L’exil de l’inconnu
p. 113-147
Texte intégral
Présentation
1Léonard de Chaumelz (Chaumelez), auteur de libelles contre l’Ormée et des Œuvres de l’inconnu sur les mouvements de Guyenne dédiées à Monseigneur l’éminentissime cardinal Jules Mazarin, est un magistrat bordelais, conseiller à la cour des Aides. En 1652, il publie chez Gilles Dubois, libraire et relieur ordinaire du Roi, puis en 1653 chez Pierre Targa, imprimeur de l’archevêché de Paris. La stratégie éditoriale de l’auteur évolue. Ses textes sont tout d’abord édités isolément, puis, après la reddition de Bordeaux, ils sont réunis en un recueil qui offre un « tableau ou toutes les bonnes et mauvaises passions qui nous ont abattus ou soutenus pendant les mouvements de ces derniers troubles sont fort grossièrement mais assez ingénument ébauchés »1. Cette « peinture » dédiée au cardinal Mazarin, témoigne de la fidélité du bordelais à la cour mais aussi de son désir de se voir reconnu. L’épitre établit ces liens en jouant sur la polysémie du mot inconnu désignant à la fois un personnage, le polémiste, et le recueil.
Qui peut m’empêcher d’espérer que cet Inconnu qui s’est élevé comme un météore dans le nuage de nos guerres civiles se trouvant à votre opposite recevra le brillant et l’éclat qui rejaillit toujours de la présence de votre personne ? et puisque vous êtes cette grande lumière qui éclaire le Monde très Chrétien, ne dois-je pas attendre de votre aspect toutes les belles impressions capables de me faire regarder ? […] cet Inconnu, Monseigneur, le sera toute sa vie si V.E refuse de le reconnaître, il sera sans nom s’il est sans votre aveu, il sera sans honneur s’il n’a pas celui de vous avoir agréer. Enfin, Monseigneur son existence sera de même durée que la faveur que vous lui ferez2.
2Seul le ministre a le pouvoir de faire exister l’œuvre, qui de rien deviendra quelque chose, et son auteur qui de sujet anonyme deviendra sa créature. Il semblerait cependant que le pouvoir de Mazarin de « tirer l’être du néant »3 n’ait pas agi sur lui car nous ne retrouvons sa trace qu’en 1667 avec la publica tion des Devises panégyrique pour Anne d’Autriche 16674. Un texte à contretemps si notre auteur espérait une reconnaissance financière : la reine mère est morte et Louis XIV bien occupé à vivre joyeusement.
3Les motivations qui poussent Léonard de Chaumetz à écrire et publier ne peuvent se réduire à des ambitions politiques, il semblerait qu’au-delà des enjeux annoncés, il y ait une volonté de partager une culture et un plaisir de raconter comme le montre la pratique de la réédition. L’exil de l’inconnu écrit en 1652 à Bordeaux a été édité à Paris5 en 1653 chez Pierre Targa sous le titre de L’exil de l’inconnu dédié aux exilés de la Ville de Bordeaux, il a été peu de temps après intégré dans le recueil intitulé Œuvres de l’Inconnu sur les mouvements de Guyenne paru fin décembre de la même année chez le même éditeur, la mention des dédicataires ayant été supprimée puisque l’ensemble de l’ouvrage est dédié à Mazarin. Ce livre réunit six textes dont cinq ont déjà été publiés à part sous des titres différents souvent beaucoup plus longs. La simplification des titres correspond à une volonté de conférer une unité au recueil, en témoignent les deux premiers dialogues qui à l’origine étaient des pièces à part et qui se trouvent réunis pour devenir les deux premières parties d’un triptyque dont le troisième pan se trouve à la fin de l’ouvrage6. Le panneau central est composé de trois textes intitulés Les larmes de Thémis sur le sujet de la Cessation de la Justice et de l’expulsion du Parlement hors la Ville de Bordeaux en l’année 1652 ; L’exil de l’Inconnu et La voix du peuple est la voix de Dieu, contenant les remontrances faits par les peuples de Guyenne à Monseigneur le prince de Conty sur le sujet de la paix. Notre libelle se trouve au centre de cette composition, il est singulier par la concision de son titre, son sujet à caractère privé et la mise en scène énonciative qu’il augure. Le polémiste transforme dans la table des matières le titre originel du texte qui devient « L’Exil de l’Auteur ». L’on connaît l’ambivalence du mot auteur qui est un personnage de papier et ne saurait être confondu avec la personne de Léonard de Chaumetz. Cependant ce titre pointe une figure autre que celle de l’inconnu et produisant une attribution de type autobiographique. « L’auteur » rapporte un événement qui l’a frappé, reléguant ainsi les affaires de Bordeaux au second plan. Léonard de Chaumetz modifie ainsi le système énonciatif spectaculaire qui régit l’ensemble de ses textes car il abandonne momentanément la figure de la prosopopée induite par la scénographie des dialogues avec la ville, des plaintes d’une Thémis en larmes ou de la voix du peuple, pour adopter un autre point de vue celui du témoignage. Un témoignage particulier qui ne se réduit pas à une écriture qui veut être au plus près de l’événement, et qui fait montre d’une sorte d’objectivité propre à un compte rendu circonstancié mais qui est aussi centrée sur l’expression d’un point de vue original, une manière inattendue de parler de soi et d’appréhender le traumatisme de l’exil. C’est ce que montre tout d’abord la composition du libelle.
4Le texte s’ouvre sur un vaste panorama d’activités qui occupent l’exilé et qui vont des recherches scientifiques aux jeux les plus fantaisistes. Après avoir critiqué ces passe-temps frivoles ainsi que tous les hommes qui s’occupent à se distraire des « amourettes de Pétrarque ou des coyonneries d’Aristote » et « négligent la méthode de parvenir à la vie heureuse », notre polémiste s’interroge sur les raisons de la guerre. En magistrat rompu à l’art de la rhétorique, il disserte sur l’universalité de la guerre à l’aide d’exemples puisés dans la Bible, la mythologie, l’histoire antique et contemporaine, et démontre son inutilité en réfutant les justifications du politique et de l’astrologue à l’aide d’arguments tirés des philosophes antiques, d’ouvrages d’astronomie voire d’alchimie, et de philosophie naturelle.
5Le narrateur évoque dans un second temps son exil, conséquence directe de la Fronde qui dure « depuis cinq ans ». Il rapporte les circonstances de son départ, en décrivant rétrospectivement la manière dont il a appris son bannissement7, la visite de Bonnet, Villars et Dureteste venus le rançonner chez lui pour lui éviter l’exil, sa fuite le lendemain à l’aube et les péripéties de son voyage pour se rendre dans sa maison de campagne. Enfin, dans un troisième temps, il évoque les activités et les pensées qui viennent le distraire de son exil : il adresse un vibrant hommage à Jean Ogier de Gombauld, établit un long parallèle sur les avantages de la campagne sur la ville, et, après avoir décrit ses promenades sur les rives de la Dordogne à travers des tableaux comme la pêche d’un héron, le travail d’une jeune bergère filant sa laine ainsi que les méditations philosophiques que lui inspirent ces scènes, il conclut sur une envolée lyrique dans laquelle il se peint en nouvel Ulysse.
6Le contenu narratif est loin de rendre compte de la singularité de ce pamphlet satirique qui mélange les tons et des registres a priori incompatibles comme l’héroï-comique et l’élégiaque, le satirique, l’épidictique pour se faire tour à tour dissertation philosophique, témoignage historique, roman picaresque, apologie, pastorale.
7L’écriture est une manière de dominer l’événement, d’être capable d’en faire un récit d’autant plus distancié qu’il touche intimement. Cela explique notamment cette volonté de faire rire son lecteur. Des figures surgissent au détour des épisodes : un notaire valétudinaire affublé d’un idiolecte digne d’un homme du XVIe siècle, et que l’on imagine « caprioler la volte et danser la pavane » ; des chefs de l’Ormée « troussés en gladiateurs », ou encore une vieille Roussinante tout droit sortie du roman de Cervantes. La dimension agonique de ce registre est bien sûr manifeste car tous ces épisodes comiques attaquent les acteurs de l’Ormée, les petits comme les Dureteste, Villars et Bonnet mais aussi les « grands » comme le prince Conti appelé non sans ironie « un des grands génies de notre siècle ».
8Sur le plan littéraire, la scénographie énonciative reste cependant le point le plus original de ce libelle, elle est le signe d’une dynamique de pensée qui sollicite un savoir encyclopédique et mobilise de multiples genres textuels. Pour interroger le sens de l’événement qui le frappe, le narrateur devient philosophe, il disserte sur les origines et les causes de la guerre, il médite sur les exemples passés pour accepter le présent. Pour rapporter l’événement, il devient romancier et renvoie son lecteur à une expérience du picaresque. Outre les motifs décrits plus haut, la mise en scène énonciative se théâtralise ; le narrataire se trouve en effet invité à « prendre part au divertissement » par un bonimenteur garantissant qu’il n’y perdra « ni plus de temps ni plus de patience qu’à lire un chapitre de Roman, une Fable ou une Gazette ». Le dialogue s’instaure, le narrateur feignant de répondre à une demande : « Je vois bien que vous êtes en inquiétude de savoir de quoi devinrent mes trois gredins » ou annonçant qu’« il ne fera pas l’Esthiographie des trois gredins ». Enfin, pour rapporter son expérience de l’exil, le narrateur tient un journal de ses pensées et le libelle devient débat intérieur. Le héros songe par exemple à Jean Ogier de Gombauld :
Souviens-toi de cet ami de Xaintonge8, que tu t’es si souvent proposé comme l’idole du souverain bien, […] Pourquoi est-ce donc qu’étant en paisible possession de cette demeure qui fait les honnêtes hommes tu n’aimes pas en ta personne ce que tu estimes tant en la sienne ?
9Il tente encore de se ressaisir alors qu’il se promène dans la campagne environnante :
Quoi ! disais-je, n’es-tu pas ingrat si tu ne loues Dieu de t’avoir tiré des confusions de Ninive pour te conduire dans la région du repos et de l’ordre où les ondes mêmes vivent avec tant de concorde et d’égalité ? N’es-tu pas méconnaissant si tu ne bénis le conseil qui a résolu ton exil et la main qui en a signé l’ordonnance ?
10Ces dédoublements procèdent de l’auto-analyse, d’une volonté de résister contre l’abattement qui menace l’exilé. La distanciation s’accomplit parfaitement dans la dernière scénographie énonciative. Dans le sommaire conclusif, le narrateur s’éloigne de son personnage et parle de lui à la troisième personne pour offrir une vision dépersonnalisée de soi : « C’est ainsi que l’inconnu passait heureusement les heures de son exil, c’est ainsi qu’il goûtait à longs traits une douceur qu’il n’avait pas méritée ».
11L’écriture devient thérapie, en s’autoreprésentant l’auteur se distancie de l’événement, le vu et le vécu s’efface au profit du lu et du pensé comme en témoignent ces scénographies protéennes qui transforment notre narrateur en personnage baroque. En ce sens le libelle qui a perdu sa charge polémique pour transformer un événement politique en expérience personnelle reste un témoignage inestimable de « l’art de l’éloignement »9.
12Cette édition s’appuie sur deux imprimés de ce libelle, L’exil de l’Inconnu dédié aux Exilés de la ville de Bordeaux (Paris, Pierre Targa, 1653, 52 p.) et la version intitulée l’Exil de l’Inconnu, se trouvant dans les Œuvres de l’inconnu sur les mouvements de Guyenne, dédiées à monseigneur l’éminentissime cardinal Jules Mazarin (Paris, Pierre Targa, 1653, p. 141-221). Nous avons modernisé l’orthographe ainsi que la ponctuation.
Annexe
Texte
(p. 141)10 Que la nature est juste lorsqu’elle partage l’esprit aux hommes à proportion de leur curiosité ! Mais qu’elle semble inégale quand elle inspire en même sujet11 beaucoup de désir des Sciences et peu d’esprit pour y parvenir ! Grand Dieu s’il avait plu à votre Providence [de] me donner moins d’amour pour les belles choses, ou plus de lumières pour les connaître, que ma vie serait pleine de joie et que mon exil aurait de douceur !
Je ne m’occuperais pas à la recherche (p. 142) du flux et du reflux de l’Euripe12, des fumées sulfurées du Vésuve, ni des fièvres chaudes du mont Gibel13, je ne m’exercerais pas aussi à faire des poupées, à façonner des pigeons à bois14, à charpenter des jouets d’enfant comme un philosophe Tarentin15, ni à monter sur la scène, à percer des pommes vertes avec les doigts ou gober des mouches comme les Césars16 ? Je ne suivrais point Thyanée17 aux Indes pour voir un magnifique professeur assis sur un trône d’or dicter des leçons d’astrologie et discourir de l’économie des Cieux, de leurs circulations, de leurs offices et de la nature des Astres qu’ils contiennent. Je ne perdrais point le temps à disputer du temps, à mesurer l’apogée18, à régler l’intervalle des globes, à distinguer les zones, à ponctuer les climats19 ; je ne m’empresserais pas à tenir registre des étoiles vieilles et nouvelles, je n’irais pas voyager dans ces nouveaux mondes que la curiosité moderne a découverts dans le cercle de la Lune20. Enfin je ne gênerais point mon esprit pour le faire déposer21 contre la vérité des siècles et lui faire imaginer des êtres plus anciens que le monde même22.
(p. 143) Ces recherches sont spécieuses23 et éclatantes mais elles plaisent plus qu’elles n’instruisent. Elles donnent plus de vanité que de sagesse, et je me suis étonné cent fois que l’homme né pour les sciences, en qui la nature a imprimé cet appétit insatiable et qui peut être appelé après un Saint Père l’animal de la sagesse et de la gloire, ait toujours l’estomac ouvert à l’avidité des connaissances pèlerines24 et étrangères et toujours resserré à celle de lui-même ; que l’homme s’empresse d’entendre ce qu’il ne pénètrera jamais et qu’il néglige d’apprendre la méthode de parvenir à la vie heureuse dont il porte les premiers traits et les semences originelles25 ! Qu’il veuille disputer des droits des Couronnes, de la décadence des Empires et du changement des États, qu’il s’intrigue de savoir par circonstances tous les différends des maisons de France et d’Autriche, du Turc et du Persan, du Tartare et du Moscovite, qu’il veuille discourir pertinemment de la défection des Catalans, des nouveautés d’Angleterre, des entreprises des Cosaques ; qu’il laisse derrière lui les Colombs et les Magellans26 et qu’il passe dans (p. 144) des régions qu’ils n’ont jamais vues pour chercher quelque nouvelle douceur à sa curiosité, et que ce même homme ne donne jamais un coup d’œil sur les démarches de ses affections ! Qu’il souffre avec indifférence le débat entre les vertus et les vices, la dissension entre ses habitudes et le mauvais ménage entre toutes les passions qui l’agitent ! Qu’il sente avec mollesse l’ambition qui le dévore, la haine qui le brûle, l’avarice qui le dessèche et l’amour déshonnête qui le consume, que ce Sage pense avec contention27 d’esprit que deviendra Dom Jean de Bragance28 si le roi d’Espagne fait sa paix, et qu’il ne prenne aucun soin de savoir que deviendra sa raison si les dérèglements achèvent de la corrompre ! Qu’il se tue à comprendre tous les divers mouvements de l’Astrolabe29 et qu’il s’oublie de régler les siens propres. En un mot, je m’étonne que cette inclination curieuse passe avec tant de complaisance sur toutes les sciences vaines ou indifférentes et qu’elle s’arrête si peu sur les solides et les nécessaires ! Qu’on se remplisse la cervelle des sornettes d’Aristophane30 et que le Timée de Platon31 manque de partisans ! (p. 145) qu’on soit ravi des amourettes de Pétrarque32, de coyonneries de l’Arioste33 et des burlesques de Rabelais34, et qu’on n’ait pas d’amitié pour la Morale d’Épictète35.
