La poésie en ce jardin : structure architecturale du locus amoenus dans les Bucoliques de Virgile
p. 21-33
Texte intégral
1Le titre de cette communication met en rapport trois éléments : la poésie, le jardin et l’architecture du locus amoenus. Nous nous proposons de montrer comment Virgile, dans les Bucoliques, donne aux endroits qui accueillent le pâtre-chanteur au moment de la création ou de l’expression du chant une structure architecturale qui conduit à une typologie du lieu idéal à laquelle fait référence dans l’Énéide1 l’emploi de l’adjectif amoenus, et, plus tard, à la fin de l’époque antique, à ce « lieu rhétorique » que désigne l’expression locus amoenus2.
2Nous limiterons notre étude à l’exemple le plus complet de locus amoenus donné par Virgile dans son recueil : le lieu poétique construit autour de Tityre dans la Première Bucolique. La description en est faite en deux temps et le poète ne s’attache pas seulement à montrer en détail les éléments qui composent le paysage, mais il s’applique à mettre en évidence leur architecture et la manière dont ils structurent l’espace du chanteur. On en vient assez vite à penser que Virgile ne cherche pas à représenter un paysage réel, qu’il ne se contente pas d’illustrer d’exemples un lieu commun imposé par le genre pastoral, mais qu’il offre l’image d’un jardin idéal, fréquenté par un chanteur, pour symboliser la poésie et en définir la fonction.
A. L’unité d’un espace décrit en deux temps
3Un premier aperçu du lieu poétique est donné dès le début de la Première Bucolique :
Tityre, ô toi qui es couché sous le couvert d’un hêtre aux ramures étalées, tu t’essaies à composer un chant pastoral sur ton frêle pipeau ; nous, nous quittons le territoire de notre patrie et la douceur de nos champs labourés ; nous, nous sommes exilés de notre patrie ; toi, Tityre, allongé à l’ombre, tu enseignes aux forêts à redire en écho qu’Amaryllis est belle.3 (v. 1-5)
4Cette évocation, brève et nette, résume l’essentiel en montrant le poète au moment même de la création poétique. Elle situe le chanteur dans un espace délimité en hauteur par la tête de l’arbre et en surface par la zone d’ombre que couvre son feuillage sur le sol. Outre l’emploi des prépositions (sub : « sous le couvert » et in : « à l’ombre ») qui orientent selon les deux dimensions, verticale et horizontale, Virgile, pour suggérer qu’un édifice d’ombre se construit, emploie deux termes : tegmen qui désigne le toit, le « couvert » et patulae qui décrit l’étalement des branches du hêtre4. À tout jamais, pour les lecteurs de Virgile, l’image emblématique des Bucoliques, c’est celle de Tityre couché sous son hêtre.
5Le nom tegmen laisse entendre que la conception du lieu poétique doit à la fois à la maison et au jardin. P. Grimal a montré que le jardin s’apparente à la peinture qui, chez les Romains, orne les murs des grandes villas romaines5 dès le 1er siècle av. J.C. Mais, par la structure architecturale que le jardinier donne à la nature apprivoisée et ordonnée, le jardin reproduit aussi l’édifice de la maison6. Lorsque Virgile emploie tegmen pour montrer la forme si particulière des branchages du hêtre, il recourt à un terme qui désigne un élément matériel constitutif de la maison et qui, symboliquement, en évoque le rôle protecteur. Un des charmes du lieu poétique vient de ce qu’il offre une sécurité que l’on trouve dans la maison et que l’on cherche à retrouver dans le jardin. La familiarité et la sécurité peuvent être associées au jardin, alors que la nature sauvage que l’on affronte exceptionnellement ne donne pas envie que l’on s’y installe et peut même paraître effrayante.
6L’installation de Tityre surprend Mélibée, en raison du contexte historique de l’églogue. L’image d’un chanteur composant un poème à l’ombre d’un arbre résume et symbolise une situation que seule la paix rendait possible, mais qui paraît exceptionnelle à Mélibée en raison des troubles que connaît la Cisalpine. En effet, après la bataille de Philippes en 42, une partie des armées d’Antoine et d’Octave, qui l’ont emporté sur les républicains, a été licenciée. On a donné des terres aux vétérans renvoyés à la vie civile. Pour cela, beaucoup de paysans cisalpins ont été expropriés et privés, totalement ou partiellement, de leur domaine. Supportant mal l’installation dans la campagne des vétérans qui bénéficiaient des redistributions de terres, ils se sont révoltés contre ces décisions impopulaires7. La première Bucolique évoque l’agitation qui bouleverse la Cisalpine dans les années 41-40.
