L’apogée de Rome dans les Discorsi sopra la prima deca di Tito Livio (1517-1518), de Machiavel, et les Considérations sur les causes de la grandeur des Romains et de leur décadence (1734), de Montesquieu
p. 175-188
Texte intégral
1Montesquieu n’avait qu’une connaissance très rudimentaire de l’italien, mais les Discorsi sopra la prima deca di Tito livio, de Machivel, avaient été traduits en français dès le XVIe siècle, et ils n’ont pu échapper à ses lectures extensives1. Certes, avec ses Considérations sur les causes de la grandeur des Romains et de leur décadence, il écrit un livre fort différent : Machiavel avait livré au public un long commentaire personnel d’un texte classique ; il met, lui, en perspective, en quelques cent soixante pages, deux millénaires d’Histoire. En outre, les Discorsi ne traitent que de la République romaine, alors que les Considérations conduisent l’étude jusqu’à la fin de l’Empire, à une époque où l’on vient de découvrir les notions de cycle des civilisations, de progrès et de décadence.
2Pourtant, Machiavel et Montesquieu ont en commun un intérêt passionné pour l’histoire romaine, où ils cherchent un enseignement utile à l’évolution future de la société dans laquelle ils vivent ; et ils s’intéressent tous deux en priorité aux questions institutionnelles et militaires, facteurs tantôt de faiblesse, tantôt de puissance.
3Dans la mesure où tout apogée, quelle qu’en soit la nature, constitue le point culminant d’une ascension, juste avant que ne s’amorce le processus inverse, on étudiera d’abord, dans ces deux domaines privilégiés, l’analyse qu’ils font des causes du dynamisme de Rome, en relevant à chaque fois les germes de décadence qu’ils y perçoivent. Alors seulement, il sera possible de tenter de définir l’apogée de Rome tel qu’ils se le représentent.
4À l’origine de la croissance et de l’ascension de Rome, Machiavel et Montesquieu voient d’abord « la liberté ». Et ils s’accordent à souligner l’importance des lois fondamentales, promulguées d’abord par des rois, parce qu’elles purent corriger la nature mauvaise des hommes2 – spontanément portés à vouloir accaparer les richesses, et surtout à s’octroyer sur leurs semblables un pouvoir illimité –, jusqu’au moment où elles purent être perfectionnées.
5Machiavel insiste avant tout, en effet, sur l’impérieuse nécessité de créer un équilibre des pouvoirs : la grande réussite de Rome s’explique d’abord, à ses yeux, par le fait qu’on eût prévu deux consuls (l’un toujours surveillant l’autre), pour exercer le pouvoir exécutif pendant la durée limitée d’un an ; et qu’on eût institué, à côté du Sénat, le tribunat de la Plèbe, et aussi la fonction des Censeurs, afin de contrebalancer l’influence des Patriciens3, et d’éviter une dégradation trop rapide des mœurs. Pour lui, si l’on veut qu’une république soit puissante, il faut donner à la plèbe « forza e augumento » (« force et importance »).
6Montesquieu – qui pourtant, plus tard, dans L’esprit des lois, se passionnera pour les questions institutionnelles – ne s’y attarde guère dans ses Considérations. Mais il pense, lui aussi, que Rome n’a pu se développer qu’en se dotant d’institutions en vertu desquelles la Plèbe pouvait faire valoir son point de vue, ce qui revenait à favoriser l’existence de mouvements populaires garants des libertés, et surtout à entretenir des conflits internes permanents, générateurs de dynamisme4. C’est un point sur lequel, en critiquant les historiens du passé peu clairvoyants, qui n’avaient perçu les conflits civils que comme des facteurs de désordre, et donc d’affaiblissement, il s’inspire de très près du texte de son prédécesseur :
Discorsi, 1, IV, 5, p. 71: Io dico che coloro che dannano i tumulti intra i Nobili e la Plebe, mi pare che biasimino quelle cose che furono prima cagione di tenere libera Roma, e che considerino di più a’ rumori ed alle grida che di talori rumori nascevano, che a’ buoni effetti che quelli partorivano, e che non considerino come ci sono in ogni repubblica due umori diversi, quello del popolo e quello dei grandi, e come tutte le leggi che si fanno in favore della libertà, nascono della disunione loro, come facilmente si puo vedere esser seguito in Roma (…)»
«Je dis que ceux qui condamnent les conflits entre les Nobles et la Plèbe, il me semble qu’ils blâment ce qui fut la cause principale du maintien de Rome dans la liberté, et qu’ils accordent plus d’importance aux tumultes et aux cris qui naissaient de tels conflits qu’aux effets bénéfiques qu’ils engendraient ; et qu’ils ne prennent pas en considération le fait qu’il existe dans toute république deux humeurs diverses, celle du peuple et celle des grands, et que toutes les lois qui se font en faveur de la liberté naissent de leur désunion, ainsi qu’il advint à Rome, comme on peut facilement l’observer.»