Si j’avais donc autant d’esprit qu’il en faudrait, je voudrais l’appliquer tout entier à résoudre une question qui me travaille depuis cinq ans36 : savoir pourquoi les hommes se font la guerre. C’est sans doute ou par nécessité, ou par élection, mais ce ne peut être par nécessité, parce que la nature est trop jalouse de ses ouvrages pour leur imposer une si dure loi : quoiqu’elle travaille sur le corruptible elle a toujours l’éternité pour objet, elle ne fait aucune chose pour la ruiner par elle-même et ne se plait pas à mettre au jour des créatures pour les étouffer par leurs propres mains : elle imprime au contraire en tous les sujets un ardent désir de propagation avec une ambition secrète de se perpétrer, ce qui est opposé aux mouvements de la guerre qui ne tendent qu’à détruire la plus noble des espèces. Si c’est par élection, d’où vient cette haine dénaturée ? d’où descend cette indignation immortelle ? d’où procède cette cruelle inimitié que (p. 146) six mil ans n’ont pu réconcilier ? Pourquoi faut-il que le premier homme engendré ait trempé ses mains dans le sang du second, que le premier roi de Rome ait cimenté les murailles de sa ville avec le sang de son frère, que cet empire ait demeuré si longtemps parcellisé37 et souffert tant de funestes succès38 par les querelles d’un beau-père et d’un gendre ? Pourquoi faut-il que le Théâtre du monde ait rougi du carnage des Médées et Thyestes39, que les campagnes de Scythie aient été couvertes en une journée de deux cents mille Persans assommés par les embûches d’une reine enragée et celles de Cannes40 et de Pharsale41 entassées de corps romains qu’on n’a jamais pu nombrer ni mesurer que par hyperboles ? Pourquoi faut-il que les marais d’Orchomène42 aient été teintés du sang de tant de légions, la Loire de celui de trois cent septante cinq mille Sarazins en une seule expédition43, et les Fontaines de Marignan44 de celui d’un nombre infini de Suisses ?
N’est-ce point que la raison qui est égale en tous les hommes pour ce qu’elle spécifie leur être, supporte avec impatience la différence (p. 147) des fortunes et l’émulation qui nait de cette diversité injurieuse les piques d’honneur ou d’intérêt et les provoque à rechercher les moyens de réduire ces inégalités au niveau des naturelles proportions ?
Ne pourrait-on point encore passer outre et ajouter à ces sentiments de jalousie l’ambition déréglée d’avoir tous les hommes inférieurs et d’en avoir point d’égaux, et n’est-ce pas de cette source d’où coulaient les larmes de ce conquérant qui prenait les dieux à partie pour ce qu’ils avaient borné ses conquêtes dans l’étendue d’un seul monde45 ?
Ne serait-ce point enfin que la chute des Anges prévaricateurs eut infecté de cette vapeur contagieuse de superbe l’air que nos premiers pères ont respiré et dont ils nous ont laissé les Impressions46 ?
Il me semble entendre un brave dire que la guerre est un exercice de tous les siècles, la vacation47 des grands hommes et le talent des héros, que c’est une profession traditionnelle et immémoriale que nous tenons de nos devanciers, que c’est le divertissement (p. 148) des Rois, la discipline des Princes et l’entretien des Peuples, que d’en abolir l’usage ce serait bannir d’entre les hommes l’habitude héroïque qui est la plus glorieuse de toutes les vertus, que l’ambition, la magnanimité, la hardiesse, la force et la constance seraient des fainéantes si elles n’avaient pas d’ennemis à combattre, que toutes les étincelles d’honneur et de gloire demeureraient éteintes pour ce qu’elles ne se montrent que dans le choc, le choc ne se rencontre que dans l’action et l’action ne peut être qu’entre des principes contraires ; que les Alexandres, les Césars, les Scipions, les Castriots et les Henris n’auraient pas été plus grands que le reste des hommes s’ils n’eussent trouvé en tête les Darius, les Pompées, les Annibals, les Amurats, et les ligues à vaincre ; que Louis Théodose48 n’attirerait pas déjà l’admiration, l’amour et l’espérance de tout le monde par ses sentiments généreux et ses résolutions martiales, si on lui ravissait les sujets de ses conquêtes et les occasions qui lui préparent des Trophées.
Mais quoi ! Premièrement ce n’est pas résoudre la question que d’alléguer la prescription (p. 149) ni satisfaire l’esprit de le payer de conséquences ? La guerre ne reste pas d’être un grand mal pour avoir tant d’années sur sa tête ? C’est une vieille hydre et un monstre décrépit, sa caducité ne lui a pas fait tomber les dents et ne lui a pas arraché les ongles, ses rides n’excusent pas ses violences et son antiquité ne la justifie pas de ses meurtres ; quand le premier homme l’aurait aussi bien sue que Végèce49 aussi bien pratiquée que Sertorius50, il n’aurait pas fait changer de nature à ce prodige ni de complexion à cette cruelle ennemie du genre humain et quand j’aurai accordé que le premier homme ait aimé la guerre, il restera toujours de savoir d’où lui venait cet amour qui est une affection étrangère et qui n’entre pas dans son essence51.
Au reste n’y aura-t-il point de vertu héroïque qui n’ait la bouche sanglante et les mains pleines de proies et de butin ? Socrate qui triompha autant de fois qu’il y a de passions à vaincre, sera-t-il moins glorieux qu’Alexandre qui n’acquit dans ses conquêtes que les titres d’insigne brigand et d’illustre usurpateur ? qui apprit de son père à gagner des empires (p. 150) et à conquérir des mondes et qui ne sut jamais apprendre de son maitre l’art de surmonter le plus sale de tous les vices, qui tenait les rois sous les chaines tandis qu’il était lui-même esclave de la crapule qui le faisait tomber tous les soirs aux pieds de ses sujets52.
N’y aura-t-il point eu de courage, de constance, ni de force dans le martyr de Regulus53, dans la vie de Caton54, ni dans la mort de Sénèque55 pour ce que leur vertu a été innocente et qu’elle ne s’est jamais trouvé au carnage ? N’y aura-t-il point de gloire pour notre Monarque s’il ne nourrit ses sujets à la chair, s’il ne bannit la paix de son royaume, s’il ne dépouille ses voisins et s’il ne dépeuple le monde ? Certes la magnanimité serait une vertu bien affreuse si elle marchait toujours accompagnée de la guerre de l’homicide et de la fureur, et le dernier des hommes souffrirait une notable injustice de ne pouvoir être estimé courageux pour ce qu’il n’y aurait plus d’hommes à tuer ni de peuples à vaincre.
Un Astrologue montera son raisonnement plus haut et voudra rendre les astres (p. 151) auteurs de cette furie et des calamités qui sont de sa suite, il assurera sans doute que ces débordements dérivent de cette source que ce sont les constellations lesquelles influant sur les hommes des humeurs bizarres et des inclinations opposées selon les diverses impressions qu’ils reçoivent de l’étoile qui préside à leur horoscope font naitre de cette contrariété une discorde successive et une antipathie immortelle56. Il nous proposera leurs regards contagieux, leurs visages funestes et leurs conjonctions malignes, il en fera descendre les querelles des particuliers, les dissensions des États et l’intempérie de l’Univers.
Mais outre que c’est mal philosopher de vider les questions par le secours des causes universelles qui pourraient servir de lieu commun à terminer toutes les controverses ; serait-il bien possible que des corps si épurés, si lumineux et si bienfaisants pussent inspirer aux hommes des pensées noires et des mouvements de cruauté qu’ils n’ont pas eux-mêmes ? Pourrait-il émaner de ces créatures célestes des effusions si inhumaines, et les semences de la mort pourraient (p. 152) elles descendre des principes de la vie ? Les intelligences57 qui les gouvernent consentiraient-elles à un ministère si indigne de leur naissance et les Cieux qui font disputer leur incorruptibilité voudraient-ils se rendre complice de cette dépravation58 ?
De plus il est certain que tout agent demande une certaine capacité et une disposition naturelle dans le terme de son œuvre sans laquelle il ne peut agir : le feu consume le bois mais il se consume dans l’eau, et le bois qui est bon à faire un Momus59 ne vaut rien à faire un Mercure60 : quelle apparence donc que les Astres qui participent de la matière et qui sont déterminés à la rigueur sous l’étendue de leurs Sphères, aient quelque juridiction sur l’esprit de l’homme qui est d’une nature purement intellectuelle et qui ne reçoit point de bornes en son activité ? Quelle apparence que la raison qui commande sur toutes les Créatures en droit de Souveraineté soit assujettie à la loi des Étoiles qui sont ses subalternes ? Quelle apparence que le libre arbitre qui est en l’homme ce que le pilote est dans le vaisseau, souffre cette violence d’être arraché malgré lui des mains de la sagesse pour (p. 153) être livré entre celles d’un planète vicieux61 et d’un Mars sanguinaire ?
Je demande enfin à ces artisans des astres62 qui défèrent tant à leur autorité, ou bien ils dispensent leurs influences sur des sujets particuliers, ou généralement sur tous les êtres sous lunaires63 : ce n’est pas sur des particuliers à l’exclusion des autres pour ce que les corps célestes qui sont agents universels opèrent par devoir de nature non pas par principe d’élection, et si c’est sur le général, pourquoi n’exercent-ils pas ce même pouvoir sur le tempérament des brutes ? La piété respective des éléphants et l’amitié mutuelle des singes sont connues à tout le monde, un chien mourrait de faim sur ses pieds plutôt que de manger de la chair de son semblable. Le plus sérieux de tous les poètes64 après avoir lassé sa plume à décrire les guerres des Grecs contre les Troyens nous représente celle des Rats contre les Grenouilles, un autre nous entretient des combats à outrance qui se font entre les Pygmées et les Grues65 et tous deux en se divertissant nous ont laissé la figure et le caractère de l’émulation que la nature a gravé en chaque individu (p. 154) pour la conservation de son espèce. Pourquoi faut-il donc que la raison en l’homme soit de pire condition que l’instinct en la bête ?
Nous admirons tous les jours l’état monarchique des abeilles, leur intelligence, leur travaux, leur police, et leur lois observées avec tant d’exactitude, ces sages bestioles vivent heureusement entre le miel et les roses, il n’est point de domination plus douce, ni de règne plus florissant, s’il arrive quelque différent entre elles pendant la minorité de leurs nouveaux rois, une poignée de poussière jetée en l’air les pacifie en un moment et les ramène à leur première concorde : pourquoi donc faut-il que la France ait été si souvent et si longtemps troublée pendant les minorités de tant de rois qui ont vu leurs états secoués et leurs couronnes ébranlées par les mouvements des guerres civiles ? Pourquoi faut-il que ces embrasements séditieux ne se puissent éteindre par l’effusion de beaucoup de sang et des pluies de larmes ? Pourquoi la France a-t-elle soutenu trois cents ans de guerre contre l’Anglais, cent ans contre les Bourguignons, (p. 155) et toujours depuis été sous les armes contre les Espagnols, les religionnaires66 ou les factieux ? Les lions s’associent, les dauphins fraternisent et les ours s’entretiennent, pourquoi arrive-t-il donc que les chrétiens se divisent, que les Français s’entretuent, que les concitoyens se déchirent ? Pourquoi tant de guerres intestines, tant de dissensions civiles, tant de persécutions, de rapines, d’outrages et de bannissements ?
Certes il y a l’apparence que nous en saurons le secret lors que nous n’ignorerons plus rien, quand nous aurons changé de nature et de domicile, quand nous verrons la vérité même en son jour et la sapience en toute sa lumière cependant je croirai que c’est un coup de la dent du serpent, un pépin de la pomme de la discorde, une lèpre du péché que nos premiers parents ont coulée dans les veines de leurs enfants et une charge héréditaire qu’ils ont laissée à leur postérité.
Vous m’allez reprocher sans doute que je vous ai conduits par un chemin bien long et bien ennuyeux pour vous mener à mon exil, et que je pouvais vous épargner (p. 156) ce circuit puisque j’avais à vous entretenir d’une matière si prochaine et d’une histoire si moderne ; mais outre que je me suis emporté à cette saillie par un mouvement du temps qui a de la liaison avec mon sujet, vous savez d’ailleurs qu’un exilé a sa chaîne plus longue qu’un relégué67, qu’il lui est loisible de voyager sans passeport par tout le monde et qu’il était de la bienséance que je vous fisse voir l’étendue de mon nouveau pays, encore y serez-vous arrivé assez tôt pour rire de moi, de mon exil, et de ses circonstances qui sont trop comiques pour être représentées sérieusement ; mais comme le souvenir des choses difficiles et périlleuses laisse quelque chatouillement68 à l’esprit après qu’on en a surmonté la rigueur, j’aurai ce plaisir d’écrire dans le lieu de la liberté ce que j’ai souffert dans celui de la servitude, je serai le premier à rire de ma besogne de même que le peintre grec après avoir achevé sa vieille ridicule69, et si vous voulez prendre part au divertissement, vous n’y perdrez ni plus de temps ni plus de patience qu’à lire un chapitre de roman, une fable ou une gazette.
(p. 157) Ce fut donc le jeudi neuvième de Janvier dernier70 sur les deux heures après midi, qu’étant à l’étude bien embarrassé dans le manteau de Tertullien71, j’entendis un coup de Trompette suivi d’un cri de Vive le roi qui vint jusqu’à mes oreilles et de mes oreilles à mon cœur : je dis en moi-même sans doute voilà la publication de la paix et, sans faire autre enquête, je quitte là le manteau de l’Africain et prends le mien pour descendre à la rue me conjouir avec mes voisins d’un bonheur tant appréhendé des misérables et tant souhaité des gens de bien. Mais je n’eus pas avancé trois pas hors de la maison que voici venir vers moi un ami zélé lequel m’approchant à la dérobée après avoir regardé deux fois derrière lui, Sauvez-vous Monsieur (me dit-il d’une voix enrouée comme s’il eût vu le loup) Sauvez-vous, vous êtes perdu. Et me laissant en main un imprimé qui venait encore tout moite de la presse passa en avant comme un éclair ; cet abord si brusque et si contraire à mon attente me surprit et me fit retourner sur mes pas. Je me tenais assuré que ma tête (p. 158) était proscrite et que j’en portais l’arrêt en main, mais je trouvai que c’était une ordonnance qui venait d’être publiée de l’autorité de Monsieur le prince de Conty par laquelle pour de bonnes et grandes considérations il était fait commandement aux officiers de la Cour des Aides de Bordeaux ensemble à tous autres suspects qui avait eu, ci devant des passeports de vider la ville dans vingt-quatre heures à peine d’être procédé contre eux comme perturbateurs du repos public72.
Je fus aucunement rassuré de voir la peine de mort commue en bannissement, mon premier soin dut d’insérer cet acte fort curieusement dans mes éphémérides pour faire voir à ma postérité que dans les guerres civiles qui ont désolé ma patrie on m’avait fait l’honneur de m’exiler comme suspect et que mes descendants trouvant dans mes mémoires ce titre de gloire et cet exemple de fidélité fussent touchés d’émulation et persuadés que l’exil, la pauvreté, l’ignominie, les persécutions et la mort même sont des maux que le sage doit souffrir plutôt que la pensée (p. 159) de desservir son roi ni de troubler ses états.
Dans la teneur de cette ordonnance, je trouvais suivant mon sens plusieurs contradictions irréconciliables, chaque terme me donnait de l’étonnement, de l’admiration, du doute, de l’espérance ou de la crainte ; surtout je louais grandement l’intention de ce prince d’avoir un tel zèle pour le repos public et de se raidir si constamment contre les perturbateurs de cette tranquillité qui lui est si chère, mais je demeurais scandalisé de ce qui semblait autoriser en ce siècle l’injuste procédure qui se pratiquait contre les premiers chrétiens : on les jugeait sur la qualité non pas sur les actes, et on les menait à la mort non pas pour être criminel mais pour être chrétiens, de même on nous condamne non pas comme coupables, mais comme suspects et sans conviction apparente on nous punit du bannissement qui est une mort civile ! ces âmes héroïques étaient livrées à la fureur du glaive sur le simple aveu de leur caractère73, et nous sommes arrachés du sein de nos familles et déchus de la plus sensible douceur de la (p. 160) vie sur notre simple profession de Foi ; ces glorieux athlètes de la persécution criaient à pleine tête sum Christianus, Christianus sum74, et c’était assez pour être conduits au supplice, et nous crions hautement nous sommes chrétiens, sujets du Roi très-Chrétien, nous voulons sa paix, son amour, sa protection et c’est assez pour être bannis.