7Mélibée, chassé de son domaine, s’étonne que son voisin Tityre puisse rester là et poursuivre son activité pastorale et poétique. Lui-même quitte la campagne, il est donc en mouvement et ne s’arrête auprès de Tityre, immobile et bien installé, que le temps d’une conversation. Il se plaint de son sort misérable, imagine pour lui-même des exils lointains et décrit avec envie le bonheur de son compagnon, tandis que Tityre explique pourquoi il bénéficie de cette chance (fortunate traduit par « heureux », veut dire que la chance le favorise) ; parmi les diverses interprétations que les commentateurs ont données, retenons la plus simple : esclave d’Octave, Tityre est venu à Rome pour obtenir sa liberté et son ancien maître lui a permis de poursuivre ses activités antérieures et, sans doute, de continuer à faire paître les quelques bêtes qu’il possède8 sur des terres qui appartiennent au domaine public9. Bien que le terroir, marécageux et pierreux ne soit pas favorable à l’agriculture, il pourra y faire brouter ses quelques chèvres et ne connaîtra ni les angoisses, ni les dangers de l’exil :
Heureux vieillard, ainsi tes champs te resteront ! Et ils te suffisent, bien que la pierre à nu affleure partout et qu’un marécage borde les prés de jonc limoneux ; des pâturages inconnus ne mettront pas à l’épreuve tes femelles pleines ; elles n’auront pas à subir la contagion malsaine d’un troupeau voisin.10 (v. 46-50)
8Répétant l’apostrophe : Fortunate senex (« heureux vieillard »), Mélibée, tout en poursuivant son éloge admiratif, reprend dans la deuxième partie de sa réplique le premier thème abordé au début du poème : celui du lieu poétique. Lorsqu’il s’est arrêté auprès de Tityre, Mélibée a d’abord, d’un rapide coup d’œil, saisi la situation du chanteur sous un hêtre. Pendant le temps de leur conversation, Tityre n’a pas changé de place, et le lieu de la sieste que décrit ensuite longuement Mélibée, est vraisemblablement le même que celui du chant. La description se fait donc en deux temps qui correspondent à deux moments de la journée du pâtre : le loisir actif du chant et le loisir inactif du sommeil. La halte de Mélibée lui donne le temps d’observer en détail le paysage et la description suit les mouvements du regard de Mélibée qui d’abord s’est arrêté sur la position et l’installation du chanteur, puis a parcouru les divers éléments naturels qui complètent le premier paysage : des cours d’eau, une haie, un abri sous roche et un orme11.
Heureux vieillard, ici, au milieu des cours d’eau familiers et des sources sacrées, tu chercheras l’ombre et le frais. D’un côté, comme toujours, à la lisière du voisin, la haie, où les abeilles de l’Hybla butinent la fleur de saule, t’invitera souvent au sommeil par son léger bourdonnement ; de l’autre, au pied de la roche élevée, l’émondeur jettera sa chanson en plein vent ; ce qui n’empêchera pas cependant les ramiers, tes préférés, de roucouler, ni la tourterelle de gémir dans les airs, en haut de l’orme.12 (v. 51-58)
9Hic (« ici ») transcrit un geste de Mélibée, mais cet adverbe n’est pas seulement destiné à désigner l’espace qui s’inscrit « au milieu des cours d’eau... et des sources ». Il nous semble que hic évoque aussi l’endroit où Tityre est déjà installé en rappelant que la zone d’ombre qu’il occupe se trouve au milieu des ruisseaux et des sources et qu’il n’a pas changé d’endroit. Dans ce cas, la description du locus amoenus, amorcée dans les premiers vers, se poursuit grâce aux analyses et aux images que propose Mélibée : Virgile montre en détail ce lieu et ainsi, dès la première de ses Églogues, il énonce, en leur donnant un rôle, tous les éléments naturels que les autres poèmes reprendront ensuite, mais souvent de façon incomplète et allusive.
10Il convenait de distinguer, dans un premier temps, l’image fondamentale du hêtre qui abrite Tityre, mais l’ensemble du locus amoenus est plus vaste et la structure architecturale du paysage qui ménage des espaces multiples plus complexe et plus riche.
B. Le lieu poétique et le jardin
11Parce qu’il est chanteur et qu’il songe avec émotion et regret aux endroits familiers qu’il fréquentait et vient de perdre, Mélibée peut, mieux que tout autre, distinguer dans le paysage qui accueille Tityre les caractéristiques d’un espace propice à la création et à l’expression du chant. Sous son regard se construisent, au moyen d’éléments naturels très simples et très courants, divers espaces composés à partir des chanteurs qu’ils abritent et disposés autour de Tityre.
1. La familiarité
12Ce que le locus amoenus fréquenté par Tityre a de commun avec les jardins, c’est d’abord la familiarité qui unit le concepteur, mais surtout l’usager, à un endroit dont il connaît les moindres détails et qu’il peut utiliser pour son plus grand profit à divers moments : nota, quae semper (« connus », « comme toujours ») soulignent cette habitude. La connaissance liée à la fréquentation quotidienne d’un endroit traduit un ancrage rassurant et donne à celui qui travaille et se repose en un lieu le sentiment de le posséder vraiment puisque c’est là qu’il a organisé sa vie. Comme un jardinier, Tityre aussi est maître de « son » jardin.
