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    Plan détaillé Texte intégral Distinguer les objets, distinguer les personnes La liste comme dispositif de transformation des sujets et des objets Notes de bas de page Notes de fin Auteurs

    Le pouvoir des listes au Moyen Âge - II

    Ce livre est recensé par

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    Table des matières

    Listes d’objets et de personnes*

    Étienne Anheim, Laurent Feller, Madeleine Jeay et Giuliano Milani

    p. 5-18

    Texte intégral Distinguer les objets, distinguer les personnes La liste comme dispositif de transformation des sujets et des objets Notes de bas de page Notes de fin Auteurs

    Texte intégral

    1Que met-on en liste et quels effets cette pratique produit-elle ? L’idée d’un « pouvoir » des listes médiévales oblige à s’interroger sur leur performativité, c’est-à-dire sur les actions que ces listes produisent concrètement, en aval de leur confection, mais également sur celles que leur réalisation implique, en amont, sur les unités qu’elles saisissent. Après avoir consacré un premier volume d’études au problème de l’écriture des listes médiévales, dans sa dynamique historique et poétique, dans sa dimension matérielle et documentaire et dans son organisation intellectuelle et graphique1, notre enquête collective a cherché à saisir quels étaient les éléments qui composaient ces listes et en quoi ils étaient affectés par les pratiques scripturaires qu’on leur appliquait. Ces éléments relèvent eux-mêmes de deux grands domaines distincts, selon qu’il s’agisse d’unités individualisables et mobiles, comme les objets ou les personnes, ou au contraire, qu’il s’agisse de fractions de catégories de la perception, comme le temps ou l’espace. Alors que ce second domaine fera l’objet du dernier volume de cette série, le présent volume est consacré à l’analyse de ces unités qui, selon le lexique de l’anthropologue Bruno Latour, peuvent être « humaines » ou « non humaines2 », c’est-à-dire des « personnes » ou des « objets ».

    2Notre point de départ a consisté dans l’idée que la mobilité et l’unicité de ces éléments rendraient d’autant plus visibles les effets de la liste et que la confrontation systématique entre objets et personnes mettrait mieux en évidence les logiques performatives fondamentales de la mise en liste. On pourrait en effet, de prime abord, être tenté d’opposer ces deux catégories selon un découpage traditionnel des savoirs de la modernité, cependant les travaux évoqués de Bruno Latour, comme ceux de Nathalie Heinich ou de Philippe Descola3, ont montré depuis trois décennies tout l’intérêt que les sciences sociales ont à penser le monde comme un continuum au sein duquel la nature et la culture s’interpénètrent et dans lequel les choses matérielles prennent part aux actions humaines, et inversement. La division qui a séparé des sujets et des objets, des sociétés humaines dominatrices et consommatrices de choses, elles-mêmes considérées comme neutres, division caractéristique des révolutions scientifique et industrielle, a gommé la complexité des rapports au monde de l’Europe médiévale, dont les listes non seulement gardent la trace mais ont façonné les contours. On a donc cherché à explorer, à partir de ce point de départ, des terrains documentaires volontairement très différents. Voisinent ainsi dans ce volume des documents concernant des personnes vivantes et mortes, des habitants des villes et des campagnes, des êtres de chair et d’autres de papier. Parmi les objets se rencontrent des livres et des outils bien identifiables, mais aussi des objets moins conventionnels, comme les urines ou les mets, voire des objets génériques et langagiers, comme les marchandises dont la poésie s’empare. L’intérêt d’une telle diversité des corpus est justement de faire apparaître plus clairement le caractère cohérent des opérations effectuées sur toutes ces choses par les listes et de dépasser l’énumération des usages possibles de listes ou l’opposition classique entre les différentes choses « enlistées » comme celle entre objets et personnes.

    Distinguer les objets, distinguer les personnes

    3Cela ne signifie pas que les listes d’objets et les listes de personnes n’ont pas des spécificités, que ce volume s’est aussi donné pour but d’explorer. Commençons par les mettre en lumière pour pouvoir, ensuite, montrer l’intérêt de leur dépassement pour une réflexion générale sur les listes médiévales. Les listes d’objets montrent d’emblée les limites de la distinction puisqu’elles renvoient presque systématiquement à des possesseurs, comme en témoigne l’exemple paradigmatique des listes de choses et d’églises du Liber pontificalis et des Gesta pontificum autissiodorensium étudiées par Eliana Magnani. Ce rapport rappelle l’existence d’un lien étroit entre les personnes et les objets de propriété, investis de valeurs et d’affects par leurs détenteurs et, de ce fait, pourvus d’une personnalité propre. La liste établit ou tisse ce lien. Mais elle peut aussi le défaire en éloignant l’objet de la personne et en l’intégrant dans de nouvelles logiques classificatoires : par elle, le statut de l’objet change et se modifie et peut, de chose appropriée et affectée des valeurs portées par un sujet, pourvue d’une personnalité, redevenir un objet, détaché de son possesseur. La liste informe donc sur la « vie sociale des choses », leur biographie et leur transformation au fur et à mesure de leur déplacement dans l’espace ou dans le temps : elle en prend acte mais accomplit aussi ces transferts et ces modifications, comme le montrent les réflexions anthropologiques sur les objets de Thierry Bonnot qui achèvent la dernière partie de cet ouvrage.

    4Il en est ainsi, par exemple, des listes contenues dans les inventaires après décès, réalisées dans l’urgence et alors qu’un événement dramatique vient de se produire qui bouleverse la vie d’un groupe familial et contraint à la redistribution des cartes, c’est-à-dire des biens meubles4. À eux seuls, les secs inventaires dressés par les notaires ne nous disent rien des intérêts ni des convoitises et des tensions qui peuvent avoir existé à ce moment. Ils ne nous informent pas davantage, du moins pas sans médiation, sur le déroulement de la vie quotidienne. En ce sens, la mise en liste interrompt des séquences complexes, celles de la vie même et apparaît incapable d’en montrer à elle seule le déroulement. Elle assèche et appauvrit la réalité en la décontextualisant. Dans le cas des inventaires après décès, les fouilles archéologiques permettent de donner un contenu concret à l’énumération en donnant des informations sur le cadre matériel de l’existence, les conditions de travail et sur le niveau de confort des maisons des informations difficilement remplaçables5.