Pendant que j’étais agité de ce flux et reflux75 ma liberté s’écoulait avec le temps, chaque moment la contraignait et chaque minute lui donnait un tour de chaine. Je me résous d’aller chez le prince m’éclaircir plus à plein des motifs de l’ordonnance et tacher d’en obtenir quelque gracieuse modification. J’entendais par les rues les uns qui disaient riant sous le manteau : Voilà un Mazarin qui changera demain de gite, d’autres, ce réprouvé va prendre congé de ses amis, quelques-uns, n’est-ce pas une dureté étrange pourquoi faut-il que cet homme de bien soit banni de la ville ? Ces divers mouvements me donnaient autant d’inclinations différentes ou à la douleur ou à la joie, j’étais offensé de l’insulte des uns et consolé (p. 161) de la compassion des autres, néanmoins chemin faisant il tombait toujours quelque brocard sur mes oreilles. J’arrive à l’Hôtel et rencontre heureusement dans la première salle le grand confident du Prince76, je l’aborde et lui débite brièvement quelques remontrances sur ce sujet qui eussent convaincu la raison d’un homme libre, mais il me repartit tout ainsi que si j’eusse été un Pisonien77 ou un Catilinaire78. Monsieur, dit-il, il est vrai que outre que vous avez été de tout temps suspect nous avons encore sujet de nous plaindre de vos monopoles, vous avez été vu en conférence avec divers bourgeois, et nous avons découvert une horrible conjuration qui se brassait contre le salut de son Altesse, néanmoins je vais lui en communiquer, attendez-moi là. Cependant je voyais entrer à tous moments dans cette même salle grand nombre de personnes de tous âges et de toutes conditions qui portaient toutes des visages suspects et étonnés aussi bien que moi, des hommes, des femmes, des officiers, des négociants, des plumets79, des écritoires80, des prêtres, des moines qui se promenaient tous sans se communiquer (p. 162) comme si chacun eut étudié son exoine81 et ruminé les expédients de donner quelque tour de rein82 à l’ordonnance, entre autres un vieux bourgeois de marque83 qui discourait tout seul et disait hautement des choses que je n’eusse pas osé penser, il tirait un parallèle de la conduite du feu duc du Maine84, gouverneur de Guyenne, à celle de ce temps où il faisait réussir des conséquences qui me semblaient fort dignes d’être relevées s’il les eut mises au jour plus modestement. Tous les intéressés écoutaient cet homme comme un oracle, Si Messer Pasquino85 eut été à un coin de la salle, il se fût contenté de dire, io Crepo86, mais un moine blanc87 qui n’avait pas tant de retenue que ce censeur étronçonné88 ne put s’empêcher de dire à son compagnon, pensant n’être pas entendu. Quel Vecchiarello a molta raggionne89.
Cette promenade courte et cette conversation muette commençaient de m’ennuyer lors que voici revenir le confident lequel m’ayant tiré à part : c’est chose étrange, dit-il, l’esprit de Son Altesse est invincible, vous avez été jugé authentiquement dans la Souveraine Chambre d’Expulsion90, il ne peut rien innover (p. 163) de son chef sur les délibérations prises, mais si vous voulez solliciter Messieurs Bonnet91, Villars, et Dureteste, peut-être, je ne sais, je suis bien marri, toutefois, voyez, et disparait dans le même moment.
Cette réponse hermaphrodite et cette résolution à pièces rapportées me persuadèrent qu’il n’y avait rien à faire et qu’il était expédient de me retirer. Néanmoins m’imaginant que ces trois personnages devaient être du moins l’un des chef du conseil, l’autre intendant, et le troisième premier secrétaire, descendant la montée je demandai à un page où étaient les appartements de ces Messieurs, qui me dit qu’ils étaient étrangers, qu’ils logeaient en leur particulier et n’étaient pas officiers de la maison, je n’en pus savoir davantage pour ce qu’il allait en toute diligence servir un bouillon à son altesse.
Je m’en retourne donc plus hardiment que je n’étais venu à la faveur de la nuit promenant toujours dans la cervelle messieurs Bonnet, Villars, et Dureteste. Je vais consulter diligemment mes recueils, j’examine mes mémoires et parcours exactement (p. 164) les vies des hommes illustres mais je ne trouve aucun Bonnet sur leurs têtes92, je trouve un comte de Villars93 sous Henry le Second94 qui fut dans Hedin95 assiégé par l’empereur Charles-Quint96 sous le commandement de Philibert de Savoie97, un autre marquis de Villars98 lieutenant du roi en Guyenne fait amiral de France sous Charles IX99 en la place de Gaspar de Coligny100, un autre Villars101 écrivain de l’Histoire d’aucuns de nos rois. Je feuillette curieusement tous les bouquins, les nobiliaires102 de France, d’Espagne et d’Italie, je fais des recherches de tous les blasons anciens et modernes, je me promène par tous les ordres de Chevalerie pour trouver des nouvelles d’un Dureteste sans pouvoir prendre aucune bonne instruction. Je trouve bien un Cyrolamo Baiglioni surnommé Capo di ferro excellent capitaine Guelphe, je rencontre aussi Bartolomeo Caoleone103, Vénitien qui mérita par ses prouesses le surnom de tête de Lion et d’être magnifiquement élevé en bronze en place publique104 ; je trouve de plus l’ancienne maison des marquis de Malateste, je passe encore à Rome vers Capo di Bove105et sul monte Testaceo (p. 165) pour tâcher de découvrir quelque éclaircissement parmi ces antiquailles : quand j’eusse couru tout le monde et usé toute la lampe de Cléante106, je n’eusse pas trouvé un seul vestige de la famille des Duretestes.
Toute la soirée se passa à rêver autour de ce Triumvirat et le sommeil qui ramène le repos et supprime tous les embarras s’accorda avec le songe pour donner de nouvelles sollicitudes à mon esprit : ils me représentaient ces trois prud’hommes en cent manières chimériques et incestueuses, quelquefois c’étaient des Onantropes107, tantôt des Hippogriffes, après des Satyres et puis des Minotaures. Finalement le jour étant revenu je me délibère de sortir de ce labyrinthe, je me lève et vais trouver un notaire logé à l’extrémité de la rue qui pouvait être environ de l’âge d’Hésiode, mais d’une complexion108 Gauloise et facétieuse. Monsieur, lui dis-je, vous qui avez vu naître les bisaïeuls d’Ausone109, qui avez vu jeter les fondements des piliers de Tutelle110, qui avez porté plus de diverses formes de chapeaux (p. 166) sur votre tête que je n’ai de cheveux sur la mienne, vous qui avez bien trois majorités111 avant l’usage du haut-volant et de la Grègue112, qui avez vu passer après vous les fraises113, les picadilles114, et les rotondes115, vous qui avez fait plus d’exploits que Roland, plus de titres que le Digeste116, plus d’instruments qu’Archimède117 et plus d’actes que les apôtres, vous enfin qui connaissez mieux les familles que vos années, dites-moi de grâce qui sont messieurs Bonnet, Villars, et Dureteste ?
Monsieur, dit-il en souriant, je ne suis pas si vieux que vous le faites : mais bien vous dirai-je qu’il y a près de cent cinq ans environ que j’exerce le Tabellionnat118 ; encore étais-je de bon âge quand je fus reçu à la charge, j’eus l’honneur d’être présenté sur les fonds du Baptême par un grand oncle de monsieur du Terrail119 que pouvez avoir ouï ramentevoir120 mainte fois autrement appelé le Chevalier Bayard, tel que me voyez, je fus le premier qui porta les Canaries à Bordeaux et en l’an de grâce 1585 régnant Henry de Valois121 troisième du nom d’heureuse mémoire qui fut l’année du Camp de Castets (p. 167) la veille de S. Jean ayant convolé à troisième noce122, tous les plus grands de la ville, même le seigneur maréchal de Matignon vinrent chez moi pour avoir le plaisir de me voir caprioler123 la volte et danser la pavane124.
Quant à ce que vous me demandez je connais très bien ces trois personnages, le sieur Bonnet est un habitant de Mésopotamie vulgairement appelée Entre-deux-Mers, sa maison ou principal manoir est sis et situé dans le territoire de Vayres dont je vous donnerais à plain les confrontations125 si besoin était ; il est certes honnête homme, qui vient d’honnêtes gens, qui vit honnêtement et qui a honnêtement de quoi (voilà bien de l’honnêteté dis-je) il fait le noble en dépit de ses parents et contre l’intention de la Nature, il ne s’en faut pourtant que de trois races qu’il ne soit le premier gentilhomme de son estoc126 et ligne, et est réputé tel parmi les roturiers, mais il est tenu pour roturier parmi les gentilshommes, il est d’un naturel docile accommodant et traitable et a toujours eu en singulière recommandation le moule de son pourpoint aussi bien que celui de son bonnet. Pour Monsieur Villars, il mérite certes le milieu entre les deux autres (p. 168), il est enfant de Bordeaux et comme tel a vaqué fort longtemps sans emploi et sans dignité. Mais depuis quelques années il s’est érigé en avocat silentiaire127 moyennent soixante livres parisis de finance qui sont entrées dans l’épargne de l’université, je ne connus onques ses parents et possible les connait-il aussi peu que moi. Quant à monsieur Dureteste je n’ai pas voirement eu grande accointance avec feu son père (que Dieu absolve) mais je suis mémoratif l’avoir vu maintes fois dans la Maison de ville où il servait en qualité de castigateur128 qui est une espèce de sous-comite et exerça la charge avec probité et suffisance ; et monsieur Dureteste son fils naturel et légitime n’ayant pas eu assez de mérite pour succéder à la charge de son père ne se rebuta pas pourtant de servir le public ainsi qu’il a fait jusques à ce jour d’hui en qualité de solliciteur des parties et j’ai céans multiplicité d’actes marqués de son seing comme témoin ordinaire ou comme recors de sergent129. Encore vous dois-je dire que ces trois personnages sont aujourd’hui les tout puissants dans la Province et les bourgmestres dans la ville et leurs noms en telle révérence130 qu’il n’est (p. 169) pas loisible de les prononcer sans s’être lavé trois fois la bouche.
Il n’eut pas achevé ce mot qu’enfonçant mon chapeau jusqu’aux oreilles j’élance un grand O tempora O mores131 d’un ton de voix qui faillit à renverser mon pauvre notaire, Hélas monsieur, dit-il, pardonnez-moi je n’ai pas cru vous offenser. Je fais quelques démarches dans la chambre sans mot dire avec un visage d’énergumène, bouffi et enflammé comme si j’eusse été possédé de l’enthousiasme132, cependant le pauvre homme s’était apetissé de la moitié et tapi dans un coin en manière de peloton133, sa posture me fit échapper le rire et je sortis en même temps de sa chambre et de sa maison avant qu’il n’eut jamais pu se rassurer tandis que j’eusse été chez lui.
Ah ! (disais-je en moi-même) où êtes-vous pauvres cervelles grecques et romaines qui vous êtes fondues et confondues à chercher le maximum in minimo. L’un a dit, que c’était l’immensité des Cieux dans la prunelle de l’œil, l’autre que c’était la raison sous la membrane du cerveau, un flatteur assura que c’était la vertu héroïque dans le (p. 170) cœur de l’empereur, quelqu’un soutint que c’était l’Iliade gravée sur une coquille de noix134. Grands hommes j’interpelle vos mânes, dites-moi je vous prie ce que c’est que le repos de la France entre les mains de Bonnet, Villars et Dureteste ? Dites-moi ce que c’est que le trouble ou la tranquillité de la province de Guyenne dans le libre arbitre de trois balourdes135 qui ne seraient pas tous ensemble un homme médiocrement homme ? Dites-moi ce que c’est que la réduction136 de Bordeaux, le salut d’un nombre infini de familles illustres et la quiétude des peuples sous la disposition de trois têtes évaporées ? Grand Prince137 pardonnez-moi si j’ose dire que vous laissez bien à penser à ceux qui liront vos annales si vous ne leur éclaircissez ce mystère impénétrable ! À la bonne heure de voir un Theodicius et Honorius associés à l’Empire, un Marc Aurele et Lucius Verus, un Constantius et Constans138 : mais qu’un des grands génies de notre siècle donne séance en son conseil à trois turbulents, malotrus, imbéciles ! Qu’un nom auguste qui ne doit être gravé que sur les arcs triomphaux et les obélisques se trouve confusément (p. 171) avec ceux qu’on ne remarque que sur la poussière des carrefours et sur les cheminées de cabarets ! Qu’un gouverneur plénipotentiaire communique son autorité à des enfants de la terre et des âmes serviles ! C’est blesser les personnes de mérite, c’est outrager les gens de biens, c’est désespérer vos serviteurs.
Toutes ces réflexions étaient autant de vagues qui venaient rompre coup sur coup mon pauvre esprit et qui ébranlaient ma raison, et comme je suis des plus zélés à la gloire de ce prince je ne pouvais concevoir qu’avec des mouvements de rage, que ces trois animaux eussent le même privilège chez lui que le cheval de Caligula avait dans le Sénat139, que ces hannetons de la fable allassent bourdonner autour du trône de Jupiter, et que ces trois chétifs limaçons montassent insolemment sur les plus hauts cèdres pour infecter de leur bave les poussins de l’aigle140.
Dans ce moment voici entrer un valet tout effaré qui introduit dans ma chambre trois personnages troussés en gladiateurs portant au côté leurs épées pendantes à des (p. 172) baudriers de cuir d’une énorme largeur, le dernier ayant malheureusement rencontré du pied le seuil de la porte y laissa le talon de son soulier, et cet effort lui fit pencher le corps à ce point que j’eus moyen de voir à la faveur de cette posture qu’il ne portait sous le balandran141 qu’un simple caleçon de chamois142. N’attendez pas que je vous fasse l’esthiographie143 de ce deuxième triumvirat : je n’ai ni la plume de Laberius144, ni le pinceau de Philostrate145, ni le crayon de Callot146, mais comme il n’y a pas désormais grande différence du Bordelais à l’Espagnol, il me vint soudain en pensée que l’un pouvait être Dom Gusman d’Alfarach147, l’autre Dom Quichotte148, et le troisième le Licentiado Vidrieda149. Je crus véritablement à l’abord qu’ils venaient me demander la dépouille de ma garde-robe, quelque chapeau de forme pyramidale, quelque pourpoint à longues basques, ou quelque vieille paire de bottes avec ces grandes genouillères qui eussent pu suffire à faire les gantelets d’Éryx150 ou à dessiner la ville de Didon151 ; et je pouvais sans vanité les assortir commodément de toutes ces nippes d’autant mieux que le (p. 173) Licenciado (qui était un collégial152 Irlandais aussi certainement que je suis un exilé) cachait son chapeau sous l’aisselle en sorte que je n’en pus jamais pénétrer ni la matière ni la forme. Il avait retenu de sa première profession l’austérité de ne porter point de linge, son vêtement était une soutane qui en sa dignité primordiale avait été dégradé en justaucorps, les filaments qui en frangeaient le contour et sa circoncision encore toute sanglante marquaient assez qu’elle sortait tout fraichement d’entre les mains des juifs, je regardai souvent si je ne verrais point quelque marque de la croix blanche qui y avait été autrefois attachée153, mais après avoir porté mes yeux par tout je ne remarquai en ce personnage aucun vestige de croix ni de pille154. La garde de son épée était de celles qu’on monte ordinairement sur les lames du vieux Sahogon, mais elle balançait d’une telle légèreté qu’elle me donnait un violent soupçon que c’était une épée de montre155 et que le fourreau couvrait une lame de bois. Ses bas de chausses devenus brodequins156 par succession du temps faisaient douter s’ils servaient ou à l’usage du (p. 174) pied ou à la bienséance de la jambe et n’empêchaient pas qu’on ne vit au travers une fort belle carnation. Ses souliers eussent fait honte à ceux d’un philosophe cynique en fait de simplicité et le défaut du talon qu’il avait laissé à la porte lui faisait représenter à merveille la démarche du compas qui s’appuie tout sur le pied posé dans le centre et laisse l’autre libre pour marquer la circonférence.