2. L’organisation de l’espace
13Mélibée qui crée l’espace, en ordonnant les éléments du paysage, joue aussi le rôle du jardinier qui choisit la disposition des plantes, des arbres, des éléments de décor, et imagine par avance la façon dont ils seront construits pour répondre à une fonction : le repos ou la promenade. Ce qui rapproche le lieu poétique d’un jardin, c’est donc la volonté constructive de l’auteur (le jardinier est remplacé par un observateur étranger à cet espace particulier, mais connaisseur en la matière), son imagination et son intention, plus encore que les éléments naturels qui composent l’un et l’autre. Le lieu agréable que fréquente Tityre s’apparente aux parcs d’agrément dans lesquels les Romains cherchaient à combiner des structures rocheuses et végétales ; des espaces plus réduits étaient aménagés dans la vaste perspective du parc tout entier. De plus, la présence d’animaux et particulièrement d’oiseaux, comme ceux qui entourent Tityre lorsqu’il s’endort, ajoutait à l’agrément de ces lieux de loisir13.
14Tel le peintre ou le jardinier, le poète voit donc dans le désordre naturel du paysage une ordonnance parfois cachée, distingue des éléments fondamentaux et propose des perspectives. Mélibée élargit l’espace occupé par Tityre au-delà de la surface ombragée que définit la tête du hêtre. Aussi, dans le deuxième mouvement de sa description, se place-t-il d’abord du point de vue de Tityre pour préciser sa situation grâce à inter (« au milieu de ») qui ne désigne plus un espace vide, intermédiaire et inutile, mais qui sert à élargir la surface du lieu poétique au-delà de l’ombrage du hêtre. Puis, il indique la place qu’occupent, par rapport au chanteur endormi, les divers espaces associés à d’autres chanteurs : hinc… hinc (« d’un côté... de l’autre ») servent à disposer, en une composition élaborée, d’un côté, la haie de saule, de l’autre, l’abri sous roche et l’orme. L’emploi du datif tibi (« pour toi ») ainsi que d’autres marques de la deuxième personne : captabis, tua cura (« tu jouiras », « tes préférés ») montrent que cet ensemble est construit pour apporter à Tityre toutes sortes de bienfaits. Virgile, qui a distribué ces architectures de part et d’autre de Tityre, invite à en voir la cohérence et l’harmonie en les échelonnant verticalement : au sol, les ruisseaux et les sources, à mi-hauteur, la haie de saule, plus haut, l’abri sous roche et enfin, au-dessus l’orme, un grand arbre qui pourrait rivaliser avec le hêtre.
15Le créateur d’un jardin se met à la place de l’utilisateur qui jouit des charmes de chaque élément du paysage (une allée pour la promenade, l’ombre d’un arbre pour la sieste, une grotte écartée...), mais il se représente aussi l’image d’ensemble qu’offre le jardin à un regard extérieur. Ainsi Mélibée combine les deux points de vue14 : celui de Tityre qui ne voit que le dessous du hêtre et ses branches étalées au-dessus de lui perpendiculairement au tronc et celui de Mélibée qui voit l’image plus globale de Tityre couché à l’ombre et en est réduit à imaginer l’entrelacs des ramures du hêtre. En revanche il peut, mieux que Tityre qui est couché sur le sol, voir les eaux courantes et apprécier exactement la hauteur relative de la haie, du rocher et de l’orme. Comme peut le faire un peintre, Virgile organise donc diverses facettes de la réalité en combinant les images que Tityre et Mélibée peuvent voir ou connaître et il privilégie le mouvement du regard : il part de Tityre pour s’élever vers la tête du hêtre et redescendre vers le chanteur dans les premiers vers ; dans le deuxième ensemble descriptif, il part à nouveau de Tityre, couché au milieu des sources et des ruisseaux, puis s’élève progressivement vers la haie, l’abri sous roche et enfin le haut de l’orme. L’ensemble descriptif commence par un grand arbre et finit de même. Nous sommes conduits de la tête du hêtre à la cime de l’orme qui se détache sur le ciel, prolongée par la silhouette de la tourterelle. De tegmen (« le toit » du hêtre) à aeria (la silhouette de la tourterelle qui se détache « en plein ciel ») nous nous sommes encore élevés.
16Personne ne peut voir ainsi l’espace décrit puisque on nous le montre de l’intérieur et de l’extérieur à la fois, mais la description gagne en force symbolique ce qu’elle perd en réalisme. En effet l’image du toit (tegmen), évoquant la protection de la maison, nous fait entrer à l’intérieur du lieu poétique et symbolise ainsi la concentration du poète qui compose en son esprit un nouveau chant, tandis que la tourterelle qui peut voler dans le ciel (aeria), appartient au domaine imaginaire de l’air comme les brises (auras) qui emportent le chant hors du lieu poétique vers les forêts qui y répondent15 (« tu enseignes aux forêts à redire en écho qu’Amaryllis est belle », v. 4) ou vers le ciel où se tiennent, comme nous l’enseigne la Cinquième Bucolique, les divinités protectrices du monde pastoral et de sa poésie16.
