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    Plan détaillé Texte intégral Observations générales Parler parenté : l’apport de l’anthropologie Les dictionnaires des langues médiévales : analyse de quelques exemples Considérations de méthode Notes de bas de page Auteur

    Langue et histoire

    Ce livre est recensé par

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    Table des matières

    Lexicographie et sémantique des langues anciennes

    L’exemple de la terminologie de parenté médiévale

    Anita Guerreau-Jalabert

    p. 201-219

    Texte intégral Observations générales Parler parenté : l’apport de l’anthropologie Les dictionnaires des langues médiévales : analyse de quelques exemples Adoptio Cognatio et consanguinitas Lignage Considérations de méthode Du mot au réseau Perspectives méthodologiques Notes de bas de page Auteur

    Texte intégral

    1Aborder la question des rapports entre langue et histoire par l’examen des dictionnaires linguistiques pourrait aisément apparaître comme une voie tellement classique que son intérêt serait limité. Comme chacun sait, les historiens des sociétés anciennes travaillent sur des textes rédigés dans des langues qui ne sont plus en usage1. Depuis plus d’un siècle, et parallèlement à l’effort d’édition de documents, on a entrepris la rédaction d’instruments qui visent précisément à élucider, mot par mot, le contenu sémantique du lexique constitué par les ensembles textuels qui nous ont été conservés dans telle ou telle langue. Rien de moins mystérieux, en apparence, que l’élaboration et l’utilisation de ces ouvrages : produits par des spécialistes, ils fournissent les traductions nécessaires à la compréhension des documents anciens. Or mon expérience personnelle en lexicographie médio-latine m’a convaincue à la fois de la complexité des problèmes posés par le travail lexicographique et de l’étonnante naïveté avec laquelle les historiens considèrent trop souvent ces outils, dont les richesses n’ont d’égales que les faiblesses. Alors qu’elle est rarement abordée, sinon dans les cercles restreints de lexicographes et de philologues2, l’interrogation sur les dictionnaires porte aussi sur les principes généraux de l’érudition historienne héritée du xixe siècle et sur les modalités du rapport aux textes et aux langues que partagent les historiens et les philologues.

    2Jean-Philippe Genet m’a suggéré un point d’observation précis, celui du traitement des terminologies de parenté dans les dictionnaires des langues médiévales. Même s’il s’agit d’un exemple limité en soi et que je n’examinerai que de manière très partielle, il permettra d’illustrer les caractères de la lexicographie traditionnelle et d’évoquer brièvement les pistes d’évolution méthodologique qu’ouvre notamment le contexte totalement nouveau des technologies numériques.

    Observations générales

    3S’agissant du champ retenu, les questions de vocabulaire se situent sur trois plans :

    • l’identification et l’analyse d’un réseau lexical qui constitue une terminologie indigène, soit l’ensemble des vocables utilisés dans une langue donnée pour désigner ceux que l’on considère comme des parents et pour s’adresser à eux ;
    • le choix d’un ensemble de notions qui en rendent compte de manière à peu près univoque, en d’autres termes une terminologie scientifique ;
    • la traduction de ces opérations dans un certain type d’instruments de travail, les dictionnaires.

    4Ces questions mènent obligatoirement à la comparaison entre deux approches méthodologiques différentes en matière d’analyse de vocabulaire, celle de la sémantique historique et celle de la lexicographie. Elles font aussi apparaître que la lexicographie des langues anciennes met enjeu non pas deux disciplines, mais davantage : la linguistique, la philologie, l’histoire ; à quoi il convient d’ajouter au minimum l’anthropologie, dont l’usage s’impose pour l’étude de la parenté, mais dont les méthodes présentent, d’une manière plus générale, le plus grand intérêt pour les historiens, notamment pour ceux qui travaillent sur les sociétés anciennes.

    5Pour des raisons diverses, la situation actuelle n’est guère satisfaisante. Le cloisonnement des disciplines, qui est aussi un cloisonnement des formations et des pratiques scientifiques, joue ici un rôle majeur. Ainsi, les lexicographes sont assez ordinairement des philologues ; s’ils se situent bien dans une perspective historique, ils se définissent le plus souvent comme des historiens des mots, non des sociétés. Ils ne sont pas non plus très enclins aux approches structurales de la linguistique. La pratique lexicographique traditionnelle confère tendanciellement un poids prépondérant à l’établissement de distinctions ; les vocables sont abordés indépendamment les uns des autres, dans l’ordre alphabétique, et l’objectif est de déceler les différentes valeurs sémantiques d’un même mot. La lexicographie procède donc plus par découpage que par mise en relation des vocables et des valeurs sémantiques. De leur côté, les linguistes, qui ont développé, dans le courant du xxe siècle, des principes d’analyse structurale fondés précisément sur l’idée que les objets n’ont de sens que dans des systèmes de relations, sont rétifs à la fois à l’approche historique et à l’approche sociologique. La sociolinguistique ne me paraît pas occuper la place qu’elle mérite dans ce champ disciplinaire et la sémantique semble en panne depuis assez longtemps3.

    6Proches en ceci des philologues, les historiens des sociétés occidentales anciennes vivent encore assez largement sur un héritage méthodologique et notionnel datant du xixe siècle, et, comme le note Jean-Philippe Genet, ils ne montrent guère d’intérêt pour la réflexion conceptuelle, contrairement à ce qui se passe dans d’autres sciences sociales, où la discussion sur les concepts et la réflexion abstraite sur les objets et les méthodes sont constamment pratiqués. Tout en récusant l’anachronisme avec vigueur, les historiens y succombent souvent en toute bonne foi. Certes le « décentrement » anthropologique est plus aisé à réaliser face à des sociétés aussi clairement différentes des nôtres que le sont celles sur lesquelles travaillent traditionnellement les anthropologues, ou les historiens des sociétés non européennes. Il reste que l’effort d’une « mise à distance » paraît indispensable si l’on veut échapper à la trompeuse impression de familiarité qui s’impose à nous par toutes sortes de voies, à commencer par celle de la tradition disciplinaire. Ainsi, il existe au total peu d’études sur la parenté dans les sociétés européennes anciennes ; ce désintérêt peut être au moins en partie attribué au fait qu’il s’agit d’une forme de relations sociales secondaires dans notre propre société. De plus, quand elles sont abordées, ces questions le sont trop souvent à partir de nos propres conceptions et de notre propre système de représentation ; ainsi, pour la période médiévale, on élimine l’examen de la parenté divine, même lorsque l’on étudie la parenté baptismale, parce qu’elle relèverait de la religion, alors qu’il s’agit d’un élément central de la théorisation de la parenté dans cette société4.

    7On ne peut certes ignorer les efforts faits par certains historiens, depuis les années 1970, pour promouvoir une approche plus anthropologique des sociétés européennes anciennes. Toutefois, les liens entre les disciplines restent ténus, notamment dans le domaine de la formation des jeunes chercheurs, et le dialogue est de toute façon difficile : l’histoire et l’anthropologie reposent sur des visées souvent antithétiques et des méthodes profondément différentes. Il ne s’agit pas, pour les historiens, de renoncer aux leurs, mais de se saisir, de manière critique, de ce qui pourrait les enrichir : l’effort de conceptualisation et de construction d’outils descriptifs et analytiques appropriés, la prise en compte des notions de structures et de systèmes sociaux5.

    8Au terme de ces observations préalables, je souhaiterais insister sur leur valeur générale. L’exemple des terminologies de parenté pourrait en effet, mais à tort, être considéré comme un cas particulier, relevant en quelque sorte d’un vocabulaire « technique « Justifiant une approche elle aussi « technique ». Si l’on y regarde de près, tous les vocabulaires sont susceptibles d’être classés dans un registre spécifique. De plus, avec celui de la parenté, on a affaire à un système de relations sociales qui jouent un rôle important, sinon central dans la société médiévale comme dans beaucoup d’autres ; si spécificité il y a, elle ne porte en aucun cas sur un domaine lexical mineur ou latéral. Une longue pratique de la lexicographie m’a montré qu’il n’existe pas de registre lexical transparent ; c’est la totalité des langues médiévales qui nous pose de redoutables problèmes d’interprétation sémantique, et en particulier les vocables les plus courants, les plus ordinaires, les plus familiers par leur insertion dans une chaîne de longue durée qui court, en apparence sans rupture, du latin classique aux langues actuelles. Or c’est bien à cette catégorie qu’appartient la terminologie de parenté.

    Parler parenté : l’apport de l’anthropologie

    9Analyser un système de parenté, c’est identifier un ensemble structuré de relations sociales, observer sa configuration et son rôle dans une société donnée. Si l’on peut admettre qu’il y a de la parenté dans toute société, les caractères que l’on vient d’évoquer varient, et parfois très profondément, d’un groupe humain à l’autre, cette constatation étant du reste à l’origine des premiers développements de l’anthropologie au xixe siècle. L’expérience de notre propre système ne nous qualifie nullement pour comprendre ce qu’est la parenté dans les sociétés européennes anciennes et nous ne pouvons préjuger ni de ses contours, ni de son organisation, ni de sa place dans le dispositif des rapports sociaux, même si ce système est incontestablement plus proche du nôtre que d’autres, observables en Afrique ou chez les Amérindiens.

    10Pour la société médiévale, le travail de repérage et d’identification des seuls éléments de terminologie n’est pas très aisé : il existe une masse importante de vocables, attestés dans des langues diverses – latines et vernaculaires – et qui ont connu, sur plus d’un millénaire, des évolutions de sens. L’historien fait face, en fait, à une double tâche, puisqu’il doit se donner les moyens de déchiffrer l’organisation de la terminologie médiévale à la fois par rapport à la nôtre et par rapport à celle de la période romaine (elle-même en évolution), en raison de la persistance de l’usage du latin tout au long des temps médiévaux. On se retrouve là dans le cas ordinaire, évoqué plus haut ; il existe incontestablement des continuités formelles du vocabulaire entre le latin classique et les langues actuelles, continuités dans lesquelles s’insèrent souvent les langues romanes médiévales (et la situation n’est pas foncièrement différente avec les autres langues médiévales, dont les liens formels avec les langues contemporaines sont évidents). Mais ces permanences apparentes recouvrent des réorganisations sémantiques importantes, liées à l’évolution de certains vocables, à la création de néologismes, le tout correspondant bien entendu à une transformation des structures sociales. Il s’agit donc de systèmes de signification évoluant lentement mais sûrement, ce qui impose une approche à la fois synchronique et diachronique.

