Le récit historique destiné aux enfants à travers l’exemple du magazine Histoires vraies : réinventer le passé1 ?
p. 205-228
Texte intégral
1Le magazine Je lis des histoires vraies, devenu Histoires vraies, présente des caractéristiques particulièrement intéressantes dès lors que l’on s’intéresse à la fiction historique destinée à de jeunes lecteurs. En effet, existant depuis 1992, ce magazine, visant à vulgariser des connaissances historiques auprès de jeunes lecteurs, a publié à ce jour2 243 numéros. Il permet ainsi d’observer sur une longue durée (de 1992 à 2014, soit 22 ans) l’évolution ou la pérennité de choix contribuant à la construction d’une mémoire collective.
2Ces choix se manifestent par la sélection de personnages, d’évènements et de périodes. Ceux-ci prennent place au sein d’un dispositif évolutif, exploitant la « variabilité des modes d’écriture de l’Histoire3 » que le format et le statut d’un magazine rendent aisément adaptables et praticables, et qui se traduit notamment par le recours à certains genres d’écrit, en particulier la fiction historique. Destiné à des enfants de « 8 à 12 ans », le magazine s’adresse à ce lectorat de manière spécifique, ce qui redouble la question de la tension entre didactique et esthétique, inévitable lorsque l’on convoque des récits historiques fictionnalisés.
3 Cette étude vise à comprendre en quoi tous ces choix sont révélateurs de processus complexes et d’enjeux sociétaux, en s’appuyant de manière à la fois quantitative et qualitative sur le corpus des fictions du magazine.
I. Histoires vraies : quel statut ?
1. Un magazine jeunesse
4Histoires vraies relève du créneau éditorial particulier du magazine de jeunesse4. Les publications jeunesse des groupes de presse, phénomène plutôt spécifique à la France, constituent un secteur prospère, mais fortement concurrentiel5.
5Ce magazine, s’adressant au public des 8-12 ans, tranche d’âge la plus concernée par ce type de publications6, témoigne de l’organisation de la presse jeunesse en « segments », favorisant le « chainage », c’est-à-dire le passage d’une publication à une autre suivant la tranche d’âge. Ainsi, chez Fleurus, Histoires vraies succède à Je lis déjà (6-10 ans) qui lui-même succède à Mille et une histoires (3-7 ans). Il se vend essentiellement via des abonnements, dont la durée de vie par lecteur est de deux à trois années maximum, compte tenu de l’âge visé. Même si le « chainage » rend compte chez chaque éditeur d’un continuum de lecture fidélisant dans lequel peut s’inscrire tout naturellement le jeune lecteur lorsqu’il grandit et change de « segment », ce lectorat est par nature toujours à (re)conquérir. Les raisons de cette perpétuelle reconquête sont diverses : la nature générationnelle du lectorat, évolutive et perpétuellement renouvelable ; le risque d’obsolescence lié à l’évolution supposée des attentes de jeunes lecteurs, à accompagner ou à anticiper ; la concurrence des autres formes de loisirs, audiovisuelles et numériques en particulier.
6La longévité de ce magazine laisse supposer que des stratégies éditoriales bien comprises permettent de répondre à une attente pérenne des jeunes lecteurs, génération après génération, malgré les évolutions sociétales et technologiques. Ce succès est d’ailleurs confirmé par la republication de certains textes sous formes d’ouvrages, dans une collection dédiée aux éditions Oskar7.
2. Quel pacte de lecture ?
7Le pacte de lecture est clairement établi par le titre, qui renvoie moins aux Histoires vraies de Lucien de Samosate8 qu’à un attrait collectif pour des parcours biographiques singuliers : le magazine propose des récits (« histoires »), qui sont aussi des « histoires de vie » réelles (« histoires vraies »), tout en jouant de la polysémie du mot « histoire », qui a aussi à voir avec l’Histoire, grande ou petite. Mais ce pacte de lecture, pour limpide qu’il puisse paraitre, se caractérise d’emblée par une triple tension inhérente à la notion d’« histoire vraie », surtout quand elle se veut historique.
2.1. Succession/configuration
8La mise en intrigue, définie par Ricœur9 comme « l’opération qui tire d’une simple succession une configuration », suppose une sélection, une hiérarchisation et une composition par un narrateur, qui donne un sens, nécessairement subjectif, à l’ensemble. C’est bien le reproche que faisait Bourdieu10 à l’entreprise biographique, quelle que soit sa forme : toute biographie est vectorisée par sa fin, qui reconstruit à rebours, et artificiellement, le sens de la vie narrée. C’est la principale réserve émise devant le « récit de vie », ce mode de recueil de données spécifique qui, en sociologie, met l’enquêté en situation de narrateur de sa propre vie, à laquelle il donne une orientation et un sens subjectifs11. Cette nécessaire « configuration » est sans doute encore plus puissante dans le domaine historique, qui relève d’une forme d’identité collective des citoyens d’une société donnée : les choix réalisés sont inévitablement signifiants.
2.2. Narration/explication
9Histoires vraies affiche comme objectif la vulgarisation de l’histoire auprès d’un jeune public. Or, comme le rappellent Lautier et Allieu-Mary12 en s’appuyant sur les travaux de Ricœur (1983) et de Bruner (1991, 1996), dans les récits historiques, « la compréhension et l’explication opèrent par une même compréhension narrative qui organise les évènements selon un schème familier structuré par le changement du cours des choses ». La dimension explicative est donc inhérente au récit historique, puisque, « Récit d’évènement, le texte historique est aussi, voire d’abord, le récit de son sens13 ».
10Cette seconde tension amène à s’interroger sur la portée des récits proposés : plutôt narrative lorsqu’elle prend la forme du parcours d’un individu singulier, et par là même de nature souvent anecdotique, plutôt explicative lorsqu’elle prend la forme d’une approche heuristique des évènements, et par là même de nature collective.
2.3. Visée didactique/visée esthétique
11La double visée narrative/explicative va de pair avec une troisième tension. Même si la devise classique « plaire et instruire » traduit depuis longtemps l’injonction parfois paradoxale à laquelle se heurte la fiction, elle est particulièrement cruciale pour les textes qui nous occupent, écrits par des auteurs de jeunesse. Car si la visée didactique est inhérente au récit historique, elle est redoublée par le support de la publication, la presse jeunesse émanant à l’origine d’un « projet pédagogique, moral, etc., qui intègre progressivement la distraction et le jeu14 », d’autant plus que Fleurus, par son histoire, appartient à la composante « presse éducative », les autres composantes étant « presse de mouvement, presse distractive, presse ados15 ». En effet Fleurus, créé en 1929, fer de lance de la presse éducative, a longtemps appartenu au groupe PVC, Les Publications de la Vie Catholique, relevant d’un humanisme chrétien16, avant d’intégrer, en 2009, la société Héros et Patrimoine, détenue à 50 % par Financière de loisirs et par un fonds d’investissement américain17.