Considérations, chap. IX, p. 82: «On n’entend parler dans les auteurs que des divisions qui perdirent Rome; mais on ne voit pas que ces divisions y étaient nécessaires, qu’elles y avaient toujours été, et qu’elles y devaient toujours être (…) Ce qu’on appelle union dans un corps politique, est un chose très équivoque: la vraie union est une union d’harmonie qui fait que toutes les parties, quelque opposées qu’elles nous paraissent, concourent au bien général de la Société, comme des dissonances dans la musique concourent à l’accord total.»
7Il développe même cette idée plus que ne le fait Machiavel, expliquant que la liberté ne peut exister une fois pour toutes (c’est le despotisme qui impose un ordre, par la terreur), mais doit être une conquête de tous les instants. Et l’image qu’il utilise, la comparaison avec la musique, est particulièrement significative, parce qu’elle suggère qu’il s’agit là d’un processus de nature dialectique : la liberté ne peut résulter que d’un dépassement sans cesse renouvelé des conflits, rendu possible par des institutions judicieuses.
8Parmi celles-ci, dans les Discorsi, figure en bonne place la religion, laquelle, destinée au commun des hommes, et non pas aux rares êtres éclairés, se trouve complètement réduite à l’état d’instrument. Pour Machiavel, en effet, elle ne peut et ne doit être que le ciment de l’unité de l’État et, de ce point de vue, celle des Païens lui paraît plus appropriée à la création et au maintien d’une grande puissance, que celle des Chrétiens, plus favorable au despotisme parce qu’elle dévalorise le monde d’ici-bas : « (...) perché, écrit-il non sans ironie, avendoci la nostra religione mostra la verità, e la vera via, ci fa stimare meno l’onore del mondo (…) « (Discorsi, 2, II, 27, pp. 298-99) (« Parce que, notre religion nous ayant montré la vérité et la vraie voie, elle nous fait estimer moins l’honneur que décerne le monde »). Dans L’esprit des lois (XXIV, XI), Montesquieu, qui avait traité longuement de cette question dans sa dissertation de 1716, Sur la politique des Romains dans la religion, écrite sous l’influence évidente de Machiavel5, reprendra la même idée presque dans les mêmes termes : « Les hommes étant faits pour se conserver, pour se nourrir, pour se vêtir et faire toutes les actions de la société, la religion ne doit pas leur donner une vie trop contemplative ». Ici (chap. X, page 85), il met surtout l’accent sur le caractère moral et national que revêtait pour les Romains la religion :
« Outre que la religion est toujours le meilleur garant que l’on puisse avoir des mœurs des hommes, il y avait ceci de particulier chez les Romains, qu’ils mêlaient quelque sentiment religieux à l’amour qu’ils avaient pour leur patrie (…). »
9La décadence, en ce qui regarde les institutions, résulte aux yeux de tous les deux, de la perte de la « vertu », ressort indispensable aux républiques. On a souvent voulu assimiler cette « vertu », chez Machiavel, à la « virtù » des hommes de la Renaissance, et en particulier des « condottieri », tels que devait les décrire plus tard J. Burckhardt. Il est vrai que le mot italien met au premier plan les notions d’énergie et de volonté de puissance. Mais c’est injuste pour Machiavel, qui parle à maintes reprises de « uomini buoni », et de « buoni costumi »6. Son idéal, sans contestation possible, était bien républicain7, (et s’il a écrit Il Principe, c’est avec l’espoir que dans une situation de grave crise, une dictature pourrait fonder un grand état italien). Selon lui, c’est bien la dégradation des mœurs et de la mentalité publique qui expliquent pour une bonne part la déchéance des républiques8, et, dans le cas de la République romaine, son remplacement par l’Empire :
«E debbesi presuppore per cosa verissima, che una città corrotta che vive sotto un principe, encora che quel Principe con tutta la sua stirpe si spenga, mai non si puo ridurre libera... ma non si vede il più forte esempio che quello di Roma, la quale cacciati i Tarquini, potette subito prendere e sostenere quella libertà, ma morto Cesare, morto Caligula, morto Nerone, spenta tutta la stirpe Cesarea, non potette mai non solamente mantenere, ma pure dare principio alla libertà. Nè tanta diversità di evento in una medesima città nacque da altro, se non di non essere ne’ tempi dei tarquini il popolo romano encora corrotto, ed in questi ultimi tempi essere corrottisimo. » (1, XVII, 4-5, pp. 106-107)