17Les sensations et impressions visuelles qui varient selon les mouvements du regard correspondent aux sensations et impressions auditives : le chant et les échos qu’il suscite. En étudiant la conception virgilienne du chant, M. Desport17 a montré comment, pour des raisons physiques, certains éléments du paysage conviennent particulièrement à l’expression du carmen qu’ils peuvent renvoyer en écho. Virgile insiste souvent sur ces résonances que favorisent certaines structures naturelles : depuis le lieu qu’il occupe sous le hêtre, Tityre s’applique à faire chanter les forêts. Tout un jeu d’échanges poétiques s’instaure entre le poète et la nature, sans parler des cas où les pouvoirs magiques du chant peuvent soumettre à la volonté d’un poète les éléments naturels ainsi que les grands fauves18.
3. Les chanteurs et leurs espaces
18La richesse des images architecturales vient de ce que chaque partie du paysage, située en bordure du lieu poétique, est elle-même un espace abritant un chanteur. La diversité de ces architectures imite la liberté de la nature ainsi que les compositions savantes des jardiniers, dont l’ordre se cache sous un apparent désordre. Or ces espaces ne sont pas interchangeables, mais chacun est spécifique de son chanteur : ainsi, l’orme convient à la tourterelle qui se perche au plus haut de l’arbre. La plus longue perspective que Mélibée propose à notre regard suit la ligne oblique qui va de Tityre, couché sur le sol (au premier vers) à la tourterelle, tournée vers le ciel (au dernier vers). La situation du frondator au pied de l’abri sous roche fait penser à celle de Tityre et la répétition de la préposition sub (à sub tegmine fagi : « sous le couvert du hêtre » semble répondre en écho al ta sub rupe : « au pied d’un abri sous roche ») nous amènerait à conclure que frondator désigne un « émondeur >>, c’est-à-dire un paysan qui fait de la feuillée pour fournir une litière aux bêtes. On peut alors considérer que ce personnage constitue un double éveillé du chanteur endormi. Si l’on retient l’hypothèse d’un frondator-oiseau (une sorte de guêpier), il apparaît alors que seuls s’expriment pendant le sommeil du poète les chants de la nature19.
19Tityre, la tourterelle, le frondator sont des êtres singuliers clairement situés dans leurs espaces propres par des compléments circonstanciels. À l’inverse, la situation des pigeons ramiers reste beaucoup plus floue : ils sont en groupe, sans doute mobiles, si bien que l’on ne peut leur assigner une place dans un espace nettement délimité. Le désordre de leur mouvement empêche une situation précise. Je m’arrêterai plus particulièrement sur le cas des abeilles20 et de la haie de saule. Elles aussi sont nombreuses et bougent sans cesse ; mais leur petite taille, la nature de leur chant, un bourdonnement, qui tient du bruit autant que de la musique, expliquent peut-être qu’elles se détachent à peine de cette haie avec laquelle elles semblent en symbiose à tel point que l’on a l’impression que c’est la haie qui, en bourdonnant, endort le chanteur, comme le dit la syntaxe de la phrase (saepes Hyblaeis apibusflorem depasta salicti… suadebit signifie précisément : « la haie dont les abeilles de l’Hybla21 butinent la fleur... t’invitera »…, leui… susurro : « par son léger bourdonnement »).
C. La fonction des images d’espace
20L’attention que porte Virgile à la description du lieu poétique invite à penser que l’espace, comme le paysage, jouent un rôle dans la façon dont il conçoit la poésie.
1. Le chanteur intégré dans la nature
21Le lien qui unit les abeilles à la haie de saule est assez étroit pour qu’on ait l’impression que l’élément végétal s’est enrichi d’une composante animale. Il pourrait faire comprendre la portée de l’adjectif lentus employé pour décrire la position de Tityre allongé sous le hêtre ; car cet adjectif, qui convient pour dire la façon dont une liane épouse les contours d’un objet, suggèrerait ici, de manière figurée, l’insertion harmonieuse du poète dans l’espace qui l’accueille. Outre la position de Tityre, le moment particulier de l’endormissement, favorise la communion du poète et des forces de la nature : Tityre apparaît comme une sorte de divinité dont la vie est liée au biotope qu’il occupe, un peu comme le sont les Naiades ou les Dryades22. Mélibée, chassé du paradis, ressent plus fortement, quand il voit Tityre, l’impression que ce dernier, en obtenant le droit de rester dans ce coin de campagne, a été confirmé dans son rôle de divinité ou de génie de cet espace23. Si Virgile nous communique cette impression, c’est parce qu’il donne à cette image un sens symbolique et fait comprendre l’indicible : le lien mystérieux qui unit le poète au monde, au moment de l’inspiration et de la création. Tityre, protégé par l’ombre du hêtre, compose un poème et, au moment de la sieste, il se laisse bercer et endormir par les chants de la nature qui l’inspirent. Le sommeil constitue un moment mystérieux où l’être humain peut communiquer avec l’au-delà ou avec le monde divin. Le sommeil, mais aussi l’ivresse et la nature divine du vieux satyre, Silène, expliquent sans doute qu’il puisse, dans la Sixième Bucolique, rapporter les chants d’Apollon, dont les roseaux de l’Eurotas ont renvoyé l’écho, et célèbrer les mystères de l’univers.