    5Mais la mise en liste d’objets produit d’autres effets. En particulier, en établissant des relations entre des hommes et des choses, mais aussi entre des choses et des institutions, elle opère le changement de statut des objets. La mise en liste permet le passage des objets d’un statut à un autre en fonction de la catégorie dans laquelle ils sont placés. Les objets précieux ou sacrés sont ainsi mis à l’écart, soit parce qu’ils sont investis d’une forte charge symbolique, soit parce qu’on leur reconnaît une très haute valeur. La constitution du trésor est un geste marquant l’action d’un souverain : trésor et souveraineté sont liés dans les représentations politiques du Moyen Âge, le trésor étant l’un des attributs du pouvoir, symbole de puissance, rappel de la richesse, évocation de la capacité du souverain dispensateur à distribuer. La liste a également comme rôle de rendre visible ce qui est invisible, le trésor étant ce que l’on ne montre qu’exceptionnellement ou pas du tout, ce qui demeure caché. Elle montre aussi ce que les hommes de pouvoir veulent préserver pour le transmettre par l’héritage ou par le don, et ce dont ils veulent rendre l’existence durable. S’agissant des objets précieux, la mise en liste a une fonction temporelle de transmission au futur de ce que l’on ne veut pas voir disparaître. Énumérer dans une liste les éléments précieux d’un patrimoine, ceux que l’on veut cacher mais dont on ne veut pas se priver définitivement, permet d’avoir d’eux une description sommaire, donnant le poids, la quantité et, éventuellement, la valeur exprimée en termes monétaires, ce qui permet de savoir ce que l’on fait en mettant les objets du trésor en circulation ou, au contraire, en les retenant par-devers soi. Autour de la notion de valeur, c’est le lien entre monumentalité et gestion des objets de propriété qui se dévoile progressivement, une question qui apparaît particulièrement clairement pour ces objets singuliers que sont les livres, à la valeur à la fois matérielle, symbolique et intellectuelle, avec lesquels les listes, catalogues ou inventaires, comme le montre Hanno Wijsman à propos du cas de la Bourgogne, entretiennent des relations essentielles pour comprendre leur classement, leur transmission mais aussi leur représentation.

    6Cette question de la valeur et de la transmission dépasse le caractère précieux au sens du trésor pour toucher à d’autres catégories d’objet, par exemple les listes d’outils provençales analysées par Philippe Bernardi. Les conditions de la mise en circulation des objets (don, vente, location, héritage, marché) ou de leur mise à l’écart ou à l’abri par leur conservation regroupée informent sur les intentions de l’auteur de la liste mais aussi sur la façon dont, s’étant emparé d’objets, il a pu, ou non, en faire des prolongements de lui-même et, s’assimilant à eux en quelque manière ou assimilant certaines de leurs qualités, les transformer en choses. On l’a dit, les occasions de compiler des listes de biens meubles sont nombreuses et les types documentaires qui en résultent sont presque infinis et confrontent, à chaque fois, le scripteur à l’épreuve de la description et du langage : tout objet mobilier, dès lors qu’il est approprié, est susceptible d’être inséré dans une liste à un moment ou à un autre de son existence, que ce soit, comme on l’a vu, lors d’un inventaire après décès, lors d’une saisie, du dépôt d’une plainte, ou simplement lors d’une mise en ordre de la maison ou de l’institution (bibliothèque, trésor, archives) ou encore au moment de la préparation des comptes annuels dans le cas d’une grande exploitation.

    7La transmission induit ainsi un rapport à la temporalité, et donc à la transformation, ce qui rappelle l’instabilité foncière de la catégorie d’objet dans notre perspective. Les listes d’objets sont des formes spécifiques d’action aussi en ce qu’elles s’inscrivent dans des processus temporels qui transforment les objets, parce qu’ils sont consommables, périssables ou bien parce qu’il faut les modifier pour soigner, comme pour les urines étudiées par Laurence Moulinier-Brogi, ou pour agir d’une manière ou d’une autre, par exemple en consommant ces objets, dans le cas des mets sur les menus qui ont retenu l’attention de Bruno Laurioux. La liste est alors un guide de l’action, entre passé et futur. Se dessine un dernier aspect fondamental de ces listes d’objets, celui d’étendre la maîtrise du monde par l’homme à la temporalité elle-même. Ces différentes dimensions montrent que si l’on isole les objets des personnes, une spécificité se fait jour, celle de la double question de la thésaurisation et de la circulation des choses, dont le modèle abstrait et poétique pourrait être les marchandises, dont Madeleine Jeay éclaire ici la mise en liste littéraire.

    8Inversement, dès lors que l’on considère les personnes mises en liste en les distinguant des choses, d’autres singularités apparaissent. Si la fonction de toute liste est de constituer des groupes par l’exclusion de certains éléments et l’inclusion de certains autres sur la base de certaines catégories, la spécificité des listes de personnes peut être définie comme celle de former des groupes d’individus (plus rarement de familles) qui partagent des qualifications. Cette question peut s’aborder sous l’angle de la distinction entre nom propre de personne et nom commun, et les listes de morts dont traite Karin Becker à propos de la danse macabre peuvent tout aussi bien passer en revue des états sociaux (pape, roi, cardinaux, évêques) ou des types humains comme la veuve, l’amoureux, qu’énumérer les noms de figures historiques. Mais cet aspect très général, que l’on retrouve dans les sources administratives comme dans les textes littéraires, révèle toujours une pratique de l’administration des personnes qui passe par deux opérations simultanées et complémentaires : le rattachement d’un individu à un groupe identifiable sur la base d’une catégorie et la validation de cette catégorie même sur la base des divers individus qui la composent.

