Des res en série au haut Moyen Âge
Les listes dans le Liber pontificalis et les Gesta pontificum autissiodorensium
p. 107-154
Texte intégral
1Le propos de cet article est d’envisager la question de la « liste d’objets » à partir de deux documents typologiquement similaires, le célèbre Liber pontificalis (LP) et les Gestes des évêques d’Auxerre (Gesta pontificum autissiodorensium - GPA), et, à l’intérieur de ces longs recueils biographiques des évêques de Rome et d’Auxerre, de prendre appui sur les listes de res présentes respectivement dans la notice du pape Silvestre (314-335) où sont rapportées, notamment, les donations constantiniennes, et dans la notice de Didier († 623) où sont consignées les donations de cet évêque1.
2Les deux recueils se caractérisent par le fait de présenter des biographies en série et de se situer ainsi dans une sorte de filiation typologique. L’historiographie considère, en effet, que le LP aurait pour archétype la Vie des douze Césars de Suétone (Ier-IIe siècle) et ses continuations, et serait lors de sa création au vie siècle une forme de christianisation de l’histoire de Rome2. Les recherches les plus récentes ont montré, toutefois, le contexte complexe de cette composition multiple, à l’époque du royaume des Goths en Italie et du schisme laurentien3. Trois versions de ce qu’on nomme LP ont été réalisées entre la fin du pontificat d’Hormisdas (526) et celui de Silvère (537), proposant chacune une histoire institutionnelle de l’Église de la ville de Rome suivant des lectures et des représentations divergentes, en particulier, à partir d’interprétations discordantes des sources normatives antérieures4. Les GPA, comme les autres gesta episcoporum et les gesta abbatum composés entre le Ixe et le xiie siècle, auraient suivi pour leur part le modèle général du LP5. Propres aux continuations et aux réappropriations, ces recueils se distinguent par une composition discontinue. Les notices sont rédigées par groupe ou par étapes, voire au fur et à mesure.
3Transmis par plus de 70 manuscrits dont les plus anciens datent de la fin du viie et du viiie siècle, depuis l’édition et l’étude monumentales de Louis Duchesne (1886) suivi de Theodor Mommsen (1898), malgré les débats qu’il suscite toujours, on reconnaît en général dans le LP plusieurs phases et continuations, du vie au xve siècle6. Les derniers éditeurs des GPA, pour la partie haute médiévale de cet ouvrage qui a été continué jusqu’au xviiie siècle, proposent de retenir une première rédaction entre 872-875 et des campagnes successives pas précisément datées jusqu’à la réalisation, au milieu du xiie siècle, du seul manuscrit conservé par lequel les GPA ont été transmis7.
4Un autre aspect commun au LP et aux GPA est d’avoir été conçus très probablement à partir de la teneur d’autres types d’écrits et d’avoir suivi, au moins en partie, une certaine normalisation du contenu et de l’ordre des thèmes à l’intérieur de chaque notice. Dans le LP, le nom du pape est suivi de son numéro d’ordre dans la succession des évêques de Rome, on précise ses origines géographiques et familiales, la durée du pontificat en années, mois et jours, et sa datation par rapport aux listes des empereurs et des consuls, puis des rois. On note sa qualité de martyr ou non (Gesta martyrum), les événements historiques relatifs à sa vie et à ses actions, ses décrets disciplinaires et liturgiques, les fondations et dotations d’églises (par les papes, les souverains ou les personnes privées), le nombre d’ordinations de diacres, prêtres et évêques réalisées, le lieu et la date de sa sépulture et la durée de la vacance du siège après sa mort8. Dans les GPA, les informations consignées sont du même ordre : le nom de l’évêque, la durée de son épiscopat, ses origines, son cursus, les fondations et dotations d’églises, ses décrets disciplinaires et liturgiques, l’anniversaire de sa mort, le lieu et la date de sa sépulture et, le cas échéant, la (les) translation(s) de son corps, se terminant par le temps de vacance de l’épiscopat après son décès9. La structure thématique assez ordonnée de chaque notice et la succession des notices de chaque pontife par ordre chronologique font déjà penser à une sorte de mise en liste généralisée des biographies épiscopales. En effet, ces biographies en série sont des formes d’élargissement de listes de noms ou de catalogues d’évêques plus ou moins développés qu’on retrouve par ailleurs associés dans plusieurs manuscrits du LP et dans le manuscrit des GPA.
5À une autre échelle, différents types de listes sont aussi des éléments constitutifs des notices du LP et des GPA. Elles énumèrent les choses données, les dispositions liturgiques, les ordinations, voire les églises fondées. Ces listes sont une forme de mise en registre par l’écrit des actions réalisées par les évêques ou autres bienfaiteurs, et dans le cas des listes des choses données qui nous intéressent particulièrement ici, elles lient étroitement les choses listées à la personne qui les a offertes. Elles instaurent, par le fait même de leur mise par écrit et leur insertion dans un récit biographique, des continuités entre les res, les agents et leurs actions. Dans les notices de Silvestre (LP) et de Didier (GPA), mais aussi dans les autres biographies de ces ouvrages, l’utilisation du substantif dona, nominatif ou accusatif pluriel de donum, pour désigner les listes des res, imprime d’emblée dans les choses concernées, l’action qui est le premier critère de qualification des objets énumérés : ce sont des choses données par les évêques, par les souverains ou d’autres personnes, le principal dénominateur commun entre chaque élément singulier. Les autres critères qualificatifs distinctifs associés aux res meubles et immeubles de ces listes relèvent, selon les cas, de la quantité, du type, de la matière, de l’ornement, du poids, du lieu, de la rente. L’énumération des res agrégées de leurs prédicats implique ainsi la coalescence de la liste et d’une sorte de description10.
Le Liber pontificalis et les donations constantiniennes
6La vie du pape Silvestre (314-335), le trente-quatrième évêque de Rome selon le LP, est la première à contenir des énumérations développées de biens donnés, notamment ceux que l’empereur Constantin († 337) est censé avoir offerts aux différentes basilicae qu’il aurait fondées et dotées. Constantin n’est d’ailleurs pas le seul fondateur/donateur mentionné dans la notice qui dénombre également les dons de Silvestre et d’un certain Gallicanus. Depuis l’analyse de Louis Duchesne, l’historiographie n’a pas cessé d’utiliser ces listes, mais aussi de discuter leur authenticité, leur datation ainsi que les supposés hypotextes, ou les « hypo-listes », dont elles seraient issues : chartes de fondation et de dotation d’églises, libellus impérial, inventaires ou registres provenant du vestiarius, documents d’archives conservés par le scrinium ecclesiae romanae, comptabilités et inventaires de l’époque byzantine11. Est-ce que ces listes correspondraient à un état du Ive siècle, c’est-à-dire du temps de Constantin, de la fin du Ive ou du ve siècle, quand aurait été composé le récit biographique légendaire de Silvestre dont on retrouve des éléments dans le LP12, du début du vie siècle, lors de la création du LP, du viie siècle, au moment des premières continuations ou du viiie siècle, date des plus anciens manuscrits conservés ? Il n’est pas lieu ici de présenter et de trancher entre les diverses hypothèses et spéculations possibles. Retenons simplement que d’après la documentation papyrologique conservée pour l’Italie, provenant notamment de Ravenne, différentes formes d’énumération et de présentation de données comptables tabulaires sont attestées pour des biens immeubles dès le ve siècle, tout comme pour les plus anciens inventaires d’objets ecclésiastiques consignés dans les papyri grecs et coptes13. Quels que soient les hypotextes du LP et leur date, les listes qu’il transmet par l’insertion dans des récits biographiques leur confère une agentivité nouvelle et c’est précisément dans ce cadre ad hoc qui se pose notre analyse, celui des listes dans un récit14.
7Dans la vie de Silvestre, on consigne la fondation ou la restauration de douze églises ainsi que leur dotation15. On les localise, on les nomme et on précise leur origine ou des événements marquants de leur création, en relation avec Silvestre, Constantin et sa famille. Selon le LP, il s’agit, à Rome et dans ses environs, du titulus Equitii (ou Silvestri), institué par Silvestre sur le domaine (praedium) du prêtre Equitius, cité deux fois en début et en fin de notice, ainsi que les basiliques faites et ornées par l’empereur Constantin (fecit Constantinus augustus basilicas istas quas et ornavit) : la basilique constantinienne (Latran) et son baptistère où Constantin a été baptisé ; la basilique Saint-Pierre qui renferme le corps de l’apôtre ; la basilique Saint-Paul à l’instigation de l’évêque Silvestre ; la basilique du palais Sessorien où se trouve la relique de la Vraie Croix (Sainte-Croix en Jérusalem) ; la basilique Sainte-Agnès à la demande de sa fille et le baptistère où ont été baptisées par l’évêque Silvestre la fille et la sœur de l’empereur, Constantia ; la basilique Saint-Laurent ; la basilique Saints-Marcellin-et-Pierre, où sa mère Hélène est inhumée. Ailleurs qu’à Rome, Constantin fait la basilique d’Ostie, dédiée aux apôtres Pierre et Paul et à Jean-Baptiste, qui reçoit également des biens offerts par Gallicanus, la basilique d’Albano consacrée à saint Jean-Baptiste, la basilique des Apôtres à Capoue (Sainte-Marie Capua Vetere) appelée aussi basilique constantinienne, la basilique de Naples.
8Pour chacune de ces églises suit une liste des biens donnés, désignés par les termes dona, donum et une fois ornamentum, qui est suivie de l’énumération des lampadaires de la basilique constantinienne. Ces dona sont introduits par les verbes constituere, donare, ponere, offerre, ponere, dare, au parfait de l’indicatif16. Sont énumérés d’abord les vases liturgiques, les luminaires et le mobilier, avec la précision du type d’objet et de la quantité, du type de métal (or, argent, bronze, cuivre), et le poids, des indications sur le décor des objets (figurations, inscriptions, incrustations), la mention d’autres types de matériaux (corail, gemmes). Suivent ensuite les listes des domaines et biens immobiliers avec l’indication du type (massae, fundi, possessiones, agri, domus, hortus, balneum) et du nom, du lieu (territorium, regio), des revenus exprimés en numéraire (solidi) et parfois en nature : papier, lin, nard, baume, huile de Chypre, myrrhe (stacté), storax d’Isaurie, poivre, safran, cannelle, clous de girofle17. Dans la liste relative à la dotation de la basilique constantinienne (Latran), on spécifie que ces revenus sont affectés à l’entretien des luminaires (quibus constituit in servitio luminum)18. Ces deux types de liste, de biens meubles et immeubles, sont contigues. Aucun connecteur verbal ne lie les différents éléments à l’intérieur des listes et item n’est utilisé que très ponctuellement (6 fois), alors que dans l’ensemble, les listes de la notice de Silvestre énumèrent près de 260 éléments.
9Voici l’exemple du titulus Equitii, le plus modeste de la notice de Silvestre19 :
Hic [Silvester] fecit in urbe Roma ecclesiam in praedium cuiusdam presbiteri sui, qui cognominabatur Equitius, quem titulum Romanum constituit iuxta termas Domitianas, qui usque in hodiernum diem appellatur titulus Equitii, ubi et haec dona constituit : patenam argenteam, pensantem libras XX, ex dono Augusti Constantini. Donavit autem : scifos argenteos II, pens. sing, libras denas ; calicem aureum, pens. lib. II ; calices ministeriales V, pensantes sing, libras binas ; amas argenteas II, pens. sing. lib. denas ; patenam argenteam auro clusam chrismalem, pens. lib. V ; fara coronata X, pens. sing. lib. octonas ; fara aerea XX, pens. sing. lib. denas ; cantara cerostata XII aerea, pens. sing. lib. trecenas ; fundum Valerianum, territurio Sabinense, qui praestat sol. LXXX ; fundum Statianum, territurio Sabinense, qui praest. sol. LV ; fundum Duas casas, territurio Sabinense, qui praest. sol. XL ; fundum Percilianum, territurio Sabinense, qui praest. sol. XX ; fundum Corbianum, territurio Corano, qui praest. sol. LX : domum in urbe cum balneum, in Sicinini regione, qui praest. sol. LXXXV ; hortum intra urbem Romam, in regione Ad duo amantes, praest. sol. XV ; domum in regione Orfea intra urbe, qui praest. sol. LVIII et tremissium20.
Il [Silvestre] a fait à Rome une église sur le bien d’un de ses prêtres qui se nommait Equitius, près des thermes de Domitien, et l’a établie comme titulus romain, et jusqu’à aujourd’hui elle est appelée titulus de Equitius, et y a institué ces dons : une patène d’argent pesant 20 livres, du don de l’empereur Constantin. Il a donné aussi 2 coupes d’argent pesant chacune 10 livres ; un calice d’or pesant 2 livres ; 5 calices ministériaux pesant chacun 2 livres ; 2 vases d’argent pesant chacun 10 livres ; une patène chrismale en argent incrustée d’or pesant 5 livres ; 10 lustres en forme de couronne pesant chacun 8 livres ; 20 lustres de bronze pesant chacun 10 livres ; 12 chandeliers de bronze pesant chacun 30 livres ; le fonds Valerianus, territoire de Sabine, qui fournit 80 sous ; le fonds Statianus, territoire de Sabine, qui fournit 55 sous ; le fonds Duae Casae, territoire de Sabine, qui fournit 40 sous ; le fonds Percilianus, territoire de Sabine, qui fournit 20 sous ; le fonds Corbianus, territoire de Cora, qui fournit 60 sous ; une maison avec bain dans la cité, dans la région Sicininum, qui fournit 85 sous ; un jardin dans la cité de Rome, dans la région Ad Duo Amantes, qui fournit 15 sous ; une maison dans la région Orpheus, dans la cité qui fournit 58 sous et un tremisse.