2. L’idéalisation du lieu
22On a souvent répété que Mélibée fait apparaître un lieu paradisiaque24 dans une campagne pauvre et misérable. Car les terres sur lesquelles Tityre a obtenu le droit de faire paître les bêtes qui lui appartiennent n’ont pas été recensées par les agronomes parce qu’elles étaient trop stériles et trop pauvres pour entrer dans les remembrements et les distributions25 : quelques arpents pierreux et marécageux où l’on peut tout juste faire paître des moutons ou des chèvres.
23Mais les qualités du lieu poétique sont sans rapport avec la richesse agricole du pays. En dégageant une forme architecturale simplifiée et stylisée dans la diversité des paysages naturels, Mélibée définit une typologie du lieu poétique. P. Grimal26 a montré comment les éléments naturels qui dans les Bucoliques caractérisent ces lieux agréables (dans les vers qui nous intéressent apparaissent les arbres, les sources, la fraîcheur et l’ombre) appartiennent à deux traditions, la tradition littéraire, celle des poètes idylliques, mais aussi la tradition du jardin qui s’influencent réciproquement. Et il conclut ainsi sur les Bucoliques de Virgile : « la campagne de Virgile, une fois mis à part les apports italiens, qu’ils soient cisalpins ou romains, est à la fois celle des Idylliques grecs et celle qui est mise à la mode par les jardins », au résultat un paysage idéal. Ce paysage prend une signification symbolique et compose l’espace intérieur du poète, celui de la création qui associe l’effort et le don (Tityre éveillé, Tityre endormi).
24Cette idéalisation est complétée par des qualités morales et religieuses que Virgile associe au paysage. La fin de la Première Bucolique montre que Mélibée aussi s’adonnait au chant pastoral. C’est donc en poète qu’il reconnaît, décrit et célèbre ce qui fait la valeur du paysage. Il qualifie les sources par l’adjectif sacros sans autre précision : il ne dit pas de quel culte elles sont l’objet, parce que le lieu poétique serait alors particulier, propre à tel coin de Cisalpine, ancré dans l’espace géographique et le temps du poète. Au contraire, l’expression fontis sacros, par sa portée générale, traduit le caractère sacré de la poésie, activité divine parce que les dieux la pratiquent (Silène, Apollon) ou parce qu’elle divinise (Daphnis) : Virgile a projeté sur le paysage sa conception du carmen. La portée de l’adjectif dépasse le seul objet qu’il qualifie et colore la scène tout entière, ses personnages, les éléments naturels qu’ils occupent, leur rôle vis-à-vis du chanteur endormi : c’est l’inspiration poétique elle-même toute chargée de mystère qui est sacrée.
3. L’espace met en image la fonction du poète
25Dès les Bucoliques, Virgile, en élaborant un locus amoenus définit la fonction du poète. Il construit et ancre dans sa mémoire un paradis que sa poésie cherchera toujours ensuite à reconquérir. L’importance d’un personnage comme Tityre, dont on a répété qu’il était décevant par son égoïsme27, vient de ce qu’il est poète et l’espace construit du locus amoenus énonce sa fonction. Les Bucoliques offrent une série de moments merveilleux consacrés à la poésie ; ces moments dans leur perfection immobile sont symbolisés par les espaces clos et parfaits où se tient le chanteur. La fonction de ces images ne se limite donc pas à l’illustration de scènes de la vie pastorale.
26La structure architecturale de l’espace dans les images que nous venons d’étudier montre que la mission du poète consiste à créer l’ordre à partir du désordre, à convertir les forces négatives et destructrices en valeurs positives, le malheur en bonheur. Nous avons suivi le regard de Mélibée qui compose en un jardin ordonné des éléments que la nature offre en désordre. À partir d’une réalité misérable, surgit un lieu idéal, c’est à dire que Mélibée impose au paysage sa vision de poète et métamorphose un endroit ingrat en un paradis. Rien d’étonnant à ce que l’adjectif amoenus, qui évoque un espace que Virgile porte en lui-même comme l’image symbolique de la création poétique, ne figure pas encore dans les Bucoliques, où ce lieu idéal est en cours de définition, mais qu’il apparaisse plus tard, dans l’Énéide, pour évoquer le séjour des bienheureux28.