« Et l’on doit admettre comme chose très vraie, qu’une cité corrompue qui vit sous un Prince, même si ce Prince vient à disparaître, et toute sa descendance avec lui, ne peut jamais recouvrer sa liberté (…). Il n’en est pas de plus frappant exemple que celui de Rome, laquelle ayant chassé les Tarquins, put aussitôt conquérir et maintenir cette même liberté, alors que, César étant mort, et Caligula, et Néron, étant éteinte toute la lignée des Césars, Rome ne put jamais, non point conserver, mais tout simplement faire renaître la liberté. Et une si grande diversité d’événements dans une même cité ne saurait s’expliquer autrement que par ce simple fait : à l’époque des Tarquins, le peuple romain n’était pas encore corrompu, alors qu’après les Césars, il le fut au plus haut point. »
10Montesquieu écrira à peu près la même chose dans L’esprit des lois (1, III, c, III) :
« Quand Sylla voulut rendre à Rome la liberté, elle ne put plus la recevoir, elle n’avait plus qu’un faible reste de vertu ; et comme elle en eut toujours moins, au lieu de se réveiller après César, Tibère, Caïus, Claude, Néron, Domitien, elle fut toujours plus esclave. »
Dans les Considérations, dont le chapitre X s’intitule « De la corruption des Romains », il incrimine de façon plus précise « la secte d’Épicure », dont l’enseignement avait amolli les mœurs9, ainsi que l’enrichissement individuel, créateur d’une insupportable inégalité :
« La grandeur de l’État fit la grandeur des fortunes particulières (…) avec des biens au-dessus d’une condition privée, il fut difficile d’être un bon citoyen ; avec les désirs et les regrets d’une grande fortune ruinée, on fut prêt à tous les attentats, et, comme dit Salluste, on vit une génération de gens qui ne pouvaient avoir de patrimoine, ni souffrir que d’autres en eussent. » (chap. X, p. 85)
Parce que, contrairement à son prédécesseur, il étudie non seulement la République mais l’Empire, il met également en évidence un autre facteur très important de décadence : la dilution des citoyens romains dans un ensemble de plus en plus vaste de nouveaux citoyens, dont la conséquence devait être la désagrégation de la société et de l’État, tout esprit patriotique ayant été ruiné :
Chapitre IX, p. 81 : « Les peuples d’Italie étant devenus ses citoyens (…) la ville, déchirée, ne forma plus un tout ensemble, et, comme on n’en était citoyen que par une espèce de fiction, qu’on n’avait plus les mêmes magistrats, les mêmes murailles, les mêmes Dieux, les mêmes temples, les mêmes sépultures, on ne vit plus Rome des mêmes yeux, on n’eut plus le même amour pour la Patrie, et les sentiments romains ne furent plus. »
11En étroite relation avec ses institutions10, la seconde grande cause de l’ascension de la république romaine, a été, pour tous les deux, sa capacité à s’étendre, à dominer de proche en proche tous ses voisins, puis des peuples lointains. Machiavel soutient que le destin de Rome était « l’ampliare ». Et d’expliquer qu’après Numa, dont la tâche de législateur avait été indispensable (« perché in Roma era necessario che surgesse ne’ primi principii suoi un ordinatore del vivere civile » (…) (1, XIX, 3, p. 112), il était tout aussi nécessaire que prenne le pouvoir un successeur habile à faire la guerre, un défenseur doublé d’un conquérant :
Discorsi, 1, XIX : « (...) se Roma sortiva per terzo suo re un uomo che non sapesse con le armi renderle la sua riputazione, non arebbe mai poi, o con grandissima difficultà, potuto pigliare piede, ne fare quelli effetti ch’ elle fece. » (1, XIX, 14, p. 113)
« Si le sort avait attribué à Rome pour troisième roi un homme incapable de lui rendre par les armes sa réputation, jamais par la suite elle n’eût pu reprendre pied, ni accomplir les hauts faits qui furent les siens. »
12Montesquieu constate lui aussi cette insuffisance du même Numa, et souligne en même temps l’impossibilité, pour un État, de se développer assez pour susciter l’envie de ses voisins, sans s’armer et pratiquer suffisamment l’art de la guerre, non seulement pour assurer sa survie, mais pour leur imposer sa domination :
Considérations, (chap. 1, p. 26) : « Le règne de Numa, long et pacifique, était très propre à laisser Rome dans sa médiocrité et si elle eût eu dans ce temps-là un territoire moins borné et une puissance plus grande, il y a apparence que sa fortune eût été fixée pour jamais. »
13De fait, tous deux établissent une étroite corrélation entre le fait, pour Rome, de se doter d’institutions républicaines, et d’accéder rapidement à la puissance impériale :
Discorsi, 1, XVII, 2, p. 106) : « Io giudico ch’ egli era necessario o che i re si estinguessono in Roma, o che Roma in brevissimo tempo divenisse debole, e di nessuno valore (…) ».