    9Cette capacité d’assimiler des individus à un groupe et inversement de donner corps à des catégories par des exemplifications individuelles semble jouer un rôle particulièrement important au Moyen Âge, une époque où, sur le plan culturel comme sur le plan politique, les groupes sociaux ne se présentent pas comme déjà figés par des institutions stables comme l’avaient été auparavant, dans l’Antiquité, ou comme ils le seront ensuite, à l’époque moderne. Dans l’Europe médiévale, ces groupes ne cessent de se transformer en appelant des procédures de listage variables qui contribuent à représenter et à constituer, en les fixant, les rapports entre les personnes qui en font partie – ce qui souligne la dimension réflexive de la liste pour ce qui concerne les individus. Les listes médiévales de personnes nous donnent donc l’occasion de réfléchir de manière différente aux listes d’objets, à l’aide de deux notions qui ont fortement influencé les historiens de la littérature et de la société au cours des dernières décennies. Du point de vue culturel, il s’agit de la notion de « canon », c’est à dire le regroupement consacré, donc distinct, d’éléments (œuvres, propositions, individus, noms) dignes d’être transmis aux générations suivantes6 . Du point de vue politique, il s’agit de la notion de « pouvoir pastoral » employée par Michel Foucault, cette pratique politique « bienveillante » qui vise le gouvernement des individus organisés en populations et qui « repose sur la connaissance et l’accompagnement de chacune des brebis »7, comme le dit Philippe Büttgen. En utilisant ces deux instruments conceptuels, il est possible de mettre en lumière différentes raisons, ou fonctions, possibles qui ont présidé au regroupement des personnes dans des listes au Moyen Âge, comme permet de le voir la tension entre les listes d’assujettis des monastères entre Seine et Rhin analysées par Nicolas Schroeder et celles dressées pour la population de Lucques, envisagées par Diane Chamboduc de Saint-Pulgent.

    10La première est la fonction de distinction, c’est-à-dire l’action fondatrice de différencier les personnes par rapport à un ensemble plus vaste, d’une part de celles qui ne sont pas incluses dans la liste et, de l’autre, en établissant éventuellement des catégories à l’intérieur même de la liste, notamment en instaurant des hiérarchies selon la place qu’occupe leur nom. C’est le cas par exemple des listes des citoyens ou des nobles et exempts dans les listes fiscales ou des aristocrates qui possèdent une armoirie. Les autres fonctions font appel aux notions de totalisation, en référence à la tentative de recenser tous les membres qui sont censés appartenir à une certaine catégorie, de sujétion, c’est-à-dire le fait de certifier et de produire par la liste un rapport d’assujettissement de quelque type avec l’autorité qui produit la liste, enfin de canonisation, c’est-à-dire la production par la liste d’un groupe clos d’individus dans l’intention d’en exalter la valeur, comme pour les morts pour lesquels prient les moines à San Isidoro de Leon, pris pour objet par Carlos Reglero ou encore les victimes illustres de la Fortune et de l’Amour dont Jean-Claude Mühlethaler montre l’énumération récurrente par les poètes de la fin du Moyen Âge. Les listes de noms d’auteurs qui se multiplient dès le milieu du xiie siècle, permettent de constater que s’instaure un canon de poètes que le Moyen Âge finissant et la Renaissance célèbreront comme dignes de prendre place dans un panthéon à l’égal des maîtres de l’Antiquité. Il faut rappeler que la plupart des sources médiévales considérées auraient pu être incluses dans plusieurs catégories : les listes de contribuables possédaient par exemple le pouvoir d’assujettir, de totaliser et parfois aussi de distinguer. Les Tournoiements, une série de textes qui ont pour objet de nommer les participants à un tournoi, totalisent, distinguent et canonisent. Ce ne sont donc pas des fonctions exclusives.

    11Ces différentes opérations ont-elles eu un effet sur l’évolution de la notion de personne au Moyen Âge, comme elles semblent en avoir eu pour les choses ? À la suite d’Anita Guerreau-Jalabert8, Jérôme Baschet a réfléchi tout récemment à ce concept en proposant une révision radicale de l’idée reçue selon laquelle le Moyen Âge aurait été une époque de dualisme, c’est-à-dire de distinction entre corps et âme caractérisée par la sujétion de l’un à l’autre, une époque où « l’être humain serait partagé entre une âme tendant vers le ciel et aspirant à rejoindre Dieu, et un corps méprisable, coupable de toutes les tentations et entraînant l’âme dans la fange du péché9 ». En réalité, explique J. Baschet, au Moyen Âge, corps et âme ne constituent pas un dualisme mais une « dualité » ; on assiste plutôt à une « dynamique antidualiste » qui réconcilie corps et âme pour en faire une unité naturelle10. Il offre ainsi une réflexion novatrice qui fait de l’époque médiévale celle d’un rapprochement plutôt que d’un clivage entre les deux éléments qui composent notre idée de personne. Sur un autre plan, avec une approche juridique, Yan Thomas avait déjà insisté sur une autre transformation médiévale de la notion de personne dans un article polémique et révélateur dans lequel il explique, entre autres, que s’était produit au Moyen Âge un processus de naturalisation de la notion de personne qui n’avait pas encore eu lieu à l’époque romaine. C’est seulement à partir du Moyen Âge – a-t-il insisté – que nous tendons à considérer les personnes comme des individus physiques et non pas comme des rôles, des personnages définis par la fonction qu’ils exercent11. Ces conclusions méritent d’être considérées quand on étudie les listes de personnes au Moyen Âge, afin de vérifier si l’écriture de ces listes a joué un rôle dans ces processus de « naturalisation » de la personne, qui seraient un autre rouage du mécanisme de production de la modernité naturaliste de l’Europe, selon la proposition de Philippe Descola. Dans cette optique, on pourrait penser que, précisément par la production de listes d’individus identifiés par leur noms, les institutions du Moyen Âge purent attacher des droits à des personnes physiques en établissant, par exemple, que les individus compris dans une certaine liste jouissaient d’un même droit, d’un même office ou d’un même privilège (comme l’exemption fiscale ou le statut de noble) ou au contraire partageaient une même peine, une même sujétion, un même statut d’infâme (comme un bannissement ou une dette). Il est possible qu’une production toujours plus intense de listes de personnes ait contribué, en accord avec la nouvelle conception chrétienne de l’individu, à figer comme expérience sociale partagée cette nouvelle conception de la personne. De façon complémentaire à ce processus, si les listes d’objets sont très souvent des listes d’objets possédés, qui peuvent l’être ou, à la limite, exclus de la possession, le degré zéro de la liste des personnes est une liste de personnes possédées (« hommes », esclaves, serfs). Ces remarques nous ramènent une nouvelle fois à la proximité des personnes et des choses qui peuvent être saisies par les listes. Si les personnes et les choses relèvent de listes dont les spécificités sont en partie distinctes, il semble cependant que l’action accomplie par la mise en liste soit plus déterminante et qu’elle permette d’envisager les rapports entre les choses et les personnes avec un nouveau regard.

