Fictions historiques pour la jeunesse : passages obligés, chemins singuliers. L’exemple complexe des récits d’esclavage
p. 229-254
Texte intégral
1Dans La Fille des batailles1, à la suite d’un naufrage, Garance, une petite fille à la peau sombre, va connaitre une vie d’aventures à la fin du xviie siècle ; dans Martin des colibris2, le jeune héros rencontre, au Brésil dans les années 1820, Elléa, une enfant esclave avec qui il espère revenir en France. Ce ne sont là que deux exemples d’albums récents, symptomatiques du phénomène que nous nous proposons d’étudier : la question de l’esclavage, qui entrait mal dans les cadres d’une littérature pour partie édulcorée en raison de ses destinataires, ferait l’objet d’un intérêt plus marqué à l’horizon de la littérature de jeunesse française contemporaine3. Ainsi avons-nous pu établir un corpus d’œuvres fictionnelles françaises ou étrangères, contemporaines ou toujours rééditées, de romans et d’albums centrés sur l’histoire de l’esclavage : il s’avère riche notamment du côté des romans et s’adresse à des lecteurs d’âges variés, de sept à dix-sept ans.
2De ce fait, l’on peut se demander si ces récits centrés sur une histoire longtemps restée muette et toujours douloureuse aujourd’hui visent à emporter leurs lecteurs dans un autre univers en privilégiant la fictionnalisation ou s’ils cherchent plutôt à les plonger dans l’épaisseur du passé par le truchement de fictions intégrant des données historiques. En d’autres termes, les fictions historiques pour la jeunesse visent-elles seulement à divertir et à instruire – en accord avec la vocation séculaire de ce domaine4 ? Sans aller jusqu’au jeu avec les frontières de la fiction en revisitant l’histoire sur le mode métanarratif pratiqué par certains romanciers contemporains, certaines de ces œuvres présenteraient-elles des particularités conduisant à des mises en crise de la fiction et à un discours sur et pour le présent à destination de jeunes lecteurs ?
3Après avoir mieux défini ce que plaire et instruire veulent dire dans ces récits sur l’esclavage, nous essaierons d’envisager des formes de décalage, en empruntant les chemins secrets de ces fictions historiques pour la jeunesse, pour mieux établir in fine les enjeux inhérents à de tels récits.
I. Sous le signe du plaire et de l’instruire
4On cherchera d’abord à repérer comment les auteurs s’emparent des données historiques et les distillent. On peut supposer que l’immersion fictionnelle est à même de créer des conditions favorables à l’édification voire à la réflexion du jeune destinataire, mais il faut aussi se demander si l’empathie du lecteur pour les personnages ne ressortit pas à d’autres processus, qui manipuleraient la matière historique à des fins de divertissement.
5La prise en compte de cette double postulation conduira à observer sa déclinaison dans l’ensemble du corpus traitant de l’esclavage, et nous permettra de préciser certaines différences entre albums et romans historiques puis entre les romans eux-mêmes, ces derniers étant bien plus nombreux (cinquante-huit pour treize albums).
1. Des caractéristiques en partage
1.1. D’abord plaire
6Ces récits se situent sous le signe du plaire dans la mesure où ils donnent à lire un certain nombre de scénarios et d’images stéréotypés pour raconter l’esclavage aux enfants ou aux adolescents. Souvent, le récit épouse les étapes du commerce triangulaire depuis la capture en Afrique jusqu’à la traversée de l’Océan et la vente lors de l’arrivée en Amérique ou aux Antilles (Le Royaume volé, Moi, Angelica esclave, L’Esclave qui parlait aux oiseaux). Cet itinéraire de souffrance peut être jalonné de scènes ou d’images qui apparaissent comme des figures imposées, telle la tempête, motif des récits d’aventures, voire héritage homérique (Deux Graines de cacao, De l’autre côté du soleil). Nombreuses sont également les scènes de fuite qui émaillent albums (Un Homme, Et ils suivirent la grande Ourse) et romans (Les Enfants de la colline sacrée, Sœur blanche, sœur noire). Sur les images des albums, les esclaves au collier de branches réapparaissent régulièrement, scène marquante revisitée sur une double page à fonds perdus par Gilles Rapaport ou bien citée par la reproduction d’une gravure ancienne en petit format dans L’Esclave qui parlait aux oiseaux.
7En outre, le fonctionnement de la traite et la vie dans les plantations favorisent les drames de la séparation familiale (Chiens fous dans la brousse) ou une sorte de récit des origines : dans l’album L’Esclave au grain de beauté, on comprend in fine que Sarah est la fille de M. Robins, le propriétaire de la plantation. Que le jeune lecteur partage la vie et les sentiments des personnages à partir de schèmes narratifs plus ou moins attendus peut relever du phénomène de tension narrative, « qui survient lorsque l’interprète d’un récit est encouragé à attendre un dénouement, cette attente étant caractérisée par une anticipation teintée d’incertitude qui confère des traits passionnels à l’acte de réception5 ». Le registre pathétique associé à ces récits participe d’un processus de séduction littéraire : sorte de satisfaction horrifiée à l’idée de lire à l’abri des horreurs relatées, sur un air de « suave mari magno ». Vivre par procuration ces expériences fortes exemplifie à la fois l’empathie et la tentation du lecteur telles qu’elles sont appréhendées par Vincent Jouve dans la dernière étape de sa réflexion sur L’Effet personnage6.
1.2 Sans oublier d’instruire
8Sans doute les fictions historiques qui abordent la question de l’esclavage visent-elles à captiver leur destinataire, mais elles n’en sont pas moins lestées d’un bagage culturel sur la période évoquée. Omniprésent, il s’affiche dès le paratexte ou s’insère dans la trame fictionnelle.
L’affichage paratextuel
9Les éléments du paratexte soulignent l’ambition de faire découvrir un épisode historique, à commencer par l’inscription des ouvrages dans une collection, qui favorise le « précadrage typo-générique7 », l’identification du genre et la construction d’un horizon d’attente : « Mon histoire » chez Gallimard, « Voyage au temps de » chez Flammarion, etc. La volonté pédagogique se manifeste par l’apport de documents placés aux marges du texte : la carte qui ouvre Les Chemins secrets de la liberté aide à suivre la fuite des esclaves du Deep South au Canada ; celle qui clôt Catfish retrace les itinéraires des héros – l’Africain, l’Européen, l’Antillais – dont les destins intriqués exemplifient l’histoire de l’esclavage.
10Le dossier documentaire prend diverses formes, mais vise toujours l’objectif d’apporter un savoir étayé sur les faits relatés pour en cautionner l’historicité : résumé de l’Histoire de l’esclavage et de la traite (Betty Coton, De l’autre côté du soleil) ; notices biographiques sur les personnages historiques croisés ou évoqués, comme les abolitionnistes Alexander Milton Ross et Levi Cofin chez Barbara Smucker ; dossier « Pour aller plus loin » attestant l’existence du personnage éponyme du Journal de Clotée. Aux frontières du paratexte8, les notes de bas de page apportent des précisions sur le contexte ou explicitent des termes exotiques.
11L’auteur contribue à l’inscription de la fiction dans l’histoire par ses propres écrits paratextuels, placés avant – dédicaces, épigraphes9 – ou après le texte. Barbara Smucker dédie son roman à Martin Luther King et Scott O’Dell le sien « À Rosa Parks qui ne s’est pas assise à l’arrière du bus ». Certains s’expliquent sur leur projet : dans une postface ostensiblement intitulée « Pourquoi et comment », Sophie Cherer fait état des circonstances qui l’ont conduite à tirer de l’ombre la figure historique d’Edmond Albius ; Delia Sherman remercie ceux qui lui ont donné accès aux bibliothèques, musées et archives de la Louisiane pour écrire Le Labyrinthe vers la liberté ; la « Note de l’auteur » de Julius Lester précise que Les Larmes noires prend source dans la vente d’esclaves des 2 et 3 mars 1859 à Savannah, à l’instigation de Pierce Butler, époux de l’abolitionniste Fanny Kemble10. Dans la mesure où « l’écriture est à la fois lieu de mémoire et d’engagement11 », chacune de ces interventions témoigne d’une implication forte dans le désir de transmettre à la jeunesse une page d’histoire.