« Je pense qu’il était nécessaire, soit que les Rois disparussent de Rome, soit qu’en très peu de temps elle devint faible, et dépourvue de toute valeur. »
Considérations (chap. 1, p. 27) : « Il devait arriver de deux choses l’une : ou que Rome changerait son gouvernement ; ou qu’elle resterait une pauvre et petite monarchie. »
14Ils considèrent, en effet, que la liberté, à l’intérieur, avec tous les désordres qu’elle est susceptible de provoquer, mieux que la tranquillité, met un peuple à même d’imposer, à l’extérieur, un ordre favorable à ses seuls intérêts. Montesquieu, de façon presque prophétique, car les événements consécutifs à la Révolution française devaient lui donner raison, va même jusqu’à soutenir que le plus grand de ces désordres, la guerre civile, est aussi le plus bénéfique à ce point de vue :
Considérations, chap. XI : « Il n’y a point d’état qui menace si fort les autres d’une conquête que celui qui est dans les horreurs de la guerre civile : tout le monde, noble, bourgeois, artisan, laboureur, y devient soldat, et lorsque, par la paix, les forces sont réunies, cet état a de grands avantages sur les autres. » (p. 93)
15De fait, tous deux voient dans la force armée le fondement réel de la liberté et de la puissance d’un peuple. Dans le monde tels qu’ils le conçoivent, où l’on ne peut avoir le choix qu’entre être dominé ou dominer soi-même, il importe de se donner les moyens d’être le plus fort. Paradoxalement, c’est Montesquieu, bien moins au fait que Machiavel des questions militaires (ce dernier avait écrit L’arte délia guerra »), qui met l’accent, dès les premières pages de son livre, sur la nature guerrière des Romains11. Au chapitre II de ses Considérations, il présente le peuple en armes comme plus combatif et plus efficace qu’une armée de métier, rappelle la dureté des règlements militaires romains, ainsi que l’importance alors attribuée aux exercices de toutes sortes. Comme Machiavel, il souligne enfin la supériorité de l’infanterie populaire sur la cavalerie aristocratique :
Discorsi, 2, XVIII, p. 340 : « Corne per l’autorità dei romani e per lo esempio della antica milizia, si debbe stimare più la fanteria che i cavalli. »
« Comment, selon l’autorité des Romains et l’exemple de la milice antique, on doit plus estimer l’infanterie que la cavalerie. »
Considérations, chap. XVIII, p. 146 : « La cavalerie fut peu nombreuse chez les premiers Romains (…) quand les Romains furent dans la décadence, ils n’eurent presque plus que de la cavalerie. »
Il établit aussi un lien entre une certaine égalité matérielle des citoyens et l’efficacité de la force armée républicaine12. L’un et l’autre rappellent en outre que la puissance sert la puissance, la réputation d’une armée la rendant formidable, et finissant par être un moyen de domination presque aussi efficace que sa valeur réelle au combat.
16Enfin, dans deux chapitres parallèles – le chapitre IV du livre 2 des Discorsi (« Le repubbliche hanno tenuti tra modi circa lo ampliare » « Les républiques ont utilisé trois moyens pour s’agrandir » p. 303), et le chapitre VI des Considérations (« De la conduite que les Romains tinrent pour soumettre les peuples ») – ils étudient les moyens diplomatiques et institutionnels mis en œuvre par les Romains pour s’assurer durablement de leurs conquêtes, puisque, on le sait depuis Hannibal, une chose est de vaincre, autre chose de savoir conserver le fruit de sa victoire. Machiavel distingue trois politiques possibles : maintenir les peuples vaincus dans une subordination totale ; leur conférer au contraire des droits égaux ; leur accorder des droits, mais pas l’égalité, et se réserver le droit de légiférer. C’est la dernière méthode, celle des Romains, qu’il préconise, parce qu’il mesure bien tout l’avantage qu’il peut y avoir à se concilier ces peuples, dans le but de les utiliser, en qualité d’alliés, contre d’autres plus hostiles :
Discorsi, 1, II, 4 : « (…) farsi compagni, non tanto però che non ti rimanga il grado del comandare, la sedia dello imperio ed il titolo delle imprese, il quale modo fu osservato da’ Romani. »
« (…) se faire des amis, mais pas plus qu’il ne faut, et de telle façon qu’il te reste toujours l’autorité pour commander, le siège du pouvoir, et le droit de décider des entreprises, telle fut la méthode des Romains. »
17Montesquieu le dit plus laconiquement et plus crûment :
Considérations, chap. VI : « On se servait des alliés pour faire la guerre à un ennemi. » (p. 60)
Et, lui qui s’est sans cesse méfié d’une accusation toujours possible de « machiavélisme », il met l’accent sur un autre aspect de leur stratégie impériale, à savoir qu’ils étaient passés maîtres dans l’art d’affaiblir un peuple sans en avoir l’air :
Considérations, Chap. VI : « C’était une manière lente de conquérir : on vainquait un peuple, et on se contentait de l’affaiblir ; on lui imposait des conditions qui le minaient insensiblement ; s’il se relevait, on l’abaissait encore davantage, et il devenait sujet, sans qu’on pût donner une époque de sa sujétion. » (p. 69)
