1. Zoohistoire
p. 225
Texte intégral
1Comme l’illustrent cet ouvrage ou d’autres publications des années 2010, et pour des raisons tenant à l’histoire, évoquées en introduction, la zoohistoire est sans doute la branche croisée la plus avancée… en ses débuts. Des récoltes fournies sont déjà possibles à l’exemple des contributions suivantes, qui, à la fois se ressemblent, écrites en partie par des spécialistes de l’Antiquité aux méthodes communes, et divergent dans le croisement avec l’éthologie.
2Christophe Chandezon, historien, vole en formation, aile contre aile, avec Sophie Lumineau, éthologue, pour restituer des vécus de cailles en Grèce et à Rome, tandis que Jean Trinquier, littéraire, plonge, palme contre palme, avec Ana S. Rodrigues, écologue, pour retrouver des orques antiques en Méditerranée. Comme quoi les historiens et leurs semblables sont prêts à tout ! D’une manière fournie, rigoureuse, savante, exemplaire, ces derniers enquêtent dans des textes confrontés, critiqués, contextualisés, expliqués, et croisent avec les éthologues les faits repérés. Dans le premier cas, l’éthologie valide, explique. Cela conduit à souligner les permanences avec les cailles d’aujourd’hui, d’autant que les comportements évoqués sont assez génériques. Cela permet aussi de questionner des certitudes actuelles, notamment l’absence de domestication passée. Dans le second cas, l’écologie valide aussi, mais surtout fournit le mobile et les directions de l’enquête philologique, parce qu’elle est déjà croisée avec l’archéozoologie et qu’elle a des données historiques à confronter aux textes.
3Ces contributions concluent sur la difficulté à passer du côté des animaux, un avis sans doute créé par le dialogue étroit avec des éthologues qui peuvent avoir le sentiment de maigres résultats par rapport à leur habitude. Nous irons en sens inverse : ces croisements et ces travaux étaient impensables il y a une décennie ; leur méthodologie est d’emblée un modèle ; leurs moissons sont déjà belles et donneront d’amples suites, surtout lorsqu’une éthologie déjà historique, en attendant la génétique, oblige à revoir l’histoire ; elles démentent les affirmations d’historiens, jurant qu’il n’y a rien à trouver – donc à chercher – sur le versant animal avant le xviiie siècle. Il ne faut jamais dire impossible !
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