L’insertion dans la fiction
12La fiction tisse elle-même des liens étroits avec l’histoire comme l’atteste le chronotope12 de chaque roman. Du pays d’Afrique originel (Ghana, Sénégal, Mali, Bénin), plus rarement de l’Europe (France, Angleterre), à la destination américaine (Antilles, Amérique du Nord ou du Sud), à moins que le parcours ne s’effectue du Sud au Nord des États-Unis, ou que l’action ne se fixe sur l’ile de la Réunion, les évènements fictionnels, situés et datés, réfèrent à l’une des étapes et l’un des contextes de l’esclavage aux xviiie et xixe siècles.
13Certains protagonistes ne sont pas fictifs, comme ceux des Larmes noires et de La vraie couleur de la vanille. De plus, à l’arrière-plan de l’aventure évoluent différentes figures historiques, tels les généraux José de San Martin et Ordoňez, adversaires lors de la Guerre d’indépendance du Rio de la Plata dans Le Miroir de la liberté. Très documenté, Les Révoltés de Saint-Domingue déploie une véritable fresque depuis l’exécution d’Ogé et Chavannes en 1791 jusqu’à la proclamation de l’indépendance par Dessalines le 28 novembre 1803. Le romancier convoque toutes les figures marquantes de cette période, et au premier chef celle de Toussaint-Louverture.
1.3 Différences entre albums et romans historiques
14Albums et romans consacrés à la thématique de l’esclavage constituent deux micro-genres13 distincts, inégalement représentés : les albums sont peu nombreux face à un ensemble fourni d’œuvres romanesques dont certaines déjà anciennes sont toujours rééditées14. La rareté des albums fait écho à celle de l’illustration dans les romans, comme s’il était malaisé de faire découvrir l’esclavage par l’image.
15Le support influence l’écriture, plus elliptique, plus poétique dans les albums, en raison de la mise en page. Le caractère paratactique du texte de G. Rapaport est emblématique de cette économie de la parole, lorsque l’esclave s’adresse à son maitre :
Es-tu plus grand, plus fort, plus intelligent ? Ton sang est-il plus rouge que le mien ?
Es-tu plus sage ?
16Dans Et ils suivirent la grande Ourse ou L’Esclave qui parlait aux oiseaux, certaines formules sont répétées pour scander l’itinéraire des esclaves en fuite ou mettre en évidence l’impact de la voix de l’ancêtre dont le « tam-tam parleur » se fait signal pour alerter sur les dangers de l’esclavage. Dans Coton blues, au titre musical, c’est la disposition même du texte sur la page, ses interruptions ainsi que le caractère symbolique et prophétique de l’immersion envisagée qui sont remarquables :
L’Océan…
Elle s’y baigne, Coton, de tout son corps offert. Dans son ventre, Coton s’immerge,
de plus en plus profond.
Jusqu’à ce que dansent, devant ses yeux,
les ailes magiques de l’Oiseau Mère…
17Le dialogue établi avec l’illustration (le corps de Coton adopte les mouvements de l’eau, ses yeux sont clos) vient renforcer l’onirisme à l’œuvre.
18Les romans sont davantage situés dans le temps et dans l’espace. Certes, Catfish se déroule durant la guerre d’Indépendance et L’Esclave au grain de beauté pendant la guerre de Sécession, mais Tanbou ou L’Esclave qui parlait aux oiseaux ne sont guère datables. De même, les personnages historiques ne sont pas convoqués, si l’on excepte Delgrès et Ignace dans le documentaire fictionnalisé Grand-mère, ça commence où la route de l’esclave ?.
19Par ailleurs, la question de la langue des esclaves s’impose davantage dans les romans et contribue à la recherche d’une vraisemblance en cohérence avec une vérité historique. Dans De l’autre côté du soleil, l’on découvre une forme d’exil linguistique, la nécessité d’apprendre une autre langue pour ne pas vivre son destin en sourd-muet. Dans Chiens fous dans la brousse, plusieurs langues (africaines et européennes) se côtoient.
20Le choix des personnages principaux constitue un autre facteur de différence notable entre romans et albums. Deux albums seulement (Coton blues et L’Esclave au grain de beauté) mettent en scène des protagonistes féminins15, contrairement aux romans qui abordent frontalement la question du métissage : Sœur blanche, sœur noire, Le Labyrinthe vers la liberté, Betty Coton ou De l’autre côté du soleil comportent des scènes de viol, qui deviennent parfois même le moteur de l’action, en parallèle avec un phénomène attesté en littérature générale16.
21Enfin, une part documentaire peut figurer aussi dans les albums où les moyens littéraires et esthétiques sont convoqués pour réinventer une histoire de l’esclavage17 : Un Homme se referme sur une présentation et quelques extraits du Code noir, Henry et la liberté sur une note de l’auteur attestant la véracité historique de la fuite d’H. Brown donnée pour exemple du phénomène du « train fantôme ». Ces éléments paratextuels seront diversement présents dans les romans.
1.4 Différences entre les romans
22Publiés entre 1969 et 201418, les romans observés offrent une grande diversité, à commencer par leurs conditions d’édition. Ils figurent souvent dans une collection dévolue à l’histoire, mais deux d’entre eux ont d’abord été publiés dans un périodique : Zéphir l’esclave dans J’aime lire, et Chiens fous dans la brousse dans Je bouquine. Les diégèses s’inscrivent dans les contextes où s’est développé l’esclavage : Afrique, Amériques, Antilles, Océan Indien. Plusieurs sont traduits de l’américain, l’un d’eux, Le Miroir de la liberté, de l’espagnol. La traduction des titres témoigne d’un souci d’adaptation à la culture cible : Underground to Canada devient Les Chemins secrets de la liberté pour un lectorat peu familier de l’histoire de l’esclavage aux États-Unis. Mais que My name is not Angelica soit traduit par Moi, Angélica, esclave, creuse un hiatus entre les deux titres.
23Non seulement les périodes historiques diffèrent, mais la durée de l’action varie d’un récit à l’autre : d’une nuit à plusieurs générations. Certaines fictions se concentrent sur le destin d’un personnage, de l’âge du lecteur visé, d’autres s’attachent à un tandem (d’amis ou d’amoureux), voire un trio (Catfish), d’autres enfin à un groupe, familial ou social. L’insertion dans le cadre historique s’effectue plus ou moins précisément selon que sont convoqués ou non des personnages et des évènements enregistrés par l’histoire de l’esclavage.
2. Décalages : les chemins secrets de la fiction historique pour la jeunesse
24Pour J. Misrahi-Barak, dans les récits d’esclaves contemporains, « la mobilité générique, la flexibilité de l’écriture, la multiplication des points de vue, la polyphonie narrative sont les éléments de l’émancipation de l’écriture19 ». Par-delà leur double entreprise de séduction et d’apprentissage, les récits historiques pour la jeunesse présentent aussi des formes de complexités qui battent en brèche nos horizons d’attente en termes de fictionnalisation de l’esclavage. La mise au jour des processus qui contribuent à problématiser des lectures trop attendues consistera en l’examen de certains topoï revisités, en la prise en compte du choix des personnages et des voix narratives et en l’analyse d’options génériques originales.