10Dans les énumérations qui se succèdent on retrouve les mêmes objets, avec variation du nombre de pièces, de leur poids et de leur richesse en fonction de l’importance de l’église. Ils correspondent à la vaisselle nécessaire pour la liturgie eucharistique, une patène, plat à grande dimensions où est fractionné le pain pour la communion, une coupe (scyphus) pour le vin de la consécration, les calices ministériaux pour la communion des fidèles sous l’espèce du vin et les grands vases (amae) pour entreposer le vin, de même que le ou les autels (aux basiliques constantinienne, Saint-Pierre, palais Sessorien, Saints-Marcellin-et-Pierre). Sont dénombrés ensuite différents types de luminaires et parfois les réservoirs d’huile (métrètes) pour les approvisionner21. Sporadiquement sont listés le mobilier et les ustensiles nécessaires au rite du baptême : fonts baptismal (fons) et le système de versement d’eau en forme d’animal, agneau ou cerf (agnum aureum fundentem aquam, cervos argenteos VII fundentes aquam) dans le baptistère constantinien (Latran), patène chrismale (plat concave), bassin (pelvis). Et on mentionne un encensoir à deux reprises (thymiamaterium)22. Il y a une certaine tendance, parmi les objets liturgiques, à mentionner d’abord la patène, ensuite les coupes (scyphi), les calices et les grands vases (amae), mais cet ordonnancement fonctionnel n’est pas régulier. À part le regroupement des éléments dans trois principaux groupes typologiques et leur présentation toujours dans cet ordre – vases liturgiques, luminaires et biens fonds –, il n’y a pas à l’intérieur de chaque groupe un ordre récurrent ou hiérarchique des énumérations, objets d’or et d’argent avec des poids variables sont mélangés. Toutefois, ce désordre relatif à l’intérieur des groupes typologiques n’entame pas l’impression d’une certaine régularité qui se dégage de la lecture de ces longues listes qui combinent récurrence et variation.
Dispositifs graphiques
11La tradition manuscrite du LP permet d’évaluer la place accordée aux listes dans leur transmission ainsi que leurs différentes formes de réappropriation23.
12Rappelons, tout d’abord, que les listes sont absentes de l’abrégé félicien (F), et que l’abrégé cononien (K) les résume24. Toutefois, l’abrégé félicien, à la fin de la notice de Silvestre, énumère quatre basiliques faites par Constantin – palais Sessorien, Sainte-Agnès, Saint-Laurent, Saints-Marcellin-et-Pierre – introduites à chaque fois par le syntagme d’amorce eodem tempore (« à la fois », « en même temps »), qui comme on le verra, introduit des divisions textuelles dans les versions K et P. Dans F, donc, l’énumération des basiliques peut faire office de liste.
13L’abrégé cononien condense les listes de res. Par exemple, dans la notice de Silvestre, K mentionne les donations (dona) pour la basilique constantinienne (Latran), en donnant, au lieu des longues énumérations, les totaux en poids d’or, argent, bronze et en numéraire (solidi). Les vases liturgiques (vasae sanctoarii) et les différentes épices (species) correspondent à 482 livres d’or et 7626 livres d’argent, les sept chandeliers de bronze incrustés d’argent pèsent chacun 300 livres et l’encens (aromata) correspond à 150 livres par an ; pour les luminaires, les territoria fournissent 1500 sous par an, etc. Des résumés similaires sont donnés pour les basiliques Saint-Pierre et Saint-Paul, et pour la basilique du palais Sessorien K mentionne la croix en or incrustée de gemmes avec le bois de la Vrai Croix, tandis que pour les autres sept basiliques ensuite énumérées leur dotation est évoquée de manière globale (Construxitque et alias quam plures ecclesias sanctorum, id sunt […] Omnes has basilicas quas construxit Constantinus Augustus ornavit auro argentoque plurimum ditavitque eas possessiones in diversis provinciis non parvis/ « Et il [Constantin] a construit plusieurs autres églises des saints qui sont […] Toutes ces basiliques que l’empereur Constantin a construites il les a ornées de beaucoup d’or et d’argent, et il les a enrichies de possession » pas des moindres, dans diverses provinces »25). Le titulus Equitii et la dotation de Gallicanus pour la basilique d’Ostie ne figurent pas dans K.
14En ce qui concerne la version P (plena), L. Duchesne a distingué trois classes de manuscrits nommées A, B et C, ainsi que les manuscrits « mixtes », les types D et E, principalement26. T. Mommsen a regroupé ces manuscrits en trois classes : prima (I), contenant les manuscrits de type A et D de Duchesne, entre autres ; la classe secunda (II), comprenant les types B et C de Duchesne, entre autres ; et la classe tertia (III), « mixte », incluant le type E de Duchesne, entre autres27. En ce qui concerne les listes de la notice de Silvestre, les différences entre les diverses classes de manuscrits sont négligeables : sur près de 260 objets et immeubles cités, il y a des différences mineures seulement dans une dizaine de passages28.
15La recherche réalisée dans 24 manuscrits du LP, datant de la fin du viie jusqu’au xve siècle, dont certains abrégés, montre tout d’abord qu’il n’existe pas de mise en page particulière pour les listes (annexes 1 et 2)29. Aucun des manuscrits étudiés n’adopte une énumération disposée en colonne avec retour à la ligne pour chaque élément. Au contraire, chaque terme est copié à la suite et séparé (ou lié) du suivant par une ponctuation indiquant, dans la plupart des cas, une pause médiane, à savoir un point (punctus) au milieu ou en bas selon les époques (18/23)30. Plus rare, la pause forte, sous la forme d’un point-virgule (punctus versus), est utilisée parfois dans les manuscrits les plus anciens de la fin du viiie au début du Ixe siècle (3/23), et sous la forme d’un point en haut entre le xie et le xiie siècle (2/23). Dans la majorité des exemples (22/23), ces ponctuations sont suivies d’un mot commençant par une majuscule. Ces agencements ne sont pas propres aux listes et sont utilisés dans les autres parties du texte, ce qui confirme une prise en charge de la liste similaire aux autres sections du récit.
16L’alinéa saillant est un autre dispositif graphique utilisé dans la moitié des manuscrits analysés (12/23), sur toute la période envisagée, et qui parfois crée l’effet visuel de liste verticalement disposée, y compris dans les passages non énumératifs. C’est le cas, en particulier, du manuscrit Leiden, BU, VLQ 60 (C1) provenant de Reims et daté d’entre la fin du viiie et du début du Ixe siècle. Écrit sur deux colonnes étroites, chaque nouvelle phrase est traitée par un retour à la ligne saillant, avec une majuscule portant un rehaut vert alterné ou combiné avec du jaune (figure 1).
17L’utilisation des lettres majuscules, marquées ou pas, est le seul dispositif commun à tous les manuscrits, bien que leur traitement puisse différer passablement d’un cas à l’autre. Dans tout un groupe de cinq manuscrits du Ixe au xie siècle et un du xve siècle, les majuscules ne reçoivent aucun traitement particulier (F2, B4, D1, G, AC, W3). Ailleurs, ces majuscules peuvent porter différentes formes de mise en relief, isolées ou combinées entre elles, qui servent surtout à discerner les diverses unités textuelles à l’intérieur de la notice biographique, leur utilisation dans les listes étant plus rare et non exclusive (5/23). Ces unités textuelles sont distinguées dans 15 manuscrits et leur nombre varie d’un manuscrit à l’autre, entre 3 et 12 sections. Elles concernent dans leur majorité les différentes fondations de basiliques, mais pas seulement. La taille de police plus grande de la majuscule, entre 1 à 4 lignes de hauteur, est le procédé le plus usité, suivi du caractère gras et du rehaut en couleur (13, 11 et 7/23, respectivement).
18Dans le manuscrit BnF lat. 2123 (K1), réalisé comme il est possible à Flavigny au Ixe siècle, écrit sur deux colonnes, le rehaut en jaune des majuscules d’une ligne de hauteur environ sert à distinguer des unités textuelles relatives aux fondations de basiliques et à leur dotation31. Cette disposition qui confère une très grande uniformité à l’ensemble est rompue dans le fol. 38rb par l’introduction du rouge pour marquer certaines majuscules. Il fait ressortir ainsi en haut de la deuxième colonne le S de Scriptum, et donc la description de l’inscription sur la croix en or offerte par Constantin et Hélène à la basilique Saint-Pierre (Scriptum ex literis puris nigellis in cruce ipsa – « écrit sur cette croix en lettres finement niellées »). Vers la fin de la même colonne, un groupe précis d’items se détache par le rehaut alterné de rouge et jaune des majuscules des mots Balsamum, Olei nardi, Oleo ciprino, Aromata, Cariofolo, Croco, Carta (baume, huile de nard, huile de Chypre, aromates, clou de girofle, safran [?], papier)32. Il s’agit de la liste avec la quantité totale correspondant aux rentes en épices, aromates et papier fournies par les « circonscriptions d’Orient » (diossicen orientis), dont le produit total en solidi est également mis en relief par le rehaut en rouge du premier S de soledus. Dans les pages suivantes on revient au dispositif habituel, ce qui attribue encore plus de relief à ce fragment de liste, procédé par ailleurs absent de tous les autres manuscrits consultés (figure 2).
19D’autres dispositifs utilisés pour distinguer les unités textuelles de la notice de Silvestre sont à relever. Le manuscrit florentin du xie siècle, le Vat. lat. 629 (W1), à deux colonnes, qui combine le LP avec la collection canonique pseudo-isidorienne, isole clairement chaque fondation de basilique33. Pour cela on utilise un double dispositif. D’une part, on introduit à neuf reprises, en rouge, des rubriques avec la titulature de l’église concernée par la section textuelle qui suit34. D’autre part, à dix reprises, la première lettre des formules d’amorce Eodem tempore, His temporibus (« à la fois », « en même temps ») est en alinéa saillant et en majuscule rouge et grasse, de deux lignes de hauteur. Toutefois les listes des res ne sont pas toutes entièrement copiées. À trois occasions, le raccourcissement des listes est signalé en fin d’énumération par des expressions signifiant « et autres du même genre » ou « et le restant » : et cetera talia (Saint-Laurent), et cetera his similia (Saints-Marcelin-et-Pierre), et reliquus (Saints-Pierre-et-Paul-et-Jean-Baptiste – Ostie) (fol. 196v) (figure 3).
20La mise en avant des mots entiers ou des formules d’amorce est un autre dispositif utilisé pour marquer les sections du texte. Dans le manuscrit Trier, SB, Hs. 1342a/85 4o (Q), réalisé pour l’abbaye Saint-Matthias de Trèves, entre les xiie et xiiie siècles, les mots de commencement, les démonstratifs Eodem, Eisdem, Hisdem, sont écrits entièrement en rouge (fol. 10v, 11v, 12rv, 13rv, 14rv) et associés à une nota monogrammique en marge (figure 4). Au xive siècle, dans le manuscrit Firenze, BML, Plut. 66.35 (E6), les syntagmes d’amorce Eodem tempore, Eisdem temporibus sont mis en relief à six reprises (fol. 17v- 18v). Ils sont écrits en caractères plus grands, en gras et rehaussés de rouge (figure 5). En marge, au lieu de notae, on retrouve des gloses de la même main ou d’une main contemporaine qui signalent, entre autres, les fondations d’églises et les dons reçus. Ces commentaires emploient des verbes qui indiquent en plus de l’acte de donner (largire, offero), l’enrichissement (ditare, locupletare). Les deux versants meuble et immeuble des donations sont caractérisés par le vocable dona, mais aussi par les termes « trésor » et « possession » (thesaurus, possessio) (fol. 14rv, 15rv, 16rv, 17rv, 18rv). Les gloses de la fondation des basiliques Saint-Pierre et Saint-Paul notent : « l’église de saint Pierre a été construite par Constantin et enrichie d’un grand trésor et de possessions » (Construitur ecclesia beati Petri ab eodem Constantino et magno thesauro ac possessionibus ditatur – fol. 16r) ; « Constantin érige la basilique de saint Paul et elle est dotée largement de dons pas des moindres » (Basilicam beati Pauli constantinus erigit et illi dona non parva largitur – fol. 16v). Dans ce manuscrit, la copie des listes de res donne lieu à leur interprétation.
Abréviation, disjonction, annotation : des opérations génératives
21Nous avons déjà indiqué que dans l’abrégé félicien du LP, où les listes de res sont omises, la série de quatre basiliques citées pourrait faire office de liste. Toutefois, il existe aussi des manuscrits de la version P (plena) du LP qui ne copient pas ces listes de res, mais énumèrent les basiliques35. Le fait de supprimer les listes de res génère une autre liste, celle des basilicae, qui était en quelque sorte déjà emboîtée dans le récit sous la forme de différentes sections textuelles, comme nous venons de le voir. Si on va jusqu’à l’extrême du procédé d’abréviation, la suppression des biographies elles-mêmes génère la liste des papes. Effectivement, plusieurs manuscrits ont transmis seulement ces listes de noms des évêques de Rome36, tout comme plusieurs manuscrits du LP contiennent aussi une liste des noms des papes, accompagnée parfois d’informations choisies, tel le numéro d’ordre, des données chronologiques ou la natio de l’évêque. Le manuscrit rémois Leiden, BU, VLQ 60 (C1) (viiie-Ixe siècle) contient l’une de ces listes de noms, avec numérotation et l’origine des papes (fol. 5v-7r), en face de laquelle ont été ajoutés ensuite, en correspondance chronologique, les noms des évêques de Reims (fol. 6r-7r) (figure 6).