    11Comme on l’a rappelé plus haut, l’anthropologie s’est bâtie d’abord sur l’observation des systèmes de parenté et des terminologies ; elle est née notamment de la constatation que la manière de désigner les divers parents, au sein des populations amérindiennes, différait profondément de celle que connaissaient les langues européennes. Ce domaine est longtemps resté au cœur de la discipline, et il y est encore important, malgré un reflux dans les toutes dernières décennies6.

    12L’anthropologie a progressivement élaboré des outils d’analyse, des notions, des méthodes que les historiens ont tout intérêt à utiliser, en raison de leur incontestable efficacité et parce qu’elles permettent, en fournissant un langage commun, de procéder plus aisément à d’utiles comparaisons7. Toutefois, et c’est un point essentiel, l’emprunt ne dispense ni d’adaptations ni d’une réflexion méticuleuse. En effet, le système médiéval présente des caractères propres dont il convient de tenir compte – c’est le cas, par exemple, de la parenté baptismale, déjà citée, qui peut certes être rangée dans le cadre des parentés rituelles, mais avec des propriétés spécifiques. D’autre part, la terminologie anthropologique n’est pas toujours aussi univoque que pourrait l’être un langage mathématique ; on y relève des synonymes et le passage d’une langue à l’autre ne va pas sans difficultés. Les écarts entre les deux grandes langues de l’anthropologie, l’anglais et le français, ont déjà été commentés8. Néanmoins, dans chacune des langues, il existe un corps de termes dont la définition est claire pour tous et qui constituent, pour cette raison, de bons instruments de description scientifique.

    13La terminologie anthropologique de parenté s’est construite en empruntant des vocables essentiellement aux langues européennes, soit le latin, classique ou médiéval, soit les langues contemporaines elles-mêmes issues des langues vernaculaires médiévales. Ces termes ont fait l’objet d’une réinterprétation par les anthropologues, mais dans le cadre de représentations et d’une vision historique de la parenté qui étaient, pour une bonne part, celles du xixe siècle. Il y aurait une enquête intéressante à faire sur les conditions d’élaboration de cette terminologie. Une partie de ses composantes véhicule, sous des termes anciens, des conceptions postérieures à la période antique ou médiévale, sinon même aux temps modernes. Les nombreux recoupements entre notions scientifiques et notions indigènes créent de fâcheuses ambiguïtés et sont source de contresens. Pour être fructueuse, l’utilisation des concepts de l’anthropologie exige donc, ici comme ailleurs, de la part de l’historien, la mise en œuvre d’une analyse critique. On illustrera ce propos par deux exemples.

    14La consanguinité (en anglais consanguinity) désigne, pour les anthropologues, la relation qui unit des individus ayant au moins un ancêtre commun – par opposition à l’alliance ou affinité (affmity), relation née du mariage. Le terme est étymologiquement emprunté au latin classique, où il s’inscrit dans un usage métaphorique du sang pour parler de parenté. Consanguinitas et l’adjectif consanguineus subsistent en latin médiéval, avec des fréquences probablement plus élevées que dans la langue classique. Pour nous, consanguinité véhicule comme une évidence la notion de « sang » en tant que support symbolique d’un type de relation – ce que nous appelons aussi communément la parenté par le sang, les liens du sang. Toutefois, une étude précise des données lexicales montre que, dans le vocabulaire médiéval, ce support symbolique est non seulement très atténué, mais clairement aboli dans les langues vernaculaires, au profit d’une autre substance, la chair9. La référence au sang a connu une amorce de réutilisation à la fin du Moyen Âge, avant de se développer à l’époque moderne ; elle apparaît donc comme une évidence lorsque se crée la terminologie anthropologique à la fin du xixe siècle. Ainsi, la langue commune et la langue savante semblent fonder l’idée d’une permanence de la référence au sang dans les représentations occidentales de la parenté depuis l’Antiquité, alors qu’elle est au mieux totalement secondaire dans les conceptions médiévales. Et c’est probablement la prégnance de cette représentation implicite qui incite certains anthropologues français à préférer la notion de filiation, à leurs yeux moins chargée de connotations biologiques10.

    15Le lignage est, pour les anthropologues, un groupe de parenté discret, exogame et fondé sur un principe d’unifiliation, c’est-à-dire sur la reconnaissance exclusive de la filiation (et de ce qu’elle véhicule) soit en ligne masculine, soit en ligne féminine. Or ce terme, transposé dans l’anglais lineage, est une création de la langue d’oïl, où le suffixe -age a valeur collective, celle que l’on trouve par exemple dans les mots barnage ou parage. Le lignage médiéval renvoie à l’ensemble des « lignes » ou « lignées » (de parenté) à la confluence desquelles se trouve tout individu (ego), sans distinction entre les relations passant par le père et par la mère, par les hommes ou par les femmes ; ce principe de reconnaissance de la filiation ne peut fonder des groupes discrets et exogames. Le lignage des anthropologues n’a donc rien à voir avec le lignage médiéval. En revanche, ce que ce dernier désigne correspond à ce que les anthropologues ont fini par dénommer parentèle, soit l’ensemble des parents qu’un individu reconnaît pour tels, le lien étant perçu en termes de distance généalogique dans des limites souvent fixées par un comput de degrés, qui vaut notamment pour les prohibitions matrimoniales et pour les règles d’héritage11. Le terme français remonte à un néologisme latin, parentela, attesté à partir du ive siècle. Il désigne un ensemble que l’ancien fiançais rend notamment par parenté ou parentage12.

    16On le voit, la situation est complexe et prête à de multiples confusions qui n’ont été évitées ni par les anthropologues ni par les historiens. L’analyse des terminologies médiévales doit reposer d’abord sur l’examen du réseau des différents termes repérables, comportant parfois des quasi-équivalents. Il est également essentiel, et c’est une règle générale, de tenir compte, lorsque l’on travaille sur le latin, des données des langues vernaculaires13. Enfin, l’analyse terminologique ne peut s’abstraire de l’observation du fonctionnement des divers types de relations ; c’est cette observation, et non la seule reconstruction étymologique, qui permet de voir dans le lignage médiéval une parentèle et non un groupe unilinéaire. Il reste bien entendu à retranscrire cela dans une terminologie scientifique. C’est ce que devraient donner à voir les articles de dictionnaires.

    Les dictionnaires des langues médiévales : analyse de quelques exemples

    17Le traitement de la terminologie de parenté apparaît très insuffisant dans l’ensemble des dictionnaires, parfois même incohérent. Les causes en sont à chercher en partie dans les conditions pratiques de rédaction. Les rédacteurs ne sont pas systématiquement spécialistes des notions qu’ils traitent, alors qu’un article de dictionnaire résulte d’une série complexe d’analyses préalables : une bonne notice suppose que soit élucidée la structure sociale, pratique et idéelle dans laquelle tel ou tel vocable est attesté. Or, dans le cas qui nous occupe, mais c’est un phénomène ordinaire, les spécialistes potentiels sont défaillants : les études sur les terminologies médiévales de parenté sont rares, et celles qui existent sont souvent l’œuvre de philologues. C’est seulement à une date récente que quelques analyses ponctuelles, sur des corpus limités, ont été produites par des historiens, s’inspirant des notions anthropologiques, malheureusement assez souvent mal maîtrisées. On ne saurait donc raisonnablement reprocher aux lexicographes leurs approximations. Mais on se trouve dans un cercle vicieux : les dictionnaires fournissent des notices dans lesquelles les historiens vont aller puiser en toute bonne foi de quoi renforcer leurs propres erreurs.

    18On doit aussi s’arrêter sur le rôle des principes de rédaction des dictionnaires. Outre la tendance à la dissociation sinon même à l’atomisation des valeurs sémantiques, déjà signalée, il convient de relever que les dictionnaires de langues anciennes reposent sur les notions soit de traduction, soit d’équivalence, certains ouvrages utilisant les deux procédés. La traduction suppose que l’on trouve un équivalent exact dans les langues actuelles, et la seule solution au problème est précisément le recours aux concepts anthropologiques. Quant à l’équivalence synonymique à l’intérieur de la langue traitée, qui est pratiquée par certains, elle est encore plus risquée si l’ensemble de la structure de sens du réseau lexical n’a pas été déjà traitée. De plus, dans le cas du Mittellateinisches Wörterbuch, on en arrive à gloser le latin médiéval par le latin classique, alors même que la transformation du système de parenté a produit une importante évolution terminologique, dont il s’agit précisément de rendre compte14. On examinera de plus près quelques exemples, que l’on a choisis parmi les termes génériques désignant les relations et les groupes de parenté.

    Adoptio

    19Le terme adoptio recouvre à Rome, donc en latin classique, une pratique codifiée de transfert d’enfant15, qui a été lentement réintroduite dans les législations européennes au xixe siècle. Dans la période intermédiaire, le mot survit dans les textes latins, dans trois cas de figure. Dans des textes juridiques, notamment dans des commentaires de textes antiques, on reprend simplement les définitions romaines, revues et corrigées du reste dans leur contenu déjà par le Code de Justinien ; on commente des textes, plus ou moins habilement (et, évidemment, sans perspective philologique, au sens où nous l’entendons), on ne décrit pas une pratique réelle16. Ou bien on désigne par adoptio une autre forme de transfert d’enfant, que l’usage anthropologique appelle fosterage ; sinon même, parfois, au haut Moyen Âge, le parrainage, relation qui n’a rien à voir, puisqu’elle ne comporte pas de transfert d’enfant. Enfin, l’un des usages les plus fréquents du terme correspond à la définition d’une relation entre le chrétien et Dieu, ce qui implique un emprunt à la terminologie romaine, mais, c’est une évidence, une complète transformation du contenu de la notion.