2.1 Des topoï revisités
25À travers des choix iconiques ou plastiques, le récit de l’esclavage sait emprunter des voies originales pour recréer cette histoire toujours traumatique. Catfish, sorte de roman graphique20, donne à voir autrement les esclaves dans le navire négrier : quand le bateau file sur un océan sombre bordé de têtes de morts, deux images se détachent sur l’espace aquatique, celle d’esclaves assis sur le pont et celle d’esclaves parqués et enchainés dans la cale (p. 41) alors que la frise d’esclaves en pagne têtebêche (p. 40) rappelle davantage les images d’archives de navires négriers présentes par exemple dans L’Esclave qui parlait aux oiseaux. De même dans Un homme : un Blanc debout à la taille disproportionnée brandit, au centre de l’image, son fouet entre deux rangées d’esclaves couchés dont la présence à peine perceptible se réduit à des traits confus où l’on devine des têtes humaines.
26Outre ces images revisitées, la place de la nuit mérite d’être interrogée car ces différents récits comportent pléthore de scènes nocturnes depuis la capture (Chiens fous dans la brousse) jusqu’au projet de révolte et d’évasion (Le Royaume volé, Zéphir l’esclave). Au-delà d’un choix thématique, l’omniprésence de la nuit revêt parfois une dimension métaphorique et onirique :
La nuit efface toutes les couleurs.
Tout devient comme elle.
La maison du Maitre, le ciel, le coton lui-même, s’imprègnent d’obscurité.
Là enfin peut naitre son rêve. (Coton blues)
27Ici, la nuit devient fondatrice de l’identité de l’héroïne, car elle abolit l’aliénation destructrice de journées placées sous le signe de la blancheur. Dans L’Empire invisible, roman très cinématographique dont le titre désigne la nuit, cadre propice au déploiement des forces mauvaises, on peut suivre la fuite nocturne de l’héroïne dans une nature peuplée d’animaux témoins et complices, comme dans le film de Charles Laughton, La Nuit du chasseur.
28De surcroit, le happy end attendu dans le cadre de cette littérature adressée n’est pas toujours au rendez-vous voire cède la place à des explicit énigmatiques, ouverts (Sœur noire, sœur blanche) ou sombres (échec de la fuite dans Betty Coton). L’Esclave du fleuve des fleuves d’Yves Pinguilly se referme sur le suicide des protagonistes en compagnie d’une enfant rencontrée aux Antilles. À la fin du Royaume volé, la fille de l’ancien esclave abandonne le prénom africain Sissi pour se faire appeler Emma, renoncement à une culture originelle qui déclenche les pleurs de son père.
2.2 Des choix littéraires
29Le questionnement de Judith Misrahi-Barak sur « les raisons esthétiques et politiques des choix littéraires […] et sur le renouvèlement des formes que prennent ces avatars contemporains, principalement autour des questions de polyphonie, de genre et de voix21 », concerne aussi les récits d’esclavage pour la jeunesse.
30Nos fictions historiques obéissent à des principes de composition plus ou moins recherchés. Certaines suivent l’aventure du héros de manière linéaire, la narration épousant la fabula, rappelant parfois en analepse les étapes clés du destin de l’esclave, la capture, le voyage, la vente. Selon le nombre de personnages mis en scène, la narration se complexifie, circule dans l’espace et dans le temps, ménage des ellipses, croise les destins ou s’organise en montage alterné. Ainsi, Le Miroir de la liberté ne suit pas le temps du calendrier, mais l’objet perdu ou retrouvé qui change de mains, entre esclaves et maitres.
31Alors qu’au xixe siècle est privilégié le point de vue des Blancs, au risque que « les “vérités” [soient] biaisées par la vision de ceux à qui l’histoire a donné le monopole de la parole22 », la littérature pour la jeunesse choisit de se situer du côté de l’esclave23. Omniscient ou impliqué, le narrateur s’attache à son destin, suit son parcours, prend son parti, épouse son point de vue, lui donne la parole. Souvent privilégié, le discours indirect libre permet d’accéder aux émotions et à la vie intérieure des personnages. Dans Sœur blanche, sœur noire, récit à la troisième personne, c’est à travers le regard de Youenn que l’on découvre les réalités de l’esclavage. La vraie couleur de la vanille relève d’une écriture empathique qui fait partager le point de vue du maitre d’abord, lors de l’adoption et de l’enfance d’Edmond, puis celui de l’enfant noir. Au cœur du roman, le chapitre intitulé « Une mélopée » fait entendre la voix d’Edmond, qui vient d’assister au viol d’une esclave, « scène primitive » déterminante qui lui inspire l’idée du processus de fécondation de la vanille. Deux romans du corpus sont entièrement écrits au présent – De l’autre côté du soleil et Betty Coton –, artifice sans doute destiné à simplifier leur lecture, tout en la dramatisant par un effet de « direct ».
32L’écriture en je adopte la forme du journal intime ou du récit rétrospectif. Le premier cas trouve une justification dans l’alphabétisation de l’esclave qui transgresse l’interdit de l’accès à la lecture et à l’écriture, thème récurrent. Mais le diariste n’est pas toujours l’esclave : dans De l’autre côté du soleil, Kerven, botaniste embarqué vers le Nouveau Monde à des fins scientifiques, rédige un journal dont les pages s’insèrent dans la trame du roman écrit à la troisième personne, faisant ainsi alterner les points de vue sur la situation des esclaves. À Gorée, Kerven découvre et décrit avec objectivité le fonctionnement de la traite et de l’esclavage que subissent les deux héros africains, Traoré et Vanidia. Le regard neuf, naïf, porté par Kerven – ou par Yaouenn dans Sœur blanche… –, tel celui de Candide dans le conte philosophique, met en évidence la dimension inouïe de situations qui sont acceptées comme une évidence par les acteurs de la traite. Le choix énonciatif qui donne la parole à l’esclave narratrice dans Moi, Angélica… favorise l’identification au personnage. Lorsque plusieurs voix se succèdent et se répondent, le dispositif narratif sollicite l’esprit critique du lecteur conduit à soupeser et à confronter les argumentaires portés par les discours (De l’autre côté du soleil, Les Larmes noires). On lira dans cette polyphonie, la « volonté affichée de sortir de la binarité victime-oppresseur, esclave-maitre24 ».
33L’écriture des romans les plus anciens (Les Révoltés…, Les Chemins secrets) parait plus conventionnelle et le roman de Bertrand Solet insère parfois inopinément des repères historiques dans sa fiction25. Les romans plus récents peuvent s’inscrire dans « l’héritage du soupçon26 ». Même si la réflexion menée ne s’insère pas dans la trame fictionnelle elle-même et empêche de parler, selon la terminologie de Dominique Viart, de « fiction critique », Sophie Chérer pose en postface de La vraie couleur de la vanille les questions qui agitent la littérature générale sur « la fiction comme procédé d’élucidation d’un objet donné27 », sur la possibilité de représenter l’histoire, les modalités de cette représentation, les pouvoirs accordés à la fiction.
2.3 Des options génériques
34Les romans historiques sur l’esclavage tiennent aussi de différents sous-genres du roman, et s’avèrent parfois hybrides, voire inclassables.
2.3.1 Romans d’apprentissage et/ou d’aventures
35Qu’un jeune héros surmonte des épreuves et en sorte muri fait de nos romans des romans d’apprentissage28. Au bénéfice de « l’effet-personne » mis en évidence par V. Jouve, les protagonistes luttent pour conquérir leur liberté et y parviennent dans les scenarii les plus favorables (Esclave !, Les Chemins secrets de la liberté). Mais nous avons vu que le happy end n’est pas forcément de mise.
36Aussi douloureux soient-ils, dans la mesure où ils comportent nombre de motifs propres au roman d’aventures – dangers, trahisons, voyages, poursuites, histoires d’amour mouvementées – ces romans historiques savent tenir le lecteur en haleine, tels ceux de l’Underground Railway, riches en rebondissements et en suspense. Les Révoltés de Saint-Domingue cumule les ingrédients du genre, trésor enfoui, jeune fille en danger, coïncidences stupéfiantes. Parfois, l’esclave accède au statut de héros, dans une sorte d’épreuve qualifiante où il révèle son courage et son humanité, en sauvant des Blancs d’un incendie ou de la noyade, et conquiert par là sa liberté (Catfish, Esclave !). Tout roman historique pour la jeunesse sur l’esclavage tient à la fois du roman d’apprentissage et du roman d’aventures pour mieux capter l’attention du lecteur, en accord avec la vocation d’une littérature adressée, forcée d’accommoder à sa façon la matière historique. Cependant, certaines fictions suivent des voix plus originales, réalistes ou merveilleuses.