II. Corpus
1. Domaines principaux, présentés par ordre décroissant de nombre d’occurrences (incluant les republications)18
12Le public de magazines jeunesse étant par nature volatile et fugace, la réédition d’anciens récits se fait régulièrement, soit tels quels, soit avec un titre plus explicite (« L’affaire Galilée » 75 devenant « Galilée le plus grand astronome du xviie siècle » 180), soit parfois transformés au bénéfice d’une autre rubrique (la petite rubrique « Qui es-tu ? », qui renouvèle le principe de la fiche initialement proposée), et souvent en lien avec un évènement qui leur redonne vie : le récit sur Galilée est republié en janvier 2009, « année mondiale de l’astronomie ». C’est ainsi que de nombreux personnages et évènements font l’objet d’une republication, certains étant même publiés à trois reprises (par exemple Mozart 69, 147, 222). Les choix du magazine se répartissent essentiellement en cinq grands domaines19, l’entrée se faisant majoritairement par un personnage.
1.1. Personnages et évènements historiques (70 numéros)
13Ce domaine se subdivise en Préhistoire (6 numéros), Antiquité (23 numéros), Moyen-Âge (11 numéros), période du xvie au xixe siècles (17 numéros, avec Louis XIV et Napoléon pour vedettes), période du xxe siècle (13 numéros, la Seconde Guerre mondiale faisant l’objet de 4 numéros)20. L’Antiquité est la grande gagnante, l’Égypte, la Grèce et Rome arrivant sans surprise en tête.
14L’évènement historique le plus récent concerne le mur de Berlin (189), même si des évènements ultérieurs peuvent être représentés par des personnages classés dans un autre domaine. Cependant, quel que soit le classement envisagé, le xxie siècle n’est pas représenté dans les numéros postérieurs à 2000.
1.2. Arts (49 numéros)
15La littérature est largement représentée (17 numéros), les auteurs les plus récents étant Ya Ding (8), Roald Dahl (56) et Giono (28), la tendance étant à la remontée dans le temps : les derniers numéros concernant la littérature (personnages littéraires ou auteurs) ont présenté Crusoé (197), Alice (194), Dumas (187) et Homère (161).
16Viennent ensuite :
- la peinture, 12 occurrences (par exemple Picasso 7 et 227, Chagall 29, Vinci 58 et 113,…)
- le cinéma, 8 occurrences (Méliès 5, Truffaut 41, Lumière 71, Disney 79…)
- la musique, 5 occurrences (des musiciens classiques, et Louis Armstrong 86)
- des lieux (monument et ville), 2 occurrences (la tour Eiffel 51-182, Babylone 148)
- le cirque, 2 occurrences (Fratellini 14-163, Barnum 91)
- la sculpture, 1 occurrence (la statue de la Liberté 185)
- le music-hall, 1 occurrence (Joséphine Baker 224)
- la photo, 1 occurrence (Nadar 127).
17Ces choix traduisent la volonté de transmission de figures incontournables d’un panthéon incontesté, dans une perspective à la fois patrimoniale et consensuelle : à de rares exceptions près, y figurent des « classiques », au sens défini par Viala21, c’est-à-dire des éléments légitimés à la fois socialement et scolairement.
1.3. Aventuriers, explorateurs et sportifs (41 numéros)
18Les personnages ici retenus se caractérisent par le courage et l’endurance physiques tout autant que moraux, qui ont vécu dans la prise de risque. On y trouve surtout des explorateurs (Schomburgk 1, Paul-Émile Victor 47-157,…), des navigateurs (Magellan 67,…), des cosmonautes (Soloviev 3, Gagarine 205), mais aussi des corsaires et pirates (Surcouf 54, Anne Bonny 104, Barbe-Noire 229) et quelques sportifs (Noah 20,…).
19C’est l’un des domaines où l’actualité a eu sa place, à un moment donné, avec par exemple la petite Anh, boat people (12), les reporters en Bosnie (19) ou les jeunes reporters de Sarajevo (39).
1.4. Découvreurs, inventeurs, scientifiques (24 numéros)
20Ils concernent essentiellement les xixe et xxe siècles (par exemple Edison 2 et 158, Einstein 40, Pasteur 77, Curie 45 et 183, Schliemann 49, Champollion 99,…). Tous ont contribué à une avancée majeure dans l’histoire collective.
1.5. Héros défenseurs d’une cause juste, citoyens exemplaires (16 numéros)
21Si de grandes figures politiques constituent l’essentiel de ce domaine (Jean Moulin, 119 Martin Luther King 155, Gandhi 170, Mandela 171,…), c’est aussi là que se trouvent notamment des personnages dont le combat a changé la donne pour une communauté (Séquoya l’Indien, inventeur de l’alphabet indien 46, le combat de Toussaint Louverture 118 ou de Frédéric Douglass 162 contre l’esclavage), ou pour une société plus juste (l’abbé Pierre 30 et 169, Coluche 36). L’empan temporel et géographique s’élargit ici et l’actualité suscite certains numéros : ainsi l’assassinat en 1995 du petit Pakistanais Iqbal Masih dénonçant l’esclavage moderne en fait le héros de « La révolte de l’enfant esclave » en janvier 1996 (37).
22Cette catégorie se raréfie, pour les récits22, à partir d’avril 2008, après un début d’année où le magazine s’est intéressé coup sur coup à l’abbé Pierre (169), Gandhi (170) et Mandela (171).
2. Quelles représentations ?
23L’éditeur annonce « un personnage célèbre », « une découverte », « un moment fort de l’Histoire », ce que l’examen du corpus permet de mieux cerner.
24On a ainsi affaire essentiellement, et de plus en plus au fil du temps, à des « classiques », ou des personnages consensuels (et, le plus souvent, masculins), qui participent de la mémoire collective23, ce qui d’ailleurs facilite les republications : s’agissant de personnages et d’évènements comme fixés une fois pour toutes dans le panthéon historique, il est en effet aisé de s’appuyer sur des récits qui ainsi ne subissent guère le vieillissement.
25Dans la plupart des cas, les personnages, vus par un enfant témoin ou acteur, correspondent d’une manière ou d’une autre à une figure héroïque, entendue de manière globale comme une vie hors de la condition humaine ordinaire, et hors des préoccupations « mondaines », et relèvent plus précisément pour certains d’entre eux comme pour certains évènements de ces « mythes politico-héroïques », tantôt « figures glorieuses (Louis XIV, Napoléon…) », tantôt « évènements réels ou semi-fabuleux » (la guerre de Troie, la Révolution française…) qu’analyse Philippe Sellier24.