J’eus tout ce temps à examiner leur contenance pendant qu’ils se regardaient l’un l’autre comme s’ils ne fussent pas demeurés d’accord de celui qui devait porter la parole, enfin Dom Gusman qui était entré le premier s’avançant vers moi Monsieur, dit-il, ayant appris que Monsieur le prince de Conty a fait publier une Ordonnance par laquelle il vous est enjoint de sortir de la Ville dans vingt-quatre heures, nous sommes venus céans pour vous offrir nos services et vous assurer que votre affaire se peut accommoder moyennant un peu de douceur. Je m’imaginais que ces gens désiraient de belles paroles je leur en choisis quelques-unes du plus beau tissu et leur détachai un compliment tout (p. 175) confi en miel et fleur d’orange, en effet je n’eusse pu parler plus doucement quand j’eusse été nourri toute ma vie parmi les roseaux157 de Madère, à même que j’achevais Dom Quichotte prend la parole, Monsieur, dit-il, c’est une honnêteté que nous demandons, je mets le chapeau bas je fais une profonde révérence, je leur baise les mains et m’étends encore fort doucement sur leurs éloges. Le licentiado Vidriera qui avait étudié et qui était ou moins honteux ou plus éloquent que les autres, voyant que je m’écartais de la matière, Monsieur, dit-il, c’est de l’argent qu’il faut. Ah, Messieurs, dis-je, vous me surprenez, je vois bien que je vous suis inconnu et que vous ne savez pas qu’on s’est saisi de mes biens, qu’on m’a rançonné, qu’on a ruiné les maisons et qu’on me dépouille tous les jours de mes revenus ; et quand la valeur de mon patrimoine serait dans une bourse il ne suffirait pas à racheter ma liberté à qui tous les siècles passés n’ont su donner de juste prix, néanmoins puisque vous présentez si généreusement et que vous n’êtes pas gens à écorcher un écorché, je vous prie de me donner le temps d’y penser d’ici à (p. 176) demain jusqu’à huit heures du matin, vous assurant que je vous donnerai entière satisfaction. Ils me saluent, ils me protestent de revenir ponctuellement à l’heure, de faire renverser en ma faveur tous les décrets de la souveraine chambre d’expulsion et après m’avoir allongé plusieurs révérences en tierce et en quarte, ils se retirent tout remplis de confiance, surtout le licentiado, il faisait jouer les épaules d’un certain mouvement qui témoignait d’une grande joie intérieure, et ne manqua point étant à la porte de relever son talon à telle fin que de raison158 et le mettre dans sa poche avec une naïveté qui me plut fort.
Ces Messieurs s’opposèrent avec tant de résistance à mes civilités qu’ils ne voulurent jamais permettre que je descendisse plus bas, mais ils n’eurent pas tourné le dos que le refrain espagnol me vint dans l’esprit, otro piença el Rozin y otro el que lé enzilla159, j’ordonne de mes affaires160 avec célérité, je ramasse mes coquilles, je plie mon linge, j’emballe toute l’ustensile nécessaire à un exilé, j’ensache mes papiers et les envoie en lieu de sûreté, je soupe quoique légèrement pour (p. 177) être plus libre à prendre l’essor le lendemain, je me couche et donne ordre à une vieille morte-paye161 de m’éveiller au point du jour de grosses peines : [voyez je vous prie si je ne jouais pas de malheur] cette Fée pourrie qui avait prescrit la vigilance par l’espace de trente ans, qui ne connaissait non plus de sommeil que si elle n’en eut jamais vu, à qui j’eusse filé la garde de la Toison d’or, s’endormit avec la même pesanteur qui si on eut passé sur ses tempes le rameau fatal de Palinure162, en sorte que j’eus toute la gloire de cette diligence, je me trouvai levé, vêtu, équipé, sorti de la ville et embarqué presque en même moment.
Il serait malaisé de vous exprimer quel était en cette conjoncture l’état de mes sentiments, je détestais bien les mœurs et les dérèglements de ce séjour infortuné, mais pourtant je ne faisais pas une démarche que je ne me trouvasse insensiblement tourné du côté de ma chère ville, comme l’âme de la Boussole vers cet endroit du monde où résident toutes ses affections. J’avais bien de la joie de me voir en sauvegarde, mais j’avais (p. 178) plus de douleur de me voir en exil, enfin, je puis dire que j’étais entre ces deux mouvements contraires, comme celui qui a reçu le coup de la mort par le diaphragme qui expire en riant et trépasse avec plaisir.
Ce jour était enveloppé d’un brouillard si épais que je doutai mille fois si j’étais en France ou en Groenland, plus nous avancions, plus nous nous rendions invisibles comme si nous eussions approché la région des Ombres, je demandai souvent à mon matelot s’il avait eu commandement de me mener aux Limbes, je croyais être à la naissance du monde, lorsque les ténèbres étaient en face de l’abime, je ne savais si j’étais porté dans un bateau, sur les ailes des vents ou dans le sein d’une nuée. Hélas ! Mon Dieu, disais-je, serait-il bien possible que le Soleil même eut été banni comme suspect ! Ce Père de consolation ne se manifestera-t-il point aujourd’hui, ne récréera-t-il point un affligé d’un seul rayon de son visage, faut-il que je perde en même temps la Lumière, la Patrie, et la Liberté, et que pour un crime imaginaire je porte la peine de trois supplice ? (p. 179)
Cependant nous ne nagions pas nous volions, et je ne savais où jusqu’à ce que nous eûmes pris terre en un port de Mésopotamie163 plutôt par hasard que par l’expérience de notre pilote, c’était encore n’avoir rien fait eu égard à quatre grandes lieues d’Allemagne164 qui me restaient à faire par terre, d’achever ce chemin à pied, l’entreprise était mortelle et tout à fait au-dessus de mon courage et de mes forces, de m’arrêter là je me trouvais encore à la portée des picoreurs165 bordelais, outre que je contrevenais aux termes de mon passeport qui me défendait expressément de demeurer ci près, toute ma ressource fut de convenir sous la caution de mon matelot avec un meunier qui se rencontra fortuitement sur ce port du louage d’une grande mule qu’il avait attachée à un saule, fort vieille, fort triste, et fort pelée.
Cette mule était une vraie bête d’illusion, de loin et à travers de la brouée166, elle représentait toutes les figures bestiales hors la sienne, de près c’était un monstre de théâtre bâti sur des cerces à qui on avait fait un corps de toile sur une âme de foin, à la regarder par devant c’était un chameau, à la (p. 180) considérer par derrière c’était un dromadaire et de tous côtés c’était quelque chose qui n’était ni cheval, ni mule. Le meunier la présente habilement à la charge et après avoir fait avec beaucoup d’industrie d’une moitié de ses cordes une paire d’étriers et de l’autre une rude camorre167 pour arrêter la fougue de cet animal, il me prend au corps sans hésiter et me jette sur son aubarde168 comme il eût fait un sac de son ou de farine, il m’attache un de mes ballots sur la croupe à la française, l’autre sur le devant à l’espagnole et me met le bout de la corde en main avec le libre arbitre d’aller où je voudrais.
Je souhaitais de tout mon cœur que Prospero, Benjamin ou Pluvinel169 m’eussent vu monté sur ce palefroi, néanmoins c’était une créature portante, marchante et ronflante qui faisait bien un mille par heure et hors un catarrhe170 suffoquant et un ulcère de la largeur d’une assiette qu’elle avait sur le mouvement de l’épaule du côté du montoir171, je trouvais assez de commodités en sa personne, elle supportait les injures de l’éperon avec une constance stoïque et une mortification exemplaire, mais elle marquait quelque ressentiment (p. 181) de ce que mon valet qui venait derrière (sans qu’elle lui eût méfait ni médit) exerçait sur ses ossements une castigation172 telle qu’eut fait jadis un Dureteste.
Toutes ces diligences m’eussent mis à la nuit, mais ayant heureusement rencontré à moitié chemin une charrette à bœufs qui s’en retournait à vide dans la paroisse où j’allais établir mon domicile, je mets pied à terre sans perdre de temps, je la charge de mes deux ballots, de ma personne, et je fais attacher Roussinante derrière. C’était une joie merveilleuse de voir cette pauvre bête qui ne marchait plus, mais qui se laissait emporter au mouvement de la machine et roulait tout entière comme sur le glas173 en sorte néanmoins que la charrette s’arrêtant quelquefois tout court174, la mule présupposée venait à choquer d’un tel heurt qu’elle se renversait les quatre fers en l’air, mais ce fut d’ailleurs une aventure qui me donnera du divertissement tant que j’aurai de mémoire et de vie de voir que passant par un village au-devant d’une taverne, où étaient plusieurs goinfres, un d’entre-eux armé d’un volant175 en main vient prendre mon chartier176 (p. 182) au collet et reniant le nom de Dieu comme un damné, hurle horriblement qu’il lui avalera la tête s’il ne s’arrête pas, puis s’adresse à moi, Brigand, dit-il, rends-moi ma pouline, un autre se rue de même fureur, holà voleur tu ne me rendras pas ma vache ? Un autre s’écrie que je lui avais emporté ses oies, l’autre que j’avais dérobé ses cochons, cetui-ci me demande son veau, celui-là ses brebis, de sorte qu’en un moment je vois ma charrette (comme si ç’eût été l’Arche) assiégée de toutes parts par ces demandeurs d’animaux, j’entendais derrière moi qu’on ne doutait plus que je ne fusse un capitaine des Bohèmes177 mais quelques-uns disputaient que j’étais Capitaine Brunamel, d’autres soutenaient que j’étais Capitaine Maldonado178.
Cependant un des plus hardis s’était saisi d’un de mes ballots en bonne dévotion de l’éventrer. Tout beau, lui dis-je, mon cher ami, vous ne trouverez là ni vos oies ni vos cochons, puis me tournant vers le plus apparent, Messieurs, vous n’êtes pas bien avisés de souffrir qu’il soit fait violence à un homme d’honneur qui passe son chemin (p. 183) sans vous fâcher et qui n’est ni voleur, ni vagabond. Votre seigneur (je leur nommai le Gentilhomme du village) est de mes parents et de mes amis et vous punira sans doute de ce procédé, si vous me demandez la passade179 à la bonne heure je vous la donne mais après cela je vous prie de vous retirer sans faire les mauvais. Je leur jette une pièce d’argent qui les adoucit, moyennant quoi ils me relâchèrent et me donnèrent main levée de ma voiture murmurant toujours les uns que j’étais Brunamel, les autres que j’étais Maldonado.
Il fallut du temps à mon chartier pour rappeler ses esprits qui s’étaient retirés bien avant le cœur lorsqu’il avait été brusquement secoué par ce brutal et menacé de la demi-lune tranchante180 . Néanmoins parce que ce retardement nous avait dérobé quelques moments qui nous faisaient besoin nous doublâmes le pas et arrivâmes enfin au gîte. Il était bien près de nuit close et pourtant il faisait encore aussi clair comme nous étions partis tant ce jour fut semblable à la nuit ; mon équipage, le froid, le brouillard et la crotte m’avaient tellement défiguré que sans mon lévrier Jason qui me (p. 184) distinguant au ton de la voix se jeta éperdument sur la charrette et me fit mille caresses, j’eusse eu peine à me faire reconnaitre chez moi181.
Je vois bien que vous êtes en inquiétude de savoir de quoi devinrent mes trois gredins Dom Gusman d’Alfarach, Dom Quichotte, et le Licentiado Vidrieda, et j’en suis en aussi belle peine que vous n’ayez pu apprendre de vérité les suites de leurs conquêtes si ce n’est pour avoir ouï dire confusément que, sortant de la maison, ils allèrent publier par toute la ville que la bécasse était bridée182 et que j’étais pris comme dans un blé183, qu’ils exprimeraient le lendemain de mon corps une rançon considérable par amour ou par force me trouvant hors de la règle des vingt-quatre heures184 et que s’étant représentés au lendemain à l’heure dite leur ayant été répondu que j’étais parti au point du jour pour me retirer, jamais gens n’avaient été si scandalisés de cette exacte obéissance, le Licentiado enragé porta la main sur la garde de son épée sans passer outre ce qui me confirma encore dans mon premier soupçon, Dom Quichotte ne fit que dire mal ano para El185 mais p 185 Dom Gusman battait des pieds et serrait les poings proférant souvent ces mots Voto a Dios, Voto a Christo186.
Me voilà donc sous mon couvert187, ma personne en sûreté mais mon cœur et mon esprit foulés188 d’une pesante tristesse, mon premier soin fut de me mettre entre les draps pour déplorer plus à mon aise la dureté de mon sort, la douleur qui est toujours ingénieuse à tourmenter son patient et qui se plait à exagérer son sujet me faisait souvenir distinctement de toutes les pertes que je faisais dans mon exil, tous les objets de la ville se représentaient à tour de rôle devant moi en cent figures aimables et ces belles images pour qui je n’avais jamais eu que des pensées d’estime et d’admiration étaient des visions qui troublaient ma fantaisie et des spectres qui blessaient ma raison. Les personnes les plus conjointes, mes proches, mes confidents, mes amis, mes voisins, qui portent tous pour moi des visages de consolation, et des physionomies de bon augure étaient des idées tyranniques qui aigrissaient mon mal et des expressions affligeantes qui versaient incessamment dans mon (p. 186) cœur de nouvelles amertumes.
Ma raison faisait bien tous ses efforts pour seconder mon courage, elle me mettait en avant que le sage est de tous les pays, qu’il est cosmopolite et qu’en quelque endroit de la terre où il soit transporté il se trouve toujours situé sur un point du globe qui regarde le centre où réside le repos, que celui qui commande aux astres et qui prédomine aux comètes ne peut recevoir de violence de la malice des hommes, que les lois de police ni les ordonnances des princes n’ont point de liens qui le gênent189 ni de chaines qui le contraignent. Elle m’introduisait le tragique avec son ibi patria ubi bene190 et puis le Guarin191, Ed ogni stanza al valent’ huom’e patria192, mais c’étaient de faibles secours pour défendre une place attaquée par tant d’endroits et pour ma constance fatiguée d’un siège si opiniâtre était sur le point de se rendre à la discrétion de la douleur.
Mais (ô bon dieu) que les maux des hommes vous plaisent lorsqu’ils viennent d’un principe vertueux et qu’ils sont supportés avec vigueur ! Que leurs adversités vous contentent quand ils les reçoivent pour vous ou (p. 187) pour ceux qui ont l’honneur d’être vos images, et que ce philosophe païen avait bonne grâce de dire que l’homme de bien se mettant en posture contre la mauvaise fortune était un spectacle digne d’arrêter votre présence et qui méritait bien que vous quittassiez vos assiduités ordinaire pour en admirer le combat !193
Je ne puis pas dire de vérité que je sentisse le sommeil de toute cette nuit, mais un assoupissement qui lui ressemblait fort s’insinuant au travers des soupirs, des larmes, de la langueur et de la lassitude m’assomma et lia tous mes sens jusqu’à ce que le retour du Soleil m’éveillant de son premier rayon m’inspira avec sa lumière naissante une certaine joie secrète, une douce quiétude et une liberté inespérée. Je me lève en sursaut, je m’habille précipitamment, je sors tout d’un temps pour reconnaitre l’auteur de cette merveille, pour voir cet exilé rétabli, pour me jeter aux pieds de cette créature adorable qui porte en son sein le tabernacle de son créateur, j’entre dans mon parc et me promenant dans une allée assez longue qui va aboutir à une agréable rivière, je sentais (p. 188) en moi un génie vigoureux, des forces toutes fraîches et de nouveaux mouvements comme si mes esprits eussent été régénérés, ou que j’eusse bu du Népenthès194 d’Homère. L’air était si pur qu’on eût pu distinguer sans lunette le nombre des Cieux et le soleil si vivifiant qu’il fit ce jour-là plus de créatures sur la face de la terre et plus d’or dans ses veines qu’il n’en avait fait depuis dix ans.
Hélas, disais-je en moi-même, n’es-tu pas abusé d’avoir tant d’attachement pour une ville qui est la prison de l’homme et la conciergerie195 de l’esprit et si peu de respect pour la campagne que Dieu même a honorée de tant de manières, je ne dis pas seulement qu’il a voulu naître dans la bergerie comme un agneau, vivre à la campagne comme une colombe, et mourir sur une montagne comme le Phénix, je ne considère pas qu’il a voulu représenter sur ce Théâtre de gloire tous les principaux actes de sa vie miraculeuse, mais encore n’a-t-il pas témoigné d’amour pour cette campagne ?
S’il veut se manifester aux hommes c’est sous l’habit d’un villageois comme aux pèlerins d’Emmaüs, sous celui d’un jardiner comme à la (p. 189) Magdeleine, sous celui d’un pécheur comme à ses apôtres. S’il veut les instruire de son essence, il se représente tantôt sous la figure d’un lion, quelquefois sous celle d’une brebis, souvent sous celle d’un berger. C’est une vigne, un nard196, une fleur, une rosée, une fontaine : il fait montre de toutes ses grandeurs sous les espèces des créatures champêtres. S’il parle du Royaume des Cieux et de l’héritage des prédestinés, il n’entre point dans les villes pour en tirer le symbole, il ne va point emprunter ses parallèles de la pompe de Salomon ni des magnificences de la reine de Saba, tout l’appareil de la cour, tout l’attirail du luxe, tout ce que vingt mille cités fameuses d’Égypte ont eu autrefois de précieux et d’excellent ne peut mériter ce parangon197, il dit que c’est un grain de froment198 dont il fait tant de cas qu’il l’a choisi pour sujet de sa divine hypostase199, il dit que c’est un grain de moutarde200 qui est le vrai maximum in minimo que nous cherchions tantôt.