2.3.2 Biofictions
37Plusieurs de nos ouvrages entrent dans la catégorie des fictions biographiques ou « biofictions, c’est-à-dire de fictions littéraires de forme biographique (vie d’un personnage imaginaire ou vie imaginaire d’un personnage réel29) ».
38L’axe principal de Catfish suit la vie d’un esclave de l’enfance à l’âge mûr. La vraie couleur de la vanille relate la vie de celui qui découvrit en 1841 le secret de la fécondation de la vanille et fit par-là la fortune de l’ile de la Réunion, sinon la sienne. Nous lisons bien, dans le premier cas, « la vie d’un personnage imaginaire », et dans le second « la vie imaginaire d’un personnage réel ». Les auteurs ancrent la fiction dans l’histoire, l’un dédiant son livre à César Chelor, esclave affranchi en 1752 et devenu artisan du fer, l’autre retraçant en postface l’histoire de sa découverte d’Edmond Albius, personnage historique attesté30, afin de le réhabiliter rétrospectivement dans l’ouvrage qui affiche sa photographie en couverture.
39Dans l’ouvrage signé par Patricia McKissack, Je suis une esclave. Journal de Clotée, 1859-1860, l’héroïne apprend à lire et à écrire alors qu’elle est chargée d’éventer son jeune maitre pendant ses leçons, puis elle relate son expérience dans un journal tenu clandestinement. Pour produire un effet de réel dans ce journal intime fictif, l’auteure ménage une progression dans la maitrise de la langue de la diariste, au prix d’artifices aussi éprouvants pour le lecteur que ceux de Balzac donnant à entendre l’accent du Baron de Nucingen.
40Moins soucieuses de vraisemblance, certaines fictions historiques traitent de l’esclavage en recourant à divers genres de l’imaginaire, la fantasy ou le conte.
2.3.3 Recours au merveilleux
41Dans Le Labyrinthe vers la liberté, Sophie, en vacances en Louisiane dans la propriété familiale, en 1960, fait un voyage dans le temps cent ans plus tôt, dans la peau d’une esclave. Elle rencontre une créature étrange, sorte de Chat du Cheshire qui sert de médiateur pour pénétrer dans un monde au fonctionnement aussi absurde que celui de Lewis Carroll. Dans ce roman très citationnel, dont l’héroïne est une fervente lectrice31, le retour au présent s’effectue au prix d’une distorsion temporelle comme dans Tom et le jardin de minuit de Pearce ou dans Chroniques de Narnia de Lewis. À la faveur de ce voyage, Sophie fait l’expérience de la condition d’esclave, dont le jeune lecteur partage les émotions et les souffrances. L’aventure comporte une dimension métafictionnelle car Sophie porte un regard décentré sur sa situation et cherche à fuir lorsque celle-ci devient intenable : « Est-ce que c’est la fin de l’histoire ? » demande-t-elle à la créature, après avoir reçu le fouet. Le travail de la romancière est mis en abyme lors du retour au présent de Sophie qui fait des recherches en historienne : elle consulte les registres mis à sa disposition et finit par trouver des documents attestant l’existence des esclaves côtoyés pendant son aventure. Ce roman relie deux pôles, un procédé de fantasy, destiné à séduire le lecteur, et la mise en valeur de l’archive, propre à la démarche de l’historien, comme le révèle la postface.
42Le roman argentin Le Miroir de la Liberté tient du conte dans la mesure où son fil conducteur est l’objet éponyme qui relie les lieux, les époques et les personnages. Façonné en Afrique, enjeu de dons et de contre-dons, comme dans les contes, il circule entre trois continents, passe de main en main – même dans celles d’un personnage historique –, sorte d’objet magique qui joue un rôle d’adjuvant et/ou un rôle symbolique, au sens originel, lorsqu’il permet la reconnaissance de personnages longtemps séparés. Témoin de la période de l’esclavage, il reflète son histoire et ses drames.
2.3.4 Un roman décalé
43L’Empire invisible détonne dans un corpus qui traite avec gravité de l’esclavage car il aborde la question en adoptant le ton et le rythme d’un Quentin Tarentino : histoire de vengeance, ce roman tient à la fois de Kill Bill et de Django Unchained par son allant, ses personnages pittoresques et insubmersibles, son décalage humoristique et sa violence spectaculaire. Force est de constater ici l’impact de la culture populaire sur la littérature pour la jeunesse : en lui empruntant ses ressorts et ses effets, ce roman incontestablement jubilatoire se dote d’atouts propres à séduire par une surenchère de scènes chocs qui finissent par déplacer le centre d’intérêt de la fiction, en détournant le sujet au profit d’une forme qui privilégie le sensationnel. Tout en présentant en fin d’ouvrage un dossier documentaire sur la période historique abordée.
2.3.5 Un ouvrage inclassable
44Tout autre est la tonalité des Larmes noires de Julius Lester, récit inclassable qui emprunte au théâtre par la liste des personnages placée au début du livre et par ses répliques précédées du nom des interlocuteurs. Entre les chapitres-scènes s’insèrent des « interludes », monologues des différents acteurs de l’histoire revenant sur le passé, quelques décennies plus tard. Le roman opère un va-et-vient entre passé – le jour de la vente des esclaves historiquement attestée – et présent des protagonistes, dans un puzzle de textes qui compose un relais de narration et confronte les discours et les époques. Ce roman choral est aussi un oratorio où chacun épanche sa plainte : donnant la parole à tous, il fait entendre les points de vue antagonistes, tels qu’on peut les recueillir au tribunal de l’histoire.
3. Enjeux contemporains des fictions historiques pour la jeunesse
45Respectant un équilibre entre divertir et instruire, ou appariant de façon plus singulière histoire et littérature, nos fictions historiques sur l’esclavage relèvent aussi d’une littérature transitive, inscrite dans son contexte de production – au risque d’une certaine déshistoricisation. De plus, elles apparaissent porteuses de questionnements humanistes et philosophiques propres à former un citoyen éclairé.
3.1 Une littérature contextualisée et transitive
46Pour quelles raisons des auteurs choisissent-ils de raconter l’histoire de l’esclavage, question socialement vive « parfois chargée d’émotions, souvent politiquement sensible, intellectuellement complexe32 » ? L’actualité récente, l’histoire de leurs pays d’origine ou leur propre passé ont-ils influencé ce choix ?
47Notre corpus, sans prétendre à l’exhaustivité parfaite, comprend, outre les treize albums évoqués plus haut, cinquante-huit romans historiques33 publiés en français des années 1960 à nos jours34. Neuf l’ont été avant les années 1990 entre 1969 et 1987, neuf entre 1993 et 1999, vingt-sept autres dans les années 2000, douze depuis 2010. Cette augmentation exponentielle que nous retrouvons dans la publication des albums (neuf sur treize ont été publiés depuis 2000), est-elle le fait du hasard ou le résultat d’un contexte particulier ?
48Un premier évènement au début des années 1990 a certainement pesé. C’est, en effet, sur proposition de Haïti et des pays africains que la Conférence générale de l’UNESCO a approuvé en 1993 la mise en œuvre du projet « La route de l’esclave » (Résolution 27C/3.1335) dont l’objectif était de médiatiser la question de la traite négrière transatlantique et de l’esclavage.