26Chaque numéro étant par nature autonome par rapport aux autres, chaque univers présenté, raconté à hauteur d’enfant, est autarcique par rapport aux précédents et aux suivants. Dès lors, l’histoire apparait aux yeux du lecteur comme une succession de points d’acmé singuliers, que rien ne relie entre eux. Ce choix enrichit les représentations des lecteurs d’une multitude de points de vue, mais réduit la possibilité d’une vision globale, chronologique et explicative de l’histoire. Cela rejoint aussi les débats autour de la biographie aujourd’hui, dont l’essor peut simultanément être interprété comme l’émanation de l’individualisme triomphant et une réhabilitation de l’individu comme acteur historique25.
27Les personnages et les évènements retenus par le magazine vulgarisent de manière plaisante et vivante à l’intention des enfants, et, de manière croissante, des représentations collectives déjà constituées, relevant d’un passé plus ou moins lointain, comme encloses dans une sorte de hors-temps a-discutable, et presque inatteignable. Dès lors cette vision du passé peut, peut-être, être interprétée comme la manifestation, à l’échelle d’un magazine de jeunesse, de ce mouvement de fond analysé par Nora26, la « rupture d’un temps historique » jusqu’alors vectorisé par l’idée révolutionnaire du progrès à venir, qui se traduit selon lui à partir des années 1975 par une représentation patrimoniale du passé, sans avenir et à tout jamais séparé du présent.
3. De l’affirmation de valeurs à une forme de lissage
28Parallèlement l’observation diachronique de ce corpus montre une évolution d’ordre axiologique. Les premiers numéros visaient parfois à engager les jeunes lecteurs dans une démarche éthique et citoyenne, comme en témoignent certaines injonctions figurant en première de couverture (« Écris un poème pour la paix » 19, « Pour la paix : envoie deux cartes poèmes » 21, « Toi aussi aide les restaus du cœur ! » 36), ou certains apports (« Cadeau : Pour la paix une carte signée Picasso » 23), ce qui semble aujourd’hui avoir complètement disparu. Ces injonctions allaient de pair avec l’actualité convoquée, parfois brulante (les boat people 12, la Bosnie 21, les restaus du cœur 36, Sarajevo 39, les droits de l’enfant 74,…), et/ou des commémorations (la libération des camps de concentration 136, la chute du mur de Berlin 189, l’inondation de Paris 191…), et avec une démarche de partenariat institutionnel ou associatif (« en partenariat avec la Fondation pour la mémoire de la Shoah » 108, « En partenariat avec : Civisme et démocratie - CIDEM, SCEREN »27 162), même si de nombreux personnages relevaient déjà d’un passé révolu. Il semble que désormais le magazine se soit déconnecté d’une actualité pourtant toujours brulante, et ne se fasse plus guère l’écho de situations comparables propres à informer le jeune lecteur d’aujourd’hui. Les questions en prise avec le sociétal tout comme les commémorations et les partenariats tendent à disparaitre. Il en est de même pour la visée culturelle, d’abord patente, se manifestant par l’attention portée aux peintres, et par des cadeaux consistant en des reproductions de peintres (4 fiches reproductions de tableaux de Picasso 7, de Gauguin 18, de Chagall 29, de Cézanne 35), désormais de moins en moins visible.
29Il est difficile de dire si cela relève d’une ligne éditoriale qui a changé, depuis que Fleurus n’appartient plus au groupe de presse originel, ou si cela témoigne plus généralement d’une tendance dominante dans la presse jeunesse, traduisant elle-même une tendance sociétale générale, caractérisée par l’individualisme.
III. D’un récit unique à un dispositif complexe
1. Une dynamique de diversification
30Parallèlement à des évolutions formelles (changement de titre, changement de format en 2013, rajeunissement de certaines rubriques), on voit apparaitre puis se développer un objectif de diversification, essentiellement marqué par l’abandon de l’unité à la fois thématique et générique au format un peu austère qui caractérisait les premiers numéros au profit de l’introduction progressive d’éléments complémentaires, informatifs (fiches, photos, documents) et ludiques (jeux, BD…), et par la démarcation affichée (mais à la réalisation discutable) entre textes de fiction et textes plus documentaires.
31En plus de viser à toucher le plus possible de lecteurs en multipliant les pôles d’attraction, cette diversification traduit aussi sans doute une conception du savoir vu comme encyclopédique, réactivée par les modes électroniques d’accès à des contenus désormais immédiats, multiples et simultanés, situation que les éditions sur papier tentent d’importer.
32C’est ainsi qu’Histoires vraies multiplie progressivement les connaissances abordées et les moyens d’y accéder, renforçant d’autant la pratique du « feuilletage », mode de lecture propre à la lecture de journaux et revues28, alors qu’à ses débuts, le seul récit proposé appelait une lecture linéaire et continue.
33On parvient donc aujourd’hui à un véritable dispositif, complexe et attrayant, qui inclut des récits de fiction, longs et courts, des prolongements, des BD, des jeux, et divers éléments documentaires, dans une constante actualisation au moins visuelle.
2. La tentation de l’exhaustivité
34Le corpus rend compte de la volonté d’embrasser une multiplicité et une diversité de personnages, d’époques et d’évènements. On observe en effet une grande variété des lieux et des cultures proposés (France, États-Unis, Égypte, Pakistan…), des époques envisagées, du statut des personnages observés, qui sont le plus souvent illustres mais qui peuvent aussi être des témoins réels quoique peu connus d’évènements historiques (le Débarquement vécu par la petite Odile). Cette diversité se manifeste aussi par la narration, où l’on note la variété de l’empan utilisé pour observer la période décrite : un épisode enclos, montré ou pas comme s’inscrivant dans une perspective plus large (François 1er 228, « Pilleurs de sarcophages » 230), ou condensation de plusieurs années à travers des flashs-back (Geronimo 149). La variété des auteurs, même si bon nombre d’entre eux sont récurrents, implique aussi des choix narratifs différents : c’est ainsi que même si tous les récits reposent sur de nombreuses séquences dialogales, les séquences descriptives et narratives sont de longueur et d’organisation variables selon les cas. Cette tendance à l’exhaustivité qui se manifeste aujourd’hui par le dispositif complexe que nous venons d’évoquer est néanmoins sous-jacente dès les origines du magazine et dont le slogan est de manière récurrente (par moments systématique), et jusqu’à aujourd’hui : « tout savoir sur… » (le tennis 20, les mammouths 131, la danse classique 230…), qui a bien entendu aussi valeur d’accroche.