18Enfin, la décadence de la République romaine, ils en attribuent tous deux la cause principale à l’extension de son empire – pour des raisons, certes, d’ordre militaire, puisqu’au-delà d’une certaine étendue, un empire trop vaste devenait difficile à défendre ; mais surtout par suite d’une interaction entre causes d’ordre militaire et causes d’ordre social et institutionnel. Ainsi, par exemple, la construction de forteresses, selon eux, fut à la fois la conséquence et le signe d’un déclin simultané de la force militaire et de l’esprit civique. Si Machiavel se contente de noter que « le fortezze generalmente sono molto più dannose che utili »« Les forteresses, généralement, sont beaucoup plus nuisibles qu’utiles », Montesquieu développe cette idée, et, dans un passage dont se souviendra Edward Gibbon13, explique les causes de cette situation :
Considérations, chap. XX, p. 163 : « D’abord, les Romains n’avaient point de places : ils mettaient toute leur confiance dans leurs armées (…) la frontière ne défendant plus l’intérieur, il fallut le fortifier, et alors on eut plus de places et moins de forces, plus de retraites et moins de sûreté. »
19En outre, pour tous les deux, l’extension géographique de l’empire contraignant à prolonger le mandat des Consuls, ceux-ci vécurent de plus en plus longtemps loin de Rome, auprès de leur armée ; si bien que la puissance militaire, pilier principal de la République romaine, fut la cause principale de sa perte, le jour où un général se trouva en mesure de s’emparer du pouvoir par la force et de se proclamer empereur :
Discorsi, 3, XXIV, 10-11, pp. 529-530 : (à propos du mandat des Consuls) « (…) quanto più i Romani si discostarono con le armi, tanto più parve loro tale prorogazione necessaria, e più la usarono. La quale cosa fece due inconvenienti : l’uno, che meno numero di uomini si esercitarono negl’ imperi (…), l’altro, che stando uno cittadino assai tempo comandatore d’ un esercito, se lo guadagnava, e facevaselo partigiano. (…) »
Plus Rome s’étendit par l’usage des armes, plus cette prolongation leur parut nécessaire et plus ils en firent usage. Ce qui produisit deux inconvénients : le premier, que moins d’hommes allèrent exercer leurs talents dans les territoires conquis (…) ; le second, qu’un citoyen demeurant longtemps à la tête d’une armée, il obtenait sa faveur, et la gagnait à sa cause. »
Considérations, chap. IX, p. 79 : « Mais lorsque les légions passèrent les Alpes et la mer, les gens de guerre, qu’on était obligé de laisser pendant plusieurs campagnes dans les pays que l’on soumettait, perdirent peu à peu l’esprit de citoyens, et les généraux, qui disposèrent des armées et des royaumes, sentirent leur force et ne purent plus obéir. »
20La décadence de Rome, la transformation de la République en Empire, ils n’ont cependant pas la naïveté de l’attribuer à la seule ambition de quelques hommes. Leur conviction commune est que ce sont les mêmes causes, qui avaient concouru à favoriser l’ascension d’un peuple (ce que Machiavel désigne sous le nom de « verità effetuale delle cose », et Montesquieu sous celui de « la nature des choses »), qui, par suite d’un processus inévitable, finissent un jour par provoquer sa perte, parce qu’ arrive nécessairement un moment où l’absence de progrès se transforme en recul. Ainsi, Machiavel intitule le chapitre XXIV du livre 3 de ses Discorsi : « La prolungazione degli imperi fece serva Roma »» L’extension de l’Empire fut la cause de la servitude de Rome », et Montesquieu, en une belle phrase, décrit le mécanisme à l’œuvre dans l’Histoire :
Considérations, chapitre XVIII, p. 145 : « Voici en un mot l’histoire des Romains : ils vainquirent tous les peuples par leurs maximes ; mais, lorsqu’ils y furent parvenus, leur République ne put subsister, il fallut changer de gouvernement, et des maximes contraires aux premières, employées dans ce gouvernement nouveau, firent tomber leur grandeur. »
21Où se situe donc exactement pour eux l’apogée de Rome ? Il faut relever ce qu’a de bien particulier leur vision des choses. En effet, lorsqu’il s’agit pour eux de décrire Rome au sommet de sa réussite, à la différence de Gibbon plus tard, ils ne prennent aucunement en compte l’état de l’économie, la situation des sciences et des arts, ni même – et cela peut paraître surprenant chez Montesquieu, à un moment où la littérature et la philosophie commencent à traiter abondamment ce thème – le bonheur14 de la population. Autant de critères qui auraient pu modifier le jugement porté : Gibbon, lui, tout compte fait, décrit le deuxième siècle, celui des Antonins, donc les débuts de l’Empire, comme un âge d’or, facilement assimilable à cet apogée15.
22Mais, à la différence de Gibbon, Machiavel ne s’intéresse pas à l’Empire ; et Montesquieu, s’il décrit l’instauration, le déclin et la chute de celui-ci, ne manque pas après avoir évoqué la République avant Sylla, d’introduire dans son livre une césure nette, avec les chapitres intitulés « Deux causes de la perte de Rome », et « De la corruption des Romains », ce qui revient à situer clairement l’apogée de Rome sous la république. Et cela se comprend aisément si l’on prend en compte leurs aspirations personnelles, qui sont différentes, mais finissent par se rejoindre. Tous deux, en effet, parce que l’homme, en tous lieux et en tous temps, demeure le même, cherchent dans l’histoire de Rome un enseignement :
Discorsi, 1, XXXIX, 2, p. 145 : « In diversi popoli si veggano spesso i medesimi accidenti.