49En France, où les sujets de la traite et de l’esclavage avaient été oubliés car considérés comme tabous36 et la célébration officielle du 150e anniversaire de l’abolition de l’esclavage en 1998 jugée bien discrète, trois propositions de loi mémorielle sont déposées à l’Assemblée nationale entre juillet et décembre 199837. Celle de la députée de Guyane, Christiane Taubira, est retenue : la loi du 21 mai 2001 institue l’esclavage comme crime contre l’humanité dès l’article 1 et en fait, dans l’article 2, un objet d’étude obligatoire dans le primaire et dans le secondaire38. Par la suite, en 2006 et en 2008, sont fixées deux dates de commémoration nationale : les 10 et 23 mai39, et deux dates de célébration internationale, le 23 aout, journée du souvenir de la traite négrière et de son abolition et le 2 décembre, journée de l’abolition de l’esclavage.
50Dès 2002, l’année 2004 est désignée par l’UNESCO comme « année internationale de la commémoration de la lutte contre l’esclavage et de son abolition », 2004 correspondant au Bicentenaire de l’indépendance d’Haïti (1804), « première République noire ».
51Ces célébrations nationales et internationales ont-elles exacerbé, par leur médiatisation, la sensibilité des romanciers à l’égard de l’histoire de l’esclavage ? De fait, tous vivent ou ont vécu dans des pays concernés par cette histoire à divers titres : Antilles, Réunion, Amérique du Nord, Europe40. On pourrait alors supposer que ces débats, lois mémorielles, commémorations et célébrations, véritables remises en question de la place accordée à l’histoire de l’esclavage dans l’histoire de l’humanité, ont certainement favorisé la multiplication des fictions traitant de ce thème dans des collections pour la jeunesse ainsi que nous l’avons constaté pour les décennies correspondantes. Ce n’est, cependant, pas toujours le cas, et E. Brisou-Pellen41 nous a précisé que la loi Taubira n’a en rien motivé l’écriture de Deux graines de cacao entamée bien avant 2001.
52La part de l’histoire personnelle de chaque auteur42 a-t-elle joué dans sa décision de contribuer à une littérature « engagée » ? Bien que ne disposant pas toujours de leurs déclarations à ce sujet, on peut supposer que certains – Condé, Berry, Chamoiseau, Trouillot, Joséphine, Benjamin, Agénor, Hamilton, Mc Kissack43 et Lester – ont été, par leurs origines antillaise, haïtienne, réunionnaise ou afro-américaine, personnellement concernés par l’histoire de l’esclavage et la ségrégation qui s’en est suivie, en particulier aux Etats-Unis. Julius Lester44 explique qu’ayant trois grands-parents esclaves, il a éprouvé le besoin de comprendre ce que signifiait « être un esclave ». Aussi le premier livre qu’il publie pour la jeunesse en 1968 s’intitule-t-il To be a slave. D’autres écrivains américains n’appartenant pas à la communauté afro-américaine (Haynes, Smucker, O’Dell, Lunn, Ayres et Flanigan, tous nés entre 1899 et 1951) ont pu être, quant à eux, confrontés à la ségrégation raciale très forte au XXe siècle. Ainsi, Barbara Smucker a enseigné de 1967 à 1969 dans une high school pour élèves noirs dans laquelle elle était la seule enseignante blanche. Delia Sherman a dû accumuler, enfant, des souvenirs de la condition faite aux descendants d’esclaves lorsqu’elle allait chez ses grands-parents en Louisiane, ancien état sudiste esclavagiste45, souvenirs qui transparaissent dans sa description des années 1960.
53Du côté des auteurs francophones, on retrouve le même entrelacs des faits passés, du contexte politique et des histoires personnelles. Ainsi, Maryse Condé, Guadeloupéenne, a-t-elle présidé le comité pour la mémoire de l’esclavage créé en 2004 pour l’application de la loi Taubira et c’est sur sa proposition que la Journée de commémoration de l’esclavage a été fixée au 10 mai. Elle-même met en relation ce contexte particulier avec l’écriture d’un de ses romans46 : « J’ai écrit Chiens fous dans la Brousse en ma qualité de Présidente du Comité pour la Mémoire […]. Il fallait que chacun réalise l’importance de l’esclavage et connaisse les mécanismes de son fonctionnement. »
54Pour d’autres, le déclencheur a pu être un séjour plus ou moins long dans un des lieux marqués par l’histoire de l’esclavage : Pascale Maret a enseigné les lettres au Venezuela, lieu de son intrigue, et Pierre Davy a vécu dix ans aux Antilles. On lit à la fin de son roman que « Pierre Davy n’est pas arrière-petit-fils d’esclave, il n’est pas noir : il lui arrive de le regretter ».
3.2 Une littérature en prise avec l’univers contemporain du jeune lecteur, au risque de la déshistoricisation
55Il n’est pas forcément possible de (re)produire aujourd’hui, en littérature générale, les anciens récits d’esclaves : d’une part, l’on ne dispose pas d’une tradition de récits d’esclaves en français ; d’autre part, cette tradition héritée serait à réinventer47. Dans le cadre de la littérature de jeunesse, le « passé recomposé » devient, dans certains cas, un discours pour le présent dans la mesure où il confronte les lecteurs à des situations proches de leur univers contemporain.
56Ce sont surtout des situations liées à la vie familiale qui contribuent à mettre en exergue le caractère anachronique de certains de ces récits d’esclavage : un père se désole de voir ses fils composer des poèmes, voire rêver d’aller entendre le griot qui récitera « la geste de Ségou » (Chiens fous dans la brousse) ; on peut s’étonner qu’un garçon de onze ans quitte son pensionnat et s’embarque pour les Antilles en quête de ses origines (Deux Graines de cacao) ; si la figure d’un grand-père autoritaire et violent est plausible, la remise en cause de ce paterfamilias abusif par une jeune fille du début du xxe siècle ne laisse pas de surprendre (La Voix du volcan). Le Labyrinthe vers la liberté comporte également des références à des problématiques familiales du temps présent, crise d’adolescence, rejet de la mère ou encore fuite de l’esclave Antigua pour ne pas être violée. Au dénouement, riche de son expérience, Sophie se montre capable de refuser de vivre sous l’emprise des préjugés du Sud (nous sommes en 1960) et part rejoindre son père à New-York. Son expérimentation de l’esclavage lui a permis de se lancer, à son tour, dans le voyage libératoire du Sud au Nord, et de donner une nouvelle orientation à sa vie. On reconnait ici le genre du roman miroir, qui reflète les problématiques adolescentes du lecteur pour l’aider à mieux les comprendre, et peut-être à les résoudre, grâce aux pouvoirs de la fiction.
3.3 Une littérature porteuse de questionnements philosophiques : devoir de mémoire, liberté, humanité, identité
57Le devoir de mémoire, apparu en France dans le vocabulaire courant et dans le langage officiel depuis les années 199048 est désormais indissociable de l’histoire de l’esclavage comme d’autres sujets sensibles. La publication de romans historiques relatifs à ces questions s’accompagne-t-elle, consciemment ou pas, d’objectifs civiques et moraux ?
58Ils sont déjà décelables dans les titres proposés. Onze reprennent le terme « esclave » (Esclaves en fuite ; Lygaya, l’enfant esclave ; Chasseurs d’esclaves ; L’Esclave vieil homme et le molosse ; Moi, Angélica, esclave ; Esclave ! ; Je suis une esclave… ; Matallah, esclave de Karakour ; L’Esclave du Fleuve des fleuves ; Zéphir, l’esclave). Cinq introduisent celui de « liberté » (En haut, la liberté ; Le Miroir de la liberté ; Mon cheval, ma liberté ; Le Labyrinthe vers la liberté ; Les Chemins sacrés de la liberté). « Esclave » et « liberté », deux termes antinomiques qui illustrent, chacun à sa façon, le combat que chaque héros ou héroïne de ces fictions devra mener pour, enfin, être considéré comme un être humain disposant des droits fondamentaux que sont l’égalité et la liberté ainsi que le suggère le titre Sœur blanche, sœur noire. Mais, pour gagner sa liberté, le combat sera rude, parfois terriblement dangereux comme l’annoncent les titres : Les Enfants perdus, Rêves amers, Rosalie l’infâme, Chasseurs d’esclaves, Le Royaume volé, Le Maléfice d’Isora, L’Enfer noir, Chiens fous dans la brousse, L’Empire invisible, Le Passage secret, Esclaves en fuite, Les Larmes noires, Les Révoltés de Saint-Domingue (…).