27Les Bucoliques, malgré les troubles de la guerre, expriment la perfection du chant arcadien. La construction strophique des cinq premiers vers, l’insistance de Mélibée à peindre la situation de Tityre ainsi que l’effet d’écho de l’apostrophe à Tityre, appuyée par le pronom de deuxième personne et l’inversion des termes (« Tiyre, toi » v.1 et « toi, Tityre » v. 4) rendent compte du pouvoir du carmen en faisant écho aux chants de Tityre : le contraste est grand entre son bonheur et le malheur des paysans exilés, mais au-delà du scandale moral, Virgile célèbre la présence d’un poète en Cisalpine. Dans la Neuvième Bucolique, plus triste et plus grave, on ne peut plus chanter dans les environs de Mantoue, mais un poème composé naguère et construit comme une strophe lyrique29 qui, par des répétitions, se clôt sur elle-même, évoque un locus amoenus dont le poète garde la mémoire et dont il cherchera à faire triompher les valeurs. Visionnaire et prophète, le poète organise le monde et promet que le loisir poétique des Bucoliques est logé dans un espace idéal. Ce dernier traduit l’espace intérieur que porte en lui le poète et symbolise son œuvre de création. De telles images de perfection donnent au poète les moyens de lutter contre le réel et de le métamorphoser, même si, dans les Géorgiques, l’homme est confronté à la dure réalité du travail ou si, dans l’Énéide, le héros doit affronter les épreuves déjà évoquées dans les Bucoliques : celles de l’exil et de la guerre. Les Bucoliques constituent un art poétique, puisqu’elles définissent la fonction du poète, mais elles n’ont rien de théorique : leurs images illustrent le propos qu’elles sous-tendent.
28Il n’est de jardin poétique que par la composition d’un espace et cet espace se construit grâce au regard qui dispose, ordonne et compose une architecture, mais aussi par l’imagination et la mémoire. Mélibée distingue dans la confusion du paysage naturel un édifice dans lequel Tityre occupe la première place et dont l’architecture est complétée par des espaces secondaires habités par d’autres chanteurs. Le locus amoenus, familier, ordonné autour du chanteur, s’oppose, si l’on songe à l’Énéide, aux lieux d’exil et d’errance, inhospitaliers, menaçants, sauvages en ce sens que souvent l’homme n’y a pas encore apporté l’ordre de la civilisation. Dans les Bucoliques, l’espace n’est pas le vide, un élément négatif et dépourvu de sens, il devient au contraire un lieu chargé de signification, rempli de mystère et de sacré et il symbolise ainsi la fonction du poète qui cherche à trouver le sens caché du monde et à convertir les éléments négatifs en valeurs positives. Il semble enfin que le poète ait besoin d’ancrer son imaginaire dans ce lieu mythique dont la perfection lumineuse rend supportable le travail patient de l’écriture poétique.
Notes de bas de page
1 Virgile décrit ainsi l’arrivée d’Énée conduit par la Sibylle dans le lieu où séjournent les âmes des bienheureux aux Champs Élysées : deuenere locos laetos et amoena uirecta / fortunatorum nemorum sedesque beatas (v. 638-639) : « ils parvinrent enfin aux espaces riants, aux aimables prairies des bois fortunés, les demeures bienheureuses » (traduction de J. Perret, Virgile, Enéide V-VIII, C. U.F., Paris, Les Belles Lettres, 1978).
2 Dans son ouvrage intitulé : Le chant initiatique. Esthétique et spiritualité de la bucolique, Genève, Ad Solem, 2000, D. Millet-Gérard explique que c’est à l’époque d’Isidore de Séville que l’expression locus amoenus est devenue un « lieu commun » de la rhétorique, « celui du paysage agréable, "idyllique", dont les éléments, empruntés aux descriptions antiques, se codifient au cours des siècles. » (p. 71)
3
Traduction personnelle des vers suivants :
Tityre, tu patulae recubans sub tegmine fagi siluestrem tenui musam meditaris auena ; nos patriae finis et dulcia linquimus arua ; nos patriam fugimus ; tu, Tityre, lentus in umbra, formosam resonare doces Amaryllida siluas.
4 M. Desport, dans L’incantation virgilienne, essai sur les mythes du poète enchanteur et leur influence dans l’œuvre de Virgile, Bordeaux, Delmas, 1952, pour rendre l’adjectif patulae qui qualifie fagi, emploie p. 19 l’expression : « le hêtre parasol ».
5 Citons un exemple commenté par A. Maiuri, La peinture romaine, coll. Les grands siècles de la peinture, Skira, Genève, 1953. La maison de Livie offre un exemple de la peinture de paysage. L’auteur ajoute p. 32 : « Des peintures de jardins dormaient à l’intérieur même des maisons l’illusion de ces ombrages frais et agréables, de ces savants arrangements de jardins dont les Romains héritèrent le goût des pays de l’Orient hellénistique. Un merveilleux ensemble de ce genre se trouve à la Villa romaine de Livie à Prima Porta, où une salle entière, à demi-enfouie dans la terre, se transforme magiquement en un fabuleux verger ». On pourrait citer également les paysages de l’Odyssée qui ornaient une villa de l’Esquilin. Une analyse détaillée des motifs de la peinture romaine est faite par A. Barbet, La peinture murale romaine. Les styles décoratifs pompéiens, Picard, 1985.