22Dans la version abrégée de P présente dans le manuscrit Firenze, S. Marco 604 (A2), peut-être datant du xie siècle et contenant aussi un catalogue des évêques de Naples (fol. 1v-4v), les items de ce qui est devenu l’énumération des fondations constantiniennes sont marqués par des majuscules rehaussées de jaune et bleu (fol. 16v-17v) qui soulignent ainsi le mot d’amorce d’une série de onze basiliques37. À la place des listes de res supprimées, des expressions comme ubi posuit multae donae ou in quo loco donae plurae constituit (« il a établi ici plusieurs dons » ; « il a institué plusieurs dons dans ce lieu ») les caractérisent sommairement dans leur globalité : ce sont des choses données et elles sont nombreuses (figure 7).
23La séparation physique de la liste présente dans un récit est une autre forme d’opération générative. Le manuscrit Paris, BnF, lat. 2400, un recueil d’œuvres canoniques, dogmatiques et historiques réalisé à Angoulême au début des années 1020 par Adémar de Chabannes (v. 989-1034), contient une version abrégée du LP38. Dans la notice de Silvestre (fol. 140r), il énumère les fondations de neuf basiliques par Constantin mais sans les marquer graphiquement et en omettant les listes de res39. Celles-ci sont remplacées par des expressions concentratrices qui indiquent leur grand nombre et le fait d’être de choses données, mais aussi leur rôle de riches ornamenta, terme qui met l’accent sur le cadre architectural et les objets liturgiques (ubi multa dona constituit ; omnia ornamenta ibi similiter fecit ; ubi multa dona optulit ; quam valde ornavit et ditavit).
24Les listes de res, supprimées de toutes les notices biographiques du LP, se trouvent cependant réunies in extenso plus loin dans ce manuscrit sous l’intitulé [I]ncipit de ornamentis ecclesiarum romae. brevis commemoratio (fol. 163r-172v) (figure 8). Constituant une unité codicologique, doté d’un court prologue et d’un court épilogue, ce de ornamentis est un ouvrage en soi, un ouvrage tout entier composé des listes des res du LP jusqu’à Nicolas Ier (858-867)40. Dans le prologue on explique, entre autres, qu’à l’époque de l’empereur Constantin, le pape Silvestre fait des ornements précieux pour les églises pour attirer les païens vers le culte divin, pour que la maison de Dieu ne paraisse pas sans valeur41. Cet argument fait écho à la justification par Adémar de Chabannes, dans ses sermons, de l’or et de l’argent des églises, des ornamenta sanctificata42. L’attention conférée aux ornamenta, le cadre et les objets pour la célébration liturgique, répond aussi à l’économie générale du manuscrit43. Le de ornamentis n’est pas seulement une composition extraite et complémentaire du LP, mais aussi un pendant au célèbre traité liturgique d’Amalaire de Metz (v. 775- v. 850), le Liber officialis, qui est placé en tête du codex (fol. 1r-102v). Le LP, dont la notice de Silvestre, est par ailleurs l’une des nombreuses sources citées par Amalaire dans ce commentaire allégorique et symbolique du rituel officié par les prêtres44.
25Dans sa réalisation matérielle, le de ornamentis témoigne également du dérouler de la copie des listes et du rôle qui lui est conféré. Les lettres très petites sur des pages avec 59 lignes de 5 mm de hauteur indiquent qu’on prévoyait de condenser ces listes dans un espace écrit très serré. Les espaces laissés en blanc, avec des lettres d’attente, montrent que des initiales en couleur (peut-être en rouge comme par ailleurs dans le manuscrit) étaient prévues pour marquer le nom de chaque pape (fol. 164r-165r) et qu’on renonce peut-être à ce procédé à partir du fol. 165v en adoptant des initiales grasses réalisées avec la même encre brune du texte. On avait préparé un seul cahier, un quaternion, mais on a dû y ajouter un bifeuillet pour pouvoir arriver au terme de la transcription. Le scripteur manifeste, à la fin de son travail, sa fatigue (tedium) causée par l’entreprise de cette commemoratio des « ornements terrestres » (onamenta terrena). En utilisant le topos fréquent de l’attente d’une contrepartie immatérielle pour le bon usage des biens matériels, il espère qu’en retour de sa peine, Dieu lui concède des accroissements spirituels (spiritalia incrementa45). Il clôture significativement sa réalisation par une hymne pour le jour de Pâques (Himnus de pascha ad horas), qui commence par trois vers d’une hymne célèbre de Prudence (Cathemerinon, IX. Hymnus omnis horae, v. 23-24) (fol. 172v)46. La polysémie propre aux termes commemoratio/commemorare qu’Adémar emploie au début et à la fin de son œuvre prend ainsi toute sa dimension. La longue liste d’ornamenta est à la fois une notice, un rappel, un souvenir mais aussi, par le moyen même de la mise par écrit, une psalmodie, une forme de célébration de ces choses précieuses listées, qui pour la plupart n’existent plus depuis plusieurs siècles, mais dont l’affectation aux églises les a pour toujours transcendées.
26Presque un siècle plus tard, Lambert de Saint-Omer (1061-1125) inclut dans son recueil encyclopédique, le Liber floridus, composé entre 1112 et 1121, une version abrégée du LP (Gent, UB, MS 92, fol. 161v-188r), mais au lieu d’une liste de res, comme dans le manuscrit adémarien, la réappropriation du LP, et en particulier de la notice de Silvestre, génère une liste à part des « dix basiliques faites par l’empereur Constantin » (Fecit Constantinus augustus basilicas Xcem – fol. 188v) qu’il faut lire en regard de la page en face, donc de la double page, dans le cadre d’une sorte d’intertextualité généralisée de la composition (figure 9)47. L’énumération des dix basiliques apparaît en fait deux fois dans l’œuvre, à l’intérieur du récit biographique de Silvestre (fol. 171v-172r) et, comme unité autonome, à la suite du LP (fol. 188v).
27Dans la liste ad hoc, chaque item nommant les basiliques est précédé d’un nombre ordinal (primam, secundam, terciam, etc.) et séparé de l’item suivant par un signe de pause forte, point-virgule, suivi d’une majuscule rehaussée de jaune. Après l’énumération, Lambert précise que l’empereur a offert de nombreux dons à ces basiliques (multa donaria optulit) et qu’il a remis à saint Silvestre le diadème, tous les vêtements impériaux, le sceptre du royaume et ce privilège, et qu’il est parti alors à Constantinople (Deinde diadema et omnia imperialia indumenta et sceptrum regni et privilegium hoc sancto Silvestro tradidit et constantinopolim profectus est). Cette liste de basiliques occupe la moitié supérieure de la page, surmontant un texte encadré avec une sorte de liste chronologique, depuis la Création jusqu’à Constantin, qui se termine aussi par la mention du privilège reçu par Silvestre (Pape Silvestro rome relicto hoc privilegio). Le privilège en question est copié dans le feuillet en face (fol. 189r) et intitulé Privilegium Constantini Silvestro pape traditum, et il s’agit d’une version abrégée du Constitutum Constantini suivie d’extraits de l’Actus Silvestri pape (fol. 189r-190r)48. Placée à la suite des notices du LP, la liste des basiliques sert à la fois d’introduction, de transition et de commentaire à la transcription du Constitutum Constantini49. Ce pseudo-rescrit impérial, aux réactualisations et conséquences pluriséculaires, indique, entre autres, que Constantin cède au pape Silvestre et à ses successeurs sur le siège de saint Pierre l’autorité sur Rome, l’Italie et les provinces occidentales50. Il existe plusieurs points d’intertextualité entre la notice de Silvestre dans le LP et le Constitutum Constantini, à commencer par l’enluminure de pleine page en ouverture du LP, avec saint Pierre aux atours pontificaux assis sur un trône à l’intérieur d’un palais-église surmonté de l’inscription roma, et qu’on peut interpréter comme une réalisation synoptique de cette partie du Liber floridus (fol. 162r). Plus précisément, le Constitutum Constantini mentionne, entre autres, la construction par l’empereur de l’église et du baptistère du palais du Latran, des églises Saint-Pierre et Saint-Paul, ainsi que leur enrichissement avec différents res (et rebus diversis eas ditavimus) qui renvoient à la notice du pape Silvestre dans le LP51.
28Dans sa version de la notice de Silvestre (fol. 172r), Lambert de Saint-Omer réalise déjà les transformations qui annoncent la liste indépendante des dix basiliques plus loin. Après le récit de leur fondation, dont il omet les listes de res, il les compte (« L’empereur Constantin a fait ces dix basiliques »), précise qu’elles ont été dotées de plusieurs vases d’or et d’argent, de divers ornements, et dresse leur liste : « calices, patènes, coupes, vases, couronnes, canthares, métrètes, candélabres, encensoirs, brûle-parfums, lustres, en argent et en or, avec gemmes et pierres précieuses, chandeliers et beaucoup d’autres choses précieuses52 ». À l’intérieur du récit biographique, la suppression des listes de res de chaque basilique donne lieu à une nouvelle liste de res globale et synthétique, de différents types d’objets liturgiques, où, par rapport à l’hypotexte, disparaissent les prédicats qui individualisaient chaque élément (quantité, poids, attribution à une église) au profit des caractéristiques communes, en l’occurrence ce qui fait leur préciosité, le type de métal et les gemmes.
29À côté de la création de listes par abréviation et par disjonction, comme dans le Liber floridus, il faut considérer également celles dégagées par annotation marginale, différente de la glose. Dans le manuscrit Firenze, BML, Plut. 20.10 (P1), du xiie siècle, une main postérieure a inscrit sur les marges latérales deux types de notes. D’une part celles se référant aux unités textuelles, comme le nom des basiliques, précédées d’un pied-de-mouche et écrites parfois en lettres capitales ou d’un module plus grand. D’autre part les res précédées, dans certaines pages et de manière non systématique, d’un point en bas53. De cette opération résulte que dans les marges on retrouve disposés verticalement les items des énumérations du récit limités, pour la plupart, à la seule mention de l’objet ou du bien immeuble. Ces notes constituent ainsi une hyper-liste, à la fois parce qu’il s’agit d’une liste extraite du récit mais aussi parce qu’elle permet de naviguer de la marge vers l’intérieur du récit. Cette hyper-liste supplée pour le lecteur l’absence dans le texte de marquage graphique fort pour isoler les items (figure 10).
30Les différentes formes d’appropriation des listes de res dans les manuscrits du LP analysés pointent vers les opérations graphiques et textuelles d’une composante bien circonscrite, propre aux maniements modulaires. La prise en charge commune et intégrée de la liste au récit, l’enchâssement des unités textuelles, la condensation dans des chiffres ou des mots génériques, la génération de nouvelles listes par fragmentation, abréviation, séparation, adjonction, généralisation ou annotation sont autant de moyens de transmission toujours conjugués à des transformations. Le rôle du LP et de ses listes dans d’autres compositions de biographies en série, comme les Gestes des évêques d’Auxerre, met en perspective une autre sorte d’imprégnation et de mutation de ce qui est changé aussi en « modèle »54.
Les Gestes des évêques d’Auxerre et les listes de res de la notice de l’évêque Didier
31Les auteurs des Gesta pontificum autissiodorensium (GPA), au Ixe siècle, connaissaient le Liber pontificalis auquel ils empruntent le schéma général de la série de récits biographiques. Il se peut qu’ils aient pu consulter l’un des manuscrits conservés du LP, Leiden, BU, VLQ 41 (B4), réalisé, selon Bernhard Bischoff, au Ixe siècle dans le centre de la France, et qui se trouvait à Auxerre au moins depuis le xie siècle. C’est à cette époque, puis au xve siècle, qu’on a ajouté en marge et entre les colonnes du LP, en correspondance chronologique par rapport aux papes, des notes relatives aux évêques d’Auxerre, en particulier le début de leur pontificat et l’époque de leur décès55. En marge des listes, à la fin de la notice de Silvestre, on note, par exemple, la mort de l’évêque Valérien d’Auxerre (moritur Valerianus episcopus) et, en parallèle avec le pape Marc, l’accession d’Élade à la chaire épiscopale auxerroise (Eladius recepit cathedram) (fol. 21v) (figure 11).
32Le manuscrit du GPA du Ixe siècle n’a pas été conservé. Tel qu’il est transmis aujourd’hui, le manuscrit du GPA, Auxerre, BM, ms. 142, est le produit de multiples réalisations sur la très longue durée : la mouture du milieu du xiie à partir d’hypotextes probables du Ixe-xie, les additions réalisées progressivement jusqu’à la fin du xiiie, puis les continuations élaborées du xvie jusqu’au xviiie siècle56. La version réalisée après 1151 qui nous intéresse ici, allant du premier évêque, Pèlerin (257 ?), au 55e pontife, Hugues de Mâcon (1136-1151), englobe et sans doute intervient dans les 38 notices de la première rédaction qui s’arrête à Chrétien († 872). Selon le récit lui-même, elle a été rédigée sous l’épiscopat de Wala (872-879), probablement entre 872-875, par deux chanoines, Alagus et Rainogala, avec l’aide du célèbre « théosophe et moine » Heiric d’Auxerre57.