J’ose dire davantage, que les villes ne peuvent tenir rang dans l’ordre des bonnes choses parce que la sapience incréée201 (p. 190) créa cet univers, elle l’assortit vraisemblablement de tout ce qui était de sa nécessité, de son utilité et de son ornement, et son sacré journal fait foi qu’ayant déterminé chaque créature sous les différences de son espèce, elle leur donna à toutes l’éloge de bonté (et erant valde bona). Cet ouvrier infatigable pouvait dès lors élever à même frais les Memphis, les Carthages et les Babylones avec moins de peine que ce roi de Syrie qui mit en un jour deux grandes villes sur pied202, ses idées étaient infinies, ses matériaux inépuisables et ses mains capables de faire plusieurs mondes en un moment, pouvaient bien faire en une journée plusieurs villes en un seul monde, la façon ne lui eût pas plus coûté que celle du soleil ou des éléments, et quand il n’en eût bâti qu’une, c’eût été sans doute un rare modèle pour servir de plan à l’architecture des hommes. De sorte que faisant si commodément tant de bons ouvrages et n’ayant pas fait de Villes nous pouvons conjecturer probablement qu’il ne jugea pas que ce fût une partie intégrante à la perfection du corps universel et qu’il voulût les exclure de la catégorie des bonnes choses (p. 191).
De là vient que couronnant son travail par la création de l’homme qui devait être l’économe souverain de ce vaste domicile, il le logea soudain dans un lieu champêtre, il lui donna la terre pour plancher, le ciel pour lambris, toutes les parures de la campagne pour ameublements, et comme il l’avait créé en état de grâce, il voulut aussi lui assigner un séjour d’innocence. C’est pourquoi encore que le démon qui est le singe des œuvres de Dieu et qui travaille toujours sur ses desseins ne flattait pas l’espérance de ses idolâtres et la sensualité des païens par l’habitation des Louvres de Perse ni des palais d’or de Néron, mais il leur promettait après la mort le séjour de la campagne et la jouissance des champs Éliziens203.
Que si je transporte ta mémoire à des siècles trop éloignés, tu peux la rapprocher à des exemples plus modernes et à des réflexions plus familières ; souviens-toi de cet ami de Xaintonge204, que tu t’es si souvent proposé comme l’idole du souverain bien, tu lui as dit cent fois que s’il fallait tirer l’horoscope de la pure félicité, tu voudrais que ce fût sur les lignes de son visage, sur les preuves de sa (p. 192) constitution et sur les conjectures de sa physionomie, c’est un gentilhomme savant au-delà de sa profession, aisé par-dessus son ambition, brave, modéré, franc, libéral. Il est courtisan, chasseur, économe, architecte, peintre, fontenier, agriculteur, fleuriste, sa maison est un séminaire illustre où toutes les vertus s’élèvent sans mélange. C’est un fonds inépuisable qui produit toutes les habitudes utiles à la vie civile dans leur innocence parfaite.
Toutes les disciplines libérales sont bienvenues chez lui et se plaisent en sa compagnie pour ce qu’elles reçoivent toujours quelque grâce de son industrie et quelque relief de son invention, et les mécaniques qui sont d’une naissance plus basse et d’une extraction roturière deviennent nobles quand il les manie et se rendent généreuses par son attouchement. Tu dis que ces beaux talents sont originels de la campagne205. Tu publies que ces lumières lui viennent de cette source. Pourquoi est-ce donc qu’étant en paisible possession de cette demeure qui fait les honnêtes hommes tu n’aimes pas en ta personne ce que tu estimes tant en la sienne ? Pourquoi est-ce que tu ne pratiques pas dans les (p. 193) champs ce que tu as si souvent célébré dans la ville ? La nature n’a pas changé de face depuis un an ni la campagne de linéaments206, ce n’est pas une beauté de chair et de sang, les rides ne touchent jamais son teint et ses grâces ne sont pas de la dépendance du temps, au contraire chaque année lui rapporte de nouvelle douceurs et chaque saison lui inspire quelque agrément qui rajeunit son visage. Pourquoi est-ce donc que toutes ces choses étant égales, tu ne cultives pas en ta liberté les mêmes sentiments que tu avais en ta prison ?
Considère d’ailleurs les différences de ces séjours opposés. Les éléments qui vivent ici et qui font vivre en liberté sont retenus dans les Villes comme des esclaves à la chaine, la terre n’y fait rien de son bon gré et ne produirait pas un brin de persil sans en être sollicité, ici toutes les plantes naissent volontiers comme en leur matrice et y prospèrent même sans culture, l’air des Villes offensé de la puanteur des égouts et corrompu de la vapeur des cloaques y forme les pestes et engendre les épidémies, ici c’est notre plus doux et notre meilleur (194) aliment, et, si tu étais aussi sobre que Pythagore207, tu trouverais en sa seule respiration plus de la moitié de ta vie. Le feu ne vivrait pas un moment dans la ville si la campagne ne prenait soin de lui administrer sa pâture, et parce que les habitants de ces lieux disetteux208 le font languir de faim et lui retranche ses morceaux, s’il arrive qu’il trouve sa matière à commodité, il fait d’horribles grillades, il emporte les îles entières, il consume les palais, il dévore les édifices. La campagne sait et peut mieux ménager la complexion de cet élément famélique, son ordinaire ne lui manque jamais et ses repas sont réglés en sorte qu’elle contente son appétit et empêche sa voracité. L’eau qui se communique si gracieusement à tous les étages de l’univers, qui embrasse la terre et se mêle à l’air et qui roule sur les cieux ne peut compatir avec les ordures et fuit les gens de la ville de tout son pouvoir, elle s’abime, elle se dérobe, elle se précipite, et s’ils en veulent jouir, il faut qu’ils l’aillent puiser par gouttes jusqu’au centre de la terre. Ici nous avons sans peine les ruisseaux et les sources, nous familiarisons librement (p. 195) avec les étangs et nous nous entretenons à découvert avec les fontaines.
Les métaux qui sont enfants naturels et légitimes de la campagne ont une telle aversion pour les villes qu’ils ne s’y trouveraient jamais s’ils n’y étaient trainés de toute force, dès qu’ils sont arrivés on les met à la torture comme des scélérats, on les bat, on les tenaille, on les ciselle, on les roue, et on leur fait prendre sous la rigueur du marteau mille figures contraires à leur inclinations. Encore marquent-ils après leurs peines qu’ils sont de bonnes naissances, ils s’introduisent dans les lieux les plus sacrés et se font faire place dans les meilleures compagnies, ils parent les autels, ils ornent les temples, ils relèvent les lambris, ils enrichissent les buffets, ils dorent les alcôves.
Les arts qui ont une naturelle sympathie avec les métaux s’emportent à ces mêmes affections par raison de convenance et de nécessité, c’est la campagne qui leur donne toutes les belles idées et de quoi les mettre sur la matière, c’est elle qui fournit au premier ouvrier l’argile pour faire le premier homme et depuis à Prométhée209 pour faire (p. 196) le second, l’ivoire à Phidias210, et le marbre à Praxitèle211. On peindrait encore aujourd’hui avec le charbon212 si la campagne n’avait rendu ce bon office à la peinture de contribuer [avec] le sang de ses veines pour façonner ses membres et vivifier son teint, il en fallut tirer sa ceruse et son vermillon. La laque, la pourpre, l’azur, le cinabre213, la sandaraque214 et toutes les couleurs qui animent la toile sont des créatures sorties de ses entrailles. Après cela, cette reine magnifique a renvoyé tout ce fatras à la ville comme des meubles superflus et des manufactures inutiles, elle a rempli les cabinets, les ruelles, et les galeries des paysages de Ferdinand215, des animaux du Bassan216, et des perspectives de Stenvik217 parce qu’elle possède en effet l’étendue de l’horizon, les parcs de la forêt, les verdures des collines, les nuances des prairies, et le coloris des parterres. Elle est elle-même le modèle de toutes ces beautés et les villes n’ont que par copie et par emprunt ce qu’elle a en propre et en original.
La musique est toute de la campagne, c’est elle qui a instruit les oiseaux à expliquer agréablement la différence de leurs passions (p. 197) par la diversité de leurs tons et ces maitres des airs218 nous en ont donné ensuite les premières tablatures et ont appris aux hommes à chanter par la clef de l’art comme ils font par celle de la nature. Elle fit honneur aux Thébains de leur prêter Amphion219 pour bâtir l’enceinte de leur grande ville au concert de son luth, et si Platon n’eut aimé le séjour des montagnes, il n’eut jamais su rien dire de l’harmonie des cieux220.
De plus la Ville est une femme seconde qui porte de Vérité tous les jours des enfants, mais c’est une mère disetteuse et une nourrice sèche qui ne saurait seulement pourvoir à la grosse faim des peuples qu’elle met au monde. La Campagne est une mère fertile qui a chez soi de quoi nourrir toutes ses créatures et de quoi subvenir aux étrangères, ses mamelles regorgent toujours de lait, de miel, d’huiles, de cidres et de vins délicieux. La Ville est une quaymande221 qui tend toujours ses mains vides, la campagne est une économe abondante et libérale qui communique ses commodités avec largesse et verse ses présents avec profusion. Les Baccantes, les Harpies, les Lamies222, et (p. 198) les Érynies sont les déesses des Villes, les Cérès, les Dianes, les Flores, et les Pomones sont les déesses des Campagnes. L’Ambition, le Luxe, la Dissolution, l’Impiété, la Fourberie, l’Usurpation, la Vengeance sont les vertus des Villes ; la Piété, l’innocence, la Frugalité, la Franchise, la Modération, l’Amitiés sont les vertus des campagnes. Et la Justice même qui est la vertu transcendante estima ce séjour à ce point qu’abandonnant le monde, elle voulut que la Campagne fut sa dernière hôtesse et qu’elle lui donnât son gîte223.
La première Ville de l’Univers pour se voir dans une perfection achevée a voulu se faire ville de Campagne. Rome n’aurait été ni triomphante ni florissante si elle n’eût enfermé dans son étendue les champs de Mars et de Flore ; elle n’aurait été ni pure ni délicieuse si elle n’eût appelé chez elle les eaux du champ Braccien224, et toutes ses merveilles auraient été des trésors cachés si elle ne les eût élevés sur sept collines comme sur des éminences champêtres qui forment autant de pointes de diamant d’où réussissent les ravissantes perspectives de cette fameuse cité.
(p. 199) Comme je profondais225 ces réflexions, je me trouve sans y penser au bout de l’allée et découvre tout à coup le canal de la Dordogne comme un changement de scène et une nouvelle décoration de théâtre, j’avoue que cette merveille surprenante fit un tel effort sur ma tristesse qu’elle la mit presque aux pieds de la raison. Cette rivière faite en caducée qui a toujours des vues admirables semblait avec ce beau jour s’être parée de toutes ses grâces pour donner de l’amour ou de la consolation à un exilé. Quoi ! disais-je, n’es-tu pas ingrat si tu ne loues Dieu de t’avoir tiré des confusions de Ninive226 pour te conduire dans la région du repos et de l’ordre où les ondes mêmes vivent avec tant de concorde et d’égalité ? N’es-tu pas méconnaissant si tu ne bénis le conseil qui a résolu ton exil et la main qui en a signé l’ordonnance ? Vois sous ce beau cristal les deux flambeaux du monde éclairer en même temps, considère le lustre de ces deux planètes qui se regardent, admire les images du frère et de la sœur placées à l’opposite, n’est-ce pas un miracle inconnu de l’antiquité qui nous avait appris que (p. 200) les astres nageaient dans les cieux de même que les poissons dans la mer puisque nous savons au contraire que les poissons occupent le Zodiaque et que nous voyons les astres nager sous cette rivière ? Ne t’étonne pas pourtant que ce miroir des planètes reçoive volontiers leurs impressions ; ce sont les deux intelligences qui lui président, l’une lui donne la lumière et la vie à tous ses habitants, l’autre règle ses mouvements comme ses démarches et mesure ponctuellement toutes ses cadences.
Si tu veux avoir du plaisir prends garde à ce voleur de héron que la nature a troussé en page, il s’est planté en embuscade sur cette motte de sable pour pirater le premier poisson qui passera à portée de son bec ; il s’en sert comme d’une ustensile à tous usages, c’est sa lance, son poignard, son peigne, sa sonde, sa ligne, son crochet, sa cuillère et sa lardoire. Le voilà qui s’allonge, il s’hérisse, il s’étend, il se resserre ; tu lui verras faire en un moment le serpent, le nain ; le géant et toutes les postures du zanni227, s’il passe un moucheron par hasard ne fut-il pas plus gros qu’un atome il le prend de volée (p. 201) et le gobe par provision, il se relaie sur ses jambes et appuie sa carcasse tantôt sur l’une et puis sur l’autre, il fait l’endormi, le mort, l’extatique de peur que l’ombre qui exprime sur l’onde la figure hideuse de son corps et de ses mouvements n’effraie le poisson et ne recule sa proie. Tu le vois qui s’essore d’effort comme s’il ne devait prendre terre que dans les Indes, mais c’est qu’il veut donner ce temps au poisson de gagner le dessus de l’eau, cependant il fait son enceinte et prend l’avantage du soleil et du courant pour venir fondre sur la tanche ou larder le brochet.
Ces pêcheurs qui s’étendent de toute leur force sur cette rade semblent emmener dans leurs rets tout le poisson de la mer, mais si tu leur présentes un quart d’écu, ils te cèderont toute leur expectative et te montreront que les jurisconsultes ont mal rencontré de dire que la fortune n’est pas vénale et que l’espérance n’est pas du commerce des hommes.
Si tu reviens ici dans quelques mois cette rivière te montrera un miracle qui lui est propre. Tu l’appelleras si tu veux le génie (p. 202) du fleuve son enthousiasme, sa fureur, son faste, sa fièvre ou sa bile, de moi je n’oserais donner de nom à une si belle chose et je l’appelle comme ses riberols228 le Mascaret. C’est je ne sais si je dois dire, une vertu ou une maladie de ce canal singulier en son esprit qui te fera avouer, n’en déplaise à l’Euripe229, qu’il méritait mieux que lui d’être le cercueil d’Aristote. C’est enfin un bouillon d’eau surémaillé d’une écume emperlée qui s’élève de sa hauteur sur le lit de la rivière, embrasse également l’étendue de ses deux rivages et roule sur sa glace tout d’un temps avec une impétuosité réglée et des intercadences majestueuses accompagnées d’une harmonie qui t’étonnera la première fois et qui te ravira la seconde.
Toutes ses coutumes lui sont particulières, mais elles ne lui font rien faire de boutade230, il ne s’enfle qu’en une saison, ne s’élève qu’à ses heures affectées, ne se relâche que par degrés et ne se calme que dans certains intervalles qui mesure l’espace de sa course. Un païen jurerait que c’est Neptune monté sur son char suivi de tout le cortège des Tritons et des Néréides, un chrétien assurerait que (p. 203) c’est cet esprit de Dieu qui se portait sur les eaux et moi je dis que c’est un je ne sais quoi de prodigieux dont Dieu nous a ôté toute la connaissance et laissé toute l’admiration.
Si cet élément lasse ta vue, tourne-la du côté de la terre et tu confesseras que la main de Dieu a autant de doigts que le Soleil a de rayons, qu’elle touche tous les endroits du monde et qu’elle dessine sur chaque créature en traits de lumière les emblèmes de sa grandeur et les hiéroglyphes de son pouvoir. Tu n’y verras point d’objet qui te donne de l’entretien. Prends garde déjà d’incommoder ce ver qui rampe à tes pieds, tel que tu le vois sortir de son trou, il a sa repue aussi assurée que toi et plus à l’honneur d’avoir pour maître d’Hôtel celui-là même qui l’a créé. L’oiseau qui croasse sur cette branche de noyer n’est pas si diable qu’il est noir, c’est encore un des enfants de Dieu qui lui demande la becquée, le cri qu’il entonne c’est le premier motet231 de son invocation et le prélude de son dîner. Cette goutte de rosée que tu vois pendue à l’extrémité de ce roseau qui reçoit si à propos les impressions du Soleil et qui représente en un point toutes (p. 204) les beautés de l’iris est bien d’aussi bonne maison que le corbeau232 ; elle ne fait pas à la vérité tant de bruit, mais elle fait bien plus de besogne, elle nourrit la perle, elle perfectionne l’ambre, elle humecte les plantes, elle vivifie les fleurs, elle compose le miel, elle blanchit la cire.