    La liste comme dispositif de transformation des sujets et des objets

    12Cette hypothèse, fondant l’architecture du volume, consiste à considérer que les listes, en extrayant des caractéristiques singulières d’unités complexes – qu’il s’agisse d’individus ou de choses – pour les mettre en série, ont pu être les opératrices d’un chiasme essentiel à saisir pour comprendre les sociétés médiévales : d’une part, elles ont objectivé les personnes, d’autre part, elles ont personnalisé les objets. Ce faisant, elles ont pris part à la naturalisation de la notion de personne et à la culturalisation de la notion d’objet, sur la toile de fond d’un enjeu nouveau, celui de l’identification, de la connaissance et du gouvernement du monde. À travers leur usage des listes, les sociétés de l’Europe médiévale apparaîtraient ainsi comme des sociétés génératrices d’individuation, pour lesquelles le dénombrement et la singularisation des êtres et des choses est le signe d’une évolution profonde, dont le mouvement a été ultérieurement recouvert et dissimulé par de nouvelles logiques liées aux sociétés modernes et contemporaines.

    13L’étude des listes proposée dans cet ouvrage permet de s’interroger sur cette dynamique historique. Cela ne signifie pas qu’il n’y ait pas de différences entre les personnes et les objets, on l’a évoqué. Les descriptions et les modalités d’identification ne sont pas les mêmes, les effets en retour non plus, puisque les personnes peuvent se réclamer de la liste, ou réclamer contre elle. Mais ces différenciations n’effacent pas le fait que tout ce qui est saisi par la liste obéit à un processus commun. La liste crée en même temps des objets et des sujets, et transforme les uns dans les autres. De cette manière, la liste pose des limites et réalise un partage qui place ce qui est mis en liste du même côté des pratiques sociales. Ce qu’on connaît et qu’on ordonne se distingue de tout le reste, qui échappe au regard faute d’être constitué en tant que sujet et objet du langage, de l’écriture et, finalement, du gouvernement.

    14Certes, le sens commun voudrait que les individus et les objets préexistent, comme autant d’entités individuelles, dont les listes ne font qu’enregistrer l’existence. Cela correspond tout d’abord à l’usage documentaire classique de la liste dans les travaux sur le Moyen Âge : elle est un moyen de connaître aussi bien un trésor de cathédrale ou les biens d’un artisan au moment de son décès que la population assujettie à un impôt urbain ou à une prestation de serment. Un deuxième niveau de réflexion consiste à penser la liste dans sa performativité, en aval, donc : elle saisit des objets et des personnes, et contribue à les organiser ou à agir sur eux. Cette dimension est le cœur de ce livre, à condition cependant de prendre en considération un troisième niveau, par une réflexion sur l’amont, qui relève aussi bien de l’anthropologie que de la poétique. Il est légitime en effet de se demander dans quelle mesure la performance accomplie par la liste n’est pas seulement de l’ordre de l’action exercée sur ce qui est listé, mais aussi de la production même des objets et des personnes en tant que tels. La liste fait exister l’objet ou la personne aux yeux de l’historien, c’est une chose entendue, d’autant que les individus ont disparu et qu’on possède très rarement les objets correspondants. Nous nous trouvons donc, lorsque nous éditons une liste, dans la même position que les clercs qui copient des listes de souverains morts depuis longtemps, dont seul le nom s’est transmis, ou d’objets de trésors du haut Moyen Âge qui ont disparu, mais dont on transmet pourtant la mémoire et l’existence, sur un mode relatif. Mais il faut également prendre au sérieux l’idée selon laquelle la liste fait exister les personnes pour ceux qui les dominent ou les objets aux yeux de ceux qui les manipulent, au moment où elle est réalisée. C’est l’un des effets de la « raison graphique » mise en évidence par Jack Goody12, qui n’est pas simplement une retranscription par l’écrit et les systèmes qui l’accompagnent (mise en colonnes, en pages, graphes, etc.) du réel, mais une vraie transformation de son mode d’existence.

    15Cette performance accomplie par la liste semble passer par deux opérations conjointes, qui produisent des effets singuliers permettant de conférer un statut d’objet à une chose. La première, c’est la mise en série. L’un des acquis essentiels de la sociologie et de l’anthropologie depuis trente ans consiste en une pensée relationnelle des objets et des personnes, qui permettent d’attribuer des caractéristiques « biographiques » aux premiers13. Or précisément, la liste fait apparaître cette dimension relationnelle, tout d’abord par la série qu’elle instaure. L’objet, comme la personne, est individuel, identifiable et reconnaissable si et seulement s’il est aussi un élément d’une série d’autres objets et de personnes, certains très voisins, spatialement ou formellement (des plats dans un meuble, des archives dans un sac, des noms propres dans un quartier), d’autres au contraire très différents. Cette mise en série produit un monde au sein duquel la délimitation générale de la série importe autant que le rapprochement et la distinction.

    16La deuxième opération ne consiste plus à dissoudre l’objet ou l’individu dans la production d’une série, mais au contraire, à le dissoudre par l’énoncé de ses qualités ou de ses parties. En effet, dans la littérature comme dans les actes notariés, la liste fait exister des objets et des personnes en les réduisant à un dispositif langagier, comme l’ont souligné, à la suite de Georges Perec, Jacques Roubaud ou Umberto Eco14. Ce processus témoigne de la facette sociale et humaine de la dimension relationnelle qui caractérise ce qui est mis en liste : l’objet de la liste, humain ou non humain, est décrit, c’est-à-dire saisi par un acteur dans son interaction, et reçoit un nom et des traits distinctifs. Il devient une unité d’encre et de mots. Alors que pour les personnes, et c’est la grande leçon de l’anthroponymie historique, une combinaison de noms propres va progressivement constituer le support des listes, souvent, un nom commun seul ne suffit pas pour les choses : il faut pouvoir les identifier, les retrouver, de sorte que sont fournies des précisions renvoyant à certaines parties de l’objet : sa taille, sa couleur, son usage, son prix, ses défauts ou qualités… Se produit ainsi une sorte de métonymisation de l’objet, dont une partie finit par valoir pour le tout, en le portant au stade de l’existence par une procédure qui relève autant de la diplomatique, voire de la poétique, que de la pragmatique au sens sociologique, et qui finit par avoir la fonction du nom propre.

