt porté sur l’image des filles, en montrant l’inculcation de la domination masculine. Il ne s’agit pas ici de minimiser ces résultats mais d’aborder la question sous un angle complémentaire : la lecture ne diffuse pas seulement des normes de rapports entre hommes et femmes et entre classes sociales, elle socialise aussi de futurs lecteurs. Or, les garçons lisent moins que les filles, et les enfants des classes populaires lisent moins que ceux des familles qui ont fait des études longues7. Comment comprendre que des livres qui font la part belle au « masculin » et qui sont diffusés plus largement qu’autrefois dans toutes les classes sociales, ne conduisent pas les garçons des milieux populaires à être mieux socialisés à la lecture ? Dans cette perspective, nous avons conduit une étude diachronique, centrée sur la tranche d’âge de 4 à 8 ans, où se construisent des dispositions lectorales qui, sans être définitives, contribuent aux inégalités ultérieures chez les lycéens8. Outre la quantité de lectures, il faut donc regarder plus précisément les genres et les modes de lecture différenciés9 que les livres encouragent.

    5Ainsi, nous étudions les livres en tant que supports de socialisations intellectuelles, quand ils familiarisent avec des modalités narratives, avec des connaissances culturelles et des formes de raisonnement (indices sémiotiques à prélever pour entendre les sous-entendus par exemple). Cette dimension intellectuelle de la socialisation n’est pas ici détaillée10, mais constitue l’objectif de la recherche : le choix d’albums sur la base d’un personnage et des normes genrées aiguille-t-il vers une fréquentation plus ou moins régulière de formes narratives qui préparent des lecteurs avertis ?

    6Nous répondrons à cette question à partir de l’étude d’un corpus de 200 albums parus (ou réédités) chez des éditeurs variés entre 1945 et 1970, corpus confronté avec un autre de 300 albums pour la période qui va de 1971 à nos jours. Ces corpus sont composés d’albums divers, adaptations de contes, créations, récits d’aventures ou du quotidien contemporain.

    Le caractère genré des jeux enfantins et des relations garçons/filles dans les albums

    7De 1945 à 1970, les situations sociales « réalistes » qui mettent en scène des enfants dans les livres sont assez distinctes sur le plan du genre. Ainsi, dans des albums qui montrent à la fois des garçons et des filles, comme Nos belles journées11, sont données à voir des situations de jeux d’enfants nettement stéréotypés : les garçons privilégient les jeux d’extérieur (cerf-volant) ou des jeux d’imitation à partir de figurines évoquant la force et le courage (soldats, cow-boys) ou l’agilité et l’intrépidité (courses de voitures), tandis que les filles sont moins montrées à l’extérieur et leurs jeux d’imitation sont d’une tout autre nature, « typiquement » de l’ordre du féminin, axés vers l’intériorité avec le soin porté à autrui (poupée, ourson), le rôle de mère ou d’infirmière. Toutefois, il faut se prémunir d’un regard caricatural sur cette séparation des sexes : dans les années 1945-1970, on montre aussi des frères et sœurs qui peuvent jouer ensemble, et certains jeux dans le même livre sont confiés aux filles alors qu’ils sont sexuellement neutres (faire des bulles de savon…). Malgré cette nuance, les inégalités existent clairement. et quand filles et garçons jouent ensemble dans les albums, la domination masculine est perceptible. Le garçon est souvent l’aîné, endossant la figure paternelle du petit adulte, comme dans La Boîte à soleil12. Sur l’ensemble d’une collection, quelle qu’elle soit, les filles sont plus rarement des aînées qui dictent leur conduite aux garçons. Il est assez emblématique que, lorsque ce cas minoritaire bénéficie d’une diffusion importante, telle l’adaptation du dessin animé Peter Pan de Disney (peu d’albums se réfèrent au roman originel), Wendy entretienne ses petits frères dans le monde de l’enfance et du rêve, et les incite à jouer aux héros masculins qui combattent la force brute du capitaine Crochet.

    8Certains albums montrent des enfants jouant à imiter des métiers véhiculant la domination masculine : Annette l’infirmière13donne à voir la hiérarchie des professions inégalement accessibles aux hommes et aux femmes dans ces années-là puisque l’héroïne éponyme est accompagnée d’un garçon dans le rôle du docteur. Ces différences persistent aujourd’hui au sein de la production littéraire « bon marché », alors que les collections légitimées montrent des activités moins clivées entre garçons et filles.

    9La plupart des livres qui racontent des histoires où garçons et filles cohabitent sont situés dans les cadres de vie de la bourgeoisie ou des nouvelles « classes moyennes » qui se développent dans les Trente Glorieuses, phénomène anticipé aux États-Unis, que l’on retrouve donc dans la production importée. On donne moins à voir des enfants jouant dans des quartiers pauvres. Ils existent néanmoins, dans des albums destinés à des lecteurs assez jeunes, sous le registre de la compassion dans la tradition des récits sur les orphelins du xixe siècle, comme dans le cas du petit garçon chez qui Michka termine son aventure14. Ces petits pauvres appellent alors à l’entraide et c’est souvent une figure masculine qui vient à la rescousse.

    10Une partie des jouets reste chère pour les années d’après-guerre, mais l’industrialisation progressive de leur fabrication conduit à ce que les jeux décrits ne soient pas toujours inaccessibles pour les enfants des classes populaires. Si l’usage de ces jouets est intelligible à un lecteur qui ne peut financièrement se les faire offrir, l’histoire lui reste donc accessible.

    11Pour conclure sur les livres qui mêlent jeux de garçons et de filles, on peut dire que s’il subsiste des univers de socialisation partiellement séparés sur le plan genré comme au xixe siècle, les tendances qui s’étaient développées à la fin de ce siècle dans la bourgeoisie15 restent à l’œuvre dans les albums diffusés de 1945 à 1970. Ainsi, la persistance de différences marquées de socialisation selon le sexe n’empêche pas le développement d’un environnement familial commun où s’articulent des caractéristiques éducatives, certaines communes aux garçons et aux filles, et d’autres clairement différenciées. Pour autant, on est encore très loin de ce que montre aujourd’hui une part de la littérature de jeunesse légitimée, avec des frontières moins nettes entre le féminin et le masculin ; la part de la production actuelle de diffusion plus « grand public » montre en revanche des caractéristiques plus proches, de ce point de vue, de celles des années d’après-guerre.