59La question de la liberté et celle des droits de l’homme prennent place au cœur de ces fictions et d’un projet militant qui a l’ambition de développer, chez les jeunes lecteurs, le respect de ces droits et libertés. Aussi, dans chaque roman, des passages obligés tentent-ils de susciter l’indignation des lecteurs. Les violences physiques et morales, les insultes, le mépris permanent, la mort parfois, la séparation des enfants de leurs parents, résultant de l’inhumanité des maitres, sont récurrents. À cela s’ajoute une problématique existentielle clairement affichée dans l’album Un homme : « Qui suis-je ? » s’interroge l’esclave de Gilles Rapaport, qui aspire, à n’importe quel prix, quitte à en mourir, à retrouver sa liberté et donc sa dignité. Mais comment faire quand son ancienne identité et son statut antérieur sont niés, qu’un nouveau nom vous est attribué de force49 et que votre place dans la société n’est plus que servitude et « aliénation identitaire50 » comme pour Ana dans Esclave !? À quel monde appartient-on lorsqu’on est une enfant métis comme on peut l’observer dans plusieurs romans ou albums, la question du viol et du métissage ayant de lourdes conséquences sur le plan identitaire ?
60À ce combat sans merci et presque perdu d’avance, les auteurs apportent des réponses « humanistes » : des hommes et des femmes de tous bords s’opposent à la pratique de l’esclavage, la dénoncent et, parfois, au péril de leur vie, apportent leur aide aux esclaves comme Fanny Kemble, Alexander Ross et Levi Coffin, ou Antoine Morel, personnage fictif. La solidarité est une vertu brandie haut et fort dans chacun de ces romans aux finalités moralisatrices évidentes.
Conclusion
61Raconter l’esclavage aujourd’hui aux enfants et aux adolescents – et le verbe « raconter » pèse ici tout son poids – c’est toujours répondre au programme inscrit dans l’histoire de la littérature de jeunesse tel que le résumait le titre du Magasin d’éducation et de récréation de P.J. Hetzel au xixe siècle. Les fictions historiques de notre corpus apparaissent porteuses d’une triple ambition : documentaire, littéraire et humaniste. Non seulement il s’agit de faire découvrir une page d’histoire en fondant la fiction sur l’archive, mais on incite le jeune lecteur à réfléchir sur une condition humaine malmenée par l’histoire. Inscrits dans un contexte politique et social, ces récits d’esclavage contemporains le reflètent et en véhiculent les discours, comme ont pu le faire, dans un tout autre cadre idéologique, ceux qui étaient publiés en Europe pendant la période de la colonisation51.
62Paradoxe propre à la littérature, ces fictions passionnent d’autant plus que leur sujet est cruel. Pourtant, on ne saurait dire que, dans ces récits, « l’Histoire n’est qu’un “effet de réel” servant d’alibi à une fiction qui ne lésine pas sur les ingrédients romanesques52 ». En effet, l’engagement de leurs auteurs parvient à inscrire l’objectif didactique dans un projet littéraire complexe. Sans être ni le plus souvent ni majoritairement des fictions critiques, ces fictions empruntent des voies inattendues qui permettent de tendre au lecteur un miroir qui reflète à la fois le passé, le présent et son propre visage.
Annexe Liste non exhaustive et chronologique des romans historiques pour la jeunesse publiés ou traduits en français sur le thème de l’esclavage depuis 1969
N° | Auteurs | Titres | Éditions | Année de publication en français |
1 | Solet Bertrand | Les Révoltés de | Flammarion, coll. « Castor poche » | 1969 |
2 | Haynes Betsy, trad. de l’angl. | Une nièce de l’oncle Tom | Hachette jeunesse, coll. | 1973 |
3 | Solet Bertrand, ill. Philippe | Chasseurs d’esclaves | La Farandole, coll. « LF/Mille épisodes » | 1976 |
4 | Smucker Barbara, trad. de l’angl. | Les Chemins secrets de la liberté | Editions Pierre | 1978 (Montréal) |
5 | Pluchon Pierre | Toussaint Louverture : fils noir de la Révolution française | L’école des loisirs | 1980 |
6 | Condé Maryse | Haïti chérie | Bayard jeunesse | 1987 (réédité en |
7 | Fillol Luce, ill. | L’ Enfer Noir | Flammarion, coll. « Castor poche » | 1987 |
8 | Lunn Janet, trad. de l’angl. | Le Passage secret, | Flammarion, coll. « Castor poche Junior » | 1987 |
9 | Hamilton | Quand les hommes savaient voler | Sorbier, coll. | 1988 |
10 | Brisou-Pellen | La Voix du volcan | Rageot Jeunesse, coll. « Cascade » | 1993 |
11 | Flanigan Sara, trad. de l’angl. | Sudie | L’école des loisirs | 1993 |
12 | Solet Bertrand, ill. Mallart Bruno | Les Chemins de Yélimané | Hachette | 1995 |
13 | Berry James, trad. de l’angl. | Le Royaume volé | Gallimard, coll. « Page blanche » | 1996 |
14 | Mignot | Lygaya | Hurtubise, coll. « Atout » | 1996 |
15 | Mignot | Lygaya à Québec | Hurtubise, coll. « Atout » | 1997 |
16 | Chamoiseau | L’Esclave vieil homme et le molosse | Gallimard | 1997 |
17 | O’Dell Scott, trad. de l’angl. | Moi, Angelica, esclave | Flammarion, coll. « Castor | 1998 |
18 | Vaxelaire Daniel | En haut, la liberté | Flammarion, coll. « Castor poche » | 1999 |
19 | Ayres Katherine, trad. de l’anglais (États-Unis 1998 | Esclaves en fuite | Hachette | 2001 |
20 | Brisou-Pellen | Deux graines de cacao | Hachette | 2001 |
21 | Chabas | Trèfle d’Or | Casterman, coll. « Romans | 2001 |
22 | Condé Maryse | Rêves amers | Bayard Jeunesse, coll. « Je bouquine » | 2001 (réédition de Haïti chérie) |
23 | Ducharme | Les Enfants perdus | Syros, coll. « Les uns, les autres » | 2001 |
24 | Metantropo (Christophe | Mon cheval, ma liberté | Flammarion coll. | 2001 |
25 | Hendry Frances | Les Enfants du négrier | Milan, coll. « Milan poche Histoire » | 2003 |
26 | Maret Pascale, ill. | Esclave ! | Milan, coll. « Milan poche junior » | 2003 |
27 | Trouillot Evelyne | Rosalie l’infâme | Dapper, « Drapper littérature » | 2003 |
28 | Pool Joyce, trad. | Cœur noir | Flammarion | 2004 |
29 | Rees Celia, trad. de l’angl. | Mémoires d’une pirate | Le Seuil Jeunesse | 2004 |
30 | Agenor Monique, ill. de Marcelino | Les Enfants de la colline sacrée | Syros Jeunesse, coll. « Les uns les autres » | 2005 |
31 | Albaut Corinne | Betty Coton | Actes Sud Junior, coll. « Les | 2005 |
32 | Aubert Brigitte et | Le Maléfice d’Isora | Magnard | 2005 |
33 | Daniel Stéphane | Le Mystère Malala | Casterman, coll. « Les mousquetaires de Belleville » | 2005 |
34 | Mc Kissack | Je suis une esclave : journal de Clotée, 1859-1860 | Gallimard | 2005 |
35 | Le Moy Nadine | Matallah, esclave de | L’Harmattan, coll. « Jeunesse l’Harmattan » | 2006 |
36 | Mignot | Lygaya, l’enfant esclave | Hurtubise, coll. « Best seller » | 2006 |