33Les notices ont été élaborées à l’aide de différents écrits : récits hagiographiques, testaments, diplômes, chartes, lettres pontificales (registres), catalogue épiscopal, calendriers et nécrologes, parmi d’autres58. Ces documents transcrits sont annoncés dans le texte et marqués visuellement au début du manuscrit, comme dans les notices d’Aunaire (rubrique, initiale décorée et explicit en rouge, pour la lettre du pape Pélage à l’évêque Aunaire, p. 37-38) ou de Didier où un pied-de-mouche signale la lettre de Grégoire le Grand en réponse à la demande de l’usage du pallium par l’évêque (p. 47-48)59.
34La structure d’ensemble des GPA se présente comme des séries emboîtées, avec les capitula (notices), les thèmes récurrents à l’intérieur des notices, les listes à l’intérieur des thèmes et d’autres listes à l’intérieur des listes.
35On retrouve deux types de listes dans le GPA, les listes de dispositions liturgiques et les listes de donations. Les listes de dispositions liturgiques qui figurent dans les notices des évêques Aunaire († 604) et Trétice († 707), qu’on dit reprendre d’« anciens canons » (antiquis canonibus), constituent un exemple parlant de l’articulation spatiotemporelle des listes60. Elles sont par ailleurs les seules, avec la table des capitula en tête de codex (fol. Av-Br), à être disposées graphiquement en colonne ou en double colonne, avec un item par ligne (p. 39-40, 69-71) (figure 12). Les listes de donations consignent les objets et les biens immeubles offerts à l’église cathédrale et aux différentes églises de l’évêché ou d’ailleurs. Elles inscrivent aussi les caractéristiques de choses énumérées, une sorte de choses dans les choses, manière de les singulariser ou de les détailler.
36La notice de l’évêque Didier († 623) (p. 46-63)61, le vingtième évêque d’Auxerre selon le GPA, contient deux longues listes d’objets d’argenterie offerts par le prélat à l’église cathédrale Saint-Étienne et à l’église Saint-Germain suivies d’énumérations de biens fonds62. À l’inverse de la notice du pape Silvestre dans le LP, ici les énumérations des biens meubles et immeubles ne sont pas contiguës. On distingue bien que les objets donnés (dona, donaria) à Saint-Étienne l’ont été à l’occasion de la consécration d’un autel, tandis que les biens (bona) de l’évêque reviennent à son église parce qu’il l’a instituée, tout comme le Christ, comme son héritier63. Pour l’église Saint-Germain, les objets (dona) sont offerts au lieu où l’évêque a choisi d’être enseveli, tandis que par ailleurs il lui attribue des « domaines qui dépendaient de lui » (predia sui iuris)64. Saint-Étienne et Saint-Germain ne sont toutefois pas les seuls établissements à bénéficier des dons de l’évêque qui a distribué ses biens à plusieurs basiliques, monastères et églises (basilica, monasterium, ecclesia) situés dans la cité et dans le diocèse d’Auxerre ainsi qu’en Aquitaine. La question de la nature et de la date de l’hypotexte d’où sont issues ces listes de donations se pose ici, comme pour les donations constantiniennes, sans que l’on puisse la résoudre. À deux reprises, pour le legs à l’église (basilica) des saints martyrs Gervais et Protais et à la fin de la notice, on évoque le testament de Didier (in testamento suo posuit ; sicut testamenti ipsius pagina manifestat)65. Les listes d’objets, si l’on suit l’interprétation de Josiane Barbier, pourraient émaner de l’inventaire ou de l’estimation préalable à la mise par écrit du testament de l’évêque, mentionné par les auteurs du GPA66. Mais quoi qu’il en soit du ou des hypotextes de ces listes, comme pour le LP, c’est leur réactualisation dans un récit qui nous retient ici.
Description et procédé générateur : les « mesa-listes »
37À l’inverse des listes de res constantiniennes, les objets énumérés dans la notice de Didier ne sont pas d’usage liturgique mais correspondent plutôt à la vaisselle d’argenterie domestique antique. La liste des objets donnés à Saint-Étienne contient 52 items et celle de Saint-Germain, 8. Elles utilisent pour la plupart des éléments les connecteurs item, dedit item/item dedit, item alium/aliam, dedit, dedit etiam67. Dans le manuscrit, les items sont séparés par un point en bas suivi d’une majuscule, ponctuation qui n’est pas propre aux listes mais à tout le récit. Les majuscules ont reçu un rehaut en jaune au début de la notice (p. 46-49). Une autre main a ajouté en marge, en chiffres romains, six divisions du texte. Il s’agit probablement de lectiones pour la lecture liturgique. Ces leçons intègrent les listes, mais seulement en partie, le mot hucusque (« jusqu’ici ») en marge indiquant la fin de la division (figure 13)68.
38La liste de dona/donaria pour Saint-Étienne énumère 15 plats, 7 vases à vin, 4 coupes, 6 salières, 17 jattes, 9 vases à verser le vin, 34 cuillères, 1 hanap, 1 pique, 2 aiguières et 2 aquamaniles, 2 brocs, 1 conque, 1 plateau, 1 coupelle, 1 rafraîchissoir, 2 passoires, tandis que pour Saint-Germain, la liste dénombre 4 plats, 2 vases à vin, 2 jattes, 1 aiguière, 1 aquamanile. Les dona faits à Saint-Étienne commencent en citant : « un grand plat d’argent doré, pesant 50 livres, comportant sept figures d’hommes avec un taureau et des lettres grecques » (Missorium anacleum deauratum pesantem libras L, habentem in se septem personas hominum, cum tauro et litteris grecis), « il donna aussi un autre grand plat, également d’argent, à granulations, pesant 40 livres et demie comportant en son milieu une roue avec une petite couronne et, sur le pourtour, des hommes et des animaux sauvages » (Dedit et alium missorium similiter anacleum granellatum, pensantem libras XL et dimidiam, qui habet in medio rotam cum stephadio, et in giro homines et feras), « un troisième grand plat d’argent, pesant 35 livres comportant l’histoire du soleil avec un arbre et des serpents » (Item missorium tercium anacleum pensantem libras XXXV susum habet in se historiam solis, cum arbore et serpentibus). Plus loin dans l’énumération, on mentionne, entre autres, « une jatte d’argent, de taille moyenne, pesant 3 livres et demie, comportant sur le fond quatre poinçons et, sur le pourtour, des prunelles ; des petites coupes décorées de têtes, pesant 6 livres et demie » (Item gabatam I medianam anacleam, pesantem libras III et semis, habet in fundo sigillos IIII et in giro prunellas, caucellos decoratos cum capitellis, pesantes libras VI et semis), « une pique couverte d’inscriptions, à tête de lion : elle pèse 3 livres » (Item fuscinam unam perscriptam, habet caput leonis, pesant libras III), « il donna aussi un grand plat lisse, pesant 8 livres et demie : il comporte, en son milieu, une roue et, dans la roue, un monogramme » (Dedit item missorium planum pensantem libras VIII et semis, habet in medio rotam et in rota monogramma). À la fin, on note le poids total, 420 livres 7 onces (Sunt in summa libre CCCCXX uncie VII).
39La liste concernant l’argenterie offerte par l’évêque Didier à Saint-Germain est précédée par la mention de la donation d’un calice en onyx et en or « d’une merveilleuse beauté » (mire pulchritudinis) par la reine Brunehaut (567-613). L’énumération commence, ensuite, avec « un grand plat d’argent, sur lequel est inscrit le nom de Thorsomodus : il pèse 37 livres et comporte l’histoire d’Énée, avec des lettres grecques » (Missorium argenteum, quid Thorsomodi nomen scriptum habet, pesant libras XXXVII, habet in se historiam Eneae, cum litteris grecis). Elle se termine avec le poids total : 119 livres 5 onces (Sunt in summa libras CXIX et uncias V), précédé de la mention de la donation de cent sous d’or en prévision de l’ornementation de la sépulture de l’évêque69.
40Ramenés, in fine, à un ensemble désigné par son poids en argent, les objets consignés dans la notice de l’évêque Didier d’Auxerre sont dénombrés en faisant ressortir certaines de leurs propriétés. Cette série de caractères les singularise – type, quantité, matériaux, poids, figurations, inscriptions – dans une succession qui les met en rapport entre eux, au moyen de leur valeur/poids à l’intérieur de l’ensemble. En fait, il est difficile de savoir si un ordre précis a été adopté pour l’énumération, malgré quelques regroupements observables, mais pas systématiquement, par type d’objet : grand plat (missorium), vase à vin (bachouica), coupes (caucus), plats (scutellae), salières (salariolae), etc. Il ressort, cependant, que les pièces les plus lourdes sont citées en tête de liste, par ordre décroissant. L’enregistrement des objets suit donc une gradation qui met en avant les articles contenant en eux plus de métal.
41Le poids en métal est la caractéristique qui permet de ramener les pièces à un dénominateur commun, alors qu’on insiste sur leur grande diversité. Pour chaque objet, les séries de prédicats qui les décrivent constituent des listes dans les listes, des « mesa-listes ». Elles se présentent comme des choses dans les choses et sont introduites à plusieurs reprises par le syntagme habet in se (« il/elle a en soi »), ou des locutions similaires avec le verbe habet (habet in medio, habet in fundo, habet in giro, in rota). Tel le vase à vin, doré, pesant 12 livres 2 onces ayant en soi un pêcheur avec un harpon et un centaure avec un ouvrage marin (Item bachouicham auratam pensantem libras XII, uncias II, habet in se piscatorem cum fuscina, et centaurum cum opere maritimo)70. Habet in se fonctionne comme formule d’amorce de ces « mesa-listes ». Le même type de réenchaînement de listes, parfois multiples, apparaît aussi dans les énumérations de biens fonds, introduits par la préposition cum (« avec »)71.
Séparer, énoncer, réunir, (ré)inventer
42La singularisation bien marquée des objets énumérés dans les listes de dona léguées par l’évêque Didier soulève la question lancinante de la relation des listes avec des objets sensibles qui ont un jour existé. Tout comme pour le LP, au moment de la composition des GPA au Ixe siècle, les rédacteurs n’avaient probablement pas les objets listés et décrits dans la notice de Didier sous les yeux72. Ils en avaient sans doute d’autres, car ils ne manquent pas d’indiquer avoir vu dans le trésor de l’église deux petits vases en argent marqués avec le nom de l’évêque Scopilion (684-692). Ces deux vases sont d’ailleurs le seul indice digne de mention qu’ils ont trouvé sur cet évêque73.
43S’il est impossible, en dehors de multiplier les spéculations, de mesurer l’écart ou le rapprochement entre les realia et les procédés de leur enregistrement par écrit, on peut admettre que la mise par écrit est un avatar de l’objet, que la chose survit dans son énoncé, mais aussi que l’énoncé peut se passer de la préexistence matérielle de la chose. L’enregistrement collectif, la mise en liste, non seulement prolonge mais aussi institue les res. Leur inscription dans l’espace narratif se réalise toutefois dans la mesure où ces res sont des vecteurs de l’action humaine, selon qu’elles supportent l’action et l’intention qu’on y investit. Dans les notices biographiques des évêques de Rome et d’Auxerre, les listes servent à rendre explicite un type particulier d’action qui s’inscrit dans le mot même choisi pour les nommer, les dona. Tout en se séparant des bona qu’ils offrent aux églises, les donateurs demeurent réunis aux choses données, quelles existent ou pas, par le moyen de l’énonciation et de la consignation de leurs actions74. On reconnaît ici l’une des modalités pratiques du principe de continuité liant les « existants », humains et non-humains, en reprenant l’expression de Philippe Descola, et des effets exercés par la mise par écrit, l’enregistrement, pour conserver réunis l’agent à ses biens tout en rendant compte de leur transfert75. On y reconnaît aussi ce que Jack Goody observait déjà sur les procédés graphiques d’écriture qu’il lisait comme des dispositifs spatiaux de triage de l’information et de stockage visuel, dans un ensemble plus large, celui de la « littératie », un « système structuré et structurant de rapports au monde »76.
44Dans les séries de res dans les notices de Silvestre et de Didier la concomitance des singularités et de l’assemblage génère une prolifération de listes et leur enchevêtrement. La liste s’avère être un outil descriptif passible de développer et expliciter des attributs, mais elle a aussi des propriétés modulaires : une fois en récit, elle peut être insérée, supprimée, raccourcie, condensée. Le « pouvoir de la liste » est, à la fin, le pouvoir d’être (ré)inventée.
45Depuis le haut Moyen Âge, dans la longue chaîne des transmissions et transformations des listes que nous avons analysées, on ne saurait pas sous-estimer le rôle de l’historien dans ce processus de (ré)invention77. Alors que les différents témoins manuscrits médiévaux du LP et des GPA n’ont jamais utilisé un dispositif graphique en colonnes pour les listes de res, et que leur séquence d’items au long des lignes séparés par des simples signes de ponctuation a été suivi par les éditeurs du xviie et du xviiie siècle du LP78, depuis la fin du xixe siècle les éditions de L. Duchesne, T. Mommsen, H. Geertman et de l’équipe de traducteurs du GPA ont disloqué les items des listes en alinéas (figure 14). Derrière ce choix de présentation pas anodin, on devine bien le propos cognitif, l’intention de « mise en ordre » de l’information, mais aussi le statut de « source » que cette opération ecdotique impensée attribue aux listes en dehors du récit biographique.
Figures
Figure 1 : Liber pontificalis, Leiden, BU, VLQ 60, fol. 21r (Reims, viiie-Ixe siècle) (Leiden University Libraries)