3. Le contrat de véracité
35Cette intention d’exhaustivité de plus en plus marquée va néanmoins de pair avec une autre intention, originelle, et étroitement liée au pacte de lecture : comme ce sont des histoires « vraies », il s’agit de le prouver, en multipliant les déclarations et les attestations de véracité. Y participe la multiplication des documents (photos, éléments documentaires intitulés pendant une période « Ton dossier documentaire ») à valeur de preuves. Mais en relève également fréquemment la note de l’auteur à la suite de son récit : il y indique ses sources, déclare avoir narré des faits exacts, ou signale les changements qu’il a apportés à ce que l’on sait du personnage ou de l’époque, mais qui sont justifiés et permettent d’attester du reste (« Pour le reste […], tout est vrai ! » indique l’auteure de « Le capitaine de Bougainville à la découverte de Tahiti » 207). Le contrat est donc montré comme tenu, quitte parfois à être glosé. Par exemple dans « La tragique expédition de Lapérouse » 219, dont l’héroïne est une descendante de l’explorateur, les informations sont dites « véridiques et vérifiées » par l’auteure. Si les personnages sont imaginaires, « certains détails du récit sont authentiques » (par exemple « La révolte des enfants du bagne » 202).
IV. La question du genre
1. Le passage d’un récit à deux récits
36Le mouvement de fond le plus important concernant l’évolution du magazine est, nous venons de le voir, la diversification progressive, qui mène à l’introduction d’autres textes et documents et à l’abandon de l’unité thématique. Tant que le magazine a offert un seul texte à lire (1992-2011), tantôt il l’a identifié comme « récit », ou « grand récit », tantôt il ne l’a pas identifié du tout.
37L’apparition d’un second texte, à partir d’octobre 2011 (210), induit la nécessité de signaler leur spécificité respective, ce qui passe par la distinction générique. La désignation retenue, qui importe des catégories extérieures, l’une du champ littéraire, l’autre du champ télévisuel, a été et demeure fluctuante. Alors que le récit unique de départ devient « Ton roman historique » (première de couverture, 210), le second récit renvoie au documentaire : sa désignation balance en effet entre « Ton documentaire » et « Ton docu-fiction », dénomination concurrente et changeante entre la première et la quatrième de couverture29. La fluctuation de leur désignation s’accompagne d’une fluctuation dans l’affichage de leur complémentarité et de leur hiérarchisation. Car si dans tous les cas le magazine s’ouvre par ce qui demeure un grand récit, il hiérarchise différemment au fil du temps ses deux principales composantes sur la première de couverture30.
2. « Roman historique » et « docu-fiction »
38C’est moins la définition du genre roman historique, dont Molino31 montre toute la complexité, qui nous interroge ici, que le système que constitue cette terminologie avec celle de docu-fiction dans le magazine, puisque les deux apparaissent de manière concomitante. Nous ne retiendrons donc ici que l’un des traits majeurs de ce genre : son appartenance à la fiction littéraire, prenant la forme dans le magazine d’un récit illustré d’une trentaine de pages.
39Quant au docu-fiction, il fait son apparition en France dans les années 2000, au moment où, pour attirer les spectateurs en désamour avec le documentaire historique à la française, la télévision française a recouru aux recettes à succès américaines, à savoir à « un genre hybride » facilité par les progrès technologiques, fondé sur la fictionnalisation, qui invente « une nouvelle didactique historique, à prétention érudite, très inspirée de la fiction où, sur l’exposé des faits, dominent la scénarisation et l’image romancée32 » et qui exclut le recours aux archives, jugées trop austères. L’audience est en effet maximale pour la diffusion du premier docu-fiction en France, le Dernier jour de Pompéi, en février 2004, qui marque le début de l’essor de ce nouveau genre, de plus en plus proche du nouveau standard audiovisuel qu’est la téléréalité. Si le docufiction audiovisuel semble s’inspirer du documentaire, en réalité il relève essentiellement de la fiction, et d’une fiction à visée divertissante et non éducative.
40L’apparition de cette terminologie dans le magazine semble donc s’inscrire dans le sillage de l’apparition d’un nouveau genre à succès, genre d’abord audiovisuel, qui se développe bientôt aussi dans l’édition jeunesse où il conserve cependant une visée éducative33, et à ce titre semble relever du principe de l’accroche du lecteur. Cependant, comme l’observe Garçon34, l’œcuménisme est une autre caractéristique de ces nouveaux programmes : il faut être consensuel pour attirer le plus grand nombre, et par conséquent sont traités « l’Antiquité romaine, la mort d’Alexandre le Grand, la construction des cathédrales, le débarquement en Normandie, tous sujets qui déclenchent peu de tempêtes au sein des familles », dans le respect du politiquement correct. En réalité, ce consensus, on l’a vu, concerne bien plutôt dans le magazine le désormais « roman historique ». Car outre une différence quantitative (30 pages vs 7 pages), la différence significative réside dans les caractéristiques du personnage principal35. Dans un cas il a généralement un « pilotis » historique et joue le plus souvent un rôle capital, dans l’autre cas (le docu-fiction), le personnage, un enfant au statut souvent subalterne, est imaginaire, bien qu’il gravite toujours dans un contexte et avec des personnages historiques (par exemple un petit page affecté à la promenade des chiens royaux à Versailles, rencontrant Le Nôtre dans les jardins, 240), au sein d’une narration réduite à un épisode à portée surtout illustrative.
41Si ce second récit, contrairement au premier, est émaillé de courtes notices informatives en marge, il est néanmoins fictionnel. La distinction affichée ne recouvre donc pas réellement une différence fiction/documentaire, et d’ailleurs les mêmes auteurs écrivent parfois indifféremment l’un ou l’autre (par exemple Sophie Crépon ou Gabrielle Maincent). La différence de désignation générique sert donc l’affichage d’une diversité thématique et générique, propice à plaire à un plus grand nombre de lecteurs par la multiplication des centres d’intérêts potentiels par numéro, dont participe aussi le troisième pôle mis en valeur, le « Qui es-tu ? ». Mais elle témoigne aussi de la volonté, manifestée sinon effective, de tenir en quelque sorte les deux bouts du discours sur l’Histoire, que sont la fiction et le documentaire, dont les relations sont toujours ambiguës. Cette volonté, de longue date, a fait l’objet de diverses tentatives dans l’édition jeunesse. On peut penser par exemple aux divers dispositifs mis en place dans les albums documentaires36.
V. La question de la visée
42De cette tension inhérente à l’écriture de l’Histoire découle inévitablement la question de la visée, d’autant plus importante qu’elle s’adresse à de jeunes lecteurs, qui ont encore beaucoup à apprendre.