    Les attributs de la masculinité dans les activités enfantines évoquées par l’album

    12L’analyse des livres qui mettent en scène des garçons sans la présence de filles permet de confirmer et de détailler les résultats précédents. Les normes de masculinité véhiculées par les garçons dans les albums des années 1945-1970 correspondent pour l’essentiel aux valeurs traditionnelles de la socialisation masculine : courage, force, agilité, défi16. C’est le cas dans l’évocation de différents jeux entre garçons, où l’on retrouve la palette des jeux masculins, à commencer par des activités d’extérieur (poursuites, jouer dans les bois, ou avec un bateau miniature…) et des activités sportives. Ces dernières sont présentes en proportion de l’ensemble de la production mais moins nettement qu’aujourd’hui où les récits basés sur des sports réels ou imaginaires (combats Pokémon, défis de toupies Beyblade…) ont pris une place privilégiée dans les publications à diffusion large, dérivées de séries télévisées. Par conséquent, sans être aussi répandus, les récits de sports « réels » commencent à se développer après-guerre, avec une prédilection pour certains sports masculins qui font moins l’objet de récits enfantins aujourd’hui, comme la boxe17 ou le cyclisme. Rappelons que la bicyclette et les vêtements font partie des nouveaux attributs masculins au cours du xixe siècle, moins basés sur la force pure et l’affrontement direct18. Mais le vélo comme la boxe restent ancrés dans un usage du corps basé sur l’endurance face à l’effort, voire à la souffrance, comme dans tous les métiers typiquement masculins des classes populaires. Le sport apparaît comme l’exaltation de l’utilisation canalisée et maîtrisée de l’attribut masculin qu’est la force physique : les valeurs que les familles populaires attribuent à la socialisation des garçons ne sont donc pas exclues des livres.

    13On retrouve, quoiqu’avec davantage d’articulation de la force avec l’agilité, les mêmes caractéristiques dans les récits, plus nombreux qu’aujourd’hui, qui se déroulent dans le monde du cirque, témoins du succès des spectacles circassiens à l’époque19. En outre, les petits garçons imitent les pratiques masculines adultes, réelles ou fictionnelles. Par exemple dans la même collection, le héros éponyme de Allo ! Le grand garçon20 veut faire des promenades à bicyclette déguisé en cow-boy, rêve de monter dans « un gros avion avec un moteur qui fait Rrr-rrr »… La maîtrise d’engins à moteur, puissants ou rapides, est ainsi à mettre au compte de l’agilité, de la force indirecte par la compétence technique, et du courage dans des situations risquées. Ici encore, les récits montrent souvent des enfants de la bourgeoisie ou des nouvelles fractions du salariat tertiaire, mais dont les formes de virilité sont intelligibles par tous.

    Les attributs de la masculinité dans les métiers et dans les classes sociales

    14Dans la période 1945-1970, le thème des métiers est traité plus souvent qu’aujourd’hui. Certains albums montrent des métiers objectivement accessibles aux garçons des classes populaires et d’autres qui le sont moins, à un moment où le livre, sans être encore présent en nombre dans chaque foyer, connaît une diffusion plus grande en France. Si des albums expressément consacrés à l’évocation de futurs métiers existent, notamment dans des collections comme « Un petit livre d’Or [ou] d’Argent » (Quand je serai grand, Si j’étais…), d’autres montrent des enfants dans un milieu de travail, par exemple chez des éditeurs de l’Éducation Nouvelle comme le Père Castor. Dans la diversité des catalogues de ces éditeurs, figurent des métiers rares (dompteur de cirque…) mais caractéristiques de l’imaginaire enfantin vu par les adultes, et aussi des métiers plus fréquents tels que maçon, mécanicien, berger, paysan, policier, matelot, pompier… On trouve très peu de personnages prolétaires de l’industrie, la figure de l’ouvrier étant monopolisée par le secteur du bâtiment, peut-être parce que ce type de production apparaît plus identifiable par les enfants. Il y a aussi des métiers moins accessibles aux classes populaires (pilote d’avion…) ou improbables dans le contexte français d’après-guerre (cow-boy, trappeur…). La plupart de ces métiers illustrent l’utilisation de la force au service d’une production représentée dans son utilité sociale, ou au service du courage (face au feu, aux fauves ou aux malfaiteurs). Si les personnages ne font pas preuve de force physique, ils brillent par leur ingéniosité et leur habileté manuelle ou technique (réparer un moteur…) et par leur force mentale face aux risques et aux responsabilités (pilote d’avion…). On trouve aussi des personnages exerçant des métiers fondés sur l’utilité sociale et la fiabilité, par exemple celui de facteur, mais ce sont alors presque toujours des personnages de second plan. Dans tous les cas, le courage et la droiture prédominent.

    15Souvent, les garçons vivent de petites aventures à leur échelle en tant qu’apprentis, comme Cigalou qui explore la montagne en allant rejoindre les bergers. Ou encore, des petits héros sauvent des animaux en difficulté21 : dans un contexte réaliste, les récits empruntent à la forme narrative de l’aventure. De même, les « Petits albums d’Or » décrivent les aventures des personnages éponymes, Le petit trappeur, Le petit Esquimau22. On retrouve ces valeurs traditionnellement associées à la masculinité dans les albums qui évoquent des animaux dans leur « métier », chien de garde23 ou berger24. La force masculine est valorisée lorsque le personnage protège sa famille ou des êtres faibles. On ajoutera le cas des véhicules traités comme des personnages, pour évoquer l’activité de travail, des découvertes lors de voyages25 ou pour aborder le défi, la compétition26.

    16Au travers de ces différents cas, on constate que les attributs de la masculinité traditionnelle hérités du xixe siècle27 tels que la force, le courage, l’agilité, l’intrépidité sont ici présents et notamment dans des situations « agonistiques » de défi, d’opposition, dont divers travaux sociologiques ont mis en évidence l’importance dans la socialisation masculine traditionnelle qui perdure dans les classes populaires aujourd’hui encore28, ce que confirment les « bandes de filles » qui empruntent aux normes masculines29. Dans les albums entre 1945 et 1970, ces situations d’adversité, d’opposition, de défi, de conflit se trouvent mises en scène soit comme on vient de le voir dans le cadre de l’émulation sportive, soit face aux « méchants », aux dangers de la nature ou aux événements rencontrés.