Figure 2 : Liber pontificalis, Paris, BnF, lat. 2123, fol. 38r (Flavigny, Ixe siècle) (BnF)

Figure 3 : Liber pontificalis, Città del Vaticano, BAV, Vat. lat. 629, fol. 196v (Florence, xie siècle) (Biblioteca Apostolica Vaticana)

Figure 4 : Liber pontificalis, Trier, SB, Hs. 1342a/85 4o, fol. 12v (Trèves, xiie-xiiie siècle) (Virtuelles Skriptorium St. Matthias)

Figure 5 : Liber pontificalis, Firenze, BML, Plut. 66.35, fol. 18v (xive siècle) (Biblioteca Medicea Laurenziana)

Figure 6 : Liber pontificalis, Leiden, BU, VLQ 60, fol. 5v (Reims, viiie-Ixe siècle) (Leiden University Libraries. Digital Collections)

Figure 7 : Liber pontificalis, Firenze, S. Marco 604, fol. 17v (Naples, xie siècle ?) (Biblioteca Medicea Laurenziana)

Figure 8 : De ornamentis, Paris, BnF, lat. 2400, fol. 163r (Angoulême, xie siècle) (E. Magnani)

Figure 9 : Liber floridus, Gent, UB, Ms 92, fol. 188v (Lambert de Saint-Omer, 1112- 1121) (Universiteitsbibliotheek Gent)

Figure 10 : Liber pontificalis, Firenze, BML, Plut. 20.10, fol. 20v (xiie siècle) (Biblioteca Medicea Laurenziana)

Figure 11 : Liber pontificalis, Leiden, BU, VLQ 41, fol. 21v (Auxerre ?, Ixe siècle) (Leiden University Libraries. Digital Collections)

Figure 12 : Gesta pontificum autissiodorensium. Notice et règlement liturgique d’Aunaire, évêque d’Auxerre, Auxerre, BM, ms. 142, p. 38-39 (xiie siècle) (E. Magnani)

Figure 13 : Gesta pontificum autissiodorensium. Notice de Didier. Divisions en leçons en marge. Auxerre, BM, ms. 142, p. 48-49 (xiie siècle) (E. Magnani)

Figure 14 : Mise en page des listes dans l’édition du Liber pontificalis, par Louis Duchesne, Paris, Ernest Thorin éditeur, 1886, vol. 1, p. 170 (https://books.google.fr/)

Manuscrits cités :
46Auxerre, Bibliothèque municipale, ms. 142
47Città del Vaticano, Biblioteca Apostolica Vaticana
48Reg. lat. 1127
49Reg. lat. 1283 A
50Vat. lat. 629
51Vat. lat. 3761
52Vat. lat. 3762
53Vat. lat. 3764
54Vat. lat. 5269
55Firenze, Biblioteca Medicea Laurenziana
56Plut. 20.10
57Plut. 23.4
58Plut. 66.35
59S. Marco 604
60Gent, Universiteitsbibliotheek, MS 92
61‘s-Gravenhage /La Haye, Rijksmuseum Meermanno-Westreenianum, ms. 10 B4
62Köln, Diözesan- und Dombibliothek, cod. 164
63Leiden, Bibliotheek der Rijksuniversiteit
64VLQ 41
65VLQ 60
66Lucca, Biblioteca Capitolare Feliniana, 490
67München, Bayerische Staatsbibliothek, Clm 4112
68Napoli, Biblioteca Nazionale Vittorio Emanuele III, IV.A.8
69Paris, Bibliothèque nationale de France
70lat. 317
71lat. 5516
72lat. 1451
73lat. 2123
74lat. 2400
75Roma, Biblioteca Vallicelliana, C. 79
76Trier, Stadtbibliothek, Hs. 1342a/85 4o (olim 1341 - XXXIa)
77Verona, Biblioteca Capitolare, LII (50)
Annexe 1 - Ponctuation des listes et marqueurs graphiques dans des manuscrits du Liber pontificalis et des abrégés (notice de Silvestre).
Annexe
Pour l’ensemble des manuscrits cités, voir Le Liber pontificalis. Texte, introduction et commentaire, éd. Louis Duchesne, Paris, Ernest Thorin, 1955 [1886], vol. 1, p. clxiv-ccvi et Liber pontificalis pars prior (-725), éd. Theodor Mommsen, MGH, Gestorum Pontificum Romanorum, I, Berlin, Weidmann, 1898, p. Lxix-ci. Les sigles pour désigner les manuscrits sont ceux de l’édition de Mommsen qui a réutilisé, en général, ceux de Duchesne. Nous avons ajouté les sigles AC (Adémar de Chabannes) et LF (Liber floridus). Les informations sur les manuscrits ont été mises à jour, quand nécessaire, d’après l’historiographie et les catalogues indiqués en note.




Notej




Noteq




Notey
Annexe 2 : Ponctuation et marqueurs graphiques dans les notices de Silvestre (Liber pontificalis et abrégés)