1. Plaire
43Les récits sont écrits pour la plupart par des auteurs reconnus dans le champ de la littérature de jeunesse voire de la littérature générale (Sophie Crépon, Béatrice Nicodème, Xavier-Laurent Petit, … pour ne citer que quelques noms récurrents) ce qui laisse supposer qu’écrivant pour Histoires vraies, tout en se soumettant au cadrage imposé (les textes sont simples et leur degré de résistance est généralement minime), ils s’appuient sur des choix singuliers d’écriture, à visée esthétique. En tout état de cause, ils sont tous construits de manière à activer l’instance du « lisant » selon Jouve37, cette dimension « affective » de la lecture vue du côté de la réception, sur laquelle jouent immanquablement ces récits. L’enrôlement du lecteur résulte de la dimension adressée explicite du magazine tout entier, notamment par l’emploi systématique du déterminant déictique de seconde personne « ton récit », « ton roman historique », « ton docu-fiction », « tes fiches à collectionner »… Plus spécifiquement, les récits qui s’y trouvent favorisent l’identification du lecteur par l’écriture à la première personne (la petite Odile du Débarquement 240) et/ou la focalisation sur des personnages enfants (le petit Hori de « Pilleurs de sarcophages » 230) ou la prise en compte de l’enfance du personnage considéré (Miró 128).
2. Instruire
44En plus de l’objectif de vulgarisation de l’Histoire porté par le cadre historique des récits, ceux-ci présentent des caractéristiques péritextuelles permettant immédiatement de les reconnaitre, du point de vue de l’objectif d’acquisition de savoirs encyclopédiques et historiques, et qui les rapprochent de productions scolaires. L’accompagnement, dès les premiers numéros, se constitue ainsi :
- d’éléments précédant le texte : une chronologie du personnage ou de la période envisagée (« au temps de ») ; des prolongements (exposition « Indiens des plaines » pour Geronimo) ;
- d’éléments coprésents au texte : notes de bas de page dont beaucoup sont destinées à éclairer des éléments liés au contexte historique ;
- d’éléments attractifs (par la couleur, la mise en page, l’humour…) situés après le texte : lexique, dossier documentaire prolongeant le récit (photos, notices, divers éléments informatifs), jeux (mots croisés, jeu des différences, dessin à reproduire) toujours en lien avec l’acquisition d’un savoir historique.
45De manière plus générale, le magazine, semblant s’appuyer sur des recherches concernant la compréhension en lecture, propose des aides à la compréhension qui prennent en compte l’âge des lecteurs, non encore experts.
46Ces aides permettent notamment aux enfants :
- d’identifier les personnages : les personnages principaux sont identifiés avant le début du récit, et associés à des médaillons qui les représentent ;
- de construire un horizon d’attente : un chapeau introducteur résume la situation initiale ;
- d’expliciter le déroulement : le récit est organisé en chapitres avec des titres explicites.
3. Au-delà
3.1. Une portée identitaire
47Les situations rapportées, soit extrêmes ou aventureuses, soit hors norme, touchent des personnages qui sont tantôt des enfants, tantôt des personnages dont le parcours commence à l’enfance. Ces choix, linguistiquement, énonciativement et narrativement construits, contribuent à renforcer le phénomène d’identification. Tout concourt ainsi à proposer au jeune lecteur un parcours symbolique dans lequel il peut se projeter, et acquérir la certitude que grandir, c’est, à l’issue d’épreuves, réussir. À ce titre, on n’est peut-être pas si loin de la fonction symbolique des contes telle qu’analysée par Bettelheim38. Plus généralement, l’investissement suscité par le personnage a bien à voir avec « la nature des mécanismes (identification/projection) en œuvre » et « la construction de la personnalité, avec les notions de modèle, imitation etc.39 ». Ainsi ces textes sont-ils à même de mobiliser cette instance du lecteur évoquée par Jouve40 après Picard, le « lu », propice à la vie par procuration de situations fantasmatiques.
2. Une stéréotypie incontournable ?
48L’aspect consensuel et stabilisé des périodes et personnages évoqués n’est pas sans évoquer la stéréotypie, dont les caractéristiques, théorisées par Dufays41, restent à analyser précisément dans ce corpus. On peut dès lors s’interroger sur la possibilité d’un transfert de cette théorie de la littérature à l’histoire : peut-être y a-t-il lieu d’envisager ces représentations historiques semi-figées comme une propédeutique nécessaire à un savoir historique en construction, qui aboutirait au questionnement de ces figures. Mais bien entendu, cela n’est possible pour tous les jeunes lecteurs que par une dynamique d’apprentissage passant par le médiateur qu’est dans certains cas le parent, et par l’école.
49D’une certaine manière, en reprenant Dufays42, on pourrait alors considérer que comprendre l’Histoire, c’est, pour partie, percevoir et interroger le caractère figé des représentations collectives et leur contribution à la mémoire collective. Ce n’est qu’à ce stade que peuvent alors intervenir les fictions biographiques telles qu’elles se développent aujourd’hui pour les adultes, relevant de « l’invention d’une forme », et « dont le souci n’est pas de complétude mais de saisir, dans l’instant ou le détail, cette profondeur où le sujet est au plus obscur de lui-même43 » : obscurité qui ne peut découler que d’une pleine lumière préalablement perçue comme problématique.
Conclusion
50L’étude de l’évolution du magazine montre en quoi, malgré une apparente simplicité, les choix du magazine Histoires vraies sont révélateurs d’un entrelacement d’enjeux divers, qui vont au-delà des tensions identifiées au départ et les résolvent, du moins en partie.
51Les enjeux économiques, compte tenu du fonctionnement essentiellement marchand de la presse de jeunesse et d’un marché très concurrentiel, engendrent, en plus d’une actualisation formelle régulière du magazine, le choix d’un dispositif susceptible d’attirer le plus grand nombre de lecteurs, qui s’inspire des modes électroniques et audiovisuels d’accès au savoir. En découlent un jeu, faussé, sur les genres d’écrits convoqués, et la publication de textes consensuels et plaisants, qui conviennent à tous.
52Cela va de pair avec des enjeux cruciaux de notre société, où la représentation du passé est devenue patrimoniale, pour des raisons qu’analyse Nora, et où l’individualisme est croissant. Les représentations semi-figées du passé ici retenues, de moins en moins ancrées dans l’actualité du jeune lecteur, lui assignent ce statut patrimonial, cependant que certains individus, singuliers, sont présentés comme de véritables acteurs de l’Histoire, au détriment de dynamiques collectives et d’une vision comparatiste. Dès lors, la dimension humaniste propre aux débuts du magazine a tendance à disparaitre, puisque peu compatible avec une vision historique autarcique et individualiste.
53Mais ces « figures semi-héroïques » ont à voir également avec les besoins psychologiques et cognitifs du lecteur enfant : d’une part elles lui proposent des modèles fantasmatiques rassurants quant à ce que signifie grandir, d’autre part elles constituent des stéréotypes dont la connaissance est nécessaire à leur dépassement. Ainsi, s’il y a continuum entre le passé et le présent, c’est dans le seul écho individuel que ces récits éveillent chez chacun des lecteurs, de même que s’il y a continuum du présent au futur, on peut éventuellement le présumer du stéréotype comme possible point de passage vers des connaissances historiques à venir.