37 | Pinguilly Yves | Le Goût du vent | Hachette jeunesse, coll. « Le Livre de poche jeunesse » | 2006 |
38 | Pinguilly Yves, ill. | L’Esclave du Fleuve des fleuves | Oskar Jeunesse, coll. « Cadet » | 2006 |
39 | Maymat Nicole | Le bon dieu se cache dans un nuage | Le Seuil | 2007 |
40 | Condé Maryse | Chiens fous dans la brousse | Bayard Jeunesse, coll. « Bayard poche » | 2008 |
41 | Lester Julius, trad. de l’angl. | Les Larmes noires | Le Livre de poche jeunesse | 2008 |
42 | Noirez Jérôme | L’Empire invisible | Gulf Stream, coll. « Courants noirs » | 2008 |
43 | Grenier Chistian | Pour l’amour de Vanille | Bayard, « Je bouquine » | 2008 |
44 | Bodoc Liliana, trad. de l’esp. | Le Miroir secret de la liberté | Le Seuil Jeunesse, coll. « Chapitre » | 2009 |
45 | Mellon Juliette | Zéphir l’esclave | Bayard Jeunesse, coll. « Mes premiers pas. | 2009 |
46 | Bally-Kenguet | Les Prisonniers du vent | Oskar Jeunesse, coll. « Junior » | 2009 |
47 | Pinguilly Yves | Cœur Boucané | Oskar Jeunesse, coll. « Junior » | 2010 |
48 | Benahmed Daho | Rien de plus précieux que le repos | Helium | 2011 |
49 | Davy Pierre | De l’autre côté du soleil | Nathan, coll. « Nathan | 2011 |
50 | Pinguilly Yves, ill. | Sœur blanche, sœur noire | Rue du Monde, coll. « Roman du | 2011 |
51 | Nicodème | Couleur Vanille, le destin d’un jeune esclave de l’ile de la Réunion | Oskar jeunesse, coll. « Histoire & société » | 2011 |
52 | Chérer Sophie | La vraie couleur de la vanille | L’école des loisirs, coll. « Médium » | 2012 |
53 | Cousseau Alex | Les trois vies d’Antoine | Rouergue, coll. | 2012 |
54 | Grenier Christian | Pour l’amour de Vanille | Bayard jeunesse, coll. | 2012 |
55 | Pages Daniel | Les Trésors d’Ismeralda, | Éditions | 2012 |
56 | Albaut Corinne | Fleur de coton | Oskar jeunesse, coll. « Histoire & société » | 2013 |
57 | Tamaillon | Capitaine Squelette | Flammarion, coll. « Castor poche » | 2013 |
58 | Sherman Delia, trad. de l’angl. | Le Labyrinthe vers la liberté | Hélium | 2014 |
Notes de bas de page
1 François Place, La Fille des batailles, Paris, Casterman, 2007, 74 p.
2 Alain Serres, Judith Gueyfier, Martin des colibris, Voisins-le-Bretonneux, Rue du Monde, coll. « Vaste monde », 2008, 47 p.
3 Le premier roman de notre corpus date de 1969, les premiers albums de 1993. Les références des ouvrages figurent dans la bibliographie.
4 Charles Perrault déclare dès 1694 s’adresser aux enfants afin de plaire et d’instruire « tout ensemble ». Contes, Paris, Le Livre de Poche, coll. « Classiques de poche », 1990, p. 73.
5 Raphaël Baroni, La Tension narrative : suspense, curiosité et surprise, Paris, Le Seuil, coll. « Poétique », 2007, p. 18.
6 Vincent Jouve, L’Effet personnage dans le roman, Paris, Presses universitaires de France, coll. « Écriture », 1992.
7 Jean-Louis Dufays, Stéréotype et lecture, Liège, Mardaga, coll. « Philosophie et langage », 1994, p. 123.
8 « Avec la note nous touchons sans doute à l’une, voire à plusieurs frontières, voire absences de frontières, qui entourent le champ, éminemment transitionnel, du paratexte », Gérard Genette, Seuils, Paris, Le Seuil, coll. « Poétique », 1987, p. 321.
9 Emmanuel Bouju, La Transcription de l’histoire. Essai sur le roman européen de la fin du xxe siècle, Rennes, Presses universitaires de Rennes, coll. « Interférences », 2006, p. 85-106. La 1re partie du chapitre IV s’intitule « Politiques de l’épigraphie ».
10 Le Journal de Francis Anne Kemble (1838-1839), http://www.gutenberg.org/files/12422/12422-h/12422-h.htm, consulté le 27/09/2014.
11 Ibid., p. 81.
12 La notion de chronotope est centrale dans la réflexion de Bakhtine sur le roman : le mot désigne le lien entre temps et espace qui structure l’économie narrative de chaque roman, Mikhaël Bakhtine, Esthétique et théorie du roman, Paris, Gallimard, 1978, trad. D. Olivier [Moscou, 1924].
13 Christiane Connan-Pintado et Gersende Plissonneau, « L’album historique ou le paradoxe d’une mémoire de l’esclavage. Perspectives littéraires et didactiques », Fictions historiques en classe de français, Repères, n° 48, 2013, p. 49.
14 Écrit en 1969, Les Révoltés de Saint-Domingue figure toujours au catalogue de Flammarion, coll. « Castor poche ».
15 Nous ne considérons pas ici les récits cadres des albums Tanbou ou L’Esclave qui parlait aux oiseaux dans lesquels figurent des personnages féminins contemporains.
16 Carminella Biondi, « D’Oroonoko d’Aphra Behn à Zoflora ou la bonne négresse de Picquenard. Métamorphose de l’héroïne noire dans le roman français du xviiie siècle », dans S. Moussa (sous la direction de), Littérature et esclavage xviiie-xixe siècles, Paris, Éditions Desjonquères, coll. « L’esprit des lettres », 2010, p. 29-38.
17 Pour une typologie des albums consacrés à l’histoire de l’esclavage, voir C. Connan-Pintado et G. Plissonneau 2013, op. cit.
18 Cf. annexe.
19 Judith Misrahi-Barak, « Postérités anglophones et francophones des récits d’esclaves : regards vers le xxe et xxie siècles », dans S. Moussa (sous la direction de), Littérature et esclavage xviiie-xixe siècles, op. cit., p. 395.
20 Nous employons ce terme pour désigner un album richement illustré au texte abondant, aux images parfois séquentielles, qui peut correspondre, mutatis mutandis et en tenant compte des affinités complexes qui lient album et bande dessinée, à ce que les Anglo-Saxons désignent du nom de graphic novel pour se démarquer des bandes dessinées traditionnelles dites comics dont la visée est prioritairement divertissante.
21 Judith Misrahi-Barak, op. cit., p. 385.
22 François Specq, « “Who aint a slave ?” » : esclavage et rhétorique de l’émancipation dans la littérature de la “Renaissance américaine” », dans S. Moussa (sous la direction de), op. cit., p. 326.
23 On note que Julie Gouraud, dont la mère était créole, écrit en 1874 Les deux enfants de Saint-Domingue, en mêlant roman colonial et roman familial. Voir Michel Manson, « Julie Gouraud et Saint-Domingue : du roman familial au roman pour enfants », Strenæ [En ligne], 3 | 2012, mis en ligne le 15 février 2012, consulté le 03 octobre 2014. URL : http://strenae.revues.org/517
24 Judith Misrahi-Barak, op. cit., p. 389.
25 Ainsi, après un début mettant en scène les personnages de la fiction, surgit ex abrupto un exposé sur le contexte historique : « Saint-Domingue, aout 1791. Il y a deux ans qu’à Paris la Bastille a été prise, mais ici on ne parle ni de liberté, ni d’égalité, ni de fraternité : l’ile rapporte de trop grandes richesses à la France, sucre, rhum, coton, cacao, épices de toutes sortes… » (p. 24).