    17En étant à la fois inscrit dans une série et rapporté à ses singularités matérielles ou anthroponymes, les objets et les personnes ne disparaissent pas, au contraire : c’est le pouvoir de la liste de leur donner ce mode spécifique d’existence, qui est propre à l’anthropologie des sociétés occidentales dans le temps long. Car ces listes que nous étudions, nous l’avons dit plus haut, participent à la construction d’un rapport au monde à la portée beaucoup plus générale et dont les racines plongent au cœur de la société médiévale. La distinction entre des sujets humains, qui possèdent, achètent, vendent, conservent et mettent en liste des choses, et ces dernières, considérées comme des objets non humains, est justement l’un des traits distinctifs de ce que Philippe Descola appelle le « naturalisme15 », soit le rapport spécifique du monde occidental moderne à son environnement, considéré comme inerte et manipulable – par opposition au totémisme, à l’animisme ou à l’analogisme pratiqués par les autres sociétés humaines, à travers le temps et l’espace, qui donnent à la nature, aux choses et aux animaux un tout autre statut. C’est donc en ce sens que les listes d’objets sont un laboratoire dans lequel se fabrique un trait essentiel de nos sociétés, cette coupure entre l’homme et son monde, sur lequel il agit par des pratiques techniques comme les listes. Mais dans le même temps, elles donnent encore à voir un état antérieur à l’achèvement de cette coupure, un état où les choses et les êtres peuvent être traités d’une manière « analogique », précisément au sens de Philippe Descola16.

    18Nul besoin, dans cette perspective, d’exagérer a priori l’efficacité des listes dont on vient de parler, du moins pour les acteurs qui les ont conçues. Les archives des rois d’Angleterre sont, dès le xiie siècle, données comme des modèles. Les plaintes des souverains ou des utilisateurs montrent qu’il était souvent bien difficile de trouver le document utile et pertinent à l’affaire traitée17. Les papes se plaignent aussi, au xiie siècle, de ne rien retrouver dans leurs registres et d’être amenés parfois à prendre des décisions qui, informées de façon incomplète, sont contradictoires. Pour autant, ces ratés et ces accomplissements incertains n’empêchent pas la performance des listes et la dialectique entre objets et personnes, même si cette dernière s’opère parfois en deçà ou au-delà de la vision utilitaire en fonction de laquelle la liste a été produite, puis reproduite, remaniée et transmise – puisque la liste n’est jamais un pur texte, mais aussi une trace matérielle. Car il ne faut pas oublier que ces listes qui « objectivent » sont elles-mêmes des objets, qu’elles ont aussi une biographie et que leur performativité peut se transformer avec le temps, une liste très pratique pouvant devenir, un peu plus tard, une liste mémorielle, avant d’être une source pour l’historien.

    19La performance accomplie par les listes sur les choses et les gens est donc d’une grande importance, dans la longue durée : elle ouvre la porte à une forme d’action sur le monde qui se caractérise par la domination, qui est aussi et d’abord sans doute mise en ordre. En ce sens, même si notre enquête a privilégié une approche synchronique du Moyen Âge, sans chercher à décrire une périodisation, on peut s’interroger pour finir sur l’existence d’une inflexion chronologique dans les derniers siècles de la période. Les listes sont en effet des pratiques très anciennes des sociétés humaines et sont en usage durant toute la période médiévale. Elles ne sont donc pas, en elles-mêmes, un marqueur de transformation socio-historique. Mais l’intensification de leur usage, corrélée à l’intensification des usages de l’écrit dans l’Europe tardomédiévale, doit en tout cas nous conduire à nous interroger sur leur rôle. La construction, à partir de la fin du Moyen Âge, d’une société de la marchandise, voire du fétiche, dans la perspective de Marx, qui débouche sur un mode particulier de rapport au monde, avec ses pathologies, comme celle de l’accumulation à laquelle Daniel Smail vient de prêter attention18, pathologie individuelle comme collective, a des soubassements cognitifs, anthropologiques, poétiques et documentaires auxquels participent pleinement les listes. Cette dynamique qui remanie les rapports entre les personnes et les choses est donc étroitement liée à un nouveau rapport à la valeur des objets que Luc Boltanski et Arnaud Esquerre ont récemment tenté de saisir à travers le concept d’« enrichissement19 ». Dans une temporalité plus ample, elle participe d’un processus de valorisation qui constitue désormais un objet d’étude à part entière20. Mais elle partage aussi ces soubassements avec la construction d’une société du gouvernement, comme Michel Foucault l’a suggéré, pour laquelle les hommes sont le produit de « dispositifs » de pouvoir comme les listes21.

    20Par conséquent, le mode d’être des choses et des personnes dont on fait des listes n’est pas sans effet sur les humains, que ce soient ceux qui ont constitué ces listes ou les historiens qui les utilisent. Ce retour traduit ce que l’anthropologue Alfred Gell a appelé l’agentivité (ou l’agency) des objets, retournant la problématique traditionnelle de l’action, en cherchant justement à la symétriser22. Si les médiévaux fabriquent des listes pour maîtriser leur monde, et si nous les utilisons pour le connaître, c’est aussi que dans ce monde, les choses agissent et déterminent leur appréhension sociale. Dans une certaine mesure, on pourra donc s’interroger sur ces choses dont il faut faire la liste, qu’il faut faire exister dans les actes et par le langage, tant leur place est grande pour les hommes. C’est le prolongement du paradoxe révélé par les listes d’objets : elles servent la domination des choses par les hommes tout en manifestant et en alimentant la domination des hommes par les choses – nouvelle figure du renversement entre sujet et objet qu’elles opèrent.

    21C’est, en dernier lieu, cette tension fondamentale qu’explore ce livre, à travers ses déclinaisons concrètes éclairant l’action des listes. En effet, un même fil court à travers une série d’oppositions, celle qui sépare les listes faites pour contrôler un ordre donné et celles qui, à l’inverse, visent à produire un ordre nouveau. On le comprend, c’est aussi une manière de nouer ensemble, d’un point de vue historiographique et méthodologique, deux approches qui ont marqué la recherche en histoire médiévale dans les dernières années, d’une part ce qu’on a parfois appelé le material turn en sciences sociales, cette attention nouvelle à la matérialité du monde et des sources et à ses relations avec les hommes, et de l’autre, les études sur les pratiques d’écriture et leur centralité dans l’organisation des sociétés médiévales.