54Pour toutes ces raisons, finalement convergentes, on peut considérer que les fictions historiques d’Histoires vraies illustrent à l’échelle de la presse de jeunesse les analyses de Nora : elles ne réinventent pas le passé pour donner un sens collectif au présent, et encore moins « pour voir la beauté de l’avenir44 ».
Annexe
Annexe Histoires vraies (numéro 1 à numéro 241) : Classement par domaines
Domaine 1 – Personnages et évènements historiques
| PRÉHISTOIRE | |
| Titres | Numéros |
| La fabuleuse découverte de Lascaux | 76-199 |
| Le dernier mammouth | 131-232 |
| Chasseurs de feu | 120 |
| Au temps de la Préhistoire | 142 |
| Il y a 5 000 ans Le mystère de l’homme des glaces | 159 |
| Lucy au temps de la Préhistoire | 206 |
| ANTIQUITÉ | |
| Titres | Numéros |
| Toutankhamon : le trésor du pharaon | 55 |
| Spartacus, la révolte des esclaves | 90 |
| Vercingétorix | 92 |
| L’Atlantide, l’empire retrouvé | 102 |
| César et les pirates | 112-242 |
| Pilleurs de sarcophages | 110-230 |
| La Pythie de Delphes | 122 |
| Koubilaï empereur de Chine | 124-151 |
| Alexandre le Grand | 126 |
| Le Cheval de Troie | 123 |
| Cléopâtre reine d’Égypte | 132 |
| Le Mystère de la cite disparue [les Incas] | 134 |
| Les Vikings à la conquête de Paris | 137-235 |
| Les dernières heures de Pompéi | 139 |
| Le premier empereur de Chine | 151 |
| Le Serment de Ramsès II | 154 |
| Homère, poète de l’antiquité | 161 |
| Les derniers jours de César | 190 |
| Dans la course des jeux olympiques | 192 |
| La Malédiction de la momie | 201 |
| À l’école de Socrate | 209 |
| La Momie de Pharaon | 212 |
| Pythéas au pays des glaces | 226 |
| MOYEN-ÂGE | |
| Titres | Numéros |
| La Promesse du sultan [Saladin] | 11-195 |
| Guillaume le Conquérant | 50 |
| Soliman le Magnifique | 78 |
| Le Trésor des templiers | 94 |
| Bâtisseurs de cathédrales | 117-216 |
| Le Retour de Richard Cœur de lion | 133 |
| Merlin l’Enchanteur | 135 |
| Charlemagne | 143 |
| L’étrange procès d’Arthur le chat [procès en sorcellerie des animaux] | 210 |
| Le grand Tournoi | 220 |
| Jeanne d’Arc | 225 |
| XVIe-XIXe SIÈCLES | |
| Titres | Numéros |
| Louis XIV enfant roi | 44-211 |
| Colbert : le ministre écolo de Louis XIV | 81 |
| La Prise de la Bastille | 97 |
| Prisonnier du Roi Soleil | 115-234 |
| Napoléon Bonaparte | 116-238 |
| Sissi impératrice | 140 |
| Intrigue à la cour du roi soleil | 146 |
| La Nuit de la Saint-Barthélémy | 150 |
| François 1er, le maitre de Chambord | 165-228 |
| La Ruée vers l’or | 175 |
| Le Mystère de Sainte Hélène | 176 |
| Le Mystère de l’ile de Pâques | 186 |
| Il y a 100 ans Paris sous les eaux | 191 |
| L’Assassinat d’Henri IV | 195 |
| Pierre le Grand Tsar de Russie | 193 |
| Le fabuleux Destin de Rose, couturière de Marie-Antoinette | 218 |
| Tous à la Bastille | 231 |
| XXe SIÈCLE | |
| Titres | numéros |
| Perdue en mer de Chine [boat people] | 12-203 |
| Anne Frank | 85 |
| La Rafle du Vel d’Hiv | 108 |
| Le Débarquement L’aventure d’Odile | 130-240 |
| 700 jours en enfer [camps de concentration] | 136 |
| La Bataille de Verdun | 152-237 |
| Les Justes | 156 |
| Panique au fond de la mine | 160 |
| Le Mur de Berlin | 189 |
| La Révolte des enfants du bagne | 202 |
| Sadako, petite fille d’Hiroshima | 214 |
| Sasha, l’enfant cachée | 221 |
| Adieu l’Algérie | 223 |
Domaine 2 – Arts Peinture, musique, cinéma, photo, cirque, architecture/monuments
| Titres | Numéros |
| Méliès | 5 |
| Pablo Picasso | 7-227 |
| Annie Fratellini | 14-163 |
| Le Stradivarius a disparu [le musicien Pierre Amoyal] | 16 |
| Renoir | 22 |
| Charlot | 27-181 |
| Chagall, une enfance russe | 29 |
| Paul Cézanne | 35 |
| L’Enfance de François Truffaut | 41 |
| Louis de Funès | 48 |
| La Tour Eiffel | 51-182 |
| Jurassic park [Spielberg] | 52 |
| Le 1er tableau de Léonard | 58-113 |
| Van Gogh | 60 |
| Orson Welles | 62 |
| Mozart | 69-147-222 |
| Louis Lumière | 71 |
| Robert Delaunay | 72 |
| Walt Disney | 79 |
| Bach | 82 |
| Louis Amstrong | 86 |
| Barnum, le plus grand cirque du monde | 91 |
| On a volé la Joconde | 93-204 |
| Paul Gauguin | 123-233 |
| Nadar | 127 |
| Joan Miro | 128 |
| Voyage à Babylone | 148 |
| Arcimboldo | 184 |
| La Statue de la liberté [Bartholdi] | 185 |
| Chopin | 198 |
| Claude Monet | 200 |
| Joséphine, la perle noire | 224 |
Écrivains, personnages et pilotis
| Titres | Numéros |
| Mon enfance en Chine [l’écrivain Ya Ding] | 8 |
| Jack London | 13 |
| Alexandre Dumas | 26-187 |
| Jean Giono | 28 |
| La comtesse de Ségur | 31 |
| La Véritable histoire d’Alice | 33-194 |
| Jules Verne | 34-138 |
| Charles Dickens | 38 |
| Agatha Christie | 53 |
| Roald Dahl | 56 |
| Molière | 64 |
| Sherlock Holmes | 73-196 |
| Anne Frank | 85 |
| La Fontaine | 96 |
| Victor Hugo | 103 |
| Homère | 161 |
| Robinson Crusoé | 197 |
Domaine 3 – Aventuriers, explorateurs et sportifs
| Titres | Numéros |