6 P. Grimal, L’art des jardins, PUF, Que sais-je ? n° 618, Paris, 1974, en particulier p. 8 : « Il n’est pas un jardin qui ne soit, à quelque degré, un tableau offert aux yeux et, en même temps, une création architecturale, car il est lié à la demeure humaine et il en reçoit les servitudes. »
7 Pour le récit détaillé des événements, on se reportera à l’ouvrage de R. Syme, La révolution romaine, nrf Gallimard, 1967, et en particulier au chapitre XV intitulé : Philippes et Pérouse, pp. 194-206. P. Veyne dans « L’histoire agraire et la biographie de Virgile dans les Bucoliques I et IX », RPh, LIV, 1980, pp. 233-257, pense que Virgile s’est fait le porte-parole de ses compatriotes et intitule sa première partie : Virgile, défenseur du territoire de Mantoue (p. 234).
8 P. Veyne, op. cit., intitule sa deuxième partie : Tityre, affranchi d’Octave, et les esclaves colons, p. 245 et il rappelle que F. Plessis se demandait comment Tityre venu à Rome pour son affranchissement avait pu recevoir d’Octave l’autorisation de poursuivre ses activités en Cisalpine. P. Veyne ajoute : « on doit la bonne clé à Jacques Perret : Tityre est un affranchi d’Octavien » (p. 245). Mais dans Virgile, Les Bucoliques, édition, introduction et commentaire, PUF, 1970, J. Perret, comme le signale P. Veyne, parle de Tityre (note au vers 27, p. 20) comme d’un esclave dont le maître a été dépossédé si bien que Tityre est devenu l’esclave du fisc. Cette hypothèse est contestée par P. Veyne.
9 Cf J. Perret, op. cit. La suite de la note au vers 27 p. 20 contient un résumé de la situation de Tityre et une évaluation vraisemblable de ses biens : un petit terrain et le droit de pâture sur des terres qui ne lui appartiennent pas. On se reportera à P. Veyne, op. cit., sur cette question des biens de Tityre.
10
Traduction de E. de Saint-Denis, Virgile, Bucoliques, C.U.F., Paris, Les Belles Lettres, 1967 pour les vers suivants :
Fortunate senex, ergo tua rura manebunt !
Et tibi magna satis, quamuis lapis omnia nudus limosoque palus obducat pascua iunco ; non insueta grauis temptabunt pabula fetas, nec mala uicini pecoris contagia laedent.
11 Les images de l’espace sont ainsi liées au temps. Le premier coup d’œil de Mélibée porte sur Tityre et ne dépasse pas l’espace d’ombre qui l’abrite. Puis, durant le temps de la conversation, Mélibée élargit son champ de vision et promène ses regards sur diverses parties du paysage qu’il énumère et décrit conformément à la perspective naturelle qu’il adopte. Cette perspective est ainsi définie par Th. lamirault, La Nature mise en perspective dans l’art de la peinture et l’art des jardins, Economica, Paris, 1997. L’auteur écrit p. 20 : « La perspectiua naturalis représente les objets de l’espace tels qu’ils sont perçus selon une succession de coups d’œil ».
12
Ibidem :
Fortunate senex, hic inter flumina nota et fontis sacros frigus captabis opacum.
Hinc tibi, quae semper, uicino ab limite saepes
Hyblaeis apibus florem depasta salicti saepe leui somnum suadebit inire susurro ; hinc alta sub rupe canet frondator ad auras, nec tamen interea raucae, tua cura, palumbes, nec gemere aeria cessabit turtur ab ulmo.
13 Dans l’ouvrage de P. Grimal, Les jardins romains, Fayard, 1984, la 3e partie intitulée : « Les thèmes des jardins » étudie les rapports entre les jardins et l’architecture, puis les jardins et la nature.
14 On trouve représentées dans l’œuvre de M.C. Escher ces images impossibles dans lesquelles plusieurs points de vue sont superposés ou enchaînés : ainsi la lithographie de 1956, intitulée Exposition d’estampes, montre à la fois l’intérieur d’une galerie d’art que visite un homme et l’une des œuvres devenue par l’imagination de cet homme une ville au bord de la mer (Senglea à Malte) dont les maisons échelonnées sur une pente en viennent à surplomber la galerie d’estampes qui semble donc faire partie de cette ville qui la contient, alors que la ville est une des estampes contenues dans la galerie. Cf B. Ernst, Le miroir magique de M.C. Escher, Chêne, 1976, p. 36.
15 Dans les pages 19 sqq, M. Desport, op. cit., souligne l’importance de l’écho dans le carmen virgilien, puis analyse le rôle des forêts, cadre du chant bucolique qui s’adresse à elles. La poésie « silvestre » éveille les échos dans la nature à qui elle apprend à chanter. Parlant de l’association entre les forêts et le chant humain, l’auteur écrit p. 27 : « l’association fondamentale établie par Virgile entre le chant et le cadre sonore comporte une valeur et une explication non seulement psychologiques, mais poétiques, car elle est, à chaque fois, un cas du pouvoir de l’Incantation ».