26 Dominique Viart, « Fictions en procès », dans B. Blanckeman, A. Brunel, M. Dambre (dir.), Le Roman français au tournant du xxie siècle, Paris, Presses Sorbonne Nouvelle, 2004, p. 289.
27 Ibid., p. 296.
28 Pierre Bruno et Philippe Geneste, « Le roman pour la jeunesse », dans Denise Escarpit (dir.), La Littérature de jeunesse. Itinéraires d’hier à aujourd’hui, Paris, Magnard, 2008, p. 423-426.
29 Alexandre Gefen, « Le Genre des noms : la biofiction dans la littérature française contemporaine », dans B. Blanckeman, A. Brunel, M. Dambre (dir.), Le Roman français au tournant du xxie siècle, op. cit., p. 305.
30 Proust place une allusion à Edmond Albius dans la bouche de M. de Bréauté dans À la recherche du temps perdu, tome II Le côté de Guermantes, Paris, Gallimard, coll. « Pléiade », 1988, p. 806.
31 Les allusions à certaines de ses lectures préparent l’aventure car il s’agit précisément de romans fondés sur le procédé du voyage dans le temps, The Time Garden d’Edward Eager et The Story of Amulet d’Edith Nesbit.
32 Nicole Tutiaux-Guillon, « Le difficile enseignement des questions vives en histoire-géographie », dans Alain Legardez et Laurence Simmoneaux (sous la direction de) L’École à l’épreuve de l’actualité. Enseigner les questions vives, Issy-les-Moulineaux, ESF, 2006, p. 119.
33 Romans recensés à partir de plusieurs sites proposant des bibliographies thématiques, entre autres, les sites du CNDP, de Ricochet et de Babelio (voir la sitographie).
34 Nous ne comptons qu’une seule occurrence pour le roman de Maryse Condé, Haïti chérie, réédité quatorze ans plus tard sous le titre de Rêves amers mais deux pour Pour l’amour de Vanille de Christian Grenier publié dans une version plus longue en 2012.
35 L’ensemble des décisions prises par l’UNESCO sont accessibles à partir des adresses présentées dans la sitographie.
36 Myriam Cottias, « Mémoire de l’esclavage et oubli du passé », dans Denis Peschanski (sous la direction de), Mémoire et mémorialisation. Tome 1, De l’absence à la représentation. Paris, Éditions Hermannn, coll. « Mémoire(s) », 2013, p. 113-114 ; Sylvie Lalagüe-Dulac, « Comment construire un concept scientifique en relation avec un sujet sensible », dans Jean-Paul Bernié et Michel Brossard (sous la direction de), Vygotski et l’école : Apports et limites d’un modèle théorique pour penser l’éducation et la formation aujourd’hui, Pessac, Presses Universitaires de Bordeaux, coll. « Études sur l’Éducation », 2013, p. 85-90.
37 Sébastien Ledoux, « Écrire une histoire du devoir de mémoire », Le Débat, n° 170, mai-aout 2012, p. 175-185.
38 Corinne Bonafoux, Laurence De Cock-Pierrepont, Benoit Falaize, Mémoires et histoire à l’école de la République. Quels enjeux ?, Paris, Armand Colin, 2007, p. 20-21.
39 Décret du 31 mars 2006. Voir également le JORF n° 0103 du 2 mai 2008 page 7 323, texte n° 3, l’extrait de la Circulaire du 29 avril 2008 relative aux commémorations de la traite négrière, de l’esclavage et de leurs abolitions.
40 Par sa participation au commerce triangulaire : Olivier Pétré-Grenouilleau, Les Traites négrières. Essai d’histoire globale, Paris, Gallimard, 2004, p. 163-185.
41 Courrier électronique du 7 octobre 2014.
42 Les biographies, déposées par eux-mêmes sur leur site officiel, offrent quelques éléments de compréhension qui permettent de corroborer cette hypothèse (cf. sitographie).
43 Elizabeth Ann Beaulieu (dir.), Writing African American Women. An Encycopedia of Literature by and about Women of Color. 2, K-Z. Westport, Greenwood Press, 2006, p. 612-614.
44 Daphne Kutzer, Writers of Multicultural Fiction for Young Adults : A Bio-Critical Sourcebook, Westport, Greenwood Press, 1996.
45 Le Labyrinthe…, Remerciements, p. 273.
46 Sur le site : « Des enfants, une artiste, une œuvre : Chiens fous dans la brousse de Maryse Condé » [Page consultée le 5 avril 2015]. Disponibilité et accès http://www.desenfants-unartiste-uneoeuvre.com/chiens_fous_dans_la_brousse.html.
47 Judith Misrahi-Barak, 2010, op. cit.
48 Sébastien Ledoux, « Écrire une histoire du devoir de mémoire », op. cit., p. 175.
49 Philippe Chanson, La Blessure du nom : une anthropologie d’une séquelle de l’esclavage aux Antilles-Guyane, Louvain-la-Neuve, Académia-Bruylant, 2008, p. 15.
50 Barbara T. Cooper, « La Représentation du commerce triangulaire dans La Traite des Noirs, drame de 1835 », dans Sarga Moussa (sous la direction de), op. cit., p. 104-105.
51 Thème régulièrement évoqué par les contributions réunies dans le numéro 3 de la revue Strenae dirigée par Mathilde Lévêque (sous la direction de), Enfance et colonies : fictions et représentations, Strenae [En ligne], 3 | 2012, mis en ligne le 15 février 2012, consulté le 03 octobre 2014. URL : http://strenae.revues.org/517.
52 Yves Ansel, « L’irrésistible ascension du romanesque dans le roman historique », dans Dominique Peyrache-Leborgne et Daniel Couegnas (sous la direction de), Le Roman historique, récit et histoire, Nantes, Pleins feux, coll. « Horizons comparatistes », 2000, p. 115.
Auteurs
-
Christiane Connan-Pintado
Maitre de Conférences HDR à l’Université de Bordeaux
-
Sylvie Lalagüe-Dulac
Maitres de Conférences à l’Université de Bordeaux.
-
Gersende Plissonneau
Maitres de Conférences à l’Université de Bordeaux.
Le texte seul est utilisable sous licence Licence OpenEdition Books. Les autres éléments (illustrations, fichiers annexes importés) sont « Tous droits réservés », sauf mention contraire.
Être une fille, un garçon dans la littérature pour la jeunesse (2)
Europe 1850-2014
Christiane Connan-Pintado et Gilles Béhotéguy (dir.)
2017
Fictions historiques pour la jeunesse en France et au Québec
Brigitte Louichon et Sylvain Brehm (dir.)
2016
Littérature de jeunesse au présent
Genres littéraires en question(s)
Christiane Connan-Pintado et Gilles Béhotéguy (dir.)
2015
Être une fille, un garçon dans la littérature pour la jeunesse
France 1945-2012
Christiane Connan-Pintado et Gilles Béhotéguy (dir.)
2014
Métamorphoses en culture d’enfance et d’adolescence
Questions de genres
Anne-Marie Mercier-Faivre et Dominique Perrin (dir.)
2020
Littérature de jeunesse au présent (2)
Genres graphiques en question(s)
Christiane Connan-Pintado et Gilles Béhotéguy (dir.)
2020
Des Compagnons de la Croix-Rousse aux Six Compagnons
Une série policière pour la jeunesse (1961-1978)
Anne-Marie Mercier-Faivre et François Quet (dir.)
2022
Peut-on tout leur dire ?
Formes de l’indicible en littérature jeunesse
Tonia Raus et Sébastian Thiltges (dir.)
2024
Médiations pour la littérature de jeunesse au XXIe siècle
Enjeux et pratiques
Lydie Laroque et Virginie Tellier (dir.)
2024
Littérature enfantine et communisme
L'exemple de L'École de la nation
Patricia Richard-Principalli
2023