| L’Éléphant de mon grand-père [Schomburgk l’explorateur] | 1 |
| L’Enfant des étoiles [Anatoli Soloviev cosmonaute] | 3 |
| Fils de comanche [Quanah Parker chef des Comanches] | 4 |
| Kaly, l’enfant de la brousse [enfant de la brousse africaine, devenu à 20 ans reporter photographe avec le cinéaste Antoine Morat] | 6 |
| Calamity Jane | 15 |
| Jane au pays des singes [Jane Goodall] | 17-153 |
| Reporters sans frontières [Bosnie] | 19 |
| L’Enfance d’un champion [Yannick Noah] | 20 |
| Pour un cheval nommé soleil [le jockey Homeric] | 21 |
| Perdue dans le désert des sables rouges [Ella Maillart sportive et voyageuse] | 24 |
| Le Petit prince du Tibet [le Dalaï-Lama] | 25 |
| Le Petit mousse des iles Fidji | 32 |
| Les jeunes reporters de Sarajevo | 39 |
| Dans la jungle avec Thani [Jean-Yves Domalain] | 42 |
| Aventure dans le grand nord [P.E. Victor] | 47-157 |
| L’Aventurier de Jurassic Park [Spielberg] | 52 |
| Surcouf | 54 |
| Jean Mermoz | 57 |
| Parmentier | 59 |
| Lawrence d’Arabie | 61 |
| Magellan | 67 |
| Théodore Monod | 68 |
| Perdu au cœur de ‘Afrique [Livingstone] | 84 |
| Le Flibustier des Caraïbes [Exmelin, flibustier français] | 87 |
| Les Maitres de Shaolin | 89 |
| Anne Bonny femme pirate | 104 |
| Christophe Colomb | 105 |
| Naufragé du pôle Sud [Ernest Shackleton] | 114-236 |
| La Croisière Jaune | 125 |
| Les Orphelins du Titanic | 141-217 |
| Les premiers pas sur la Lune | 144 |
| Jacques Cartier | 164 |
| L’Aventure polaire [Jean Malaurie] | 168 |
| Hélène Boucher | 173 |
| Jean Bart, Le Corsaire du Roi-Soleil | 177 |
| Prisonniers des glaces [le commandant Charcot] | 178 |
| Youri Gagarine | 205 |
| Bougainville à la découverte de Tahiti | 207 |
| A la conquête du Mont Blanc | 212 |
| La tragique expédition de Lapérouse | 219 |
| Barbe Noire | 229 |
Domaine 4 – Découvreurs, inventeurs, scientifiques
| Titres | Numéros |
| Thomas Edison | 2-158 |
| Robert Houdin | 9 |
| Einstein | 40 |
| Marie Curie | 45-183 |
| Le Trésor du roi Priam [Heinrich Schliemann] | 49 |
| Vinci | 58 |
| Parmentier | 59 |
| Marco Polo | 65 |
| Gutenberg | 66-98 |
| Louis Lumière | 71 |
| L’affaire Galilée | 75-180 |
| Louis Pasteur | 77 |
| Le Mystère des origines [Darwin] | 80 |
| Mariette (Le Mystère des momies égyptiennes) | 88 |
| Les fabuleuses découvertes d’Archimède | 95 |
| Les Inventions de Lord Sandwich, monsieur Poubelle et les autres… | 98 |
| Champollion et l’énigme des hiéroglyphes | 99 |
| Fleming [pénicilline] | 101 |
| Louis Braille | 107 |
| Chasseurs de dinosaures [Marsh, zoologiste américain, 1831-1899] | 109-239 |
| Nicolas Flamel | 111-208 |
| La première pyramide Imhotep, architecte de Pharaon | 121 |
| Avicenne | 172 |
| L’Énigme de Khéops [Jean-Pierre Houdin, architecte français.] | 179 |
Domaine 5 : Héros défenseurs d’une cause juste, citoyens exemplaires
| Titres | Numéros |
| La Colline aux mille enfants [André Trocmé, le pasteur de Cambon-sur-Lignon] | 23 |
| L’Abbé Pierre | 30-169 |
| Coluche | 36 |
| La Révolte de l’enfant esclave (Iqbal Iqbal Masih enfant martyr pakistanais) | 37 |
| Séquoya l’indien [inventeur de l’alphabet indien] | 46 |
| Helen Keller | 63 |
| Mandrin, le prince des brigands | 70 |
| Les Droits de l’enfant [Janusz Korczak] | 74-188 |
| Toussaint Louverture | 118 |
| Jean Moulin | 119 |
| Geronimo le dernier Apache | 149-241 |
| Martin Luther King | 155 |
| Vivre libre ou mourir, le combat d’un esclave pour la liberté [Frédéric Douglass] | 162 |
| Vidocq | 166 |
| Gandhi | 170 |
| Mandela | 171 |
Domaine 6 : Mystères
| Titres | Numéros |
| L’Ile aux cormorans [ile insolite chinoise] | 43 |
| La Bête du Gévaudan | 83 |
| Le Monstre du Loch Ness | 100 |
| L’Atlantide | 102 |
| Le Mystère de l’ile de Pâques | 186 |
Notes de bas de page
1 Pour reprendre Aragon : « J’ai réinventé le passé pour voir la beauté de l’avenir », dit le personnage du Fou dans Le Fou d’Elsa, Paris, Gallimard, 1963, p. 395.
2 Octobre 2014.
3 Claudine Garcia-Debanc, « Lire le Moyen-Âge ou quels critères pour différencier roman historique et écrit d’historien ? », Pratiques, n° 69, 1991, p. 42.
4 Raymond Perrin, Littérature de jeunesse et presse des jeunes au début du xxie siècle : esquisse d’un état des lieux, enjeux et perspectives à travers les romans, les contes, les albums, la bande dessinée et le manga, les journaux et les publications destinées à la jeunesse, Paris, L’Harmattan, 2008, 582 p.
5 En 1999, la presse jeunesse, avec 105 titres, concernait 13,5 millions d’enfants, gros consommateurs de magazines, même si la segmentation par âge qui la caractérise désormais réduit de fait son marché (Charon 3, 69). La presse jeunesse totalise 10,2 millions de lecteurs en 2013, pour 250 titres : voir La Presse jeunesse. [En ligne]. La Presse jeunesse. [Page consultée le 29 septembre 2014]. Disponibilité et accès http://www.lapressejeunesse.fr/. Le nombre de titres a donc été multiplié par deux en 14 ans.