Notes de bas de page
1 Sur les notions de res, chose et objet utilisées ici, nous permettons de renvoyer à Eliana Magnani et Daniel Russo, « Exégèse textuelle, exégèse visuelle. Autour du processus de la chose, “res”, dans le haut Moyen Âge », dans Laurent Feller, Ana Rodríguez (dir.), Objets sous contrainte. Circulation des richesses et valeur des choses au Moyen Âge, Paris, Publications de la Sorbonne (Série du LAMOP, 1), 2013, p. 25-42 (paru initialement dans Bulletin du centre d’études médiévales d’Auxerre, 13, 2009, p. 103-121 [http://cem.revues.org/index11035.html consulté le 24 août 2018]. Voir aussi Jean-François Courtine, s.v. « Res », dans Barbara Cassin (dir.), Vocabulaire européen des philosophies, Paris, Seuil/Dictionnaires Le Robert, 2004, p. 867-870.
2 Rosamond McKitterick, « La place du Liber pontificalis dans les genres historiographiques du haut Moyen Âge », dans François Bougard, Michel Sot (dir.), Liber, Gesta, histoire. Écrire l’histoire des évêques et des papes de l’Antiquité au xxie siècle, Turnhout, Brepols, 2009, p. 23-35.
3 Lidia Capo, Il Liber pontificalis, i Longobardi e la nascita del dominio territoriale della chiesa romana, Spolète, Fondazione Centro Italiano di Studio sull’Alto Medioevo (Istituzioni e società, 12), 2009, p. 3-109 ; Andrea A. Verardi, La memoria legittimante : Il Liber pontificalis e la chiesa di Roma del secolo VI, Rome, Istituto Storico Italiano per il Medioevo (Nuovi Studi Storici, 99), 2016. Je remercie Giuliano Milani de m’avoir fait connaître cette dernière référence.
4 Il s’agit des versions dites, d’après Louis Duchesne, F (« abrégé félicien », jusqu’à Félix IV – 526-530), K (« abrégé cononien », jusqu’à Conon – 686-687) et P (plena, « seconde édition »). Selon Duchesne, F et K seraient des abrégés d’une première édition disparue dont il propose la reconstitution et la date d’entre 530 et la réalisation de P, la seconde édition, au milieu du pontificat de Silvère, en 536. Cette seconde édition aurait été complétée après le siège de Rome de 546, et reçu, autour de 640, une première continuation. Thomas Mommsen, en revanche, qui admet comme Duchesne la réalisation de deux éditions du LP, les date toutes les deux de la première moitié du viie siècle. Herman Geertman propose un processus de mise au point du formulaire des notices : d’abord une rédaction P1a-b (avec les données biographiques, ordinations, sépulture et mesures administratives, doctrinales et liturgiques dans P1a, et l’ajout des notices des donations dans P1b), ensuite P2 avec des ajouts d’événements historiques. De cet état de préparation dériveraient une version fk (soit l’équivalent de la première édition de Duchesne), dont seraient issus les abrégés F et K, ainsi que la version P3, la rédaction finale, des années 530 (soit l’équivalent de la deuxième édition de Duchesne). Pour une mise au point critique sur ces versions d’après Duchesne, Mommsen et Geertman (infra, n. 6), voir L. Capo, Il Liber pontificalis, op. cit., p. 14-22. Pour une interprétation alternative de la relation entre ces trois versions, voir A. A. Verardi, La memoria legittimante, op. cit., p. 289-317, où il propose que l’auteur de F aurait travaillé à l’époque d’Hormisdas (513-523) et doit être considéré comme l’inventeur de la formule Liber, reprise selon leurs propres intérêts par les auteurs de K (à l’époque de Boniface II – 530-532, révision de la version F et ajout des notices relatives aux donations) et P (à l’époque de Silvère – 536-537, révision de tout le matériel précédent).
5 Michel Sot, Gesta episcoporum, gesta abbatum, Turnhout, Brepols (Typologie des sources du Moyen Âge occidental, 37), 1981 ; F. Bougard, M. Sot (dir.), Liber, Gesta, histoire, op. cit.
6 Le Liber Pontificalis. Texte, introduction et commentaire, éd. par Louis Duchesne, Paris, Ernest Thorin, 1955 [1886], 2 vol. ; Liber Pontificalis pars prior (-725), éd. par Theodor Mommsen, MGH, Gestorum Pontificum Romanorum, I, Berlin, Weidmann, 1898. Voir aussi Herman Geertman, Hic fecit basilicam : studi sul Liber Pontificalis e gli edifici ecclesiastici di Roma da Silvestro a Silverio, éd. par Sible de Blaauw, Christina E. Van der Laan, Leuven/Paris /Dudley (Mass.), Peeters, 2004, p. 149-235 (« Documenti, redattori e la formazione del testo del Liber Pontificalis » et « Le biografie del Liber Pontificalis dal 311 al 535. Testo e commentario », parus d’abord dans Atti del colloquio internazionale. Il Liber pontificalis e la storia materiale [Rome, 21-22 février 2002], Herman Geertman [dir.], Assen, Royal van Gorcum [Mededelingen van het Nederlands Instituut te Rome, Antiquity, 60-61], 2003, p. 267-284 et 285-354) ; Id., « La genesi del Liber pontificalis romano. Un processo di organizzazione della memoria », dans F. Bougard, M. Sot (dir.), Liber, Gesta, histoire, op. cit., p. 37-107 ; ainsi que la traduction en anglais et l’introduction dans The Book of Pontiffs (Liber Pontificalis). The Ancient Biographies of the First Ninety Roman Bishops to AD 715, trad. et introd. Raymond Davis, Liverpool, Liverpool University Press (Translated Texts for Historians, 6), 2000.
7 Auxerre, BM, ms. 142 + Città del Vaticano, BAV, Reg. lat. 1283 A, fol. 77r-85v ; Les gestes des évêques d’Auxerre, t. 1, éd. dir. par Michel Sot, texte établi par Guy Lobrichon avec la collaboration de Monique Goullet, présentation, traduction et notes par P. Bonnerue, M.-H. Depardon, N. Deflou-Leca, A. Dubreucq, M. Goullet, K. Krönert, D. Iogna-Prat, G. Lobrichon, M. Sot et A. Wagner, Paris, Les Belles Lettres (Les classiques de l’histoire de France au Moyen Âge, 42), 2002, p. viii-xii, xxi-xxvi, xxxix-xliii.
8 Le Liber Pontificalis, éd. par L. Duchesne, op. cit., vol. 1, p. Lxviii-clxiii.
9 Les gestes des évêques d’Auxerre, op. cit., t. 1, p. xxvi-xxx.
10 Madeleine Jeay, Le commerce des mots. L’usage des listes dans la littérature médiévale (xiie-xve siècles), Genève, Droz (Publications romanes et françaises, 241), 2006, p. 37-42, ainsi que l’article de l’auteure dans ce volume.
11 Le Liber Pontificalis, éd. par L. Duchesne, op. cit., vol. 1, p. cxli-cliv, ccxliii-ccxliv et p. 328, l. 12, 470, l. 20 pour les mentions du vestiarium à partir du viie siècle. Dans une bibliographie foisonnante et contradictoire, voir, par exemple, Charles Pietri, « Évergétisme et richesses ecclésiastiques dans l’Italie du Ive à la fin du ve siècle : l’exemple romain », Ktema, 3, 1978, p. 317-337, repris dans Id., Christiana respublica. Éléments d’une enquête sur le christianisme antique, Rome, École française de Rome (Publications de l’École française de Rome, 234), 1997, p. 813-833 ; Federico Marazzi, I « Patrimonia sanctae Romanae ecclesiae » nel Lazio (secoli IV-X). Struttura amministrativa e prassi gestionali, Rome, Istituto Storico Italiano per il Medioevo (Nuovi Studi Storici, 37), 1997, p. 25-47 ; Dale Kinney, « Krautheimer’s Constantine », dans Federico Guidobaldi, Alessandra Guiglia Guidobaldi (dir.), Ecclesiae Urbis : Atti del congresso internazionale di studi sulle chiese di Roma (IV-X secolo), Roma, 4-10 settembre 2000, Cité du Vatican, Pontificio Istituto di Archeologia Cristiana (Studi di antichittà cristiana, 59), 2002, vol. 1, p. 1-10 ; Marco Maiuro, « Archivi, amministrazione del patrimonio e proprietà imperiali nel Liber Pontificalis : la redazione del libellus imperiale copiato nella Vita Silvestri », dans Daniela Pupillo (dir.), Le proprietà imperiali nell’Italia romana. Economia, produzione, amministrazione. Atti del convegno, Ferrara -Voghiera, 3-4 giugno 2005, Florence, Le Lettere (Quaderni degli annali dell’Università di Ferrara. Sezione storia, 6), 2007, p. 235-258 ; Béatrice Caseau, « Constantin et l’encens. Constantin a-t-il procédé à une révolution liturgique ? », dans Giorgio Bonamante, Noel Leski, Rita Lizzi Testa (dir.), Costantino prima e dopo Costantino, Bari, Edipuglia (Munera, 35), 2012, p. 535-548 ; Dominic Moreau, « Et postmodum rediens cum gloria baptizavit Constantinum augustum. Examen critique de la réception et de l’utilisation de la figure de Constantin par l’Église romaine durant l’Antiquité », ibid., p. 564-581 ; Federico Montinaro, « Les fausses donations de Constantin dans le Liber pontificalis », Millennium, 12/1, 2015, p. 203-230.
12 Actus Silvestri papae, voir la mise au point d’Eckhard Wirbelauer, « La riche mémoire d’un évêque de Rome méconnu, Silvestre », dans Philippe Blaudeau, Peter Van Nuffelen (dir.), L’historiographie tardo-antique et la transmission des savoirs, Berlin, De Gruyter (Millennium Studien, 55), 2015, p. 319-332, avec bibliographie antérieure.
13 Jan-Olof Tjäder, Die Nichtliterarischen lateinischen Papyri Italiens aus der Zeit 445-700, Lund, CWK Gleerup (Acta instituti romani regni sueciae, series in 4o, XIX, 1), 1955, vol. 1, P. 1 (445- 446), p. 168-178 ; Béatrice Caseau, « Objects in Churches : the Testimony ofInventories », dans Luke Lavan, Ellen Swift, Toon Putzeys (dir.), Objects in Context, Objects in Use. Material Spatiality in Late Antiquity, Leyde/Boston, Brill (Late Antique Archaeology, 5), 2007, p. 551-579 ; Henri Leclercq, s.v. « Inventaires liturgiques », Dictionnaire d’archéologie chrétienne et de liturgie, t. VII, Paris, Letouzey et Ané, 1926, col. 1396-1418.
14 M. Jeay, Le commerce des mots, op. cit.
15 Le Liber Pontificalis, éd. par L. Duchesne, op. cit., vol. 1, p. 170-201 (XXXIV) ; Liber Pontificalis pars prior, éd. par T. Mommsen, op. cit., p. 47-72 (XXXIV) ; H. Geertman, Hic fecit basilicam, op. cit., p. 172-189. Toutes les citations sont prises de l’édition de T. Mommsen et de la classe I de la tradition manuscrite.
16 Les expressions utilisées sont : ubi et haec dona constituit ; ubi posuit ista dona ; posuit dona voti sui ; ubi et dona obtulit hec ; dona obtulit ; ubi et obtulit dona haec ; Donum aromaticum ante altaria ; Donum sancto fonti ; Item in reditum donum quod optulit ; hoc donum optulit ; In quo loco constituit donum ; ubi et constituit donum hoc ; et donum in reditum ; Donum quod obtulit ; donum dedit ; donum obtulit ; Ornamentum in basilica.
17 Les revenus en nature apparaissent dans 9 sur 102 biens fonds mentionnés dans les donations constantiniennes, et ils concernent des possessions situées en Syrie et en Égypte.
18 Liber Pontificalis pars prior, éd. par T. Mommsen, op. cit., p. 54.
19 Le nombre de 54 objets énumérés dans la fondation du titulus Equitii, correspondant à 75 livres d’argent et à 2 livres d’or, est similaire à celui du trésor découvert à Kaper Koraon (Syrie), datant du vie-viie siècle, comprenant 56 objets et correspondant à environ 82 livres d’argent, selon B. Caseau, « Objects in Churches », art. cité. Voir Marlia Mundell Mango, Silver from Early Byzantium : The Kaper Koraon and Related Treasures, Baltimore, Trustees of The Walters Art Gallery, 1986.
20 Liber Pontificalis pars prior, éd. par T. Mommsen, op. cit., p. 47-48.
21 Herman Geertman, « La capacità di metretae, amae e scyphi nel Liber Pontificalis » (1987) et « L’illuminazione della basilica paleocristiana secondo il Liber pontificalis » (1988), dans Id., Hic fecit basilicam, op. cit., p. 45-51 et p. 53-73, respectivement.
22 B. Caseau, « Constantin et l’encens », art. cité.
23 Pour les références des manuscrits du LP, on se rapportera à la liste établie par T. Mommsen, Liber Pontificalis pars prior, op. cit., p. Iv-v. Pour l’abrégé F, il faut ajouter les manuscrits La Haye, Rijksmuseum Meermanno-Westreenianum, ms. 10 B 4 (seconde moitié du viiie siècle, provenant de la province de Reims) et le manuscrit aujourd’hui disparu de Laon, ex codice 36 (fin du Ixe siècle), voir A. A. Verardi, La memoria legittimante, op. cit., p. 31-56, 77-80.
24 Voir supra, n. 3.
25 Le Liber Pontificalis, éd. par L. Duchesne, op. cit., vol. 1, p. 74, 76, 78, 80.
26 Ibid., p. clxiv-ccvi.
27 Liber Pontificalis pars prior, éd. par T. Mommsen, op. cit., p. Lxix-ci.
28 Pour une comparaison aisée entre les trois classes de P, voir l’édition de H. Geertman, Hic fecit basilicam, op. cit., p. 172-189.
29 La plupart de ces manuscrits sont numérisés et visibles sur Internet. Certains ont été consultés directement à Rome et à Paris. Les manuscrits A1, B1 et K2 ont été vus en reproduction par microfilm, à la bibliothèque de l’IRHT, à Paris. Pour la bibliographie et le détail des manuscrits cités, voir les Annexes 1 et 2. Les comptages sont réalisés sur 23 manuscrits au lieu des 24 consultés, car nous n’avons pas été en mesure de visualiser distinctement sur microfilm le palimpseste Napoli, BN, IV.A.8 (B1). Six manuscrits ont été examinés à partir de reproductions en noir et blanc, limitant les observations sur l’usage des couleurs (A1, G, E1, A7, A5, K2).
30 Dans l’échantillon observé, le point au milieu (9/23) est utilisé surtout dans les manuscrits des Ixe-xie siècles, tandis que le point en bas (8/23) dans les manuscrits du xie-xve siècle, le xie siècle apparaissant comme une période de transition. Sur l’histoire de la ponctuation au Moyen Âge, voir Malcolm B. Parkes, Pause and Effect : an Introduction to the History of Punctuation in the West, Berkeley/Los Angeles, University of California Press, 1993.
31 Par exemple, fol. 38ra, l. 4 et 15 (lettres H et F), fol. 38b, l. 8 (lettre I).
32 Les mots piper (poivre) et linum (lin) de ce groupe ne sont pas rehaussés.
33 Ce manuscrit est un bon exemple de la mise en relation du LP avec le recueil du Pseudo-Isidore et le Constitutum Constantini, voir infra n. 50.
34 Saint-Pierre, Saint-Paul, Sainte-Croix, Sainte-Agnès, Saint-Laurent, Saints-Marcellin-et-Pierre, Saints-Pierre-et-Paul-et-Jean-Baptiste (Ostie), basilique des Apôtres (Capoue), basilique dans la cité de Naples. Il n’y a pas de rubrique pour le titulus Silvestri.