    20Le Mittellateinisches Wörterbuch donne les indications suivantes :

    21Pour adoptio : ftlii alieni assumptio. Annahme an Kindes statt, Adoption. Avec mention de deux situations particulières : de papa regem adoptante ; de paternitate sponsorum baptismatis.

    22Pour adoptivus : arrogando, infamiliam assumptus ; adoptiert. Avec les mentions particulières : de duce a papa adoptato ; et usu laxiore : de alumnis ; sponsoris filius, Patenkind.

    23La traduction en allemand (Adoption) constitue une erreur d’ordre général ; il ne s’agit pas d’adoption, comme le montrent du reste les mentions de l’adoptio d’un roi par le pape et du lien baptismal. Les équivalents latins sont également inexacts : l’arrogatio n’est pas l’adoptio, à Rome, il s’agit de deux procédures distinctes. Quant à la relation d’alumnus, elle relève à Rome d’un registre non juridique et informel, celui du fosterage, précisément tout autre que celui de l’adoptio ; le rédacteur, qui avait là sans doute le meilleur équivalent pour l’adoptio médiéval, ne le considère que comme un usage dérivé.

    24Le dictionnaire britannique fait le choix des traductions en anglais17 :

    • pour adoptio : adoption a. (as heir) ; b (as godson) ;
    • pour adoptivus : adoptive a (of heir) ; b (of godchild)18. Comme substantif : adoptive son.

    25L’idée d’« adoption comme héritier » est intéressante parce qu’effectivement une des pratiques que recouvre l’adoptio au Moyen Âge (puis dans les langues vernaculaires, à l’époque moderne). C’est l’institution d’héritier. Cet usage, qui n’est pas attesté avant Justinien, marque une forte évolution de la notion romaine. Mais il ne s’agit pas du sens actuel d’adoption. Il est notable que l’anglais possède précisément un terme adapté, avec fosterage, et que l’auteur des notices ne l’a pas utilisé.

    26La difficulté illustrée ici est double : dans les langues communes actuelles, il n’existe pas d’équivalent lexical au mot latin médiéval parce que les pratiques sociales ont été réorganisées. Or si les lexicographes se sont posé des questions, ils ne pouvaient trouver que des réponses inexactes dans la littérature : des juristes, tel Roger Aubenas, régulièrement cité comme référence, et des historiens semblent bien croire à l’existence de l’adoption, au moins à la fin du Moyen Âge19.

    27On s’arrêtera sur trois autres cas, qui correspondent à des vocables parmi les plus fréquents : cognatio, consanguinitas, lignage.

    Cognatio et consanguinitas

    28En latin classique, cognatio désigne la relation de consanguinité et l’ensemble des parents reconnus en ligne masculine et féminine. La cognatio se distingue de l’agnatio, définie à la fois par une relation en ligne masculine et par la patria potestas. C’est une notion complexe, et différente de ce que les anthropologues entendent par agnatique du fait de l’intrusion de la notion juridique de la patria postestas20.

    29En latin médiéval, cognatio désigne aussi une relation et un groupe. En ce second sens, elle semble avoir un usage plus fréquent que dans la langue classique. Elle s’étend potentiellement aux alliés, et surtout recouvre une catégorie nouvelle, celle des parents spirituels, englobés dans la catégorie de la cognatio spiritualis, qui s’oppose à la ognatio carnalis, réunissant consanguins et alliés. L’interprétation générale du terme n’est guère douteuse : il désigne une relation cognatique et une parentèle.

    30Le Mittellateimsches Wörterbuch a bien identifié les deux usages, relation et groupe. Il donne comme équivalent propinquitas (terme plus imprécis que cognatio, mais retenu aussi par le Thésaurus Linguae Latinae) et comme traduction Verwandschaft. Toutefois, dans le détail, l’article révèle de sérieuses faiblesses.

    31Pour la relation, le dictionnaire, suivant la grille qu’il applique à la plupart des articles, identifie un premier registre défini comme strictius et glosé : i.q. affinitas ; Verschwägerung (opp. agnatio). Les exemples et la traduction en allemand montrent qu’on entend ici affinitas dans un sens précis, c’est-à-dire comme lien né de l’alliance de mariage21. En réalité, même si cognatus/a renvoie à des alliés (beau-frère, belle-sœur) de manière suffisamment courante pour que l’on en trouve traces dans certaines langues vernaculaires (cognato en italien, par exemple), cognatio correspond à un lien de parenté large, englobant consanguins et alliés, mais non à la seule affinité. Le second registre, défini comme latius, alors qu’il s’agit de son sens propre, est glosé : de consanguinitate, necessitudine. On y distingue sans raison claire des usages juridiques (héritage, mariage), dans lesquels on introduit l’adoption et la parenté baptismale (cognatio spiritualis). Cette dernière notion déborde la seule parenté baptismale, et il aurait fallu lui concéder une place essentielle, puisque c’est un élément structurant dans les représentations et les pratiques médiévales, qui aurait pu être utilisé comme tel pour organiser la présentation. Cette partie de la notice est donc totalement confuse.

    32Pour la valeur de groupe, les équivalents latins et allemands sont accumulés : une définition générale, i. q. genus, stirps ; Geschlecht ; puis des « sous-sens » : 1. propinqui, (An)verwandte — ce qui correspond à la glose cunnes (parent), cette partie étant elle-même subdivisée en gens, familia, Sippe, Familie ; et tribus, Stamm ; 2. generatio, Génération ; 3. posteritas, progenies, Nachkommenschaft. En latin comme en allemand, les équivalences posées comme les distinctions sont obscures et discutables. Presque tous les termes utilisés en latin posent de difficiles problèmes de sens – à commencer par celui de gens. Les termes allemands, qui sont du reste attestés dans la langue médiévale avec des valeurs partiellement équivalentes, sont empruntés à un usage commun où ils ne sont pas définis de manière univoque22. Même si l’on pouvait très légitimement envisager de montrer que, dans un système de parentèle, par définition englobant, le locuteur, en tel ou tel contexte, choisit une fraction de l’ensemble (par exemple, les ancêtres, ou les descendants, ou les consanguins, ou une partie des consanguins, des alliés et des parents spirituels), le parti retenu par le rédacteur du dictionnaire n’en rend pas compte de manière claire, sans doute parce qu’il n’a précisément pas identifié la forme à laquelle il avait affaire, une parentèle. On ne voit donc pas très bien comment un utilisateur non averti peut tirer quoi que soit de la plupart des distinctions proposées – à l’exception de Nachkommensaft, qui désigne assez clairement la descendance comme progenies et posteritas. Cette seconde partie de la notice est encore plus confuse que la première. Son rédacteur n’était visiblement pas armé pour la rédiger23.

    33Par comparaison, le dictionnaire britannique est très bon dans ses choix et sa concision : cognatio : a. kinship ; b. kindred.

    34Toutefois, la situation n’est pas stable. Ainsi, pour consanguinitas, le Mittellateinisches Wörterbuch livre une notice assez satisfaisante. Plutôt rare en latin classique, ce terme y désigne une relation de parenté cognatique et constitue un double de cognatio24. Le latin médiéval lui a donné un développement numérique plus important pour parler non plus seulement d’un lien, mais aussi d’un groupe de parenté25. Comme cognatio ou le néologisme parentela, consanguinitas renvoie à l’idée de parentèle. Mais, contrairement à cognatio, il ne joue qu’exceptionnellement dans le registre de la parenté spirituelle26 ; et il est difficile de savoir, en l’état actuel de nos connaissances, s’il englobe des alliés.

    35Le Mittellateinisches Wörterbuch propose deux équivalents latins : cognatio, propinquitas ; et une traduction : Verwandschaft (qui rendent correctement la glose gimahi, citée). Les subdivisions de la notice, qui reconnaît la valeur de relation et celle de groupe, sont fondées sur des contextes d’usage et non sur la distinction de valeurs sémantiques.

    36Le Dictionary of Medieval Latin paraît ici un peu moins efficace que pour cognatio. Si, pour le groupe, il reprend bien la traduction par kindred, pour le lien, il utilise une notion commune, kinship by blood, alors que la terminologie anthropologique aurait dû lui suggérer soit kinship (ce qui avait l’avantage de souligner l’équivalence avec cognatio), soit consanguinity. Ce choix montre que le recours aux notions anthropologiques n’est pas de règle dans ce dictionnaire ; de plus, il traduit la prégnance de la référence au sang dans les conceptions communes occidentales.

    Lignage

    37On a déjà commenté le sens du terme lignage en français médiéval. Le grand dictionnaire de Tobler-Lommatzsch, la référence pour l’ancien français27, propose des traductions : Abstammung, Geschlecht, Familie, Sippe. Il signale aussi le cas particulier des syntagmes humain lignage pour parler de l’humanité, et de lignage, pour parler d’une ascendance élevée (gentiz femmes de lignage). On retrouve une partie des termes commentés plus haut, à propos de cognatio, placés ici sur un pied d’égalité, mais sans plus de pertinence28. Suivant son habitude, cet ouvrage évite l’atomisation des sens, mais on ne peut que noter l’absence de recours à une terminologie anthropologique, qui aurait pu constituer le cadre général et clair.

    38Le dictionnaire de Godefroy29 associe glose et traduction : « L’ensemble des personnes qui appartiennent à la même lignée, parenté, race. » En anthropologie, lignage et lignée ne sont pas équivalents (la lignée est un sous-groupe du lignage)30 ; parenté est ici un terme commun, race un vocable utilisé en français à l’époque moderne, qui a changé de sens ensuite. On ne peut reprocher à cet ouvrage de ne pas utiliser une terminologie anthropologique à un moment où cette dernière est en train de se construire, en langue anglaise. En revanche, on constate la permanence des pratiques lexicographiques.