    17L’homme « positif », et à plus petite échelle le garçon que rencontre à cette époque l’enfant dans le livre est ainsi celui qui construit et bâtit, prépare l’avenir et protège du danger (sa famille, ses amis et animaux, ses passagers) plutôt qu’il ne soigne (attribut plutôt féminin), ce qui n’est pas incompatible avec la capacité à rêver, à être gentil et prévenant, sous réserve de n’être jamais faible moralement. La droiture est ainsi une caractéristique commune aux images masculines positives, soit dans leur version « forte » soit dans leur version « petit malin ». La vaillance et le courage sont des valeurs mises en exergue, dans le cadre du travail comme dans celui de l’aventure : il est emblématique qu’à cette époque, au-delà des albums, les imprimés concurrents de la presse catholique et communiste s’appellent Cœur vaillant et Le journal des Vaillants et des Vaillantes (la mixité affichée ici relevant d’un militantisme qui confirme le statut inégal des filles et des garçons dans la société).

    18D’autres albums présentent des enfants de notables dans des univers sociaux où des rapports hiérarchiques entre adultes sont signifiés de façon paternaliste et sans conflit, comme dans la série Babar (Hachette) qui montre une société d’animaux anthropomorphes, où les uns décident et les autres exécutent (balayeur, mécanicien, soldat, etc.). Aux précédentes figures valorisées du masculin s’ajoutent le commandement et l’ingéniosité des décisions ou la clairvoyance pour guider la communauté (le roi Babar et le vieux sage Cornélius), l’expertise (le docteur…) et le talent artistique (le sculpteur, le musicien…) réservés à l’univers masculin à cette époque-là.

    19Les albums des années 1945 et 1970 montrent rarement des adultes pauvres ou explicitement touchés par l’exploitation et la domination entre classes sociales Plus généralement, on trouve une posture empathique envers des enfants qui ont des conditions de vie plus dures dans d’autres contextes nationaux ou géographiques. Dans ces albums, la camaraderie et l’entraide sont des valeurs particulièrement en vigueur dans les groupes masculins décrits, par exemple face à l’adversité et au danger. Ce regard empathique envers les petits garçons d’ailleurs se retrouve comme valeur objectivée particulièrement chez les éditeurs chrétiens (surtout sous l’angle de la compassion), ou chez ceux de l’Éducation Nouvelle et du mouvement ouvrier (ici sous l’angle de l’entraide). Un exemple typique se trouve chez le Père Castor avec Les Bons amis30, où différents animaux anthropomorphes se soucient chacun de la faim que peut éprouver l’autre en plein hiver. D’une autre manière, certains albums racontent la vie d’un enfant d’un autre pays qui rencontre des difficultés et fait face comme un petit homme courageux, qu’il soit esquimau31, indien, africain… l’empathie allant de pair avec la fraternité internationale. Toutefois, la découverte du Petit trappeur ou du Petit esquimau est moins basée sur cette empathie internationale que sur l’identification à des conditions de vie exotiques, dimension qui n’est pas absente des exemples précédents.

    Les attributs du masculin dans l’aventure

    20Les mêmes types d’attributs du masculin s’observent dans cette période au sein des albums dont les thèmes sont ceux des récits d’aventures. C’est le cas des petits aventuriers tels Rusty, le compagnon de Rintintin, dans des albums adaptés, importés et traduits des États-Unis. S’ils ont besoin du renfort des adultes, ils véhiculent les mêmes valeurs de masculinité, et permettent d’insister sur la différence entre courage et imprudence. Les attributs caractéristiques de la masculinité sont encore diffusés dans les albums où les animaux font preuve de courage ainsi que, selon les cas, de force, de ruse ou d’endurance face aux dangers32. C’est encore le cas de Rintintin, mais à la même époque « Lassie » dont plusieurs adaptations paraissent en albums, fait figure de contre-exemple, rare, en tant qu’héroïne féminine.

    21Ces valeurs masculines se retrouvent encore quand un garçon rencontre un héros, ou quand un enfant, garçon ou fille, vit des aventures, est en danger, fait des expériences qui méritent d’être guidées, ou fait des bêtises qui appellent une moralisation : c’est alors souvent la figure du père ou de l’homme mûr ou âgé qui vient apporter la voix de la sagesse et de la raison, quand il ne vient pas protéger ou sauver physiquement l’enfant. L’homme est ici rassurant, soit par la certitude, l’assurance, la fiabilité et la stabilité morales soit par sa force physique. Entre autres exemples, dans nombre de westerns en albums, comme Hopalong Cassidy et son jeune ami33 ou Roy Rogers et le nouveau cowboy34, le héros cow-boy prend sous son aile un garçon et fait son initiation aventurière. D’une autre manière, c’est le vieux bûcheron qui conseille Marlaguette sur la façon de traiter le loup repenti35.

    22De même, quand les adultes sont absents du récit, c’est souvent le narrateur qui tire les conclusions des échecs et des épreuves surmontées pour devenir un « grand ». Ainsi, la force et le courage, attributs essentiellement masculins dans la période étudiée, ne sont valorisés que s’ils sont maîtrisés, si la force est constructive et défensive. La force agressive est associée aux méchants ou aux enfants qui doivent être canalisés quand ils sont « turbulents » ou « inconscients du danger » qu’ils ne sont pas encore prêts à affronter, comme dans divers albums où Hiawata36 se prend pour un adulte intrépide mais reçoit quelques leçons de vie et de prudence. Le contraste entre deux personnages conduit parfois à énoncer les exigences socialisatrices masculines et à désigner les comportements attendus, débordements ou manques de maîtrise. Alors, le sage s’oppose au garnement, au bagarreur impulsif et colérique ou au benêt irresponsable. Les exemples abondent : Mickey vis-à-vis de Donald ou Dingo37, Pif vis-à-vis d’Hercule…

    23Les petits garçons des contes traditionnels adaptés en albums véhiculent également les attributs masculins, courage et ingéniosité notamment, même s’ils sont faibles (Le petit Poucet, Tom pouce), et les enfants des deux sexes reçoivent souvent l’aide d’une figure virile (bûcheron ou chasseur du Petit Chaperon rouge), même s’il y a des contre-exemples (Gretel sauve Hänsel). Dans les adaptations de contes traditionnels en albums qui mettent en scène des animaux anthropomorphes, les mêmes attributs du masculin sont presque toujours présents avec leur opposé archétypal du méchant masculin. Ainsi, le loup ou l’ogre exhibent la force non maîtrisée, les pulsions destructrices qu’affronte la force protectrice de l’adjuvant ou du héros (le chasseur, le prince…), ou la force constructive, productive, canalisée par l’ingéniosité ou la technicité38 ; ou bien, à la force est opposée la ruse pour se sauver, à l’inverse du renard qui la mobilise à de mauvaises fins, archétypes qui vont être assez systématiquement détournés dans les décennies suivantes, en écho à une évolution des normes de masculinité39.