    22Ces effets d’écho permettent de tisser une trame qui mette en valeur le pouvoir des listes sur un monde où les hommes et les choses, s’ils ne se confondent pas, possèdent des traits qui les rapprochent et que l’organisation de ce livre cherche à confronter. En effet, il peut s’agir de thésauriser ou de faire circuler, dans le cas des objets, comme de distinguer ou d’assujettir pour ce qui concerne les personnes. Mais dans ces différents cas, les listes accomplissent des actions qui relèvent de la totalisation (première partie), de la monumentalisation (deuxième partie) ou de la maîtrise (troisième partie) du monde des hommes et des choses. C’est à comprendre la nature et les formes de ces actions que nous avons voulu nous attacher, mais aussi à saisir leurs limites.

    Notes de bas de page

    1 C. Angotti, P. Chastang, V. Debiais, L. Kendrick (dir.), Le pouvoir des listes au Moyen Âge, vol. 1, Écritures de la liste, Paris, Éditions de la Sorbonne, 2019.

    2 La critique du partage entre humains et non-humains est une thématique centrale du travail de Bruno Latour, dont le noyau théorique est tout d’abord lié à ses propositions dans le domaine de la sociologie des sciences et des techniques (voir B. Latour, Science in Action, Milton Keynes, Open University Press, 1987 et Id., « Le grand partage », La revue du MAUSS, 1, 1988, p. 27-84), avant d’être repris dans la perspective plus large d’une réflexion sur les rapports entre les sociétés et l’environnement (B. Latour, Enquête sur les modes d’existence. Une anthropologie des modernes, Paris, La Découverte, 2012). Pour une réflexion collective autour de ces notions, voir S. Houdard, O. Thiery (dir.), Humains, non-humains. Comment repeupler les sciences sociales, Paris, La Découverte, 2011.

    3 Nathalie Heinich, « Les objets-personnes. Fétiches, reliques et œuvres d’art », Sociologie de l’art, 6, 1993, p. 25-55. P. Descola, Par-delà nature et culture, Paris, Gallimard, 2005.

    4 G. Bresc Bautier, H. Bresc, Une maison de mots. Inventaires de maisons, de boutiques, d’ateliers et de châteaux de Sicile (xiiie-xve siècle), Palerme, Mediterranea, 2014, t. 1, p. 9-35 (http://www.storiamediterranea.it/portfolio/une-maison-de-mots-inventaires-de-maisons-de-boutiques-datelierset-de-chateaux-de-sicile-xiiie-xve-siecles/ ; consulté le 31/3/2018).

    5 J.-M. Pesez (dir.), Brucato. Histoire et archéologie d’un habitat médiéval en Sicile, Rome, Publications de l’École française de Rome (Collection de l’École française de Rome, 78), 1984.

    6 J. Assman, La mémoire culturelle. Écriture, souvenir et imaginaire politique dans les civilisations antiques, Paris, Aubier, 2010.

    7 P. Büttgen, « Théologie politique et pouvoir pastoral », Annales. Histoire, sciences sociales, 62 2007, p. 1129-1154, ici p. 1132 (https://www.cairn.info/revue-annales-2007-5-page-1129.htm). La référence est à M. Foucault, Sécurité, territoire, population. Cours au Collège de France (1977- 1978), Paris, Gallimard, 2004.

    8 Anita Guerreau-Jalabert, « Occident médiéval et pensée analogique : le sens de spiritus et caro », dans Jean-Philippe Genet (dir.), La légitimité implicite, Paris/Rome, Publications de la Sorbonne/École française de Rome, 2015, p. 457-476.

    9 J. Baschet, Corps et âmes. Une histoire de la personne au Moyen Âge, Paris, Flammarion, 2017, p. 7.

    10 Ibid.

    11 Y. Thomas, « Le sujet de droit, la personne et la nature. Sur la critique contemporaine du sujet de droit », Le Débat, 100, mai-août 1998, p. 85-107.

    12 J. Goody, La raison graphique. La domestication de la pensée sauvage, Paris, Éditions de Minuit, 1979 [1977].

    13 A. Appadurai, The Social Life of Things. Commodities in Cultural Perspective, Cambridge, Cambridge University Press, 1986. Repris dans A. Appadurai, Condition de l’homme global, Paris, Payot, 2013.

    14 Jacques Roubaud, L’art de la liste/Die Kunst der Liste, Paris/Tübingen, Conférences du Divan, Isele, 1998 ; Umberto Eco, Vertige de la liste, Paris, Flammarion, 2009.

    15 P. Descola, Par-delà nature et culture, op. cit.

    16 Sur l’affinité entre le travail anthropologique de Philippe Descola et l’interprétation des sociétés européennes médiévales, voir par exemple F. Coste, « Philippe Descola en Brocéliande », Faire de l’anthropologie historique du Moyen Âge. L’atelier du Centre de recherches historiques, 6, 2010 (https://journals.openedition.org/acrh/1969).

    17 M. Clanchy, From Memory to Written Record. England, 1066-1307, Londres, E. Arnold, 1979.

    18 D. L. Smail, Legal Plunder. Households and Debt Collection ih Late Medieval Europ, Harvard, Harvard University Press, 2016.

    19 L. Boltanski, A. Esquerre, Enrichissement. Une critique de la marchandise, Paris, Gallimard, 2017.

    20 M. Vallerani (dir.), Valore delle cose e valore delle persone. Dall’Antichità all’Età moderna, Rome, Viella, 2018.

    21 On peut songer par exemple au travail mené à partir des hypothèses de Michel Foucault par Giorgio Agamben, Qu’est-ce qu’un dispositif ?, Paris, Rivages, 2014, qui définit ainsi le dispositif : « tout ce qui a, d’une manière ou d’une autre, la capacité de capturer, d’orienter, de déterminer, d’intercepter, de modeler, de contrôler et d’assurer les gestes, les conduites, les opinions et les discours des êtres vivants », songeant lui-même plutôt à la place de la technique dans les sociétés contemporaines, ce qui n’empêche pas de réfléchir aux pratiques d’écriture médiévale en tant que système technique.