    39On examinera enfin les données du Dictionnaire du moyen français, en cours de rédaction. L’originalité de ce dictionnaire réside dans son mode d’élaboration et de diffusion : des équipes qui dépouillent des textes de nature différente, une mise en ligne des données sur le site du laboratoire Analyse et traitement informatique de la langue française, avec des outils d’interrogation permettant d’approfondir les recherches, le tout en accès libre et gratuit31. Outre le fait qu’il éclaire de manière précise le français de la fin du Moyen Âge, pour lequel on ne disposait que des informations parcellaires du dictionnaire de Godefroy, l’ouvrage offre aussi un exemple très intéressant d’évolution des pratiques lexicographiques. Mais il a généralement conservé le parti de la traduction. Pour lignage, on trouve, dans les diverses rubriques, à la fois des éléments de définition et des traductions, les unes et les autres en partie fondées sur le dictionnaire de P. Robert32 et en partie sur celui de Godefroy : « Ensemble de personnes issues d’une souche commune, ensemble des membres d’une famille (généralement noble) descendant d’une souche commune, ensemble des personnes qui appartiennent à la même lignée. » Mais aussi : « Famille, parenté, lignée, race, descendance, postérité, lignage. » On ne peut guère être satisfait de ce résultat.

    40On notera, pour terminer, qu’aucun dictionnaire ne signale le fait que lignage désigne, dans la majorité des cas, un groupe, mais aussi, parfois, le lien de parenté, en ancien comme en moyen français.

    41Le traitement des dictionnaires se caractérise donc par un mélange imprévisible de notions anthropologiques et de notions communes, prédominantes. Et, dans certains cas, par une atomisation de valeurs sémantiques rendues par des séries de « traductions » ponctuelles, trop souvent incohérentes, sinon totalement inexactes.

    Considérations de méthode

    Du mot au réseau

    42La lexicographie repose avant tout sur le principe du découpage. Les modalités pratiques de travail des rédacteurs leur permettent difficilement d’échapper au cadre alphabétique et de travailler sur un réseau lexical ; or une terminologie fonctionne comme un système de relations (par équivalence ou distinctions). Les rapports entre les différents termes désignant les relations et les groupes de parenté – affinitas, propinquitas, cognatio, consanguinitas, parentela, proximitas – sont en tout état de cause malaisés à débrouiller33 ; les aborder séparément n’aide pas à trouver des solutions. Le deuxième niveau de découpage est celui des valeurs sémantiques, des « sens » et des « sous-sens » que tout lexicographe consciencieux souhaite identifier pour mieux rendre compte des occurrences qu’il trouve dans ses textes et pour mieux aider ses lecteurs. Mais cette approche, dite sémasiologique, n’a souvent d’autre effet que de relever les actualisations contextuelles d’une valeur sémantique englobante. C’est ce cadre de signification englobant qu’il est important de mettre en évidence pour commencer, alors que, très souvent, le lexicographe tranche brutalement un continuum qui correspond à un phénomène structurel.

    43Ainsi, dans le cas qui nous occupe, ce qui compte pour l’analyse, c’est précisément de repérer une indétermination relative des usages d’une partie des termes. Cette indétermination est assez évidente si l’on examine l’ensemble des données de près et elle se confirme si l’on met en regard les usages latins et les usages vernaculaires. On constate par exemple que les glossaires germaniques rendent les vocables cognatus, consanguineus, propinquus, proximus, affinis par le même terme mâc, terme générique pour désigner un parent. Les rares travaux sur la terminologie de parenté réalisés à partir des textes confirment ce fait34. Il en va de même en français : la traduction du Decretum de Gratien rend par le seul terme lignage le latin consanguinitas (et consanguinei), cognatio, propinquitas, parentela, ce qui confirme l’équivalence sémantique des termes latins entre eux, ainsi que le contenu large et plastique de lignage comme parentèle (et lien de parenté)35. Or ces phénomènes définissent clairement un dispositif terminologique dans lequel les distinctions entre paternels et maternels, entre consanguins et alliés, entre parents « charnels » et parents « spirituels » ne sont pas prioritairement pertinentes, même si on sait bien les distinguer, lorsque cela est nécessaire36.

    44Ce qui correspond à une organisation dans laquelle tout parent connu est un conjoint interdit, par une conception extensive de l’inceste.

    45Il convient, du reste, d’identifier une propriété supplémentaire de cette organisation : l’indistinction entre les registres, différents pour nous comme à Rome, de la parenté et de l’amitié. En latin médiéval, amicus désigne tout autant ce que nous appelons un ami que ce qui est pour nous un parent. Ces usages commencent à être repérables dès le haut Moyen Âge et s’affirment par la suite. Bien entendu, une appréhension fine du phénomène exigerait des analyses précises, susceptibles de déceler des variations d’ordres chronologique et géographique, qui existent sans aucun doute37. L’examen des langues vernaculaires livre un résultat identique : ami, en ancien et moyen français, peut communément désigner un parent. Frund et frundschafft sont aussi des termes de parenté à partir du xiiie siècle, et de manière de plus en plus massive par la suite. L’indistinction est un fait de structure de langue et de conception des relations sociales ; il ne s’agit donc nullement d’une incompétence linguistique que les historiens devraient redresser. C’est d’abord ce phénomène qui doit être relevé.

    46Pour la plupart, les notices de dictionnaire sont construites sur une différenciation des deux valeurs, qui n’est pas illégitime en soi – même si, précisément, elle est souvent difficile à fonder. En outre, elles imposent un classement entre un premier sens, « ami » (implicitement désigné comme un sens premier ?), et un second, « parent ». Or l’historien a ici à réfléchir sur les propriétés d’un rapport social : si on désigne deux catégories de personnes par le même terme, il ne peut pas ne pas y avoir une forme d’imbrication qu’il faut signaler, mesurer et analyser, rien n’étant innocent dans les manières de désigner les individus. La même indécision étant observable dans les termes affnis, propinquus, ou prochain en français, on doit s’interroger sur une structure particulière dans laquelle les termes désignant les parents (consanguins et alliés) ne tracent pas, en toutes circonstances, une délimitation stricte entre le nous et les autres. J’y ai, pour ma part, décelé les effets d’un dispositif pratique et idéel propre au christianisme médiéval, dans lequel les formes canoniques de la parenté sont englobées dans une conception de la société entière comme fraternité spirituelle cimentée par la caritas ; cette dernière unit certes les diverses catégories de parents, mais aussi tous ceux avec lesquels on entretient une relation sociale positive, conforme au modèle divin de l’amour spirituel38. Les amis sont ceux que l’on aime : pour un homme du Moyen Âge, le choix entre parent et ami n’est pas pertinent ab ovo (même si, là encore, on sait parfaitement distinguer les uns des autres dans telle ou telle circonstance pratique) ; et les termes amicus, ami, frund n’ont pas d’équivalent dans les langues contemporaines, ce qui rend vaine toute traduction. Quant au classement opéré par les dictionnaires, il n’a d’autre fondement que nos propres conceptions, appuyées, dans le cas du latin, sur les usages classiques. Mais là encore il faut relativiser les faiblesses des lexicographes ; à date récente, quelques études consacrées, par des historiens, à l’amicitia médiévale semblent procéder aussi à des découpages a priori plus qu’à la reconstruction d’un système de sens39.

    47Il me serait aisé d’illustrer ces observations à partir d’autres expériences. Ainsi, le traitement de la notice pietas ne peut s’appuyer sur la reprise des données valables pour le terme classique : pietas envers les dieux, pietas envers les parents, alors même que, avec le christianisme, s’impose logiquement l’idée d’une pietas de Dieu envers les hommes, source de toute pietas que peuvent exercer ces derniers – sans oublier que le contenu même de cette notion est totalement différent, de l’ordre de l’amour spirituel avec le christianisme, tandis qu’à Rome, il réside plutôt dans le respect du rituel40. Ce qui devrait, du reste, conduire à ne pas rendre le terme classique par piété, notion contemporaine qui enregistre précisément l’évolution introduite par le christianisme. On a pu également constater le consensus des dictionnaires des langues médiévales dans la définition du trésor comme ensemble d’objets précieux à accumuler, à conserver et à cacher, alors que tout indique que le trésor est pensé d’abord, dans les sociétés médiévales, comme lié au don et à la circulation (le trésor caché est l’apanage des personnages mauvais)41.

    Perspectives méthodologiques

    48L’une des difficultés pour le lexicographe réside dans le fait que les données médiévales ne coïncident pas avec les langues actuelles ; certaines réalités n’ont plus d’équivalent pour nous ; dans d’autres cas, les limites des valeurs sémantiques ne passent pas au même endroit et le champ sémantique est organisé de manière tout autre. Au total, c’est le contenu même des notions qui est profondément différent, cependant que l’apparence formelle des mots suggère une continuité.

    49S’agissant du registre de la parenté, le recours au vocabulaire anthropologique, construit pour rendre compte de systèmes terminologiques extraordinairement divers, est indispensable, parce qu’il fournit un outil descriptif de premier niveau. On ne peut toutefois ignorer qu’il s’agit d’un outil grossier, et qu’il faut, dans chaque cas, définir le contenu spécifique que tel ou tel système confère à tel ou tel type de relation, par exemple.