    Prémisses d’évolutions des normes dominantes de masculinité

    24À titre de synthèse sur les normes de masculinité dominantes dans les albums publiés entre 1945 et 1970, on peut esquisser le portrait suivant. Dans l’ensemble, les livres socialisent à des formes de masculinité par opposition de deux modèles. On voit clairement à l’œuvre le rejet de la « masculinité ostentatoire », « primitive », au profit d’une « masculinité maîtrisée », basculement qui, s’il vient du xixe siècle40, constitue dans ces années 1945-1970 un enjeu important de socialisation et de moralisation des petits garçons. La « masculinité maîtrisée » est ainsi d’autant plus valorisée par comparaison avec la masculinité brutale qui est explicitement disqualifiée.

    25Schématiquement, on trouve très régulièrement la série d’oppositions suivantes. La force mise au service de la raison ou de l’utilité sociale (construction…) se distingue du recours inutile à la force, de l’emprise des pulsions destructrices. De même, l’ingéniosité et la ruse, pour des héros moins costauds, sont des caractéristiques qui, sans être l’exclusivité du masculin, lui sont fréquemment associées dans des situations d’affrontement à la force brute et irréfléchie. L’affirmation de soi dans des situations de défi est valorisée quand on est conduit à se défendre ou à protéger les siens ou les faibles, face à l’attaque d’un autre disqualifié par son goût pour le défi agressif et brutal. Ou encore le défi est valorisé dans des situations « pacifiées » de type sportif. La droiture est mise en exergue par la comparaison avec la fourberie (la ruse malintentionnée), comme la fiabilité est signifiée par comparaison avec l’irresponsabilité. Le courage, l’intrépidité et la vaillance aussi bien face au danger que dans l’endurance face à l’effort sont des valeurs qui font système face, tout à la fois, à l’imprudence, à la lâcheté et à l’inconstance. Enfin, l’agilité, qu’elle soit physique ou technique (maîtrise d’engins puissants ou rapides) s’oppose à la balourdise, à la force brute et primitive dépensée inutilement. Ainsi, certains albums esquissent des évolutions qui s’amplifieront entre 1970 et aujourd’hui. Notamment, les deux modèles précédents de la masculinité, virilisme brut ou productif, sont disqualifiés dans la fraction « légitime » de la littérature de jeunesse, au profit d’une nouvelle forme de masculinité en vogue dans les classes dominantes et les fractions intellectuelles du salariat. Cette évolution fait système au travers de plusieurs évolutions.

    26Il s’agit d’abord, indirectement, du traitement des « méchants » emblématiques de la virilité incontrôlée. Ainsi, un album comme Marlaguette41 inaugure les détournements42 du Petit Chaperon Rouge, et de la figure du loup significatifs des évolutions ultérieures43. Si dans cet album de 1952 le loup reste marqué par son ancrage dans l’animalité et le recours à la force pour se nourrir, la psychologisation fait irruption : après s’être assommé en attaquant la petite Marlaguette et que celle-ci l’eut soigné, par attachement à elle le loup promet de ne plus manger de viande et dépérit, jusqu’à ce qu’un bûcheron convainque Marlaguette de délier l’animal de sa parole. C’est le recours à la force qui change de statut. Le loup n’est plus moqué comme auparavant sur sa défaite ou sur son usage irraisonné de la force : ici il est tourné en dérision sur sa capacité à être le plus fort (la fillette lui donne la fessée…) et à être lui-même puisqu’il peut être raisonné. Dans cet album, la force n’est pas totalement bannie puisque le loup finit par ne manger des animaux (mais pas d’enfants) que lorsqu’il n’a pas le choix pour survivre, mais la force est disqualifiée et traitée comme un dernier recours. En outre, dans Marlaguette toujours, le bûcheron, qui dans le Petit Chaperon rouge, venait tuer le loup, résout ici la situation par la parole et la raison en convainquant la fillette de l’irréversibilité de l’animalité du loup : la parole et la psychologie se substituent à la force dans la manière dont les personnages « gentils » interviennent, y compris quand ils exercent un métier « manuel ».

    27De la même manière et jusqu’à récemment, nombre d’ouvrages se sont engouffrés dans cette voie, quand un « méchant » peut changer de nature lorsqu’il est confronté à la raison, à la culpabilité, ou à la culture44. D’une autre manière, Max et les maximonstres, de Maurice Sendak45, inaugure la désignation de la force destructrice non plus comme attribut des méchants, mais comme tentation psychologique à laquelle les adultes peuvent remédier par l’autorité et l’attention. Dans la part progressivement légitimée de la littérature de jeunesse, la force apparaît rarement comme constructive. Au contraire, les modèles de masculinité, les pères notamment46, sont d’autant plus enclins à bannir la force et à la remplacer par l’incitation à l’introspection, que les récits portent sur le fonctionnement familial ou sur un monde social donné à voir du point de vue des classes supérieures et moyennes intellectualisées, sans conflits sociaux, sans travail manuel ou alors réduit au loisir de bricolage (le jardin est privilégié, le pavillon étant l’habitat de référence).

    28Si les hommes des classes populaires n’étaient pas omniprésents dans les albums des années 1945-1970, ils apparaissaient toutefois, et lorsque ce n’était pas le cas, les normes de masculinité proposées ne disqualifiaient pas autant celles en vigueur dans les classes populaires. Les évolutions de la production « intellectualisée » actuelle, si elles rééquilibrent un peu les rapports hommes-femmes, se font surtout au travers de la disqualification du masculin populaire. Les modèles populaires de féminité n’ont en rien gagné en représentativité dans ces albums légitimés. Toutefois, une petite part d’entre eux montre des conflits sociaux et des situations de domination (chômage…), mais ce sont des ouvrages dont les formes de narration sont difficiles d’accès à des parents qui n’ont pas fait d’études longues47.

