Notice biographique
p. 187-188
Texte intégral
1Né le 25 juin 1942 à Montréal, Michel Tremblay est le fils de Rhéauna Rathier « moitié Cri, moitié Française » et d’Armand Tremblay « moitié Tremblay, moitié Tremblay1 », pressier dans une imprimerie. Conçu après la perte de deux enfants, Michel est le « petit dernier » de la famille qui comprend deux autres garçons : Jacques et Bernard. L’écrivain a souvent évoqué dans ses œuvres fictionnelles ou autobiographiques son enfance heureuse et protégée et la magie de la rue Fabre qu’animait un groupe d’enfants du même âge. Très tôt, sa passion pour la lecture qu’il partage avec sa mère et sa grand-mère paternelle, Olivine, le pousse à « dévorer2 » les livres de la bibliothèque municipale, se créant ainsi une culture hétérogène mais, selon ses propres termes, bien à lui. Brillant élève dont les rédactions servent de modèle, il est tout naturellement promis à la voie royale des collèges classiques3, mais pour des raisons complexes – refus du système mais aussi difficultés financières – il choisit une école technique et entre à l’Institut des Arts Graphiques de Montréal pour devenir imprimeur. Son adolescence est moins sereine que son enfance : la famille a déménagé rue Cartier où il n’a que peu d’amis, tandis que la prise de conscience de son homosexualité, à 13 ans, le bouleverse. Enfin, l’école qu’il fréquente ne correspond ni à ses aptitudes ni à ses goûts, et il se sent solitaire. Pour compenser le réel décevant, il lit beaucoup, fréquente assidûment cinémas et théâtres – de 12 à 16 ans, il fut livreur après la classe et put ainsi se constituer une cagnotte pour son argent de poche – et commence à écrire des textes qu’il cache avec soin.
2La mort de sa mère en 1963 et l’exercice de son métier de linotypiste, qui lui déplaît, ne font que l’ancrer un peu plus dans sa vocation d’écrivain. En 1964, il obtient une première récompense au concours organisé par Radio-Canada pour sa pièce Le train. En 1966, son premier livre est publié « Contes pour buveurs attardés4 ». Il abandonne alors son métier pour devenir pendant un an magasinier au département des costumes de Radio-Canada. Par la suite, il vivra exclusivement de sa plume.
3C’est que son œuvre dramaturgique, après sa rencontre avec André Brassard qui deviendra son metteur en scène attitré, lui attire faveurs et renommée. La première des Belles-Sœurs (pièce écrite en 1965) le 28 août 1968 au théâtre du Rideau-Vert fait l’effet d’un séisme culturel : détracteurs et partisans se déchaînent, la bataille du « jouai » est engagé et l’écrivain Tremblay définitivement lancé. Dès lors, les œuvres se succèdent à un rythme soutenu (une ou deux par année) : d’abord essentiellement théâtrale, sa production se diversifie : romans, écrits autobiographiques mais aussi livret d’opéra, scénario, adaptations. La palette tremblayenne est très riche et lui attire, outre le succès populaire, maintes récompenses. Aujourd’hui comblé d’honneurs – des doctorats honoris causa ; des prix prestigieux (dont le prix Athanase David en 1988 pour l’ensemble de son œuvre) — l’écrivain partage son temps entre Montréal et Key West où il passe six mois par an. Si, en France, Michel Tremblay est encore peu connu du grand public, on peut supposer que la stratégie des Éditions Actes Sud qui coéditent actuellement ses œuvres, saura remédier à cette situation et lui trouver le lectorat qu’il mérite.
Notes de bas de page
1 Voir la dédicace de Douze coups de théâtre : « Pour Rhéauna Rathier, moitié Cri, moitié Française, ma mère ; pour Armand Tremblay, moitié Tremblay, moitié Tremblay, mon père. Je les ai aimés, je les ai perdus ; je m’ennuie. »
2 Ce terme peut être presque pris au pied de la lettre puisqu’il raconte dans Un Ange cornu avec des ailes de tôle qu’ayant lu l’Agamemnon d’Eschyle, il le mordit avec passion : « Je fermai le livre très doucement, le flattai avec la paume de ma main [...] et le mordit [sic] avec une volupté que j’ai rarement retrouvée depuis. » (Un ange, 178)
3 Où l’on enseignait essentiellement les humanités gréco-latines.
4 « Mon premier enfant » (Un ange, 239) dit Michel Tremblay en parlant de ce livre.
Le texte seul est utilisable sous licence Licence OpenEdition Books. Les autres éléments (illustrations, fichiers annexes importés) sont « Tous droits réservés », sauf mention contraire.
La plume dans la plaie
Les écrivains journalistes et la guerre d’Algérie
Philippe Baudorre (dir.)
2003
L’Empire vous répond
Théories et pratiques des littératures post-coloniales
Bill Ashcroft, Gareth Griffiths et Helen Tiffin (dir.)
2012
La Nouvelle en Europe
Destins croisés d’un genre au XXe siècle
Andrée-Marie Harmat, Yves Iehl, Nathalie Vincent-Arnaud et al. (dir.)
2014