    50Mais encore une fois, le problème est global et les lexicographes ne peuvent raisonnablement escompter expliciter toute la complexité que recèle la constellation des valeurs sémantiques attachées à un vocable, ou plutôt à un réseau lexical, dans le cadre contraignant hérité de la lexicographie du xixe siècle : des découpages, parfois prédéfinis par les notions de sens propre et figuré, ou métonymique ; des traductions. L’exercice récent qu’a dû réaliser l’équipe du Novum Glossarium Mediae Latinitatis sur la série des mots piscaria, piscatio, piscatoria et piscatura a été de ce point de vue éclairante et pénible. On retrouve dans tous ces termes trois ou quatre valeurs principales, le lieu de pêche, le droit de pêche, le produit de la pêche, l’activité de pêche. Ces éléments sont le plus souvent complètement imbriqués : le détenteur du lieu est aussi celui qui détient le droit et le produit, et qui contrôle l’activité. Mais, en même temps, ces éléments peuvent être, idéalement et pratiquement, dissociés en partie, bien que les textes ne permettent souvent pas de voir où et comment. Et de toute façon, c’est le lien qui constitue le contexte de référence dans lequel telle ou telle dissociation s’opère, au coup par coup. Les distinctions que nous avons fait apparaître entre ces différentes valeurs sont largement artificielles. La seule solution raisonnable serait que les dictionnaires de ce type deviennent des ouvrages encyclopédiques rendant compte des données non par des traductions, mais par l’explicitation des structures de sens à partir d’exemples. Un tel commentaire n’interdirait pas de proposer des équivalents, mais sur la base d’analyses définissant un cadre général d’organisation sémantique. Cette méthode aurait d’autant plus d’intérêt que l’on a affaire à des vocables fréquents, et donc complexes. Mais elle suppose aussi d’aborder autrement le travail en amont. En d’autres termes, il s’agirait d’adosser solidement la pratique lexicographique aux méthodes de la sémantique et notamment de travailler sur des réseaux lexicaux de manière à identifier les relations d’écart, de chevauchement, de superposition que permettent d’observer les occurrences contextuelles de divers termes et d’élucider, pour un terme donné, la logique sous-jacente à ses divers usages.

    51Il s’agit là d’une évolution profonde des modes de travail, qui devrait trouver un contexte particulièrement favorable dans le développement des techniques numériques. Ces dernières ont d’ores et déjà changé certaines modalités pratiques de récupération des données lexicales en permettant un accès aux textes complets, incontestablement plus efficace que le passage par les fiches issues des dépouillements manuels, empiriques et biaisés. Toutefois, par leur masse même, ces corpus ne sont aisément utilisables de cette manière que pour les termes rares et c’est en tout état de cause l’usage le plus faible que l’on puisse en faire. L’avenir dépend du développement d’outils d’interrogation nouveaux, pour pouvoir mettre en œuvre des procédures à la fois plus complexes et plus précises d’interrogation des textes : au minimum, l’examen des cooccurrences, la mesure des fréquences, celle des variantes chronologiques, géographiques ou individuelles. Les technologies numériques ont aussi pour effet d’autoriser un travail collectif plus facile entre les équipes et de permettre de s’affranchir au moins temporairement des contraintes de l’ordre alphabétique : on peut parfaitement envisager de publier, puis de compléter et d’enrichir les résultats d’une recherche sur un réseau lexical, plutôt que sur une suite alphabétique de termes.

    52L’entreprise du Dictionnaire du moyen français est, à certains égards, pionnière en ce domaine ; mais la plupart des équipes de lexicographie sont sensibles à ces questions. Au fond, elles partagent leurs incertitudes avec les historiens. L’évolution rapide et profonde du contexte technique, qui donne accès à des masses de données, impose de réfléchir au développement des logiciels nécessaires pour les utiliser. De ce point de vue, et contrairement à ce qu’on avait pu imaginer un temps, les dictionnaires apparaissent toujours comme des ouvrages utiles et même indispensables, car ils continueront, seuls, à fournir des cadres généraux d’accès aux vocabulaires anciens et d’orientation première dans les textes – avec d’autant plus d’efficacité qu’ils seront mieux faits.

    53Toutefois, leur qualité dépendra aussi de l’implication des historiens en ce domaine. On ne peut demander aux lexicographes de proposer des synthèses convenables si les historiens eux-mêmes ne s’engagent pas dans une réflexion sur les principes théoriques et les méthodes pratiques de l’analyse des langues. Comme le suggère Jean-Philippe Genet, les disciplines historiques doivent collectivement affronter une évolution de leurs méthodes, et s’employer notamment à abandonner l’illusion d’une transparence des mots et des formes d’organisation sociale. Ce souci devrait notamment mener à la construction d’une terminologie scientifique qui appartienne certes à la langue naturelle, mais qui, par un effort constant de définition des concepts et des notions, constitue des instruments formalisés de description et d’analyse. De ce point de vue, ce qui a été fait par d’autres sciences sociales, l’anthropologie, la linguistique ou la sociologie, est exemplaire. Que cet effort ait débouché parfois sur des résultats insatisfaisants n’invalide nullement la visée.

    Notes de bas de page

    1 Pour l’Europe occidentale, l’écart perceptible entre langues anciennes et actuelles est important jusqu’au début de l’époque moderne et les efforts lexicographiques ont porté sur cette période longue. Au-delà, la situation est différente. Il existe des dictionnaires à visée scientifique, mais on dispose aussi d’instruments anciens tels que, pour le français, le Dictionnaire universel d’Antoine Furetière ou le Dictionnaire de l’Académie française, dont le statut est complexe. Ils sont à la fois plus proches de la lexicographie récente que les glossaires médiévaux, mais aussi des documents d’« époque », à analyser comme tels. En tout état de cause, les interrogations sémantiques devraient s’imposer à tous les historiens. Comme l’ont montré certains participants à ce colloque, aucun texte, même contemporain, ne nous est transparent pour une analyse scientifique. Je renvoie notamment à la contribution très claire de Damon Mayaffre, dans ce volume. Bien entendu, les méthodes qu’il décrit ne valent pas que pour les textes contemporains.

    2 Voir par exemple F. Du val (dir.), Frédéric Godefroy, Actes du Xe colloque international sur le moyen français, Paris, École des chartes, 2003.

    3 Voir, pour ces deux domaines, B. Bernstein, Langage et classes sociales. Codes sociolinguistiques et contrôle social, Paris, Les Éditions de Minuit, 1971 ; P.P. Gilioli (dir.), Language and Social Context, Londres, Penguin, 1972 ; J. Trier, Der deutsche Wortschatz im Sinnbezirk des Verstandes. Die Geschichte eines sprachlichen Feldes, Heidelberg, 1931.

    4 Sur la parenté baptismale, voir A. Guerreau-Jalabert, « Spiritus et caritas. Le baptême dans la société médiévale », dans F. Héritier et E. Copet-Rougier (dir.), La Parenté spirituelle, Paris, Éditions des archives contemporaines, 1995, p. 133-203. Les anthropologues qui ont travaillé sur ce thème ne se sont généralement guère interrogés sur le soubassement théologique de la parenté baptismale, ou l’ont mal interprété, pour des raisons qu’il serait trop long d’exposer ici. C’est un exemple du fait qu’il ne suffit pas de connaître les travaux des anthropologues, mais qu’il faut aussi repenser leurs notions et leurs méthodes en fonction des systèmes sociaux que l’on étudie. Pour l’analyse de la société chrétienne médiévale, on ne devrait pas oublier que la pensée théologique est le lieu d’élaboration d’une réflexion sur l’ordre social et que les relations – de parenté – entre Dieu, le Christ et la Vierge parlent de l’organisation des rapports sociaux, et notamment des rapports de parenté. Voir également, sur ce point, J. Baschet, Le Sein du père. Abraham et la paternité dans l’Occident médiéval, Paris, Gallimard, 2000.

    5 La difficulté du dialogue était flagrante dans le grand colloque organisé par G. Duby et J. Le Goff précisément à propos de la parenté (Famille et parenté dans l’Occident médiéval, Rome, École française de Rome, 1974). Il n’est, trente ans plus tard, guère plus commode, comme on a pu le constater lors d’une récente rencontre interdisciplinaire autour du don, sujet d’intérêt commun pour les anthropologues, les sociologues et les historiens (E. Magnani [dir.], Don et sciences sociales. Théories et pratique croisées, Dijon, Éditions de l’Université de Dijon, 2007). La perspective historique permet d’observer une circulation complexe des notions utilisées entre histoire, droit et anthropologie depuis le xixe siècle (voir E. Magnani, « Les médiévistes et le don avant et après la théorie maussienne », dans id., op. cit., p. 15-28). Quoique de manière un peu différente, ces phénomènes se retrouvent pour la parenté.

    6 La parenté a fait l’objet récemment en France de deux tentatives de synthèse très ambitieuses, illustrant bien les visées théoriques de l’anthropologie : M. Godelier, Métamorphoses de la parenté, Paris, Fayard, 2004 ; L. Barry, La Parenté, Paris, Gallimard, 2008.

    7 On rappellera que, dans le cours de son développement, l’anthropologie a identifié, dans tout système de parenté, trois éléments nodaux qu’il faut analyser ensemble : la terminologie, la filiation et l’alliance. Les historiens ignorant ce principe, on ne dispose toujours que de très peu d’études sur les terminologies et sur l’alliance. Pour une présentation synthétique sur ces questions, voir P. Bonte et M. Izard (dir.), Dictionnaire de l’ethnologie et de l’anthropologie, Paris, PUF, 1999. Nous renvoyons une fois pour toute à cet ouvrage, dont la consultation permettra d’éclairer une partie de nos propos.

    8 Voir M. Augé (dir.), Les Domaines de la parenté. Filiation, alliance, résidence, Paris, François Maspero, 1975, qui constitue une bonne introduction générale et comporte une partie consacrée précisément à la terminologie anthropologique en français et en anglais. On renverra également à l’ouvrage plus complexe de L. Dumont, Introduction à deux théories d’anthropologie sociale, Paris-La Haye, Mouton, 1971, où l’auteur commente les usages terminologiques anglais et français.