E’ si conosce facilmente per chi considera le cose presenti e le antiche, come in tutte le città ed in tutti i popoli sono quegli medesimi desideri e quelli medesimi omori, e come vi furono sempre. »
« Chez divers peuples on voit souvent se produire les mêmes événements. Et celui qui considère à la fois l’époque présente et les temps anciens, comprend facilement que dans toutes les cités et chez tous les peuples on trouve les mêmes passions et les mêmes humeurs, et qu’elles y furent toujours. »
Considérations, chap. I, p. 27 : « L’histoire moderne nous fournit un exemple de ce qui arriva pour lors à Rome, et ceci est bien remarquable : car, comme les hommes ont eu dans tous les temps les mêmes passions, les occasions qui produisent les grands changements sont différentes, mais les causes sont toujours les mêmes. »
23De fait, l’un et l’autre, dans le cours de leur analyse, comparent volontiers les temps anciens à des temps plus modernes, voire à leur propre époque. Pour Machiavel, il s’agit de comprendre comment avait pu jadis fonctionner une bonne République, parce qu’il a vu récemment péricliter celle de Florence, où la mainmise des Médicis l’a chassé de son poste d’administrateur et de diplomate. Quant à Montesquieu, il est alors à la recherche du type de régime qui pourrait favoriser l’essor de la liberté, en se substituant à la monarchie française affaiblie de son époque. Son effort pour parvenir à des conclusions fondées sur le seul exercice de la raison est d’autant plus méritoire, lorsqu’il étudie la République, qu’à aucun moment il n’aspire, lui, en tant qu’individu, à la création d’un état républicain.
24C’est dans cette perspective qu’il était pour eux de la plus haute importance d’étudier les conditions de l’ascension, du développement, puis de la chute de la République romaine. Ce schéma, que met en relief le titre choisi par Montesquieu – « grandeur » et « décadence » – suggère qu’il n’est pas possible de dissocier, de penser séparément les deux notions. L’ascension implique la décadence et la chute future, suivant l’exemple implicite que fournit toute créature vivante : naissance, croissance, déclin et mort – les États suivant alors « the way of all flesh ».
25Cependant, par delà cet « organicisme », d’ailleurs hérité d’auteurs antiques et, finalement, plus rhétorique que réel, ils discernent autre chose. Remarquons, en effet, que jamais ils ne font intervenir de considérations d’ordre moral. On l’a assez reproché à Machiavel, lequel, ne se préoccupant que de bien comprendre l’enchaînement des causes et des effets, de repérer les mécanismes en vertu desquels des lois imposées sont susceptibles d’orienter vers le bien commun l’égoïsme et la volonté de puissance des hommes, ne s’embarrasse pas de juger les moyens, lorsque la fin lui paraît bonne. Mais Montesquieu qui, considérant Machiavel comme « un grand homme »16, se garde de faire la moindre allusion à lui dans ses Considérations, parce qu’il sent trop le soufre, n’a pas de l’humanité en général une opinion tellement meilleure17.
26Jamais, en outre, ils ne se préoccupent de la nature réelle de la « liberté » que rendait possible la République romaine. Ni l’un ni l’autre ne fait allusion au fait qu’elle n’était, à l’époque, l’apanage que du petit nombre de citoyens à même d’en user, et que la condition première de son existence était l’esclavage ou l’exclusion de la majorité. Mais il faut rappeler que la République florentine à l’époque de Machiavel était profondément inégalitaire, et que l’égalité ne pouvait être la préoccupation première du Seigneur de la Brède. Tous deux justifient également la politique de conquête de la République romaine. Mieux, ils y voient la condition même de son existence : sans conquêtes extérieures, elle n’aurait pu prospérer, ni même survivre. On doit donc admettre que, pour eux, importe avant tout le caractère créateur du Pouvoir, dont la valeur ne se mesure pas à l’aune de bons sentiments, ni même de la morale, mais du succès. Certes, suivant les circonstances (les « occasions » comme dit Montesquieu), le pouvoir d’un seul (monarque ou despote) peut créer pour un temps un certain type d’ordre – le seul qui convienne à des peuples corrompus. Mais cet ordre est fragile, à la merci d’un coup d’état, ainsi qu’il adviendra de plus en plus souvent sous l’Empire, ou d’une révolte populaire, comme celle qui chassa les Tarquin. Plus solide leur paraît celui qu’impose une République, non seulement parce qu’il suscite l’adhésion d’un plus grand nombre, mais qu’il est le résultat d’un compromis entre des forces opposées. Ce qui les fascine, c’est l’acte fondateur qui, parmi d’autres possibles, a créé cet ordre là, plus efficace et plus durable.