    29De leur côté, les albums enfantins dont la diffusion est plus populaire conservent des attributs de masculinité et de féminité plus traditionnels, avec des mondes genrés assez séparés et inégaux, sauf sur le fait que les filles « aventurières » se sont développées (Dora en étant un emblème). Ils déclinent des produits de cinéma ou de télévision, dans lesquels les trames narratives sont beaucoup plus standards et explicites, et basées sur des valeurs agonistiques. Ils invitent à l’identification immédiate sans distance : compétition sportive, super-héros dont les états d’âmes sont gommés pour les lecteurs les plus jeunes.

    30Ainsi, alors que son lectorat s’est élargi socialement, la littérature de jeunesse a vu sa production se diversifier en visant des publics sociaux sensiblement différents48. Les destinataires se voient proposer des modèles genrés en phase avec les évolutions de ce qu’ils sont globalement dans les différentes classes sociales. Ce qui a émergé dans les années 1945-1970, et qui s’est amplifié depuis, c’est la différence entre des albums dont les modèles masculins sont « traditionnels » mais plus souvent destinés à un lectorat plus populaire, et, dans des albums « légitimés », des normes genrées renouvelées en phase avec les classes supérieures et les classes moyennes-intellectuelles qui rendent invisibles et disqualifient les attributs communs du héros traditionnel et ceux de la masculinité encore en vigueur dans les classes populaires.

    31Ces évolutions dans les albums pour « petits » sont à rapprocher du rejet qui existe davantage chez les garçons adolescents des classes populaires que chez ceux de classes moyennes et supérieures vis-à-vis des lectures suscitant de l’émotion, dans les comics et mangas notamment49. Or, c’est un autre point aveugle des recherches qui privilégient l’analyse idéologique des contenus uniquement sous l’angle des modèles valorisés ou pas : ce changement n’est pas disjoint d’une autre évolution, celle des formes de narration et de raisonnement sollicitées chez le lecteur. Ainsi, les albums « légitimés » sont construits sur des formes narratives plus complexes, sollicitant davantage de réflexivité de la part du lecteur.

    32Une enquête en cours, dont les résultats sont à confirmer, nous conduit à penser que si le choix des albums se fait dans les familles populaires à partir de héros et de séries, alors que dans des familles « cultivées » ce choix s’opère sur d’autres critères, alors le modèle de masculinité proposé par les personnages est déterminant dans le type de livres fréquentés le plus régulièrement. De fait, les garçons des milieux populaires se trouveraient là, plus souvent confrontés à des trames narratives plus classiques et simplistes qui ne les entraînent pas à affronter des récits plus complexes. Or, c’est précisément ce que sollicitent les albums « légitimés », dont les formes de masculinités plus adoucies et psycho-logisantes ne rebuteraient pas les parents ayant fait des études longues. On pourrait avoir là une explication possible au fait que les garçons de milieux populaires décrochent davantage des pratiques de lecture en grandissant, lisent moins, et sont moins entraînés aux pratiques de lecture réflexive scolairement payantes (pas seulement de la littérature).

    33Autrement dit, de façon brute, l’imposition du modèle masculin des classes moyennes dans la littérature de jeunesse ne contribue-t-elle pas à tenir les garçons des classes populaires à distance des albums qui sollicitent des postures de lecteur réflexif ?

    Notes de bas de page

    1 Gérard Mauger, « La reproduction des milieux populaires en crise », Ville-École-Intégration, n° 113, 1998, p. 6-16 ; Stéphane Beaud et Michel Pialoux, Retour sur la condition ouvrière, Paris, Fayard, 1999 ; Patrick Champagne, L’Héritage refusé : la crise de la reproduction sociale de la paysannerie française 1950-2000, Paris, Seuil, 2002.

    2 Jean-Claude Chamboredon et Jean-Louis Fabiani, « Les albums pour enfants : Le champ de l’édition et les définitions sociales de l’enfance », Actes de la recherche en sciences sociales, n° 13-14, 1977 ; Anne-Marie Chartier et Jean Hébrard, Discours sur la lecture. Paris, BPI-Centre Pompidou/Fayard, 2000.

    3 Elena Gianini Belotti, Du côté des petites filles, éd. Des femmes, 1974 ; Carole Brugeilles, Isabelle Cromer et Sylvie Cromer, « Les représentations du masculin et du féminin dans les albums illustrés ou Comment la littérature enfantine contribue à élaborer le genre », Population, n° 57 (2), 2002, p. 261-292 ; Nelly Chabrol-Gagne, Filles d’albums. Les représentations du féminin dans l’album, L’atelier du poisson soluble, 2011.

    4 Séverine Depoilly, « Des filles conformistes ? Des garçons déviants ? Manières d’être et de faire des élèves de milieux populaires », Revue Française de Pédagogie, n° 179, 2012, p. 17-28.

    5 Christine Détrez, Anne Simon, « Petites filles mal modelées et nouveaux modèles de fillettes dans le roman français féminin contemporain », Tessera, n° 35, 2003 et « Les petites filles ne sont plus ce qu’elles étaient. Garçons manqués et filles ratées dans le roman contemporain », dans Geneviève Henrot et Elisa Girardini (dir.), Le Corps à fleur de mot, Padova, Unipress, 2004. Voir aussi Christine Détrez, Les adolescents et la lecture. Arras, Artois Presses Université, coll. « Études et témoignages », 2005 et Les légitimités culturelles en question : l’exemple des adaptations d’œuvres littéraires et leur réception par les adolescents, Paris, L’Harmattan, coll. « Logiques sociales », 2006.

    6 Dominique Pasquier, « Les “savoirs minuscules”. Le rôle des médias dans l’exploration des identités de sexe », Éducation et Sociétés, n° 10, 2002.