6 Selon la même source, plus de 80 % des filles comme des garçons des 7-12 ans lisent des magazines.
7 Il s’agit de la collection « Personnages de l’histoire », qui s’inscrit dans la volonté « d’offrir aux jeunes lecteurs des romans historiques illustrés de qualité et de leur faire découvrir le destin des personnages de légende qui ont fait l’Histoire ». Voir Oskar édition. [En ligne]. Oskar édition. [Page consultée le 29 septembre 2014]. Disponibilité et accès http://www.oskareditions.com/catalogue/p_act-srIlub_srub-64.html.
8 Récit de voyage aux péripéties fantaisistes, iie siècle.
9 Pierre Ricœur, Temps et récit. Tome 1, L’intrigue et le temps historique, Paris, Le Seuil, 1983, p. 127.
10 Pierre Bourdieu, « L’illusion biographique », Actes de la recherche en sciences sociales, 62-63, 1986, 69-72.
11 Marie-Françoise Chanfrault-Duchet, « Le récit de vie : donnée ou texte ? », Cahiers de recherche sociologique, 5 : 2, 1987. 11-28.
12 Nicole Lautier et Nicole Allieu-Mary, « La didactique de l’histoire », Revue française de pédagogie, 162, 2008. 95-131.
13 Marc Deleplace, « Le récit comme accès à la connaissance historique. Réflexions didactiques sur le récit historique », Pratiques, 133-134, 2007, p. 35.
14 Jean-Marie Charon, La Presse des jeunes, Paris, La Découverte, 2002, p. 10.
15 Ibid., p. 25.
16 Ibid., p. 105.
17 Voir « Le Monde cède Fleurus à Financière de loisirs et un fonds d’investissement américain ». Stratégies. Disponible sur http://www.strategies.fr/actualites/ medias/118318W/le-monde-cede-fleurus-a-financiere-de-loisirs-et-un-fonds-d-investissement-americain.html, consulté le 29 septembre 2014.
18 11 numéros sont publiés par an, sans compter les hors-série, qui n’ont pas été pris en compte ici.
19 Ce classement relève de notre fait. Voir en annexe l’ensemble du corpus classé.
20 Certains personnages relevant d’une époque particulière ont été identifiés comme appartenant à un autre domaine, dans la mesure où la focale est alors mise sur une caractéristique exceptionnelle de leur parcours qui leur donne un statut héroïque dans la mémoire collective (par exemple Jean Moulin ou Mandela).
21 Alain Viala, « Qu’est-ce qu’un classique ? », Bulletin des Bibliothèques de France, 1992. [En ligne]. Bulletin des Bibliothèques de France. [Page consultée le 29 octobre 2014]. Disponibilité et accès http://bbf.enssib.fr/consulter/bbf-1992-01-0006-001.
22 Il en demeure cependant quelques figures dans la petite rubrique « Qui es-tu ? », par exemple Luther King (216, avril 2012), Coluche (223, décembre 2012), Che Guevara (242, septembre 2014), les deux premiers étant un réinvestissement de récits déjà publiés.
23 Pierre Nora, « L’avènement de la mémoire », Eurozine, 2002. [En ligne]. Eurozine. [Page consultée le 29 octobre 2014]. Disponibilité et accès http://www.eurozine.com/articles/2002-04-19-nora-fr.html.
24 Philippe Sellier, « Qu’est-ce qu’un mythe littéraire ? », Littérature, 55, 1984.112-126.
25 Eleni Varikas, « L’approche biographique dans l’histoire des femmes », Les Cahiers du GRIF, 37-38, 1988, p. 41.
26 Art. cité, p. 3.
27 Le CIDEM (acronyme de Civisme et Démocratie) est une association de type loi 1901 créée en 1984. Le SCEREN (Services, culture, éditions, ressources pour l’Éducation nationale), devenu Canopé (Réseau de création et d’accompagnement pédagogiques) en 2014, est un éditeur de ressources pédagogiques public.
28 François Jost, « Monde de la télévision et monde de la publicité », Tranel (Travaux neuchâtelois de linguistique), 44, 2006, p. 182.
29 La mention « Ton docu-fiction », figurant d’abord en quatrième de couverture, de janvier 2012 à avril 2013, puis glisse finalement en première de couverture en mai 2013.
30 Jusqu’en décembre 2012, le « roman historique » est signalé sous la forme d’une petite vignette, en bas à droite de la première de couverture, l’autre texte bénéficiant d’une illustration hors cadre et d’un titre mis en évidence. C’est l’inverse à partir de janvier 2013.
31 Jean Molino, « Qu’est-ce que le roman historique ? », Revue d’histoire littéraire de la France, 2/3,1975, p. 195-234.
32 François Garçon, « Le documentaire historique au péril du “docufiction” », Revue d’histoire, 4 : 88, 2005, p. 9.
33 Par exemple chez Gallimard jeunesse, dans la collection « Le journal d’un enfant », créée justement en 2005, un enfant raconte sa vie au jour le jour, en rendant compte d’un contexte historique particulier (Pendant la révolution industrielle, Pendant la Seconde Guerre mondiale, …).
34 Art. cité, p. 26.
35 Ce qu’annonce explicitement l’éditeur sur son site : « le grand récit illustré » constitue « [s]ur 30 pages, un véritable petit roman facile à lire sur un personnage célèbre, une découverte ou un moment fort de l’Histoire », et le « docu-fiction illustré » présente « [l]’histoire du quotidien d’un enfant au temps des pharaons, des Romains ou encore à Paris pendant la Révolution ». Fleurus Presse. Disponible sur http://fleuruspresse.com/abonnement-magazine-jeunesse/histoires-vraies, consulté le 2 octobre 2014.
36 Patricia Richard-Principalli, « La Révolution française racontée aux enfants : la co-construction d’un mythe fondateur dans des albums de jeunesse mi-fictionnels mi-documentaires », dans Jean-Louis Dumortier, Veronica Granata, Philippe Raxhon et Julien Van Beveren (sous la direction de), Devoir de mémoire et pouvoir de fictions, Namur, Presses universitaires de Namur, 2015, p. 241-262.
37 Vincent Jouve, L’Effet-personnage dans le roman, Paris, Presses universitaires de France, 1992.
38 Bruno Bettelheim, Psychanalyse des contes de fées, Paris, Robert Laffont, 1976, 399 p.
39 Yves Reuter, « L’importance du personnage », Pratiques, n° 60, 1988, p. 18.
40 Op. cit.
41 Jean-Louis Dufays, « Le stéréotype, un concept-clé pour lire, penser et enseigner la littérature », Marges linguistiques, 2001, p. 1-14.
42 Ibid. « Comprendre, c’est reconnaitre des stéréotypes », p. 2.
43 Dominique Viart et Bruno Vercier, La Littérature française au présent, Paris, Bordas, 2008, p. 109.
44 Voir note 1.
Auteur
-
Patricia Richard-Principalli
Maitre de Conférences à l’Université Paris-est Créteil.
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