    22 A. Gell, L’art et ses agents. Une théorie anthropologique, Dijon, Presses du Réel, 1997.

    Notes de fin

    * Les réunions de travail qui ont préparé cette publication ont été tenues en juin et octobre 2016 à Rome, dans les locaux de l’École française de Rome, puis à Montigny-le-Bretonneux aux Archives départementales des Yvelines, dans le cadre du programme de recherche « Le pouvoir des listes au Moyen Âge » (Polima), financé par l’Agence nationale de la recherche et porté par Pierre Chastang. C’est un agréable devoir que de remercier ici les directrices de ces institutions, Mme Catherine Virlouvet pour l’EfR et Mme Christine Martinez pour les Archives départementales, pour la qualité de leur accueil. Nous n’avons garde d’oublier, dans ces remerciements, M. Stéphane Gioanni, alors directeur des études médiévales à l’EfR, qui a grandement facilité notre travail d’organisation, son assistante Mme Grazia Perrino dont l’efficacité dans la résolution des problèmes matériels est au-delà de l’éloge ainsi que les équipes des Archives départementales et du laboratoire DYPAC de l’université de Versailles Saint-Quentin-en-Yvelines.

    Auteurs

    • Étienne Anheim

      Directeur d’études à l’École des hautes études en sciences sociales (Paris), où il enseigne la sociologie historique de la culture en Europe à la fin du Moyen Âge et à la Renaissance. Il a publié Clément VI au travail. Lire, écrire, prêcher au xive siècle (Paris, Éditions de la Sorbonne, 2014) et Le travail de l’histoire (Paris, Éditions de la Sorbonne, 2018). Il est également directeur des Éditions de l’EHESS et vice-président de la Fondation des sciences du patrimoine.

    • Laurent Feller

      Professeur d’histoire du Moyen Âge à l’université Paris 1 Panthéon-Sorbonne. Il s’intéresse à l’histoire économique et aux rapports entre celle-ci et la culture de l’écrit. Il a récemment codirigé la publication de Expertise et valeur des choses au Moyen Âge (2). Savoirs, écritures, pratiques (avec A. Rodriguez [éd.], Madrid, Collection de la Casa de Velazquez, no 156, 2016).

    • Madeleine Jeay

      Professeur émérite de littérature médiévale à McMaster University (Hamilton, Ontario, Canada). Un de ses sujets de recherche de prédilection porte sur la pratique de la liste dans les œuvres littéraires médiévales, sujet sur lequel elle a publié plusieurs articles et un essai paru en 2006, Le commerce des mots. L’usage des listes dans la littérature médiévale (xiie-xve siècles). Ce travail sur les listes l’a conduite à s’intéresser à l’onomastique littéraire dans son plus récent ouvrage, Poétique de la nomination dans la lyrique médiévale. « Mult volentiers me numerai » (Paris, Garnier classique, 2015).

    • Giuliano Milani

      Professeur d’histoire médiévale à Paris Est Marne-la-Vallée. Il s’intéresse à l’histoire des communes italiennes du xiie jusqu’au xive siècle, à l’utilisation pratique des écritures et des images et à la vie de Dante Alighieri. Il a écrit L’esclusione dal comune (Rome, 2003), I comuni italiani (Rome/Bari, 2005) ; Bologna (Spolète, 2012) ; L’uomo con la borsa al collo (Rome, 2017).

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    1 C. Angotti, P. Chastang, V. Debiais, L. Kendrick (dir.), Le pouvoir des listes au Moyen Âge, vol. 1, Écritures de la liste, Paris, Éditions de la Sorbonne, 2019.

    2 La critique du partage entre humains et non-humains est une thématique centrale du travail de Bruno Latour, dont le noyau théorique est tout d’abord lié à ses propositions dans le domaine de la sociologie des sciences et des techniques (voir B. Latour, Science in Action, Milton Keynes, Open University Press, 1987 et Id., « Le grand partage », La revue du MAUSS, 1, 1988, p. 27-84), avant d’être repris dans la perspective plus large d’une réflexion sur les rapports entre les sociétés et l’environnement (B. Latour, Enquête sur les modes d’existence. Une anthropologie des modernes, Paris, La Découverte, 2012). Pour une réflexion collective autour de ces notions, voir S. Houdard, O. Thiery (dir.), Humains, non-humains. Comment repeupler les sciences sociales, Paris, La Découverte, 2011.

    3 Nathalie Heinich, « Les objets-personnes. Fétiches, reliques et œuvres d’art », Sociologie de l’art, 6, 1993, p. 25-55. P. Descola, Par-delà nature et culture, Paris, Gallimard, 2005.

    4 G. Bresc Bautier, H. Bresc, Une maison de mots. Inventaires de maisons, de boutiques, d’ateliers et de châteaux de Sicile (xiiie-xve siècle), Palerme, Mediterranea, 2014, t. 1, p. 9-35 (http://www.storiamediterranea.it/portfolio/une-maison-de-mots-inventaires-de-maisons-de-boutiques-datelierset-de-chateaux-de-sicile-xiiie-xve-siecles/ ; consulté le 31/3/2018).

    5 J.-M. Pesez (dir.), Brucato. Histoire et archéologie d’un habitat médiéval en Sicile, Rome, Publications de l’École française de Rome (Collection de l’École française de Rome, 78), 1984.

    6 J. Assman, La mémoire culturelle. Écriture, souvenir et imaginaire politique dans les civilisations antiques, Paris, Aubier, 2010.

    7 P. Büttgen, « Théologie politique et pouvoir pastoral », Annales. Histoire, sciences sociales, 62 2007, p. 1129-1154, ici p. 1132 (https://www.cairn.info/revue-annales-2007-5-page-1129.htm). La référence est à M. Foucault, Sécurité, territoire, population. Cours au Collège de France (1977- 1978), Paris, Gallimard, 2004.

    8 Anita Guerreau-Jalabert, « Occident médiéval et pensée analogique : le sens de spiritus et caro », dans Jean-Philippe Genet (dir.), La légitimité implicite, Paris/Rome, Publications de la Sorbonne/École française de Rome, 2015, p. 457-476.

    9 J. Baschet, Corps et âmes. Une histoire de la personne au Moyen Âge, Paris, Flammarion, 2017, p. 7.

    10 Ibid.

    11 Y. Thomas, « Le sujet de droit, la personne et la nature. Sur la critique contemporaine du sujet de droit », Le Débat, 100, mai-août 1998, p. 85-107.