    7 Sylvie Octobre, Les loisirs culturels des 6-14 ans, Paris, La documentation française, 2004.

    8 Fanny Renard, Les lycéens et la lecture. Entre habitudes et sollicitations, Rennes, PUR, 2011.

    9 Bernard Lahire, La raison des plus faibles, Lille, PUL, 1993, p. 101.

    10 Stéphane Bonnéry, « Les mises en scène dans les albums enfantins des apprentissages dans la relation entre adultes et enfants : des évolutions significatives des modalités éducatives », Raison publique, n° 13, 2010, p. 323-336 et « Les outils sémiotiques et les dispositions sollicitées dans le Père Castor (Premières lectures) et la littérature enfantine depuis 1945 : sociologie historique des “lecteurs supposés” », dans “Paul Faucher (1898-1967) : L’édition au service de l’Éducation nouvelle”, Dynadiv, Civiic, Circeft avec les Amis du Père Castor. [En ligne]. Archives ouvertes, 2012. Disponible sur : http://halshs.archives-ouvertes.fr/halshs-00684257.

    11 Éditions Cocorico, coll. « Un petit livre d’Or », 1956.

    12 Albertine Deletaille, Père Castor-Flammarion, 1954.

    13 Kathryn Jackson, Éditions Cocorico, 1952.

    14 Marie Colmont et Rojan, Père Castor-Flammarion, 1941.

    15 Anne-Marie Sohn, “Sois un homme !” La construction de la masculinité au xixe siècle, Paris, Seuil, 2009.

    16 Ibid.

    17 Par exemple : Roland de Montaubert et Pierre Lacroix, Les aventures de Placide et Pomalo – Les gants d’or, Éd. Albon, 1960.

    18 Anne-Marie Sohn, « Sois un homme ! » La construction de la masculinité au xixe siècle, op. cit.

    19 Vive les champions (Éditions Cocorico, 1952) raconte les aventures d’animaux anthropomorphes acrobates.

    20 Myers et Sari, Cocorico éditions, 1955.

    21 Nina et Féodor Rojankovsky, L’Escapade du petit chat, Éditions Cocorico/un Petit livre d’Or, 1953.

    22 Jacqueline Jaqueson, illustré par G. Tenggren, Le petit trappeur, Le petit esquimau, Éditions Cocorico/un Petit livre d’argent, 1951.

    23 Ibid., Yip-yip chien de garde, Éditions Cocorico/un Petit livre d’Or, 1950.

    24 Pierre Probst, Pipo chien de berger, Éditions Cocorico/un Petit livre d’Or, 1957.

    25 G. Crampton et Tibor Gergely, Le Petit remorqueur, Éditions Cocorico/un Petit livre d’Or, 1954.

    26 Marian Potter et Tibor Gergely, Le Petit wagon rouge, Éditions Cocorico/un Petit livre d’Or, 1953.

    27 Anne-Marie Sohn, « Sois un homme ! » La construction de la masculinité au xixe siècle, op. cit.

    28 David Lepoutre, Cœur de banlieue. Codes, rites et langages, Paris, Éditions Odile Jacob, 1997 ; Isabelle Clair, Les jeunes et l’amour dans les cités, Paris, Armand Colin, 2008.

    29 Stéphanie Rubi, Les « crapuleuses », ces adolescentes déviantes, Paris, P.U.F., 2005.

    30 Paul François et Gerda Muller, Les bons amis, Flammarion/Père Castor, 1959.

    31 Paul-Émile Victor, Apoutsiak, Flammarion/Père Castor, 1948.

    32 Lida et Féodor Rojankovsky, Froux le lièvre, Flammarion/Père Castor, 1935. Ou encore, Le Petit Lièvre courageux, coll. « Un petit livre d’Or », 1961.

    33 E. M. Beecher, Hopalong Cassidy et son jeune ami, éditions Cocorico, 1954.

    34 A. N. Bedford A, Roy Rogers et le nouveau cow-boy, éditions Cocorico, 1953.

    35 Marie Colmont et Gerda Muller, Marlaguette, Flammarion/Père Castor, 1952.

    36 Disney, Hiawatha le petit indien, Albums roses Hachette, 1954.

    37 Disney, Albums roses Hachette.

    38 Dans Les trois petits cochons, les personnages éponymes bâtissent, au point que le troisième chez Disney (Hachette, 1950), truelle en main, est habillé en bleu de la working class.

    39 Stéphane Bonnéry, « Loup y es-tu ? – Pas exactement, c’est pour te faire réfléchir, mon enfant ». Actes du congrès AREF 2010.[En ligne]. Disponible sur : http://halshs.archives-ouvertes.fr/halshs-00677852.

    40 Anne-Marie Sohn, « Sois un homme ! » La construction de la masculinité au xixe siècle, op. cit.

    41 Marie Colmont et Gerda Muller, Marlaguette, op. cit.

    42 Christiane Connan-Pintado, Lire les contes détournés à l’école, Paris, Hatier, 2009.

    43 Stéphane Bonnéry, « Loup y es-tu », op. cit.

    44 Picouly et Pef, On lit trop dans ce pays, Rue du monde, 2010.

    45 1963 pour l’édition originale ; 1967 pour la traduction française chez Delpire.

    46 Stéphane Bonnéry, Raison publique, n° 13, op. cit.

    47 Par exemple : Anthony Browne, Histoire à quatre voix, Paris, L’École des loisirs, coll. « Kaléidoscope », 1998.

    48 C. Gagey, « Le Marché du livre jeunesse en 2006 : tendances, enjeux et problématiques », Actes du colloque du salon du livre et de la presse jeunesse, Paris, CPLJ, éd., 2007.

    49 Voir Éric Maigret, « Strange grandit avec moi. Sentimentalité et masculinité chez les lecteurs de bandes dessinées de super-héros », Réseaux, n° 70, 2005 ; Christine Détrez C. et Fanny Renard, « Avoir bon genre. Les lectures à l’adolescence », Le Français aujourd’hui, n° 163, 2010, p. 17-27 ; Christine Détrez, « Des shonens pour les garçons, des shojos pour les filles ? Apprendre son genre en lisant des mangas », Réseaux, n° 168-169, 2011, p. 165-186 ; Carole Brugeilles, Isabelle Cromer et Sylvie Cromer, « Les représentations du masculin et du féminin dans les albums illustrés ou Comment la littérature enfantine contribue à élaborer le genre », Population, n° 57, op. cit.