35 Il y a aussi des versions de P qui ne mentionnent pas les fondations des basiliques par Constantin, par exemple, le manuscrit Paris, BNF, ms. lat. 317 (xi-xiie siècle, Lombardie) (A3), qui cite seulement le titulus de Equitius (titulus equitii ubi multa dona auri et argenti dedit, fol. 102v). Voir François Avril, Yolanta Zaluska, Manuscrits enluminés d’origine italienne, 1, vie-xiie siècle, Paris, Bibliothèque nationale (Manuscrits enluminés de la Bibliothèque nationale de France), 1980, p. 64, no 109. L’abrégé de LP par Abbon de Fleury (v. 950-1004), l’Excerptum de Gestis Romanorum Pontificum (composé vers 996), « omet tout ce qui concerne les basiliques et leur dotation », voir Jean-Marie Gantier, Une histoire des papes en l’an mil. L’abrégé du Liber Pontificalis d’Abbon de Fleury, Bruxelles, Nauwelaerts (Bibliothèque de la Revue d’histoire ecclésiastique, 86), 2004, p. 90-91 et 196.
36 Pour ces listes dans les plus anciens manuscrits, voir Le Liber Pontificalis, éd. par L. Duchesne, op. cit., vol. 1, p. 14-33.
37 Il s’agit des basiliques constantinienne (Latran), Saint-Pierre, palais Sessorien, Sainte-Agnès, Saint-Laurent, Saints-Marcellin-et-Pierre, Ostie, Albano, Capoue, Naples, et du titulus Silvestri. Le titulus Equitii est cité au début de la notice sans être distingué graphiquement. La notice ne mentionne pas la basilique Saint-Paul (?).
38 Nous suivons ici la datation proposée par Richard Landes et son attribution du manuscrit à la main d’Adémar de Chabannes, à l’exception de la copie d’une majeure partie du Liber officialis d’Amalaire de Metz (fol. Iv-85r) confiée à un scribe travaillant sous sa supervision. Richard Landes, Relics, Apocalypse, and the Deceits of History. Ademar of Chabannes, 989-1034, Cambridge (Mass.)/Londres, Harvard University Press (Harvard Historical Studies, 117), 1995, p. 108-109, 113-115 et 362-365.
39 Il s’agit des basiliques constantinienne (Latran), Saint-Pierre, Saint-Paul, Jérusalem (palais Sessorien), Sainte-Agnès, Saint-Laurent, Saints-Marcellin-et-Pierre, Saint-Jean-Baptiste et des Apôtres-Pierre-et-Paul (Ostie), des Apôtres dite constantinienne (Capoue) (fol. 140r, l. 28-39). La notice ne mentionne pas la basilique de Naples. Le titulus Equitii, en début de notice, n’est pas nommément désigné (et fecit ecclesiam in urbe Roma ubi multa dona constituit ; fol. 140r, l. 13).
40 Il s’agit d’un quaternion auquel il a été ajouté un bifeuillet, signé « XX » en début et en fin de cahier (fol. 163r et 172v). Avec des feuillets irréguliers (les mesures ont été prises au fol. 163), le cahier mesure environ 286 x 190 mm, avec une justification de 223 x 158 mm. Réglé à la pointe sèche, avec des marques de piqûres visibles sur la marge extérieure, il contient 59 lignes d’environ 5 mm de hauteur et une petite écriture serrée de 1 à 3 mm de hauteur. Des espaces pour les initiales I d’incipit et P de primus non réalisées sont restés en blanc aux lignes 1 et 2 du fol. 163r, de même des blancs avec lettre d’attente pour les initiales des noms des papes aux fol. 164rv-165r.
41 [I]ncipit de ornamentis ecclesiarum Romae. Brevis commemoratio. [P]rimus beatus Petrus apostolus et qui post eum fuerint episcopi Romae usque ad tempora sancti Silvestri, qui tricesimus quartus fuit ab ipso beato Petro Romae apostolicus, plus cura verum predicationem et ieiuniis insistere atque elemosinis quam ecclesiae ornamenta fabricare, maxime propter persecutionem paganorum et paucitatem christianorum. Dum vero sub imperatore Constantino crevisset magna christianitas et templa paganorum clauderentur. Constituit sanctus Silvester papa ut propter populorum oculos ad trahendos ad divinum cultum pulchritudo in ornamentis diversis fieret ecclesiis. Ut sicut in de lubris idolorum preciosa fuerant ornamenta quae maxime carnales oculi admirabantur ita in domo Dei preciosa quaeque ornamenta fierent ut oculis carnalium placerent et ne domus dei a paganis quasi abiecta vilesceret (fol. 163r) (Sur les ornements des églises de Rome. Bref rappel. Saint Pierre le premier et après lui ceux qui ont été évêques de Rome jusqu’au temps de saint Silvestre, qui a été le trente-quatrième apostolique de Rome après saint Pierre, se sont occupés plutôt de la prédication, du jeûne et de l’aumône que de fabriquer les ornements de l’église, en raison de la grande persécution par les païens et du petit nombre de chrétiens. Tandis que sous l’empereur Constantin la chrétienté s’est beaucoup accrue et les temples des païens ont été affaiblis. Le pape saint Silvestre a dressé la beauté de divers ornements faits pour les églises devant les yeux des peuples pour les attirer vers le culte divin. Comme les précieux ornements qui ont été très admirés par les yeux charnels pour des idoles trompeuses, de même de précieux ornements qui plaisent aux yeux charnels ont été faits dans la maison de Dieu pour empêcher que la maison de Dieu ne semble presque vile pour les païens).
42 Michel Lauwers, « Des vases et des lieux. Res ecclesie, hiérarchie et spatialisation du sacré dans l’Occident médiéval », dans Manuel de Souza, Annick Peter-Custot, François-Xavier Romanacce (dir.), Le sacré dans tous ses états. Catégories du vocabulaire religieux et sociétés, de l’Antiquité à nos jours, Saint-Étienne, Publications de l’université de Saint-Étienne (Travaux du CERHI, 10), 2012, p. 259-279, ici p. 266 et n. 26 ; Raphaël Richter, Édition de 23 sermons du manuscrit autographe d’Adémar de Chabannes, BNF lat. 2469, ff. 1-76 (ca. 1030). Martial et Adémar, Positions des thèses de l’École des chartes, 2003, p. 169-176.
43 Bien que le titre montre l’intérêt d’Adémar de Chabannes envers les objets, il copie aussi les listes de biens immeubles qui apparaissent dans LP dans les vies des papes des Ive et ve siècle – Silvestre, Damase, Innocent, Boniface, Célestin, Sixte III. À partir Léon I (440-461), on ne retrouve plus de liste de biens fonds dans le LP, et seulement des listes d’objets sont dressées. Voir Le Liber Pontificalis, éd. par L. Duchesne, op. cit., vol. 1, p. cxli-cliv.
44 Amalaire de Metz, On the liturgy, éd. et trad. par Eric Knibbs, Cambridge (Mass.)/Londres, Harvard University Press (Dumbarton Oaks Medieval Library, 35-36), 2014, 2 vol., § 1.27.1, 3, 8, 15 ; 2.16.1 ; 2.21.1 ; 3.2.13 ; 3.5.2 ; 3.18.3 ; 3.21.9 ; 3.33.1 ; 3.41.1 ; 3.42.1, 5 ; 3.43.1 ; 4.40.1 (adaptation de l’édition du Liber officialis, dans Amalarii episcopi opera liturgica omnia, éd. par Jean-Michel Hanssens, Cité du Vatican, Biblioteca apostolica vaticana [Studi e testi, 139], 1948, vol. 2).
45 Hucusque sufficiat commemorasse de ornamentis, ut quia tedium mihi facere incipiunt ornamenta terrena, dominum exorem concedere mihi spiritalia incrementa, cui est gloria in secula seculorum amen. Voir Le Liber Pontificalis, éd. par L. Duchesne, op. cit., vol. 1, p. clxxxiii.
46 Psallat altitudo caeli, psallite omnes angeli, quidquid est virtutis usquam psallat in laudem Dei, nulla linguarum silescat, vox et omnis consonet… (Que psalmodient les hauteurs du ciel, psalmodiez vous tous les anges ; que tout ce qu’il existe de Vertus psalmodie pour la louange de Dieu ; qu’aucune langue ne se taise, que toute voix retentisse !). Prudence, Liber Cathemerinon. Livre d’heures, traduit par Jean-Louis Charlet, Aix-en-Provence, Publications de l’université de Provence, 1988, p. 31.
47 Jeffrey F. Hamburger, Ouvertures. La double page dans les manuscrits enluminés du Moyen Âge, traduit de l’anglais (États-Unis) par Sophie Renaut, Dijon/Lyon, Les Presses du réel/Presses universitaires de Lyon, 2010.
48 Sur l’Actus Silvestri papae (BHL 7725-7742), voir supra, n. 12.
49 En fait, dans l’abrégé du LP du Liber Floridus, qui se termine par Calixte II (1119-1124) (fol. 188r), une partie des papes, entre Marin I (882-884) et Grégoire VII (1073-1085), n’est mentionnée que sous la forme de liste indiquant leur numéro d’ordre de succession (fol. 186v-187v), la durée de leur siège et l’année de leur mort. Voir Le Liber Pontificalis, éd. par L. Duchesne éd., op. cit., vol. 1, p. clxxxvi.
50 Constitutum Constantini, éd. par Horst Fuhrmann, MGH, Fontis iuris, 10, Hanovre, Hahnsche Buchhandlung, 1968, p. 18-19, n. 35. Sur l’histoire complexe du Constitutum Constantini, voir Johannes Fried, Donation of Constantine and Constitutum Constantini. The Misinterpretation of a Fiction and its Original Meaning. With a contribution by Wolfram Brandes : « The Satraps ofConstantine », Berlin/New York, Walter de Gruyter (Millennium-Studien, 3), 2007. À l’inverse de l’interprétation communément admise par l’historiographie d’un ouvrage romain composé sous le pontificat de Paul Ier (757-767), J. Fried date le Constitutum Constantini des années 830-833 et postule sa réalisation par les milieux francs opposés à Louis le Pieux, qui seraient aussi les initiateurs de la collection des décrétales pseudo-isidoriennes. C’est principalement par son insertion dans recueil du Pseudo-Isidore que le Constitutum Constantini a été diffusé. Le manuscrit W1 (BAV, Vat. lat. 629), en intercalant le LP et le recueil pseudo-isidorien (donc le Constitutum Constantini), réalise, comme le Liber floridus, une forme d’intertextualité de ces œuvres. De même, en 1142, dans sa version du LP, Pierre Guillaume, bibliothécaire de l’abbaye de Saint-Gilles du Gard, insère dans la notice de Silvestre, parmi les donations constantiniennes, une partie du Constitutum Constantini : Città del Vaticano, BAV, Vat. lat. 3762, fol. 10r-12v (H1) et sa copie du xve siècle, Roma, Bibl. Vallicelliana, C. 79, fol. 13v-16r (H2) (voir Constitutum Constantini, éd. par H. Fuhrmann, op. cit., p. 34 et n. 51).
51 Constitutum Constantini, éd. par Fuhrmann, op. cit., § 13, p. 84-86.
52 Has Xcem basilicas fecit constantinus augustus. In quibus vasa multa aurea et argentea et ornamenta diversa donavit videlicet calices, patenas, scyphos, amas, coronas, cantaros, metretas, candelabra, turibula, tymiamateria, fara argentea et aurea cum gemis et lapidibus preciosis cerostata et cetera valde preciosa (fol. 172r).
53 Par exemple, dans les fol. 14r, 15r, 16r, 17r, 18r, 20r, 21r. Comme le manuscrit a été massicoté, il n’est pas possible de savoir si ces points existaient aussi au verso des feuillets.
54 Isabelle Heullant-Donat, Daniel Russo, « Le modèle au Moyen Âge. Introduction », Apprendre, produire, se conduire. Le modèle au Moyen Âge. Congrès de la SHMESP no 45, Paris, Publications de la Sorbonne, 2015, p. 13-45.
55 Léopold Delisle, « Note sur un manuscrit de Saint-Germain d’Auxerre conservé à Leyde », Bulletin du Comité des travaux historiques et scientifiques. Section d’histoire et de philologie, 1886, p. 58-60 ; Bernhard Bischoff, Katalog der festländischen Handschriften des neunten Jahrhunderts (mit Ausnahme der wisigotischen), vol. 2, Wiesbaden, Harrassowitz, 2004, no 2218, p. 58.
56 Nouvellement relié à la fin des années 1980, le manuscrit mesure 261/264 x 195/205 mm et contient 197 feuillets, dont 195 ont été paginés au xixe siècle (bifeuillet A-B + 390 pages). Un cahier du xiiie siècle, détaché, se trouve aujourd’hui dans le manuscrit Città del Vaticano, BAV, Reg. lat. 1283 A, fol. 77r-85v. Sur ces manuscrits, voir Guy Lobrichon, « Les manuscrits et les éditions », dans Les gestes des évêques d’Auxerre, op. cit., t. 1, p. xxxix-xlvii.
57 Les gestes des évêques d’Auxerre, op. cit., t. 1, p. viii-xii, 158-159.
58 Monique Goullet, « Étude littéraire et histoire du texte », dans Les gestes des évêques d’Auxerre, op. cit., t. 1, p. xxi-xxxiv, ici p. xxiii-xxv.
59 En fait, il s’agissait à l’origine d’une lettre adressée à Didier, évêque de Vienne, vers 600. La notice de Didier attribue à l’évêque d’Auxerre certains faits relatifs à des évêques homonymes, comme l’évêque Didier de Vienne ou l’évêque Didier de Cahors. Les gestes des évêques d’Auxerre, op. cit., t. 1, p. 86, n. 181, p. 324, n. 179.
60 En fait, ces listes associent le type (rogations, litanies, vigiles) et les moments de célébration (jour, mois) à un lieu du diocèse (église cathédrale, « paroisse », monastère), ou encore le déplacement du clergé de ces lieux vers la cathédrale pour célébrer l’office divin une semaine par an. Les gestes des évêques d’Auxerre, op. cit., t. 1, p. 70-77, 118-123. Voir Pierre Salmon, L’office divin. Histoire de la formation du bréviaire, Paris, Cerf (Lex orandi, 27), 1959, p. 79-84 (règlement d’Aunaire) ; Hartmut Atsma, « Klöster und Mönchtum im Bistum Auxerre », Francia, 11, 1983, p. 1-96 ; Michèle Gaillard, « La présence épiscopale dans la ville du haut Moyen Âge : sanctuaires et processions », Histoire urbaine, 10/2, 2004, p. 123-140 ; Dominique Iogna-Prat, La Maison Dieu. Une histoire monumentale de l’Église au Moyen Âge, Paris, Seuil, 2006, p. 216-220.
61 Les gestes des évêques d’Auxerre, op. cit., t. 1, p. 84-110. Cette notice a aussi circulé indépendamment en tant que vita dans des recueils hagiographiques (voir ibid., p. xlii).
62 Jean Adhémar, « Un trésor d’argenterie donné par l’évêque Didier aux églises d’Auxerre », Revue archéologique, 4, 1934, p. 44-54 ; Roland Delmaire, Largesses sacrées et res privata. L’aerarium impérial et son administration du ive au vie siècle, Rome, École française de Rome (Collection de l’École française de Rome, 121), 1989, p. 471-494 (chap. 13 : « Les largesses impériales, l’argenterie et l’orfèvrerie ») ; Ruth E. Leader-Newby, Silver and Society in Late Antiquity. Functions and Meanings of Silver Plate in the Fourth to Seventh Centuries, Aldershot, Ashgate, 2004 ; Eliana Magnani, « “Consommation ostentatoire” et mise en registre de biens et d’objets marqueurs de la richesse », dans Jean-Pierre Devroey, Laurent Feller, Régine Le Jan (dir.), Les élites et la richesse au haut Moyen Âge, Turnhout, Brepols (Collection Haut Moyen Âge, 10), 2010, p. 351-364 ; Irene SanPietro, Money, Power, Respect : Charity and the Creation ofthe Church, Columbia University Academic Commons, 2014 (https://doi.org/10.7916/D80C4SXZ, consulté le 26 août 2018).