27Dans tous les cas de figure, en effet, qu’il s’agisse d’un despotisme quelconque, d’une monarchie respectable, d’un empire, ou d’une république, l’acte fondateur, pour Montesquieu comme pour Machiavel, vient contrarier le grand désordre que crée le passage du temps, l’Histoire. Rien de plus étranger à leur pensée que la notion de « société ouverte », qui devait bien plus tard être chère à Bergson. Pour eux, une société viable doit être une société « close », capable de se développer comme un organisme dont tout l’effort vise à se distinguer de ce qui n’est pas lui, en tirant profit de la faiblesse d’autres organismes. On retrouve bien alors l’image « organiciste » d’un État qui se constitue, se développe, vit et meurt18, mais à un autre niveau, puisque Machiavel et Montesquieu ne se bornent pas à constater cette évolution, mais entendent l’expliquer, et d’une façon qui annonce déjà certaines analyses d’historiens modernes.
28P. Chaunu, par exemple, s’appuyant sur des réflexions d’Édgar Morin19, analyse le destin des sociétés en utilisant les concepts d’entropie et de « néguentropie » : dans un univers voué à l’accroissement de l’entropie (conformément au second principe de la thermodynamique), toute fondation d’un ordre, quelle qu’en soit la nature, exige une mobilisation et une dépense d’énergie, qui se traduiront, in fine, par un accroissement de l’entropie. Mais, entre-temps, défiant celle-ci, cet ordre aura existé (« néguentropie »). Les sociétés humaines, créations de l’homme, donc de la forme la plus élaborée de la vie, sont elles-mêmes des « organismes » extrêmement complexes, qui se créent et se développent aux dépens des autres, jusqu’au moment où, ayant réalisé ce pour quoi ils avaient été construits (leur « programme »), ils disparaissent.
29Dans le cas de Rome, vouée par son dynamisme à « l’ampliare », le moment de l’apogée a été celui où la conservation des institutions républicaines favorisant ce dynamisme, et l’expansion impériale, ont trouvé leur point d’équilibre. Ni Machiavel ni Montesquieu ne fait la moindre allusion à cet apogée, et c’est significatif : il s’agit d’un point théorique, qui a nécessairement existé à l’époque républicaine, mais qu’il serait vain de chercher à dater, parce que ce qui importe, c’est le modèle théorique mis en évidence, et son fonctionnement.
30Quand il écrit ses Considérations, Montesquieu s’inspire des Discorsi de Machiavel : souvent il exprime les mêmes idées en usant presque des mêmes mots. En outre, les deux œuvres présentent de la même façon le processus ayant conduit Rome à son apogée : une simple cité s’est trouvée en position de se développer au détriment de ses voisines, puis d’autres peuples, parce qu’elle a su se doter d’institutions favorisant son dynamisme interne, et se perfectionner dans l’art de la guerre. Enfin, à l’origine de sa décadence postérieure, ils discernent les mêmes causes.
31L’apogée de Rome, qu’ils placent au temps de la République, ils se gardent bien de chercher à le situer précisément dans le temps. La raison en est d’abord que, dans le processus qu’ils décrivent, analogique avec celui de la vie humaine (souvent utilisé du reste avant eux, sur le mode rhétorique) : naissance, croissance, déclin et mort, les germes de décadence existent nécessairement au moment même des succès les plus éclatants. Surtout, l’absence dans leurs ouvrages de toute allusion au bonheur plus ou moins grand des populations, à la situation des sciences et des arts, par exemple, l’intérêt exclusif qu’ils manifestent pour les facteurs d’ordre institutionnel et militaire, montrent clairement qu’ils ne se soucient vraiment que des moyens de créer, au sein du grand désordre de l’Histoire, un ordre durable (certes, toujours plus ou moins éphémère à l’échelle des siècles). En cela leurs analyses préfigurent celles d’historiens modernes qui, pour décrire l’alternance du dynamisme et de la décadence, utilisent les notions d’entropie et de « néguentropie ». L’apogée de Rome, pour Machiavel et Montesquieu, c’est alors le moment, purement théorique, de parfait équilibre entre institutions et puissance militaire, entre dynamisme interne et expansion maximale possible20.
Notes de bas de page
1 Pour ce qui regarde l’influence exercée par Machiavel sur Montesquieu, on pourra consulter avec grand profit l’étude rigoureuse de E. Levi-Malvano, Montesquieu e Machiavelli, Bibliothèque de l’Institut français de Florence, Paris, Champion, 1912. Ce petit livre n’a guère été pris en compte par les spécialistes français de Montesquieu. Il semble qu’il ait souffert de la mauvaise réputation de Machiavel. Et aussi d’avoir été publié en italien.