    9 Une telle étude m’a permis de constater que la référence au sang dans la parenté subsiste bien en latin médiéval, au travers des usages de consanguinitas et consanguineus, ainsi que de certains usages de sanguis. Mais elle y est concurrencée par la référence à la chair au point que l’on observe, en latin, des syntagmes, peu fréquents mais significatifs, consanguinitas carnis ou consanguineus per carnem. L’ancien français ne connaît pas cette valeur du sang, comme le montre en particulier la traduction du Decretum de Gratien, effectuée probablement vers 1170 en domaine anglo-normand (L. Löfstedt [éd.], Gratiani decretunt. La traduction en ancien français du Décret de Gratien. t. V, Societas Scientiarum Fennica, 1997). Or on observe, parmi les médiévistes, un usage extrêmement fréquent de la notion de sang pour parler des relations de consanguinité dont on peut craindre qu’elle ne recouvre implicitement une conception commune de la parenté comme lien biologique.

    10 M. Augé, op. cit. n. 8, p. 17-18. Mais ce point de vue n’est nullement général.

    11 L’anglais a retenu le terme kindred, également d’origine médiévale. Sur la construction de cette notion, J.D. Freeman, « On the concept of the kindred », Journal of the Royal Anthropological Institute, 91-2, 1961, p. 192-220. Il est important de noter que la parentèle constituant un vaste réseau, les acteurs sont en pratique conduits à découper dans cet ensemble des sous-groupes, en fonction des contextes. Une des formes trompeuses de cet usage est celui des souches ou parentèles descendantes, fondées sur la prise en compte (d’une partie) des descendants d’un couple ou d’un individu ; cette forme est souvent présente dans les textes médiévaux (notamment sous le terme lignage) et aussi souvent confondue par les historiens avec des lignages unilinéaires (sur les souches, voir R. Fox, Anthropologie de la parenté Une analyse de la consanguinité et de l’alliance, Paris, Gallimard, 1972, p. 161-170 (édition originale en anglais, 1967). Anthropologue africaniste, Jack Goody a bien vu les difficultés et insiste sur « le problème qu’impliquent les concepts d’agissants utilisés en tant que termes analytiques, notamment quand l’analyse couvre un secteur temporel et spatial étendu ». Malheureusement, sa tentative de clarification, qui ne repose pas sur une connaissance de première main des données médiévales, contribue plutôt à accroître la confusion : J. Goody, L’Évolution de la famille et du mariage en Europe, Paris, Armand Colin, 1985, p. 225-241 (édition originale en anglais, 1983).

    12 Le terme parentèle commence à apparaître en moyen français. La question du rapport entre lignage et parenté en ancien français n’est pour l’instant pas totalement résolue. Le second est susceptible d’englober la totalité des parents (consanguins, alliés et spirituels), l’extension du premier au-delà des consanguins est possible, mais non vérifiée, faute de travaux.

    13 Il s’agit là typiquement d’un problème de linguistique et de sociolinguistique. Latin et vernaculaires n’ont hi les mêmes propriétés ni le même statut. Une pratique empirique me permet de penser que les langues vernaculaires livrent une image probablement plus exacte des dispositifs lexicaux. La convergence sémantique entre latin et vernaculaire, plus générale qu’on ne le croit trop souvent, aide à identifier des éléments structurels.

    14 Mittellateinisches Wörterbuch, Munich, Beck, 1959. Cet ouvrage est, avec le Novum Glossarium Mediae Latinitatis, l’un des deux dictionnaires de référence pour le latin médiéval. L’introduction du premier volume ne commente pas ce choix méthodologique ; on en est donc réduit à l’hypothèse que c’est le latin classique qui est utilisé, bien que les gloses introduisent parfois un néologisme tardo-antique, tel parentela, que l’on trouve dans la notice affinitas. Cette constatation illustre le poids considérable des impensés dans les pratiques historiennes ordinaires.

    15 Pour une vue globale des discussions récentes sur ce sujet, voir M. Corbier (dir.), Adoption et fosterage, Paris, De Boccard, 1999. Sur l’adoptio médiévale, A. Guerreau-Jalabert, « Qu’est-ce que l’adoptio dans la société chrétienne médiévale ? », Médiévales, 35, 1998, p. 33-49, article dans lequel j’ai développé les observations ici résumées. On peut observer, dans ce volume thématique consacré à l’adoption, des points de vue différents. Il est intéressant de noter que le français, du xiie au xvie siècle, dispose d’un terme équivalent à fosterage, « nourriture », ensuite tombé en désuétude avec ce sens.

    16 F. Roumy, L’Adoption dans le droit savant du xiie au xvie siècle, Paris, LGDJ, 1998.

    17 Dictionary of Medieval Latin from British Sources, Oxford, Oxford University Press, 1975.

    18 Le dictionnaire signale comme figuré l’usage des deux termes pour parler du baptisé comme fils de l’Église, de l’adoption du chrétien par Dieu, et de l’adoptianisme (registre défini comme théologique).

    19 R. Aubenas, « L’adoption en Provence au Moyen Âge (xive-xvie siècle) », Revue historique de droit français et étranger, 58, 1934, p. 700-726. On relèvera l’indécision des historiens dans le volume de Médiévales cité plus haut. La plupart des travaux de juristes et d’historiens sur la question ne reposent sur aucune analyse sémantique et prennent les termes à leur valeur faciale. Certains, constatant des bizarreries, vont même jusqu’à accuser les scripteurs médiévaux d’incompétence linguistique.

    20 G. Hanard, « Observations sur l’adgnatio », Revue internationale des droits de l’Antiquité, 27, 1980, p. 169-204. La réorganisation des structures de parenté au haut Moyen Âge, marquée par le passage à un système entièrement cognatique, a mené à la disparition de l’agnatio, concomitante de celle de la patria potestas. Agnatio et agnati ne subsistent dès lors qu’à l’état résiduel, pour désigner les parents paternels.

    21 L’opposition ici posée entre affinitas et agnatio n’a aucun sens. Si cognatio s’oppose à agnatio, c’est comme lien cognatique opposé à un lien agnatique.

    22 Une partie des termes latins retenus sont aussi ou ont été utilisés en anthropologie ; ainsi, gens, équivalent de clan, désigne un groupe unilinéaire, notion à laquelle se rattache également l’anglais sib, que l’on pourrait considérer comme équivalent de Sippe. Ce n’est de toute évidence pas le sens du mot cognatio. Il semble que les anthropologues allemands aient recours au terme anglais kindred pour désigner la parentèle et n’utilisent pas les termes allemands ici mentionnés. Contrairement à la conviction de beaucoup d’historiens, fatnilia, Familie, famille ne font pas partie de la terminologie de parenté pour les sociétés antiques et médiévales ; voir L. Kuchenbuch, « mitWeib und Kind : die Familien der Mediävistik zwischen den Verheirateten und ihre Verwandten in Alteuropa », dans Familien im Mittelalter, K.H. Spiess dir., Sigmaringen, 2008, à paraître.

    23 Le traitement de cognatus réserve aussi des surprises ; par exemple, la référence tout à fait intéressante à une glose mûder maga, c’est-à-dire « parent maternel », est suivie d’une série d’exemples désignant des alliés et des parents en ligne masculine.

    24 Le latin classique utilise davantage l’adjectif consanguineus ; dans la langue juridique (à partir du iie siècle), ce terme est appliqué à une catégorie particulière d’héritiers parmi les agnati, les frères et soeurs du défunt. Dans l’usage commun, les consanguinei sont des parents cognatiques.

    25 La mesure des fréquences d’usage n’est pas encore traitée. Elle exigerait de vastes enquêtes, qui commencent à être envisagées par quelques chercheurs. Il existe toutefois un piège qui est de ramener à la catégorie consanguinitas les occurrences de ce terme, mais aussi celle de consanguineus et consanguinei, ce qu’a fait apparemment G. Lubich, dans son ouvrage à paraître, Verwandtsein.

    26 Toutefois, le dictionnaire en donne une attestation. Cet usage traduit la neutralisation du terme en « lien de parenté », indépendamment de la référence au sang, neutralisation qui est aussi observable dans le syntagme consanguinitas carnis.

    27 A. Tobler et E. Lommatzsch, Altfranzösisches Wörterbuch, Wiesbaden, 1925-2002.

    28 Ainsi, Abstammung désigne en anthropologie un principe de filiation unilinéaire – descent en anglais. Ce n’est très probablement pas ce que voulait dire l’auteur de la notice.

    29 F. Godefroy, Dictionnaire de l’ancienne langue française, ixe-xve siècles, Paris 1881-1902.

    30 En ancien français, les trois termes lignage, ligniée et ling semblent assez largement équivalents ; seule une étude précise permettrait une conclusion claire sur ce point.

    31 http://atilf.atilf.fr/dnif.htm.

    32 Contrairement au Trésor de la langue française qui donne, pour ce terme, une définition inspirée de la terminologie anthropologique, le Robert adopte une définition plutôt vague et renvoie à famille et à race.

    33 J’ai pour ma part tenté l’exercice à une période où l’on n’avait pas encore accès aux corpus numérisés et à l’occasion de la rédaction de la notice parentela pour le Novum Glossarium Mediae Latinitatis (fascicule Paniscardus-parrula, Copenhague, 1987). Les résultats que j’avais obtenus seraient à vérifier, et à compléter, puisque je n’avais pas identifié l’utilisation d’amicus/amicitia comme terme de parenté (A. Guerreau-Jalabert, « La désignation des relations et des groupes de parenté en latin médiéval », Archivum Latinitatis Medii Aevii, 46, 1988, p. 65-108).

    34 W. J. Jones, German Kinship Terms (750-1500). Documentation and Analysis, Berlin-New York, De Gruyter, 1990 ; J. Morsel, La Noblesse contre le prince. L’espace social des Thüngen à la fin du Moyen Âge (Franconie, ca 1250-1525), Sigmaringen, Thorbecke, 2000. L’anglo-saxon utilise de la même manière le terme maeg, comme le montre L. Lancaster, « Kinship in anglo-saxon society », British Journal of Sociology, 9, 1958, p. 230-250, ici p. 233.