    12 J. Goody, La raison graphique. La domestication de la pensée sauvage, Paris, Éditions de Minuit, 1979 [1977].

    13 A. Appadurai, The Social Life of Things. Commodities in Cultural Perspective, Cambridge, Cambridge University Press, 1986. Repris dans A. Appadurai, Condition de l’homme global, Paris, Payot, 2013.

    14 Jacques Roubaud, L’art de la liste/Die Kunst der Liste, Paris/Tübingen, Conférences du Divan, Isele, 1998 ; Umberto Eco, Vertige de la liste, Paris, Flammarion, 2009.

    15 P. Descola, Par-delà nature et culture, op. cit.

    16 Sur l’affinité entre le travail anthropologique de Philippe Descola et l’interprétation des sociétés européennes médiévales, voir par exemple F. Coste, « Philippe Descola en Brocéliande », Faire de l’anthropologie historique du Moyen Âge. L’atelier du Centre de recherches historiques, 6, 2010 (https://journals.openedition.org/acrh/1969).

    17 M. Clanchy, From Memory to Written Record. England, 1066-1307, Londres, E. Arnold, 1979.

    18 D. L. Smail, Legal Plunder. Households and Debt Collection ih Late Medieval Europ, Harvard, Harvard University Press, 2016.

    19 L. Boltanski, A. Esquerre, Enrichissement. Une critique de la marchandise, Paris, Gallimard, 2017.

    20 M. Vallerani (dir.), Valore delle cose e valore delle persone. Dall’Antichità all’Età moderna, Rome, Viella, 2018.

    21 On peut songer par exemple au travail mené à partir des hypothèses de Michel Foucault par Giorgio Agamben, Qu’est-ce qu’un dispositif ?, Paris, Rivages, 2014, qui définit ainsi le dispositif : « tout ce qui a, d’une manière ou d’une autre, la capacité de capturer, d’orienter, de déterminer, d’intercepter, de modeler, de contrôler et d’assurer les gestes, les conduites, les opinions et les discours des êtres vivants », songeant lui-même plutôt à la place de la technique dans les sociétés contemporaines, ce qui n’empêche pas de réfléchir aux pratiques d’écriture médiévale en tant que système technique.

    22 A. Gell, L’art et ses agents. Une théorie anthropologique, Dijon, Presses du Réel, 1997.

    * Les réunions de travail qui ont préparé cette publication ont été tenues en juin et octobre 2016 à Rome, dans les locaux de l’École française de Rome, puis à Montigny-le-Bretonneux aux Archives départementales des Yvelines, dans le cadre du programme de recherche « Le pouvoir des listes au Moyen Âge » (Polima), financé par l’Agence nationale de la recherche et porté par Pierre Chastang. C’est un agréable devoir que de remercier ici les directrices de ces institutions, Mme Catherine Virlouvet pour l’EfR et Mme Christine Martinez pour les Archives départementales, pour la qualité de leur accueil. Nous n’avons garde d’oublier, dans ces remerciements, M. Stéphane Gioanni, alors directeur des études médiévales à l’EfR, qui a grandement facilité notre travail d’organisation, son assistante Mme Grazia Perrino dont l’efficacité dans la résolution des problèmes matériels est au-delà de l’éloge ainsi que les équipes des Archives départementales et du laboratoire DYPAC de l’université de Versailles Saint-Quentin-en-Yvelines.

    Le pouvoir des listes au Moyen Âge - II

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    Le pouvoir des listes au Moyen Âge - II

    Ce livre est cité par

    • (2020) Livres reçus. Annales. Histoire, Sciences Sociales, 75. DOI: 10.1017/ahss.2021.48
    • Carreto, Carlos F. Clamote. (2023) Arrêt sur image. Carnets, Deuxième série - 25. DOI: 10.4000/carnets.14626
    • Weber, Maria. (2025) Alltagsökonomien. Zeitschrift für Historische Forschung, 52. DOI: 10.3790/zhf.2025.414223
    • Petrowiste, Judicaël. (2024) Datini Studies in Economic History Mezzi di scambio non monetari. Merci e servizi come monete alternative nelle economie dei secoli XIII-XVIII / Alternative currencies. Commodities and services as exchange currencies in the monetarized economies of the 13th to 18th centuries. DOI: 10.36253/979-12-215-0347-0.25

    Ce chapitre est cité par

    • Courroux, Pierre. (2026) The Manuscript Tradition of the Dit des Roys. Romanic Review, 117. DOI: 10.1215/00358118-12301541

    Le pouvoir des listes au Moyen Âge - II

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    Anheim, Étienne, Feller, L., Jeay, M., & Milani, G. (2020). Listes d’objets et de personnes. In Étienne Anheim, L. Feller, M. Jeay, & G. Milani (éds.), Le pouvoir des listes au Moyen Âge - II. Paris: Éditions de la Sorbonne. https://doi.org/10.4000/books.psorbonne.88505
    Anheim, Étienne, Laurent Feller, Madeleine Jeay, et Giuliano Milani. « Listes d’objets et de personnes ». In Le pouvoir des listes au Moyen Âge - II, édité par Étienne Anheim, Laurent Feller, Madeleine Jeay, et Giuliano Milani. Paris: Éditions de la Sorbonne, 2020. doi:10.4000/books.psorbonne.88505.
    Anheim, Étienne, et al. « Listes d’objets et de personnes ». Le pouvoir des listes au Moyen Âge - II, édité par Étienne Anheim et al., Éditions de la Sorbonne, 2020, https://doi.org/10.4000/books.psorbonne.88505.

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    Anheim, Étienne, Feller, L., Jeay, M., & Milani, G. (éds.). (2020). Le pouvoir des listes au Moyen Âge - II. Paris: Éditions de la Sorbonne. https://doi.org/10.4000/books.psorbonne.88475
    Anheim, Étienne, Laurent Feller, Madeleine Jeay, et Giuliano Milani, éd. Le pouvoir des listes au Moyen Âge - II. Paris: Éditions de la Sorbonne, 2020. doi:10.4000/books.psorbonne.88475.
    Anheim, Étienne, et al., éditeurs. Le pouvoir des listes au Moyen Âge - II. Éditions de la Sorbonne, 2020, https://doi.org/10.4000/books.psorbonne.88475.
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