    Auteur

    • Stéphane Bonnéry

      Université Paris 8
      ESCOL-CIRCEFT

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    1 Gérard Mauger, « La reproduction des milieux populaires en crise », Ville-École-Intégration, n° 113, 1998, p. 6-16 ; Stéphane Beaud et Michel Pialoux, Retour sur la condition ouvrière, Paris, Fayard, 1999 ; Patrick Champagne, L’Héritage refusé : la crise de la reproduction sociale de la paysannerie française 1950-2000, Paris, Seuil, 2002.

    2 Jean-Claude Chamboredon et Jean-Louis Fabiani, « Les albums pour enfants : Le champ de l’édition et les définitions sociales de l’enfance », Actes de la recherche en sciences sociales, n° 13-14, 1977 ; Anne-Marie Chartier et Jean Hébrard, Discours sur la lecture. Paris, BPI-Centre Pompidou/Fayard, 2000.

    3 Elena Gianini Belotti, Du côté des petites filles, éd. Des femmes, 1974 ; Carole Brugeilles, Isabelle Cromer et Sylvie Cromer, « Les représentations du masculin et du féminin dans les albums illustrés ou Comment la littérature enfantine contribue à élaborer le genre », Population, n° 57 (2), 2002, p. 261-292 ; Nelly Chabrol-Gagne, Filles d’albums. Les représentations du féminin dans l’album, L’atelier du poisson soluble, 2011.

    4 Séverine Depoilly, « Des filles conformistes ? Des garçons déviants ? Manières d’être et de faire des élèves de milieux populaires », Revue Française de Pédagogie, n° 179, 2012, p. 17-28.

    5 Christine Détrez, Anne Simon, « Petites filles mal modelées et nouveaux modèles de fillettes dans le roman français féminin contemporain », Tessera, n° 35, 2003 et « Les petites filles ne sont plus ce qu’elles étaient. Garçons manqués et filles ratées dans le roman contemporain », dans Geneviève Henrot et Elisa Girardini (dir.), Le Corps à fleur de mot, Padova, Unipress, 2004. Voir aussi Christine Détrez, Les adolescents et la lecture. Arras, Artois Presses Université, coll. « Études et témoignages », 2005 et Les légitimités culturelles en question : l’exemple des adaptations d’œuvres littéraires et leur réception par les adolescents, Paris, L’Harmattan, coll. « Logiques sociales », 2006.

    6 Dominique Pasquier, « Les “savoirs minuscules”. Le rôle des médias dans l’exploration des identités de sexe », Éducation et Sociétés, n° 10, 2002.

    7 Sylvie Octobre, Les loisirs culturels des 6-14 ans, Paris, La documentation française, 2004.

    8 Fanny Renard, Les lycéens et la lecture. Entre habitudes et sollicitations, Rennes, PUR, 2011.

    9 Bernard Lahire, La raison des plus faibles, Lille, PUL, 1993, p. 101.

    10 Stéphane Bonnéry, « Les mises en scène dans les albums enfantins des apprentissages dans la relation entre adultes et enfants : des évolutions significatives des modalités éducatives », Raison publique, n° 13, 2010, p. 323-336 et « Les outils sémiotiques et les dispositions sollicitées dans le Père Castor (Premières lectures) et la littérature enfantine depuis 1945 : sociologie historique des “lecteurs supposés” », dans “Paul Faucher (1898-1967) : L’édition au service de l’Éducation nouvelle”, Dynadiv, Civiic, Circeft avec les Amis du Père Castor. [En ligne]. Archives ouvertes, 2012. Disponible sur : http://halshs.archives-ouvertes.fr/halshs-00684257.

    11 Éditions Cocorico, coll. « Un petit livre d’Or », 1956.

    12 Albertine Deletaille, Père Castor-Flammarion, 1954.

    13 Kathryn Jackson, Éditions Cocorico, 1952.

    14 Marie Colmont et Rojan, Père Castor-Flammarion, 1941.

    15 Anne-Marie Sohn, “Sois un homme !” La construction de la masculinité au xixe siècle, Paris, Seuil, 2009.

    16 Ibid.

    17 Par exemple : Roland de Montaubert et Pierre Lacroix, Les aventures de Placide et Pomalo – Les gants d’or, Éd. Albon, 1960.

    18 Anne-Marie Sohn, « Sois un homme ! » La construction de la masculinité au xixe siècle, op. cit.

    19 Vive les champions (Éditions Cocorico, 1952) raconte les aventures d’animaux anthropomorphes acrobates.

    20 Myers et Sari, Cocorico éditions, 1955.

    21 Nina et Féodor Rojankovsky, L’Escapade du petit chat, Éditions Cocorico/un Petit livre d’Or, 1953.

    22 Jacqueline Jaqueson, illustré par G. Tenggren, Le petit trappeur, Le petit esquimau, Éditions Cocorico/un Petit livre d’argent, 1951.

    23 Ibid., Yip-yip chien de garde, Éditions Cocorico/un Petit livre d’Or, 1950.

    24 Pierre Probst, Pipo chien de berger, Éditions Cocorico/un Petit livre d’Or, 1957.

    25 G. Crampton et Tibor Gergely, Le Petit remorqueur, Éditions Cocorico/un Petit livre d’Or, 1954.

    26 Marian Potter et Tibor Gergely, Le Petit wagon rouge, Éditions Cocorico/un Petit livre d’Or, 1953.

    27 Anne-Marie Sohn, « Sois un homme ! » La construction de la masculinité au xixe siècle, op. cit.

    28 David Lepoutre, Cœur de banlieue. Codes, rites et langages, Paris, Éditions Odile Jacob, 1997 ; Isabelle Clair, Les jeunes et l’amour dans les cités, Paris, Armand Colin, 2008.

    29 Stéphanie Rubi, Les « crapuleuses », ces adolescentes déviantes, Paris, P.U.F., 2005.

    30 Paul François et Gerda Muller, Les bons amis, Flammarion/Père Castor, 1959.

    31 Paul-Émile Victor, Apoutsiak, Flammarion/Père Castor, 1948.

    32 Lida et Féodor Rojankovsky, Froux le lièvre, Flammarion/Père Castor, 1935. Ou encore, Le Petit Lièvre courageux, coll. « Un petit livre d’Or », 1961.