    35 Dans ce texte (op.cit. n. 9), on relève aussi les traductions suivantes ; humain lignage pour genus humanum, lignée pour cognatio, ce qui est un indice de l’équivalence de lignage et lignée. Consanguinei a également pour équivalents parents et cousins. Ce dernier terme a clairement un sens générique de « parent », comme consanguineus.

    36 On n’a ici examiné qu’une faible partie d’un ensemble qu’il conviendrait d’étudier comme tel ; mais les indices relevés se retrouvent par exemple dans le passage, au haut Moyen Âge, à une terminologie dite eskimo (disparition de la distinction entre oncles/tantes paternels et maternels) et dans l’usage des termes de parenté dans le registre spritituel.

    37 Une tentative exemplaire a été réalisée par B. Cursente, « Entre parenté et fidélité : les “amis” dans la Gascogne des xie et xiie siècles », dans H. Débax (dir.), Les Sociétés méridionales à l’âge féodal. Hommage à Pierre Bonnassie, Toulouse, Éditions Méridiennes, 1999, p. 285-298.

    38 A. Guerreau-Jalabert, « Spiritus et caritas. Le baptême dans la société médiévale », art. cit. n. 4 ; et « Parenté », dans J. Le Goff et J.-C. Schmitt (dir.), Dictionnaire raisonné de l’Occident médiéval, Paris, Fayard, 1999, p. 861-876.

    39 Par exemple, G Althofif, Verwandte, Freunde und Getreue. Zutnpolitischen Stellenwert der Gruppenbindungen im früheren Mittelalter, Darmstadt, Wissenschaftliche, 1990 ; V. Epp, Amicitia. Zur Geschichte personaler, sozialer, politischer und geistlicher Beziehungen im Frühen Mittetalter, Stuttgart, Hiersemann, 1999 ; C. Garnier, Amicus amicis, inimicus inimicis. Politische Freunsdschaft und fürstliche Netzwerke im 13. Jahrhundert, Stuttgart, Hiersemann, 2000.

    40 B. Bon et A. Guerreau-Jalabert, « Pietas : réflexions sur l’analyse sémantique et le traitement lexicographique d’un vocable médiéval », Médiévales, 42, 2002, p. 73-87 ; J. Scheid, Religion et piété à Rome, Paris, Albin Michel, 2001.

    41 B. Bon et A. Guerreau-Jalabert, « Thesaurus et tresor : étude sémantique », dans L. Burkart, P. Cordez, P.A. Mariaux et Y. Potin (dir.), Le Trésor au Moyen Âge, à paraître. Pour d’autres exemples, voir B. Jussen, « Religions discourses of the gift in the Middle Ages », dans G. Algazi, V Groebner, B. Jussen (dir.), Negociating the Gift. Pre-Modern Figurations of Exchange, Göttingen, Vandenhoeck & Ruprecht, 2003, p. 172-193 ; et A. Guerreau, « Textus chez les auteurs latins du xiie siècle », dans L. Kuchenbuch et U. Kleine (dir.), Textus im Mittelalter. Komponenten und Situationen des Wbrtgebrauchs im schriftsemantischen Feld, Göttingen, Vandenhoeck & Ruprecht, 2006, p. 149-178.

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    • Anita Guerreau-Jalabert

      CNRS/IRHT

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    1 Pour l’Europe occidentale, l’écart perceptible entre langues anciennes et actuelles est important jusqu’au début de l’époque moderne et les efforts lexicographiques ont porté sur cette période longue. Au-delà, la situation est différente. Il existe des dictionnaires à visée scientifique, mais on dispose aussi d’instruments anciens tels que, pour le français, le Dictionnaire universel d’Antoine Furetière ou le Dictionnaire de l’Académie française, dont le statut est complexe. Ils sont à la fois plus proches de la lexicographie récente que les glossaires médiévaux, mais aussi des documents d’« époque », à analyser comme tels. En tout état de cause, les interrogations sémantiques devraient s’imposer à tous les historiens. Comme l’ont montré certains participants à ce colloque, aucun texte, même contemporain, ne nous est transparent pour une analyse scientifique. Je renvoie notamment à la contribution très claire de Damon Mayaffre, dans ce volume. Bien entendu, les méthodes qu’il décrit ne valent pas que pour les textes contemporains.

    2 Voir par exemple F. Du val (dir.), Frédéric Godefroy, Actes du Xe colloque international sur le moyen français, Paris, École des chartes, 2003.

    3 Voir, pour ces deux domaines, B. Bernstein, Langage et classes sociales. Codes sociolinguistiques et contrôle social, Paris, Les Éditions de Minuit, 1971 ; P.P. Gilioli (dir.), Language and Social Context, Londres, Penguin, 1972 ; J. Trier, Der deutsche Wortschatz im Sinnbezirk des Verstandes. Die Geschichte eines sprachlichen Feldes, Heidelberg, 1931.

    4 Sur la parenté baptismale, voir A. Guerreau-Jalabert, « Spiritus et caritas. Le baptême dans la société médiévale », dans F. Héritier et E. Copet-Rougier (dir.), La Parenté spirituelle, Paris, Éditions des archives contemporaines, 1995, p. 133-203. Les anthropologues qui ont travaillé sur ce thème ne se sont généralement guère interrogés sur le soubassement théologique de la parenté baptismale, ou l’ont mal interprété, pour des raisons qu’il serait trop long d’exposer ici. C’est un exemple du fait qu’il ne suffit pas de connaître les travaux des anthropologues, mais qu’il faut aussi repenser leurs notions et leurs méthodes en fonction des systèmes sociaux que l’on étudie. Pour l’analyse de la société chrétienne médiévale, on ne devrait pas oublier que la pensée théologique est le lieu d’élaboration d’une réflexion sur l’ordre social et que les relations – de parenté – entre Dieu, le Christ et la Vierge parlent de l’organisation des rapports sociaux, et notamment des rapports de parenté. Voir également, sur ce point, J. Baschet, Le Sein du père. Abraham et la paternité dans l’Occident médiéval, Paris, Gallimard, 2000.

    5 La difficulté du dialogue était flagrante dans le grand colloque organisé par G. Duby et J. Le Goff précisément à propos de la parenté (Famille et parenté dans l’Occident médiéval, Rome, École française de Rome, 1974). Il n’est, trente ans plus tard, guère plus commode, comme on a pu le constater lors d’une récente rencontre interdisciplinaire autour du don, sujet d’intérêt commun pour les anthropologues, les sociologues et les historiens (E. Magnani [dir.], Don et sciences sociales. Théories et pratique croisées, Dijon, Éditions de l’Université de Dijon, 2007). La perspective historique permet d’observer une circulation complexe des notions utilisées entre histoire, droit et anthropologie depuis le xixe siècle (voir E. Magnani, « Les médiévistes et le don avant et après la théorie maussienne », dans id., op. cit., p. 15-28). Quoique de manière un peu différente, ces phénomènes se retrouvent pour la parenté.

    6 La parenté a fait l’objet récemment en France de deux tentatives de synthèse très ambitieuses, illustrant bien les visées théoriques de l’anthropologie : M. Godelier, Métamorphoses de la parenté, Paris, Fayard, 2004 ; L. Barry, La Parenté, Paris, Gallimard, 2008.

    7 On rappellera que, dans le cours de son développement, l’anthropologie a identifié, dans tout système de parenté, trois éléments nodaux qu’il faut analyser ensemble : la terminologie, la filiation et l’alliance. Les historiens ignorant ce principe, on ne dispose toujours que de très peu d’études sur les terminologies et sur l’alliance. Pour une présentation synthétique sur ces questions, voir P. Bonte et M. Izard (dir.), Dictionnaire de l’ethnologie et de l’anthropologie, Paris, PUF, 1999. Nous renvoyons une fois pour toute à cet ouvrage, dont la consultation permettra d’éclairer une partie de nos propos.

    8 Voir M. Augé (dir.), Les Domaines de la parenté. Filiation, alliance, résidence, Paris, François Maspero, 1975, qui constitue une bonne introduction générale et comporte une partie consacrée précisément à la terminologie anthropologique en français et en anglais. On renverra également à l’ouvrage plus complexe de L. Dumont, Introduction à deux théories d’anthropologie sociale, Paris-La Haye, Mouton, 1971, où l’auteur commente les usages terminologiques anglais et français.

    9 Une telle étude m’a permis de constater que la référence au sang dans la parenté subsiste bien en latin médiéval, au travers des usages de consanguinitas et consanguineus, ainsi que de certains usages de sanguis. Mais elle y est concurrencée par la référence à la chair au point que l’on observe, en latin, des syntagmes, peu fréquents mais significatifs, consanguinitas carnis ou consanguineus per carnem. L’ancien français ne connaît pas cette valeur du sang, comme le montre en particulier la traduction du Decretum de Gratien, effectuée probablement vers 1170 en domaine anglo-normand (L. Löfstedt [éd.], Gratiani decretunt. La traduction en ancien français du Décret de Gratien. t. V, Societas Scientiarum Fennica, 1997). Or on observe, parmi les médiévistes, un usage extrêmement fréquent de la notion de sang pour parler des relations de consanguinité dont on peut craindre qu’elle ne recouvre implicitement une conception commune de la parenté comme lien biologique.