Imagine-toi que ce terroir ne produit rien qui n’exhale quelque bonté singulière et que tout autant d’herbes sur lesquelles tu marches sont autant de vertus que tu foules sous les pieds. Demande à ce blé en vert qu’il te rende compte de sa vie, il te dira que la terre échauffée d’un peu de fumier l’a reçu en sa matrice, qu’elle l’a couvé pendant quelque temps jusqu’à ce que les rayons du soleil l’ayant rendu végétal233, il s’est enflé et dilaté, qu’il a creusé sa vieille peau et jeté sa nouvelle racine, poussé son germe et son herbe, qu’il commence à s’appuyer sur sa tige, qu’il se montera en tuyau, se durcira, se nouera par intervalles et composant enfin son épi le fera fructifier au centuple. Et je te dis qu’il en est de même de l’âme raisonnable, elle est attachée à l’argile et collée au limon de la matière, mais recevant (p. 205) la chaleur et les lumières de sa sagesse elle se dépêtre de la corruption, s’élève par étages aux grandes choses, engendre toutes les belles habitudes et produit une moisson de vertus.
Considère cet enfant en qui la raison n’est qu’ébauchée ; il commande à baguette sur une troupe de taureaux furieux qui n’oseraient avoir gauchi d’un seul pas devant lui, pourquoi donc est-ce que ta raison qui est achevée ne prendra pas le même avantage sur la conduite de tes passions ?
Cette jeune bergère avec sa quenouille qui balance son fuseau monté sur cette éminence de gazon te fait une innocente description de ta vie ; nous filons nos moments, nos heures, nos jours et nos mois, c’est un perpétuel circuit et une révolution continue, enfin après avoir entamé sur notre corps desséché un grand volume d’années le fil se rompt et nous tombons en terre de notre propre poids234.
Est-il pas dommage de ce grand sapin étendu qui a mesuré de sa chute la longueur de cette prairie ; il serait plein de vie s’il eut su régler son ambition, il serait encore (p. 206) debout s’il eut fait comme l’orme majestueux que tu vois au milieu de ce pacage qui est ferme sur ses pieds en dépit des vents et des tempêtes et qui couvre sous sa couronne tous les troupeaux du village dans les ardeurs de la canicule.
Vois cette fontaine négligée, cette sphère de glace, cette nymphe de cristal qui n’a pour tout vêtement qu’un tonneau, elle ne peut être assez estimée où elle est, mais de quel prix serait-elle dans un jardin de ville ? Crois-tu que celle qui est destinée pour la bouche des Rois de Perse dont aucun de leurs sujets n’oserait avoir goûté pour la vie soit plus belle et plus délicieuse ? C’est le vrai tombeau de Narcisse et si le fonds était pavé de marbre où son épitaphe fut gravée en minutte235 elle se pourrait lire aussi couramment que s’il n’y avait que de l’air entre deux, considère son diadème de fleurs et de pierreries, regarde la bigarrure des festons que la nature a façonnés pour l’ornement de sa tête, tu y remarqueras l’or du topaze, l’argent de la perle, l’azur du saphir, le pourpre du rubis, le vert de l’émeraude, et le violet de l’améthyste.
(p. 207) Ne serait-il pas plus séant à la curiosité d’un philosophe de venir d’Athènes ici pour raisonner sur ces agréments qu’à l’amour d’Alphée de traverser le Péloponnèse en Sicile pour embrasser son Arethuse236 ? Tu n’aurais pas demeuré vingt-quatre heures en sa compagnie que tu verrais sans télescope avec quelle pompe elle est galantisée des astres qui lui font la cour et des Dieux qui viennent la caresser, Apollon ne manque jamais de la venir baiser une fois la nuit, Vénus est des premières à se jeter dans son sein, elle y mène ensuite Mars, Jupiter, Mercure et toutes les divinités de l’Olympe en sorte que tu jugerais que c’est le Panthéon en effet comme il l’est en figure237. Certes il n’est pas merveille que la langue sainte ait appelé les fontaines de même nom que les yeux238, puisque en effet ce sont les organes par où la nature se regarde et les prunelles en qui le monde fait voir toutes ses beautés par les espèces d’objets qu’elles représentent. Pardonnez-moi, Seigneur, si j’idolâtre cette belle créature ! Permettez-moi grand dieu que j’adore votre éternité (p. 208) dans sa source, votre pureté dans sa substance, votre grâce dans sa lumière, votre bonté dans son abondance, votre plénitude en sa profusion, votre infinité en son cercle, votre richesse en sa couronne et votre étendue en sa course.
Oui, mais ces objets sont toujours les mêmes, ce sera demain le même parc, la même rivière, et la même fontaine, toutes ces récréations muettes sont les assortiments des âmes contemplatives, ce n’est pas là la société civile, ce n’est pas le commerce du beau monde, ce ne sont pas les conversations des villes ni les nouveautés de la cour et tout cela ensemble ne saurait faire que je ne sois pas exilé ?
Non, mais cela même confondra ton erreur, est-il pas vrai qu’il n’est rien de si bigarré239 que la campagne ? Elle ne se représente jamais sous le même visage, son économie, ses travaux, sa culture, ses productions et tous ses exercices se remuent par des mouvements alternatifs et par des circulations réciproques. Les saisons et les années prennent toujours les mêmes soins et qui travaillent successivement sur leurs anciens (p. 209) modèles ramènent par leur retour des vicissitudes si plaisantes qu’il n’est point de curiosité raisonnable qui n’y trouve de nouveaux sujets d’admiration.
Ces arbres que tu vois arrangés en échiquier étaient naguères couverts d’une robe de neige réchauffée de glaçons, ils se plaisent aujourd’hui à faire voir leur nudité et à découvrir leur écorce à ce Soleil qui rappelle leur première chaleur. Dans quelques jours, ils s’émailleront de fleurs qui recréeront ta venue, ensuite ils se couvriront de feuilles qui te donneront de l’ombre, enfin ils se chargeront de fruits qui rempliront tes greniers et qui feront honneur à ta table. Cette infinité de cannage240 qui occupait tantôt la surface de la rivière s’en ira bientôt habiter les marais Méotides241 et fera place aux cygnes qui nous viendront du Caystre242. Ces oiseaux prodigieux que je t’ai fait remarquer seront à la fin du mois habitants des Ardennes et iront chercher un autre hiver dans le Septentrion tandis que les hirondelles nous rapporteront le printemps et que les cailles de Caprée243 viendront repeupler nos guérets244.
(p. 210) Quant à ces conversations de ville dont la perte t’afflige si sensiblement, ou elles étaient honnêtes, ou vicieuses. Si elles étaient vicieuses, tu dois profiter de ce divorce245 ; si elles étaient honnêtes tu ne fus jamais en meilleure posture pour les entretenir. Toutes les filles de la sapience ou théoriques ou pratiques sont dames de la campagne. La médecine qui est la science de la vie en a reçu ses plus belles lumières et en a tiré ses premières conjectures, il est vrai que ses ministres ont été emportés malgré eux dans les villes par la foule des peuples mais ils n’auraient que de belles paroles et ne seraient que d’honorables charlatans sans la médecine champêtre qui leur fournit incessamment de quoi dispenser les remèdes et accréditer leur divine profession.
Les dogmatiques ordonneraient en vain si elle ne leur distribuait la manne, la casse, la rhubarbe, l’agaric246, la scamonée247 et les millions de simples248 qui conviennent à l’usage de leur faculté, et les chimiques249 ne souffleraient que l’air et la cervelle si la campagne ne leur préparait la matière de leurs (p. 211) extractions et les minéraux d’où ils tirent le sel, le mercure et le souffre qui sont les éléments de leur discipline. La philosophie n’a jamais voulu de lettres de bourgeoisie, tous les sages d’Athènes ne purent l’attirer dans l’enceinte de leurs murailles et les charmes de cette célèbre cité ne purent jamais l’arracher des promenoirs du Lycée250. Veux-tu l’Éloquence ? Tu la trouveras au Tusculan251, la Poésie en Hélicon, l’Astrologie sur le Caucase et tout le Musée252 sur le Parnasse.
Si tu n’as pas le courage de monter si haut va joindre ce vieux laboureur que la caducité réduit à cercler les naseaux et à faire des fantômes253 contre la rapine du volatil, il t’apprendra plus de circonstances des guerres de la ligue que tous les Chroniqueurs n’en ont laissé dans leurs mémoires, il t’enseignera plus d’antiqualle254 que Varron255, plus d’inventions que Polydore256, plus d’agriculture que Columelle257, plus de Botanique que Dioscoride258, plus de Proverbes qu’Érasme. Il discourra de la qualité des climats, de la génération des météores, de l’histoire des animaux plus fidèlement que Pline, il parlera des travaux des planètes, de l’ordre (p. 212) des saisons, de la nature des régions et du mouvement des astres plus pertinemment que Ptolémée259. Enfin, il t’endormira des songes d’Hermippe260, des sornettes d’Ésope, et des Fables de Noël le Comte261.
L’exil qui t’offense est un bonheur qui te surprend et une lumière qui t’offusque, il est de la condition des bons démons qui donnent de la terreur avec leur éclat, qui effrayent à leur abord, mais qui plaisent quand ils sont connus et qui laissent de la consolation quand ils disparaissent : il faut connaître la bonté de l’exil pour en concevoir de la joie et être bien informé de sa nature pour en avoir de bon sentiments.
L’exil à le bien prendre n’est rien moins qu’un changement involontaire d’habitation, ce mouvement forcé d’un séjour à un autre se peut bien dire l’exil des bêtes qui ont des climats affectés et qui étant transportées de l’élément qui leur est propre à celui qui répugne à leur instinct souffrent la perte de leur être ou ne le conservent qu’avec peine. Mais l’homme qui est maître de l’Univers se trouve en tous lieux également affranchi de ces dépendances et (p. 213) rend toujours la nature sujette à l’usage de ses nécessités, il possède la Terre en titre de domaine, il ne relève que de Dieu et n’est hommager262 que de cette autorité suprême et de cette première puissance qui lui est donnée en investiture. Il est chez soi partout où il est, le monde est son hôtel et s’il passe d’une région à une autre c’est changer d’appartement non pas de demeure.
Pour parler de l’exil à la façon des Sages, il faut examiner en quelle manière l’âme qui est proprement l’homme peut être dépossédée de son domicile naturel et reléguée hors de l’homme même, et nous trouverons qu’il est deux espèces d’exil, l’un éternel, l’autre temporel, le premier arrive lorsque l’âme qui faisait l’union du composé se sépare en deux substances par sa dissolution, et de cette sorte la mort peut être dite l’exil de l’âme, le second se rencontre en la vie de l’homme et se distingue en bon ou mauvais suivant la nature des affections qui l’emportent.
Le contemplatif est exilé en Dieu parce que le transport d’amour l’unit étroitement à ce principe qu’il ne fait à celui de (p. 214) la vie, et c’est par cet exil extatique que l’apôtre fut relégué dans le séjour des bienheureux qui est la véritable Eutopie263. L’Anaxarque264 n’était pas en Chypre lorsque les bourreaux lui cassaient les os dans le mortier, son âme était en exil et en sûreté dans le pays de la constance tandis que son corps était exposé à la fureur du Tyran. C’est ainsi qu’on peut assurer qu’Archimède ne se trouva pas dans son cabinet à Syracuse lors que le Barbare lui plongea le poignard dans le sein265, c’est de là enfin d’où venait cette indolence héroïque de la chaste Aria laquelle ayant relégué son âme en celle de son époux ne pouvait expirer que par la blessure qu’il se devait faire266, et demeurait insensible après la sienne entre la fin de sa vie et les approches de sa mort267.
On peut dire de même que les vicieux sont de misérables bannis parce que leur âme est toujours vagabonde et que n’étant jamais chez eux ils souffrent un exil perpétuel sous des régions où ils ne trouvent que des tyrans. L’Avare ne vit que dans les Indes et dans le Pérou, parce qu’il a son cœur où réside son trésor, le Voluptueux est toujours (p. 215) relégué parmi les Sybarites, et l’intempérant dans les cuisines d’Apicius268.
Cela est étrange ! Que tu supportes l’exil comme une adversité que tant de grands hommes ont embrassé comme un bénéfice de la fortune et que tu réputes pour une peine ce qui ne peut être appelé mal sans calomnie ! je ne veux pas t’alléguer l’exil d’Apollon lequel ayant été banni des Cieux se plaisait à garder les troupeaux d’un roi de Thessalie269 sur les rivages d’Amphryze270 pendant que les Dieux démêlaient leurs querelles avec les Typhons et les Encelades271, tu ne te rendrais pas aux fictions poétiques ni aux exemples fabuleux puisque la vérité même manque de force pour te convaincre. Mais considère l’exil volontaire de Tibère en l’île de Caprée, de Carloman272 au Mont Cassin, de l’empereur Charles Quint dans un désert proche de Plaisance273, des Commenes, des Amédées274. Ces indignes monarques qui n’estimaient pas qu’il y eut pour eux assez d’Empire sous l’Empirée et qui croyaient être exilés pour ce qu’il n’y avait qu’un monde pour leur ambition, préjugèrent enfin que la grandeur des diadèmes, que (p. 216) les pompes des villes, la conquête des Royaumes et la gloire des Triomphes étaient des avantages incommodes et des prospérités dégoûtantes et qu’il n’y avait point de félicité si pure que celle de l’exil.
Je trouve encore ta délicatesse fort ridicule lorsque j’entends un sage païen tranché des contorsions d’une colique néphrétique crier à haute voix, non douleur je n’avouerai point que tu sois un mal puisque j’ai la force de te supporter et le courage de te vaincre, cependant un exil souffert pour le service du roi t’afflige, un mal imaginaire te démonte, un bannissement glorieux te désespère.
Mais je veux que l’exil soit un mal, quel privilège, quel passe-droit as-tu qui te doive exempter de cette rigueur ? Saint Jean fut relégué en l’île de Pathmos, Sénèque en celle de Corse, Ovide dans le Pont, Cicéron à Dyrrachium, Scylla à Marseille, Marius en Afrique, Boèce à Padoue. La tyrannie limita le terrain de leur liberté, mais la sagesse et la constance qui ne sont pas de sa juridiction donnèrent de nouvelles étendues à leur gloire et ouvrirent de nouveaux espaces (p. 217) à leur réputation, ces fameux relégués riaient de leur persécution tandis que Rome pleurait leur bannissement et dans le même temps que tous les ordres de l’empire sentaient avec douleur la disgrâce de leur exil, il se jouaient de l’imbécilité du tyran qui pensait avoir borné en une motte de terre le séjour à leur vertu laquelle n’eut pas laissé de vide dans la capacité de plusieurs mondes.
As-tu donc plus de sainteté qu’un apôtre, plus de solidité qu’un stoïque, plus de politesse que le premier courtisan de Rome, plus de crédit que le père de l’éloquence, plus de majesté qu’un dictateur, plus d’autorité qu’un consul, plus d’intégrité qu’un sénateur ? Si tu as plus de mérite que ces grands génies tu dois avoir plus de fermeté, si tu en as moins tu dois t’estimer heureux de ce que leur étant inférieur en vertu, ils t’ont été égaux en supplice.
D’ailleurs tu ne regardes ton exil que par où il te semble hideux et incommode, tu le considères comme la Pristis275 du Poète par où il est montré et non pas par où il (p. 218) est vierge, tu ne remarques pas les soins que tes compatriotes ont pris à te le rendre agréable punissant de même peine toutes les plus insignes vertus et que ce genre de supplice qui emporte de soi quelque note d’infamie fait en ce rencontre une conséquence de gloire par une démonstration de fidélité.
La hiérarchie de l’Église a été congédiée de la Ville longtemps avant toi, elle en a été exilée des premières et les turbans y seraient mieux venus aujourd’hui que les mitres ; la piété, la justice, l’humanité, la discipline, l’obéissance, l’union, le repos et la liberté qui étaient des bourgeois illustres et des citoyens de marque ont été jugés indignes de ce séjour. L’autorité royale, la sénatoriale et la municipale en sont bannies aussi bien que toi. Quelle gloire n’as-tu pas donc de pouvoir jouir librement d’une si innocente conversation et d’avoir en ton exil de si vertueux complices ? Quelle gloire de vivre parmi tant de gens de bien et quelle félicité d’avoir pour compagnie des relégués (p. 219) qui ne se trouvent que dans le sanctuaire, dans le musée et dans l’académie.