2 Machiavel, Discorsi sopra la prima deçà di Tito Livio, Milano, Rizzoli, Biblioteca universale Rizzoli, p. 69 (Libro 1, capitolo III, 2) : « (…) è necessario a chi dispone una repubblica e ordina leggi in quella, presupporre tutti gli uomini rei, e che li abbiano sempre a usare la malignità dello animo loro qualunque volta ne abbiano libera occasione. »« Il faut que celui qui fonde une république et y promulgue des lois, présuppose que tous les hommes sont mauvais, et qu’il s’appliqueront toujours à faire usage de leur malignité, chaque fois que l’occasion leur en sera donnée. » Montesquieu, Considérations sur les causes de la grandeur des romains et de leur décadence, Paris, Garnier Flammarion, 1968, p. 74 : « Mais par une maladie éternelle des hommes, les Plébéiens, qui avaient obtenu des tribuns pour se défendre, s’en servirent pour attaquer (…)
3 Discorsi, : « Gli ordini che ritirarono la repubblica romana verso il suo principio furono i Tribuni della Plebe, i Censori, e tutte le altre leggi che venivano contra all’ambizione ed alla insolenza delli uomini. »« Les institutions qui ramenèrent la République romaine vers ses origines, furent le tribunat de la Plèbe, le Censorat, et toutes les autres lois destinées à contrecarrer l’ambition et l’insolence des hommes. »
4 Considérations, p. 78 : « Le gouvernement de Rome fut admirable en ce que, depuis sa naissance, sa constitution se trouva telle, soit par l’esprit du peuple, la force du Sénat ou l’autorité de certains magistrats, que tout abus de pouvoir y put toujours être corrigé. »
5 Voir Levi-Malvano, Montesquieu et Machiavel, p. 85.
6 Discorsi, 1,I, XCI, XVII, XVIII. Cf. en particulier, le chapitre XVIII, 5, p. 109 : « Così come gli buoni costumi per mantenersi hanno bisogno delli leggi, cosî le leggi per osservarsi hanno bisogno de’ buoni costumi. »
7 C’est ce que n’a pas compris – ou pas voulu comprendre –, Marc Duconseil, qui rêvait d’un fascisme français... dans Machiavel et Montesqieu, recherche sur un principe d’autorité, Paris, Denoël, 1943.
8 Cf. Discorsi, chapitres IX et X.
9 Considérations, X, p. 85 : « Je crois que la secte d’Épicure, qui s’introduisit à Rome sur la fin de la République, contribua beaucoup à gâter le cœur et l’esprit des Romains »
10 Considérations, p. 31 : « On vit manifestement, pendant le peu de temps que dura la tyrannie des Décemvirs, à quel point l’agrandissement de Rome dépendait de sa liberté : l’État semblait avoir perdu l’âme qui le faisait mouvoir. »
11 Considérations, p. 28 : (À propos des commencements de Rome) : Rome étant une ville sans commerce et presque sans arts, le pillage était le seul moyen que les particuliers eussent de s’enrichir. » Cf. aussi p. 32 : « Les Romains se destinant à la guerre et la regardant comme le seul art (…) »
12 Considérations, p. 38 : « Les fondateurs des anciennes républiques avaient également partagé les terres. Cela faisait un peuple puissant, c’est-à-dire une société bien réglée. Cela faisait aussi une bonne armée, chacun ayant un égal intérêt, et très grand, à défendre sa patrie. »
13 Edward Gibbon, « Gibbon ’s Decline and Fall of the Roman Empire », Dent : London, Everyman’s Library, Dutton : New York, p. 291 (vol. 1).
14 Voir Robert Mauzi, L’idée du bonheur dans la littérature et la pensée française au dix-huitième siècle, Paris, 1960.
15 Cf. Gibbon’s Décliné and Fall of the Roman Empire, chap. I (tableau de l’Empire au temps des Antonins). P. Chaunu, dans Histoire et décadence, Paris, Perrin, 1981, porte un jugement analogue : « Rome, longtemps, a ruiné les Barbares, elle a creusé entre le monde civilisé et le monde de l’incertain, un vide. Jusqu’au tournant du IIe siècle. La fin de la conquête est la clef de la décadence référante. » (p. 198).
16 Cité par Henri Mazères, « De Machiavel et de l’influence de sa doctrine sur les opinions, les mœurs et la politique de la France pendant la Révolution. », Paris, Pillet, 1816, p. 20.
17 On la trouve résumée dans L’esprit des Lois, 1, VI, chap. XVII : « Parce que les hommes sont méchants, la loi est obligée de les supposer meilleurs qu’ils ne sont.
18 Émile Namer, Machiavel, Paris, PUF, 1961, p. 72 : « L’histoire des peuples n’est autre que l’histoire des États. Chaque état est ainsi composé d’êtres vivants qui défendent des intérêts communs et veulent s’assurer une prospérité solidaire ; c’est un être mieux organisé que les individus qui le constituent, justement parce qu’ils se sont donné une orientation qui accroît leurs forces et un chef qui les dirige. »
19 P. Chaunu, ouvr. cit., pp. 15-16 et pp. 106-114.
20 Moins fasciné qu’eux par la République romaine, P. Chaunu situe ce moment sous l’Empire : « Le turning-point, c’est le règne de Trajan, les premières années du deuxième siècle, (…) quand le point ultime d’extension possible est atteint. » (ouvr. cit., p. 201).
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