1. S’inspirer de l’autre : l’exemple de l’éthologie
p. 143-144
Texte intégral
1Le ressourcement et l’enrichissement par les autres sont des motifs importants et honorables du croisement disciplinaire. Nous les pensons même recommandés. En particulier, l’éthologie a tout intérêt à aller voir là-bas si elle n’y serait pas aussi ! Cela demande un travail de longue haleine, un programme plus ou moins formel, plus ou moins institutionnel.
2Martine Clouzot, historienne, et Michel Kreuzer, éthologue, collaborent depuis longtemps entre eux et au sein d’une équipe pluridisciplinaire informelle mais passionnée, réunie autour des oiseaux chanteurs. Michel Kreutzer a rejoint ce groupe, au départ constitué surtout d’historiens, de musicologues, de littéraires, d’historiens de l’art, parce qu’il a perçu qu’il pourrait trouver dans l’histoire un autre laboratoire, l’aidant à creuser des questions forgées dans le sien. Avec Martine Clouzot, qui l’a guidé, fourni, prévenu, ils enquêtent en particulier sur les manières dont les humains peuvent entrevoir les mondes propres des animaux. Une question éthologique revisitée à l’aune de l’histoire. Ici, disséquant les techniques de capture et d’éducation, ils montrent que des humains savaient déceler et influencer ces mondes propres, ce qui permet de valider les dires du passé, de conforter les connaissances actuelles, toujours instables, susceptibles de révision, et de mieux comprendre les Umwelt.
3Alain Boissy, éthologue, spécialiste d’éthologie appliquée, nous présente une entreprise institutionnelle conduite depuis deux décennies. Conscient des limites de l’éthologie et d’un réductionnisme biologique trop fréquent, il est allé quêter des concepts et des processus d’analyse du côté de la psychologie humaine afin d’améliorer l’exploration des émotions animales. Évidemment, pour limiter l’anthropomorphisme, l’emprunt est fait en transposant, c’est-à-dire en désanthropisant puis en spécifiant, par exemple du côté des ovins. Ce croisement intelligent s’est attiré les courroux de gens accrochés aux connaissances très réductionnistes des années 1930-1960, qui refusent encore d’accorder des émotions aux animaux, par anthropocentrisme, pour bien (trop) différencier l’humain et accorder le moins aux bêtes. Mais le procédé est maintenant suivi par d’autres chercheurs pour d’autres espèces et d’autres aspects1. Gageons qu’il deviendra commun.
Notes de bas de page
1 Laura M. Bolt, « Applying Human Interactive and Communicative Theories to Ringtailed Lemur (Lemur catta) Communication », Vis-à-vis : Explorations in Anthropology, 10/1, 2010, p. 3-20 ; Carla A. Litchfield et al., « The “Feline Five” : An Exploration of Personality in Pet Cats (Felis catus) », Plos One, 12/8, 2017, e0183455.
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