63 Les gestes des évêques d’Auxerre, op. cit., t. 1, p. 86-87 (Altare quoque antiquum eo transponens, sub die XIII kalendarum maiarum sollempniter dedicauit, ubi et hec dona obtulit – Il y fit aussi transporter un autel antique qu’il dédia solennellement le treizième jour des calendes de mai et il lui fit les offrandes suivantes) ; p. 94-95 (Isdem quoque sanctus episcopus qualiter suorum heredem bonorum Christum et ecclesiam sibi a Deo commissam instituerit, sequens pandit auctoritas – Comment, en outre, le même saint évêque institua héritiers de ses biens le Christ et l’Église que Dieu lui avait confiée, les dispositions suivantes en témoignent). Nous reprenons ici les traductions des derniers éditeurs.
64 Les gestes des évêques d’Auxerre, op. cit., t. 1, p. 100-101 (Preterea basilice domni Germani, ubi corpus suum sepeliri decreuerat, hec dona obtulit – Ensuite, il fit à l’église du seigneur Germain, qu’il avait choisie pour lieu de sépulture, les offrandes suivantes) (nous considérons, à l’inverse des éditeurs, qu’il s’agit ici de Didier et non de la reine Brunehaut, mentionnée juste avant pour son don d’un calice à Saint-Étienne) ; p. 102-103 (Ceterum isdem sanctus episcopus contulit eidem basilice domni Germani predia sui iuris – D’autre part, le même saint évêque fit don à la dite église du seigneur Germain des domaines qui dépendaient de lui).
65 Les gestes des évêques d’Auxerre, op. cit., t. 1, p. 105, 111.
66 Josiane Barbier, « Testaments et pratique testamentaire dans le royaume franc (vie-viiie siècle) », dans François Bougard, Cristina La Rocca, Régine Le Jan (dir.), Sauver son âme et se perpétuer. Transmission du patrimoine et mémoire au haut Moyen Âge, Rome, École française de Rome (Collection de l’École française de Rome, 351), 2005, p. 7-79, en particulier p. 21, 74-75. Sur les inventaires, voir Irene SanPietro, Money, Power, Respect, op. cit., p. 193-214 et 208-209 pour Auxerre.
67 On utilise aussi similiter et similiter dedit dans listes de biens fonds, ainsi que ceterum, preterea et preterea dedit dans l’énumération des basiliques.
68 La leçon IIII englobe les deux premiers items de la liste d’objets offerts à Saint-Étienne, la leçon Vta commence avec l’annonce des dons en biens fonds et s’arrête après en avoir énuméré trois, la leçon VIta commence avec l’indication de la donation d’un calice à Saint-Étienne par la reine Brunehaut, puis suit la liste des objets donnés par l’évêque à Saint-Germain. Voir p. 46 (I), p. 47 (II), p. 47 (III), p. 48 (IIII), p. 49 (hucus[que]), p. 53 (Vta), p. 54 (hucusque), p. 56 (VIta). On retrouve ce type de notation dans d’autres notices, comme dans celles des successeurs de Didier, Pallade divisé en trois (p. 64-66), et Vigile, où une main du xiiie siècle écrit en toutes lettres prima lectio, secunda lectio, tertia lectio (p. 66-67).
69 Les gestes des évêques d’Auxerre, op. cit., t. 1, p. 88-89, 90-91, 94-95, 100-101 (traduction modifiée légèrement).
70 Ibid., t. 1, p. 88-89.
71 Par exemple : Agrum quoque Matriacum situm in eodem pago, ubi ipse domos uel oratorium in honore sancti Mimmii construxit, cum agello uel cum ceteris appendiciis suis, cum mancipiis, uineis, siluis, pascuis et cum omni iure et termino suo, greges quoque boum, equorum, ouium, armentorum et porcorum, eidem basilice sollempniter delegauit (Il légua aussi solennellement, à la même église, la terre de Merry, située dans le même pagus, où il avait fait lui-même construire des maisons et un oratoire en honneur de saint Menge, avec un petit champ, avec ses autres dépendances, avec esclaves, vignes, forêts, pâturages, et avec tous ses droits et à l’intérieur de ses limites, troupeaux de bœufs, chevaux, moutons, vaches et porcs). Les gestes des évêques d’Auxerre, op. cit., t. 1, p. 94-97 (traduction modifiée légèrement).
72 Voir contra J. Adhémar, « Un trésor d’argenterie », art. cité, p. 45, qui affirme, sans citer sa source, que ces objets sont conservés dans la cathédrale d’Auxerre jusqu’au xiiie siècle, car il les croit mentionnés en 1297 ; ils auraient disparu, selon lui, au plus tard en 1567 lors du « pillage de la ville par les protestants ».
73 Les gestes des évêques d’Auxerre, op. cit., t. 1, p. 116-117.
74 E. Magnani, « “Consommation ostentatoire” et mise en registre », art. cité.
75 Philippe Descola, Par-delà nature et culture, Paris, Gallimard, 2005 ; Alain Testart, Critique du don. Études sur la circulation non marchande, Paris, Syllepse, 2007, p. 23-70 (chap. 2 : « Les trois modes de transfert »).
76 Jack Goody, La raison graphique. La domestication de la pensée sauvage, trad. et présentation de Jean Bazin et Alban Bensa, Paris, Éditions de Minuit, 1979 [The Domestication of the Savage Mind, Cambridge, Cambridge University Press, 1977].
77 Ludolf Kuchenbuch, « Source ou document ? Contribution à l’histoire d’une évidence méthodologique », dans Joseph Morsel (dir.), « L’historien et “ses” “sources” (dossier) », Hypothèses, 2003, Travaux de l’école doctorale d’histoire de l’université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, Paris, Publications de la Sorbonne, 2004, p. 287-315 ; Gérard Chouquer, Quels scénarios pour l’histoire du paysage ? Orientations de recherche pour l’archéogéographie, préface de Bruno Latour, Coïmbre, CEAUCP, 2007, p. 55-58 pour la notion de « transformission » ; Joseph Morsel, « Quand l’historien masque que la norme fabrique le crime… Le cas du registre de l’officialité de Cerisy en 1314-1315 », Genèses, 110, 2018, p. 55-78.
78 Sur les éditions des xviie-xviiie siècle, voir Le Liber Pontificalis, éd. par L. Duchesne, op. cit., vol. 1, préface non paginée, et vol. 2, p. Lv-Lxii. Voir, par exemple, les éditions de Mayence, 1602, p. 15-26 ; de Charles Fabrot, 1649, p. 12-19 ; de Francesco Bianchini, 1718, p. 34-53 et 1731, p. 26-43.
Notes de fin
a Elias Avery Lowe, Codices Latini Antiquiores. A Palaeographical Guide to Latin Manuscripts Prior to the Ninth Century, Oxford, Oxford University Press, 1938, vol. III, p. 39, n° 403 ; http://www.mirabileweb.it/manuscript/napoli-biblioteca-nazionale-vittorio-emanuele-iii--manuscript/15105
b E. A. Lowe, Codices Latini Antiquiores, op. cit., vol. III, p. 9, n° 303 ; Bernhard Bischoff, Katalog der festländischen Handschriften des neunten Jahrhunderts (mit Ausnahme der wisigotischen), vol. II, Wiesbaden, Harrassowitz, 2004, p. 131, n° 2524 (Lucca, ca. 800) ; Gabriella Pomaro, « Materiali per il manoscritto Lucca, Biblioteca Capitolare Feliniana 490 », dans Gabriella Pomaro (dir.), In margine al Progetto Codex. Aspetti di produzione e conservazione del patrimonio manoscritto in Toscana, Ospedaletto (Pise), Pacini, 2014, p. 139-199 ; Gabriella Pomaro, I manoscritti medievali della Biblioteca Capitolare Feliniana di Lucca, Florence, SISMEL-Edizioni del Galluzzo (Manoscritti medievali della Toscana 6. Biblioteche e archivi 28), 2015, p. 257-259, n° 244 ; http://www.mirabileweb.it/manuscript/lucca-biblioteca-capitolare-feliniana-490-manuscript/1737
c L’adjectif « rehaussé » indique ici qu’il n’y a pas changement d’encre, mais le marquage de la lettre par l’ajout d’un rehaut en couleur ou par l’utilisation d’un caractère gras.
d Andrea A. Verardi, La memoria legittimante : Il Liber Pontificalis e la chiesa di Roma del secolo VI, Rome, Istituto Storico Italiano per il Medioevo (Nuovi Studi Storici, 99), 2016, p. 47n.34, 49, 212 ; Bernhard Bischoff, Katalog der festländischen Handschriften des neunten Jahrhunderts (mit Ausnahme der wisigotischen), vol. III, Wiesbaden, Harrassowitz, 2014, p. 32, n° 4011 (Tours ?, premier quart du Ixe siècle).
e Karel A. de Meyier, Codices Vossiani latini, pars 2 : codices in quarto, Leyde, Universitaire Pers (Codices manuscripti, 14), 1975, p. 145-148 ; B. Bischoff, Katalog der festländischen Handschriften, op. cit., vol. II, 2004, p. 59, n° 2221 (Saint-Amand, viiie-Ixe siècle, continué à Reims avant 845).
f A. Verardi, La memoria legittimante, op. cit., p. 57-60 ; B. Bischoff, Katalog der festländischen Handschriften, op. cit., vol. III, p. 467, n° 7043 (Italie du Nord ?, un scribe de Flavigny).
g Günter Gattermann, Heinz Finger (dir.), Handschriftenzcensus Rheinland. Erfassung mittelalterlicher Hanschriften im rheinischen Landesteil von Nordrhein-Westfalen, Wiesbaden, Reichert (Schriften des Universitäts-und Landesbibliothek Düsseldorf, 18), 1993, vol 1. Aachen (Diözesanarchiv) bis Köln (Diözesan- und Dombibliothek) (Nr. 1 - 1327), p. 662-663, n° 118 ; B. Bischoff, Katalog der festländischen Handschriften, op. cit., vol. I, 1998, p. 402, n° 1937 (France du Nord, début du premier quart du Ixe siècle).
h A. Verardi, La memoria legittimante, op. cit., p. 60-66, 213, 218 ; B. Bischoff, Katalog der festländischen Handschriften, op. cit., vol. III, p. 62, n° 4134 (Flavigny, début du Ixe siècle, 795-816).
i A. Verardi, La memoria legittimante, op. cit., p. 47 n.34, 49 ; B. Bischoff, Katalog der festländischen Handschriften, op. cit., vol. III, p. 438, n° 6764 (autour de Tours).
j Karel A. de Meyier, Codices Vossiani latini, pars 2 : codices in quarto, Leyde, Universitaire Pers (Codices manuscripti, 14), 1975, p. 108-110 ; B. Bischoff, Katalog der festländischen Handschriften, op. cit., vol. II, p. 58, n° 2218 (probablement du centre de la France, 827-844).
k B. Bischoff, Katalog der festländischen Handschriften, op. cit., vol. III, p. 109, n° 4365 (en partie en écriture tourengelle (à Rome ?) et en partie en écriture italienne (à Rome ?), deuxième quart du Ixe siècle).
l Clemens Gantner, « The Lombard Recension of the Roman Liber Pontificalis », Rivista di Storia del Cristianesimo, 10/1, 2013, Da vescovi di Roma a papi : L’invenzione del Liber Pontificalis, p. 65-114, ici p. 80-81.
m Lotte Kéry, Canonical collections of the early Middle ages (ca. 400-1140) : a bibliographical guide to the manuscripts and literature, Washington (D.C.), Catholic university of America press (History of medieval canon law, 1), 1999, p. 100-114.
n Luciana Cuppo, « I Pontifices di Costantinopoli nel Liber Pontificalis del settimo secolo : note sul codice BAV, Vat. Lat. 3764 », Rivista di storia e letteratura religiosa, 2007, p. 359-371.
o Léopold Delisle, Notice sur les manuscrits originaux d’Adémar de Chabannes, Paris, Imprimerie nationale, 1896, p. 56-61 (tiré de Notices et extraits des manuscrits de la Bibliothèque nationale et autres bibliothèques, 35/1, 1896, p. 296-301) ; Richard Landes, Relics, Apocalypse, and the Deceits of History. Ademar of Chabannes, 989-1034, Cambridge (Mass.)/Londres, Harvard University Press (Harvard Historical Studies, 117), 1995, p. 108-109, 113-115, 362-365.
p Rossana E. Guglielmetti, I testi agiografici latini nei codici della Biblioteca Medicea Laurenziana, Florence, SISMEL-Edizioni del Galluzzo (Quaderni di Hagiographica, 5), 2007, p. 780-781, n° 211.
q Rossana E. Guglielmetti, I testi agiografici latini, op. cit., p. 638, n° 150.
r Albert Derolez, The Autograph Manuscript of the Liber Floridus : A Key to the Encyclopaedia of Lambert of Saint-Omer, Turnhout, Brepols (Corpus Christianorum. Autographa Medii Aevi, IV), 1998, p. 135-142.
s Ulderico Přerovský, Liber Pontificalis nella recensione di Pietro Guglielmo OSB e del Card. Pandolfo glossato da Pietro Bohier OSB, vescovo di Orvieto, Rome, Libreria Ateneo Salesiano, 1978, 3 vol. (Studia Gratiana 21-23), vol. 1, p. 4-9, 57-58, vol. 2, p. 47-76 ; Le Liber Pontificalis, éd. L. Duchesne, op. cit., [1892], vol. 2, p. xxiv-xxvii.
t Elisabeth Klemm, Die romanischen Handschriften der Bayerischen Staatsbibliothek. II. Die Bistümer Freising und Augsburg verschiedene deutsche Provenienzen, Texteband, Wiesbaden, Reichert (Katalog der illuminierten Handschriften des Bayerischen Staatsbibliothek in München, 3. Die romanischen Handschriften, 2), p. 178-179, n° 266.
u Max Keuffer, Gottfried Kentenich, Beschreibendes Verzeichnis der Handschriften der Stadtbibliothek zu Trier. Achtes Heft. Handschriften des historischen Archivs, Wiesbaden, Harrassowitz, 1973 [1914], p. 14-16, n° 44.
v Giovanni Monticolo, « I manoscritti e le fonti della Cronaca del diacono Giovanni », Bullettino dell’Istituto storico italiano, 9, 1890, p. 37-328, ici p. 76-81.
w Rossana E. Guglielmetti, I testi agiografici latini, op. cit., p. 747-748, n° 183.
x Le Liber Pontificalis, éd. L. Duchesne, op. cit., [1892], vol. 2, p. xxix-xxx.
y Rossana E. Guglielmetti, I testi agiografici latini, op. cit., p. 656, n° 162. Manuscrit copié à Florence pour Mattia Corvino († 1490) et laissé de côté à la mort du roi. Repris à la demande de Julien de Médicis (1479-1516) et enluminé à Rome par Matteo da Milano (fl. 1492-1523) (ou Giovanni di Giuliano dit le Boccardino, et Francesco de Giovanni Boccardi ?) pour être offert au pape Léon X (1513-1521).
Auteur
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Eliana Magnani
CNRS-LAMOP
Historienne médiéviste, chargée de recherche au CNRS, membre du LaMOP-UMR 8589 à Paris, consacre l’essentiel de ses travaux à l’histoire sociale, à l’anthropologie des transferts et aux cultures de l’écrit et du visuel. Elle a dirigé, entre autres, les ouvrages collectifs Don et sciences sociales. Théories et pratiques croisées (2007), Le Moyen Âge vu d’ailleurs. Voix croisées d’Amérique latine et d’Europe (2010), Reconstituer, composer, corréler, compiler. Productions et pratiques sociales de l’écrit médiéval en Bourgogne (sous presse).
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