Certes à dire vrai ou l’exil est un grand bien ou un grand mal ou une chose indifférente. Si c’est un grand bien pourquoi tant de sollicitudes, tant de gémissements, tant de convulsions d’esprit ? Si c’est un grand mal, c’est le sujet d’une grande constance et le champ d’une vertu héroïque qui ne se plaît que parmi les choses après et qui, de même que le Géant de la fable276 étant atterrée, reçoit de sa chute une nouvelle vigueur et se relève avec de meilleures forces. Si c’est une chose indifférente, elle n’est pas capable d’exciter aucun trouble et ne mérite pas seulement d’altération.
Enfin je coupe la gorge à ta frénésie d’un coup de dilemme que tu ne saurais parer : ou ton exil est juste ou il est tyrannique, s’il est juste pourquoi te plains-tu ? s’il est tyrannique loue ta bonne fortune de ce que la Tyrannie qui ne se montre que dans les flammes, qui ne s’explique que par l’organe des Taureaux d’airain277, et qui ne se roule que dans les machines armées (p. 220) de rasoirs, dans les tonneaux cloués, et sur de lits de fer, t’ait traité si humainement et se soit contentée d’exercer sur ta personne le plus doux de tous les supplices.
C’est ainsi que l’inconnu passait heureusement les heures de son exil, c’est ainsi qu’il goûtait à longs traits une douceur qu’il n’avait pas méritée, c’est ainsi qu’il soutenait sans murmurer la peine des gens de bien qui n’est au pis-aller qu’une fièvre du temps et une maladie moderne, c’est ainsi qu’il recevait de bon gré le châtiment de la main de sa mère : non pas comme Coriolan278 qui ayant été banni de Rome se ligua avec l’ennemi de l’état et rendit son injure mémorable par de funestes journées et d’horribles carnages, mais comme Thémistocle279 relégué en Perse qui aima mieux ajouter la mort naturelle à la civile et avaler le poison que de nuire à son ingrate patrie ; non pas comme ce célèbre jurisconsulte280 qui fulmina l’anathème sur son pays le privant de la succession de ses os et de ses cendres, Ingrata patria non habebis ossa mea281, mais comme Ulysse qui dans son exil et dans les fatigues d’une longue guerre adorait une fois le jour l’image de sa patrie, et qui pendant toutes ses courses et ses travaux infinis portait toujours dans le cœur l’idée de sa Pénélope et l’amour de son Ithaque.
FIN
Notes de bas de page
1 Epître, n. p.
2 Epître, n. p.
3 Sonnet, n. p.
4 IX, I, 213 Bibliothèque historique, 1804.
5 L’exil de l’Inconnu dédié aux exilés de la ville de Bordeaux, Chez Pierre Targa, imprimeur ordinaire de l’archevêché de Paris, 1653, 52 p. Il a été réédité à Lyon en 1654 (voir catalogue des livres que renferme la bibliothèque publique de Grenoble, P.-A Ducoin éd, Baratier Frères, 1831, t. I, p. 339).
6 Dialogue d’un Inconnu avec la ville de Bordeaux première partie, sur le sujet des mouvements de Guyenne des années 1649-1650 ; Dialogue d’un Inconnu avec la ville de Bordeaux deuxième partie, sur le sujet des mouvements de Guyenne des années 1651-1652 ; Dialogue d’un Inconnu avec la ville de Bordeaux, troisième partie, sur le sujet de la Paix accordée par Sa majesté à la Ville de Bordeaux et provinces de Guyenne.
7 Le narrateur se décrit précisément en train de travailler à une traduction latine quand il est interrompu le jeudi 9 janvier à 2 h de l’après-midi par des cris. La nouvelle qui va bouleverser ses habitudes circule sous la forme d’un imprimé « encore tout moite de la presse ». Il s’agit de l’ordonnance déclarant son bannissement immédiat : il doit partir dans les 24 h. Le narrateur rapporte l’agitation de ses pensées quand il se rend au palais, ses inquiétudes, ses larmes, son enquête pour connaître les responsables de cette injustice.
8 Jean Ogier de Gombauld (1576-1666).
9 Expression que nous empruntons à Thomas Pavel et qui synthétise les procédés énonciatifs et littéraires mis en jeu dans cette opération de distanciation (voir Thomas Pavel, L’art de l’éloignement, Essai sur l’imagination classique, Gallimard, 1966).
10 La pagination est celle du recueil Œuvres de l’inconnu sur les mouvements de Guyenne dédiées à Monseigneur l’Eminentissime Cardinal de Mazarin, Paris, Pierre Targa, 1653, 360 p.
11 En une même personne.
12 Bras de la mer Egée qui sépare l’île d’Eubée de la Béotie. La recherche dont parle le narrateur sur les marées a été décrite par Pline l’Ancien, dans son Histoire naturelle, et l’on dit qu’Aristote ne trouvant pas de réponse à ce phénomène se serait jeté de désespoir dans l’Euripe.
13 Nom donné à l’Etna.
14 Petite pièce de bois qu’on place dans une rainure pour combler un espace.
15 « Un philosophe Tarentin » désigne Platon, il conseillait des jeux éducatifs pour les enfants.
16 Croire tout ce qui se dit.
17 Apollonius de Tyane, philosophe et prédicateur du 1er siècle, qui s’est rendu notamment en Inde. voir Apollonius de Tyane, sa vie, ses voyages, ses prodiges, trad. A. Chassang, Paris, Sand, 1995.
18 Problème d’astronomie qui consiste à mesurer le point extrême de l’orbite elliptique d’un astre par rapport au centre de la terre.
19 Toutes ses activités renvoient à des problèmes d’astronomie, de mathématique et de géométrie qui visaient à déterminer les méridiens et les longitudes, ainsi que la mesure exacte du temps afin de pouvoir se repérer sur la mer.
20 L’Histoire comique des Etats et Empires de la lune de Cyrano de Bergerac écrite vers1650 et publiée en 1655 a circulé sous forme manuscrite, a-t-elle été lue par l’auteur ?
21 Témoigner.
22 Allusion aux vieillards de Cardan cité par Cyrano (L’Histoire comique des Etats et Empires de la lune, éd sociale, 1978, p. 39). Cardan raconte que son père avait vu apparaître sept vieillards dont deux affirmaient être des êtres aériens et vivre plus longtemps que les hommes. De Subtilitate (chapitre 19).
23 Séduisantes.
24 « Venues d’ailleurs » fonctionne en doublet avec l’adjectif « étrangère » qui suit.
25 S’exprime ici une méfiance devant le savoir encyclopédique prôné par la Renaissance. Le savoir est placé sous le signe de l’inutilité car il détourne de ce qui est important la sagesse et le bonheur (voir M.A Robert, « La curiosité ou la tentation de l’encyclopédisme », Le dix-septième siècle encyclopédique, Association Diderot, Presses universitaires de Rennes, 2001, p. 181-197.
26 C’est-à-dire tous les grands navigateurs de la Renaissance : les noms de Christophe Colomb (1451-1506) et de Fernand de Magellan (1480-1521) étant des antonomases.
27 Application et effort.
28 Jean IV de Portugal (1604-1656).
29 Instrument servant à mesurer la hauteur des astres.
30 Aristophane (Ve siècle av. J-C) poète comique, auteur de satire politique.
31 Le Timée fait partie des derniers dialogues de Platon (320 av. J-C), y sont abordées des questions relevant de l’origine du monde et de l’âme.
32 La passion platonique de Pétrarque (1304-1374) pour Laure de Noves lui a inspiré les Canzonière. Le pluriel ainsi que le suffixe du mot « amourettes » ternissent ce qui est considéré comme l’un des symboles de l’amour courtois.
33 Ludovico Ariosto (1474-1533) auteur du Roland Furieux et de Satires.
34 Les burlesques de François Rabelais (1483-1553) désignent ses cinq romans parodiques.
35 Épictète (50-130) philosophe stoïcien.
36 Depuis 1648 c’est-à-dire le début de la Fronde.
37 Partialisé sur l’imprimé.
38 Événements.
39 Médée et Thieste sont des personnages mythologiques, qui incarnent le crime et la vengeance, Médée, trahie par Jason, tue ses propres enfants, Thyeste se venge de son frère Atrée qui a fait assassiner tous ses fils par l’entremise d’Egisthe, son dernier fils qui vengera ses frères.
40 Bataille qui a eu lieu durant la deuxième guerre punique (216 av. J-C) en Italie et qui a anéanti l’armée romaine, on parle de plus de 45000 morts.
41 Bataille en Thessalie (48 av. J-C) oppose César à Pompée. César parle dans ses commentaires de plus de 15 000 morts (6000 Romains et 9 000 Pompéiens).
42 En 86 av. J-C., la bataille d’Orchomène en Béotie opposa Sylla, général romain, aux forces grecques de Mithridate ; le champ de bataille se trouve à côté du lac Copaïs qui est environné de marais, on dit que les grecs vaincus s’y noyèrent.
43 Bataille de Poitiers dans laquelle Charles Martel remporte une victoire décisive sur les musulmans en 732.
44 Bataille de Marignan en 1515, première victoire de François 1er (plus de 15000 morts en seize heures de combat).
45 Alexandre le Grand.
46 Les traces.
47 Profession, emploi.
48 Louis XIV.
49 Végèce (IVe-Ve siècle) auteur d’un art de la guerre (Epitoma rei militaris).
50 Quintus Sertorius (122-72 av. J-C), général romain.
51 Nature.
52 Allusion aux prodigalités d’Alexandre le Grand (356-323 av. J-C) qui s’entourait de courtisans qu’il comblait de présents et qui menaient « une vie voluptueuse et efféminée » (voir Plutarque, Vies parallèles).
53 Régulus, consul romain et général en -267, en -255, il est vaincu et fait prisonnier par les Carthaginois qui lui confient la mission d’aller à Rome pour demander au Sénat la paix ; après avoir déconseillé cette solution, Régulus retourne à Carthage, comme il s’y était engagé, et il y est supplicié.
54 Caton l’ancien (234 -149 av. J-C) terminait tous ses discours au Sénat par le fameux Carthago delenda est (Carthage doit être détruite).
55 Sénèque (-4-65) se donne la mort en s’ouvrant les veines sur l’ordre de Néron.
56 Il s’agit ici de l’influence des astres sur les humeurs.
57 Les êtres spirituels.
58 Altération.
59 Momus, dieu de la raillerie.
60 Mercure, dieu du commerce, des voyageurs, messager des dieux, mais aussi matière au cœur de l’alchimie du XVIIe siècle, « il y a autant de mercures que de métaux », connaître les propriétés de transmutation du Mercure c’est se rendre capable de fabriquer de l’or (B. Joly, La rationalité de l’alchimie au XVIIe siècle, Paris, Vrin, 1992, p. 273-274).
61 « Planète » pouvait être au féminin ou au masculin. Planete signifiant : « astre auquel on attribue une influence sur le destin ».
62 Astrologue.
63 Soulunaires sur l’imprimé.
64 Il s’agit d’Homère, et sa Batrachomyomachie ou le combat des rats et des grenouilles.
65 Juvénal, Satires, XIII, v. 167-173.
66 Les protestants.
67 Un relégué est exilé sans être privé de ses droits civils et politiques.
68 Sensation désagréable, démangeaison.
69 Zeuxis, (400 av. J-C), peintre grec, aurait représenté une vieille si ridicule qu’il en serait mort de rire.
70 1653.
71 Le traité du manteau de Tertullien est un opuscule dans lequel il compare les vertus du manteau à celles de la toge. Le parallèle est un exercice d’érudition ludique difficile à traduire comme l’indique l’approbation d’une traduction contemporaine : « l’interprète nous fait voir du jour dans les ombrages les plus mystérieux de l’antiquité » (Titreville, Du manteau de Tertullien, 1640, n. p.).
72 Ordonnance du prince de Conti expulsant de Bordeaux les membres de la cour des aides et les agents de Mazarin (4 janvier 1653), elle est mentionnée dans les Archives historiques du département de la Gironde, 1854, t. 7, p. 259.
73 De leur religion.
74 En marge ; Tertullien. Apollo. Citation tirée de l’Apologie de Justin Martyr (vers 155).
75 Image pour décrire les sentiments opposés qui agitent l’esprit.
76 Pierre Lenet (1600-1671), serviteur de Condé depuis 1650, il accompagna la princesse de Condé, Claire Clémence de Maillé-Brézé à Bordeaux où il joua un rôle important voir ses Mémoires (Michaud et Poujoulat, Paris, 1838, 3e série, t. II, p. 183-632).
77 Partisan de Pison (-65 ?), ce dernier, après avoir organisé une conspiration contre Néron, se suicida.
78 Partisan de Catilina qui conspirait contre Rome.
79 Jeune homme qui porte des plumes, et ordinairement ce mot ne se dit en ce sens qu’en raillerie (Dictionnaire de l’Académie Française, 1694).
80 S’agit-il des gens chargés de porter le nécessaire à écrire ?
81 Exoine est l’excuse proposée pour un absent, qui refuse de se représenter en justice pour être interrogé. On n’emploie ce terme qu’en matière criminelle.
82 Dans le sens de mouvement qui casse, il s’agit donc de détourner les termes de l’ordonnance.
83 Éminent.
84 Henri de Lorraine (1578-1621), duc de Mayenne ou du Maine, gouverneur de Guyenne de 1618 à 1621.
85 Pasquino désigne une statue se trouvant à Rome et datant du IIIe siècle avant J-C. La tradition veut que l’on y attache des satires politiques au XVIe siècle. Messer Pasquino est donc le porte-parole de l’insatisfaction générale.
86 Je crève.
87 Désigne un moine cistercien, qui prône l’ascétisme, le polémiste en considérant qu’il est plus virulent qu’un pasquin renvoie-t-il au conflit interne de l’ordre et à ses réformes ?
88 La statue comme un arbre dont on a coupé les branches, n’a pas que la tête et le tronc.
89 Quel vieillard abruti et enragé.
90 Ironique bien sûr, une telle chambre n’existe pas.
91 Bonnet fait partie, selon Hélène Sarrazin, du directoire de l’Ormée de Guyenne, en avril 1652 mais aucune justification n’est apportée (H. Sarrazin, La Fronde en Gironde, p. 108). Notons qu’un Bonnet était secrétaire du prince de Condé en 1616 (Lépicier, Jules. Archives historiques du département de la Gironde. 1859-1936. 1887 (T25), p. 303).
92 Jeu de mots avec les têtes de chapitre des Vies illustres ?
93 Honorat II de Savoie, marquis de Villars (1511-1580).
94 Henri II de France (1519-1559).
95 Il s’agit de la place forte d’Hesdin assiégée en 1553 par les impériaux qui venaient de prendre Metz.
96 Charles Quint, empereur du Saint-Empire (1519-1558).
97 Emmanuel-Philibert de Savoie (1528-1580), qui est au service de Charles Quint.
98 Il s’agit du même Honorat II de France qui est nommé amiral de France en 1672. Le pamphlétaire n’est donc pas très précis.
99 Charles IX de France (1550-1574).
100 Gaspard II de Coligny (1519-1572) mort lors de la Saint-Barthélémy.
101 Boyvin du Villars, auteur de Mémoires édités en 1607, il y rapporte les guerres de la Ligue (voir Mémoires de Villars, éd. Michaud-Poujoulat, Nouvelles collections des Mémoires, t. X, 1838).
102 Registre contenant le relevé généalogique des familles nobles.
103 Bartolomeo Colleoni (1395-1475) condottiere italien, l’origine de son nom « caput leonis », tête de lion, a tout du mythe.
104 Le polémiste s’appuie sur les surnoms des personnages cités « tête de fer », « tête de lion », seul lien qu’il peut établir avec Dureteste.
105 Il y a une frise sculptée de crânes de bœuf qui orne la sépulture de Cecilia Metella près de Rome et datant de 30 av. J-C, et appelée pour cela Capo di Bove. Elle se trouve à Rome sur le mont Tescaceo.
106 Philosophe stoïcien qui travaillait la nuit dans un puits pour pouvoir étudier le jour. La lampe de Cléante est donc inusable !
107 Néologisme sur la racine anthrope (être humain) et onagre sorte d’âne sauvage ?
108 Tempérament.
109 Ausone, conseiller politique et lettré du IVe siècle, est originaire de Bazas ou de Bordeaux.
110 Les piliers de Tutelle étaient un monument gallo-romain du IIIe siècle, situé près du Grand Théâtre de Bordeaux, ils furent rasés en 1677.
111 La majorité était de 25 ans, trois majorités c’est-à-dire 75 ans.
112 Haut de chausses moulant.
113 Col en dentelle porté durant la seconde moitié du XVIe siècle en Espagne et en France.
114 Garniture de dentelles qui sert de support au rabat.
115 Fraise empesée soutenue par un carton portée sous Henri IV et Louis XIII.
116 Recueil des décisions des plus fameux jurisconsultes romains, et qui ont force de loi.
117 On attribue à Archimède (287-212 av. J-C) un grand nombre d’inventions : vis, écrous, poulies, leviers et machines de guerre.