    33 E. M. Beecher, Hopalong Cassidy et son jeune ami, éditions Cocorico, 1954.

    34 A. N. Bedford A, Roy Rogers et le nouveau cow-boy, éditions Cocorico, 1953.

    35 Marie Colmont et Gerda Muller, Marlaguette, Flammarion/Père Castor, 1952.

    36 Disney, Hiawatha le petit indien, Albums roses Hachette, 1954.

    37 Disney, Albums roses Hachette.

    38 Dans Les trois petits cochons, les personnages éponymes bâtissent, au point que le troisième chez Disney (Hachette, 1950), truelle en main, est habillé en bleu de la working class.

    39 Stéphane Bonnéry, « Loup y es-tu ? – Pas exactement, c’est pour te faire réfléchir, mon enfant ». Actes du congrès AREF 2010.[En ligne]. Disponible sur : http://halshs.archives-ouvertes.fr/halshs-00677852.

    40 Anne-Marie Sohn, « Sois un homme ! » La construction de la masculinité au xixe siècle, op. cit.

    41 Marie Colmont et Gerda Muller, Marlaguette, op. cit.

    42 Christiane Connan-Pintado, Lire les contes détournés à l’école, Paris, Hatier, 2009.

    43 Stéphane Bonnéry, « Loup y es-tu », op. cit.

    44 Picouly et Pef, On lit trop dans ce pays, Rue du monde, 2010.

    45 1963 pour l’édition originale ; 1967 pour la traduction française chez Delpire.

    46 Stéphane Bonnéry, Raison publique, n° 13, op. cit.

    47 Par exemple : Anthony Browne, Histoire à quatre voix, Paris, L’École des loisirs, coll. « Kaléidoscope », 1998.

    48 C. Gagey, « Le Marché du livre jeunesse en 2006 : tendances, enjeux et problématiques », Actes du colloque du salon du livre et de la presse jeunesse, Paris, CPLJ, éd., 2007.

    49 Voir Éric Maigret, « Strange grandit avec moi. Sentimentalité et masculinité chez les lecteurs de bandes dessinées de super-héros », Réseaux, n° 70, 2005 ; Christine Détrez C. et Fanny Renard, « Avoir bon genre. Les lectures à l’adolescence », Le Français aujourd’hui, n° 163, 2010, p. 17-27 ; Christine Détrez, « Des shonens pour les garçons, des shojos pour les filles ? Apprendre son genre en lisant des mangas », Réseaux, n° 168-169, 2011, p. 165-186 ; Carole Brugeilles, Isabelle Cromer et Sylvie Cromer, « Les représentations du masculin et du féminin dans les albums illustrés ou Comment la littérature enfantine contribue à élaborer le genre », Population, n° 57, op. cit.

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    Ce livre est cité par

    • Eecke, Christophe Van. Wesseling, Elisabeth. (2017) Love in a Rather Cold Climate: Intergenerational Desire in/and Children's Literature. International Research in Children's Literature, 10. DOI: 10.3366/ircl.2017.0232
    • Hedjerassi, Nassira. Avenel, Céline. (2016) Orientation et formation au prisme du genre : Présentation du dossier. Éducation et socialisation, 42. DOI: 10.4000/edso.1811
    • Manuelian, Marie. Magnan-Rahimi, Nathalie. Laroque, Lydie. (2016) La littérature pour la jeunesse et le genre : un corpus face à ses contradictions ?. Le français aujourd'hui, N° 193. DOI: 10.3917/lfa.193.0045
    • (2020) Sociologie de la culture. DOI: 10.3917/arco.detre.2020.01.0197
    • Edition et création : les collections d'albums pour la jeunesse depuis les années 1960. DOI: 10.70675/38fbba11zd21cz45adzad27z1c9256564e68
    • Éduquer à l'égalité des sexes en conduisant des recherches sur la littérature jeunesse : une recherche-action à l'école primaire. DOI: 10.70675/d8d04768z337az4359zb4edz44ef1a01bcb2

    Ce chapitre est cité par

    • Pasquier, Gaël. Richard, Gabrielle. (2018) Une méta-analyse de récits de pratique de formatrices et de formateurs : l’élaboration d’un savoir collectif pour former le personnel enseignant à la déconstruction du genre. Recherches féministes, 31. DOI: 10.7202/1050658ar
    • (2022) Comment la culture vient aux enfants : repenser les médiations. DOI: 10.3917/deps.eloy.2021.01.0267
    • Belkacem, Lila. Chapuis, Amandine. Gallot, Fanny. Harari-Kermadec, Hugo. Nyambek-Mebenga, Francine. Pasquier, Gaël. (2026) Les inégalités de représentation ethnoraciale dans les albums jeunesse : une entrée pour saisir la production de la race dans les industries culturelles françaises. French Cultural Studies, 37. DOI: 10.1177/09571558261443617

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    Bonnéry, S. (2014). Les albums, supports de socialisation masculine et de socialisation lectorale. In C. Connan-Pintado & G. Béhotéguy (éds.), Être une fille, un garçon dans la littérature pour la jeunesse. Pessac: Presses Universitaires de Bordeaux. https://doi.org/10.4000/books.pub.34353
    Bonnéry, Stéphane. «  Les albums, supports de socialisation masculine et de socialisation lectorale ». In Être une fille, un garçon dans la littérature pour la jeunesse, édité par Christiane Connan-Pintado et Gilles Béhotéguy. Pessac: Presses Universitaires de Bordeaux, 2014. doi:10.4000/books.pub.34353.
    Bonnéry, Stéphane. «  Les albums, supports de socialisation masculine et de socialisation lectorale ». Être une fille, un garçon dans la littérature pour la jeunesse, édité par Christiane Connan-Pintado et Gilles Béhotéguy, Presses Universitaires de Bordeaux, 2014, https://doi.org/10.4000/books.pub.34353.

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    Connan-Pintado, C., & Béhotéguy, G. (éds.). (2014). Être une fille, un garçon dans la littérature pour la jeunesse. Pessac: Presses Universitaires de Bordeaux. https://doi.org/10.4000/books.pub.34238
    Connan-Pintado, Christiane, et Gilles Béhotéguy, éd. Être une fille, un garçon dans la littérature pour la jeunesse. Pessac: Presses Universitaires de Bordeaux, 2014. doi:10.4000/books.pub.34238.
    Connan-Pintado, Christiane, et Gilles Béhotéguy, éditeurs. Être une fille, un garçon dans la littérature pour la jeunesse. Presses Universitaires de Bordeaux, 2014, https://doi.org/10.4000/books.pub.34238.
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