16 Les deux chants alternés de B5 sont consacrés au héros Daphnis, pâtre et chanteur ; le premier déplore sa mort et le second célèbre sa résurrection : Daphnis connaît une immortalité astrale qui fait de lui un protecteur des espaces pastoraux dans lesquels il a vécu.
17 M. Desport, op. cit. Bien des analyses pourraient être citées, mais on retiendra en particulier, p. 27, l’expression « cadre sonore et chant » qui insiste sur ce lien qui découle de la nature d’un lieu particulièrement propice à l’expression du chant. Nous avons traduit par chant pastoral l’expression musa siluestris que commente, p. 24, M. Desport qui, p. 22, a donné à un paragraphe le titre de « la poésie silvestre » : « Cette façon de dire, musa siluestris, correspond chez Virgile à toute une conception de la poésie qui lui est personnelle, celle de la poésie puissante dans la nature (les siluae représentant... le site pastoral italien) ». Cf note 15.
18 M. Desport, op. cit., p. 151, à propos d’Orphée dans les Géorgiques, IV 509 « mulcentem tigris et agentem carmine quercus » (« apaisant les tigres et mettant en mouvement les chênes par son chant »). L’expression est quasiment traduite dans le commentaire qui suit : « Virgile nous le (Orphée) montre dans sa pose naturelle, entouré des fauves cruels domptés et des arbres animés », alors que l’enchanteur est seul et désespéré après avoir perdu Eurydice.
19 Les commentateurs s’interrogent sur la nature du frondator : oiseau ou émondeur ? On trouvera des références bibliographiques et un résumé de la question dans la note au vers 56, pp. 103-104 de E. de Saint-Denis, op. cit., note 6.
20 Virgile a transposé dans le paysage la légende de l’esclave Comatas qui fut enfermé par son maître dans un coffre et y passa tout un été, nourri par les abeilles : la haie protège Tityre et « ferme » l’espace qu’il occupe, les abeilles le « nourrissent » de leur chant, cf A. Thill, « Alter ab illo ». Recherches sur l’imitation dans la poésie personnelle à l’époque augustéenne, t. I et II, Université de Lille, 1976. L’auteur écrit pp. 82-83 : « Quant au "divin Comatas", allongé sous le pin ou l’yeuse, faisant douce musique (Id. VII, 88-89), c’est déjà le Tityre de la première Bucolique, étendu sous le couvert d’un hêtre touffu et modulant un air champêtre sur un frêle pipeau. »
21 La mention de cette montagne fait référence à la Sicile de Théocrite. L’Hybla apporte la connotation grecque et savante d’une poésie qu’influence l’alexandrinisme et, en même temps, Virgile transforme un site réel en une référence mythique : le qualificatif « hybléen » devient épithète d’excellence et contribue à idéaliser le locus amoenus. Cf. Infra, C.2 L’idéalisation du lieu.
22 Ronsard rappelle encore que la vie des Nymphes est liée à celle de l’arbre qu’elles habitent et dont en même temps elles sont le principe vivant, cf. « Contre les bûcherons de la forêt de Gastine », Élégies XXIV (V. 21-22) : « Ne vois-tu pas le sang, lequel dégoutte à force / Des Nymphes qui vivaient dessous la rude écorce ? »
23 Tityre lui-même a conscience du caractère exceptionnel de la grâce qui lui est faite et considère Octave comme un dieu : « C’est un dieu, Mélibée qui nous a accordé ces loisirs » : O Meliboee, deus nobis haec otia fecit (v. 6). Tout ce qui concerne Tityre (événements, atmosphère, activités, loisir...) est imprégné d’une grâce particulière.
24 J. Perret, op. cit., note p. 23 aux vers 51-58 : « Le paysage ingrat des v. 47-48 se transforme brusquement en un paradis ».
25 J. Perret, op. cit., p. 23, note au vers 47.
26 P. Grimai, Les jardins..., pp. 382-383.
27 Cf J. Perret, op. cit., p. 26 note aux vers 79-83. On se reportera aussi à M. Desport, op. cit., lorsqu’elle énumère les défauts de Tityre p. 19 : « dépensier, paresseux, paillard, buveur », mais insiste ensuite sur ce qui fait sa valeur : « Mais il a sa flûte, il a le loisir qui permet le jeu poétique, et l’ombre des forêts, sous le couvert du hêtre parasol ».
28 Cf. note 1.
29 Voici, traduits par E. de Saint-Denis, les vers 40-43 de B9 : « Viens ici, Galatée ! à quoi bon jouer dans les flots ? Ici, le printemps rutile ; ici, au bord des cours d’eau, la terre épand ses fleurs diaprées ; ici, le peuplier blanc surplombe ma grotte, et les vignes souples tissent des ombrages. Viens ici ; laisse les vagues folles battre le rivage ». La femme aimée est invitée à se rendre dans ce locus amoenus pour un jeu qui n’est pas seulement le jeu amoureux, mais plus probablement le jeu poétique.
Auteur
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Françoise Daspet
Université Michel de Montaigne
Bordeaux 3
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