    10 M. Augé, op. cit. n. 8, p. 17-18. Mais ce point de vue n’est nullement général.

    11 L’anglais a retenu le terme kindred, également d’origine médiévale. Sur la construction de cette notion, J.D. Freeman, « On the concept of the kindred », Journal of the Royal Anthropological Institute, 91-2, 1961, p. 192-220. Il est important de noter que la parentèle constituant un vaste réseau, les acteurs sont en pratique conduits à découper dans cet ensemble des sous-groupes, en fonction des contextes. Une des formes trompeuses de cet usage est celui des souches ou parentèles descendantes, fondées sur la prise en compte (d’une partie) des descendants d’un couple ou d’un individu ; cette forme est souvent présente dans les textes médiévaux (notamment sous le terme lignage) et aussi souvent confondue par les historiens avec des lignages unilinéaires (sur les souches, voir R. Fox, Anthropologie de la parenté Une analyse de la consanguinité et de l’alliance, Paris, Gallimard, 1972, p. 161-170 (édition originale en anglais, 1967). Anthropologue africaniste, Jack Goody a bien vu les difficultés et insiste sur « le problème qu’impliquent les concepts d’agissants utilisés en tant que termes analytiques, notamment quand l’analyse couvre un secteur temporel et spatial étendu ». Malheureusement, sa tentative de clarification, qui ne repose pas sur une connaissance de première main des données médiévales, contribue plutôt à accroître la confusion : J. Goody, L’Évolution de la famille et du mariage en Europe, Paris, Armand Colin, 1985, p. 225-241 (édition originale en anglais, 1983).

    12 Le terme parentèle commence à apparaître en moyen français. La question du rapport entre lignage et parenté en ancien français n’est pour l’instant pas totalement résolue. Le second est susceptible d’englober la totalité des parents (consanguins, alliés et spirituels), l’extension du premier au-delà des consanguins est possible, mais non vérifiée, faute de travaux.

    13 Il s’agit là typiquement d’un problème de linguistique et de sociolinguistique. Latin et vernaculaires n’ont hi les mêmes propriétés ni le même statut. Une pratique empirique me permet de penser que les langues vernaculaires livrent une image probablement plus exacte des dispositifs lexicaux. La convergence sémantique entre latin et vernaculaire, plus générale qu’on ne le croit trop souvent, aide à identifier des éléments structurels.

    14 Mittellateinisches Wörterbuch, Munich, Beck, 1959. Cet ouvrage est, avec le Novum Glossarium Mediae Latinitatis, l’un des deux dictionnaires de référence pour le latin médiéval. L’introduction du premier volume ne commente pas ce choix méthodologique ; on en est donc réduit à l’hypothèse que c’est le latin classique qui est utilisé, bien que les gloses introduisent parfois un néologisme tardo-antique, tel parentela, que l’on trouve dans la notice affinitas. Cette constatation illustre le poids considérable des impensés dans les pratiques historiennes ordinaires.

    15 Pour une vue globale des discussions récentes sur ce sujet, voir M. Corbier (dir.), Adoption et fosterage, Paris, De Boccard, 1999. Sur l’adoptio médiévale, A. Guerreau-Jalabert, « Qu’est-ce que l’adoptio dans la société chrétienne médiévale ? », Médiévales, 35, 1998, p. 33-49, article dans lequel j’ai développé les observations ici résumées. On peut observer, dans ce volume thématique consacré à l’adoption, des points de vue différents. Il est intéressant de noter que le français, du xiie au xvie siècle, dispose d’un terme équivalent à fosterage, « nourriture », ensuite tombé en désuétude avec ce sens.

    16 F. Roumy, L’Adoption dans le droit savant du xiie au xvie siècle, Paris, LGDJ, 1998.

    17 Dictionary of Medieval Latin from British Sources, Oxford, Oxford University Press, 1975.

    18 Le dictionnaire signale comme figuré l’usage des deux termes pour parler du baptisé comme fils de l’Église, de l’adoption du chrétien par Dieu, et de l’adoptianisme (registre défini comme théologique).

    19 R. Aubenas, « L’adoption en Provence au Moyen Âge (xive-xvie siècle) », Revue historique de droit français et étranger, 58, 1934, p. 700-726. On relèvera l’indécision des historiens dans le volume de Médiévales cité plus haut. La plupart des travaux de juristes et d’historiens sur la question ne reposent sur aucune analyse sémantique et prennent les termes à leur valeur faciale. Certains, constatant des bizarreries, vont même jusqu’à accuser les scripteurs médiévaux d’incompétence linguistique.

    20 G. Hanard, « Observations sur l’adgnatio », Revue internationale des droits de l’Antiquité, 27, 1980, p. 169-204. La réorganisation des structures de parenté au haut Moyen Âge, marquée par le passage à un système entièrement cognatique, a mené à la disparition de l’agnatio, concomitante de celle de la patria potestas. Agnatio et agnati ne subsistent dès lors qu’à l’état résiduel, pour désigner les parents paternels.

    21 L’opposition ici posée entre affinitas et agnatio n’a aucun sens. Si cognatio s’oppose à agnatio, c’est comme lien cognatique opposé à un lien agnatique.

    22 Une partie des termes latins retenus sont aussi ou ont été utilisés en anthropologie ; ainsi, gens, équivalent de clan, désigne un groupe unilinéaire, notion à laquelle se rattache également l’anglais sib, que l’on pourrait considérer comme équivalent de Sippe. Ce n’est de toute évidence pas le sens du mot cognatio. Il semble que les anthropologues allemands aient recours au terme anglais kindred pour désigner la parentèle et n’utilisent pas les termes allemands ici mentionnés. Contrairement à la conviction de beaucoup d’historiens, fatnilia, Familie, famille ne font pas partie de la terminologie de parenté pour les sociétés antiques et médiévales ; voir L. Kuchenbuch, « mitWeib und Kind : die Familien der Mediävistik zwischen den Verheirateten und ihre Verwandten in Alteuropa », dans Familien im Mittelalter, K.H. Spiess dir., Sigmaringen, 2008, à paraître.

    23 Le traitement de cognatus réserve aussi des surprises ; par exemple, la référence tout à fait intéressante à une glose mûder maga, c’est-à-dire « parent maternel », est suivie d’une série d’exemples désignant des alliés et des parents en ligne masculine.

    24 Le latin classique utilise davantage l’adjectif consanguineus ; dans la langue juridique (à partir du iie siècle), ce terme est appliqué à une catégorie particulière d’héritiers parmi les agnati, les frères et soeurs du défunt. Dans l’usage commun, les consanguinei sont des parents cognatiques.

    25 La mesure des fréquences d’usage n’est pas encore traitée. Elle exigerait de vastes enquêtes, qui commencent à être envisagées par quelques chercheurs. Il existe toutefois un piège qui est de ramener à la catégorie consanguinitas les occurrences de ce terme, mais aussi celle de consanguineus et consanguinei, ce qu’a fait apparemment G. Lubich, dans son ouvrage à paraître, Verwandtsein.

    26 Toutefois, le dictionnaire en donne une attestation. Cet usage traduit la neutralisation du terme en « lien de parenté », indépendamment de la référence au sang, neutralisation qui est aussi observable dans le syntagme consanguinitas carnis.

    27 A. Tobler et E. Lommatzsch, Altfranzösisches Wörterbuch, Wiesbaden, 1925-2002.

    28 Ainsi, Abstammung désigne en anthropologie un principe de filiation unilinéaire – descent en anglais. Ce n’est très probablement pas ce que voulait dire l’auteur de la notice.

    29 F. Godefroy, Dictionnaire de l’ancienne langue française, ixe-xve siècles, Paris 1881-1902.

    30 En ancien français, les trois termes lignage, ligniée et ling semblent assez largement équivalents ; seule une étude précise permettrait une conclusion claire sur ce point.

    31 http://atilf.atilf.fr/dnif.htm.

    32 Contrairement au Trésor de la langue française qui donne, pour ce terme, une définition inspirée de la terminologie anthropologique, le Robert adopte une définition plutôt vague et renvoie à famille et à race.

    33 J’ai pour ma part tenté l’exercice à une période où l’on n’avait pas encore accès aux corpus numérisés et à l’occasion de la rédaction de la notice parentela pour le Novum Glossarium Mediae Latinitatis (fascicule Paniscardus-parrula, Copenhague, 1987). Les résultats que j’avais obtenus seraient à vérifier, et à compléter, puisque je n’avais pas identifié l’utilisation d’amicus/amicitia comme terme de parenté (A. Guerreau-Jalabert, « La désignation des relations et des groupes de parenté en latin médiéval », Archivum Latinitatis Medii Aevii, 46, 1988, p. 65-108).

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    • Rygiel, Philippe. (2017) Historien à l'âge numérique. DOI: 10.4000/books.pressesenssib.6436

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    • (2023) Haut Moyen Âge Théodulf d’Orléans (vers 760-821). DOI: 10.1484/M.HAMA-EB.5.134269

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    Guerreau-Jalabert, A. (2012). Lexicographie et sémantique des langues anciennes. In J.-M. Bertrand, P. Boilley, J.-P. Genet, & P. Pantel (éds.), Langue et histoire. Paris: Éditions de la Sorbonne. https://doi.org/10.4000/books.psorbonne.83263
    Guerreau-Jalabert, Anita. « Lexicographie et sémantique des langues anciennes ». In Langue et histoire, édité par Jean-Marie Bertrand, Pierre Boilley, Jean-Philippe Genet, et Pauline Pantel. Paris: Éditions de la Sorbonne, 2012. doi:10.4000/books.psorbonne.83263.
    Guerreau-Jalabert, Anita. « Lexicographie et sémantique des langues anciennes ». Langue et histoire, édité par Jean-Marie Bertrand et al., Éditions de la Sorbonne, 2012, https://doi.org/10.4000/books.psorbonne.83263.

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    Bertrand, J.-M., Boilley, P., Genet, J.-P., & Pantel, P. (éds.). (2012). Langue et histoire. Paris: Éditions de la Sorbonne. https://doi.org/10.4000/books.psorbonne.83178
    Bertrand, Jean-Marie, Pierre Boilley, Jean-Philippe Genet, et Pauline Pantel, éd. Langue et histoire. Paris: Éditions de la Sorbonne, 2012. doi:10.4000/books.psorbonne.83178.
    Bertrand, Jean-Marie, et al., éditeurs. Langue et histoire. Éditions de la Sorbonne, 2012, https://doi.org/10.4000/books.psorbonne.83178.
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