118 C’est-à-dire le tabellionage, ou l’office de notaire.
119 Pierre Terrail de Bayard (1476-1524), dit le chevalier sans peur et sans reproche.
120 Ramentevoir terme daté qui signifie se remettre en mémoire.
121 Henri III (1551-1589) marié à Louise de Vaudémont-Nomény, princesse de Lorraine.
122 Ce serait les troisièmes noces de notre notaire.
123 Faire des bonds.
124 Danse en vogue au XVIe siècle, la volte serait à l’origine de la valse, l’autre la pavane est une danse lente.
125 Les preuves officielles.
126 Son lignage.
127 H. Sarrazin se demande s’il s’agit d’une plaisanterie de l’inconnu pour désigner un avocat sans cause et donc silencieux (La Fronde en Gironde, op. cit., p. 106-107).
128 Sorte de sergent.
129 Avoué.
130 Vénération dans la première version (L’exil de l’inconnu dédié aux exilés de Bordeaux, Paris, Pierre Targa, 1653, 52 p., p. 20).
131 Cicéron, Catilinaires, premier discours.
132 Au sens étymologique, « fureur divine » c’est-à-dire folie.
133 Plotton sur l’imprimé. Petite pelote.
134 Selon une anecdote de Pline L’Ancien, Cicéron rapporte que l’Iliade, le poème d’Homère, écrit sur une feuille de parchemin, a pu être enfermé dans une noix. In nuce inclusam Iliada, Homeri carmen in membrand scriptum, tradidit Cicero (Histoire naturelle, VII, 21, 1).
135 Balourde : personne stupide et grossière.
136 Soumission.
137 Le prince de Conti.
138 Tous ces empereurs ont régné conjointement.
139 Caligula envisageait de faire de son cheval favori un consul.
140 Ce passage est un pastiche de la fable de l’escarbot et de l’aigle d’Esope (Les fables d’Esope Phrygien, avec celles de Philelphe, Héritiers de Rothe et Proft, 1784, p. 75-76).
141 Long manteau, sans manche, qu’on portait en voyage.
142 Peau de chèvre sauvage.
143 Le mot Esthiographie serait construit sur la racine grecque « ethé » qui signifie caractère. Il s’agit donc de la peinture de leur caractère.
144 Decimus Laberius (105-43 av. J-C) poète latin, et polémiste.
145 Philostrate de Lemnos (IIIe siècle) auteur d’Images dans lesquelles il décrit des tableaux peut-être imaginaires.
146 Jacques Callot (1592-1635) maître de l’eau-forte, célèbre notamment pour sa série Les grandes misères de la guerre.
147 Le gueux, ou la vie de Guzman d’Alfarache de Matéo Aleman est un roman picaresque espagnol publié en deux parties 1599 et 1604.
148 Don Quichotte de Cervantes, publié en 2 parties 1605 et 1615.
149 Le licencié Vidrier, nouvelle de Cervantes publiée dans les Nouvelles exemplaires en 1613 raconte l’histoire d’un homme qui est victime d’une potion d’amour avalé à son insu et qui n’a pas l’effet escompté, il délire et imagine qu’il est en verre. Aussi voyage-il dans un carrosse bourré de foin.
150 Eryx est un personnage mythologique, ce roi de Sicile qui tuait tous ceux qu’il affrontait en duel a été vaincu par Héraclès. Ce roi portait des « gantelets » décrits par Virgile dans l’Énéide « des effroyables cestes formés de sept cuirs, garnis de plomb et de fer » (Œuvres de Virgile, trad. Des Fontaines, Lyon, J. Ainé, 1810, t. 2, p. 29).
151 La légende dit que Didon obtient autant de terre que la peau d’un bœuf peut en contenir. Elle la fait découper en fines lanières et fonde Carthage. En marge du libelle figure un extrait de l’Énéide : « Taurino quantum posent circumdare tergo. Virg. Aen » (la quantité qu’ils pouvaient entourer avec la peau d’un taureau).
152 Chanoine.
153 La croix blanche était un marqueur identitaire, un insigne cousu sur le vêtement qui stigmatisait les pauvres, les lépreux et les juifs (voir Denise Turrel, « Une identité imposée : les marques des pauvres dans les villes des XVIe et XVIIe siècles », L’autre et l’image de soi, Cahiers de la Méditerranée, 2003, p. 93-95, http://cdlm.revues.org/97, page consultée le 22/09/2014).
154 Estampille.
155 Pour le spectacle.
156 Chaussure couvrant le pied et une partie de la jambe.
157 Cannes dans l’Exil de l’inconnu dédié aux habitants de Bordeaux, p. 23.
158 Expression qui signifie que l’on fait quelque chose sans savoir vraiment à quoi elle peut être utile.
159 Le refrain espagnol est le suivant « Uno piensa el caballo y otro qui en lo ensilla » (une chose pense le cheval autre chose celui qui le selle). Ici le cheval est devenu mule « el Ronzin ».
160 Je donne des ordres.
161 Domestique que l’on rémunère toujours alors qu’il n’occupe plus ses fonctions.
162 Palinure était le pilote de la flotte d’Énée, qui est tombé à la mer pendant la nuit. Le Sommeil « prenant un rameau trempé d’une rosée léthéenne le secoue des deux côtés de son front » (Virgile, Énéide, V).
163 L’Entre-deux-Mers.
164 Un peu plus de 7 km.
165 Soldats qui va picorer, qui fait du butin en pays ennemi.
166 Brouillard et pluie fine.
167 Un coup.
168 Aubarde vient de l’espagnol albarda et signifie « selle ».
169 Antoine de Pluvinel (1552-1620) auteur d’un manuel d’équitation, L’instruction du Roi en l’exercice de montre à Cheval (1625). On peut supposer que Prospère et Benjamin sont des maîtres d’équitation.
170 Inflammation des voies respiratoires.
171 Le côté droit du cheval.
172 Châtiment.
173 Glas, autre forme du mot glace.
174 Brusquement.
175 Une faucille.
176 Charretier, celui qui conduit une charrette.
177 C’est-à-dire d’une troupe de voleurs.
178 Nous n’avons pu identifier ces personnages qui pourraient être des héros d’une nouvelle picaresque espagnole.
179 Le droit de passage.
180 La faucille ou volant voir plus haut.
181 Il compare son retour à celui d’Ulysse à Ithaque, qui n’a été reconnu que par Argos, son chien.
182 Proverbe qui dit que la bécasse est bridée quand une personne s’est laissé duper.
183 Proverbe signifiant que l’on est pris sans pouvoir s’échapper.
184 Il est possible que le narrateur établisse une analogie entre la règle des vingt-quatre heures préconisée par Jean Chapelain en 1630 dans sa Lettre sur l’art dramatique et celle imposée par l’ordonnance.
185 Cela va faire mal.
186 Nom de Dieu, nom du christ.
187 À l’abri, chez moi.
188 Pressé.
189 Gehennent sur le libelle autonome (p. 31), le mot valise a disparu dans la seconde version.
190 La patrie est là où l’on se sent bien.
191 Giovanni Battista Guarini (1538-1612) poète et diplomate italien.
192 Ed ogni stanza al valent’huomo è patria ; et toute demeure est une patrie.
193 En marge « Dignum ad quod respiciat intentus operi suo Deus ». Senèque, De Provid. Trad. « [Voici une vue] digne d’être prise en considération par Dieu, attentif à son œuvre ».
194 Chez Homère, breuvage magique propre à dissiper la mélancolie et à provoquer l’oubli.
195 Prison dépendant du parlement.
196 Plante raide et piquante fournissant un pâturage médiocre.
197 Cette perfection.
198 Voir l’Évangile selon Saint Jean (12-24) dans lequel le grain de blé doit mourir pour donner beaucoup de fruits.
199 Chacune des trois personnes divines, considérées comme substantiellement distinctes.
200 La parabole du grain de sénevé explique comment le christianisme s’est développé.
201 Expression religieuse pour désigner Dieu.
202 Il s’agit peut-être d’Alexandre le Grand qui a fondé plus de soixante-dix villes.
203 Élyséens.
204 Jean Ogier de Gombauld (1576-1666), né à Saintonges, a achevé ses études à Bordeaux en 1653, il a été apprécié successivement à la cour de Henri IV, de Marie de Médicis, de Louis XIII et d’Anne d’Autriche, il entra à l’Académie française en 1634.
205 Cette phrase ne se trouve pas dans la version du recueil.
206 Contours.
207 Pythagore (-580-475 av. J-C), la sobriété de ce mathématicien et philosophe est légendaire.
208 De disette.
209 Prométhée est considéré dans la mythologie comme le créateur de l’homme, il le fait tenir debout et lui donne le feu.
210 Phidias (490-430 av. J-C) sculpteur légendaire, il a créé notamment une statue d’Athéna en or et en ivoire.
211 Praxitèle (400-326 av. J-C), sculpteur grec.
212 Le fusain.
213 Sulfure de mercure de couleur rouge vermillon.
214 Gomme résineuse servant de vernis.
215 S’agit-il de Ferdinand Elle (1580-1637) ?
216 Jacopo Bassano (1515-1592) peintre italien qui a peint des animaux dans de nombreux tableaux (La tonte des moutons, Entrée des Animaux dans l’Arche).
217 Henri Stenvik, mort en 1603, peignait des perspectives des intérieurs d’église.
218 Musique sur le libelle publié isolément.
219 Dans la légende, Amphion éleva les murailles de Thèbes avec sa flûte et sa lyre.
220 Voir la théorie de l’harmonie des sphères dans la République (530d, 617b) et le Cratyle, 405c, de Platon notre auteur revient sur une idée déjà développée dans un libelle : « l’art qui marche toujours sur les vestiges de la nature et qui s’empresse incessamment à copier ses beautés conduit tous ses desseins par les règles du plus et du moins[…] le musique est toutes dans ses inégalités : celle des Cieux se forme de l’effort de leur mouvements et de la diversité de leur intervalles qui fait celle de leurs tons et de leurs accents ; celle des hommes en est une imitation, et toutes deux ne concertent que par l’inégalité de leurs parties » (Dialogue de l’inconnu avec la ville de Paris, 3e partie, op. cit., p. 277).
221 Quémandeuse.
222 Créature monstrueuse au buste de femme et au corps de serpent.
223 En marge « extrema per illos justicia excedens terris vestigia fecit » Virg. Géor. L. 2 (c’est là, qu’en se retirant de la terre, la Justice laissa ses derniers vestiges).
224 C’est-à-dire du lac Bracciano situé à 30km au nord-ouest de Rome.
225 Creuser.
226 Ninive est le symbole de la confusion dans la Bible, c’est « la ville où les hommes ne savent pas distinguer leur droite de leur gauche » (Jonas, 4, 11).
227 Bouffon dans la commedia dell’arte.
228 Riverains.
229 Bras de mer de l’Égée.
230 De manière inattendue.
231 Composition musicale religieuse à plusieurs voix.
232 En marge « quis est pluviae pater ? vel quis genuit stilas roris ? Job c. 38 » (La pluie a-t-elle un père ? Qui fait naître les gouttes de rosée ?).
233 Végétable sur l’imprimé.
234 La bergère devient l’avatar champêtre des Parques.
235 Ou minute, en petite écriture.
236 Alphée, dieu de la rivière, est tombé amoureux d’Aréthuse alors qu’elle se baignait dans ses eaux. On dit qu’Artémis pour la sauver des ardeurs du dieu la changea en fontaine et pour l’éloigner encore créa un tunnel entre la Grèce et la Sicile où elle émergea.
237 Représenté.
238 En hébreux aïn signifie « fontaine » ou « œil ».
239 Bigearre sur l’imprimé.
240 En contexte, néologisme qui désigne tous les oiseaux aquatiques.
241 Nom antique de la mer Azov car elle était bordée de marais.
242 Fleuve de Lydie qui se jette dans la mer Égée.
243 L’île de Caprée ou Capri.
244 Terre labourée mais non ensemencée.
245 Cette proposition ne se trouve que dans le recueil. Cf. libelle, p. 46.
246 Plante purgative de la nature du champignon.
247 Sorte de liseron à vertu purgative.
248 Plante médicinale.
249 C’est-à-dire extrait par distillation de quinte-essence.
250 Lieu d’exercice situé en dehors d’Athènes où Aristote tint école de philosophie.
251 Tusculane est une ancienne ville proche de Rome, elle est le lieu où Cicéron situe ses Tusculanes, dialogue sur l’immortalité de l’âme.
252 Les Muses.
253 Des épouvantails.
254 Néologisme sur le titre de l’ouvrage de Varron, Antiquitates rerum humanarum et divinarum.
255 Varron (116-27 av. J-C) écrivain et savant romain, auteur de près de 600 ouvrages.
256 Polydore Virgile (1470-1555) historien italien auteur d’un ouvrage intitulé De rerum inventoribus libri et de Prodigiis libri, des Inventions et des prodiges.
257 Columelle (1er siècle) agronome espagnol, auteur du Res rustica.
258 Dioscoride (40-90) médecin et botaniste grec, auteur du De materia medica, ouvrage sur les remèdes et les herbes, utilisé depuis l’Antiquité.
259 Ptolémée (90-168) astronome et astrologue, représentant du géocentrisme, dont les tables servent à positionner les astres et établir les calendriers.
260 Hermippe (Ve siècle av. J-C), poète auteur de comédies.
261 Natal Conti ou Noël le Comte, auteur milanais du XVIe siècle, a publié notamment un ouvrage intitulé Traité de Mythologie qui est une explication des fables.
262 Celui qui doit l’hommage (jurisprudence féodale).
263 Utopie du grec ou-topos.
264 Anaxarque (340 av. J-C) philosophe grec qui fut condamné par Nicocréon, le tyran de Chypre, à être pilé à mort dans un mortier.
265 Un soldat romain qui aurait marché sur les cercles qu’Archimède dessinait sur le sable l’aurait tué, vexé d’avoir été réprimandé par le philosophe.
266 La version du libelle est moins précise « Aria ne pouvant expirer que par sa blessure » (p. 48).
267 En marge « Vulnus quod feci indolet, inquit : at quod tu facies hox mihi Poete dalet. Marti. Ep. Li, I. (pour échapper au tyran Arrie s’est porté un coup d’épée mortel puis s’adresse à son époux : Prends ce fer, lui dit-elle, et remplis ton devoir ; « À peine j’ai senti le coup qui m’a frappée, Mais je meurs de celui que tu vas te donner ». (Martial, Epigrammes, I, 13).
268 Apicius est un romain célèbre au temps de Tibère pour son raffinement gastronomique.
269 Apollon garde les troupeaux du roi Laomédon.
270 Ancien fleuve de Phrygie.
271 Les titans. Encelade désigne un des fils de Gaïa.
272 Carloman de France (705-755) maire du palais, avec son frère Pépin le Bref, il devient moine et prend sa retraite à l’abbaye du Mont-Cassin.
273 Charles Quint se retire en 1558 dans un monastère de Yuste.
274 Amédée VIII se retire en 1434 pour laisser la place à son fils.
275 Un des navires d’Énée dans l’Énéide s’appelait la Pristis, nom qui désigne le poisson scie, et qu’utilise Virgile pour décrire Scylla. Le mot désigne donc une monstruosité. Manière de souligner ici que l’on ne voit que les défauts du poète.
276 Antée, fils de Gaia (la Terre) retrouvait ses forces au contact du sol.
277 Ou taureau de Phalaris, on y enfermait le condamné puis l’on portait le métal au rouge.
278 Coriolan (- 500 avec. J-C), figure légendaire, il se venge de Rome qui l’a condamné, en soulevant les Volsques et en conquérant plusieurs villes romaines.
279 Thémistocle (524- 459 av. J-C), général grec banni et réfugié en Perse, Plutarque raconte qu’il se serait empoisonné pour en pas avoir à commander une expédition contre ces concitoyens.
280 Jacques Cujas (1522-1590) né à Toulouse, il n’obtint pas une chaire à l’université et mourut à Bourges (voir Antoine Terrasson, Histoire de la jurisprudence romaine, Paris, David père, 1650, p. 463-4)
281 Le jurisconsulte cite une phrase de Scipion l’Africain « ingrate patrie, tu n’auras pas mes os ».
Auteur
-
Myriam Tsimbidy
Université Bordeaux Montaigne EA 4593 CLARE
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